MÉDIGAxMENTS ALTÉRANTS
de Mercure; le premier mis en honneur par Van Swieten, le deuxième principalement préconisé par Biett et par les médecins français de notre siècle.
Richard Wisemann est le premier qui se soit servi, à l'intérieur, du sublimé corrosif, qu'il ne donna jamais sans mélange. Ensuite David Turner, en 1717, le donna dissous dans l'eau-de-vie, et, vers la même époque, il fut employé dans le Palatinat d'après les conseils de Brunner. INIais les éloges que Van Swieten donna à ce médicament lui procurèrent une célébrité extraordinaire. Conformément aux ordres de ce dernier, on fut obligé de s'en servir dans toutes les armées autrichiennes pour le traitement des maladies vénériennes; mais Brambilla dit que les chirurgiens militaires, convaincus de son incertitude, et de ses dangers, avaient secrètement recours au Mercure doux, pendant qu'ils prodiguaient l^es louanges les plus outrées au remède prescrit par le gouvernement. (Sprengel, Hist. de la méd.i t. V, p. 518.) Les mesures acerbes et peu convenables qu'avait prises Van Swieten pour forcer ses confrères à user de son médicament favori suscitèrent au sublimé de nombreux ennemis, qui ne manquèrent pas d'en exagérer les dangers ; mais , malgré ces diatribes violentes (Stoerk , Ann. méd., t. II, p. 215), l'usage de la liqueur de Van Swieten et du sublimé en pilules s'introduisit bientôt dans tous les hôpitaux militaires ; et encore aujourd'hui ce médicament forme la base des pilules et des liqueurs des misérables qui exploitent la crédulité des malades en préconisant bien haut le traitement sans Mercure,
Depuis quelques années, dans la vérole constitutionnelle, on a substitué au sublimé et aux frictions avec l'onguent napolitain l'usage interne du protoïodure de Mercure, médicament puissant, sans doute, mais qui peutêtre ne devrait pas dominer aussi exclusivement la thérapeutique des formes secondaires des maladies syphilitiques.
Toutefois, deux méthodes se disputent encore aujourd'hui la préséance dans le traitement de la syphilis par les Mercuriaux. Dans l'une, on donne Itî Mercure de manière à ne jamais produire de salivation, en en éloignant et en atténuant les doses ; on y joint l'usage des sudorifiques et des dépuratifs, et on continue ainsi jusqu'à disparition totale des accidents vénériens, en ayant soin d'interrompre de temps en temps, pour que l'organisme se repose et redevienne sensible à l'action du médicament: Quand tous les symptômes du mal sont passés, on insiste sur le traitement un ou deux mois de plus, et on cesse alors.
Ce mode d'administration est appelé méthode à' extinction ou méthode de Montpellier ; non qu'elle soit parfaitement conforme à celle que Haguenot avait d'abord préconisée sous ce nom, mais parce qu'elle en conserve l'esprit et la direction.
L'autre méthode consiste à administrer le Mercure à l'intérieur et à l'extérieur, ou seulement par une seule de ces voies, et à arriver promptement à la salivation. C'est la méthode de Boerhaave, dont nous avons donné l'exacte description en rapportant les aphorismes de cet illustre pathologiste.
La méthode de Boerhaave est incontestablement la plus active et la plus efficace, mais elle demande des précautions hygiéniques saris nombre, et un régime sévère auxquels les malades ne veulent pas se soumettre. C'est celle que Ton préfère et que l'on doit toujours préférer dans les hôpitaux spéciaux, où il est permis d'exercer une surveillance active et une discipline sévère ; mais, dans le monde, la méthode de Montpellier a prévalu parce qu'elle est plus facile à suivre, plus commdde, qu'elle n'assujettit à aucun régime bien sévère, à aucun changement de vie qui puisse éveiller l'attention des personnes qui entourent le malade. Les médecins, malgré eux. se relâchent de la sévérité de la méthode qu'ils croient la meilleure, et, par cette fâcheuse condescendance, ils sont certainement la cause des accidents consécutifs si graves et si fréquents que nous avons à déplorer tous les jours.
A quelle dose le Mercure doit-il être employé pour détruire une maladie vénérienne constitutionnelle ? Il est impossible de répondre catégoriquement à cette question. Dans la méthode de Boerhaave, la dose convenable sera celle qui produira les effets que Boerhaave demande. Dans la méthode d'extinction, la dose convenable sera celle à laquelle cèdent les accidents syphilitiques. Il est impossible dœ rien dire de plus précis, et en voici la raison :
Il arrive quelquefois qu'avec Une friction d'onguent napolitain la salivation survienne et qu'on soit forcé de ne faire de frictions que tous les huit jours, pour entretenir la légère salivation que demande Boerhaave ; dans ce cas, 15 grammes (1 demi-once) d'onguent mercuriel suffiront au traitement. D'autres fois il faudra, pour obtenir le même effet, vingt, trente et jusqu'à cent frictions de 8 grammes {2 gros); ici 15 grammes (4 gros) ne suffisent plus, il faut 750 grammes (1 livre et demie) d'onguent. Tel obtient les effets désirables avec le subhmé administré à la dose de 1 à 2 milligrammes (1 cinquantième ou 1 vingt- cinquième de grain) ; tel autre supportera 25 milligrammes (1 demi-grain) de sublimé matin et soir, et sera forcé d'en continuer l'usage pendant deux ou trois mois.
Il en est de même pour la méthode d'extinction.
Ici s'apphque parfaitement cette loi de physiologie : on est nourri par ce que l'on digère et non par ce que l'on mange; et, dans l'ordre thérapeutique, ëïi peut dire : on est guéri, non par la dose du médicament prescrit, mais par celle qui est absorbée. Il peut arriver, par des causes qu'il nous est impossible de calculer, que l'économie n'absorbe qu'un atome de Mercure alors qu'on en présente des doses énormes aux surfaces absor- ■ hautes, et que, par contre, des doses minimes soient absorbées tout entièreSi, En outre, il faut, pour que le Mercure soit utile, qu'il produise ces effets altérants sur lesquels nous avons insisté au commencement de ce chapitre ; et on ne peut se dissimuler que bien souvent l'économie résiste à l'action toxique du médicament et qu'il en faille des doses proportionnées à ce degré de résistance.
Le Mercure a encore été conseillé pour prévenir la vérole. Falck {Tt^ea-
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lise on the venereal dùease.f ; London, 1771) et W. Harrisson {Diss. de lue venei^eâ; Edimb., 1781) prétendaient qu'on pourrait se préserver de la syphilis en ayant soin de se frictionner les lombes avec l'onguent napolitain avant le coït. L. Warren en faisait frotter le gland. [Nouvelle Méthode pour guérir la gonorrhée virulente; Amsterdam, 1771.) Assalini faisait faire dans le creux des mains ou sur le pénis des frictions avec du calomel uni à la salive. [Essai médical sur les vaisseaux lymphatiques , etc., etc. ; Turin, 1787.) Guilbert de Préval faisait laver les parties génitales avant et après le coït avec de l'eau phagédénique. [Examen de reau fondante, de M. Guilbert, etc. ; Paris, 1777). J. Hunter faisait faire après Tacte des injections urétrales avec une faible solution de sublimé dans l'eau distillée, 5 à 10 centigrammes (1 ou 2 grains) de deutochlorure de Mercure pour 250 grammes (8 onces) d'eau. [Treatise on the venereal diseases ; London, 1786.)
Nous ne savons trop si les moyens conseillés par tous ces auteurs ont la valeur qu'ils leur supposent ; on conçoit aisément que des onctions grasses avant le coït aient une action préservatrice toute mécanique, comme un condom par exemple; on conçoit que les lotions, de quelque nature qu'elles soient, puissent , après un coït impur, préserver en ce sens qu'elles empêchent le virus de rester en contact avec les parties génitales 3 mais évidemment il faut ne pas se presser de conclure à l'action préservatrice des Mercuriaux, diit-on attacher une grande importance à cette expérience fort apocryphe de Harrisson {loc. cit.), qui, ayant mêlé du pus syphilitique avec une préparation mercurielle, constata par de nombreuses inoculations l'innocuité de ce virus. (Voir Gmelin, App. med., t. VIII, p, 28 et 29.) Ne sait-on pas d'ailleurs que M. Ricord a détruit la virulence du pus du chancre en le mêlant avec une multitude d'agents chimiques fort étrangers au Mercure?
Phlegmasies des membranes séreuses. Le .traitement antiphlogistique, ordinairement si efficace dans le traitement des phlegmasies des membranes séreuses, est ordinairement impuissant dans la péritonite puerpérale et dans l'hydrocéphale aiguë. Les efforts des thérapeutistes ont diî tendre vers une médication assez puissante pour éteindre en quelque sorte subitement l'élément inflammatoire. Les Mercuriaux à hautes doses ont semblé arriver à ce but, du moins pour la péritonite, si l'on en croit les témoignages nombreux recueillis depuis quelques années. C'est àM. Velpeau qu'est due la popularisation de cette méthode. Déjà, sans doute, longtemps avant lui, des médecins avaient donné le calomel et administré des frictions mercurielles dans la péritonite, comme dans une multitude d'autres plegmasies ; Vandenzande employait le calomel et les frictions-, mais ce praticien comptait particulièrement sur le calomel uni à l'opium, et n'usait des frictions que secondairement ; il les faisait sur les cuisses une ou deux fois par jour, et seulement quand il ne pouvait donner le protochlorure de Mercure à l'intérieur. Laennec a fait usage des frictions, mais surtout dans la péritonite chronique. Quant à Chaussier, il les a essayées, il est vrai, dans la péritonite puerpérale, mais mollement et saps méthode. M. Velpeau, au contraire, se proposa pour
but de faire absorber immédiatement de très-hautes doses de Mercure, de manière à produire aussi rapidement que possible la cachexie mercurielle. Par là il voulait mettre en peu d'heures le sang dans des conditions telles, qu'il devnit impropre à devenir élément d'une phlegmasie grave; et cela lui semblait d'autant plus nécessaire que, dans les péritonites puerpérales, les accidents phlegmasiques marchent avec une effroyable rapidité. Il donna donc le Mercure sous toutes les formes et à des doses énormes. Il fit faire des frictions en même temps sur le ventre, sur les cuisses, et il administra le calomel à l'intérieur, de manière à produire en peu d'instants une infection mercurielle profonde. Il insista sur la médication jusqu'à ce que survinssent les signes de la saturation hydrargyrique, c'est- à-dire le gonflement des gencives et une abondante salivation. Les premiers faits observés par M. Velpeau furent publiés dans la Revue médicale, janvier 4827; mais le travail qu'il imprima deux ans plus tard dans les Archives générales de médecine, t. XIX, p. 535, acheva de placer la médication mercurielle en tête de celles qui réussissaient dans beaucoup d'épidémies. Nous disons dans beaucoup d'épidémies, car il en est quelques-unes où cette médication devient impuissante; et M. Tonnelé, dans un mémoire pubhé dans les Archives quelques années plus tard, démontra que les frictions n'avaient plus eu, entre les mains des médecins de la Maternité, les mêmes succès que naguère avait obtenus M. Velpeau. Disons aussi que, dans certaines épidémies de fièvre puerpérale, les accidents locaux et généraux sont à ce point rapides que la mort survient en quelques heures. On conçoit que, dans de semblables circonstances, aucune médication ne puisse être utile, pas même celles qui ont l'action la plus vive et la plus puissante.
