‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 33 sur 125 · GOMME KINO, SANG-DRAGON · texte numérisé non relu

GOMME KINO, SANG-DRAGON

On désigne sous le nom de Kino un extrait astringent fort analogue au cachou, et provenant de végétaux ou de pays très-différents. On distingue un grand nombre d'espèces de Kinos dans le commerce.

lo Le Kino de Gambie (gomme astringente de Gambie), fourni par le pterocar- ■pus crinaceus , Lam., genre delà famille des légumineuses, croissant au Sénégal. 11 a la forme de petites larmes allongées, de couleur rouge foncé, peu soluble dans l'eau froide, et davantage dans Teau bouillante. Ce Kino , d'après Thompson , est l'espèce commerciale.

2° Le Kino de la Jamaïque. Il provient du coccoloba uvifera, L., de la famille des polygonées. Il est sec, friable, en fragments de 8 à 12 grammes (2 ou 3 gros). Sa poudre est de couleur chocolat, soluble dans l'eau bouillante; il prend alorsl'odeur du bitume. Berzélius prétend que ce Kino en dissolution n'est pas précipité par le carbonate de potasse et l'émétique. C'est le Kino le plus répandu, d'après M. Guibourt.

3° Le Kino des Indes orientales ou Kino d'Âmhoine, fourni par l'wicaria Gamhir (Roxburg) de la famille des rubiacées; il est en petits fragments opaques, mais transparents et de couleur rouge rubis dans des lames minces ; sa poudre est de la couleur du colcotar. Il est soluble à froid dans l'eau et l'alcool.

M. Guibourt en cite encore plusieurs autres espèces : le Kino de Colombie, le Kino terne , le sucre astringent de V eucalyptus resinifera , etc. ; mais elles sont devenues assez rares dans le commerce.

Les Kinos diffèrent des cachous par une couleur beaucoup plus rouge, plus vive, et par le défaut complet d'arrière-goût sucré. Comme les cachous, ils contiennent beau-

coup de tannin , qui précipite en vert par les persels de fer.

Le Kino a reçu à peu près les mêmes applications que îe Cachou, mais il a moins d'efficacité, et il est plus rare et plus cher. On l'emploie habituellement sous forme de poudre ; on en fait un sirop et une teinture alcoolique.

On a signalé des falsifications du Kino par le Sang-Dragon et le cachou ; cela serait sans grand inconvénient; il n'en est pas de même de l'asphalte qu'on y mélange aussi quelquefois. Celui-ci se reconnaîtrait par son insolubilité dans l'eau et dans l'alcool.

M. Mialhe, qui estime que le Kino vrai agit avec presque autant d'énergie que le tannin gallique pur, a donné, dans son Traité de l'art de formuler (page CCXLYIl), les formules suivantes :

Tisane astringente au Kino :

Q. Kino vrai , 2 grammes.

Eau, 10,00

Mêlez, filtrez et ajoutez:

Sirop de coings, 100 grammes.

A prendre par verre d'heure en heure , dans tous les cas où les astringents végétaux sont mis, en usage.

Lavement astringent :

Q. Kino vrai, 2 grammes.

Eau, 1,500

Ce lavement est très-efficace dans le traitement de certaines diarrhées atoniques.

Injection astringente au Kino :

Q. Kino vrai, 50 grammes.

Eau, 200

Mêlez et filtres.

Deux ou trois injections par jour dans la blennorrhée et la leucorrhée chroniques.

Nous décrirons à la suite de la Gomme Kino le Sang-Dragon (résina sangms draconis), suc concret, rouge, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, à cassure résinoide, brillante. Il est fourni par différents arbres , ce qui forme autant d'espèces : 1° le Sang-Dragon en roseaux, provenant du calamus draco (var. du G. Rotang), palmier des Indes occidentales; 2° le Sang- Dragon en baguettes, fourni par le pterocar'pus sanfalinus, L. ; 3° le Sang-Dragon en masse, qui arrive par morceaux de 12 à ]5 kilogrammes (24 à 30 livres), et qui provient, à ce que l'on assure, du pterocarpus draco , L. ; c'est l'espèce dont on vend le plus. Enfln, d'après la plupart des auteurs, c'est le dragonnier, dracxona draco, arbre de la famille des asparaginées , qui fournit une grande partie du Sang-Dragon du commerce.

Toutes les espèces sont à peu près identiques ; elles sont poreuses, parfois trouées, d'une cassure résineuse , à points brillants avec une efllorescence rouge mat; on y observe des corps étrangers qui paraissent des débris d'écorce, de feuilles et même de semences. 11 n'y a pas beaucoup de préférence adonner à une variété sur une autre, tant elles se ressemblent pour leur composition ; elles brûlent avec une odeur un peu résineuse et légèrement aromatique.

Le Sang-Dragon est maintenant peu ' usité comme médicament. On lui préfère en général les autres astringents.

11 entre dans la composition de quelques formules anciennes, autrefois très-usitées, telles que l'emplâtre opodeldoch, les pilules astringentes, l'alun teint ou les pilules d'Heliétius, dans quelques électuaires pour les dents ; enfin, dans la poudre arsenicale de Rousselot, etc.

Une grande partie du Sang-Dragon 'du commerce est faite de toutes pièces, avec des résines colorées en rouge , soit par de beau Sang-Dragon , soit par du santal rouge, du bol d'Arménie et du colcotar.

Ainsi préparé, le Sang-Dragon n'a pas la cassure rouge et un peu brillante naturelle, sa poudre est d'un rouge terne; il répand en brûlant une odeur désagréable; enfin, Ja solution alcoolique laisserait déposer abondamment les matières insolubles.

Thompson avait signalé la présence de l'acide benzoïque dans le Sang-Dragon :

ce fait a été constaté par MM. Glenard et Boudault, dans le travail qu'ils ont publié sur la distillation sèche du Sang-Dragon [Comptes rendus, tome IX , page 505).

Nous dirons aussi quelques mots du suc d'acacia, qui était jadis employé comme astringent. C'est des gousses de l'acacia vera qu'on retire ce médicament, lequel entre dans la thériaque, le mithridate, etc. Il a été remplacé dans le commerce par l'extrait du prunus spinosa ou acacia nostras , qui lui-même n'est presque plus usité.

Le Kino, comme on le voit, fort variable dans son origine, et, par conséquent, dans sa composition, contient, entre autres principes, une grande quantité de tannin, sans acide gallique. C'est au tannin qu'il doit toutes ses propriétés.

