I. IQ
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
dans !a plupart des plantes d'eau douce.
Ces productions puisent l'Iode dans le liquide au sein duquel elles s'accroissent ; elles le retiennent, l'emmagasinent, pour ainsi dire, de telle façon qu'elles en renferment une proportion parfois assez considérahle, tandis que les eaux elles-mêmes ne contiennent que des traces de ce corps simple. Aussi est-ce d'abord dans les focus connus sous le nom de varechs que l'Iode a été découvert.
Aujourd'hui on est arrivé, par des procédés délicats, à en constater la présence non-seulement dans les mers, mais encore dans un grand nombre d'eaux minérales.
Les principales sources iodurées sont : en France, celles de Salins (Jura;, de Salies (Basses-Pyrénées), de Cauterets (0. Henry, Réveil), de Saint-Sauveur,deBaréges(Hautes- Pyrénées, de Plombières (Vosges) (Réveil). M. 0. Henry a trouvé dans celles d'Évaux (Creuse) des indices de principe iodique; les algues croissantdans ces sources en renfermaient une notable proportion , aussi bien que d'autres conferves prises à Néris et à Vichy.
En Allemagne, Heilbronn et Kissingen (Bavière), Tatenhausen (Westphalie), Hombourg, Nauheim (Hesse), Kreutznach (Prusse) , possèdent des eaux iodées, tin Savoie , l'eau d'Aix et celle de Challes contiennent de l'Iode. En Italie, on compte celles de Saleset, de Castel-Novo, d'Asti (Piémont), et de Montechia (Naples); en Espagne, celles des puits de Saragosse.
L'Amérique fournit aussi des eaux chargées d'un principe iodique; à Saragota (États Unis), certaines eaux renferment de l'iodure de sodium.
Enlin, dans ces derniers temps, on a découvert de l'iodure de magnésium dans une source de l'Ile de Ceylan (Asie) .
Le moyen le plus exact pour constater la présence d'une trace d'Iode consiste à faire évaporer le liquide qui tient l'iodure en dissolution, en ajoutant à la liqueur un peu de potasse caustique : le liquide concentré est traité à chaud par un peu d'amidon et par l'acide nitrique nitreux : il se produit une belle coloration bleue.
L'Iode se présente sous forme de lamelles d'un gris bleuâtre, à éclat métallique; il a une odeur fort analogue à celle du chlore, une saveur acre et désagréable. Il fond à 107°, et se volatilise à 175° en vapeur violette. Très-peu soluble dans Teau, soluble dans l'alcool et dans l'éther. 11 colore l'amidon en bleu, la peau et le papier en jaune.
La pesanteur spéciûque est de 4,948.
Mode d'extraction. On incinère les varechs , on lessive leurs cendres , et on les dépouille autant que possible des sels étrangers par des évaporations et des refroidissements réitérés; puis on verse dans les eaux mères de l'acide sulfiirique concentré; on ajoute du bioxyde de manganèse, et l'on rhaiilfe de nouveau. On obtient alors l'Iode, qui se volatilise en poudre; on le lave, et, chaiilV? dans une cornue, il se volatilise et
se condense en lamelles dans le récipient. On le sèche ensuite entre des feuilles de papier, et on le conserve dans des llacons bien bouchés.
L'Iode pur doit être entièrement volatilisable par la chaleur et soluble en entier dans l'alcool ; on trouve souvent dans le commerce de l'Iode renfermant du fer ou de la houille, et qui ne remplit pas ces deux conditions.
L'Iode libre n'est guère employé que dans la thérapeutique externe : ici la pratique est parfaitement d'accord avec les données rationnelles fournies par la chimie.
Ce corps simple, en eil'et, en contact avec les carbonates alcalins de nos humeurs et du sang en particulier, doit donner naissance à de l'iodure de sodium, et c'est par conséquent dans cet état seulement qu'il manifeste ses eil'ets dynamiques.
Au contraire, l'action locale, irritante ou caustique, appartient à l'Iode lui-même.
Le coagulum scarifortne , produit par l'Iode appliqué à l'état solide sur nos tissus, est, suivant la remarque de M. Mialhc, beaucoup plus faiilement dissous parles carbonates alcalins que celui que forme lo tannin dans les mêmes circonstances.
Par ce fait on explique, en partie, comment il se fait qu'une inflammation !:angréneuse des bourses se développe souvent dans les cas où l'injection vineuse s'infiltre dans le tissu cellulaire, tandis que cet accident n'est presque pas à redouter avec les injections iodées.
On donne l'iotfe : 1° en solution aqueuse et en teinture, éthérée ou alcoolique, quî! l'on prépare avec : Iode ,1p.; alcool ou éther, 12 p.
Faites dissoudre à une douce chaleur, et filtrez.
Solution iodée , dite de Guibourt, pour injections :
Iode, 5 grammes.
lodure de potassium, 5 Alcool à 90" centig. 6 Eau distillée, 100
Injection iodée (Velpeau)
Teinture d'Iode, Eau ordinaire,
600 grammes.
Dans les cas d'hydroccle et autres accumulations séreuses ou sanguines liquides des cavités closes.
M. Mialhe s'est assuré que dans cette préparation les 17/lS d'Iode ?ont précipiîes si on emploie la teinture d'Iode lécemment préparée; en vieillissant, cette teinture d'Iode perd peu à peu la propriété d'être précipitée; c'est qu'il s'est formé de l'acido et de l'éther iodhydriques : il en résulte que la teinture d'Iode est un médicament variable dans sa composition, conséquemment dans ses effets.
2° En pommade, formée avec l gramme d'Iode et IG gram. d'axonge.
•',' En fumigations. On fait passer une
grande quantité d'air dans de l'eau à 60 ou tiO'^ contenant de l'Iode , et on en aspire la vapeur, qui se forme bientôt dans l'appareil.
lodures métalliques.
lodure de potassium (iodure potassique , Berz., hydriodate dépotasse). 11 est blanc, cristallisant en cubes, déliquescent à l'air et très-soluble dans l'eau et dans l'alcool ; ce sel contient 76,33 d'Iode et 2 3,67 de potassium. Il peut, comme les autres iodures alcalins, se charger d'une plusgrandequantité d'Iode ; il passe alors à l'état à'iodure de potassium ioduré.
On prépare l'iodure de potassium en mettant dans une chaudière de fonte 100 p. d'Iode/ 30 p. de limaille de fer et 500 p. d'eau distillée; on agite et on chauffe jusqu'à ce que la liqueur devienne presque incolore. On filtre alors, et on lave le résidu avec un peu d'eau pure. On verse ensuite dans la liqueur une dissolution de carbonate de potasse (80 p. environ), puis on filtre et on lave le résidu; on ajoute l'eau de lavage à la liqueur filtrée, et l'on évapore dans une capsule de porcelaine, L'iodure cristallisé sa dépose par un refroidissement lent.
Depuis quelque temps le prix de l'iodure de potassium a considérablement augmenté, et il en est résulté comme toujours que ce produit, assez pur jusqu'alors, a été aussitôt falsifié par du bromure, du chlorure de potassium. M. Réveil a publié l'analyse d'un prétendu iodure de potassium qui n'en renfermait pas un atome; nous engageons donc les pharmaciens à analyser leurs produits, ceux surtout dont la consommation considérable, le prix élevé, provoquent la cupidité des commerçants. L'iodure de potassium doit renfermer 96 p. cent de sel. Tout iodure qui ne présenterait pas ce titre devrait être rejeté.
Solution d'iodure de potassium.
