‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 26 sur 125 · NOYER, BROU DE NOIX · texte numérisé non relu

NOYER, BROU DE NOIX

Pr. : Brou de Noix sec, 500 gr. (16 onc.) On prépare aussi en pharmacie une eau

Racine de salsepa- distillée qui porte le nom û'eau des trois

pareille , GO (2 onc.) noix, et qui est faite en trois fois et à trois

Racine de squine, 60 (2 onc.) époques différentes, savoir: avec les chatons

Sulfure d'anti- en fleurs, avecles noix nouvellement nouées,

moine concassé, 60 (2 onc.) et avec les noix presque mûres.

Pierre ponce, 60 (2 onc.) On emploie également un ea;{rai( de 5row

Eau, 10,000 (20 liv.) de Noix, qu'on doit préparer au moment

Faites réduire à moitié. même de l'administration , à cause de la

(Pharmacopée batave.) rapidité de son altération.

THERAPEUTIQUE.

Depuis une vingtaine d'années, les feuilles de noyer ont joui d'une véritable vogue. Elles ont été utilisées comme astringentes, toniques et détersives. Mais c'est surtout comme remède antiscrofuleux qu'elles ont été préconisées : il fut même un moment où on crut avoir trouvé dans le noyer un véritable spécifique contre la scrofule.

Jurine, de Genève, paraît être un des premiers qui aient employé la tisane de feuilles de noyer contre les engorgements lymphatiques. M. le docteur Psorson, de Ghambéry, se rappelant les bons effets que ce professeur avait obtenus de ce moyen, le conseilla à une mendiante affectée de vieux ulcères scrofuleux, et sous l'influence de ce seul remède employé en tisane, en lotions et en cataplasmes, il obtint une guérison assez rapide; et depuis lors le même médecin continua d'employer le même remède avec avantage. En France, M. le docteur Négrier, d'Angers, a, comme chacun sait, expérimenté les feuilles de noyer sur une très-large échelle : et il a publié plusieurs mémoires intéressants sur ce sujet. Peut-être a-t-il eu le tort d'avoir accordé à ce remède une vertu presque spécifique. Mais à part un peu d'exagération, il est juste de reconnaître qu'on lui doit d'avoir signalé l'utilité des préparations de noyer contre les diverses manifestations de la scrofule.

Il fait remarquer que les effets produits par l'usage intérieur de l'extrait de feuilles de noyer sont d'abord généraux : l'influence de cette médication ne se manifeste que plus tard sur les symptômes locaux.

L'action de ce traitement est généralement lente : il faut de vingt à cinquante jours, selon la nature des symptômes et la constitution des sujets, pour que les effets en soient sensibles.

L'efficacité de ce moyen ne se manifeste qu'après un temps assez long contre les ganglions strumeux non ulcérés, tandis qu'il exerce au contraire une action assez prompte sur les ulcères, les plaies fistuleuses, entretenues ou non par la carie des os.

Mais leur guérison définitive ne laisse pas que d'exiger une durée assez longue, ce qui fait qu'il n'est pas toujours possible de faire exactement ici la part du remède et celle du temps.

Enfin l'auteur se loue beaucoup de ce moyen employé en collyre, dans les ophthalmies scrofuleuses.

Du reste, les propriétés résolutives et détersives des feuilles de noyer I- 8

Id4 ASTRINGENTS.

sont souvent mises à profit : beaucoup de praticiens emploient avec avantage la décoction en injections dans le traitement des leucorrhées et des métrites chroniques.

M. Vidal (de Cassis) a conseillé d'injecter cette décoction dans la cavité de Tutérus pour guérir le catarrhe de cet organe. Mais MM. Bretonneau et Hourmann ont surabondamment démontré Textrême danger de pareilles injections qui, pénétrant par les trompes dans la cavité du péritoine, peuvent causer des péritonites mortelles (Hourmann, Journal des connaiss. médico-chir., oct. 4840). M. le docteur Cazin^, de Boulogne, a employé dès le début de l'angine tonsillaire la décoction de feuilles de noyer, ou de brou de noix, en gargarismes; il affirme avoir souvent fait avorter ainsi l'inflammation.

En résumé, d'après les expériences nombreuses faites par M. Négrier (d'Angers) et vérifiées par un grand nombre de médecins, il paraît incontestable que les feuilles de noyer, sans avoir dans les affections scrofuleuses l'efficacité merveilleuse qui leur a été attribuée, peuvent néanmoins rendre dans ces maladies de très-utiles services. Ajoutons que, grâce à leurs propriétés résolutives et détersives, elles donnent journellement de bons résultats dans le traitement des vieux ulcères, et surtout des catarrhes chroniques des diverses membranes muqueuses.

Dans une communication faite tout récemment à l'Académie de médecine, M. le professeur Nélaton, au nom de M. le docteur Raphaël, de Provins, vient de proposer la feuille et la racine fraîches de noyer comme jouissant d'une efficacité remarquable dans la pustule maligne et le charbon. Déjà ce topique avait eu, à ce qu'il paraît, les plus brillants résultats entre les mains d'un praticien du Midi, le docteur Pomayrol; etdeson côté le docteur Raphaël affirme avoir obtenu une guérisoh rapide sur quatre malades affectés soit d'œdème charbonneux des paupières, soit de pustule maligne bien confirmée. Malgré le caractère merveilleux de ces résultats qui tout naturellement doit nous tenir en défiance, nous n'avons pas cru devoir les passer sous silence, bien persuadés d'ailleurs que dans une affection de cette nature l'expérimentation aura bientôt prononcé en dernier ressort. Au tannin, à l'acide citrique et à l'acide malique qu'il contient, le Brou de Noix doit ses propriétés astringentes qui le recommandent au même titre que l'écorce de chêne, la gomme kino, etc.; mais le principe amer lui fait encore partager les propriétés des amers astringents.

On prépare avec le Brou de Noix une liqueur agréable, qui est utile aux personnes dont l'estomac est paresseux, sans que cette paresse puisse être attribuée à une inflammation chronique.

Hippocrate et Dioscoride conseillaient le Brou de Noix comme anthelmintique; il convient de le donner, dans ce cas, sous forme d'extrait à la dose de 50 h 00 centigrammes (10 à 12 grains). Cette propriété est fort contestée; et c'est tout au plus si l'on accorde aujourd'hui à l'extrait, à l'infusion et à la décoction de Brou de Noix les propriétés thérapeutiques que nous verrons appartenir à la gentiane et à la petite centaurée.

Page 1