‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 37 sur 125 · HUILE DE PAPTER , PLOMB · texte numérisé non relu

HUILE DE PAPTER , PLOMB

timbre de la voix, fort communes d'ailleurs, et qui tiennent uniquement à un catarrhe chronique de la glotte, avec ou sans exsudation trop abondante du mucus j dans des catarrhes bronchiques qui durent depuis longtemps, nous faisons inspirer plusieurs fois par jour de la fumée de papier, de telle manière que l'Huile de Papier elle-même, qui est volatile, se mette nécessairement en contact avec les membranes malades. Pour rendre cette inspiration plus commode, nous la faisons faire avec de petites cigarettes; on allume la cigarette, on en aspire la fumée dans la bouche, puis, par une nouvelle inspiration, on la fait passer lentement dans les bronches. Ce moyen, qui, au premier coup d'œil, semble futile, exerce une action topique puissante, caractérisée par une cuisson souvent fort vive, par de la toux, par une supersécrétion muqueuse momentanée. Dans quelques cas nous faisons les cigarettes avec du papier préalablement imbibé d'une solution arsenicale, mercurielle ou autre, quand, dans le cas de phthisie laryngée, nous voulons remplir quelque indication spéciale.

Nous ne terminerons pas ce qui est relatif à l'Huile de Papier sans parler d'une propriété singulière de cette substance, découverte par M. Johnson. Si Ton en met sur la langue quelques gouttes, on n'éprouve aucun effet appréciable ; mais à l'instant le gotit se trouve aboli , de telle sorte que l'on ne peut percevoir la saveur des choses les plus sapides : cet état persiste quelquefois pendant une heure. On peut utiliser cette propriété pour dissimuler aux malades le goût de certains médicaments qui leur répugnent.

Le Plomb {Plumium , Saturnus) est un C'estle seuldes oxydes de Plomb qui puisse

métal d'un blanc bleuâtre, qui a beaucoup se combiner avec les acides. Fondu, il prend

d'éclat lorsqu'on vient de le couper, mais le nom de litharge, et se présente alors

qui se ternit rapidement à l'air. Il s'étend sous formes de petites lames micacées d'un

en feuilles très-minces, et se laisse plier jaune rougeâtre; dans le commerce, il est

plusieurs fois en sens contraires sans se ordinairement impur et s'obtient par l'oxy-

rompre; il est tellement mou qu'il peut dation du plomb argentifère. La litharge

être rayé par l'ongle. Sa pesanteur spéciû- n'est presque jamais employée à l'état sim-

que est de 11,43. Fusible à 322°, volatilisa- pie, mais elle sert à la préparation d'un

ble au rouge blanc. Se combine facilement grand nombre de médicaments, et notam-

avec l'oxyg'ène, et forme trois oxydes. ment à la confection des emplâtres et de

Les préparations pharmaceutiques du l'onguent de la mère. Nous allons parler

Plomb sont très-nombreuses; les principa- ici rapidement des principaux emplâtres,

les sont les suivantes : Emplâtre simple. Litharge, axonge, huile

i° Plomb métallique. Le plomb, réduit d'olive : de chaque 2 kilogrammes (4 lien feuilles assez fermes, ne sert en médecine vres) ; eau commune, 4 kilogrammes (8 tique pour maintenir les cicatrices des vieux vres). Mettez dans une grande bassine de ulcères. cuivre la graisse et l'huile, puis l'oxyde;

Oxyde dePlomh. Deux oxydes seulement faites fondre ; mélangez exactement et te-

sont usités en médecine, le protoxyde et le nez en ébullition jusqu'à ce que la masse

minium. soit parfaitement homogène, et qu'elle ait

Le protoxyde de Ploml), connu dans les pris une couleur blanche. Laissez refroidir,

arts sous le nom de massicot ou de Ht/iargfe. roulez en magdaléons. Dans cette opéra-

tiqn , il se forme des oléates et des stéarates, des macavatcs de Plomb.

L'onguent de Ui mère Thrcle se prépare en faisant chaullcr ensemble, dans une bassine de cuivre, .SOOgrammes (1 livre) d'huile d'olive, et 250 granuiics (S onces) d'axonge, de beurre et de suit'. On cliauU'e fortement, puis, quand le mélange commence à dégager de la fumée, on laisse tomber lentement et en mélangeant à mesure 260 grammes (8 onces'i delitharge pulvérisée. On continue de chaullér jusqu'à ce que le mélange ait pris une teinte de bistre très-foncée et une consistance convenable; on ajoute de la poix noire et de la cire jaune, on laisse refroidir en partie et on coule dans des moules.

Par l'action de la chaleur sur les corps gras il se l'orme plusieurs produits , mais surtout des hydrogènes carbonés, gazeux et Intlammables. Il faut donc éviter d'approcher un corps enflammé de la bassine dans laquelle on opère, parce que les vapeurs et les gaz prendraient feu. Il se forme aussi de l'acide acétique, et conséquemment de l'acétate de Plomb. L'addition de la poix et de la cire à la fin a pour but d'empêcher cet acétate de Plomb de venir à la surface de l'emplâtre.

La plupart des emplâtres que l'on emploie en médecine ont pour base l'emplâtre simple, auquel on ajoute diverses substances; ainsi les emplâtres de Vigo, diachylon gommé, diapalme, etc., ne sont autre chose que l'emplâtre simple, auquel on incorpore les extraits ou la poudre de ces diverses plantes.

Le minium est un composé de protoxyde et de peroxyde de Plomb. On le prépare en chauffant au contact de l'air et à une chaleur modérée le massicot ou le carbonate de Plomb, réduit en poudre : il est d'un rouge orangé très-beau, et d'autant plus vif qu'il est plus pur. Il entre dans la composition de l'emplâtre de Nuremberg , ou emplâtre de minium camphré, que l'on prépare avec l'emplâtre simple, la cire jaune, l'huile d'olive, le minium et le camphre. Il sert aussi à la préparation des trochisques de minium, qui doivent leurs principales propriétés au deutochlorure de mercure qu'ils renferment.

Voici leur composition :

Deutochlorure de mercure, 8 gram. (2 gros). Minium, 4 (l gros).

Mie de pain tendre, 30 (l once}.

Puisque le protoxyde de Plomb est le seul qui soit solide dans les acides, c'est le seul aussi qui puisse être absorbé dans l'estomac.

Le minium formé de protoxyde et de bioxyde ne le serait qu'en partie.

De là celte conséquence que les poussières de minium, toutes choses égales d'ailleurs, produiront plus lentement l'intoxication saturn ne, et que le massicot doit lui être préféré pour les usages thérapeutiquest

Le bioxyde de Plomlf iloit être rejeté.

Sels de Plomb.

Carbonate de Plomb, carbonate plombique, céruse, blanc de céruse, blanc de Plomb. Ce sel est d'un blanc éclatant quand il est bien préparé, inodore, insipide , peu soiuble dans l'eau. 11 se produit naturellement à la surface du Plomb métallique exposé à l'air humide, ce qui rend si dangereux l'usage de l'eau renfermée dans des vases de plomb. Il n'est employé en médecine que dans la thérapeutique externe. II forme la base de la fameuse pommade de Rhazès, préparée avec une partie de céruse sur cinq d'axonge. M. Ouvrard a formulé aussi un cérat contre la névralgie, composé de deux parties de céruse et une de cérat de Galien; on peut y ajouter de l'extrait d'opium ou de l'extrait de datura stramonium.

L'emplâtre de céruse du Codex se prépare de la manière suivante :

Céruse en poudre, 600 grammes (1 livre). Huiles d'olive, lOOO (2 liv.j.

Cire blanche, 100 (3onc.i.

Eau, 1000 (2 liv.).

Mettez la céruse et l'huile dans une grande bassine; mélangez; ajoutez l'eau; mêlez; laissez refroidir ; faites fondre de nouveau avec la cire , et formez des magdaléons.

Acétate neutre de Plomb, acétate plombique, sel de Saturne, sucre de Saturne. L'acétate neutre est un sel blanc, d'une saveur douceâtre et pourtant astringente, très-soluble dans l'eau , 100 parties d'eau à 15° dissolvant 59 parties de sel.

Le sous-acétate de Plomb, acétate triplombique. Ce sel est blanc et cristallisé en lames opaques. On ne l'emploie en médecine qu'à l'état de dissolution, sous le nom d'extrait de Saturne. Cet extrait de Saturne se prépare de la manière suivante :

Pr. : Acétate neutre de Plomb , 30 parties. Litharge, 10

Eau distillée, 90

Faites bouillir l'acétate de Plomb avec la litharge réduite en poudre, jusqu'à ce que la litharge soit dissoute et que la liqueur marque 39° à l'aréomètre; filtrez, et conservez dans des flacons bouchés.

Il entre dans la composition d'un grand nombre de formules importantes.

L'eau de Goulard ou eau régéto-miné-' raie , composée de soùs-acétate de Plomb liquide, 16 parties; eau de rivière, 940 parties; alcool à 31" (Cartier), 04 parties. Cette eau a toujours une teinte laiteuse, qui ;| doit être attribuée au sulfate, au carbonate, au phosphate et au chlorure de Plomb, qui s'est formé par l'action de l'acétate de Plomb sur les divers sels de l'eau, de sorte que l'action thérapeutique de l'eau de Goulard dépend totalement de l'excès d'acétate de Plomb tribasique qu'on a employé.

Le cérat de Goulard {cérat de Saturne] se prépare avec huit parties de cérat de

Galien que l'on mêle avec une partie de M. Mialhe a démontré que toutes les présous-acétate de Plomb liquide. parations de Plomb, avant d'être absorbées.

Le sous-acétate de Plomb liquide préci- passent à l'état de chlorure plombique pite non-seulement l'albumine de sa dis- reudu plus soluble encore par sa combinatsolution aqueuse, mais encore la gélatine son avec le chlorure de sodium des huet la gomme, ce que ne fait point l'acétate meurs. Les préparations insolubles se transneutre, forment moins facilement que les autres ,

On devra donc plutôt recourir au pre- d'où la préférence qu'on doit accorder à

mier de ces composés lorsqu'il s'agira celles-ci lorsqu'on veut fairepasser le Plomb

de produire l'astriction, et au second lors- dans la circulation,

qu'on voudra introduire du Plomb dans les Voici deux formules auxquelles cet au-

secondes voies. teur conseille d'avoir recours pour l'admi-

Tannate de Plomh. Sel blanc, presque nistration du Plomb : insoluble dans l'eau, préparé en mélangeant une dissolution de tannin à une dis- Pilules chloro-plombiques. solution d'acétate neutre de Plomb. 11 se

précipite un tannate de Plomb quel'on fait Pr. : Acétate neutre de Plomb, 1 gram.

sécher. Chlorure de sodium, 4

L'iodure de Plomb {iodure plomiique) Racine de guimauve pul-

est d'un beau jaune citron. Il est fort peu vérisée, 5

soluble. On l'obtient en versant une disso- Sirop de gomme, q. s.

lution neutre d'iodure de potassium dans i i

une dissolution d'acétate de Plomb. L'io- ^'^^"^ 1^0 pilules,

dure de Plomb se précipite , et il se fait de ^

l'acétate de potasse soluble. On lave le pré- Pommade chloro -plombique.

cipité, que l'on fait ensuite sécher. On en t* a -* * * j r>i i

fait del pommades en l'incorporant à Pr. : Acétate neutre de Plomb , I gram.

l'axonge dans les proportions d'une à Chlorure de sodium , 4

Axonge, 30

deux parties d'iodure pour huit parties d'axonae. Mêlez.