Fothergill, qui l'a introduit dans la matière médicale au milieu du siècle dernier, l'a conseillé dans la diarrhée et la dyssenterie chroniques, dans les flux menstruels immodérés, dans les pertes séminales involontaires, dans le diabète, et, en général, dans les flux chroniques.

Il s'emploie , en un mot , dans le cas ou le tan , le tannin , la ratania, etc. , sont indiqués ; mais il est beaucoup moins actif que ces deux dernières substances.

A côté de la Gomme Kino il faut placer le Sang-Dragon.

Le Sang-Dragon contient beaucoup moins de principes astingents que la Gomme Kino ; il a d'ailleurs les mêmes usages que cette dernière.

A l'intérieur, la Gomme Kino se donne à la dose de 1 gramme et demi à A grammes (30 grains à 1 gros), le Sang-Dragon à une dose double.

On ne les emploie que rarement pour l'usage externe.

RATANIA.

RATANIA (1).

La Ratania est une racine horizontale, souterraine, fournie par le krameria trianda, genre de la famille des polygalées, dédié à Kramer , botaniste allemand , par Ruiz, qui, le premier, en 1779, découvrit au Pérou ce sous-arbrisseau.

La racine de Ratania est ligneuse et divisée en radicules cylindriques longues, ayant depuis la grosseur d'une plume jusqu'à celle du pouce; elle est composée d'une écorce rouge brun, un peu fibreuse, ayant une saveur très astringente , non amère, et d'un cœur entièrement ligneux, très-dur, d'un rouge pâle et jaunâtre.

Comme ce cœur a moins de saveur et depropriétés médicinales que l'écorce, il convient de choisir les racines les plus petites, ou au moins les moyennes, parce qu'elles contiennent proportionnellement plus de cette écorce que les grandes. (Guibourt.)

Il résulte de l'analyse de M. Vogel que la racine de Ratania est composée de : tannin, extractif, gomme, fécule, matière muqueuse; plus quelques sels et un acide mal déterminé.

Les formes principales sous lesquelles on administre la Ratania sont les suivantes :

1° La poudre; mais c'est une mauvaise préparation, parce que la racine contient uue grande proportion de parties inertes.

2° L'extrait mou, qui se prépare avec :

Racine de Ratania, Eau à 20^

On humecte la racine pulvérisée avec la moitié de son poids d'eau; on tasse assez fortement la poudre humectée dans l'appareil à lixlviation, et on lessive, en ayant soin de s'arrêter aussitôt que les liqueurs passent peu chargées. On évapore celles-ci à la vapeur du bain-marie jusqu'à consistance d'extrait.

Le commerce nous fournit un extrait sec de Ratania tout préparé. Il est sec, cassant, à cassure vitreuse, presque noire, d'une saveur très-astringeute, donnant une poudre d'une couleur de sang.

3« Le sirop de Ratania, d'après le Codex :

Pr. : Extrait de Ratania, ï6 gram. (û gros). Eau pure, 125 (4 onces).

Sirop simple, 600 (1 livre).

Faites dissoudre l'extrait dans la quantité d'eau prescrite, filtrez la dissolution; d'autre part, portez le sirop à l'ébullition, et quand il aura perdu un quart de son poids, ajoutez-y la solution d'extrait et passez.

Chaque once (30 grammes) de ce sirop contient 18 grains (1 gramme) d'extrait de Ratania.

On donne aussi la Ratania en lavements, injections , collyres, etc. , etc.

THERAPEUTIQUE.

C'est à Ruiz , savant botaniste espagnol , que l'on doit la connaissance de la Ratania. Il en découvrit les propriétés astringentes dès 1784, mais il ne publia le résultat de ses expériences qu'en 1796, et son travail, inséré dans les mémoires de l'Académie royale de Madrid , fut traduit en français par Bourdois de la Motte, en 1808, peu après que Pagez avait publié dans le Journal général de médecine (t. XXX, 1807) son mémoire sur les propriétés médicales de cette substance.

Depuis cette époque , et surtout depuis la fin des guerres de Napoléon (1815), la racine de Ratania est devenue un remède vulgaire, et il est peu de médecins qui ne l'aient souvent employée. M. Bretonneauet nous,

(1) Le mot Ratania est espagnol. La Ratania a été pour la première fois indiquée par Ruiz, botaniste espagnol. Les Espagnols ont écrit Ratania, et non Ratanhia, ils ont dit la Ratania , et non ie Ratania. 11 convient donc de laisser à ce mot et l'ortographe et le genre que les Espagnols lui ont donnés.

nous avons fait sur ce médicament d'assez nombreuses recherches dont nous consignerons ici les résultats.

Action physiologique de la Ratania. Prise à doses même modérées , 50, 75 centigrammes à 1 gramme (10, 15, 20 grains), l'extrait de Ratania produit dans la région de l'estomac un sentiment de pesanteur très-pénible, et souvent des pincements douloureux; les digestions sont plus difficiles, la constipation se montre presque toujours immédiatement.

Mais, peu d'heures après l'emploi du remède, le malade éprouve des malaises généraux, peu prononcés quand la Ratania a été donnée à un homme en santé , très-prononcés au contraire quand on Fa administrée pour arrêter une hémorrhagie et que le but thérapeutique a été atteint. Ces malaises se traduisent surtout par des bâillements, par de grands efforts de respiration , et par une espèce de serrement de poitrine fort pénible. Ces effets sont propres au tannin , au sang-dragon , à la gomme kino , au cachou , en un mot à toutes les substances qui contiennent une grande quantité de tannin.

Action thérapeutique de la Ratania. L'extrait de Ratania a surtout été conseillé dans le traitement des hémorrhagies graves , et c'est avec raison : il est, en effet, un des plus puissants hémostatiques que nous possédions. Ce n'est pas à dire pour cela qu'il faille le préférer aux autres hémostatiques qui ne sont pas de l'ordre des astringents. Dans le chapitre général qui traitera de la médication astringente, nous essayerons d'indiquer les graves inconvénients des astringents, et nous ferons comprendre à nos lecteurs qu'ils ne doivent , en général , être employés qu'avec mesure et lorsque les autres moyens sont impuissants. Ils agissent avec rapidité, sans doute , par la modification rapide qu'ils exercent sur la crase du sang ; mais cette rapidité même et cette modification du sang ne sont pas toujours à désirer.