Ce serait mal comprendre la médication mercurielle dans le traitement de la péritonite que de l'appliquer mollement. Si une fois on a laissé marcher l'inflammation et s'épancher les produits morbides dans la cavité péritonéale, le moyen devient, sinon impuissant, du moins d'une utilité fort contestable. Il en est de cette méthode comme de celle par les saignées; ce n'est pas tout de donner du Mercure et de tirer du sang, il faut le faire autant qu'il le faut et comme il le faut.
Les doses d'onguent mercuriel que M. Velpeau employait chaque jour pour produire une prompte salivation variaient de 30 à 60 grammes (1 à 2 onces). Nous avons été plus hardis, et nous avions l'habitude de le prescrire à la dose de 100 et même de 450 grammes en 24 heures (3 et 5 onces), tandis que M. Paul Dubois, comme nous l'avons dit plus haut, n'a pas craint déporter les doses jusqu'à 500 et même 750 grammes par jour (4 livre à 4 livre 4/2).
En présence d'un danger aussi grave que celui auquel expose le péritonite puerpérale, nous concevons l'exagération dans l'emploi des meilleurs moyens ;v mais on doit confesser qu'une médication aussi active n'est pas sans inconvénients. Dès que l'infection mercurielle vient à se manifester par la salivation, il serait certainement utile de s'arrêter; mais le Mercure couvre la peau, souille les vêtements et le lit du malade, et quand bien
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même on veut user de soins de propreté les plus minutieux, l'absorption n'en continue pas moins pendant plusieurs jours. L'intoxication mercurielle fait de rapides progrès, et alors surviennent, outre de graves lésions de la bouche, ces éruptions eczémateuses générales si graves et si bien décrites par Alley, ces phlegmasies gangreneuses des parties génitales indiquées par M. Paul Dubois.
C'est ici que la méthode de Law trouve son application. On se rappelle ce que nous avons dit plus haut. Le calomel, à doses très-petites, et trèsfréquemment répétées, produit la salivation presque aussi vite, tout aussi sûrement que les frictions mercurielles les plus copieuses. Or, en administrant le calomel suivant cette méthode, on s'arrête quand on veut et l'on ne sature pas l'économie de doses inutiles d'un poison quelquefois si pernicieux. Depuis plus de quinze ans que nous avons substitué la méthode de Law aux frictions à hautes doses dont nous étions les partisans très-zélés, nous avons toujours obtenu par le calomel ce qu'auparavant nous obtenions à l'aide des frictions, et cet effet, nous l'avons obtenu sans fatigue et sans danger pour le malade, sans inconvénient pour ceux qui le soignent.
Hydrocéphale aiguë. Il est bien rare de guérir un enfant.ou un adulte atteint d'hydrocéphale, aiguë (nous entendons par là l'inflammation aiguë et simultanée des méninges et du cerveau). Ce n'est pas par son étendue, mais par son siège, que cette phlegmasie est si grave. Déjà la pulpe nerveuse est sur le point d'être désorganisée lorsque l'on peut asseoir sur cette maladie un diagnostic positif; et si actives que soient les médications que nous mettons en œuvre, elles échouent pourtant, au désespoir des familles et des médecins. Les mercuriaux, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, ont été conseillés comme dans la péritonite, mais avec moins de succès, car l'incertitude du diagnostic ôte beaucoup de l'intérêt pratique des observations, d'ailleurs assez nombreuses, que Percival, Delpech, Major, etc., etc., ont publiées sur ce sujet. Plus récemment M. Liégard [Bull, ^e if^er. , t. VII, 183-4) et Beid Clanny [Journ. des Conn. méd.-chir., nov, 1836) ont publié de nouveaux faits sur l'emploi des Mercuriaux dans l'hydrocéphale aiguë. Ce dernier insiste beaucoup sur ce point qu'on ne saurait trop et trop vite faire absorber du Mercure aux malades; aussi donne-t-il à l'intérieur du calomel à des doses réellement effrayantes pour le vulgaire des médecins, mais qui cessent d'être telles si l'on veut examiner avec bonne foi et impartialité les motifs qui ont engagé Beid Clanny à donner de semblables doses. Ce praticien remarqua en effet que, dans les selles des malades, on trouvait presque tout le calomel que l'on administrait, de sorte qu'en en faisant prendre 50 centigr. (10 grains), par exemple, il n'y en avait pas un seul d'absorbé; il pensa alors que l'on pouvait augmenter et répéter les doses ; aussi prescrivit-il jusqu'à 4 et 8 grammes (1 et 2 gros) de calomel par jour, et ainsi il fait promptement absorber à l'économie une dose de Mercure capable de modifier puissamment la constitution. Depuis qu'il a adopté cette méthode, l'hydrocéphale ne lui a pas paru à beaucoup près aussi redoutable, et cette maladie, à laquelle il voyait succomber tous ceux qui en étaient atteints, est
par lui rangée maintenant au nombre de celles dont le médecin peut aisément se rendre maître.
Quelque confiance que nous puissions avoir dans la méthode et dans les assertions de Beid Clanny, nous avouons cependant que nous hésiterons à croire à d'aussi heureux résultats^ jusqu'à ce que nous ayons nous-mêmes été témoins de quelques faits semblables. Mais nous devons avouer que^ dans plusieurs cas de méningo-encéphalitC;, nous avons employé sans succès la méthode de Beid Clanny, bien que nous missions dans ce traitement une énergie que notre auteur n'aurait certes pas désavouée.
Nous avons, aussi sans succès, employé la méthode de Law dans cette redoutable maladie, en insistant sur le calomel, non pas deux, mais huit jours de suite. Rarement, il est vrai, nous avons obtenu la salivation; mais, lors même que nous avons pu parvenir à enflammer violemment les gencives, les accidents n'en ont pas moins marché vers une terminaison rapidement fatale.
L'insuftîsance du traitement mercuriel contre Fencéphalo-méningite des enfants ne préjuge rien contre la puissance du remède en général. Quoi qu'on fasse dans l'hydrocéphale aiguë, la mort est certaine. Nous avons maintenant vieilU dans la pratique , nous avons été longtemps à la tête d'un hôpital d'enfants, et, nous le confessons avec douleur, c'est à peine si nous pouvons compter un ou deux cas où nous avons vu guérir un enfant d'une fièvre cérébrale.
Rhv.matiime synovial aigu. LMnfluence rapidement heureuse du Mercure sur la plus redoutable des phlegmasies séreuses, la péritonite, nous suggéra l'idée d'employer la même médication dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu. Nous avons traité par cette méthode quatorze rhumatisants dont la fièvre était très-vive et chez lesquels un grand nombre d'articulations étaient envahies. Chez six d'entre eux la rapidité de la guérison a été extra-^ ordinaire; mais chez les huit autres les accidents ont marché comme si nous n'eussions rien fait. Les douleurs seulement ont été moins vives, et il nous a semblé aussi 'que les accidents du côté du cœur avaient été moins fréquents. Ici, comme dans la péritonite, nous faisions des frictions sur le ventre et sur les cuisses avec 2 et jusqu'à 60 à 120 grammes (^ onces) d'onguent mercuriel chaque jour, jusqu'à ce que les gencives gonflassent, ce qui arrivait ordinairement à la fin du deuxième jour ou au commencement du troisième. Nous cessions alors, nous contentant d'entretenir autour des malades une douce température et de leur donner des boissons émoUientes. Mais, dans les hôpitaux, cette médication a de nombreux inconvénients, les infirmiers s'y prêtent mal, les religieuses s'y opposent dans la crainte de tacher les fournitures des lits, et, lorsque la salivation commence, alors qu'il serait indispensable de bien nettoyer la peau du malade, de lui donner du linge blanc pour éviter une nouvelle absorption de Mercure, on ne prend pas ces petits soins, et il survient des inflammations de gencives les plus graves. Ajoutez à cela que les salles sont mal closes, que le matin, le soir, le balayage et la ventilation des infirmeries se font
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sans pitié et sans ménagement, et que les pauvres malades sont exposés à tous les accidents qm suivent une médication mercurielle énergique. Aussi avions-nous renoncé dans notre hôpital à cette méthode, non qu'elle ne nous eût paru préférable à celles que nous connaissions à cette époque, mais bien parce que nous ne pouvions l'employer avec les précautions et dans des circonstances convenables.
Mais aujourd'hui que nous avons appris à donner le calomel selon la méthode de Law, nous n'hésitons plus à administrer ce médicament jusqu'à ce que les gencives commencent à se gonfler et que la salivation se manifeste. La lièvre par là est sensiblement diminuée : alors nous recourons au sulfate de quinine à la dose de 1 à 2 grammes par jour comme l'a indiqué M. Briquet, à la poudre de digitale à la dose de 25 cent, àl gramme, et cette méthode mixte nous paraît être la plus efficace dans le traitement du rhumatisme aigu.
Rhumatisme articulaire chronique. Nous ne saurions proclamer assez haut l'heureuse influence de la médication mercurielle dans le traitement du rhumatisme articulaire chronique, soit que le rhumatisme soit la conséquence d'une aff'ection blennorhagique, soit qu'il ait succédé à une maladie aiguë développée sous l'influence du froid. Un de nos élèves, M. Bonardel, a fait sa thèse sur ce sujet en 1834 (Journal des Connaissances médico-chirurgicales, t. II, p. 50), et, depuis cette époque, nous avons eu de nombreuses occasions de répéter ces expériences.
A la suite du rhumatisme synovial, et sans que l'état aigu ait été fort évi- . dent, on voit quelquefois plusieurs articulations se tuméfier ensemble ou successivement, et les accidents vont en augmentant avec plus ou moins de rapidité ; les jointures se gonflent, comme dans le premier degré des tumeurs blanches, et nous avons vu un jeune homme chez qui presque toutes les articulations étaient atteintes. La tuméfaction siège non-seulement dans les parties molles, mais encore, et c'est le cas le plus ordinaire, dans les os et dans le tissu fibreux. Il est assez remarquable que, dans ce cas, on remarque rarement la fluctuation dans les capsules synoviales.