THERAPEUTIQUE.

Les composés du Plomb sont très-nombreux. Employés dès les premiers âges de la médecine sous les formes les plus diverses, ils n'ont cessé d'occuper dans la thérapeutique un rang important ; et si, pendant le premier quart de ce siècle, le Plomb, comme tant d'autres médicaments utiles, a été peu employé par les médecins français, il a repris, depuis quelques années, le rang qu'il n'aurait pas dû perdre.

Action physiologique du Plomb.

L'emploi si fréquent dans les arts et dans la médecine des préparations saturnines a permis d'apprécier d'une manière complète les effets que le Plomb produit sur l'homme sain. Les ouvriers qui fabriquent ou qui emploient des composés du Plomb sont surtout ceux qui ont offert le plus souvent les symptômes de l'intoxication saturnine: les malades n'ont eu qu'assez rarement des accidents à redouter de l'emploi du médicament. C'est donc surtout sur les ouvriers qui travaillent la céruse, le minium, etc., etc., que nous étudierons ces effets, ne négligeant pas de les comparer à ceux qui peuvent résulter de l'application thérapeutique des préparations saturnines.

L'ouvrage de M. Tanquerel des Planches nous servira surtout ici. Comme cet auteur, nous distinguerons les accidents saturnins en prodromiques et confirmés.

Les accidents prodromiques sont : la coloration des dents ci de la mem ■ brane muqueuse buccale, la saveur et l'haleine saturnines, l'ictère, l'amaigrissement, le ralentissement de la circulation.

Les accidents confirmés sont : la colique, les névralgies, la paralysie, les convulsions.

La coloration des dents est un des premiers symptômes que Ton observe ; elle occupe ordinairement le point de réunion entre la dent et la gencive. Cette teinte est grisâtre, s'étend quelquefois sur les dents tout entières, surtout quand le malade n'a pas soin de sa bouche; mais invariablement elle envahit les gencives, qui prennent une teinte cendrée, d'ailleurs sans altération du tissu. Cette coloration est attribuée par les auteurs à la formation d'un sulfure de Plomb.

En même temps que la membrane muqueuse prend la teinte toute spéciale que nous venons de décrire, l'odeur de l'haleine se modifie et prend une notable fétidité.

L'influence du Plomb sur la crase du sang se manifeste par une décoloration de la peau, analogue à celle des individus cancéreux. Le teint devient subictérique; et lorsque des ouvriers ou des malades ont été longtemps soumis à l'influence des préparations saturnines, ils ne recouvrent jamais la vive coloration qui les distinguait auparavant.

Cependant les vaisseaux et l'organe central de la circulation sont modifiés, les uns, dit-on dans leur texture, l'autre dans son activité fonctionnelle. Ainsi l'on a prétendu, sans qu'à cet égard les faits soient assez constants pour qu'il soit permis de les considérer comme un fait général , on a prétendu, disons-nous, que, chez les individus qui avaient succombé à des accidents saturnins, les vaisseaux et même le cœur avaient perdu de leur capacité normale et subi une sorte de retrait : toujours est-il que les ouvriers en plomb ont, en général, le pouls petit, grêle et quelquefois ralenti. Cet état du pouls est-il uniquement sous l'influence du système nerveux, ou dépend-il de l'état organique des instruments de la circulation ? c'est ce que nous ne sommes pas en mesure de décider.

L'intoxication saturnine modifie encore la nutrition, et il était diflicile qu'il en fut autrement. Il en résulte un amaigrissement notable, appréciable surtout à la face.

Les désordres que nous venons d'indiquer sont le plus souvent méconnus par le médecin; cependant ils ont une extrême importance pour le thérapeutiste, qui, dans l'administration du Plomb, ne pourra , sans grand dommage, continuer le médicament s'il constate des désordres qui bientôt seraient suivis d'accidents graves.

En tête des accidents confirmés df^ l'intoxication saturnine, il faut placer la colique de Plomb, espèce de névi'algic intestinale qui s'accompagne de douleurs dans les membres, de vomissements, de constipation, de rétraction du ventre, etc., qui a été trop bien décrite partout pour que nous insistions davantage. Viennent ensuite les névralgies saturnines proprement dites, qui, au lieu d'occuper, comme dans la colique, les nerfs de la vie

végétative, siègent dans les nerfs de la vie animale et sont caractérisées alors par des douleurs aiguës dans la continuité des membres, dans le tronc, dans la tête, s'accompagnent souvent de crampes, et peuvent également précéder, suivre et accompagner la paralysie.

La paralysie saturnine, moins fréquente que les coliques et les névralgies, a plus de gravité que celles-ci^ parce qu'elle est plus rebelle aux moyens thérapeutiques, et que bien souvent elle résiste opiniâtrement à toutes les ressources de l'art. Cette paralysie occupe le plus souvent les muscles extenseurs des extrémités ; quelquefois elle occupe les nerfs des sens, et amène, par exemple, une amaurose saturnine. Chez les chevaux qui, dans les manufactures, sont souvent exposés aux émanations du Plomb, la paralysie , suivant la remarque de M. Bretonneau , frappe les muscles du larynx, et ces animaux ne tardent point à éprouver les signes d'une asphyxie qui ne peut être conjurée que par l'application d'une canule dans la trachée-artère.

Enfin, les plus redoutables accidents de l'intoxication saturnine sont évidemment les convulsions épileptif ormes; elles sont l'expression symptomatique d'une lésion des centres nerveux qui, malheureusement, est le plus souvent mortelle.

Il ne faudrait pas croire que l'on ait souvent à gémir d'accidents de ce genre lorsque l'on administre le Plomb aux malades. Autant ils sont communs chez les ouvriers qui sont sans cesse exposés aux émanations saturnines, autant ils sont rares chez les individus que le médecin soumet à l'action des préparations du Plomb 5 c'est à ce point que, bien que le médicament dont nous nous occupons ici soit tous les jours employé soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, sur quelques milliers de malades, c'est tout au plus si l'on cite dans la science une cinquantaine de cas bien authentiques d'intoxication saturnine à la suite de l'emploi thérapeutique des sels de Plomb. Toutefois, comme ces faits peuvent se présenter dans la pratique, il importe de les indiquer, ne fût-ce que pour prémunir le praticien contre des erreurs de diagnostic assez fâcheuses.

Lorsque l'on donne à l'intérieur des sels de Plomb dans un but thérapeutique, on observe assez souvent de la colique; mais cette colique, quoi qu'en puisse dire M. Tanquerel, est extrêmement rare. Nous avons trèssouvent administré l'acétate de Plomb pendant longtemps, et à des doses élevées, et jamais nous n'avons observé que des coliques passagères, et qui ressemblaient à celles qui peuvent être causées par un purgatif minoratif, tel que la magnésie. MM. Fouquier, Devergie, Koreff, Boudin, Barthez et tant d'autres, qui ont donné l'acétate de Plomb aussi souvent que nous, et à de bien plus fortes doses, rendent le même témoignage. Mais les faits rapportés par Fernel [De lue venereâ, cap. 27), par Etmuller [Coll. consult., cas 26), par Hoffmann [Diss'. de Pass. iliacâ), par Chomel [Dict. de Méd., en 25 vol., t. VII), ne permettent pas de douter que, dans des cas, fort rares à la vérité, l'usage interne des préparations de Plomb a pu causer une colique saturnine des plus violentes. Le fait le plus probant est celui

qui nous a été rapporté par jM. le docteur Léridon, médecin à IJuzançais. Ce praticien avait administré trois jours de suite à un malade 30 centigrammes (6 grains) d'acétate neutre de Plomb; le quatrième jour, il survint line colique saturnine des plus violentes, avec ictère, constipation, rétraction du ventre, etc., qui ne céda qu'au traitement de la Charité énergiquement employé. On lit encore dans la Gazette médicale l'histoire curieuse d'un malade qui prit, par les conseils d'un charlatan, 300 grammes (10 onces) de grenailles de Plomb, et fut pris, six jours après, d'une colique saturnine, qui dura plus de deux mois, et ne céda qu'à l'usage répété des purgatifs [Annali univ. di Medicina. Novembre et décembre 4837). Toutefois on ne saurait trop se prémunir contre une erreur bien souvent commise, qui consiste à confondre avec la colique saturnine les coHques, assez violentes d'ailleurs, mais temporaires, qui peuvent être produites par l'ingestion d'un sel de Plomb : ici ce sel exerce une action analogue à celle d'une multitude d'autres agents.

Lors même que le Plomb n'est pas introduit dans les voies digestives, et qu'il est appliqué topiquement dans un but thérapeutique, il peut donner lieu à tous les accidents de l'intoxication saturnine. Backer cite l'histoire^ probablement apocryphe, d'un individu qui fut pris de colique de Plomb après avoir fait usage d'injection saturnine dans le canal de l'urètre. De son côté, M. le docteur Taufflieb, médecin à Barr, a rapporté, avec des détails pleins d'intérêt, l'histoire d'un malade qui fut pris des accidents les plus graves de l'empoisonnement saturnin à la suite de l'usage des bandelettes de diachylon dans le but de guérir les ulcères. {Gaz* méd., février 1838.) Ces faits et ceux que l'on trouve épars dans les auteurs et dans les journaux de médecine sont trop peu nombreux pour qu'on doive s'abstenir d'administrer les préparations de Plomb dans les cas nombreux où elles sont indiquées.

Action thérapeutique du Plomb.

Les préparations de Plomb employées le plus souvent en médecihe sont : le Plomb métallique, la litharge, le minium, l'iodure de Plomb, le sous-carbonate et surtout les acétates, sur lesquels nous insisterons plus particulièrement.

Plomb métallique. Le Plomb métallique a été employé seulement pour l'usage externe en lames minces pour recouvrir et comprimer les vieux ulcères des extrémités inférieures [Bull, de thérap.y 4830, t. X.) Cette médication, évidemment utile, est trop rarement employée de nos jours ; et quoiqu'elle ne vaille pas en général les bandelettes circulaires de diachylon, elle est pourtant préférable quand il s'agit de soutenir une cicatrice revêtue seulement d'aune pellicule mince que le diachylon irriterait ou ramollirait.

Litkarrje. La litharge ne s'emploie jamais pure, mais seulement combinée avec les graisses, les huiles fixes avec lesquelles elle forme des emplâtres.

PLOMÈ. U3

des onguents, des sparadraps, certains cérats qui sont d'un lisage extt'êniô^ ment commun en chirurgie : les plus employés sont l'emplâtre simple de diachylon, diapalme, de Ganet, de Vigo, diabotanum, ëtc;,etc. Ces emplâtres divers sont tous astringents, et conviennent à merveille dans le traitement des vieux ulcères et des plaies suppurantes. On sait ce que M. Philippe Boyer a obtenu des bandelettes de diachylon dans le traitement des ulcères des extrémités inférieures ; il a constaté qu'en entourant toute la partie malade de bandelettes qui fissent une fois et demie le tour du membre malade, et en renouvelant l'appareil seulement une ou deux fois par semaine, les malades pouvaient vaquer à leurs occupations , et que la cicatrice se faisait plus solidement et plus rapidement que par toute autre méthode.

M. le docteur Lison (de la Nièvre) a indiqué, dans le Bulletin de Thérapeutique (1835, t. XIV), un moyen nouveau de traiter la gale, par tine poriimade saturnine, composée de litharge, une partie; huile d'olive, quatre parties , que l'on fait chauffer ensemble et que l'on combine exacteiîlent. Il fait faire matin et soir des frictions avec 15 grammes (1/2 once) de cette pommade.