Pr. : lodure de potassium, 1 partie.
Eau distillée , 1 6 parties.
S. (Magendie.)
On fait pour application externe, une solution qui contient 1 à 2 grammes d'iodure de potassium pour 100 à 200 grammes d'eau
distillée.
Pommade d'iodure de potassium.
Pr. : lodure de potassium, 1 gram.
Axonge, 30
Le Codex indique 1 gramme d'iodure pour 8 grammes d' axonge; nous croyons cette formule mauvaise, surtout au début. Il est préférable, selon nous, de commencer par un trentième d'iodure pour arriver à un huitième que le Codex propose d'emblée.
On emploie souvent de préférence les
préparations avec l'iodure de potassium ioduré.
M. Lugol en a donné diverses formules pour eaux minérales, pour" bains, pour pommade, collyre, etc.
lodure de baryum (iodm'e barytique, Berz., hydriodate de baryte, iodhydrate de baryte).
11 est blanc, cristallisé en petites aiguilles, d'une saveur acre, déliquescent et très-soluble dans l'eau.
Il est composé de baryum : 35,17 ; Iode, 64,83.
On l'obtient en précipitant une dissolution d'iodure de fer par la baryte.
Ce sel a été employé avec avantage par MM. Biett et Lugol.,
Pommade d'iodure de barium.
Pr. : lodure de barium, 20 centig. (4 grains). Axonge, 30 gram. (1 once).
Mêlez,
L'iodure de caZcwm (hydriodate de chaux) indiqué par Bréra a reçu les mêmes applications.
Nous ne séparerons pas de ce sel les préparations d'épongés autrefois fort usitées, et qui paraissent ne devoir leur elTicacité qu'à la présence de l'iodure du calcium.
Actuellement on emploie la poudre d'éponges torréfiées et non calcinées. Sa couleur doit être rousse; si elle était noire, l'éponge aurait déjà perdu son principe iodique.
La poudre d'épongés s'administre à l'intérieur par prises de 1 gramme environ : on en prépare des bols et des tablettes. On l'applique aussi topiquement.
lodure de soufre (sulfure d'Iode). Il se présente en masse brune, à texture cristalline.
Cet iodure médicinal est composé de 79,7 0 d'Iode et de 20,30 de soufre.
On l'obtient par la combinaison directe de l'Iode et du soufre.
Il a été employé par Biett en pommade, dont la composition est la même que celle d'iodure de barium.
lodure de fer. (Voir Matière médicale au Fer., tome 1 , page G).
lodure de plomb, iodure plombique , Berz. Il est d'un beau jaune d'or, soluble dans 1,235 son poids d'eau froide, peu soluble aussi dans l'eau buuillante (l/i92) ; il se précipite par le refroidissement en paillettes brillantes qui se ternissent à la lumière.
On l'obtient en versant une dissolution neutre d'iodure de potassium dans de l'acétate de plomb liquide, jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité ; on lave celui-ci et on le fait sécher.
Pommade d'iodure de plomb.
Pr.: lodure de ploml), /iàSgr. (1 à 2 gros).
Axonge , 32 gr. (1 once).
Mêlez.
On le donne j^i l'intérieur en pilules de tassium. Ce sel s'emploie de la même ma-
25 à 30 cciUit;r. nière que les iodures de mercure.
lodure de Mercure. (Voir i/ercure, tome I, Nous indiquerons encore Viod,ure d'ami-
page 188). don comme ayant aussi quelque usage thé-
lodurc d'arsenic. Sa couleur est d'un rapeutique.
rouge de laque; il est très-fusible, solublc LedocleurBuchenau le préfère aux autres
dans l'eau ; il est employé en pommade, composés d'Iode, et le prépare en divisant
composée avec 5 centigr. (1 grain) d'iodure J gr. 30 centigr. d'Iode dans un peu d'eau,
pour 4 gram. (1 gros) d'aKonge. et le mêlant ensuite à 125 gram. d'amidon
lodure d'or. 11 est pulvérulent, jaune ver- en poudre. Quatre grammes de ce mélange
dàtre, insoluble dans l'eau froide, décom- contiennent 15 centigr. (3 grains) d'Iode,
posable par la chaleur. Il contient un tiers Liqueur iodo-tannique {\o\r Tannin,
île son poids d'Iode. On l'obtient en préci- p. 106).
pitant le chlorure d'or par l'iodure de po- On fait aussi des cigarettes iodées.
THERAPEUTIQUE.
Nous allons d'abord étudier l'action physiologique de l'Iode ; puis, après avoir rapidement exposé les phénomènes toxiques qu'il produit lorsqu'on l'administre à hautes doses, nous insisterons plus particulièrement sur ses propriétés thérapeutiques.
Action physiologique de VIode.
L'Iode et ses préparations diverses exercent une action topique irritante incontestable, et cette irritation peut aller jusqu'à l'escharrification. Aussi ne devons-nous pas être étonnés qu'ingéré dans l'estomac, ou introduit dans le rectum, dans le vagin, dans le canal de l'urètre, ou mis en contact avec la membrane muqueuse de l'œil, il provoque une inflammation locale proportionnée à la dose et à la nature du composé iodique. Ici commencent les effets toxiques dont nous nous occuperons plus bas.
Mais quand l'Iode est administré à des doses modérées, aux doses où généralement on l'emploie en thérapeutique, il a des effets locaux et généraux d'autant plus intéressants à étudier , que la plupart de ses propriétés thérapeutiques dérivent, ce qui n'est pas ordinaire, de ses propriétés physiologiques appréciables.
Effets locaux. Ses effets locaux sont excitants et même irritants, et sous ce rapport l'Iode et ses préparations se placent parmi les agents les plus importants de la médication homœopathique ou substitutive. (Voir tome I", chap. 4).
Outre cette action irritante qui , dans les premiers temps, avait à peu près exclusivement fixé l'attention des thérapeutistes, l'Iode est encore doué d'une propriété remarquable qui mérite d'être d'autant mieux connue qu'en elle réside peut-être la véritable cause de l'clHcacité merveilleuse de cette substance dans un très -grand nombre de maladies trèsdiverses en apparence, nous voulons parler de sa propriété antiseptique ou antiputride.
En supposant, ce qui n'est pas démontré pour nous, que les premiers observateurs, Lugol par exemple, eussent vaguement entrevu la propriété détersivo ou antiseptique do l'Iode, nous n'hésitons pas à aOlrmer qu'à
ÏODE. un
M. Boinel, plus qu'à tout auti-e, revient le mérite d'avoir reconnu cliniquement la modificalion particulière qu'exerce cet agent médicamenteux sur les tissus affectés d'inflammation suppurative, et d'avoir fait ressortir la propriété qu'il possède d'agir consécutivement sur le pus , de le changer , et de lui enlever ses mauvaises qualités, fussent-elles même contagieuses et virulentes.
Ce fait capital, grâce aux travaux persévérants de cet observateur, se trouvait parfaitement établi, et, on peut le dire, universellement utilisé. Quel est, en effet, le médecin qui ne connût et qui surtout ne mît presque journellement à profit cette vertu si précieuse des préparations iodées pour modifier les plaies de mauvaise nature, pour tarir les diverses sécrétions purulentes ou tout au moins pour les assainir plus efficacement peut-être qu'avec tout autre agent de la matière médicale ?
Mais si la propriété caractéristique de l'Iode était bien connue, il n'en était peut-être pas de même de son mode d'action intime , ou du moins si la raison de cette propriété n'était plus complètement un mystère, nr) ne peut nier pourtant qu'il ne restât encore ici plus d'on point ft élucider.