Ici il ne faut plus, comme dans la péritonite et dans le rhumatisme synovial aigu, il ne faut pas, disons-nous, brusquer l'action mercurielle et produire instantanément l'état de cachexie auquel très-probablement est dû l'heureux effet des mercuriaux dans les deux graves phlegmasies dont nous venons de parler. L'état chronique demande une médication chronique, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi; aussi, dans ce cas, recourons-nous au INIercure à doses faibles et graduées, comme dans la syphilis constitutionnelle. Le moyen dont l'expérience nous a démontré la supériorité est le sublimé en bains. Nous donnons aux adultes des bains dans lesquels nous faisons dissoudre de 8 à 30 grammes (de 2 gros à i once) de sublimé, le malade en prend un tous les jours ou tous les deux jours, et nous continuons ainsi jusqu'à ce que la tuméfaction et la douleur aient entièrement disparu. Ce traitement est accompagné, comme pour la vérole constitutionnelle, de boissons sudorifiques concentrées, de quelques bains simples et de va-
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peurs, et terminé par des fumigations de cinabre dans un appareil où la tête puisse être à Tabri de la vapeur mercurielle.
Il est une forme de rhumatisme chronique, ou plutôt de goutte atonique, que l'on observe plus particulièrement chez les femmes, et qui envahit successivement les articulations et finit par constituer une des infirmités les plus tristes. M. Lasègue, qui, dans les Archives de médecine^ sous le nom de rhumatisme noueux, a publié un excellent travail sur cette maladie si rebelle, a trouvé que les Mercuriaux étaient presque toujours inutiles, et que la teinture d'iode donnée plusieurs mois de suite, à des doses énormes, 2 à 5 grammes par jour, enrayait et guérissait même quelquefois cette terrible maladie. — Nous avons pu nous-mêmes expérimenter ce mode de traitement et en constater les heureux effets.
Les bains de sublimé nous ont paru beaucoup moins utiles dans le rhumatisme inter-articulaire chronique que dans le rhumatisme qui a son siège aux articulations. Toutefois, dans des essais que nous avons faits, nous avons obtenu deux ou trois fois une si rapide amélioration, que nous avons été tentés de croire que la cause syphilitique était pour quelque chose dans les douleurs que les malades éprouvaient.
Maladies des os. Dans la carie, dans la nécrose, dans Fexostose syphilitiques, le Mercure a une action puissante que personne ne conteste; mais dans le gonflement scrofuleux des os, dans les exostoses et les périostoses, qu'il n'est pas raisonnable d'attribuer à l'infection vénérienne, les mercuriaux ne sont pas moins utiles, et nous pouvons, à cet égard, citer notre propre expérience. Et d'abord dans le gonflement rhumatismal des extrémités osseuses, le Mercure a une action incontestablement utile, et nous avons déjà dit tout à l'heure ce qu'on devait en attendre; mais dans les tumeurs osseuses, dont la cause n'est pas assez claire, on obtient encore de grands succès, comme les deux faits suivants pourront en convaincre. Un homme de cinquante-deux ans entra à l'Hôtel-Dieu de Paris en 1834; il était paraplégique depuis plusieurs mois. Les jambes, la vessie, le rectum, les bras, étaient incomplètement paralysés. La seule chose dont il se plaignît, c'était une douleur fixe à la main, douleur qu'il considérait comme rhumatismale. En explorant la région cervicale, nous reconnûmes un gonflement uniforme des cinq dernières vertèbres cervicales.
A quelle cause devait-on rapporter ce gonflement? était-ce à un rhumatisme? était-ce à la vérole? Notre malade n'avait jamais eu que des douleurs rhumatismales légères, et il se souvenait d'avoir éprouvé, l'an Vil de la république, une vérole qu'il avait traînée dans les camps, et qui enfin avait été traitée et guérie par les Mercuriaux. Sans avoir égard à la cause, qui était fort obscure, nous le mîmes à l'usage des bains de sublimé, et bientôt au protoïodure de Mercure, et il était tout à fait guéri après trois mois de traitement. Presque à la même époque, il entrait à THôtel-Dieu une jeune fille de dix-huit ans, paraplégique également, et qui avait l'extérieur propre aux scrofuleux. Elle portait également une tuméfaction osseuse qui occupait les deuxième, troisième et quatrième vertèbres cervicales. Cette jeune fille
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était à peine piibèro, elle paraissait fort pure, et elle aflirma, à plusieurs reprises, qu'elle n'avait jamais eu de rapport avec des hommes. 11 était donc probable que le gonflement des vertèbres était lié à la constitution scrofnleuse. Nous la mîmes, comme l'antre malade, d'abord à l'usage des bains de sublimé, qui amenèrent un rapide amendement; puis nous la mîmes à Tusage de l'iodure de Mercure, et la paraplégie diminua en même temps que le volume des os diminua lui-même. Après quatre mois de traitement, elle nous quitta incomplètement guérie.
Nous avons essayé la même médication dans les maladies articulaires qui semblaient tendre à devenir des tumeurs blanches, et souvent nous en avons obtenu des résultats avantageux.
Phlegmasies. Nous ne pouvons passer sous silence les faits curieux rapportés par le docteur Gobée, relatifs à l'emploi du calomel à hautes doses dans le traitement de la pneumonie. {Journal de Méd. de Schmidt, J r? vol., 2"= cahier.) Déjà cette médication, vers la fin du dernier siècle, avait été conseillée par Hamilton, et plus tard par Vogel. Voici en quoi consiste la méthode du docteiu" Gobée : Il fait d'abord une saignée, et, peu après, il donne le calomel à dose de 50 centigrammes à 1 gramme et demi (10 à 30 grains) dans l'espace de vingt-quatre heures en douze prises. Il éloigne un peu les doses s'il ne survient pas de diarrhée. Si la toux est fréquente , il associe l'extrait de jusquiame au calomel. Peu de jours suffisent pour amener la diminution des accidents inflammatoires. On cesse alors le médicament. J\l. Gobée fait observer que la salivation arrive fort rarement dans la pneumonie [Bull, de Théraqj., octobre 4837).
Nous venons de voir quelle était l'heureuse influence de? Mercuriaux sur les phlegmasies très-graves par leur étendue , par leur siège , ou par les réactions fébriles qu'elles suscitent. Il n'y a vraiment pas de motif de croire qu'il n'en doive pas être ainsi poar les autres phlegmasies; aussi sommesnous peu étonnés de la contîance que nos voisins d'outre-mer accordent au calomel dans le traitement des inflammations. Certes, pour qu'une masse de médecins comme celle de l'Angleterre, de toutes les possessions anglaises dans les Indes, de l'Amérique du Nord, accorde unanimement des propriétés antiphlogistiques au Mercure , il faut bien qu'il y ait quelque chose de vrai , et il est vraiment déplorable qu'il s'élève chez nous tant de préventions contre ce moyen héroïque.
Sans partager l'enthousiasme des praticiens de la Grande-Bretagne, nous reconnaîtrons volontiers que la méthode altérante par les Mercuriaux est évidemment bonne dans le croup, par exemple, soit que la membrane muqueuse du larynx soit simplement enflammée et gonflée , sans exsudation plastique, soit qu'elle soit le siège d'une phlegmasie spéciale en vertu de laquelle il se développe presque fatalement des fausses membranes. Ici le calomel sera donné à l'intérieur, à doses élevées et très- souvent répétées, afin que topiquement il porte sur le pharynx une utile modification, et qu'ensuite, absorbé dans les voies digestives, il aille modifier la masse du sang, en augmenter la fluidité et le mettre dans de telles conditions, qu'il
ne fournisse plus aux sécrétions plastiques. Il est bon, à l'exemple de M. Bretonneau, de faire en même temps des frictions sur les parties latérales du cou ou dans tout autre point, afin de faise absorber une plus grande quantité de Mercure et d'amener promptement la cachexie liydrargyrique. Dans une maladie aussi rapidement mortelle, il est essentiel d'aller vite, et nous appliquons entièrement au croup ce que, plus haut, nous avons dit de la péritonite et de l'hydrocéphale.
Maladies du foie. L'efficacité du Mercure dans le traitement des maladies du foie est devenue en quelque sorte triviale. Il existe entre tous les médecins une sorte d'accord tacite sur ce point, et bien que des expériences bien faites et surtout bien concluantes n'aient pas été encore publiées sur la matière, on n'en est pas moins dans l'usage d'associer les Mercuriaux à tous les traitements ou empiriques ou rationnels auxquels on soumet ceux qui sont atteints d'une affection chronique du foie. Il nous est difficile de prendre un parti dans cette question, et nous nous abstiendrons de tout jugement, jusqu'à ce qu'il nous ait été permis de faire nous-mêmes des expériences qui nous satisfassent.
Pourtant nous ne devons pas taire que nous avons eu récemment sous les yeux quelques faits qui ont produit sur nous une impression toutenfaveur de l'efficacité du Mercure. Ainsi nous connaissons des malades qui souffraient depuis longtemps d'une affection gastro-hépatique assez difficile à bien caractériser, mais où il existait un certain degré de congestion du foie, accompagné de cet état douloureux que l'on désigne assez vaguement sous le nom d'hépatalgie.
Ces malades avaient été soumis sans résultat à bien des remèdes , et ils avaient fini par trouver la guérison dans des préparations mercurielles qui leur avaient été administrées tout à fait empiriquement. Nous pouvons citer une dame entre autres , qui depuis bien des années était tourmentée d'une maladie du foie mal déterminée, qu'on caractérisait de névrose anomale des plexus gastro-hépatiques. Cette malade avait tout épuisé sans éprouver de soulagement. Envoyée de guerre lasse aux bains de mer, elle y fit la rencontre d'une médecin anglais qui lui prescrivit les pilules bleues, qui paraissent jouir d'une propriété fondante , laxative et résolutive des plus remarquables.
La vérité est que, sous l'influence de ce remède, cette maladie, qui jusqu'ici s'était montrée si douloureuse et si réfractaire, avait en très-peu de temps changé complètement de face, et que bientôt la guérison s'était opérée d'une manière aussi heureuse qu'inattendue. Ajoijtons, d'ailleurs, que ces résultats s'accordent avec les observations faites par M. Monneret qui a obtenu quelques avantages des pilules bleues dans la cirrhose.
Qu'on nous permette, à cet égard, une simple remarque. On savait déjà, et aujourd'hui on sait mieux encore, grâce aux intéressantes rechei'ches de M. le docteur Gubler, que le foie est susceptible , peut-être plus qu'aucun autre viscère, d'être affecté par le virus syphilitique. Or n'est- il pas permis
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de se demander si quelques-unes de ces affections du foie indéterminées et si réfractaires auxquelles nous faisons allusion , ne reconnaîtraient pas pour cause Tinfection vénérienne, et de plus, si dans quelques-uns de ces cas exceptionnels de terminaison heureuse^ la guérison ne pourrait pas être rapportée à la vertu antisyphilitique du ÎMercure, plutôt encore qu'à la propriété générale altérante de ce médicament, ou même qu'à son action spéciale et comme élective sur les fonctions de la glande hépatique?