Minium. Le minium a des propriétés analogues à celles de la lithài-ge, et il ne s'emploie non plus que pour l'usage externe , et sert à composer des onguents et des emplâtres. Ces emplâtres sont astringents , styptiques , et sont en général employés dans les mêmes circonstances que ceux dans la composition desquels entre la litharge.

On fait avec l'huile d'olive et le minium un emplâtre moti que quelques empiriques conseillent dans le traitement du cancer. NoUs avons été témoins d'un cas de guérison extraordinaire par ce rernède. C'était chez une jeuné femme de vingt-deux ans qui portait à la mamelle une tumeur que l'on regardait comme concéreuse et que l'on voulait amputer. Avant de se décider à l'opération, elle voulut faire usage de l'emplâtre de minium, qu'elle tint constamment appliqué sur la tumeur; et, après trois mois, la résolution était complète. Il est bien probable que, dans ce cas, il s'agissait seulement d'un engorgement chronique non cancéreux ; mais le fait n'eii est pas moins remarquable ; et toutes les fois que l'oii peut conserver quelques doutes sur la nature d'une tumeur, il sera convenable d'essayer de tous les inoyens topiques dont l'art ou le hasard ont enseigné l'utilité àu médecin.

Les trochisques , dits de minium , et qui , par le fait , doivent leurs propriétés principales au bichlorure de mercure qu'ils contiennent en si grande proportion, sont employés comme escharrotiques, pour ouvrir les bubons vénériens, pour agrandir les trajets fistuleux. On les applique au centre des parties malades.

Viodure de Plomb a été introduit dans la matière médicale pat Cotteredu et Verdé DeUslej Guersant, de l'hôpital des Enfants, l'a également essayé d'après ce qu'en avaient dit ces derniers [Journ. hehd., an. 1831. — liev. méd., 1831, p. 292). Cet iodure, donné à l'intérieur à la dose de 5 milligrammes (1/10 de grain) à la fois, ou incorporé avec de l'axonge dans la

proportion d'un septième , a été tenté contre certains engorgements scrofuleux; nous l'avons souvent employé avec quelque succès en frictions sur le ventre et sur le sein dans les engorgements chroniques.

Le sous-corbonate de Plomb, ou blanc de céruse, n'est jamais employé à l'intérieur ; on le prescrit incorporé à l'axonge , aux graisses , au cérat , comme astringent et répercussif dans les brûlures, les ulcères de mauvais caractère. On a également appliqué avec succès une espèce de pâte faite avec de l'eau et du blanc de céruse, sur le trajet des nerfs, dans la névralgie faciale. (Ouvrard, Bullet. de Thér., 1837, t. VII. — Millet, ibid.)

Acétates de Plomb. Mais les acétates de Plomb sont d'un usage tellement commun dans la chirurgie, et même en médecine, et leur etiicacité est si bien constatée, que nous nous arrêterons d'une manière plus spéciale sur ces préparations.

Acétate neutre de Plomb. Cet acétate est connu plus particulièrement sous les noms de sel de Saturne, sucre de Saturne, acétate de Plomb cristallisé. Il ne s'emploie guère qu'à l'intérieur, le sous-acétate étant plus particulièrement réservé à l'usage chirurgical. Toutefois on doit dire que le sel de Saturne a exactement les mêmes propriétés que le sous-acétate , et qu'il peut être utilisé comme ce dernier dans le traitement des maladies externes, et réciproquement. Quoiqu'on prescrive ordinairement l'acétate neutre à l'intérieur, on n'obtiendrait pas des effets moins certains et moins prompts de l'extrait de Saturne.

L'acétate neutre se donne à l'intérieur dans le traitement de la diarrhée chronique , soit que cette supersécrétion soit due à l'inflammation catarrhale de la membrane muqueuse de l'intestin, soit qu'il existe des ulcérations nombreuses. Toutefois on doit faire observer que le sel de Saturne ne devra être donné par la bouche que dans le cas où l'on aura lieu de supposer que le siège du mal est dans le colon Iransverse et l'estomac; car s'il occupe la dernière portion du gros intestin, les lavements seront de beaucoup préférables. Il a encore été conseillé dans lemélœna, dans la gastrite chronique, dans les vomissements muqueux.

Ici il n'agit que topiquement; mais porté dans le torrent circulatoire, il modifie probablement la crase du sang et s'oppose aux sécrétions morbides, qu'il affaiblit un peu. Ainsi les hémorrhagies nasales, utérines, intestinales, ont été, dit-on, avantageusement traitées par l'emploi simultané de l'acétate de Plomb à l'intérieur et à l'extérieur, et même par l'usage exclusivement interne de ce sel. Toutefois nous confessons franchement que cet agent thérapeutique ne nous a paru doué d'aucune propriété astringente active , à moins qu'il ne fiît employé topiquement. Il en est de même pour la leucorrhée, la blennorrhagic, qui ont pu quelquefois être un peu modifiées par de hautes doses de sucre de Saturne prises à l'intérieur, mais qui ne sont ordinairement bien guéries par ce sel que s'il est appliqué localenlent.

Il y a peu d'années, l'ouquier, reprenant les expériences tentées par Ettmuller, Pringle, Amelung, etc., etc., conseilla l'acétate neutre de Plomb à l'intérieur aux phthisiques, dans le but de faire cesser les sueurs et la

diarrhée colliquative. Il parvenait , sans doute , à suspendre la diarrhée ; mais^ malgré ce qu'il a dit de l'efiicacité de ce moyen pour arrêter les sueursj nous n'avons presque jamais pu la constater dans de nombreux essais que nous avons tentés. La dose, dans ce cas, est de 5 à 60 centigrammes (1 à 42 grains) dans les vingt-quatre heures. Quant à son utilité dans le traitement de la phthisie pulmonaire tuberculeuse, il nous est impossible de l'admettre, quoi qu'en aient pu dire les nombreux auteurs cités par Gmelin dans \' Apparatus medicaminum. Il ressort de ces nombreux témoignages qu'il n'est pourtant pas permis de nier complètement que l'acétate de plomb ait pu être utile dans des catarrhes et dans des bronchorrhées chroniques; mais il y a loin de là à soji etficacité dans la phthisie tuberculeuse.

Affections nerveuses. On a encore vanté ce moyen dans l'épilepsie, dans la nymphomanie, etc., etc.; mais les faits sont si peu nombreux, et la plupart des observations sont si incomplètes, qu'on ne peut y ajouter foi, pas plus qu'à tant d'autres remèdes préconisés dans les mêmes affections. M. Levrat-Perroton rapporte quatorze exemples de succès de l'acétate neutre de Plomb par pilules de 25 ♦milligrammes (1/2 grain) et du sousacétate (12 gouttes dans une potion) associés, il est vrai, à divers antispasmodiques dans les névroses du cœur ainsi que dans l'hystérie; mais tous ces faits manquent de critique et surtout de diagnostic rigoureux. Son utilité dans les névralgies superficielles est un fait mieux constaté.

Nous ne devons pas omettre ici ce que l'on a dit de l'emploi interne et externe de l'acétate de Plomb dans le traitement des maladies du cœur et dans celui des anévrismes des grosses artères. A Paris, c'est surtout à Koreff et à Dupuytren que l'on doit d'avoir popularisé cette méthode ; ils donnaient à l'intérieur des doses énormes d'acétate neutre de Plomb : d'abord 5 centigrammes (1 grain) le matin, et graduellement jusqu'à 1, 2, et même 4 grammes (1 gros) par jour j en même temps qu'ils tenaient continuellement appliquées sur la région du cœur ou sur la tumeur anévrismale, des compresses imbibées d'eau de Goulard. Ils secondaient ce traitement par les émissions sanguines , la diète et le repos. Ce traitement , qui d'ailleurs avait été indiqué longtemps avant eux, a été certainement suivi de résultats heureux, et devrait être plus souvent employé qu'il ne l'est. Si maintenant nous réfléchissons aux effets physiologiques du Plomb, qui, certainement^ rend la circulation plus lente et le pouls plus petit , en même temps que peut-être il diminue le calibre des vaisseaux, on concevra qu'il doive être utile dans les maladies du centre circulatoire et des artères.

Sous-acétate de Plomb. Ce sel, connu sous le nom 6: extrait de Saturne, acétoie de Plomb liquide, vinaigre de Saturne, extrait de Saturne, de Goulard, est décomposé per l'eau non distillée en acétate de potasse, de chaux, ou de soude, et en sulfate, chlorure, carbonate et phosphate de plomb, qui se précipitent dans la liqueur devenue ainsi laiteuse, et connue dans cet état sous les noms d'eaw végéto-minérale , eau de Goulard.

L'eau blanche, ou eau de Saturne, diffère de l'eau de Goulard en ce qu'elle 1. 10

i4e ASTRINGENTS.

ne renferme pas d'alcool; cependant on les confond très-souvent ensemble.

C'est sous cette dernière forme que le sous-acétate de Plomb est ordinairement employé ; pur, il est peu usité.

C'est un des astringents les plus connus. Mise en contact avec la peau, avec une plaie, l'eau de Goulard en chasse le sang, l'affaisse, la racornit, la ride, et, en un mot, repousse les liquides des tissus. Cette action astringente si puissante n'est pas accompagnée de douleurs : et même les douleurs, s'il en existait, sont ordinairement calmées.

Maladies de la peau. Dans les brûlures au premier degré, et dans celles qui sont passées à la suppuration, l'eau de Goulard est appliquée d'une manière continue sur les parties malades à l'aide de compresses que l'on a soin de tenir constamment imbibées. Le même moyen est employé dans les dartres, celles seulement qui ont le caractère aigu, telles que l'eczéma simple, et certains herpès; dans les aftéctions cutanées chroniques prurigineuses, telles que l'eczéma chronique; dans les ulcères des membres inférieurs, lors surtout qu'ils ont une disposition à saigner, que les bords deviennent œdémateux et se déchirent.

Maladies des membranes muqueuses. En collyre, l'eau de Goulard est employée dans les ophthalmies catarrhales, scrofuleuses; en injections, dans les fosses nasales, pour le coryza chronique, l'ozène; dans le conduit auditif, pour l'otorrhée^ dans le vagin, dans l'urètre, pour la leucorrhée, la blennorrhagie ; dans le rectum, pour la proctorrhée, le flux purulent hémorrhoïdal, la diarrhée chronique qui suit les dysenteries et qui est due à des ulcérations des dernières parties du gros intestin; en gargarisme, dans l'angine catarrhale, dans l'œdème de la luette, dans la stomatite aphtheuse.

Une application de ce médicament a été faite il y a quelques années par M. le docteur Bar thez, alors médecin en chef de l'hôpital militaire de Saint- Denis. 11 ne s'agit plus seulement de la dysenterie chronique, mais de cette maladie à l'état aigu. Nous empruntons à la Gazette des hôpitaux (décembre 1845) la relation suivante «des succès obtenus dans ce cas par M. Barthez.

« Depuis le mois d'août, M. ie docteur Barthez a eu occasion de soigner un grand nombre de malades atteints de dysenterie, dont plusieurs ont succombé malgré l'emploi des moyens généralement usités. Voyant leur peu de succès, M. Barthez recourut au sous-acétate de Plomb. Procédant avec la mesure que réclame un médicament de cette espèce, il est arrivé à pouvoir prescrire en lavement jusqu'à 100 gouttes d'extrait de Saturne ou bien 5 grammes pour 500 grammes d'eau tiède, sans auéun accident. Quant à la dysenterie , elle a été arrêtée presque subitement.