La Ratania s'emploie d'ailleurs dans les mêmes circonstances que le tannin : diarrhées chroniques, catarrhes chroniques pulmonaires, utérins, vaginaux, urétraux, etc., etc.; topiquement, dans les ulcères atoniques, sur les parties relâchées, telles que l'anneau inguinal dans la hernie, dans les nxvi materni, dans les œdèmes chroniques.

Mais il est une maladie dans laquelle la Ratania a rendu les services les plus signalés : nous voulons parler de la fissure de Vanus, et nous croyons utile d'insister un instant sur ce point important de thérapeutique.

Boyer, qui, le premier, avait bien décrit la fissure à l'anus, la faisait consister principalement dans une constriction spasmodique du sphincter, accompagnée de crevasses plus ou moins profondes , plus ou moins étendues. Les crevasses n'étaient qu'une complication, qu'un accessoire dans la maladie, et il suffisait de relâcher le sphincter par la section de ses fibres circulaires pour faire cesser immédiatement la constriction spasmodique et amener la guérison.

Aujourd'hui un petit nombre de chirurgiens partagent l'idée de Boyer surle peu d'importance de la fissure en elle-même et sur la prépondérance

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pathologique de la constriction, et, à cet égard, il se forma, en quelque manière, deux camps opposés : dans Tun, on ne voulut Si'occuper que de la constriction , en négligeant la fissure; dans l'autre, on ne s'inquiéta que de la fissure, et l'on pensa que la constriotion, qui en était la conséquence, cesserait d'elle-même dès que la cause aurait disparu.

C'est ainsi que se formèrent deux modes de traitement principaux. Les uns firent la section des fibres de Fanus même en dehors de la fissure , ou bien employèrent des pommades relâchantes dans lesquelles les extraits de solanées vireuses occupaient le premier rang ; les autres , s'attaquant à la fissure elle-même, l'incisèrent pour en faire une plaie simple (ce qui ne se comprend guère) , y portèrent des caustiques , des cathérétiques, des pommades diverses, analogues à celles que l'on emploie dans le traitement des plaies rebelles siégeant sur d'autres points.

Toutefois l'incision prévalut, en quelque point d'ailleurs et dans quelque intention qu'on la pratiquât.

Certes, quand on voit tous les chirurgiens préoccupés, les uns presque exclusivement, les autres beaucoup trop encore, de la constriction spasmodique du sphincter, on ne peut pas être rationnellement conduit à injecter dans le rectum des médicaments propres à exagérer cette constriction , la Ratania par exemple.

C'est pourtant ce qu'a fait M. Bretonneau , se fondant sur les considérations suivantes.

Si la constipation et l'effort que faisait le bol excrémentitiel contre le sphincter qu'il distendait et qu'il déchirait souvent, étaient évidemment, dans un grand nombre de cas, la cause de la fissure, d'autre part, la constipation constituait encore le plus grand obstacle à la guérison.

Or la constipation s'accompagne souvent d'un changement fort remarquable dans la dernière portion du rectum : immédiatement au-dessus du sphincter, le rectum se dilate en ventre d'amphore, puis se rétrécit de nouveau à la hauteur de l'angle sacro-vertébral. Dans ce ventre d'amphore, les matières s'accumulent et forment un bol d'une grosseur- énorme, de telle façon que , chaque fois que le malade va à la garde-robe , l'excrétion est vraiment assimilable à une sorte d'enfantement.

Bretonneau pensa que , pour vaincre ces constipations accompagnées ou non de fissures , il était convenable de rendre à la dernière portion de l'intestin le ressort qui lui manquait , et la Ratania lui parut parfaitement appropriée à cet usage. Il donnait donc, dans le cas de constipation simple , coïncidant avec la dilatation du rectum , des lavements avec l'extrait de Ratania dissous dans l'eau avec addition de teinture alcoolique de Ratania.

Une dame traitée par lui, avait, en même temps que la constipation dont nous parlons ici, une fissure à l'anus qui lui causait d'atroces douleurs et qui avait gravement compromis sa santé. Il lui faisait prendre chaque jour un quart de lavement de Ratania, et bientôt constipation et fissure se trouvèrent guéries.

Vinrent d'autres malades constipées également et atteintes de constric-

iU

tion spasmodique de l'anus avec fissure. La même médication mit fin à tout. Ce fut alors que, n'ayant plus égard à la constipation qui manque dans certaines fissures, il crut néanmoins devoir essayer la Ratania, et le même succès couronna cette tentative.

Une induction très-légitime lui fit faire le premier pas; ensuite des faits qu'il n'appelait pas éveillèrent son attention; il n'eut qu'à les constater, et une expérimentation réfléchie le mena jusqu'à une médication qui, présentée comme médication générale, n'était peut-être pas rationnelle, mais qui est bonne en fait, et c'est le principal.

En effet, cette médication serait vraiment rationnelle si la constipation était toujours cause ou complication de la fissure; mais nous voyons assez fréquemment des malades atteints de fissures avoir de la diarrhée, ou tout au moins des garde-robes molles, ou bien encore prendre des lavements matin et soir, de manière à empêcher tout etîort contre le sphincter, et cependant la fissure persiste.

Depuis que nous avons fait connaître les résultats de nos propres expériences sur l'emploi de la Ratania dans le traitement de la fissure, beaucoup de praticiens, en France, à l'étranger, ont employé cet utile médicament, et, parmi les chirurgiens de Paris, Lisfranc et Marjolin sont ceux qui ont obtenu les plus grands succès, ce qu'il faut attribuer, d'une part, au bon esprit qui dirigeait ces habiles praticiens, car ils savaient accepter volontiers les moyens thérapeutiques qui peuvent épargner aux malades des opérations sanglantes; d'autre part, aux modifications heureuses qu'ils apportaient à l'emploi du remède, suivant les cas, suivant l'opiniâtreté du mal, suivant la susceptibilité des malades.

Ils différaient beaucoup à cet égard d'autres chirurgiens qui, trop enclins peut-être à user de l'instrument tranchant, n'apprennent pas à manier les médicaments dont l'action est moins expéditive que le bistouri, jugent avec une sévérité injuste des moyens qu'ils ne veulent pas connaître ou qu'ils ont essayés sans persévérance, et ne craignent pas même de regarder comme Controuvés des faits qu'il leur eût été si facile de constater s'ils l'avaient voulu comme il convient de vouloir.