Nous aurons la même réserve pour ce qui concerne la peste, le typhus, la fièvre jaune. Toutefois , nous avons vu donner les mercuriaux à hautes doses dans cette dernière maladie pendant Tépidémie de Gibraltar, en 1828, et nous avons pu constater, non leur utilité, mais leur danger. L'expérience a été faite en grand, Oar le médecin d'un des régiments de la garnison avait adopté cette méthode, qu'il suivit pendant tout le cours de l'épidémie, et ce fut dans son régiment que la mortalité fut la plus considérable, comme le prouvent les relevés officiels que nous avons entre les mains.
Dans le traitement de la fièvre typhoïde, M . Lombard de Genève, M . Rœsch, ont préconisé l'usage du calomel; MM. Serres et Becquerel, celui du sulfure noir de IMercure à l'intérieur combiné aux frictions, ou l'onguent napolitain, jusqu'à légère salivation ; nous-même, à l'hôpital des Enfants, nous avons donné le calomel, à doses fractionnées, jusqu'à gonflement des gencives, dans la dothinentérie, et les résultats nous ont semblé moins malheureux que par l'expectation pure, ou que par toute autre méthode que nous ayons employée jusque-là. Mais il faut être sobre de conclusions quand il s'agit de juger une méthode de thérapeutique appliquée à une affection qui diffère tant d'elle-même, suivant les individus, suivant les années où on l'observe.
Maladies des reins. Dans un ouvrage plein d'intérêt sur l'albuminurie publié il y a quelques années, Martin Solon a préconisé l'usage des frictions mercurielles et du calomel à dose fractionnée, dans le but de modifier la phlegmasie chronique qui devait être regardée comme la cause des dégénérescences des reins, lesquelles donneraient lieu à la sécrétion de l'albumine. Il faut louer les efforts de tous les thérapeutistes qui, dans une maladie aussi grave que la maladie de Bright, tenteront quelques moyens curatifs; mais des praticiens recommandables n'ont eu malheureusement^ dans le traitement de l'albuminurie, pas plus à se féliciter des mercuriaux que des autres moyens; et nous-mêmes, dans notre pratique particulière, et dans nos services d'hôpitaux, nous avons eu à gémir sur l'issue presque invariablement fatale d'une maladie dont les recherches modernes ont constaté en même temps et l'existence et la presque incurabillté. Il est bien entendu que nous voulons parler seulement de la forme chronique.
Dysenterie. L'utilité^ incontestable des purgatifs dans le traitement de la plupart des épidémies de dysenterie nous autorisait à croire aux bons efiéls (lu calomel donné à l'intérieur pour guérir cette même affection. L'ex-
périence a démontré, en effet, que l'un des moyens les plus puissants contre cette redoutable épidémie, c'était le ealomel préparé à la vapeur, donné matin et soir à la dose de 2 grammes (1/2 gros). Par ce moyen, les garderobes ensanglantées et muqueuses perdent prompteraent ce double caractère. Les tranchées et le ténesme se modèrent , et les selles prennent la couleur vert foncé qui suit toujours l'administration du ealomel. C'est lorsque les évacuations alvines ont pris cette teinte particulière, et alors seulement, que l'on doit cesser l'usage du protochlorure de Mercure. Le ealomel agit-il ici. comme agent substituteur, et par conséquent en sa qualité d'irritant topique, ou bien, au contraire, tire-t-il son efficacité des qualités altérantes du Mercure? c'est ce qu'il est assez difficile de décider. Nous serions pourtant tentés de croire que l'action altérante a, dans cette médication, la moindre part, car nous n'avons pas entendu dire que jamais les frictions mercurielles aient été employées avec avantage dans le traitement de la dysenterie, si ce n'est peut-être par Boage (GmeUn, App. med., t. VIII, p. 95). C'est à M. le docteur Amiel, chirurgien-major du 12'' régiment de ligne de l'armée anglaise, qu'est dû le mérite d'avoir le premier formulé d'une manière nette cette méthode de traitement. Il fit de nombreux et d'heureux essais dans une épidémie de dysenterie qui sévissait sur la garnison de Gibralter en 1812, et la déclaration du médecin principal de cette forteresse témoigne de l'excellence de la méthode. Doit-on penser qu'il en serait de même dans toutes les épidémies de dysenterie ? c'est ce que nous ne croyons pas, et il nous suffit d'avoir indiqué ce moyen, qui probablement trouverait son application dans un grand nombre de circonstances. Le docteur Rœsch fait un grand éloge du ealomel à haute dose dans les dysenteries graves. Il débute par quelques sangsues à l'hypogastre ou à l'anus, et il les fait suivre par le ealomel à la dose de 20 centigrammes (4; grains) pour les enfants, et de 50 centigrammes (10 grains) pour les adultes en deux doses, une le matin et une le soir; quelquefois il en donne une au miMeu du jour. Il y joint l'acétate de morphine en cas de douleurs vives et de ténesme.
Ce praticien emploie aussi le ealomel à haute dose dans la fièvre typhoïde [Midicinische Annalen, 1839).
Dans une épidémie de dysenterie qui a sévi pendant l'automne 1850 sur la garnison de Tours, M. le docteur Frédéric Leclerc a eu l'occasion de constater de nouveau l'extrême efficacité de cette méthode. Il commence par une dose peu élevée, 10 centigrammes par jour en plusieurs doses, et il continue , en élevant successivement les doses , de manière à arriver à 40 et 50 centigrammes, si au bout de quelques jours de traitement il n'y a pas de notable amélioration. En même temps il couvre le ventre d'extrait de belladone pour éteindre le ténesme.
Tumeurs diverses. Le Mercure, sous toutes les formes, est im des remèdes que la banalité routinière consacre dans le traitement des tumeurs diverses; mais il serait fort difficile de spécifier les cas dans lesquels il serait oppor- I. 15
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tun et véritablement utile de prescrire cet héroïque moyen. Lorsque la tumeur est le produit d'une phlegmasie chronique , que des tissus de nouvelle formation ne se sont pas développés, sans doute on peut, à l'aide du Mercure, atténuer le sang et favoriser ainsi la résolution interstitielle; mais quand le tissu de la tumeur est dégénéré , que déjà se sont formées des masses de tissus tuberculeux, encéphaloïde ou squirrheux, il est bien probable que le Mercure restera impuissant comme tous les autres moyens. Et cependant des écrivains dignes de foi ont attesté que , sous l'influence du Mercure, des tumeurs du plus mauvais caractère avaient disparu, et que la diathèse elle-même ne s'était manifestée en aucun autre point de l'économie. Essayons de conciher ces faits authentiques avec les faits tout aussi authentiques et infiniment plus nombreux qui prouvent l'inefficacité du Mercure. La syphilis, on ne peut le contester, exerce sur l'homme une influence dont il est impossible de calculer la puissance. Les os, les glandes, les viscères, sont modifiés par la cause syphilitique de manière à éprouver de profondes perturbations dans leur nutrition et dans leurs fonctions. Il n'est pas rare de voir le virus vénérien amener une altération du testicule qui simule à tel point le sarcocèle que l'œil du chirurgien le plus exercé peut être mis en défaut; ce qui se passe pour le testicule peut avoir lieu pour la glande mammaire, pour les ganglions contenus dans les cavités splanchniques, et on conçoit alors et la puissance du Mercure et l'enthousiasme de ceux dans la pratique desquels de pareils cas se sont présentés.
Névroses. Ce que nous venons de dire de la cause syphilitique dans ses rapports avec le développement des tumeurs s'applique également à des affections nerveuses qui, au premier coup d'œil, semblent ne devoir pas être sous l'influence de la vérole.
Un jeune homme attaché à la diplomatie anglaise avait eu plusieurs véroles, il croyait en être guéri, lorsqu'il commença à éprouver quelques vertiges épileptiques, puis bientôt de véritables attaques convulsives. Traité par ce qu'il y avait de plus recommandable parmi les médecins de Londres et de Paris, il ne voyait aucun terme à sa cruelle maladie, et il avait formé le projet de se tuer. Il demanda nos conseils et ceux de M. le docteur Lebreton. Rien n'indiquait chez notre malade l'existence de l'infection syphilitique: mais plusieurs véroles avaient été traitées sans Mercure: ce nous fut un motif de croire que le virus vénérien pourrait ne pas être étranger aux graves désordres nerveux survenus depuis quelques années. Nous lui fîmes subir un traitement mercuriel en règle, et l'épilepsie disparut, et depuis seize ans M. """ n'a pas éprouvé le moindre ressentiment d'un mal qui avait pris rapidement une extension des plus inquiétantes. En 1855 nous avons encore obtenu un succès aussi rapide et aussi complet chez un Américain-Espagnol, qui à la suite d'une syphilis constitutionnelle avait été pris d'attaques d'épilepsie, qui revenaient tous les jours. Sans doute nous ne conclurons pas de ces faits que l'épilepsie se guérit par le Mercure; nous voulons dire seulement que l'épilepsie peut être quelquefois causée
par des exostoses du crâne^ par des végétations de la dure-mère, par toute autre lésion appréciable ou inappréciable du système nerveux dépendant de l'infection vénérienne, et qu'alors le Mercure guérira l'épilepsie, non par ses propriétés antiépileptiques, mais par ses vertus antisyphilitiques ; de même pour certaines paralysies, pour la manie, qui peuvent reconnaître les mêmes causes matérielles immédiates, et la même cause éloignée que l'épilepsie dont nous parlions tout à l'heure. Ainsi l'on a vu des paraplégies, des hémiplégies, des amauroses, des surdités guéries par le Mergure, quand ces affections diverses étaient sous la dépendance directe ou indirecte de la vérole.
Certaines névralgies sont encore dans la même catégorie. — Un riche banquier de Paris, qui avait mené une vie un peu déréglée, éprouvait depuis dix ans des douleurs d'estomac et des vomissements qui revenaient chaque soir et que rien n'avait pu modifier. On s'avisa de lui donner du Mercure^ plutôt en souvenir d'anciennes véroles que dans l'espoir fondé de le guérir. Dès que la sahva.tion commença, les fonctions de l'estomac se rétablirent, et dès lors la santé fut excellente. Dans ce cas les douleurs et les accidents étaient nocturnes, et ce fut ce seul point de contact avec la syphilis qui engagea à prescrire les Mercuriaux. De plus nous avons vu deux femmes , l'une à l'Hôtel-Dieu , qui nous avait été adressée par M. le docteur Chambeyron, l'autre, dans notre pratique particulière, qui éprouvaient tous les jours, à heure fixe, c'est-à-dire principalement vers midi, des douleurs névralgiques intolérables de la face et du front. Tous les moyens que nous avions mis en œuvre furent inefficaces. Nous donnâmes du Mercure, et la guérison fut obtenue en peu de jours. Nous avions appris que ces deux femmes avaient eu la syphilis, et qu'il ne leur avait été administré aucune préparation hydrargyrique. Ajoutons enfin qu'en 1836 et en 1855 nous avons eu occasion de donner nos soins à deux femmes atteintes de névralgies intermittentes périodiques et diurnes, accompagnées d'exostoses crâniennes. Le Mercure en fit promptement justice, alors que Fiodure de potassium était resté inefficace.