» Une condition est nécessaire au succès de la médication , c'est que le remède soit appliqué dès le début de la maladie. Plus tard le rectum est tellement irrite que le lavement ne peut être retenu. »

Plus récemment M. Barthez a lu à la société des médecins des hôpitaux de Paris un nouveau travail sur le même sujet. Il est arrivé dans le traitement des diarrhées aiguës des dysenteries à la dose énorme de 30 ;> 40, 100

grammes dans un lavement, et cela sans produire d'accidents toxiques. Ces résultats sont confirmés par des expériences récentes de M. Boudin, aujourd'hui médecin en chef de l'hôpital militaire du Roule.

Le sous-acétate de Plomb a été employé par lui en lavement sur plus de 530 à 600 malades , atteints de diarrhée , de dysenterie ou de choléra épidémiqiie. Le médicament, dissous dans cent grammes d'eau distillée, a été donné depuis dix jusqu'à soixante grammes dans les 24 heures, en plusieurs quarts de lavement. Non-seulement l'innocuité du sous- acétate de plomb ainsi manié a été complète, mais encore les résultats thérapeutiques se sont montrés les plus satisfaisants.

Encouragé par cette innocuité , M. Boudin a administré le même médicament pur, c'est-à-dire sans addition aucune, par la bouche, contre les vomissements persistants de six ou huit cholériques, vomissements rebelles à tous les moyens ordinaires. Ici encore l'innocuité s'est montrée complète, et dans plusieurs cas la cessation des vomissements ne s'est point fait attendre. M. Boudin pense que le sous-acétate de plomb liquide administré à faible dose ne présenterait peut-être pas la même innocuité, en ce qu'il pourrait ne pas s'opposer aussi comprétement à l'absorption.

Toutefois il est des circonstances où il faut augmenter encore davantage la dose du sous-acétate de Plomb, si l'on veut atteindre le but curatif que l'on se propose. Ainsi M. Sommé, d'Anvers, a démontré que la solution de sous-acétate de Plomb était un des meilleurs moyens à employer dans le traitement du ptyalisme mercuriel , à la condition de mettre une dose suffisante de sel en dissolution dans l'eau; il faisait des gargarismes et des collutoires dans lesquels l'extrait de Saturne entrait dans là proportion énorme d'un huitième et même d'un sixième, et M. Ricord a dernièrement fait voir que les blennorrhagies et ulcérations blennorrhagiques du col de l'utérus chez les femmes ne cédaient rapidement et efficacement qu'en enfonçant dans le vagin et en mettant en contact avec le museau de tanche un tampon imbibé d'une solution analogue à celle que M. Sommé préconise dans le traitement de la salivation hydrargyrique.

Les gargarism.es d'acétate de Plomb ont un inconvénient contre lequel se révoltent ordinairement les malades ; les dents prennent une teinte noire horrible, qui disparait, il est vrai, plus ou moins complètement après le traitement, mais qui, pendant quelques jours, donne à la bouche un aspect repoussant.

Hémorrhagies. L'eau blanche et l'extrait de Saturne employé pur ne pourraient probablement pas conjurer une hémorrhagie dépendant de l'ouverture d'un gros vaisseau artériel ou veineux; mais ce moyen thérapeutique est un des plus eôicaces que l'on puisse employer dans les hémorrhagies baveuses et capillaires qui suivent les grandes opérations , dans celles qui se font à la surface des plaies cancéreuses, des ulcères fongueux, dans celles qui s'exhalent des membranes muqueuses, telles que celles du nez, de l'utérus, etc., etc.

11 nous reste à parler de l'application que l'on a faite du sous-acétate de

Plomb à la confection des moxas. Cette idée est de Marmorat {Journ. des Connans, méd. ch., tom, II, p. 172). Ce médecin avait sans doute été conduit à cette découverte par Cadet et Rathelot, qui avaient conseillé pour faire des mèches d'artillerie et d'artifices de les tremper dans une solution concentrée d'acétate neutre de Plomb [Bull, de Pharm., t. IV, p. 419) . « Les moxas, dont la préparation est la plus simple, l'emploi le plus commode, l'action la plus régulière et la plus facile à régler, sont, dit Marmorat, ceux que l'on fait avec du papier préalablement trempé dans l'extrait de Saturne et séché. C'est lui que j 'appelle ;ja/3zer-moxa,' il doit être sans colle ou légèrement collé ; alors il prend feu au briquet et brûle comme de l'amadou. On le conserve dans un portefeuille , et quelques instants suffisent à la préparation d'un moxaj on en coupe une bande de quelques lignes de hauteur que l'on roule sur elle-même de manière à avoir un cyhndre du diamètre désiré. La combustion est trop rapide ou trop lente, selon qu'il est trop peu ou trop serré. »

Le tannate de Plomb a été employé dans le traitement des ulcères gangreneux. On en fait une pommade en l'incorporant à quatre ou six fois son poids d'axonge, et on en enduit des plumasseaux ou des gâteaux de charpie que l'on apphque sur les surfaces ulcérées. Ce moyen, suivant M. Yott, {Gaz. des Hôpit., t. XI, n° 145), calme rapidement les douleurs, et amène une guérison assez prompte.

Mode d'administration et doses.

Nous avons dit plus haut comment on employait la litharge dans le traitement de la gale, et de quelle manière le sparadrap de diachylon était conseillé dans le traitement des ulcères.

Vonguent de la mère est particulièrement considéré comme maturatif pour hâter la suppuration des furoncles et des abcès froids; on l'étend sur un morceau de peau que l'on applique sur la partie enflammée.

h' emplâtre de Nuremberg, ainsi que l'emplâtre de minium simple, dont nous avons indiqué la composition, s'étendent également sur de la peau ou sur une toile, et sont appliqués sur les tumeurs chroniques pour en obtenir la résolution-, on en renouvelle l'application tous les deux ou trois jours, et on la continue pendant plusieurs mois.

\J emplâtre de céruse s'emploie de la même manière que les précédents : on le laisse appliqué sur la partie aussi longtemps que les douleurs névralgiques peuvent durer.

L'acétate neutre de Plomb se donne à l'intérieur ou dissous dans l'eau distillée ou en pilules. La dose dans les cas les plus ordinaires est de 10 centigrammes (2 grains) à 1 gramme (18 grains). En collyre, il se donne à la dose de 25 à 50 centigrammes (5 à 10 grains) pour 30 grammes (1 once) d'eau distillée. La dose est en quelque sorte illimitée pour les injections urétrales et les lavements, ainsi que pour les injections vaginales.

Le sous-acétate de Plomb s'emploie pur pour toucher le col utérin dans

le cas de leucorrhée avec ulcération superficielle, et même dans le cas de blennorrhagie vaginale; dans ce cas, on fait, sur la membrane muqueuse, une lotion avec, un pinceau imbibé d'extrait de Saturne.

Le nitrate de Plomb vient d'être proposé par MM. Raphanel et Ledoyen comme un moyen général de désinfection. M. Bouchardat a fait sur cette importante question un rapport à l'Académie en février \ 854 D'après ce savant chimiste, la solution de nitrate de Plomb exerce sur les matières solides et liquides à désinfecter une action prompte et complète; la mauvaise odeur se trouve immédiatement neutralisée. Mais ce procédé a contre lui plusieurs inconvénients plus ou moins graves. D'abord le nitrate de Plomb est d'un prix plus élevé que les autres agents de désinfection, tels que l'acétate de Plomb, le chlorure de zinc; et puis son action toxique, lente et insidieuse, et de plus la couleur foncée du sulfure de Plomb qui résulte de son contact avec les matières chargées d'hydrogène sulfuré, toutes ces causes empêcheront l'adoption générale de ce procédé, soit pour la vidange des fosses d'aisance , soit comme moyen de désinfection des casernes , des amphithéâtres de dissection, soit surtout comme moyen de conservation des pièces anatomiques. Sous ce dernier rapport surtout, le chlorure de zinc est évidemment préférable au nitrate de Plomb, par la raison qu'il donne Heu à un sulfure de Plomb blanc.

Toutefois la solution de nitrate de Plomb est appelée à rendre des services dans la thérapeutique chirurgicale , en débarrassant de leur odeur fétide les plaies de mauvais caractère. 11 est bon de savoir que déjà autrefois ce sel avait été utilisé à ce point de vue; ainsi il entrait comme partie active dans la préparation désignée dans la pharmacopée de Van-Mons, sous le nom de baume de Plomb.

Toutefois il est juste de reconnaître qu'on doit à MM. Raphanel et Ledoyen d'avoir fait ressortir avec raison la propriété désinfectante du nitrate de Plomb dans le pansement des plaies. A cet égard, ce sel vient se placer surla même ligne que l'acétate de Plomb.

A ce titre donc le nitrate de Plomb mérite d'être recommandé aux chirurgiens.

La dose est la même à peu près que pour l'acétate de Plomb.

VAlun; Alumen, sulfate d'alumine et de Pour les usages chirurgicaux on emploie

'potasse, ou d'ammoniaque, est un sel inco- quelquefois Valun calciné-

lore, inodore, cristallisé en beaux octaèdres. VAlun calciné, sulfate d'alumine et de

11 a une saveur douceâtre, astringente et potasse desséché, se prépare en faisant

acide; il rougit le papier de tournesol. In- chauffer dans un pot de terre l'Alun du

soluble dans l'alcool absolu , il se dissout commerce réduit en poudre grossière. Le

dans son poids d'eau à 90" c. , et dans 18 feu doit être conduit doucement, de ma-

fols son poids d'eau froide. nière que l'Alun fonde dans son eau de

cristallisation, et que celle-ci s'évapore, droits d'Italie, surtout à la Toi fa. 11 ren-

L'Alun bien calciné est soluhle dans ferme un peu de silice et du fer;

l'eau , quoiqu'il un moindre dcyré que l'A- 2° L'Alun de Liège est préparé eu mélan-

lun cristallisé; mais il se dissout avec une géant la pvrite de fer et de l'alumine par

extrême lenteur, et cette lenteur est telle l'exposition à l'air humide; les .«ulfures se

qu'au premier abord le sel semble tout à fait cliansent en fulfates; à l'aide de lavauns et

insoluble. de cristallisations répétées on sépare le sul-

On peut substituer sans inconvénient fate de fer, et on fait bouillir les eaux

pour l'usage médical l'Alun d'ammoniaque mères avec du sulfate de potasse ou du

à celui de potasse, mais ce dernier ren- sulfate d'ammoniaque;

ferme souvent du fer; il a alors une teinte 3» L'Alun de Paris, qui est le plus pur,

rosée. On connaît d'ans le commerce trois s'obtient en calcinant l'argile pour peroxy-

sortes d'Alun de potasse : der le fer; puis l'argile ainsi calcinée est

1° L'Alun de Rome est préparé avec une dissoute dans l'acide sulfurique, et on

roche que l'on trouve dans plusieurs en- ajoute à la solution du sulfate de potasse.

THERAPEETIQUE.

Les plus anciens auteurs ont fait usage de l'Alun , et l'on peut dire même que ce médicament a longtemps été la base de presque toutes les préparations externes. Les découvertes de Falchimie ont singulièrement étendu le domaine de la matière médicale, et peu à peu de nouvelles substances ont dépossédé FAlun de la prééminence qu'il avait acquise dans les premiers âges de la médecine. Quoique la plupart des effets thérapeutiques de l'Alun puissent être obtenus par d'autres agents, nous croyons néanmoins devoir insister sur les propriétés d'une substance qui se trouve partout à vil prix, et qui entre encore aujourd'hui dans un grand nombre de recettes populaires que les habitants des campagnes emploient dans le traitement de leurs maladies ou de celles des animaux domestiques.