Déjà, à cet égard , la chimie physiologique avait t'o ami quelques iumièi-es. Ainsi. Magendie, après Liebig, avait constaté expérimentalement que la fibrine immergée dans l'eau^ n'avait, au bout de quelques jours , contracté aucune odeur de putréfaction; et il en avait tiré la conséquence que cette substance pourrait être employée pour la conservation des pièces anatoraiques.
Les choses en étaient là, lorsque, pour éclairer cette question encore obscure, M. Duroy, pharmacien-chimiste, de Paris, eut l'idée d'instituer une série d'expériences dans lesquelles il fut conduit à mettre l'Iode successivement en rapport avec un certain nombre de substances animales ; et gTâce à ces expériences habilement exécutées , il obtint de très-curieux résultats.
L'occasion lui fit faire ses premiers essais sur du pus provenant d'un abcès par congestion dans lequel on avait pratiqué une injection iodée.
Or voici ce qu'il observa :
Vingt-quatre heures après son extraction, ce mélange de matière purulente et d'iode, malgré son exposition à l'air, à la température de 20 à 25", n'avait point encore contracté d'odeur; il était sensiblement alcalin^ sans que la potasse y fit dégager la moindre trace d'ammoniaque.
Au bout de huit jours, une légère odeur commença seulement à s'y manifester, il la fit aussitôt disparaître en y ajoutant deux gouttes de teinture d'Iode.
Pendant plus d'un mois, le mélange resta dans un état de stabilité absolue, sans aucun signe de fermentation.
En regard du mélange dont il vient d'être question , du pus venant du même abcès et recueilli au moment de la ponction, fut examiné sans y ajouter d'Iode.
5i6 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Au bout do vingt-quatre heiu'es, ce pus non iodé avait une odeur fétide , luie alcalinité prononcée et dégageait de l'ammoniaque au contact de la potasse.
Cette première expérience^ dont nous ne pouvons donner ici qu'une analyse très-sommaire, avait eu pour résultat de démontrer deux faits importants, très-probablement corrélatifs, savoir : Faflînité très-remarquable de ITode pour le pus , et, d'autre part, la non-altération, après un assez long laps de temps, de la matière purulente à laquelle se trouvait combiné l'Iode.
M. Duroy n'en resta pas là : mais il répéta les mêmes expériences sur différentes matières animales, et entre autres sur le lait, le sang, l'albumine (blanc d'œuf ), ainsi que sur le gluten , et il arriva aux résultats les plus remarquables.
Ainsi, ces diverses substances auxquelles on avait ajouté un centigramme d'iode par gramme, se trouvaient au bout d'un mois dans un parfait état de conservation, tandis que les mêmes substances non iodées, étudiées parallèlement, étaient en décomposition complète et dégageaient une odeur insupportable, même bien avant ce laps de temps.
Désireux de se rendre compte de ces résultats, l'auteur se demande sur quels principes Flode, dans ces cas, porte spécialement son action. Relativement au pus, par exemple, l'Iode s'adresse-t-il aux corps élémentaires (hydrogène, oxygène) ou aux principes immédiats, comme l'albumine, la fibrine, la caséine, ou tout autre dérivé protéique contenu dans le pus, et tenant son origine du sang. A priori, cette dernière supposition lui paraît la plus probable, malgré l'analogie qui dispose à considérer le rôle de l'Iode conformément à celui du chlore, lequel, on le sait, a la plus grande tendance à soustraire l'hydrogène des composés organiques.
Si l'on considère toutefois, ajoute l'auteur, que l'Iode combiné à la température ordinaire avec de l'albumine, du sang ou du gluten, ne produit pas d'acide, immédiatement du moins; que ces composés protéiques, rendus parfaitement neutres, ont toujours la puissance de soustraire l'Iode uni à l'amidon, il est bien permis de croire que ce métalloïde s'y porte à l'état élémentaire.
En faveur de cette opinion, l'auteur peut encore faire valoir cette considération qui ressort de ses expériences elles-mêmes, à savoir : que l'Iode n'a qu'une très-faible action désorganisatrice , qui ne change pas la consistance ni l'homogénéité du lait, du sang et de l'albumine, qu'il n'altère pas non plus la texture ni l'élasticité du gluten.
Enfin, de ses expériences qui concordent d'ailleurs parfaitement avec les foits thérapeutiques les mieux établis, M. Duroy tire un certain nombre de propositions générales, dont les unes nous semblent très-légitimement déduites, mais dont quelques autres demanderaient peut-être à être soumises à de nouvelles vérifications.
Voici quelles sont ces propositions :
1"= L'Iode est un puissant antiseptique ; il arrête et prévient la fermenta-
tion putride ; il manifeste cette propriété envers les solides et les humeurs de l'organisme animal , même en présence de l'air.
2' Il se combine chimiquement aux matières animales (chair, sang, albumine, lait, etc.), sans altérer sensiblement leurs formes. Il se comporte de même en s'unissant au gluten.
3^ L'Iode a une affinité plus forte pour les substances protéiques que pour l'amidon.
■4® Contrairement à l'opinion assez généralement reçue , l'Iode élémentaire pur, ou en solution aqueuse à l'aide de Tiodure de potassium, fluidifie les liquides animaux et le sang en particulier, ainsi que l'avait déjà constaté M. Poiseuille.
5* Mais comme l'alcool, son dissolvant ordinaire, produit en injection la coagulation du pus, et que le coagulum pourrait s'opposer à la pénétration du médicament dans toute l'étendue des trajets fistuleux, il serait préférable de se servir au lieu de teinture alcoolique , d'une solution aqueuse d'Iode, favorisée avec partie égale d'iodure de potassium.
6° Il serait rationnel de tenter l'application interne et externe de Tfode dans les empoisonnements miasmatiques, dans les maladies épidémiques et putrides (choléra, fièvre jaune, fièvre typhoïde, pourriture d'hôpital, gangrène, etc.). Ne pourrait-il pas combattre l'action des venins et des virus?
N'oublions pas de faire remarquer, relativement à cette dernière question, qu'il semble résulter des expérimentations communiquées récemment à l'Académie des sciences par deux médecins américains, MM. Brainard et Greene, que l'Iode posséderait une action neutralisante des plus remarquables contre le poison du crotale, et contre le curare.
Pour terminer, nous ajouterons que, jusqu'à ce jour, l'amidon était regardé comme le meilleur moyen de combattre l'empoisonnement par l'Iode. Mais d'après ces données nouvelles, il est permis de croire que contre l'intoxication iodique, on emploierait avec non moins d'avantage le lait ou l'albumine.
En résumé, si M. Boinet a le mérite d'avoir reconnu et démontré par les faits cliniques la propriété détersive et antiseptique de l'Iode, on ne peut refuser à M. Duroy d'avoir complété cette étude en précisant plus nettement le mode d'action de cette substance.
Si, pour M. Boinet, l'Iode empêchait l'infection purulente en vertu de sa causticité ou de toute autre action modificatrice non suffisamment déterminée, et consécutivement en s'opposant à l'absorption des matières putrides, M. Duroy, de son côté, a prouvé expérimentalement que l'Iode agit d'une manière directe, instantanée, non-seulement sur les tissus malades, mais sur les humeurs elles-mêmes, et qu'en se combinant chimiquement à ces humeurs et à ces tissus, il fait obstacle à l'action malfaisante de l'air, et détruit le principe putride pour ainsi dire sur place. De ces faits et de ces explications, il est résulté une conséquence pratique importante, c'est que désormais on ne verra plus simplement dans l'Iode un agent thérapeutique ,
248 MËDICAME.NTS ALTÉRANTS.
mais qu'on sera conduit à l'employer comme un puissant préservatif toutes les fois qu'on voudra éviter l'infection purulente ou arrêter la fermentation putride.