Toutes les fois qu'une médication quelconque est vantée dans le traitement du tétanos, il s'élève d'abord dans l'esprit une juste idée de défiance, car peu de nous ont vu échapper à la mort ceux qui avaient été atteints par le tétanos traumatique. Ce n'est pourtant pas une raison pour ne tenter aucun essai et pour rejeter comme apocryphes les faits de guérison cités par divers auteurs {Voyez GmeUn, App. med., t. VIII, p. 94). Mais de nos jours, en présence de nombreux élèves, dans la chnique de la Faculté de Médecine de Strasbourg, M. le professeur Forget a guéri, non pas un tétanos traumatique, mais un tétanos spontané, par les frictions mercurielles continuées pendant cinq jours à la dose de 30 grammes (1 once) par jour. Eùt-il réussi de même dans un tétanos traumatique? C'est ce dont il est peut-être permis de douter. Faut-il croire maintenant ce qu'ont dit Rush et Clarkson {Transact. ofthe colleg. of phys. at Philadelph., vol. 1, 1793) de l'efficacité des frictions mercurielles sur le cou et sur les mâchoires dans
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le traitement du tétanos, ce qu'ont dit P. Desault et Darlac de l'utilité du même moyen pour préserver de l'hydrophobie (Desault, IJhs. mr les mal. vénériennes; Bordeaux, 1733), et tant d'autres auteurs dont on pourra lire la longue nomenclature dans Gmelin ( loco cit. ) ?
Action thérapeutique des Mercuriaux employés comme topiques.
Jusqu'ici nous avons vu le Mercure confié aux voies de l'absorption, et n'agir qu'indirectement sur les parties dont il amenait la guérison. Maintenant il convient de l'étudier comme topique, c'est-à-dire en tant qu'agent direct, modifiant le tissu avec lequel il est en contact immédiat. On peut dire que de tous les agents de la médication substitutive ( Voy. chapitre IV, Irritants) , il n'en est pas qui reçoive de plus nombreuses applications que le Mercure.
Maladies de la peau. L'utilité du Mercure dans le traitement des maladies de la peau n'est pas moins incontestable que dans le traitement de la syphilis. Ce précieux médicament n'entra d'abord dans la thérapeutique que par les maladies cutanées, ce dont font foi les écrits des Arabes; et c'est précisément parce que son efficacité avait été solennellement reconnue contre la lèpre qu'on osa l'opposer à la syphilis , la plus hideuse des maladies après la lèpre. Beaucoup de charlatans, qui voyaient la vérole se manifester par des désordres du côté de l'enveloppe cutanée, crurent que toutes les maladies de la peau reconnaissaient la même cause , et ils donnèrent empiriquement le Mercure avec un succès qui ouvrit les yeux des médecins dont l'esprit ne voulut pas rester fermé à toute vérité. Les pommades mercurielles ont été depuis longtemps et sont encore le remède secret le plus vulgaire pour la curation des maladies chroniques de la peau.
On peut dire du Mercure, en tant que moyen topique , qu'il domine la thérapeutique des maladies cutanées, et il y a peu d'exagération à prétendre que le Mercure seul suffit au traitement de presque toutes ces affections. L'onguent napolitain, le précipité rouge, le calomel, le sublimé, le cinabre, les iodures de Mercure, etc., etc., sont des armes bien puissantes que l'on ne saurait trop s'habituer à manier. Mais, parmi ces préparations, le subUmé est certes le plus héroïque, celui qui, à lui seul, rend plus de services que tous les autres réunis.
Baume eut le premier l'idée de l'administrer en bains dans les maladies de la peau qui affectent presque toute l'enveloppe tégumentaire. Il y avait été conduit probablement parce qu'il avait constaté expérimentalement l'etlicacité des lotions de sublimé, celle de quelques remèdes secrets, et particulièrement de l'eau antidartrcuse du cardinal de Luynes, qui n'était autre chose qu'une dissolution de sublimé. Il avait vu aussi avec quelle rapidité l'eau phagédénlque, employée en lotions, guérit les dartres, surtout celles qui s'accompagnent de prurit.
Ces bains, prescrits d'abord à la dose de 4 à 8 grammes (1 à 2 gros
pour 300 litres d'eau , tombèrent en désuétude pour le traitement des maladies de la peau ; mais cette importante médication fut reprise par Wedekind {Heidelberg Uiniche Annalen, 4829, v, 537), qui la remit en honneur. Cependant elle ne put prendre droit de cité en France que lorsque nous eûmes fait en grand des expériences à l'Hôtel-Dieu de Paris pendant les années 1831 , 32 et 33, expériences qui démontraient jusqu'à l'évidence la remarquable efficacité des bains de sublimé dans les maladies chroniques de la peau, qu'elles fussent ou non d'origine syphilitique. Les bains que nous donnons dans ce cas sont d'abord de 45 grammes (4 demionce), et graduellement nous allons jusqu'à 30 et 60 grammes (4 et même 2 onces). Pour les femmes, la dose est toujours moitié moindre.
Indépendamment de leur action curative, ces bains produisent des effets sur la peau et sur tout l'organisme qu'il est important de connaître. Les premiers que l'on prend peuvent causer de la pesanteur de tête et une tendance au sommeil souvent invincible, quelquefois des crispations d'estomac et de très-légères coliques suivies rarement de vomissements ou de diarrhée. Après les premiers bains, ces phénomènes cessent de se manifester, mais il en survient d'un autre ordre; ordinairement il se montre sur les jambes une éruption papuleuse qui ressemble assez bien au lichen agrius, et qui cause aux malades de vives démangeaisons et même de la cuisson. Cette éruption, loin de se dissiper sous Finfluence de nouveaux bains, s'augmente au contraire, et oblige souvent à renoncer à ce moyen.
Nous somimes dans l'habitude de ne jamais porter les bains de sublimé jusqu'à la salivation, à moins que nous ne les administrions dans le but de combattre des accidents syphilitiques. Nous les faisons prendre tous les deux jours, et le jour intercalaire nous conseillons ordinairement un bain d'eau de son.
Il faut avoir grand soin, et nous insistons expressément sur ce point, de ne pas donner en même temps à un malade des bains sulfureux et des bains de sublimé, et de ne pas conseiller des bains mercuriels immédiatement après les bains sulfureux, car la peau devient d'un noir brun, et cette teinte persiste jusqu'à la chute complète de l'épiderme.
A défaut de bains, les lotions de subhmé sont employées dans le même but. La formule que nous avons adoptée est la suivante :
Prenez : Sublimé, 40 grammes (2 gros et demi). Alcool, 400 grammes (3 onces).
Une cuillerée à café de cette solution dans 500 grammes (4 livre) d'eau très-chaude pour lotions. — On devra, suivant l'occurrence, augmenter ou diminuer la quantité proportionnelle de la solution alcoolique de sublimé.
Nous avons dit plus haut que l'eau antidartreuse du cardinal de Luynes avait joui jadis d'une grande réputation dans le traitement des maladies delà peau. En Angleterre, les parfumeurs sont en possession de vendre une lotion célèbre parmi les femmes pour la guérison de la couperose et
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des maladies diverses de la peau, du visage; cette lotion, qui prend le nom de Goîvland, n'est autre chose qu'une dissolution de sublimé dans un lait d'amandes douces et amères qui décompose en partie le sel mercuriel.
Pustule maligne , cautérisation, sublimé. Dans un travail étendu adressé à rAssociation médicale d'Eure-et-Loir , par M. le docteur Salmon , de Chartres, sur la pustule maligne, ce médecin, après avoir indiqué le parti que l'on peut tirer des différents caustiques, tels que le cautère actuel, le nitrate d'argent, la potasse , etc., recommande particulièrement le sublimé dont les médecins de laBeauce, où les affections charbonneuses sont si communes, ont tiré le plus grand parti. Dans notre contrée, ditril, le sublimé corrosif jouit de la réputation la plus étendue; il est devenu, par suite des communications bienveillantes de confrères expérimentés, MM. Poulain, N'aucqret et Barreaux, le moyen usuel contre la pustule n^^ligne. Les guérisseurs eux-mêmes, ceux-là qui ne veulent paslivrer au public ce qu'ils appellerjt leur secret, en sont réduits, pour ne pas avoir l'air de faire ici comme toutlemonde, à colorer leur drogueen rouge, enyert,ou autrement, pour abuser la crédulité publique. Leur secret, quoi qu'ils en disent, c'est toujours le bichlorure de Mercure ou sublimé.
Cependant , quoique ce médicament soit aussi généralement employé , dans nos campagnes, les procédés mis en usage ne sont pas les mêmes pour tous nos confrères.
Un médecin qui exerçait il y a déjà une dizaine d'années à Gallardon, M. Montagnier, et qui jouissait d'une réputation étendue pour la guérison du charbon dans ces contrées, opérait comme il suit :
Il fabriquait de petits emplâtres de diachylon de la largeur environ d'une pièce de deux francs; il incorporait à ces emplâtres du sublimé en assez grande quantité, et, en outre, au moment de l'appliquer sur la peau, il saupoudrait la surface ramollie du diachylon de sublimé en grumeaux. Ce premier emplâtre était maintenu pendant six heures sur la peau. Au bout de ce temps, le médecin remplaçait le premier emplâtre par un seconcl plus chargé de substance caustique, et le laissait alors appliqué pendant douze heures. Dans le cas où il fallait agir avec rapidité, il scarifiait avec la lancette la première escarre obtenue. Dans toutes les circonstances, toujours après le second emplâtre, il incisait circulairement la tumeur avec le bistouri. 11 pansait enfin avec le styrax pur ou étendu de sublimé, en petites proportions.
M. Yaucoret, médecin à Denouville, dont le père jouissait aussi dans la Fîeauce d'une réputation méritée par les succès qu'il obtenait dans le charbon, opère plus simplement la pustule maligne. Lorsque le malade se présente à lui, il incise d'abord crucialement la tumeur avec une lancette; cette incision plonge jusqu'aux parties saines, c'est-à-dire douloureuses; elle ne doit guère avoir plus d'un centimètre pour chaque cùté; ensuite, au moyen du bistouri ou de ciseaux courbes, le chirurgien enlève les quatre petits lambeaux produits par l'incision cruciale. Il en résulteun godet;,
dont la portion la plus profonde est en rapport avec le point central de la pustule, et dont les contours superficiels répondent aux parties saines. Comme dans cette première opération il s'écoule ordinairement une quantité considérable de sang , il l'étanclie avec de la charpie ou de la ouate , avant d'appliquer le sublimé concassé; on en remplit le godet dont nous avons parlé, et on recouvre le tout avec un emplâtre. La portion du sublimé employée peut être de 1 ou 2 grammes environ.