Action physiologique de l'Ahm.

Lorsqu'on met l'Alun en contact avec un tissu qui contient beaucoup de vaisseaux sanguins , on voit bientôt le sang se retirer ; la turgescence et en même temps la coloration diminuent rapidement, et le tissu paraît comme flétri. Mais si l'Alun a été mis en plus grande quantité sur la partie, ou si son emploi a été fréquemment réitéré, cette astriction, cette flétrissure dont nous venons de parler n'est pas de longue durée, et bientôt succèdent les phénomènes qui caractérisent une véritable inflammation.

A l'intérieur, l'Alun pris à forte dose de 1 à 4 grammes (20 grains à 4 gros) provoque des pincements d'estomac, de la difficulté de digérer; et si la dose est doublée ou triplée, il survient souvent des vomissements et de la diarrhée.

M. Mialhe attribue à l'Alun des propriétés qu'il ne possède évidemment pas ; nous craignons bien qu'il n'ait été trompé par des expériences de laboratoire, peu concluantes ici. Il établit que l'Alun en présence des alcalis cède une partie de son acide et se transforme en sel basique insoluble.

Lors donc qu'on en introduit une dissolution dans l'estomac et que l'absorption l'amène dans les premiers capillaires veineux, le sous-sel aluminique se précipite. C'est ainsi qu'il explique l'effet primitif, l'astriction.

ALUN. mi

L'action des alcalis du sang continuant à s'exercer, Mumine est mise en liberté; mais à l'état naissant elle se dissout dans les liqueurs alcalines; elle passe donc dans la circulation et communique une grande fluidité aux humeurs.

On voit d'après cela qu'il faudrait employer l'Alun à faible dose pour causer l'astriction, et à doses fortes si Ton voulait qu'il agît comme détersif ou désobstruant : nous ne savons ce que de nouvelles expériences chimiques feront voir, mais évidemment M. Mialhe se trompe, l'effet astrictif se prolonge lorsque le médicament a été absorbé; trop de résultats thérapeutiques le démontrent.

Action thérapeutique de l'Alun.

Emploi de l'Alun comme topique. L'effet primitif de l'Alun, que l'expérience put constater un grand nombre de fois, mit les médecins sur la voie des usages auxquels ils pouvaient employer ce médicament; et comme dans l'hémorrhagie, dans l'inflammation et dans les flux divers, la présence du sang dans le tissu était le phénomène le plus saillant, on dut d'abord essayer l'Alun contre les maladies que l'on rangeait dans les trois grandes catégories que nous venons de désigner, et on multipUa promptement les expériences qui démontrent en effet son utilité.

Hémorrhagies. Chez les jeunes gens, au moment de la puberté; chez les enfants, pendant la coqueluche, ou lorsqu'ils ont fait detrop grandes pertes de sang, il survient des saignements de nez qui sont souvent suivis d'accidents immédiats fort graves, ou qui sont la cause de maladies difficiles à combatti^e, telles que l'aménorrhée, les pâles couleurs et diverses névroses. Lorsque le sang tarde à s'arrêter, l'inspiration, par le nez, d'eau alumineuse réussit à suspendre et à prévenir les épistaxis; lorsque la solution d'Alun ne sufiit pas, nous faisons prendre, plusieurs fois par jour, 25 ou 30 centigrammes (o ou 6 grains) d'Alun finement pulvérisé en guise de tabac : ce moyen dispense ordinairement d'avoir recours au tamponnement , avec lequel il peut d'ailleurs être combiné. Cette médication topique n'empêche pas d'administrer à l'intérieur la poudre de quinquina si efficace dans cette forme d'hémorrhagie. C'est surtout pour arrêter les hémorrhagies utérinesà la suite de l'accouchement que l'Alun a été conseillé. Rivière l'injectait dans l'utérus et le vagin, dissous dans une décoction astringente ( Oper. omn. ). Leak le dissolvait dans l'eau et l'employait de la même manière {Practical Observations, etc.). Smellie imbibait une éponge avec une forte dissolution d'Alun et l'enfonçait dans le vagin {Collect. of prseternatiiral cases). Fabrice de Hilden saupoudrait d'Alun un tampon qu'il introduisait aussi profondément qu'il le T^onysài { Fpistolarum centurige). De pareils moyens , efficaces le plus souvent quand la métrorrhagie succède à l'accouchement, ou lorsqu'elle survient pendant le cours de l'allaitement, au moment du sevrage ou vers l'âge critique, ne procureraient qu'un sou-

lagement momentané dans le cas où elle reconnaîtrait pour cause l'implantation du placenta sur le col, l'existence d'un polype dans la cavité utérine, ou bien encore le ramollissement d'une tumeur cancéreuse.

Les flux hémorrhoïdaux immodérés devront être combattus d'une manière analogue, aussi bien que les hémorrhagies qui suivent souvent l'excision dps tumeurs hémorrhoïdales. Ainsi on pourra, à l'exemple de Paul d'Égire, administrer plusieurs lavements alumineux, ou bien encore imiter Helvétius, qui composait avec de l'Alun un suppositoire qu'il introduisait dans le rectum. Quant à l'hématurie, on ne parvient pas souvent à l'arrêter par des injections alumineuses, car elle tient rarement à une exhalation sur la surface de la membrane muqueuse vésicale; et le plus ordinairement, au contraire, elle reconnaît pour cause ou de graves lésions de reins, ou le passage d'un calcul dans les bassinets et les uretères, ou bien encore l'existence d'un cancer à la vessie.

L'Alun réussit encore fort bien à suspendre les hémorrhagies traumatiques,mais seulement quand de petits vaisseaux sont ouverts. Ainsi, lorsqu'à la suite d'une amputation ou d'une autre opération grave, le sang continue d'imbiber les pièces de l'appareil, et que l'hémorrhagie menace les jours du malade, on a conseillé de saupoudrer d'Alun et d'imbiber de solution alumineuse la charpie qui recouvre immédiatement la plaie. Quelquefois, chez les enfants cachectiques, chez ceux auxquels on a déjà fait perdre du sang, il arrive qu'une piqûre de sangsue continue de couler; et une blessure aussi légère suffit pour causer la mort, comme on en a des exemples malheureusement trop fréquents. Avant d'avoir recours à l'application desserre-fines, à la suture, à la cautérisation ou à une compression qui, d'ailleurs, est souvent impraticable, on devra recouvrir d'Alun pulvérisé la petite plaie et les parties environnantes , ou bien encore faire avec de l'Alun, comme l'ont conseillé dans des cas analogues Borelli et Diemerbroeck , de petits clous ou des cônes dont la pointe sera introduite dans la solution de continuité, et maintenue soit avec un bandage, soit avec le doigt. Ce dernier moyen, tout simple qu'il est, réussira parfaitement encore lorsqu'on voudra arrêter les hémorrhagies graves qui suivent si souvent l'avulsion d'une dent.

Les hémorrhagies des gencives et du pharynx sont tous les jours combattues avec avantage par des gargarismes alumineux.

On a conseillé encore cette médication topique dans l'hématémèse et dans le mélœna. Nous avouons que nous en concevons l'utilité quand le sang s'exhale à la surface de la membrane muqueuse ou du fond d'une ulcération superficielle de l'estomac ou des intestins; mais quand l'hémorrhagie, comme il arrive le plus souvent, tient à une profonde dégénérescence de tissu, il est bien certain que les préparations alumineuses, à quelque dose et sous quelque forme qu'elles soient administrées, ne feront tout au plus que retarder l'inévitable terminaison de toutes les maladies de ce genre, et ne parviendront d'ailleurs que rarement à réprimer l'hémorrhagie. Emploi de V Abni comme fopirpie dons les inflammations. Toutes les fois

qu'une inflammation est circonscrite à une partie du corps très-limitée et qu'elle se lie à un petit nombre de désordres généraux, on peut, sans inconvénient, la traiter par des répercussifs, c'est-à-dire par des médicaments qui chassentlesangdesvaisseauxd'unemanièrepresquemécanique. Aussi s'eston toujours loué de l'emploi de l'Alun dans les ophthalmies légères et dans les phlegmasies superficielles de la membrane buccale. Saint- Yves faisait fréquemment usage de l'Alun dans le traitement du ptérygion et dans celui des taies qui succèdent à la variole ou qui persistent après la cicatrisation des ulcères de la cornée {Nouveau Traité des Maladies des Yeux, p. 150). Il mêlait de l'Alun calciné avec du sucre et du phosphate de chaux, et insufflait cette poudre dans les yeux. Lindt employait le même remède pour guérir le chémosis. Richter le conseille pour combattre le staphylôme [Oba. chmirg., fasc. 2, p. 104) : une simple solution d'Alun remplit parfaitement le même but. Rivière préconise les gargarismes alumineux et les insufflations d'Alun pour réprimer l'allongement de la luette et la tuméfaction chronique des amygdales {Op. omn. med. p7mx.,\\v. vi, p. 92). Le même auteur, après Dioscoride et Paul d'Égine, regarde ce traitement comme très-eôicace encore pour combattre les maladies des gencives qui s'accompagnent d'ulcération et de gonflement.

Arétée, Celse, Paul d'Égine, et tous les auteurs qui leur ont succédé, se sont accordés sur les avantages que l'on retire de l'emploi" d& l'Alun dans l'angine catarrhale et même dans l'angine tonsillaire sans tendance à la suppuration. Nous avouons que nous avons eu souvent à nous applaudir d'avoir fait usage de cette médication. Presque tous les auteurs que nous venons de citer regardent encore le même moyen comme très-efficace dans le traitement des aphthes, de l'angine aphtheuse et de l'angine maligne ou gangreneuse.

Avant les travaux de M. Bretonneau sur les inflammations spéciales du tissu muqueux (Paris, 1826), la plus grande obscurité régnait sur la nature de la maladie que les écrivains désignaient sous le nom d'angine maligne ou gangreneuse. Mais depuis la publication de l'ouvrage de ce praticien, on put aisément apprécier et en quelque sorte classer les méthodes thérapeutiques employées contre l'angine gangreneuse, et faire tourner à notre profit l'expérience de nos devanciers.