Les recherches de M. Duroy sont, comme on peut le voir, pleines d'originalité et d'intérêt. Considérées dans les expériences qui leur ont servi de base , et dans les déductions que Fauteur a su en tirer et dans celles qu'il est possible d'en tirer encore, ces recherches nous paraissent devoir produire d'utiles résultats.
D'une part, elles conduiront sans aucun doute les pathologistes à donner leur interprétation rationnelle et vraie à des faits thérapeutiques importants et nombreux, aujourd'hui acquis à la science, faits encore mal expliqués ou restés jusqu'à ce jour dans le domaine du pur empirisme 5 nous pourrons citer entre autres les résultats des injections d'iode dans les abcès par congestion, et dans les autres cavités purulentes, ainsi que les succès des inhalations iodées dans le catarrhe chronique et surtout dans certains cas de phthisie pulmonaire, etc., etc.
n".-intre part, ces mêmes recherches ne peuvent tarder à suscite»' âc> expérimentations analogues de chimie physiologique . et vraisembial>lcii»ent au.ssi à ouvrir la voie à des upplicatious piatiques noiivpljf's de <•. ij l'Orne agent.
En résumé, ct;s études 'ixpéfithentales, poursuivies avec JiileiiigciKv . nous paraissent destinées d'abord à mieux faire apprécier le mode d'action physiologique de l'Iode, et ensuite à agrandir de plus en plus son rôle thérapeutique, ou, pour mieux dire, à tirer bientôt de ce précieux médicament, qui a déjà tant donné, tout ce qu'il peut receler encore de bon et d'utile.
Effets généraux. Absorbé par les voies respiratoires, ou par la peau, ou mieux par la membrane muqueuse du tube digestif, l'Iode cause des symptômes d'excitation générale fort sensibles, et, à ce titre, ce médicament pourrait être rangé parmi les excitants. La circulation devient plus active, la peau plus chaude. En même temps que la peau devient plus chaude, elle peut être le siège d'éruptions diverses de la nature des exanthèmes aigus, tels que l'érythème, l'urticaire. Quand Faction de l'Iode est continuée, ces éruptions prennent le caractère du prurigo, de l'acné, ou de l'eczéma. Ces affections exanthématiques de la peau coïncident avec des phénomènes cérébraux qui généralement n'ont aucune gravité , mais qui inquiètent quelquefois et le malade quand il est méticuleux, et le médecin quand il ne connaît pas bien la portée du remède qu'il emploie. Ce sont d'abord une céphalalgie, ordinairement frontale, avec élancements assez douloureux dans les yeux et dans les oreilles, quelquefois des tintouins et des éblouissements passagers. Ces symptômes cérébraux, que nous n'avons jamais vu aller jusqu'au délire ou à la convulsion , peuvent simuler pourtant une sorte d'ivresse que jM. Lugol a appelée ivresse iodique. Cependant la sécrétion urinaire est ordinairement augmentée, pourvu toutefois qu'il n'y ait pas de sueurs trop abondantes , auquel cas l'urine coule en moindre quantité même que dans l'état ordinaire. Un des accidents les plus communs des
préparations iodées est un coryza quelquefois très-violent qui s accompagne de céphalalgie fi'ontale, de larmoiement et souvent même d'une injection assez vive de la conjonctive. A ces phénomènes se joint fréquemment un sentiment de sécheresse à la gorge et même un certain degré d'angine. Nous avons vu tout cet ensemble de symptômes qui caractérisent Viodisme se produire au bout de quelques heures, après l'ingestion d'un gramme seulement d'iodure de potassium.
L'absorption de l'Iode est incroyablement rapide. «Très-peu de temps après l'administration de l'hydriodate de potasse, dit Wallace {Journal des connaissances médico'chirurgicales,i. IV, p. 158), vous pouvez constater sa présence dans l'urine. Sur un chien empoisonné par l'Iode, M. O'Shanguessy l'a découvert dans l'urine quatre minutes après l'ingestion. Il n'est pas moins remarquable avec quelle vitesse l'urine cesse d'en manifester les traces aussitôt qu'on en interrompt l'usage. En général, quelque grande quantité d'hydriodate de potasse que le malade ait prise, quel que soit le degré de saturation de son urine, quelques jours d'interruption dans l'emploi de ce remède suffisent pour qu'il n'en reste qu'une trace légère ^ mais cpite trace continuera d'être perreptible pendant plusieurs jours. Ces faits prouvent que l'hydriodate «le potasse quitte l'écooomie aussi rapidement qu'il y entre. La sécrétion rénale n'est pas non pins le seul émonctoirequi donne issue à l'Iode dans l'économie. Si l'on administre cette substance à une nourrice , on la retrouve dans son lait et même dans l'urine de Fenfant qu'elle allaite. Vous la découvrez toujours dans la salive , et j'en ai constaté la présence dans les larmes de plusieurs malades affectés- d'iritis avec larmoiement. »
Ces expériences avaient été faites déjà par le docteur Wœhler en 1826 {Zeitschrift fur Physiologie von Tiedemann) . « Je fis , dit cet auteur , prendre, sur du pain, quatre grains d'Iode dissous dans de l'alcool à une chienne qui allaitait ses petits. Cinq heures après, un des petits était mort. On put découvrir l'Iode non-seulement dans le lait caillé contenu dans l'estomac du petit, mais encore très-distinctement dans son urine. Cette expérience démontre par conséquent à la fois le passage de l'Iode dans l'urine et dans le lait. »
Quelques temps avant ces expériences , M. Wœhler avait vu Tiedemann et Gmelin constater la présence de l'Iode dans l'urine d'un cheval auquel on avait fait prendre une solution d'hydriodate de potasse contenant une once d'Iode. (Journal des progrès, 1. 1*% p. 4.3.)
Plus récemment encore [Journal des connaissances médico-chirurgicales^ t. IV, p. 200) , M. Eugène Péligot a répété sur des ânesses quelques-unes de ces expériences, et constaté que leur lait contenait manifestement de ITode quand on leur avait fait prendre des quantités suffisantes de ce médicament.
On sait que quelques individus, surtout parmi les enfants en bas âge, ne peuvent tolérer ni l'Iode ni les lodures administrés en nature , même à très-faible dose, notamment si l'usage en est longtemps continué. Pour
250 MÉDICAMENTS ALTÉKANTS.
obvier à cet inconvénient, MM. Labourdette et Duméril, reprenant les expériences de M. Lebreton et de M. Péligot, viennent défaire, tout récemment, pour l'Iode, ce que d'autres avaient fait pour le mercure, le chlorure de sodium, etc. , c'est-à-dire qu'après avoir fait prendre ce médicament, dans certaines proportions déterminées, à des femelles de mammifères (vaches et chèvres), ils ont administré aux enfants le lait de ces animaux.
Le lait ainsi obtenu ne saurait, au dire de ces observateur-s, être assimilé au lait simplement additionné d'Iode. Ses propriétés physiques sont notablement différentes, de même ses réactions avec l'amidon, le chlore, etc. Il contient au maximum 237 milligrammes de composé iodique par litre. Les 25/1 00""^' seulement du médicament sont éliminés par la sécrétion mammaire; l'urine, les fèces renferment des quantités considérables d'Iode.