II nous resterait à demander comment et par quel mécanisme agit la Ratania dans la curation de la fissure à l'anus.

A cette question on répondra : « Cela guérit, que vous importe le comment?» et, tout en confessant qu'en thérapeutique c'est souvent ainsi que l'on est autorisé à répondre, l'esprit cependant inquiet et curieux voudra se rendre compte, et cherchera une explication qui puisse le satisfaire.

Le tannin et l'acide gallique, si abondants dans l'extrait de Ratania, et dont l'action astrictive est si puissante, chassent-ils le sang qui s'est accumulé vers la partit^ irritée et ulcérée, et, la fluxion inflammatoire dissipée, la cicatrice se fait-elle avec rapidité?

- Ou bien le surcroît de tonicité que le médicament donne aux muscles du sphincter, à la membrane muqueuse et au l'éseau cellulaire sous-jacent, permet-il aux tissus de résister plus efficacement à la distension causée par

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le passage du bol excrémentitiel, et la plaie qui, chaque jour, n'est plus déchirée; tend-elle tout naturellement à la cicatrisation?

Est-ce à dire maintenant que la Ratania guérisse la fissure par quelque vertu spéciale, comme le quinquina guérit la fièvre, comme le mercure et l'iode guérissent la syphiUs? Nous nous garderons bien de l'affirmer; et il est probable que toute substance végétale qui se rapprochera beaucoup de la Ratania par sa composition chimique donnera les mêmes résultats thérapeutiques.

Ce qui nous le fait croire, c'est que MM. Payen et Manec ont traité avec succès quelques malades atteints de fissures à l'anus au moyen de la monésia appliquée topiquement, qui, entre autres principes, contient une notable quantité de tannin.

Comment convient-il d'employer la Ratania? Le mode d'administration qui nous a paru le plus simple est le suivant. Nous faisons prendre chaque matin au malade un lavement à l'eau de son ou de guimauve, afin de vider l'intestin; une demi-heure après que le lavement a été rendu, nous administrons un quart de lavement composé de 150 grammes (5 onces) d'eau, et extrait de Ratania, de 4; à 10 grammes (1 gros à 2 gros et demi) ; nous y ajoutons 4 grammes (1 gros) de teinture de Ratania. Le malade ne doit conserver qu'un instant ce lavement, et il en prend un semt»lable le soir.

Dans beaucoup de cas, la maladie résiste, et il semble qu'il ne reste plus d'autre ressource que l'opération. Cependant, avec quelques modifications dans l'emploi du remède, avec quelques moyens accessoires, on obtient le plus souvent une guérison sur laquelle on croyait n'avoir plus droit de compter.

L'expérience démontre d'abord que la Ratania agit sur la fissure d'une manière tout à fait topique. Ainsi, nous avons pu guérir par de simples lotions chargées d'extrait des fissures fort douloureuses, qui devenaient tout à fait extérieures lorsque le malade faisait des efforts comme pour aller à la garde-robe.

Si la fissure est plus profonde et si elle est rebelle, on fait, dans le rectum, des injections de solution astringente, à l'aide d'une seringue à jet continu, et, en même temps, le malade fait effort contre l'injection, qu'il rejette dans la cuvette, et qui, reprise par la pompe, peut ainsi servir à une ablution qui se continuerait presque indéfiniment, et qu'il convient de faire donner 3 ou 4 minutes de suite, et même davantage.

Mais bien souvent la constipation est un obstacle invincible. Chaque jour le bol excrémentitiel volumineux et dur vient déchirer la plaie, et détruire le commencement de cicatrisation obtenii par la Ratania. Il convient alors , pendant tout le cours du traitement, et même quelque temps encore après la guérison , de faire prendre au malade un léger laxatif chaque jour, qui entretienne la Mberté du ventre , et surtout qui rende les matières moins dures. Le laxatif que nous préférons, dans ce cas, c'est la poudre de racine de belladone prise le soir, à la dose de 1 à 5 centigrammes. Nous renvoyons d'ailleurs le lecteur à l'article relatif à la bella-

(ioiie, dans lequel nous avons particulièrement insisté sur le mode d'emploi de ce médicament dans la constipation.

Avant de terminer, nous devons prévenir les praticiens que, souvent, pendant les premiers jours du traitement, les douleurs sont singulièrement aggravées, ce qui décourage le malade et le médecin : les causes de cette aggravation sont faciles à comprendre. Des malades qui, depuis le début de leur fissure, s'étaient habitués à ne plus aller à la garde-robe qu'une ou deux fois par semaine , afin de s'épargner des souffrances horribles , y vont maintenant plusieurs fois dans la journée : il en résulte une douleur qui peut quelquefois durer, presque sans relâche, plusieurs jours de suite. Ces cas, heureusement fort rares, se rencontrent pourtant, et imposent au médecin le devoir de ne donner, les premiers jours , qu'un lavement de Ratania au lieu de deux , et de s'abstenir de purgatifs, jusqu'à ce que la susceptibilité de l'intestin soit diminuée. ^

Quand les douleurs sont tout à fait calmées , on ne prend plus qu'un lavement de Ratania, et enfin, lorsque nous avons tout lieu de supposer que la guérison est complète, nous en faisons prendre un tous les deux jours pendant un, deux et trois mois.

Nous avons essayé , sans avantage , dans le traitement de la fissure, des suppositoires composés de beurre de cacao, 5 grammes (1 gros et demi), et Ratania 4 à 2 grammes (20 à -40 grains) .

Les mèches enduites d'une pommade composée d'une partie d'extrait de Ratania pour 6 ou 8 d'axonge de blanc d'œuf ou de cérat , nous semblent encore devoir être conseillées dans quelques cas rares.

Au reste, le remède étant indiqué, c'est à chaque praticien de le modifier à sa guise, et suivant les cas spéciaux qu'il rencontrera.

Nous devons ajouter que nous avons vu un certain noipbre de femmes aftéctées de fissures anciennes et profondes, qui se refusaient à l'opération sanglante, guérir, contre toute espérance, après avoir employé la Ratania pendant près d'une année.