M. Bretonneau apprit d' Arétée que, dans la diphthérite pharyngienne, les gargarismes alumineux et les insufflations d'Alun suffisaient pour arrêter le développement et l'extension des fausses membranes dans les voies aériennes, et par conséquent pour prévenir le croup. Il employa cette médication avec un succès qui dépassa son attente; et nous-même, en 1828, ayant reçu une mission médicale dans plusieurs départements où la diphthérite régnait épidémiquement, nous avons pu nous convaincre de l'extrême efficacité de l'Alun. Quand la diphthérite est bornée aux gencives, et qu'elle constitue une maladie connue dans les campagnes sous le nom de chancre^ un collutoire fait avec une solution d'Alun dans de l'eau vinaigrée et miellée suffit pour arrêter le mal, qui avait résisté quelquefois

des mois entiers aux médications les plus diverses et les plus énergiques» Lorsqu'elle se développe sur les amygdales, on peut à la rigueur, se borner à de simples gargarismes si le malade est adulte et si l'on peut compter sur son exactitude; mais il est plus prudent d'insuffler l'Alun pulvérisé. Dans les campagnes nous nous servions ordinairement dun fuseau de rouet, d'un morceau de sureau dont la moelle avait été enlevée, ou bien d'une tige de roseau , et nous instruisions les parents à faire eux-mêmes cette insufflation, dont ils s'acquittaient ordinairement avec la plus grande facilité. Nous chargions une des extrémités du tube de -4 grammes (1 gros) d'Alun pulvérisé : appliquant alors la langue sur cette extrémité, nous accumulions de l'air dans la bouche, et soufflant brusquement en même temps que nous éloignions la langue, nous envoyions dans toute l'arrièrebouche une grande quantité d'Alun qui se trouvait aussi en contact avec l'entrée du larynx , de l'œsophage et des fosses nasales. Les cris du malade, son agitation, nous servaient parfaitement, et pour faire l'insufflation nous profitions autant que possible du moment où il faisait une grande inspiration. Cette opération, que nous faisons répéter cinq, six et huit fois par jour, est ordinairement suivie d'efforts de vomissements et d'une salivation abondante; mais après un quart d'heure tout ce désordre est calmé, et il est rare que la diphthérite la plus grave, lorsqu'elle n'a point encore envahi l'intérieur du larynx, ne cède, en quelques jours, à cette médication. Quand la diphthérite s'étend à la peau, au mamelon ou à la manbrane muqueuse des organes de la génération, ce qui est fort commun lorsque la maladie règne épidémiquement [voy. notre Mémoire sur la diphthérite cutanée. Archives générales de Médecine, t. XXIII, p. 383), des lotions alumineuses fréquemment répétées guérissent non sans difficulté cette phlegmasie souvent si redoutable.

Le même remède est encore conseillé dans le traitement des aphthes qui occupent la bouche et le pharynx, dans le muguet, ainsi que dans l'angine et dans la stomatite pultacées. Nous l'avons souvent employé avec grand succès dans le traitement de l'angine scarlatineuse, à moins que celle-ci ne persistât lorsque déjà l'exanthème cutané avait entièrement disparu.

L'Alun s'emploie encore avec avantage pour guérir chez les femmes et surtout chez les très-jeunes tilles, certaines phlegmasles aiguës de la vulve qui régnent quelquefois épidémiquement surtout dans les classes pauvres, et qui s'accompagnent d'écoulements puriformes ou d'exsudations membraniformes. On sait combien il importe de remédier vite à ces irritations et sécrétions vulvaires qui, chez les petites filles, sont si souvent l'origine de mauvaises habitudes. Disons toutefois qu'ici l'Alun , tout utile qu'il est, n'a pas l'efficacité du nitrate d'argent, qui réussit à guérir souvent à la fois la maladie et le vice.

Contre les végétations peu volumineuses de la vulve., l'Alun est employé avec un véritable succès; on l'applique alors en poudre, et on renouvelle souvent cette application. Contre l'inflammation de la membrane muqueuse du vagin et la blennorrhagie , les injections alumineuses sont un des raeil-

leurs adjuvants du nitrate d'argent. — Terminons enfin en disant que les solutions d'Alun trouvent aussi leur application pour soulager les insupportables démangeaisons vers les organes extérieurs de la génération auxquelles les femmes sont si sujettes. Toutefois nous préférons dans ce cas à l'Alun le carbonate de potasse ou de soude, et le sublimé.

L'Alun est employé avec beaucoup d'avantage dans les maladies des organes de la génération chez les femmes. Dans ce cas, c'est en solution plus ou moins concentrée, et surtout en poudre qu'il est administré. Ainsi, pour combattre les granulations ou ulcérations superficielles qui siègent sur le col utérin , on forme un petit tampon de ouate de coton dans l'intérieur duquel on enferme une certaine quantité de poudre d'Alun, et on laisse ce tampon appliqué directement sur le col utérin. Un bout de fil sert à retirer ce petit tampon. Ou bien encore on insuffle cette même poudre sur le col utérin ou sur la surface intérieure du vagin , en se servant du spéculum.

D'autres fois si l'on veut faire pénétrer le médicament dans la cavité du col pour traiter la leucorrhée qui résulte de la sécrétion morbide des follicules, on y introduit des mèches enduites de poudre alumineuse, ou bien de petits cristaux d'Alun que l'on taille.

Le tampon avec la poudre alumineuse peut encore être utile dans les cas de prolapsus de la matrice, qui reconnaissent pour cause le relâchement du vagin, si commun après l'accouchement ou les leucorrhées chroniques.

. Un dentiste de Paris, M. Lefoulon, qui s'était acquis une grande réputation dans le traitement des caries douloureuses des dents, a ^eiidu publique la méthode qu'il employait. Il fait avec l'Alun , l'éther sulfurique et un peu de mucilage de gomme, une pâte molle dont il remplit la cavité delà dent malade. Le pansement est répété deux fois par jour, tant que la douleur existe; puis une fois par jour, pendant deux ou trois semaines, jusqu'à ce que le nerf dentaire ne soit plus sensible. On peut alors plomber la dent, ou se contenter de recourir à la pâte alumineuse éthérée une fois tous les huit à quinze jours.

Bennati [Bulletin général de Thérapeutique, 1. 1 , p. 265) a publié un travail intéressant dans lequel il démontre l'utilité des gargarismes alumineux dans quelques cas d'aphonie, et dans de graves altérations du timbre de la voix. Mais il fait faire en même temps à son malade certains exercices vocaux auxquels il attache une grande importance.

On comprend aisément aussi comment M. Payan (d'Aix) a pu guérir une surdité qui coïncidait avec une inflammation chronique des amygdales, par des apphcations répétées d'Alun sur les tonsilles. C'est ainsi que nousmêmes, et tant d'autres, nous sommes servis du nitrate d'argent dans des circonstances semblables.

Les chirurgiens font encore un usage assez fréquent de l'Alun pour réprimer les bourgeons charnus , les fongosités qui se développent à la surface des plaies ; il suffit alors de l'employer en solution : mais si l'on veut

produire une forte astriction et combattre des excroissances de nature syphilitique ou autre qui ont une certaine dureté ;, on préfère l'Alun en poudre, et surtout l'Alun calciné.

Ongle incarné. Le docteur. Sommé (d'Anvers) a proposé l'Alun calciné comme moyen curatif de l'ongle incarné. Il n'a recours qu'à l'Alun, sans opération préalable. Avec un stylet aplati , on enfonce l'Alun aussi profondément qu'il est possible entre les chairs et l'ongle. Il se forme une croûte, que l'on enlève avec précaution deux fois par jour d'abord, puis une seule fois. Si l'on laissait la croûte formée par l'Alun, la matière purulente resterait renfermée sous elle, et la maladie persisterait, et on n'obtiendrait d'autre résultat que de fatiguer le malade. Il faut ajouter que, quoique simple et de facile application, cette médication ne laisse pas que d'exiger, pour réussir, beaucoup de soins et de persévérance (Aww. de la Soc. de Médecine d'Anvers).

Associé au blanc d'œuf et à l'eau-de-vie camphrée, l'Alun forme un liniment propre à fortifier la peau contre les engelures et contre les effets d'un décubitus prolongé. (Mérat et Delens, Dict. univ. de Mat. méd., t. I, p. 209.)

On a encore vanté l'action topique de ce médicament pour guérir certains flux; ainsi des collutoires alumineux réussissent très-bien dans la salivation mercurielle, et lorsque cette supersécrétion reconnaît pour cause une inflammation de la membrane muqueuse de la bouche; mais ce n'est pas sans un grand péril , comme le fait fort bien observer Gmelin [Apparatus med., t. I, p. 121), que l'on supprime par ce moyen ou le flux de quelques vieux ulcères , ou des sueurs partielles qui incommodent par leur abondance ou par leur fétidité. La même réflexion s'applique au traitement topique de la leucorrhée.

On n'a pas les mêmes dangers à redouter lorsque l'on emploie l'Alun comme topique pour combattre les diarrhées rebelles, les vomissements glaireux, et quelques autres accidents qui sont sous la dépendance d'une phlegmasie chronique de la membrane muqueuse du canal digestif. Dans ce cas, pour suivre le précepte de Paul d'Égine, de Zacutus, de Bisset, on fait précéder l'usage de l'Alun par l'administration de quelques évacuants. Nous avons vu Récamier, négligeant ce conseil, réussir néanmoins à calmer des vomissements et une diarrhée fort rebelles en associant à l'Alun de faibles proportions d'opium; et MM. Fouquier et Barthez s'applaudissent d'avoir administré l'Alun dans la dothinentérie (fièvre putride), comme moyen de réprimer le travail d'ulcération des follicules, de favoriser leur cicatrisation, d'arrêter les hémorrhagies et la diarrhée, et de faciliter la digestion pendant la convalescence. La dose qu'ils administrent dans les vingt-quatre heures varie de 1 à 8 grammes (20 grains à 2 gros).

De l'emploi de VAlun comme médicament non topique. Jusqu'ici nous avons étudié l'action que l'Alun pouvait exercer sur les parties avec lesquelles il était en contact direct : nous indiquerons maintenant ses effets sur les organes éloignés , lorsqu'il a été absorbé dans les premières voies et

qu'il est mis secondairement en contact immédiat avec les tissus divers. C'est surtout dans le traitement des hémorrhagies que l'Alun a été employé à Éaute dose suivant cette méthode ; et presque tous les auteurs que nous avons déjà cités dans le cours de cet article ont rapporté des faits nombreux pour démontrer l'utilité de cette médication. Hertz l'a conseillé dans l'affaiblissement de la contractilité du col de la vessie et dans l'incontinence d'urine qui en est la conséquence : Mead et Vogel, dans le diabète (Mead, Oper. omnia, liv. II, p. 48; Vogel, De cognoscendis et curandis morbis, p. 281); Thompson, dans le traitement des flueurs blanches opiniâtres, et pour remédier à ce qu'il a appelé le relâchement des vésicules séminales, et aux pollutions et à la spermatorrhée qui, selon cet auteur, peuvent être la suite de ce relâchement. Quelques-uns ont constaté son utilité dans le cas où des sueurs trop abondantes jettent le malade dans un extrême affaiblissement.

Quelques praticiens, séduits par les avantages qu'ils avaient retirés des injections alumineuses dans le traitement de quelques leucorrhées graves qu'ils croyaient symptomatiques d'un carcinome de l'utérus, ont voulu que l'Alun fût un spécifique contre le cancer, et ils ont prodigué ce médicament tant à l'intérieur qu'à l'extérieur avec des succès variés. Récamier, à qui la science doit de si utiles travaux sur le cancer, a suivi avec une persévérance qu'on ne saurait trop louer une série d'expériences nombreuses sur cette médication, et jamais il n'a guéri un carcinome dont il avait pu constater l'existence par le spéculum et par le toucher.

Nous avouons que nous ne croyons pas davantage à la vertu fébrifuge de l'Alun, malgré l'imposant témoignage de Boerhaave, de Lind, de Monro; et nous ne croyons pas surtout, quoi qu'en puissent dire Muller et Furstenau (Muller, J)iss. de Aluminis solutione vitriolatâ ;Fr. Furstenau, Be Alumine dissert atio), que ce médicament doive être mis sur le même rang que le quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes.