Quant aux effets thérapeutiques du lait médicamenteux iodé, ils sont des plus remarquables; sans action sur la peau et les membranes muqueuses, il exerce une action tonique et reconstituante qui permet de considérer cette substance ainsi administrée comme un excellent antiscrofuleux, et peut-être en obtiendra-t-on d'utiles résultats contre la phthisie pulmonaire, à l'instar du lait chloruré. (Académie de Médecine, mai 1856.)
Ajoutons enfin que dans ces derniers temps, M. Claude Bernard et M. Quévenne ont fait chacun, de son côté, soit sur des animaux, soit sur eux-mêmes, des expériences entièrement contirmatives de celles que nous venons de rappeler, expériences qui mettent hors de doute le passage extrêmement rapide de l'Iode par les divers émonctoires , et notamment par les glandes salivaires et les reins.
En effet, ce double mouvement d'absorption et d'élimination est tel, qu'au bout de quelques minutes, cette substance peut être saisie par les réactifs dans la salive et dans l'urine; et puis, en moins de vingtquatre heures, plus des trois quarts de l'Iode ingéré se trouve rejeté hors de l'économie par ces diverses voies d'excrétion.
C'est pourquoi on ne peut être que fort étonné d'entendre M. Martin Solon [Dict. de méd. prat., art. Iode) douter de ce passage de l'Iode dans les sécrétions, et cela d'après une expérience qui, faite comme il le dit, ne devait pas réussir.
Après quelques jours de l'administration de l'Iode et de l'iodure de potassium, l'appétit augmente d'une manière notable, et les fonctions digestives s'exécutent avec une perfection inaccoutumée. Ces effets, parfois très-remarquables, contrastent d'une manière très-frappante avec ceux de quelques autres médicaments altérants, du mercure par exemple, dont l'influence se manifeste par des effets ordinairement opposés à ceux que nous venons de mentionner. La constipation accompagne cette exagération de l'appétit. La diarrhée et l'anorexie peuvent s'observer chez les personnes dont le tube digestif était en mauvais état avant l'administration du remède, mais ces accidents sont fort rares. La salivation est encore un phénomène qui n'est pas très-rare à la suite de l'emJDloi de l'Iode. M. Wallace, à qui nous empruntons la plupart de ces détails, a vu deux fois survenir
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une salivation assez forte pour être obligé de suspendre l'usage de ce médicament. Nous l'avons constatée nous mêmes plusieurs fois. Cette salivation est le résultat de l'élimination directe de l'Iode par les glandes salivaires. Elle diffère de la salivation produite par le mercure en ce qu'elle ne s'accompagne pas de stomatite, et qu'elle n'a pas la fétidité du flux hydrargyrique.
Dans -quelques circonstances aussi, il survient un mal de gorge continu que certains malades supportent avec peine , et qui est le prélude de troubles divers du côté du tube digestif j cette douleur de gorge est , jusqu'à un certain point, le thermomètre delà saturation iodique.
L'insomnie est encore un des symptômes ordinaires de l'administration continue de l'Iode; nous avons souvent eu occasion de le constater. Wallace signale encore un écoulement considérable par les narines et un malaise qui s'étend le long du nez jusqu'au front.
Chez les femmes, l'Iode, cause encore des phénomènes spéciaux du côté de la menstruation : à peu près constamment une exagération de flux menstruel, et, chez quelques-unes, de véritables hémorrhagies. (/owrw. compl. du Dict. des Sciences méd., t. XXXV, p. 359.) Ces eff'ets, nous les avons nous-mêmes constatés un grand nombre de fois , et nous verrons plus tard à quelles conséquences thérapeutiques ils ont conduit Bréra et quelques autres praticiens.
Il faut maintenant aborder les graves reproches que l'on a faits à l'Iode. Il s'en faut de beaucoup que dans les reproches et dans les éloges on soit resté dans les limites de la vérité. Les uns ont prétendu que cet héroïque médicament ne pouvait jamais produire d'accidents; d'autres ont pensé, au contraire, qu'il en déterminait de fort graves. Si l'on en croit certains médecins, l'usage longtemps continué de hautes doses d'Iode produit d'abord un amaigrissement considérable; la peau devient visqueuse, sale; les urines présentent une pellicule irisée; les selles sont plus fréquentes, plus jaunes; le sperme s'écoule plus abondamment, ainsi que les règles; le sang devient plus hquide, les digestions s'altèrent , l'irritabilité des nerfs augmente. Si l'on persiste, il survient de la fièvre, les glandes se fondent, la phthisie nerveuse survient.
Wallace [loco cit.), grand partisan de l'Iode, a vu, pendant l'emploi de l'iodure de potassium à haute dose, survenir chez trois malades des symptômes de pleurésie aiguë qu'il attribue lui-même au médicament. Il cite aussi l'exemple d'un malade qui , après l'usage inconsidéré de l'Iode, fut pris de tremblements et de mouvements oscillatoires dans les yeux , symptômes déjà notés par le docteur John de Meiningen cité par Wallace.
Mojsisovitz, de Vienne, qui a expérimenté l'Iode et ses diverses préparations sur plus de 800 malades, blâme énergiquement l'emploi de la teinture d'Iode, qu'il accuse de produire les accidents les plus graves, tels que la fonte des seins et des testicules, la dyspnée , les crachements de sang, les battements de cœur et la constipation. Ces craintes sont évidemment exagérées : souvent et longtemps nous avons donné cette teinture sans causer d'accidents sérieux.
Mais, comme le fait très-bien observer ce dernier [lococlt.^ et Zink [Joum. compl. du Dici. des Sciences méd., avril et mai 1824), cette fonte de la glande mammaire, des testicules, du tissu cellulaire , des différents parenchymes , ces accidents nerveux divers sont extrêmement rares , et c'est à peine si un médecin, dans le cours d'une longue pratique, a l'occasion d'observer un ou deux faits de ce genre. D'ailleurs les témoignages de Baup {Biblioth. univ. de Genève, t. XVIII), ceux deGarro [ibid.), ceux de M. Richmond (^Arch. gén. de Méd., i. IV, p, 324) venge suffisamment l'Iode des imputations injustes dont il avait été l'objet.
Il en est de l'Iode comme du mercure. Si ce dernier médicament est administré imprudemment , il peut causer des accidents qui ne sont pas sans gravité; mais ce n'est pas une raison pour rayer du catalogue de la matière médicale l'un des agents les plus puissants et les plus utiles. D'une part, on ne peut le nier , il est des constitutions qui ne peuvent tolérer de faibles doses d'Iode, mais ces cas sont rares; d'autre part, les personnes les plus robustes peuvent, quand le médicament est administré par une mai!! imprudentec éprouver des accidents fort sérieux, TrtvTt doit rîonr pti-.: imputé au médecin et non à l'agent de la médication.
\(tiimtijj:i(/>."'. Dès que la dose de Plode a dépassé reriaines boni^'s . li it produit, d'i coté des organes digestifs, de:? désordres semblables à reux que causent les poisons irritants : inflammation, ulcération, quelquefois gangrène de la membrane muqueuse du tube digestif. Cet empoisonnemeni a pourtant des symptômes mixtes , ceux qui résultent de l'action irritante de la substance sur l'estomac et sur les intestins, et ceux qui dérivent de l'absorption du poison : ces derniers sont : le délire, une excitation analogue à l'ivresse, de l'oppression. L'Iode injecté dans les veines, produit une mort presque aussi prompte que l'acide cyanhydrique, sans doute par les modifications qu'il exerce sur le cerveau et sur la moelle épinière.