Fissures du mamelon. Il était tout naturel d'appliquer au traitement des fissures du mamelon celui qui réussissait si bien dans les fissures du podex; c'est ce que nous avons fait , M. Blache et nous, avec avantage.— Chaque fois que la femme vient de donner à teter, nous faisons laver le bout du sein avec une mixture de Ratania très-chargée, soit 5 grammes d'extrait et 10 grammes de teinture pour 100 grammes d'eau. — De plus, nous laissons dans la profondeur de la fissure un peu d'une sorte de pâte molle, composéQ de blanc d'œuf et d'extrait de Ratania. Au moment où l'enfant doit teter de nouveau, on lave le sein. Les lotions chargées de Ratania sont encore fort utiles dans le traitement des simples excoriations du mamelon.

Stomatite. Dans les stomatites mercurielles, dans certaines formes ulcéreuses des inflanmiations des gencives , le malade obtient un grand soulagement en tenant souvent dans sa bouche un collutoire composé avec 10 grammes d'extrait, 30 grammes de teinture de Ratania et 200 grammes d'eau.

ÉGORGES P'INGA. 127

En un mot, on peut dire, en thèse générale, que la Ratania a des propriétés précieuses pour modérer et éteindre les douleurs des maladies ulcéreuses des membranes muqueuses ; et si des membranes muqueuses nous passons à la peau, nous voyons que, pour les brûlures, pour les ulcères, et surtout pour les vésicatoires , qui s'enflamment quelquefois si douloureusement en se recouvrant de productions pultacées, l'application de la Ratania fait cesser les douleurs avec une rapidité merveilleuse.

Ténesme. Nous avons eu encore à nous louer de son emploi dans le ténesme lîémorrhoïdal et dyssentérique; dans ce cas, après chaque évacuation, le malade doit se lever du siège et résister aux efforts d'expulsion, et faire immédiatement soit une lotion, soit une injection peu abondante avec la décoction de 8 grammes de racine de Ratania, pour deux litres d'eau.

L'extrait de la Ratania se donne à l'intérieur à la dose de SO centigrammes à 4 grammes par jour et même davantage. La racine, pour une décoction , se prescrit à la dose de 8 à 30 grammes.

Pour l'usage externe, les doses sont en quelque sorte illimitées.

Le sirop s'emploie également à des doses aussi élevées qu'on le désire pour édulcorer des tisanes.

ÉGORGES D'INGA.

Ces Écorces , que l'on suppose appartenir à un arbre de la famille des légumineuses, jouissent en Amérique d'une grande réputation. On les uti- Use dans tous les cas qui réclament l'usage des toniques et des astringents, tels que diarrhée, gonorrhée, hémoptisie, relâchement des tissus, etc., etc. A l'extérieur leur poudre est .préconisée comme antiseptique.

On en obtient par déplacement avec l'alcool faible 25 0/0 d'un extrait en entier soluble dans l'eau légèrement alcoolisée , et qui paraît ne le céder en rien à l'extrait de Ratania, dont il pourra être un succédané avantageux jusqu'à ce qu'on ait déterminé ses propriétés spéciales. Ses doses devront du reste être les mêmes à peu près.

Voici quelques formules que nous proposons à ce sujet :

Sirop d'Inga.

Extrait hydro-alcoolique d'Inga, 20 Sirop simple, 980

Faites dissoudre l'extrait dans 30 à 40 grammes d'alcool faible (à 16 ou 18°) et ajoutez au sirop qui prend une belle couleur rouge et reste transparent. Comme la plupart des sirops astringents, il peut dissimuler au goût et aux réactifs une petite quantité d'iode.

Injections pour Vurch^e.

Extrait dTnga,

Alcool,

Eau distillée,

Injections vaginales.

Extrait d'Inga, Alcool, Eau distillée, Pour employer pure. ^

Ou encore : Extrait d'Inga, Alcool, Eau distillée,

A employer à la dose d'une ou deux cuillerées dans un liquide approprié.

iOO

MONÉSIA.

Celte écorce exotique a été successivement rapportée à un chrysophylliim, au mohica de Martins, ou rhizophora gimnorhiza de Linné, à l'acacia cochleocarpa de Martins, à l'acacia tirginalis. Sa véritable origine n'est pas encore connue. Toutefois, nous nous appuierons sur l'autorité du savant M. Virey, et nous l'attril^aerons avec lui au chrijsophyllum glycijphlœum , de la famille des sapotilliers.

L'arbre qui la fournit est de hauteur moyenne; son bois est employé en menuiserie; il croît à Rio- Janeiro ; ses fleurs à cinq étamines, monogynes ; corolle monopétaie , à cinq divisions ; le fruit est une baie oblonguc, lisse, contenant quatre semences aplaties. L'amande huileuse passe pour vermifuge.

L'écorce, dont nous avons eu quelques ccliantillons à notre disposition, est d'une couleur rouge brun foncé, et présente une cassure nette. L'extrait, tel qu'il est préparé dans le pays, est en plaques d'environ 500 grammes (I livre), ayant une épaisseur de '2 centimètres (8 à lo'ligues); sa couleur est d'un brun foncé presque noir; la cassure n'oll'rc ni l'aspect terne du cachou ni le J)rillant du kino; il est entièrement soluble dans l'eau, et sa saveur, qui est d'abord sucrée, devient bientôt astringente, et laisse à la suite une âcreté très-prononcée et trèspersistante.

MM. Bernard Derosne, 0. Henry etPayen ontdémontré, par l'analysecliimique, l'existence des principes suivants dans l'extrait de Monésia : r des traces impondérables d'un principe aromatique; 2" une matière

grasse cristallisable (stéarine) ; 3° de la chlorophylle; 4° de la cire; 5" de laglycyrrhine; 6" la Monésine, matière acre, analogue à la saponine; 7° du tannin ; S° une matière colorante rouge, assez semblable à celle du quinquina ou du cachou; 9" une petite quantité dégomme; 10° de l'acide malique; 11" du malatede chaux ; 12" du malate de potasse; 13° du phosphate de chaux; 14" du phosphate de magnésie; lô° du sulfate de potnsse; 16» du chlorure de potassium; 17° de l'oxyde de fer; 1 8° de l'oxyde de manganèse, ly» de la silice; 20" de l'acide pectiquc ; 21° du ligneux.

L'examen chimique de l'extrait importé et de celui qui a été préparé en France a démontré leur parfaite identité.

Ce médicament se traite pharraaceutiquemcnt comme la ratania (page 121).

