‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 38 sur 125 · ACIDES · texte numérisé non relu

ACIDES

Un peu plus loin, au chapitre des Irritants , nous traiterons des Acides concentrés, et nous dirons quels services ils rendent dans la thérapeutique chirurgicale; nous ferons voir en même temps qu'ils sont d'un grand secours aux médecins en qualité de tempérants, lorsqu'ils sont pris à l'intérieur et à très-faible dose, et nous aurons plus tard à nous en occuper en traitant des médicaments tempérants.

Cette influence que les Acides, pris à faible dose, exercent sur les pyrexies, est due probablement aux modifications que ces agents exercent sur l'état et la composition du sang. L'anatomie pathologique démontre en effet que, tandis qu'on trouve le sang dissous chez les animaux que Ton a soumis pendant longtemps à l'usage de hautes doses d'alcalins, on le voit, au contraire, plus coagulé, plus plastique chez ceux qui ont pris des Acides pendant longtemps : ce dernier état du sang est tout à fait analogue à celui que Gohier, de Lyon, a constaté chez les chevaux auxquels il avait fait prendre de grandes quantités de tan [Voy. page 408 de ce volume). On comprend alors comment, en augmentant la dose de l'Acide jusque-là pourtant qu'il ne s'ensuive pas une irritation locale trop vive, on obtiendra des modifications du sang encore plus manifestes.

Les solutions fortement acides sont donc conseillées dans les mêmes cas que les astringents, mais c'est surtout dans les hémorrhagies et dans les flux chroniques qu'il est convenable de les employer.

Les principaux Acides employés à l'intérieur comme astringents sont : les Acides sulfurique, nitrique, chlorhydrique, citrique, acétique. La dose, pour l'Acide sulfurique et pour l'Acide nitrique, est de 4 à 42 grammes (4 à 3 gros) en vingt-quatre heures; pour l'Acide chlorhydrique, de 8 à 46 grammes (2 à 4 gros); pour l'Acide citrique, de 42 à 24 grammes (3 à 6 gros). Ce dernier s'emploie surtout combiné au suc de limon; on prescrit alors 2 à 8 cuillerées à bouche de jus de limon ou de citron que les malades peuvent avaler pur. Il en est de même pour le vinaigre de table.

L'Acide sulfurique se donne à la dose de 4 grammes ( 4 gros) par litre d'eau sucrée sous le nom de limonade sulfurique; il vaut mieux encore prescrire dans le même but de Veau de Rahel ou Acide sulfurique alcoolisé à la dose de 8 grammes (2 gros) pourl kilogramme (2 livres) d'eau commune.

Si le malade ne peut ingérer une grande quantité de boisson, l'Acide sera

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pris dans un julep que l'on sucrera abondamment et qu'on prendra seulement par cuillerées.

Le vinaiiïre, qui n'est autre chose que l'Acide acétique étendu, jouit des propriétés des Acides que nous venons de passer en revue. Pour supprimer les hémorrhagies, on donne à l'intérieur le vinaigre de table pur à la dose de 60 à 250 grammes (2 à 8 onces) par jour.

Employés topiquement, les Acides, un peu moins affaiblis que pour l'usage interne, exercent une action styptique très-évidente, comme on peut s'en convaincre en examinant les lèvres d'une personne qui mange une salade un peu vinaigrée. Ils s'emploient delà même manière que les astringents divers, dont nous avons traité déjà fort longuement.

En septembre 1854, M. le docteur Cœur (de Caen) lit connaître, dans les journaux de médecine, un nouveau traitement de la gale à l'aide du vinaigre ordinaire :

« Un des inconvénients, dit-il, des plaisirs de la chasse et des promenades dans la campagne, est, pour beaucoup de personnes, l'insertion sous l'épiderme d'un petit ciron microscopique du genre acarus, variété de sarcopte, qui, une fois logé dans les tissus, détermine à la peau de petites vésicules, à auréole inflammatoire parfois, accompagnées d'atroces démangeaisons. Ce petit acarus est vulgairement désigné sous les noms de rouget, ou bête d'août. Le meilleur moyen de le détruire et de faire taire radicalement les accidents, ou plutôt l'incommodité qu'il occasionne, consiste à pratiquer , sur les parties affectées , de vigoureuses frictions à l'aide de fort vinaigre. Conduit par l'analogie, j'ai appliqué, depuis quelque temps, ce moyen au traitement de la gale, dont les vésicules reconnaissent aussi pour cause la-présence sous l'épiderme d'un sarcopte (nocturne, selon le docteur Aube; Vacarus ou le sarcopte scabiei). Sur dix individus j'ai déjà mis ce traitement en usage, et toujours avec un entier succès. Je ne puis qu'engager mes confrères à essayer à leur tour. Je fais pratiquer, trois fois par jour, sur les parties affectées, à l'aide d'une éponge un peu rude, imbibée de bon vinaigre, des frictions assez fortes pour pénétrer la peau et déchirer les vésicules. Dans aucun de ces dix cas, la réussite ne s'est fait attendre. La moyenne du traitement a été de moins de cinq jours; et je pense qu'à l'aide de frictions généralesL, exactement pratiquées de la même manière, cette moyenne de temps pourrait être abrégée. Il est inutile, je le crois, de faire ressortir les avantages de cet agent thérapeutique sur ceux jusqu'ici préconisés dans le traitement de la gale. L'économie, l'absence d'odeur désagréable, la célérité d'application à l'insu de tout le monde, et la facilité d'action, doivent lui assurer la préférence sur presque tous ceux jusqu'ici recommandés. Quant àmoi, il m'a procuré des résultats supérieurs. Peut-être obtiendrait-on le même but à l'aide de frictions pratiquées avec les acides minéraux étendus d'eau. Cela est probable; mais je ne les ai pas encore expérimentées.»

Ici nous croyons utile de consigner les résultats d'expériences assez nombreuses que nous avons instituées sur l'action de quelques Acides

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