Action thérapeutique de l'Iode et de ses préparations.
C'est à Coindet, de Genève, que l'on doit d'avoir introduit l'Iode dans la thérapeutique. Courtois, qui avait découvert l'Iode, et ceux qui, après lui, avaient fait des travaux chimiques sur cette substance, ayant trouvé de l'Iode dans l'éponge brûlée, remède empirique si évidemment utile dans le goitre, Coindet imagina que l'Iode pourrait bien être la partie efficace de cette substance, et en conséquence il administra à Tintérieur. puis à rextérieiu-, la teinture d'Iode aux goitreux. Le succès dépassa son attente, et, en peu do mois, il put avoir recueilli assez de faits pour rendre public le résultat de ses expériences. Dès lors l'Iode prit droit de cité dans la thérapeutique; et tandis que Bréra, à Padoue, répétait en grand les expériences de Coindet, Biett, à Paris, essayait dans les maladies chroniques vénériennes l'association du mercure et de l'Iode, et les iodures de mercure prenaient en médecine un rang important. Depuis lors un si grand nombre de faits sont venus augmenter ceux qui avaient été observés par les auteurs cités plus
ÎODE. • 253
haut^ que l'histoire de l'Iode est aujourd'hui aussi avancée que celle de la plupart des médicaments les mieux connus.
Nous allons d'abord passer en revue les applications thérapeutiques qui dérivent de l'action résolutive du médicament : ultérieurement, nous traiterons des autres hidications thérapeutiques que l'Iode remplit.
Goitre. Ce fut d'abord contre le goitre, ainsi que nous l'avons dit plus haut, que Coindet fit usage de l'Iode; dès les premiers temps de sa pratique, il guérit, dit Goster {Arch. génér. de Mcd., tome II, page 431), près des deux tiers des malades sur une centaine dont M. Coster recueillit l'observation. Bréra, de son côté [Saggio clinico sulV ïodio,Fa.d., d822), publia des résultats qui, pour n'être pas aussi brillants que ceux dont parle Coster, n'en confirmaient pas moins ceux de Coindet. Janson,de Lyon [Arch. génér. dciWéd., t. IV, page 77), Angelot [ibid., t. XII, page 135), et tant d'autres dont on peut connaître les noms et les travaux dans l'excellente compilation de M. Bayle {Bibliothèque thérap., tome P''), déposèrent tous dans le même sens que Coindet, Coster et Bréra. Cependant il s'en faut de beaucoup que, à Londres, à Paris, et dans quelques grandes villes d'Allemagne, onr ait eu à se louer de l'Iode dans le traitement du goitre autant que nos confrères de Suisse et d'Italie. Cela tient à quelques circonstances qu'il est fort essentiel d'indiquer ici. Il y a, entre le goitre des Alpes et celui qui se développe à Paris, par exemple, une grande différence, différence démontrée par la nature même des lésions anatomiques, que l'autopsie permet de reconnaître. Léveillé, Eymery, Fodéré, Itard, ont en effet constaté que le goitre contracté dans les pays de montagnes se guérit souvent par le seul fait du retour des malades dans les contrées où le goitre n'est pas endémique (Arch. génér. de Méd., iome XXII, page d3o); et Itard a vu à Lausanne un pensionnat consacré à déjeunes Anglais, où presque tous les élèves étaient atteints du goitre, et auxquels on ne donnait aucun remède, parce qu'on savait que le retour dans leur pays suffirait pour les guérir. Ce goitre ne tient qu'à une hypertrophie de la glande thyroïde, et, à ce titre, il se guérit avec facilité. Il n'y a donc rien d'extraordinaire dans les résultats de Coindet, de Coster, de Bréra, de Janson, d'Angelot, qui observaient dans des pays où le bronchocèle est endémique; mais les bronchocèles que l'on observe à Paris et dans d'autres contrées ne sont plus, en général, de simples développements du corps thyroïde, mais des dégénérescences squîrrbeuses, encéphaloïdes, tuberculeuses, osseuses, tophacées, cartilagineuses, kysteuses, de cet organe; doit-on être surpris alors que l'Iode ne réussisse plus aussi bien, et même qu'il semble quelquefois donner lieu à des accidents locaux en hâtant la fonte purulente de ces productions morbides diverses? Bien souvent, en thérapeutique, on s'accuse réciproquement de mauvaise foi, alors que tout simplement on n'a pas applique le remède aux mêmes maladies.
On a beaucoup discuté, et pourtant on ne sait encore rien de positif sur la cause du goitre; les uns ont cru trouver cette cause dans des circonstances
ÛU iMÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
niétéorologiqnos et orographiqiies^ les autres, dans l'usage de l'eau de neige, etc. Plus récenuuent M. Grange, de Genève, dans des travaux intéressants sur la cause du goitre et du crétinisme, et les moyens d'en préserver les populations, a essayé de démontrer que ces affections endémiques devaient être attribuées aux terrains magnésiens et aux eaux riches en sels magnésiens. Dans une carte de distributions du goitre et du crétinisme en Franco qu'il a dressée , on voit que, contrairement à l'opinion reçue, le goitre est répandu dans les pa;ys de plaine : il est endémique dans l'Oise, l'Aisne, la Somme, le Nord, ainsi que dans les pays où les montagnes sont d'une hauteur moyenne, les Vosges, le Lyonnais, le Jura, la Drôme, etc., etc.
L'auteur a cherché en outre à connaitre les rapports de l'affection scrofuleuse avec le goitre ; il a démontré qu'il n'existait aucun rapport entre ces deux maladies. En effet, les contrées dans lesquelles le goitre fait le plus de ravages sont celles où le vice scrofuleux en ftiit le moins; telles sont les Pyrénées (Académie des sciences, séance du 29 avril 1830).
Nous croyons que, avant d'admettre l'opinion de M. Grange, on doit faire de nombreuses analyses des os et des tumeurs goitreuses des personnes atteintes de cette maladie.
Les premières recherches de M. Chatin ont fait connaître que l'Iode existe non-seulement dans les eaux de mer, ce que tout le monde savait, mais encore dans les eaux douces. Toutefois les eaux à leur source en sont ordinairement dépourvues, et c'est dans leur cours que les rivières s'en chargent en traversant des terrains qui en contiennent, et en recevant des débris organiques de plantes et d'animaux. Il démontre que l'Iode est un élément du corps de l'homme et un élément nécessaire qui lui est fourni par les eaux des fleuves ou des puits dont il fait usage. Que si, dans les montagnes, les eaux qui résultent de la fonte des neiges, et qui n'ont pu se charger d'Iode, servent à la boisson de l'homme, celui-ci se trouvera dans des conditions anormales, d'où certaines maladies, et le goitre en particulier.
Poursuivant ses belles recherches, M. Chatin est parvenu à constater la présence d'une certaine proportion d'Iode dans l'atmosphère.
Cet Iode est fixé dans le corps animal par l'acte de la respiration. Ainsi l'analyse démontre que les gaz expirés ne renferment plus que la cinquième partie environ d'Iode contenu dans l'air inspiré.
L'air des lieux mal aérés et surhabités est en partie privé de son Iode.
Les eaux pluviales sont beaucoup plus riches en Iode que les autres eaux douces.
La proportion de l'Iode dans ces eaux indique approximativement l'état de l'ioduration de l'air dans un pays donné, et peut ainsi servir de moyen d'analyse.