Le lendemain, c'est-à-dire vingt-quatre heures après l'application précédente, si le malade a beaucoup souffert, ce qui indique que le caustique a touché les parties saines placées au-dessous et au pourtour du mal, si une escarre convenable s'est produite, s'il existe au pourtour de cette escarre un cercle vésiculeux contenant un liquide séro-purulent, ce qui démontre de la part des parties malades un retour à leurs fonctions normales , les accidents produits par la pustule maligne sont enrayés 5 si, au contraire, le malade n'a pas du tout ou peu souffert, si le cercle vésiculeux n'est pas formé, il importe de recommencer la cautérisation comme ci-dessus.
Ueau phagédénique peut être substituée avec avantage au sublimé dans presque tous les cas où l'action mercurielle doit être exclusivement topique. On la mêle à l'eau chaude, dans la proportion d'un sixième, d'un quart, de la moitié même , et l'on fait des lotions répétées et assez prolongées avec ce mélange. — Il n'est pas besoin de djre que, avant de se servir de l'eau phagédénique, il faut toujours bien agiter le flacon qui la contient, afin de mêler le bioxyde de Mercure qui s'est précipité.
Le cinabre , par cela même qu'il est insoluble , n'est pas d'un usage aussi commode ; il a néanmoins été employé dans des circonstances analogues.
Les usages topiques du cinabre étaient peu connus jadis. Gmelin, dans son Apparatns, ne cite qu'un très-petit nombre d'auteurs qui l'employassent de cette manière. On voit en effet qu'on le conseillait contre la gale, la teigne, et les autres affectionsohroniques de la peau {App. med., tome II, p. 129). De nos jours le cinabre n'est plus empoyé qu'en fumigations. On fait volatiliser ce médicament sur une plaque de platine ou de porcelaine, et on en dirige la vapeur vers les parties que l'on veut guérir. On se sert ordinairement d'une boîte fumigatoire , à laquelle sont adaptées des ouvertures par où l'on introduit un membre , ou bien auxquelles on applique une surface du corps, qui ainsi se trouve en contact avec la fumigation. Quand on juge convenable, pour une maladie générale delà peau, de donner des fumigations générales, le malade est placé dans une boîte, et ia tête seule se trouve hors de l'appareil. Ces appareils furaigatoires, dont l'invention appartient à Lallouette, et qui par conséquent n'ont été connus de nous qu'à la fin du siècle dernier, sont tous les jours modifiés suivant l'idée du médecin et suivant les indications spéciales qu'on a à remplir.
Les fumigations de cinabre, en tant que remède local, sont particulièrement conseillées dans les syphilides cutanées ; mais dans toutes les
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autres maladies chroniques de la peau elles sont employées avec presque autant d'avantage. Les doses de cinabre varient suivant l'étendue de la surface à laquelle on l'applique , suivant la capacité de l'appareil dont on se sert, suivant la sensibilité des parties. Elles varient de 50 centigrammes (10 grains) à 8 et 12 grammes (2 et 3 gros).
Plus bas, en parlant de Faction topique des Mercuriaux, nous dirons que c'est en substituant une phlegmasie mercurielle à l'inflammation existante que le Mercure agit dans le cas qui nous occupe. Certes, ce mode d'action y est pour la plus grande partie; mais on ne peut nier non plus que la modification exercée par le Mercure sur toute l'économie ne soit pour quelque chose dans la guérison de ces maladies. Ce qui le prouve, c'est que la guéri son s'obtient, il est vrai, par les applications exclusivement topiques du Mercure ; mais les récidives sont plus fréquentes que lorsqu'en même temps on a fait absorber une quantité notable de ce médicament. Or les bains de sublimé, dont nous avons tant de fois constaté l'efficacité, agissent en même temps comme moyen topique et comme remède général.
Il est bien évident que les affections syphilitiques du système cutané se guérissent, toutes choses égales d'ailleurs, plus aisément avec les Mercuriaux que les autres maladies de la peau; mais celles-ci, ainsi que nous l'avons dit plus haut, obéissent également bien au Mercure, et il ne faut pas pour cela conclure à leur nature vénérienne.
Les affections ulcéreuses de la peau, qu'elles reconnaissent ou non une cause vénérienne, sont avantageusement modifiées par l'application topique des Mercuriaux.
Ainsi, en saupoudrant une plaie avec du calomel, en la pansant avec une pommade dans laquelle on aura incorporé du précipité blanc, du cinabre, du subhmé, des iodures de Mercure, etc., etc., on voit en peu de jours les surfaces prendre un aspect meilleur et tendre vers la cicatrisation.
Mais quand l'affection cutanée sera plus profonde, que le tissu du derme est intéressé dans sa texture intime, comme dans les dartres rongeantes, dans des carcinomes superficiels, c'est au nitrate acide de Mercure qu'il faudra recourir, ou bien encore à des trochisques de sublimé, que l'on laissera en contact avec la partie aussi longtemps qu'il sera nécessaire pour produire une escarre superficielle.
Ce n'est pas seulement dans les maladies chroniques de la peau, mais encore dans les affections aiguës, que les Mercuriaux ont été conseillés comme remède topique.
L'érysipèle phlegmoneux des membres, les panaris, ont été combattus avec avantage par le Mercure appliqué topiquement à des doses élevées ou données à l'intérieur de manière à modifier promptement toute l'économie.
C'est surtout M, Serres d'Alaisqui a insisté sur l'emploi topique des frictions mercuriellcs dans le traitement des inflammations érysipélateuses et érysipélato-phlcgmoneuses. Suivant l'étendue du mal, il fait des frictions, et il ne craint pas d'employer 230 à 300 grammes (8 à 10 onces) d'onguent napolitain double dans l'espace de quarante-huit heures. Ce temps expiré.
ordinairement l'inflammation rétrograde; il faut alors suspendre le remède; que si cet heureux phénomène ne se manifeste pas, il faut insister et ne pas craindre de provoquer la salivation, qui ne se déclare guère avant le quatrième ou le cinquième jour [Gaz. méd., 4837, n° 33; Bull, de Thérapeut., 1833, tome IV; 1837, tomeXII).
M. Serres, d'Alais, a employé la même médication dans le traitement du panaris. En faisant, sur le doigt malade, avant que la suppuration soit établie, des frictions répétées de quart d'heure en quart d'heure avec l'onguent mercuriel double, ou tout simplement en maintenant le doigt dans une masse d'onguent napolitain, on fait avorter les panaris qui menaçaient de devenir très-graves [Bidl, de Thérap., 1833, t. IV). D'après ces faits, il paraîtra moins étrange que l'on ait pu faire avorter des phlébites traumatiques, suites de saignées, par un moyen analogue (Picard, Bull, de Thêrap., t. XIV., 1838).
Il n'y a pas même jusqu'à l'eczéma aigu causé par l'application topique d'une pommade mercurielle qui ne guérisse très-bien par des lotions de sublimé.
Les onctions mercurielles ont encore été conseillées dans la variole"; on enduisait d'onguent napolitain la face des malades, et Ton prétendait par ce moyen empêcher la tuméfaction érysipélateuse de la peau, de la face et des paupières. Le fait est, si l'on en croit le médecin du lazaret de Trom-. peloup, que ce moyen est le plus efficace pour empêcher les paupières de se gonfler. M. Goblin, de Stains, a été plus loin ; il a prétendu faire avorter les pustules de la variole quand, dès le début de l'éruption, il faisait, sur les parties malades, de fréquentes frictions mercurielles.
Mais, dans la variole, l'usage interne des Mercuriaux a reçu une sanction beaucoup plus solennelle. A cet égard, de nombreux témoignages se réunissent pour constater leur utilité : Huxham, Boerhaave, Van Swieten, Cotugno , s'accordent sur l'utilité de ce moyen, soit qu'il agisse par ses vertus antiphlogistiques, comme dans la péritonite et le rhumatisme, soit qu'il atténue le virus varioleux, soit qu'il favorise la salivation si utile, comme on le sait, dans les varioles confluentes (F. GmeHn, Appar. med., tome VIII, page 63).
Puisque nous avons parlé de l'action topique et générale des Mercuriaux dans le traitement de la variole, nous ne devons pas passer sous silence ce qui a été dit de l'action que l'application de l'emplâtre de Yigo cum Mercurio exerçait sur la marche des boutons qui étaient en contact avee ce médicament.
Plusieurs médecins contemporains se sont disputé l'honneur de l'invention, mais c'est à Zimmermann, et surtout à Rosen qu'il la faut rapporter. Nous lisons en effet dans le traité de l'Expérience, traduit par Lefèvre (t. II, p. 206) :
« On a remarqué qu'une dame ayant porté, pour de bonnes raisons, un » emplâtre de Vigo sur un certain endroit, après une salivation mercu- » rielle, eut ensuite la petite variole, et que tout son corps, excepté l'en-
» droit qui était défendu par le Mercure, que l'emplâtre y avait insinué, » avait été couvert de boutons varioliques. M.Malouin demande si,, d'après » ce fait, on ne pourrait pas obvier à la variole par le même moyen. L'ex- » périence n'en a pas été faite, mais on en a déduit le moyen de préserver » le visage des femmes des atteintes de la petite vérole, et d'en conserver » la beauté. M. Rosen couvrit le visage d'une de ses malades avec un eni- » plâtre mercuriel, et la variole laissa partout des marques, à l'exception » du visage, etc., etc.»
Maladies des membranes muqueuses, maladies des yeux. Si, pour les atïections chroniques de la peau, les préparations mercurielles ont une si incontestable utilité, cette utilité n'est pas moins positive dans le traitement des phlegmasies chroniques de la membrane muqueuse. Le deutoxyde de Mercure entre dans la composition de presque toutes les pommades antiophthalmiques, dont le charlatanisme a d'abord fait un secret, et que les médecins les plus éclairés emploient tous les jours ; ainsi les pommades de Desault, de Régent, de Richter, de Dupuytren, de Lyon, etc., etc., doivent leurs propriétés curatives au précipité rouge. Le sublimé, le cinabre, les iodures de Mercure, peuvent encore être incorporés aux graisses et conseillés dans les mêmes circonstances. Ces collyres gras sont plus particulièrement employés dans les maladies des paupières : quand la conjonctive est plus particulièrement atteinte, les collyres secs avec le sucre en poudre et le calomelj ou bien avec le précipité rouge ; les collyres liquides, avec une solution de sublimé, occupent un rang important dans l'arsenal thérapeutique des ophthalmologistes.
Maladies des fosses nasales. La punaisie, dépendant ou d'une ulcération syphilitique, ou d'une phlegmasie chronique simple de la membrane pituitaire, est heureusement modifiée par l'inspiration souvent répétée de poudres mercurielles, dans la proportion de d à 2 grammes (18 grains à demi-gros) de calomel, pour 15 grammes (demi-once) de sucre, ou de 50 centigrammes à 1 gramme (10 à 20 grains) de précipité rouge, pour 15 grammes (demi-once) de sucre. Les injections de sublimé agissent encore dans le même sens.