Les préparations pharmaceutiques qui ont été faites avec cette substance sont : 1° un extrait aqueux ; 2° un sirop contenant 30 centigrammes (6 grains) d'extrait par 30 grammes ( 1 once) de sirop simple ; 3" une teinture hydro-alcoolique contenant 1 gramme J/2 (32 grains) d'extrait par 30 grammes (1 once) ; 4° du chocolat contenant 30 centigrammes (C grains) d'extrait par. tablette de 30 grammes (1 once); 5° une pommade contenant un huitième de son poids d'extrait; 6" la matière acre indiquée dans l'analyse.

En général, l'extrait a été employé isolément dans le plus grand nombre des cas où le médicament a été donné à l'intérieur, et c'est la forme pilulaire qui a été préférée.

PAULLINIA OU GUARANA. 129

La Monésia a été expérimentée avec soin par Alquié , Bérard jeune. Baron, Manec, Martin Saint- Ange, Payen, Monod, Adrien, etc., etc. Ces praticiens l'ont trouvée douée de propriétés astringentes non équivoques, et c'est surtout dans les catarrhes chroniques, l'hémoptysie, la diarrhée chronique, la leucorrhée, la métrorrhagie, la blennorrhagie, certains ulcères cutanés que ces praticiens ont eu à se louer de la Monésia; de plus, Payen et Manec {Gazette médicale, janvier et avril 1840) ont pubUé des faits qui démontrent que l'application topique de pommade de Monésia, d'extrait dissous dans l'eau et donné en lavement, ont rapidement guéri des fissures à l'anus. Si le lecteur se rappelle ce que nous avons dit plus haut, la Monésia se rapprocherait donc, par ses propriétés, de la ratania, que nous venons d'étudier, et il semblerait que l'une pût toujours remplacer l'autre; toutefois il n'en est point ainsi; la ratania, par exernple, nous semble préférable à la Monésia dans le traitement des fissures à l'anus; mais dans celui des fissures du sein, dans les diarrhées chroniques, surtout chez les enfants, nous avons eu à nous louer de la Monésia plus que de la ratania.

Mode d'administration et doses.

En général la Monésia a été donnée en pilules sous forme d'extrait à la dose de 60 centigrammes à 1 gramme et demi (42 à 30 grains) par jour, en deux ou trois fois; M. Martin Saint-Ange l'a donnée jusqu'à 2 grammes et demi [Ab grains) par jour.

Le sirop a été donné plus rarement : il est moins actif que l'extrait pur, et ne doit guère être préféré que pour les enfants. En injections, la. teinture hydro-alcoolique a été employée le plus souvent à la dose de 4 à 6 grammes (1 gros à 1 gros et demi) pour 480 grammes (6 onces) d'eau; on peut l'employer plus concentrée sans inconvénient, M. Payen l'a donnée plusieurs fois coupée avec six ou sept fois son poids d'eau. On a donné cette teinture à l'intérieur à la dose de 4 à 8 grammes (1 ou 2 gros) par jour dans une infusion amère. Pour les ulcères, on a employé la pommade; le plus souvent l'extrait en poudre étendu sur l'ulcération est préférable, et peut-être la matière acre de la Monésia serait-elle encore plus avantageuse d'après l'expérience de M. Martin Saint-Ange.

PAULLINIA ou GUARANA.

Le Paullinia est un produit américain des Amazones. Le nom botanique de cette

provenant de l'arbuste du même nom, in- plante est Paullinia sorhilis, de la famille

digène du nord du Brésil, près la rivière des sapindacées, Le fruit qu'elle produit I. 5

offre de la ressemblance , quant à la couleur, avec le cacao. Le fruit mûrit en octobre et novembre, et est récolté par les indigènes pour la composition du médicament que nous allons faire connaître.

On le prépare de la manière suivante : On sépare les graines des capsules; on les, expose au soleil jusqu'à ce que le tégument propre se sépare de la graine à l'aide de la seule pression entre les doigts. Ainsi mondé, on le place dans une sorte de mortier de pierre préalablement chauffé, on le triture, et on le réduit en poudre flne. Cette poudre est réduite en pâte à l'aide d'une certaine quantité d'eau, ou bien par son exposition à la rosée de la nuit. On la pétrit, on la malaxe pendant longtemps, on y incorpore quelques semences entières ou grossièrement concassées. De ce même fruit, on fait alors des petits pains , des cylindres ou cônes du poids d'un demi-kilogramme environ, qu'on fait sécher et durcir dans des cheminées ; puis on les enveloppe de feuilles de cocotier, et on les verse ainsi dans le commerce brésilien.

Caractères 'physiques. — Le Paullinia, préparé par les naturels du Brésil, offre extérieurement une couleur noire analogue à celle du chocolat ; sa masse semble enve-

loppée d'une croûte mince, ce qui est dû à son exposition dans les cheminées; sa cassure présente intérieurement des espèces de petites cavités produites par le retrait de la masse, et cà et là des graines encore entières et enveloppées de leur tégument mince et brillant. Son odeur est sui çjeneris ; sa saveur est amère, un peu astringente, et rappelle celle de la ratania. 11 est difficile à réduire en poudre fine; mais dans l'eau il se ramollit et se gonfle considérablement.

Anahjse chimimie. — M. Dechastelus, qui a analysé le Paullinia, a trouvé dans cette plante les substances suivantes :

1" De la gomme;

2° De l'amidon;

3° Une matière résineuse d'uil brun rodgeâtre ;

4° Une huile grasse colorée eh vert par la chlorophylle;

5° Le tannin , qui colore en vert la solution de fer ;

G" Une substance cristalllsable jouissant des propriétés chimiques de la caféine.

Nous ne faisons qu'indiquer ici les résultats d'un travail beaucoup plus long , que M. Dechastelus a bien voulu coranluniquer à M. Gavarelle.

THERAPEUTIQUE.

Le Paullinia se prescrit en poudre^, en extrait, en sirop que l'on prépare comme pour la ratania.

Au Brésil et dans les pays voisins, le Paullinia, suivant M. Gavarelle, est souvent employé par les indigènes sous forme de poudre mêlée au cacao, qu'on réduit en tisane. On s'«n sert avec un succès remarquable contre les diarrhées et les dyssenteries, qui sont si fréquentes et si graves dans ces pays-là, et, dans les convalescences, comme moyen de fortifier l'estomac, de faire naître l'appétit et de faciliter les digestions. L'amertume de la tisane de Paullinia est plutôt agréable pour la généralité des goûts ; on peut, du reste, la corriger aisément à l'aide du sucre ou d'un sirop quelconque.