La neige est iodurée, ainsi que la rosée, mais moins que la pluie.
La principale source de l'Iode de l'air réside dans les eaux qui tendent continuellement à se dépouiller en tout (les eaux douces) ou en partie (eau do mer) de l'Iode qu'elles contiennent.
iODE. ^m
Dans le but de tirer de ses recherches quelques déductions pratiques, M. Chatin a partagé la France en diverses zones plus ou moins iodées, et il a indiqué les moyens de rétablir l'équilibre soit en tirant des produits des zones moins favorisées, ou en utilisant ceux de leur propre sol. Il conseille, par exemple, d'iodifier le sol par les engrais, par les irrigations en mettant à profit les sources minérales qui portent de Tlode en dissolution, et en iodifiant les produits qui servent à nourrir les animaux destinés à l'alimentation de l'homme.
Ajoutons que M. Chatin a trouvé que les Uqueurs fermentées, le vin, le cidre, le poiré, etc., sont plus iodurées que les eaux douces ordinaires; que le lait, et surtout le lait d'ânesse, est très-riche en îode, plus même que le vin ; et qu'enfin les œufs en contiennent une telle proportion qu'un œuf pesant 50 grammes est plus ioduré qu'un litre de lait de vache, et autant que deux litres de vin et de bonne eau.
Disons encore que l'Iode a été trouvé en assez grande quantité dans les animaux d'eaux douces, notamment dans les écrevisses, les grenouilles, les goujons, etc. , ainsi que dans toutes les plantes aquatiques, le cresson, le phellandrium, le beccabunga, surtout celui des ruisseaux. Notons ici qu'en général les plantes qui croissent dans les eaux courantes sont plus riches en Iode que celles qui vivent dans les eaux stagnantes.
Ici on ne peut s'empêcher de faire une remarque, c'est que la plupart des substances, prises soit dans le règne animal, soit dans le règne végétal, que les thérapeutistes présentent comme les pectoraux , les antiscrofuleux et les antiscorbutiques par excellence , sont généralement riches en Iode. Ici, comme en beaucoup d'autres choses, l'observation n'avait pas attendu l'analyse chimique pour, reconnaître la propriété de bien des remèdes devenus populaires; on est heureux toutefois de voir la science leur apporter sa sanction , et rationaUser une médication si utile , restée longtemps à l'état empirique.
Terminons en disant que M. Chatin est arrivé, grâces à ces belles études, à une autre conclusion pratique des plus importantes : c'est que deux des plus grandes difformités chez l'homme, l'une du corps ( le goitre), l'autre de l'intelligence (le crétinisme), reconnaissent pour cause principale le défaut ou la diminution dans la proportion normale de l'Iode contenu dans l'air et les eaux, et par conséquent que le remède préventif ou curatif de ce double fiéau consisterait à rendre à l'économie ce principe qui lui manque et qui lui est indispensable, comme le fer lui est indispensable; et le meilleur moyen serait un régime dans lequel les boissons et les aliments iodurés occuperaient une place importante.
Ajoutons enfin que quelques remèdes empiriques conseillés contre le goitre, l'éponge brûlée, les cendres du fucus vesicîdosus vantées par Russell sous le nom d'sethiops végétal, et enfin la poudre de Sensy, dont MJM. Guibourt et Gendrin ont fait l'analyse [Journal général de Méd., t CY, p. 116), ne doivent leurs propriétés thérapeutiques qu'à l'Iode qu'ils contiennent en proportions plus ou moins grandes.
:>r»fî médiga:sients altérants.
Scrofules. L'utitité de l'Iode dans le goitre, que l'opinion générale des pathologistes range, à tort suivant nous, parmi les affections strumeuses, engagea Coindet et Bréra à essayer le même moyen dans les autres formes de la scrofule : les engorgements et les ulcérations des ganglions lymphatiques du cou , l'atrophie mésentérique, les tumeurs blanches, etc. [Biblioth. univ. de Genève, t. XIV et XVI etArch. gén. de Méd., t. II, p. 430). Plus tard, Sablairolles [Nouv. biblioth. méd., t. II, p. 385, 1823), Benaven [Revue méd., 4824, t. IV, p. 83), Gairdner [Revue méd., t. I, p. 490), Manson [Recherches sur les effets de VIode etc., Londres, 1825), et tant d'autres dont on trouvera les travaux analysés dans la Bibliothèque thérapeutique deM.Bayle, préconisèrent également l'Iode dans le traitement des scrofules. MaisLugol, médecin deThôpital Saint-Louis, est certainement celui qui a le plus contribué à populariser l'usage de l'Iode dans les maladies scrofuleuses. Il publia en 1828 un premier mémoire sur la matière, dans lequel il fit connaître les heureux effets des bains iodés qu'il employait de préférence. Sur 169 scrofuleux traités dans l'espace de six mois par l'Iode seulement , et dans les circonstances peu favorables où se trouvent ordinairement les malades des hôpitaux, 36 furent parfaitement guéris, et 30 avaient subi une amélioration marquée.
Les résultats proclamés par Lugol ont dû être , à cette époque , taxés d'exagération. Il était en effet difficile d'accepter de prime abord que chez des sujets profondément cachectiques et atteints d'altérations graves et anciennes du système osseux, l'Iode eût le privilège d'opérer des guérisons qui, jusque-là, avaient été refusées à tout autre agent de la matière médicale; et l'on était d'autant mieux fondé à douter de ces miracles, que par malheur l'hôpital Saint-Louis semblait en être seul le théâtre.
Toutefois, depuis vingt-cinq ans la lumière s'est faite, et l'expérience a parlé. Sans doute, ici il a été commis des exagérations et même des mé- })rises, comme il arrive au début de toute expérimentation. Mais, ne craignons pas de le dire avec un de nos écrivains les plus impartiaux : en voyant le chemin que l'Iode a fait en thérapeutique, et le rôle de plus en plus considérable qu'il tend à jouer dans l'air, les eaux et les lieux, la mémoire de Lugol doit être exonérée de sa prédilection vive et passionnée pour cet agent , dont il n'avait cependant qu'à peine soupçonné la souveraine importance.
A coup 'sûr, personne aujourd'hui ne sera disposé à reconnaître à l'Iode cette vertu spécifique et presque infaillible qui lui était attribuée dans toutes les formes de scrofules indistinctement, depuis l'adénite simple jusqu'à la carie osseuse et la dégénérescence tuberculeuse des ganglions mésentériques ou autres ; mais, d'autre part, il n'en reste pas moins avéré que la matière médicale ne possède pas de modificateur plus puissant que ce métalloïde pour l'opposer à ce groupe nombreux de formes morbides qui relèvent du lymphatisme; et on ne peut nier non plus que dans bien des cas il ne jouisse d"une efficacité réelle contre la diat|ièse scrofuleuse elle-même,
Ainsi, quand les glandes lymphatiques ne sont pas converties en matière tuberculeuse, et que la période inflanimatoire est passée, il est certain que l'usage interne et externe de l'Iode amène une résolution plus rapide que tout autre moyen thérapeutique. Il en est de même pour les tumeurs articulaires lorsqu'elles ne s'accompagnent pas encore de dégénérescences tuberculçuses qui en signalent la terminaison, et que surtout les poumons ne sont pas. remplis de tubercules.