Il convient toutefois d'aider à ce traitement par des soins de propreté minutieux, et surtout par des injections faites, dans les fosses nasales, avec une solution légère de nitrate d'argent ou de sulfate de cuivre, 5 à 50 centigrammes de ,sel pour 100 grammes d'eau distillée.
Maladies de l'oreille. Dans les otorrhées, dans les phlegmasies dartreuses du conduit auditif externe, le Mercure rend encore les mêmes services.
Maladies du larynx. Enfin, nous avons souvent recours aux insufflations d'une poudre composée de sucre candi porphyrisé, unie à un quinzième ou un vingtième de son poids de calomel, dans le but de modifier une inflammation chronique 4e la mepnbrane muqueuse laryngée.
Prurit de la vi(lve.M&\'è nous ne devons pas passer sous silence l'efficacité très-remarquable des injections et des lotions de sublimé ou d'eau phagédénique dans le traitement du prurit de la vulve, cette maladie, qui a tant de connexité avec les dartres, et qui fait le tourment de la vie des femmes. Nous prescrivons le sublimé de la manière suivante :
On prépare une solution de 10 grammes (2 gros et demi) de bichlorure de Mercure, dans 100 grammes (3 onces d'alcool). La malade en met une cuillerée à café dans un demi-litre (500 grammes) d'eau très-chaude, que l'on emploie pour les injections et pour les lotions. Nous insistons souvent sur la nécessité de prendre de l'eau très-chaude, et ce n'est pas sans motifs. Il est en effet remarquable que les lotions de sublimé agissent beaucoup moins eliicacement lorsque l'eau est froide que lorsque la température de la solution est très-élevée, et même il n'est pas rare de voir la médication tout à fait impuissante tant qu'on se sert d'eau froide. Plus bas, quand nous parlerons de l'action du calorique et des excitants, nous chercherons à indiquer les lois de ce singulier phénomène thérapeutique. L'eau phagédénique est conseillée dans les mêmes circonstances, mais dans la proportion d'un quart et même de la moitié.
Animaux parasites, vers intestinaux. C'est par une action toxique évidente que le Mercure modifie si puissamment l'économie. Cette action vénéneuse est plus sensible encore sur les animaux inférieurs, sur ceux surtout qui habitent l'intérieur de l'homme ou qui vivent sur la peau ou dans les poils. De curieuses expériences de Gaspard, consignées dans le Journal de physiologie expérimentale de Magendie (t. I, p, lOo), démontrent bien péremptoirement ce que nous avançons.
«Plusieurs œufs furent mis en incubation dans des vases, au fond desquels il y avait du Mercure, placés de manière à ne toucher aucunement le métal, ils y étaient seulement en contact avec ses émanations. Or, dans six essais, les fœtus de dix œufs se sont développés pendant deux jours ou un peu davantage, mais on les a constamment trouvés morts à cette époque, au moment de la formation du sang, qui quelquefois même était déjà apparent. Deux poulets bien vivants dans l'œuf au sixième jour de l'incubation, exposés aux simples émanations du Mercure, sans contact immédiat, y ont péri en vingt-quatre heures.
» En juin 1815, un morceau de viande garni d'œufs de mouches de boucherie fut placé au-dessus du Mercure dans les circonstances convenables d'humidité et de température; mais il n'en est éclos aucun œuf, tandis qu'il en naissait par centaines dans les expériences de comparaison sans ôlercure.
» Des œufs de grillon de cheminée, les uns récemment pondus, les autres plus avancés, quelques-uns contenant déjà de petits fœtus tout formés, avec leurs yeux et leurs membres distincts, ont été mis en contact médiat et immédiat avec le Mercure, et il n'en est éclos aucun insecte sans exception, tandis que ceux de comparaison, qui n'étaient pas exposés au Mer-
236 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
cure, ont produit des petits grillons au terme ordinaire. A l'ouverture des premiers, on a trouvé les fœtus morts et leurs liquides décomposés. »
M. Bouchardat a fait connaître à l'Institut le résultat d'expériences qu'il avait tentées sur l'influence délétère de poisons divers. 11 établit que les préparations mercurielles solubles doivent être considérées comme des poisons généraux; aucune plante, aucun animal , parmi ceux sur lesquels il a expérimenté, n'ont résisté à leur influence. Des dissolutions à un millième de bichlorure de Mercure empoisonnent rapidement les plantes. Des sangsues, des poissons plongés dans cette même dissolution, sont instantanément affectés et périssent après quelques minutes.
Mais , de toutes les préparations mercurielles , le biiodure a paru la plus délétère. Un milligramme de biiodure de Mercure fut dissous dans -1,000 grammes d'eau, à l'aide de 1 milligramme d'iodure de potassium : on y plongea quatre petits poissons, un cyprinus lobula, un cyprinus gobio, deux cyprinus amants. Les deux premiers moururent après trois quarts d'heure, les deux autres ne vécurent que quelques heures. Or, si l'on compare l'action des composés arsenicaux à celle des Mercuriaux, on voit, par exemple, qu'un poisson a pu vivre six jours dans de l'eau contenant, par htre, 1 gramme d'arséniate de soude ; d'où il faudrait conclure que le biiodure de Mercure est, pour les animaux inférieurs , mille fois au moins plus vénéneux que Tarséniate de soude. Nous verrons tout à l'heure comment nous avons utilisé ces expériences de M. Bouchardat pour le traitement de certains vers intestinaux. D'après le même observateur, le biiodure de Mercure est l'agent mercuriel le plus délétère; vient ensuite le bichlorure; le cyanure se place après celui-ci.
A ces faits nous en ajouterons d'autres qui prouvent mieux encore, s'il est possible, l'action mortifère du Mercure sur les insectes , et notamment sur les animaux parasites de l'homme. Ils nous ont été communiqués par M. Fayard, pharmacien à Paris. Nous les laissons sous sa responsabilité.
Un matin, un grainetier de la rue Montholon, à Paris, trouva sa boutique et toutes les marchandises qu'elle renfermait infestées d'une innombrable quantité de poux. Le pauvre homme, qui ne pouvait se rendre compte d'un pareil phénomène, s'imagina qu'on lui avait jeté un sort, et s'en alla pieusement chez le curé de Saint- Vincent-de-Paul,- pour le prier de l'aider de son intercession et de ses bons conseils. Le pasteur était fort éclairé, et ne croyait pas facilement aux sortilèges ; il engagea le bonhomme à s'adresser au pharmacien son voisin, qui, dit-il, lui-indiquerait quelque drogue plus utile que l'eau bénite. Le pharmacien, c'était M. Fayard, qui alla voir la boutique, n'osa y entrer, tant était considérable le nombre de poux qui inondaient le plancher. Il ne put s'expliquer cette incroyable et rapide multiplication d'insectes; mais il avisa aux moyens de les détruire, et il s'y prit de la manière suivante. Il ht aUumer au milieu de la boutique un réchaud sur lequel on plaça une capsule de porcelaine dans laquelle était une livre de Mercure cru ; puis on ferma exactement les portes.
iMERGURE. ^37
Vingt-quatre heures après, quand on entra dans la pièce, on trouva tous les poux morts. Ce fut alors qu'on alla à la recherche de la source de cette singulière calamité. On trouva dans le fond de la boutique un sac de son encore presque rempli de poux morts. Il paraît que, chez le meunier, quelques poux avaient été renfermés dans le sac de son ; ris y avaient multiphé tranquillement, et quand le son avait été dévoré, ils s'étaient échappés par une issue qui s'était trouvée dans le sac, et ils avaient inondé la boutique du grainetier. Tout le monde sait que , pour détruire les punaises qui infestent une chambre , il suffit de faire volatiliser dans un vase de terre 50 à 60 grammes de cinabre, en ayant soin de bien clore la pièce. On ouvre tout au bout de deux heures, et on resté pendant un jour ou deux sans habiter la chambre , qui doit être soigneusement ventilée.
Le Mercure fut d'abord employé en médecine pour détruire les animaux parasites, et les écrits des Arabes en font foi. L'expérience a prononcé à cet égard : les onguents dans la composition desquels entre le Mercure détruisent en même temps les poux de tête, les poux de corps et ceux du pubis. Toutefois, pour les poux de tête, nous préférons en général des pommades composées avec de l'axonge puritiée et aromatisée et une faible proportion (un vingt-quatrième) de précipité rouge. Pour les poux de corps et les morpions, nous prescrivons un bain général, dans lequel nous mettons 30 grammes (1 once) de subhmé préalablement dissous dans une suffisante quantité d'alcool.
C'est au même titre que le calomel a été conseillé comme anthelmintique, et il a une double action, celle de tuer les vers par ses propriétés toxiques, et celle de les expulser par ses propriétés purgatives. Quoique ce remède soit évidemment un des meilleurs qu'on puisse employer pour détruire les ascarides lombricoïdes, il s'en faut de beaucoup qu'il ait autant d'efficacité contre le taenia. Gallandat vantait aussi les frictions mercurielles comme le moyen le plus efficace pour détruire le dragonneau [Journal de Méd. àiir. et phar., t. XII, 1760).
Si le calomel manque souvent son effet dans le traitement des ascarides lombricoïdes, et surtout dans celui du tœnia, il n'en est plus de même des préparations mercurielles solubles pour détruire les ascarides vermiculaires qui habitent le rectum , et qui causent si souvent chez les enfants d'assez graves accidents.
Pour les adultes, nous faisons prendre deux ou trois jours de suite un quart de lavement auquel nous ajoutons 5 centigrammes de biiodure de Mercure dissous au moyen de 4/iO d'iodure de potassium ou bien la même dose de bichlorure de Mercure. Pour les enfants, nous donnons une dose quatre ou cinq fois moindre. Nous n'avons encore vu que rarement manquer cette médication. Il convient de faire prendre un lavement de ce genre, deux ou trois jours de suite, etc.; quinze jours plus tard, de donner encore un ou deux lavements de ce genre, et de recommencer encore une fois après quatre ou cinq semaines.
Nous avons vu plus haut, en parlant des expériences de Gaspard, quelle
-238 MÉDICAMENTS ALTÉHANTS.
funeste intluence le Mercure exerçait sur les embryons des animaux. xN'eston pas en droit de penser qu'il doit en ôlre de même pour le fœtus humain dans les premiers temps de son évolution? Les faits nombreux rapportés par M. Colson montrent, en effet, que chez une femme enceinte l'usage du Mercure tue souvent le fœtus, et devient ainsi cause d'avortement [De Vinfluence du traitement mercuriel sur les fonctions de l'utérus. Arch. gén. de M éd., t. XVIII, p. 24).
Modes d* administration et doses.
Il suffit de jeter un coup d'œil sur la pharmacopée universelle de Jourdan pour se faire une idée de la prodigieuse et vraiment innombrable quantité de préparations mercurielles qui ont été employées en médecine. Le lecteur n'attend sans doute pas que nous essayions d'en indiquer ici même une faible partie. Nous nous bornerons à celles que le médecin doit connaître; chacun ensuite pourra à sa guise varier les doses, les mélanges.