Mais aujourd'hui quelques praticiens prétendent que dans la colique de plomb les préparations alumineuses guérissent presque aussi sûrement et avec presque autant de rapidité que le fameux traitement de la Charité. Grashius, l'auteur de cette méthode, administrait 50 centigrammes à 1 gramme (10 à 20 grains) d'Alun plusieurs fois par jour {Diss. de Colicâ pictorum, Amstelod., 1732). Thomas Percival {Médical and experimenial Essays, t. Il, p. 194), Quar'm {Animadversiones praciicœ in diverses morbos), l'administraient, dans ce cas, mêlé à du sucre, à du blanc de baleine, à de la gomme arabique, et l'associaient à l'opium. Kapeler, médecin de l'hôpital Saint-Antoine, a, en quelque sorte, importé chez nous cette médication, et il donne pendant six, huit, dix jours de suite 2 à 12 grammes (i/2 à 3 gros) d'Alun dans un julep gommeux {Arch. gén. de Méd., t. XVIII, p. 370, Mémoire de M. Mantanceix). Un grand nombre de médecins des hôpitaux de Paris, et, entre autres, M. Gendrin, ont sanctionné par leur propre expérience, la méthode de Grashius; mais ce dernier a pensé que l'Alun n'agissait que par l'acide sulfurique en excès qu'il

lo8 ASTRINGENTS.

contenait; et, d'après cette idée, il a administré, plusieurs jours de suite, aux malades atteints de la colique de plomb, 4- à 8 grammes (1 ou 2 gros) d'acide étendu dans une suffisante quantité de tisane. Il est probable que ce praticien a obtenu des succès; mais nous devons dire que nou« n'avons pas été heureux en répétant ses essais, tandis qu'il est bien facile de se convaincre de l'utilité de l'Alun dans le traitement de la colique des peintres, utilité moindre que celle des purgatifs associés aux stupéfiants. A l'intérieur, il est rare qu'on puisse porter la dose de l'Alun à plus de 8 grammes (2 gros) à la fois sans provoquer des vomissements, des coliques et des purgations. On en donne ordinairement 30 à 40 centigrammes (6 ou 8 grains) plusieurs fois par jour; mais pour combattre la colique de ploinb la quantité en est portée beaucoup plus haut. Du reste, on peut élever la dose jusque-là qu'elle ne cause pas d'accidents du côté des organes digestifs; et la susceptibilité individuelle des malades doit seule nous servir de guide.

Modes d'administration et doses.

Pour l'usage externe, on se sertie plus ordinairement d'une solution saturée à froid. Toutefois, dans les collyres, il convient de commencer par de moindres doses, et de les élever en raison des douleurs que provoquera le médicament et des changements qu'il apportera dans la maladie.

On n'emploie plus guère aujourd'hui l'Alun calciné, qui a une activité fort variable : l'Alun non calciné remplit beaucoup mieux toutes les vues du thérapeutiste, à moins, comme nous l'avons dit plus haut, que l'on ne veuille produire une astriction très-forte, et réprimer ou des fongosités considérables ou des tubercules inflammatoires.

Le Bismuth {Bismutltum , Wismuthum , compose en nitrate acide soluble et en sous-

j¥arca4?/a; noms anciens : Bismuth, étain nitrate qui se précipite. C'est ce dernier

de glace) est un métal d'un blanc jaunà- sel qui est employé en médicament; on le

tre, lamcUeux , cassant, fusible à 240°; nommait autrdois »na(/i4'a're de Bismuth,

volatil, mais à une haute tcmpériiture; blanc de fard.

cristallisant en petits cubes lorsqu'il est Le sous-nitrate de Bismuth, appelé qifelpaifaitement pur. Celui du commeice con- qnefois à Xori oxyde blanc.de Bismuth, et tient presque toujours de l'arsenic, et quel- aussi blanc de perU's, est sous forme de quet'ois du soufre, dont il est important de poudre d'un beau blanc, composé de pelé puruer. tils cristaux brillants; il est insipide, ino-

Ce métal est inusité en médecine, ainsi dore, peu soluble dans l'eau On obtient ce

que Sisderivés, lesous-nitratcseul excepté, sel en faisant tomber lioutte à iioulte, dans

dont l'ellicacité a été dans ces derniers une urande quantité d'eau, une solution de

temps bien reconnue. Nous allons en faire nitrate de Bismuth, et lavant soigneuse-

rapidement l'histoire chimiiiue. ment le précipité.

Le Bismuth, à l'état pur, se dissolvant Le sous-niirate de Bismuth entre dans

complètement dans l'acide nitrique, forme la composition de la poudre de Wendt et

avec lui un sel cristallisable, que l'eau dé- de celle de Robert-Thomas.

BISMUTH. \m

THERAPEUTIQUE.

Le sous-nitrate de Bismuth n'était d'abord employé que comme fard; c'est à peine si quelques médecins l'avaient conseillé dans l'usage médical avant Odier, de Genève, qui, en 1786, publia son premier travail sur la matière.

Le Bismuth ne fut d'abord employé que comme fard , ainsi que nous venons de le dire, et il resta presque exclusivement dans le domaine des parfumeurs qui, pour le mettre en crédit, vantèrent son extrême efficacité dans la couperose et dans diverses affections cutanées du visage. Le fait est que , de tous les cosmétiques employés par les femmes pour donner à la peau une teinte blanche , le sous-nitrate de Bismuth est le plus innocent, et, nous ajouterons, le plus propre peut-être à modifier heureusement certaines affections de la peau du visage, telles que la couperose, par exemple , et les eczémas chroniques.

L'usage interne du Bismuth date de la fin du dernier siècle; Odier, de Genève, est le premier qui l'ait conseillé. Déjà, en 1739, on lisait dans les observations de Pott l'histoire d'un homme qui avait éprouvé de graves accidents gastriques à la suite de l'ingestion du Bismuth. Un' fait du même genre , emprunté au tome V des Annales cliniques de Heidelherg, et inséré dans le vingt-troisième volume des Archives de médecine, page 434 , prouve que le sous-nitrate de Bismuth a pu une fois , à la dose de 8 grammes (2 gros), causer des accidents toxiques d'une gravité extrême et la mort.

Il nous est impossible d'admettre sans réflexion les faits que nous venons de citer. Nous ne les nierons pas , parce que cette manière est trop commode dans la science, mais nous les expliquerons.

Le Bismuth, comme on sait, contient presque toujours une grande proportion d'arsenic, et dans la préparation du sous-nitrate, il faut prendre quelque précaution, autrement le sous-nitrate pourrait contenir un peu d'arsenic. Si. en effet, le Bismuth n'a pu être préalablement purgé de tout l'arsenic qu'il contient, et que dans la préparation de ce métal on ne le traite pas assez longtemps avec la potasse pour que l'arsenic soit entièrement converti en arséniate, et si l'on n'évapore pas assez pour chasser une grande partie de l'excè.H d'acide, une partie de l'arséniate de Bismuth reste dans la dissolution et est entraînée lorsque l'on précipite par l'eau le sous-nitrate de Bismuth.

D'après cela, il est facile de comprendre que ce médicament mal préparé puisse causer les accidents que nous avons signalés plus haut.

Mais lorsque le sous-nitrate de Bismuth a été préparé avec du métal parfaitement pur, précipité et bien lavé, il peut être donné, en une seule fois, à la dose de 1, 2, 3 et même 4 grammes (20 à 80 grains) sans faire éprouver le plus léger malaise ; et nous pouvons le proclamer d'autant plus hautement, que, dans notre hôpital, dans notre pratique particulière, nous

conseillons ce médicament tous les jours sans que jamais nous ayons vu le plus léger accident nous faire concevoir la moindre appréhension. M. le docteur Monneret a été beaucoup plus loin que nous, et prétend que l'on peut avec avantage, et sans aucun inconvénient, porter la dose de Bismuth à 40, 15, 30 et jusqu^à 60 grammes (2 onces) par jour.

Odier, de Genève, dans le mémoire qu'il avait publié en 1786 dans le Journal de médecine , avait indiqué toutes les propriétés importantes du sous-nitrate de Bismuth, et il est inconcevable, vraiment, que ce médicament ait été aussitôt oublié que vanté, bien qu'il jouisse d'une incontestable efficacité. C'est à M. Bretonneau, de Tours, que l'on doit, en France du moins , la réhabilitation du Bismuth ; et, par nos travaux , publiés dans divers journaux , nous avons peut-être contribué nous-mêmes à lui rendre le rang qu'il devait occuper en thérapeutique.

Odier le conseillait dans les maladies de l'estomac qui dépendent de la trop grande irritabilité de la membrane musculaire de ce viscère , dans l'hystérie, dans la colique, dans la diarrhée, dans les troubles de la menstruation accompagnés de palpitations de cœur et de douleurs de tête, dans la gastrite. Carminati, dans ses Opuscules thérapeutirjues (Paris, 1788), reconnaît son efficacité dans la gastralgie, dans la débilité de l'estomac avec tendance aux spasmes, dans l'hystérie; Bonnat [Journ. de médecine, 1688), dans les douleurs chroniques de l'estomac.

Enfin Odier, revenant sur les effets de ce médicament, dit que, dans un cas , il l'a vu calmer de violentes douleurs d'estomac causées par un squirrhe ; mais il reconnaît qu'il ne pouvait rien contre la maladie ellemême, non plus que contre les lésions organiques graves des viscères gastriques.

11 nous reste maintenant à donner le résultat de l'expérience de M, Bretonneau et de la nôtre propre. Nous avons si souvent conseillé le Bismuth, et nous le donnons encore à tant de malades que, plus que personne peut-être, nous pouvons indiquer les applications thérapeutiques quç l'on peut en faire.

Usage interne. Maladies de l'estomac. Il est certain que les maladies de l'estomac sont heureusement modifiées par le sous-nitrate de Bismuth; mais les indications données par Odier, par Carminati et par Bonnat, sont tellement vagues dans l'état actuel de la science, qu'il est essentiel de préciser un peu davantage.

Le sous-nilrate de Bismuth convient aux personnes dont les digestions sont habituellement laborieuses, et s'accompagnent de tendance à la diarrhée.

Quand les éructations sont acides, ou qu'il n'y a que des fîatuosités purement inodores, il convient d'associer au Bismuth de faibles proportions de carbonate de magnésie ou de bicarbonate de soude avec quelques gouttes de laudanum.

Quand il y a des éructations nidoreuses, le Bismuth échoue presque toujours, à moins que, au préalable, on n'ait administré un purgatif salin.

Il est donc particulièrement utile dans la gastrite subaiguë et dans la

gastrite chronique , et dans la gastralgie qui se complique d'un état d'irritation de la membrane muqueuse de l'estomac.

Mais quand la gastralgie s'accompagne de constipation habituelle, qu'il n'y a pas de vomissements, ou que les vomissements sont purement glaireux et insipides ou acides; quand elle complique la chlorose et qu'elle alterne, comme il arrive souvent, avec la névralgie temporo-faciale ou avec un rhumatisme; quand elle se he à l'hypochondrie , à la leucorrhée, au flux immodéré des hémorrhoïdes ou à tout autre flux que la diarrhée , le sous-nitrate de Bismuth ne rend que peu de services.

Toutefois, dans quelques-uns de ces cas même, le Bismuth reprendra des avantages plus marqués si on a le soin de lui associer une certaine dose de magnésie , dans le but de neutraliser l'acidité des premières voies ou de remédier à la constipation. La poudre américaine , ou poudre de Paterson , qui jouit d'une grande réputation aux États-Unis et en Angleterre, n'est autre chose que le Bismuth associé à la magnésie. Le seul inconvénient de cette poudre, d'ailleurs très-efficace, est de présenter les éléments composants dans des proportions fixes et invariables , tandis que les besoins de la pratique doivent exiger que chacun de ces éléments soit donné dans des proportions diverses , et selon la mesure nécessaire pour produire le résultat particulier qu'on désire obtenir.