M. Gavarelle a fait venir du Brésil du Paullinia, et il a constaté que les propriétés de cette substance la plaçaient à côté de la ratania, mais que son amertume lui donnait quelque avantage sur cette dernière dans les cas de dyspepsie et de débilité des organes de la digestion.

Il l'a d'ailleurs administrée avec avantage dans les flux divers, où les médicaments astringents réussissent si bien : telles sont les diarrhées, les blennorhagies, les hémorrhagies, les leucorrhées, etc., etc.

Dans ces derniers temps, nous avons eu occasion d'administrer souvent la poudre de Guarana dans les diarrhées et même la dyssenterie aiguë ou subaiguô, et nous avons été à même de constater dans ces cas son eftlcacité. Nous la donnons à la dose de 1 à 2 grammes par jour en prises fractionnées.

Le Paullinia a, depuis quelques années, conquis, à Paris, une certaine

popularité dans le traitement des migraines. Assez longtemps incrédules sur ce point, nous avons du céder devant des faits que nous avons pu observer chez plusieurs personnes de notre clientèle qui avaient pris le Paullinia sans notre autorisation. Nous ignorons si le pharmacien qui débite plus spécialement ce médicament à Paris donne très-exactement la poudre ou l'extrait de Paullinia, ou s'il n'y joint pas du sulfate de quinine; mais nous devons à la vérité de déclarer ici que de tous les moyens que nous avons vu employer contre la migraine, la poudre que l'on dit être exclusivemement composée de PaulUnia nous a semblé le moins ineftîcace.

Voici le mode d'emploi prescrit aux malades atteints de migraine dans l'instruction que l'on débite avec le médicament. — Si les accès sont fréquents (plusieurs dans le mois), on doit prendre tous les matins une pilule de 10 centigrammes d'extrait de Paullinia, une demi-heure avant le premier repas, afin d'éloigner les accès, d'en diminuer le nombre par conséquent, et dans l'espoir d'une guérison entière. — De plus, on avalera au début de la migraine, si on est prévenu à temps, ou pendant l'accès, dans le cas d'une surprise, 50 centigrammes de poudre de PauUinia délayée dans de l'eau sucrée. On attendra un quart d'heure, après quoi on en prendra autant si le mal ne s'est point amendé. La migraine la plus violente disparaît quelquefois au bout de cinq à dix minutes et ne revient assez souvent qu'après un temps très-long.

La poudre seule suffira, prise comme nous l'avons indiqué plus haut, quand les accès seront rares (un mois par exemple), et qu'ils ne seront point compliqués d'une autre affection contre laquelle il faudrait absolument employer les pilules.

Tout en confessant que nous avons vu le PauUinia réussir dans le traitement de la migraine, nous devons ajouter que son efficacité, d'abord assez évidente, diminue peu à peu, et que la plupart des malades finissent par s'en dégoûter, parce que leurs accès de migraine, moins douloureux, il est vrai, deviennent ordinairement plus longs et plus incommodes.

Les préparations diverses du PauUinia sont les mêmes que ceUe de la monésia et de la ratania, et se donnent de la même manière et aux mêmes doses.

La Créosote ou Créasote (de Kosa;, chair, fumée de bois vert. Incolore quand elle est el w;w , je conserve) est un produit pyro- pure, elle prend, en vieillissant, une teinte gêné découvert par Heichenbach, et dont la de bistre rougeâtre très-caractéristique. Sa composition est : 76,2 de carbone; 7,8 saveur est acre, astringente, caustique, d'hydrogène; 16,0 d'oxygène. Sa densité Elle est soluble dans l'eau, dans la proporest'de 1,037. Cette espèce d'huile essen- tion de J/SO de son poids; très-facilement tielle, que l'on retire du goudron, a une soluble dans l'alcool^ dans l'éther, et surodeur désagréable et extrêmement péné- tout dans l'acide acétique. Elle se mêle fatrante, qui rappelle celle de la suie et de la cilement à l'ammoniaque et à l'axonge.

13i> ASTRINGENTS.

Elle dissout parfaitement les résines , à on sature la potasse par de l'acide sulfuripeine le caoutLliouc; cllecoai^uleimmcdia- que étendu, et l'on distille. Ces traitements tement l'albumine, successifs de la Créosote par la potasse, Préparation. Le Codex indique le pro- l'exposition à l'air, l'acide sulfurique et la cédé suivant : on distille le goudron de distillation, devront être répétés jusqu'à ce bois {pix liquida) dans de grandes cornues que la Créosote, combinée à la potasse, ne de terre ou de fer, jusqu'à ce qu'il se dé- se colore plus à l'air. On sature alors la gage des vapeurs blanches; le produit dis- potasse par l'acide phosphorique concentré, tilié se sépare en trois couches; on prend et on distille une dernière fois en rejetant la couche inférieure, qui est huileuse et les premières portions qui pourraient paspesante, on la lave avec de l'eau légèrement ser colorées ou se colorer à l'air, acidulée par de l'acide sulfurique, et on la On administre le plus ordinairement la distille, ayant soin de séparer les premiers Créosote en solution alcoolique, produits. Mêlez les derniers produits avec p r ' t

un soluté de potasse caustique, de 1,12 de "' " .^^,^^00 r-iaor ♦• > ^l^^'^

densité, agitez fortement à plusieurs re- „ Aicooiay^ [6ii Lariierj, 16 prises, et laissez reposer. 11 se forme deux

couches; on sépare la couche inférieure, L'Eau de Créosote (Créosote, 1 p., eau

formée de Créosote et de potasse; on l'ex- distillée, 80 p.) est aussi employée àl'exté-

pose à l'air jusqu'àce qu'ellese colore; puis rieur.

Action physiologique de la Créosote.

Mise en contact avec la peau, la Créosote, quand elle est pure , produit une violente cuisson et une brûlure légère; les membranes muqueuses en sont beaucoup plus vivement affectées que la peau 5 elles blanchissent, comme par le contact du nitrate d'argent, et l'épiderme se détache et laisse au-dessous le chorion enflammé. L'eau créosotée, dans une forte proportion, agit évidemment comme irritant, à la manière des acides faibles, mais à faible dose elle ne détermine qu'une astriction assez analogue à celle du vinaigre et des autres acides peu concentrés. A l'effet astrictif succèdent une véritable réaction irritative et une fluxion légèrement inflammatoire.