Les expériences thérapeutiques, d'accord avec les théories de la plupart des chimistes, semblent démontrer que les préparations mercurielles doivent se placer dans l'ordre suivant , sous le rapport de leur activité :
Sublimé corrosif, bioxyde de Mercure et sels mercuriques (à l'exception toutefois du bisulfure), calomel, sels mercureux et Mercure métallique, enfin le cinabre.
Le Mercure cru s'emploie coulant dans l'iléum, à la dose de 60, 120 , 200 grammes (2, 4, 6 onces).
Comme antisyphilitique, il se donne à l'intérieur, mêlé à la térébenthine, éteint dans le miel , les extraits, les électuaires, à la dose de 5, 10, 20 centigrammes (1, 2, 4 grains) par jour.
A l'extérieur, on l'emploie habituellement éteint dans les graisses, le cérat, etc., et la dose en est indéterminée.
L'infusion ou la décoction de Mercure est encore quelquefois mise eu usage, et Gaspard a prouvé {Journal de Physiologie de Magendie, t. I'-''', p. 212) que cette décoction avait des propriétés évidentes. On la donne à la dose de 100 à 500 grammes (3 onces à 1 livre) par jour.
Le deutoxyde de Mercure est peu usité à l'intérieur; à l'extérieur c'est la préparation mercurielle le plus souvent employée. Il est fort irritant; aussi doit-on, quand on l'incorpore aux graisses, au cérat, ne le combiner qu'en faible proportion : un vingt-quatrième, un vingtième, un dixième tout au plus, à moins que l'on ne veuille produire un effet caustique.
Sulfure. Le sulfure de Mercure était connu des anciens sous le nom de minium; cette dernière dénomination, détournée de son sens primitif, a été laissée par les modernes à un oxyde de plomb. Le nom de cinabre, au contraire, sous lequel les anciens connaissaient le sang-dragon , a été appliqué au sulfure de Mercure et lui est resté. Le cinabre s'emploie incorporé aux pommades contre les maladies cutanées, dans des proportions
qui varient d'un cinquième à un trentième , en fumigations , à la dose de 4 à 16 grammes (1 à 4 gros) pour une fumigation générale.
A l'intérieur, il s'associe à l'opium ^ aux extraits; il se donne à la dose de 5 à 20 centigrammes (1 à 4 grains) par jour.
L'éthiops minéral ou protosulfure de Mercure a été employé autrefois comme vermifuge, à la dose de 0,50 à 0,60, et comme antiscrofuleux jusqu'à 2 grammes.
Les iodures se donnent surtout à l'intérieur; le proioïodure, à la dose de 1 à 15 centigrammes (1/5 de grain à 3 grains) par jour, extérieurement incorporé à l'axonge ou au cérat dans la proportion de 20 à 50 centigrammes (i à 10 grains) pour 4 grammes (1 gros)j le deutoïodure se prescrit à doses moitié moindres.
Uiodure de chlorure mercureux s'emploie surtout en pommade, à la dose de 75 centigrammes à 1 gramme pour 30 grammes d'axonge.
De plus, on a composé avec cette substance des pilules, à savoir :
lodure de chlorure mercureux, 25 centigrammes. Gomme arabique 1 gramme.
Mie de pain 9 grammes.
Pour 100 pilules. Une à trois par jour.
Ces deux préparations sont surtout utilisées dans le traitement de la couperose. Assurément, cette substance a une action réelle et puissante sur l'affection cutanée , mais l'expérience n'a pas encore prononcé sur la question de savoir si la guérison de cette affection est toujours aussi inoffensive que le prétendent les médecins spécialistes qui exploitent cette médication énergique.
A l'intérieur, le calomel, comme altérant, se donne à la dose de 5 à 25 centigrammes (i à 4 grains) par jour, et quelquefois même de 4 grammes (1 gros); comme purgatif, à là dose de 30 centigrammes à 1 gramme (6 à 20 grains).
Le précipité blanc s'emploie dans la thérapeutique externe à la dose de 30 centigrammes à 1 gramme (6 à 20 grains), par 4 grammes (1 gros) de cérat et d'axonge.
Le deutochlorure de Mercure se donne à l'intérieur, à la dose de 5 milligrammes à 5 centigrammes (1/10 à 1 grain), ordinairement associé à l'opium par parties égales; en bain, à la dose de 10 à 30 grammes (2 1/2 gros à 1 once), que l'on fait préalablement dissoudre dans dix fois son poids d'alcool. Pour faire des lotions et des injections, nous employons habituellement la formule suivante : nous faisons faire une solution de 10 grammes (2 1/2 gros) de subhmé dans 100 grammes (3 onces) d'alcool , et nous faisons mettre une cuillerée à café de cette solution dans un demi-litre d'eau très-chaude. En pommade, le sublimé s'unit aux graisses ou au cérat dans la proportion d'un cinquième et même d'un dixième.
Dans le but de porter directement les vapeurs hydrargyriques sur la
:240 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
membrane muqueuse du larynx et des bronches, dans les atiections chroniques de la membrane muqueuse et des voies aériennes, nous avons imaginé des cigarettes mercurielles, que M. Thierry propose de préparer de la manière suivante :
On étend sur du papier, avec un pinceau, une solution titrée de bichlorure de Mercure que l'on laisse sécher; puis on étale par-dessus cette première solution une solution de potasse également titrée. Il se forme alors du bioxyde de Mercure et du chlorure de potassium qui reste sur le papier.
Lorsqu'on fume ces cigarettes mercurielles^ le bioxyde se trouve réduit par le carbone du papier, et le Mercure métallique se volatilise.
Il est très-important de distinguer en deux séries les préparations qui ont pour base le sublimé corrosif :
1° Celles qui contiennent le sublimé corrosif sans altération, connue la liqueur de Van Svvieten, Feau rouge d'Ahbert, la pommade de Cyrillo, etc. ;
2° Les préparations dans lesquelles le sublimé corrosif éprouve des changements qui font que ce médicament ne possède plus toute son action : ce sont surtout les matières organiques qui font subir au sublimé ce genre d'altérations : on sait, en effet, que les matières animales, la chair, la peau, etc., trempées dans le sublimé, forment avec ce sel une combinaison; elles prennent de la consistance et deviennent imputrescibles; propriété qui a été mise à profit pour la conservation des pièces d'anatomie.
L'albumine dissoute précipite le sublimé qui a été dissous dans l'eau ; le précipité est soluble dans un excès de liqueur albumineuse; les chlorures alcalins se décomposent et forment avec le sublimé une combinaison soluble dans l'eau.
Longtemps on a pensé que dans le cas que nous venons de signaler le sublimé était ramené à l'état de Mercure doux, qui restait combiné avec la matière animale : les chimistes adoptent aujourd'hui l'opinion de M. Lassaigne, qui a trouvé le précipité albumineux composé de 93,35 parties d'albumine et de 6,43 de sublimé. Nous devons ajouter, toutefois, que cette opinion ne paraît pas être établie sur des faits concluants.
Quoi qu'il en soit, c'est dans cette deuxième série que nous placerons les pilules de sublimé au gluten, les pilules mercurielles d'Hoffmann, et celles de Dupuytren.
La pratique médicale pourra tirer le plus grand parti des observations précédentes; aussi M. Orfila a-t-il depuis plusieurs années proposé l'albumine pour combattre l'empoisonnement par le sublimé. Toutefois il faudrait se garder de l'administrer en excès. Veut-on mitiger l'action du sublimé, lui enlever sa causticité ? on l'associera avec le lait d'émulsion d'amandes , le lait de poule, le gluten, l'albumine; c'est ce qu'a fait M. le docteur Olivier dans ses biscuits dépuratifs dulcitiés.
Ajoutons enfin, que toutes les matières organiques n'agissent pas de la même manière sur le sublimé : il en est qui le transforment en protochlorure, puis en Mercure métallique : c'est ainsi qu'agissent les matières extrac-
IODE. Ui
tives des plantes, les extraits; le sirop sudorifique composé, ou de Cuisinier, produit cette réduction très-rapidement. Le médecin devra donc ne prescrire de pareils mélanges qu'au moment d'en faire usage.
Le deutonitrate de Mercure liquide n'est guère employé que comme remède externe, mêlé à son poids d'acide nitrique pour cautériser les ulcères syphilitiques, les excoriations du col utérin , les boutons chancreux et dartreux, etc., etc. Cependant il peut se donner à l'intérieur aux mêmes doses que le sublimé. Il entrait jadis dans la composition de quelques préparations magistrales aujourd'hui peu usitées.
Sous-protonitrateammomaco-mercuriel, ou Mercure soluble d* Hahnemann. On le donne à la dose de 1 à 5 centigrammes (1/5 à 1 grain).
Deutosulfate de Mercure. On le conseillait jadis en frictions, associé à dix fois son poids d'axonge, contre les maladies chroniques de la peau. A l'intérieur, on le donne comme antisyphilitique à la dose de 45 à 20 centigrammes (1 à 4; grains) par jour.
Tartrate de Mercure. Ce sel, qu'il ne faut pas confondre avec le Mercure tartarisé, était employé jadis comme antisyphilitique à la dose de 5 à 10 centigram.mes (1 à 2 grains). Il faisait la base de la liqueur fondante de Diener, et de l'eau végéto-mercurielle de Pressavin.
Telles sont les préparations mercurielles que les médecins ont combinées de toutes façons et associées de mille manières, de sorte qu'il serait tout à fait impossible de donner une idée des caprices auxquels a été soumis le Siercure, et des formes sous lesquelles les médecins et les charlatans l'ont présenté aux malades.
Adjuvants et correctifs. Le Mercure a souvent sur le tube digestif une action irritante qui n'est pas sans inconvénients. Ces inconvénients sont de deux sortes. Il peut en résulter d'abord une inflammation chronique de la membrane muqueuse; et dans le cas où la préparation mercurielle produit la diarrhée, elle n'est pas absorbée, et par conséquent n'a plus les propriétés altérantes que l'on voulait utiliser. L'expérience a prouvé que , en général, il était convenable d'unir l'opium au Mercure, afin, d'une part, de neutraliser son action irritante, et, d'autre part, d'empêcher la diarrhée.
Quant aux adjuvants que l'on est dans l'usage d'associer au Mercure, ce sont ordinairement des sudorifiques, et nous avons dit plus haut ce que nous en pensons.
ÎODE.
L'Iode (du £;rec Uo5t,«, violacé; ainsi On ns le rencontre pas libre dans la na-
nuinmé par M. Gay-Lussac à cause de la îure. îi existe à l'état d'iodure de potas-
bellc couleur violelîe de sa vapeur) est un siuni ou de sodium dans certains polypiers,
corps simple, métalloïde, découvert en i 812 tels que les éponges, les eovallines; dans
par M. Courtois dans les eaux mères des la plupart des algues îhalassiophytes, et
soudes de vnrcehs. mèUiC, comme l'a démontré M. Chatin ,