Les vomissements des enfants qui se lient à la dentition , et qui précèdent quelquefois le ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac, ceux qui succèdent aux indigestions que cause leur extrême voracité, ceux qui accompagnent le muguet, sont heureusement combattus par le sousnitrate de Bismuth-.

Maladies de V intestin. Diarrhée. Quant aux maladies de l'intestin proprement dit, celles qui sont modifiées par le Bismuth sont analogues à celles de l'estomac qui guérissent à l'aide du même moyen.

Lorsque la diarrhée succède à une dothinentérie grave, ou que, dans le cours de cette pyrexie , la fièvre ayant notablement cédé , les évacuations alvines persistent avec opiniâtreté , le Bismuth donné seul , à la dose de 2 à 8 grammes par jour rend souvent de grands services; l'adjonction d'une petite proportion d'eau de chaux ( 15 à 40 grammes par jour) est souvent bien utile. Enfin le médicament échoue quelquefois complètement, si l'on n'accompagne Padministration de chaque dose de celle d'une trèsminime quantité d'opium.

Dans les diarrhées qui semblent être au canal alimentaire ce que le catarrhe pulmonaire est à l'appareil respiratoire, et que l'on pourrait, à bon droit, appeler aussi catarrhe intestinal, après la première ardeur de fièvre passée, l'emploi du sous-nitrate de Bismuth est parfaitement indiqué. Le médicament donné en poudre dans du pain d'autel , ou en mixture dans de l'eau épaissie à l'aide de la gomme- ad ragant, devra être pris, à. jeun, le soir, et dans l'intervalle des repas, et chez les enfants qui répugneront à ce mode d'administration, au moment même où l'on donne

les aliments.

Dans les épidémies de choléra qui ont désolé la France en 1832, 49, et b-4, le sous-nitiatc de Bismuth a été appelé à rendre d'niimcnses services dans le traitement de la diarrhée dite prémonitoire. En 1832, qiioi que nous eussions fait pour en populariser l'emploi, peu de praticiens avaient voulu l'essayer; mais, en 1849, le remède compta un peu plus de partisans; et en 1854 il devint d'un usage tellement général , que les pharmaciens en distribuaient chaque jour d'énormes quantités, et sur l'ordonnance des médecins, et même sans ordonnances , avec d'autant plus de sécurité que le Bismuth est du très-petit nombre des remèdes qui, bien que doué d'une incontestable efficacité, jouit pourtant d'une innocuité complète.

On était dans l'habitude de lui associer de très-faibles quantités d'opium. Cette adjonction, qui est vraiment utile quand la diarrhée débute et qu'elle est vive, devient nuisible au contraire un peu plus tard; et une forte prise de Bismuth le matin et le soir, avec quelque peu d'eau de Vichy ou d'eau de chaux aux repas, laisse à l'estomac le ressort nécessaire à l'accomplissement de ses fonctions , en même temps qu'il lutte efficacement contre l'exagération des sécrétions intestinales.

Le sous-nitrate de Bismuth convient particulièrement aux enfants débiles , qui éprouvent de la diarrhée sous l'influence de la moindre cause ; et surtout au moment du sevrage, lorsque les viscères gastriques se révoltent contre une alimentation nouvelle, ou bien encore lorsque le dévoiement, qui accompagne habituellement la dentition, persiste encore après l'éruption de la dent»

Usage externe. M. Bretonneau est, à ce que nous sachions, le premier médecin qui ait utilisé le sous-nitrate de Bismuth dans le traitement des maladies externes. Il emploie surtout ce sel dans les ophthalmies catarrhales à l'état subaigu et chronique. Il insuffle dans l'œil de 1 à 2 décigrammes (2 à 4 grains) de sel, une ou deux fois par jour; ou bien encore, il fait renverser la tête du malade, entr'ouvre l'œil et y répand une pincée de Bismuth. Quelquefois aussi il saupoudre de la même manière les ulcères sanieuxet ceux qui causent de vives douleurs. Enfin dans certaines dartres, tels que l'eczéma chronique, l'impétigo, dans l'ectropion, il calmé les démangeaisons et accélère la guérison , en enduisant la peau d'une pâte faite avec de l'eau et du magistère de Bismuth.

Notre ami, M. le docteur Lasègue, par une heureuse induction, a appliqué au traitement de la cohte aiguë et chronique, le médicament topique si heureusement employé par M. Bretonneau. Il fait faire une mixture avec quelques œufs crus, ou bien avec du mucilage de gomme-adragant, ou de pépins de coings et du sous-nitrate de Bismuth à la dose de 2, 4, et jusqu'à 10 grammes, et il injecte cette mixture dans le rectum, après l'avoir au préalable nettoyé avec un clystère d'eau ordinaire. Cette injection, qui est toujours très-facilement supportée, peut être répétée deux et trois fois par jour, et cela plusieurs semaines de suite si besoin est.

Cet exemple a porté ses fruits, et xM.le docteurCaby a imité M. Lasègue, en portant dans le canal de l'urètre et dans le vagin atteints de blennor-

rhagie soit aiguë, soit chronique, une mixture épaisse de Bismuth. ïl faut toutefois, quand on fait une injection de ce genre dans le canal urétral de la femme, éviter d'aller jusqu'à la vessie, le Bismuth pouvant, s'il est déposé dans le réservoir de l'urine, devenir l'occasion d'une agrégation calculeuse.

Enfin M. Lasègue dans les dartres humides, recouvre les parties malades d'une bouillie de Bismuth et d'eau, et par-dessus il met un cataplasme de fécule auquel il ajoute un peu de glycérine, pour en empêcher la dessiccation.

Si maintenant on cherche à se rendre compte du mode d'action thérapeutique du sous-nitrate de Bismuth, on sera vraiment embarrassé; on ne saisit en effet aucun effet intermédiaire entre l'emploi du médicament et son résultat curatif. Malgré l'attention que nous y avons mise, nous n'avons pu apercevoir la moindre influence sur les fonctions générales. Quand un individu en bonne santé prend du sous-nitrate de Bismuth, le seul phénomène que l'on remarque c'est la constipation ; mais les fonctions nerveuses, la chaleur animale, les mouvements du cœur, les sécrétions urinaire et cutanée ne sont pas influencées d'une manière appréciable.

Toutefois, quand on étudie attentivement les eftéts thérapeutiques de ce sel dans les maladies externes, et ceux qu'il produit dans les affections internes, on ne peut méconnaître que son mode d'action a la plus grande analogie avec celui des substances légèrement astringentes. Mais en même temps on ne peut lui refuser des propriétés sédatives, surtout dans les névroses ou névralgies gastro-intestinales; et cette considération nous avait déterminés , dans les éditions précédentes , à ranger le Bismuth dans la classe des sédatifs ou contro-stimulants.

Mais après mûre réflexion, et en tenant compte de sa propriété dominante et la plus évidemment caractéristique, nous avons pensé que la place véritable du sous-nitrate de Bismuth se trouvait à côté des astringents minéraux; c'est pourquoi nous avons cru devoir l'étudier après le plomb et l'alun.

Avant déterminer ce qui est relatif à l'action thérapeutique du sous-nitrate de Bismuth, nous devons prévenir les praticiens que les garde-robes, pendant l'administration de ce sel et encore quelques jours après, ont une teinte gris noirâtre très-prononcée et qui inquiète souvent les familles et le médecin.

Modes d'administration et doses. Le sous-nitrate de Bismuth, à cause de son insipidité, est très-facile à administrer; il n'est pas besoin de le déguiser, et c'est une chose précieuse pour les enfants surtout. On le donne en poudre aux adultes dans une cuillerée de potage ou de confiture ; aux enfants, mêlé à un peu de sirop, de confiture ou de miel , ou bien encore dans leur bouillie. Pour les enfants, nous faisons faire des tablettes qui contiennent chacune 5 centigrammes (1 grain) de sel. Cette espèce de bonbon est fort goûtée des enfants, qui en redemandent avec

empressement. On pourrait^ dans chaque pastille, mettre beaucoup plus de Bismuth.

La dose pour les adultes est de 1 k A grammes (20 à 80 grains) dans les vingt-quatre heures ; pour les enfants, de 1 à 5 décigrammes (2 à 10 grains). M. Monneret, comme nous l'avons dit, porte la dose dix fois plus haut.

Le Bismuth se donne au moment du repas , autant que possible. Quand les spasmes et les douleurs d'estomac se montrent pendafit la nuit ou de grand matin , il convient de l'administrer au moment où les malades se mettent au lit.

Nous avons vu souvent des dames qui, pour blanchir la peau, faisaient usage du sous-nitrate de Bismuth ou de pâtes qui en renfermaient; njais souvent aussi, à la suite d'émanations sulfureuses, la coloration passait rapidement au noir. C'est là un accident que les médecins des eaux sulfureuses ont occasion d'observer ; cette coloration , quoique fort tenace, puisqu'elle ne disparait complètement que par la chute de l'épidermo, peut cependant être bien diminuée par les lotions souvent répétées avec une solution très-étendue de chlorure de sodium.

Sous-carbonate de Bismuth. — A côté du sous-nitrate vient se placer naturellement le sous-carbonate de Bismuth que le professeur Lannon, de Bruxelles, vient d'introduire récemment dans la thérapeutique.

D'après les observations faites par cet auteur, ce Sel possède toutes les propriétés depuis longtemps acquises au sous-nitrate, et de plus il posséderait quelques qualités qui, dans certains cas, lui mériteraient la préférence sur cette dernière préparation.

On sait en effet que le sous-nitrate est fort peu soluble dans le suc gastrique, et que cette insolubilité non- seulement le rend ineôicace dans un certain nombre de circonstances où il paraît bien indiqué , mais qu'il a l'inconvénient de déterminer parfois des pesanteurs et même des pincements d'estomac assez incommodes.

Le sous-carbonate , au contraire, est soluble dans le suc gastrique; son action est prompte et il ne produit aucun sentiment de pesanteur. En outre, il constipe rarement, colore les selles moins que le sous-nitrate, et il peut être employé pendant un temps assez long sans fatiguer les organes digestifs, comme le fait le magistère de Bismuth.

D'après M. Lannon, l'action primitive du sous-carbonate de Bismuth serait sédative, et ultérieurement, si l'on vient à prolonger son usage, il finit par provoquer les phénomènes qui résultent de l'emploi des toniques.

Le sous-carbonate aura la préférence sur le sous-nitrate de Bismuth dans les gastralgies compliquées d'une certaine nuance d'irritation , avec langue rouge et pointue , et surtout dans les digestions laborieuses, accompagnées d'éructations nidorouses ou acides.

Dans ces conditions, il neutralise avantageusement les acides en excès, ce que ne fait pas le sous-nitrate, et en même temps il calme assez promp-

ACIDES. 4e55

tement les douleurs gastriques, les vomissements et la diarrhée, rétablit Tappétit; en un mot, il ramène peu à peu les fonctions digestives à l'état normal. S'il en était ainsi, dans ces cas spéciaux, le sous-carbonate remplacerait avec succès à lui seul le mélange souvent nécessaire du sousnitrate de Bismuth avec la craie ou la poudre d'yeux d'écrevisses.

On donne ce médicament dans un peu d'eau ou de confitures ; chez les enfants, on le mêle à leur bouillie. La dose pour les adultes est de 1 à 3 grammes dans la journée, et pour les enfants de 40 à 40 centigrammes.

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