Donnée à l'intérieur, la Créosote cause, dans le gosier, une sensation extrêmement désagréable, qui n'est ni de la chaleur ni de la cuisson, mais quelque chose qui rappelle l'insupportable odeur de cette substance. Quand la dose est trop forte, il peut y avoir des effets semblables à ceux qui seraient produits par des poisons irritants, en outre des effets stupéfiants sur le système nerveux.

Action thérapeutique de la Créosote.

La Créosote est un médicament nouveau. Elle a été découverte par Reichenbach, chimiste de Blausko, en Moravie. Ce savant s'occupait depuis longtemps de recherches sur le goudron ; et , s'apercevant que l'épiderme de ses mains se desséchait et s'enlevait en lambeaux, il en trouva la cause dans une substance particulière qu'il appela Créosote.

Dès que ce médicament fut introduit dans la thérapeutique, il excita une grande émulation entre les thérapeutistes , et ce fut à qui trouverait des vertus nouvelles au nouveau remède. Lo cancer, les dartres , les héniorrhagies, la carie des os, la scrofule, la phthisie, guérissaient par la Créosote. C'est avec cette escorte que vers 1829 la Créosote s'introduisit en

France. Ce fut un triste et déplorable engouement pendant quelques mois; rinstitut,, TAcadémie de médecine, furent assaillis de mémoires pendant ce laps de temps. Les principaux travaux qui furent adressés à l'Académie de médecine étaient de Coster, d'Yvan, et de d'Huc, Ces travaux furent l'objet d'un rapport fort impartial de Martin Solon [Mémoires de l'Académie royale de médecine, t. V, p. 129), qui lui-même lit à son hôpital de nombreuses expériences.

C'est d'après ce rapport principalement que nous essayerons d'indiquer les propriétés thérapeutiques, d'ailleurs fort restreintes, de la Créosote.

Maladies de la peau. Brûlures. Les brûlures au premier, au deuxième et au troisième degré, ont été traitées par l'eau créosotée au quatre-vingtième; la commission n'a obtenu aucun effet notable. Les mêmes lotions ont complètement échoué dans le pemphygus, dans la lèpre léontine. De la pommade créosotée composée de six à vingt gouttes de Créosote sur 30 grammes (1 once) d'axonge, employée en onction pour les dartres de diverse nature, a donné quelques résultats avantageux dans les dartres furfuracées légères, mais a paru inefficace dans les formes plus graves.

Ulcères. Dans le traitement des ulcères atoniques et sordides, à bords calleux et comme lardacés, on a obtenu des effets avantageux; mais il faut tenir compte ici des soins dans le pansement, soins que ne prenaient pas auparavant les malades ; et d'ailleurs la Créosote ici n'a pas eu d'avantage sur les bandelettes de diachylon, sur les feuilles de plomb, et sur tant d'autres moyens fort simples, fort faciles et connus de tous, et qui d'ailleurs n'ont pas le très-grave inconvénient d'empuantir l'atmosphère autour du malade, à tel point qu'il est obligé de se tenir confiné chez lui ; et même avec cette précaution il infecte toute la maison qu'il habite. L'eau créosotée ne réussit pas mieux dans le traitement des plaies provenant d'un décubitus prolongé.

Gangrène de la bouche. Le docteur Hasbach prétend avoir employé la Créosote avec succès dans la gangrène de la bouche, qu'on observe chez les enfants pauvres qui habitent des lieux humides et malpropres. La Créosote est étendue avec un pinceau sur les parties malades. Il s'établit bientôt une ligne de démarcation entre les parties saines et les parties malades, et les portions gangrenées ne tardent pas à se séparer. {Union médicale, 1853.)

Phlegmasies des membranes muqueuses. L'eau créosotée employée en injection a réussi dans l'otorrhée chronique, dans la leucorrhée, dans la blennorrhagie. Le docteur Arendt l'a beaucoup préconisée dans la plupart des affections catarrhales chroniques, et notamment dans la lienterie et dans la diarrhée chronique; dans ce cas, il la prescrit en lavements à la dose de 25 gouttes pour un kilog. d'eau. Les mêmes injections lui ont paru également utiles dans le catarrhe de la vessie.

Vomissements. M. Rayer présente la Créosote comme un bon moyen pour calmer les vomissements réfractaires qu'on observe très-souvent dans la maladie de Rright.

Hémorrhagies. L'action astringente de l'eau créosotée a été utilisée dans

134 ASTRibiGENTS.

les hémorrhagies nasales. La Créosote pure a même été conseillée pour les grandes hémorrhagies dépendantes de plaies artérielles; mais les expériences do Mignet [Recherches chimiques et médicales sur la Créosote^ 1834) ont démontré que les hémorrhagies des petites artères n'étaient pas même arrêtées par la Créosote. Les grandes promesses de Veau Binelli, de Veau Brocchieri, qui ne sont en définitive que des eaux créosotées^ 30nt aussi restées sans effet.

Tumeurs érectiles. Le docteur Thortsen, de Havelsberg, a préconisé l'emploi de la Créosote dans le traitement des nxvimaterni. Il se sert de Créosote plus ou moins étendue d'eau, suivant les circonstances, et il l'applique à l'aide de compresses qu'il renouvelle deux ou trois fois par vingt-quatre heures. Sous l'influence de ce moyen, le nxvus d'abord s'excorie, puis s'ulcère, puis entin disparaît en entier. La cicatrice qui en résulte est lisse et de bon aspect.

Carie des dents. Pendant quelque temps on a fait de nombreuses expériences sur l'emploi de la Créosote dans le traitement de la carie des dents [Bulletin de Thérap., 1835, t. YIII). Évidemment cette substance, comme celles qui sont un peu cathérétiques, calme en général les douleurs de dents et retarde la carie, au même titre que le nitrate d'argent, le sulfate de cuivre, etc., etc.; mais elle n'a pas de propriétés spéciales, comnie on a pu s'en convaincre aisément, et aujourd'hui la Créosote est à peine employée par quelques dentistes.

Phthisie. Enfin, il n'est pas jusqu'à laphthisie pulmonaire que l'on n'ait voulu et prétendu guérir par des fumigations de vapeur d'eau créosotée. Il est inutile de dire que, par ce moyen, quelquefois des catarrhes ont été modifiés, mais que la phthisie a suivi sa marche fatale.

Enfin la Créosote et l'eau créosotée ont été employées à la conservation des pièces anatomiques avec un grand succès ; de plus on doit la considérer comme un des réactifs les plus sensibles pour reconnaître l'albumine dans les urines.

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