Nous ne pouvons pourtant passer sous silence les faits curieux de guérison de carie des vertèbres rapportés par Patterson, de Dublin {Journ. des Connaiss. méd.-chir., t, I«% p. 123). Ce praticien a rapporté trois observations dont voici l'analyse, l'^ fait. Il s'agit d'un jeune homme de 14 ans qui avait une vertèbre déjà complètement affaissée. On lui donna cinq gouttes de teinture d'Iode trois fois par jour, et tous les accidents se guérirent en deux mois. 2* fait. Une femme de 26 ans avait une gibbosité lombaire et un abcès par congestion dans Faine, de la fièvre hectique, etc., etc. Elle prit 10 gouttes de teinture d'Iode trois fois par jour, et fut guérie après trois mois de traitement. 3^ fait. Une jeune demoiselle avait, depuis plusieurs années, une saillie de vertèbres avec engourdissement des jambes. L'usage de la teinture d'Iode la guérit en peu de mois.
Nous n'avons nous-mêmes donné la teinture d'Iode qu'une fois dans les circonstances indiquées par Patterson, c'était à un homme de 45 ans qui avait une carie des vertèbres avec abcès par congestion. L'application des cautères sur les lombes et l'usage de, la teinture d'Iode pendant six mois (30 gouttes par jour) permirent au mal de rester stationnaire pendant deux ans. Plusieurs années après, le malade mourut. Ici, il est tout à fait impossible de dire si l'amendement était dû aux cautères ou à l'Iode.
Nous savons que d'autres faits de guérison, dans la scrofule osseuse et dans le mal de Pott, ont été publiés par divers observateurs et particulièrement par M. le docteur Abeille; et bien que, le plus ordinairement, la médication employée ait été assez complexe, nous serions très-disposés à reconnaître que la préparation iodée a dû avoir la plus grande part dans la guérison. Nous ajouterons d'ailleurs que, dans ces cas spéciaux, l'iodure de fer nous paraît mériter la préférence en raison de sa propriété plus franchement reconstituante.
Tumeurs diverses. Ce que nous disions tout à l'heure des tumeurs scrofuleuses s'applique également aux tumeurs squirrheuses. On peut sans doute espérer la résolution de ces tumeurs quand elles ne sont pas encore dégénérées et qu'il n'existe pas de diathèse ; mais dès que le cancer est bien nettement déterminé, on ne peut malheureusement pas compter sur la guérison. Il faut, certes, attacher peu de confiance aux faits de guérison de cancer rapportés par les divers auteurs que cite M. Bayle dans sa Bibliothèque thérapeutique. Les expériences de M. Gendrin [Journ. gén. de Méd., t. GVII, p. 248) rendent raison des prétendus succès obtenus par les auteurs auxquels nous faisions allusion tout à l'heure. M. Gendrin a constaté, en effet, que si l'état des tumeurs cancéreuses semblait s'amender sous l'influence de 1. 17
4S8 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
l'Iode, ce que l'on obtient également par la compressioîi, par les excitants appliqués souvent à la peau^ par les résolutifs divers, c'est que, dans une tumeur cancéreuse, il y a deux éléments bien distincts : le cancer que jusqu'ici aucune médication connue n'a pu modifier, et, de plus, l'inflammation chronique du tissu cellulaire environnant, qui ne difïère pas sensiblement des phlegmasies cellulaires ordinaires, et qui peut, à ce< titre, se guérir sous l'intluence des moyens résolutifs.
On ne peut contester que, dans des cas où la guérison était peu probable , les frictions avec la pommade d'iodure de plomb à haute dose, les lotions avec la teinture d'Iode sur le ventre, en même temps que l'on appliquait des cataplasmes de ciguë, ont réussi à amener la résolution de tumeurs mésentériques nombreuses, qui avaient causé un épanchement de sérosité dans l'abdomen, pour lequel plusieurs ponctions avaient été tentées. Deuxfaits de ce genre se sont autrefois présentés dans notre service de l'hôpital Necker; et, depuis, il nous a été donné d'obtenir de bons résultats dans quelques circonstances analogues. Peut-être conviendrait-il de rapprocher de ces faits ceux qui ont été publiés par le docteur Garlik [Ga^;. mécL, 1839, n° 7. Extrait des journaux anglais).
Kystes de Vovaire. Thompson {Eléments of materia medica and therapeutics), dans le but d'augmenter l'absorption dans la cavité des kystes de l'ovaire, et de produire ainsi le ratatinement de l'enveloppe fibreuse du kyste, et par suite la guérison de la tumeur, ou tout au moins un état stationnaire, administra l'Iode à hautes doses aux femmes atteintes de cette affection. Sur cinq malades traitées de cette manière, trois furent guéries. Dans ces cas, la teinture d'Iode fut donnée à la dose de 60 gouttes, trois fois par jour. Depuis lors, on a cité encore quelques cas de guérisons de kystes ovariques obtenues par l'Iode à l'intérieur, employé concurremmeri avec les frictions sur la tumeur. Ces résultats, bien que rares et exceptionnels, sont néanmoins suffisants pour inviter les praticiens à ne pas négliger cette médication inofifensive, au lieu de recourir prématurément à la méthode par la ponction et les injections.
Hydrocèle. L'action résolutive de l'Iode a été expérimentée par M. Ricord dans le traitement de l'hydrocèle. Il emploie la teinture d'Iode étendue d'eau distillée et appliquée sur la tumeur à l'aide décompresses qui en sont imbibées et dont on enveloppe le scrotum. Les différents degrés auxquels il emploie cette teinture sont les suivants : pour 3 onces (90 grammes) d'eau distillée, il met 1, 2, 3 ou 6 gros [A, 8, 12, 24 grammes) de teinture d'Iode. Chez les malades dont la peau est très-déhcate et l'épiderme mince, la plus faible proportion suffit. Lorsqu'il y a moins de sensibilité et plus de dureté dans les tissus, on augmente la quantité de teinture. Il faut, pour que le médicament agisse, que les malades éprouvent une sensation de chaleur assez vive , mais supportable , et que , sans brûlure ni vésication, la peau du scrotum brunisse, l'épiderme se parcheminant et formant des écailles qui se détachent en laissant au-dessous pne sorte de transpiration grasse. Tant qu'on n'obtient pas ers résultats , il faut augmenter la
IODE. <^m
dose (le la teinture criodo, la quantité d'eau distillée restant la même; mais quand on en est arrivé à produire ces effets, on s'en tient au même degré de concentration de la teinture en renouvelant deux fois par jour les compresses. qui en sont imbibées. S'il survient de la douleur, on suspend pendant quelques jours et on reprend ensuite jusqu'à disparition complète del'hydrocèle. Le traitement demande un mois en général [Journ. des Connaiss. méd.-chù\, t. 1% p. 140). C'est dans le .même but que M. Martin Solon conseille l'application de la teinture d'Iode sur l'abdomen, pour résoudre les épanchements de la cavité péritonéale [Dict. de Méd. prût.f t. X, p. 519). Aujourd'hui cette médication est devenue en quelque sorte vulgaire j et il n'est guère d'épanchement qui n'ait été attaqué par l'application externe de la teinture d'Iode avec quelques avantages, notamment les épanchements des articulations, sans oublier même ceux de la plèvre et du péricarde. ,
Depuis une vingtaine d'années, l'Iode, sous la forme d'injections, a conquis une place importante dans la thérapeutique chirurgicale. Il n'est presque pas de cavité, soit naturelle, soit accidentelle, où l'on n'ait fait pénétrer aujourd'hui ce médicament, dans le but d'obtenir l'adhésion des parois, ou bien d'en modifier les surfaces internes et d'amener à la suite la résolution des divers états morbides dont ces organes peuvent être affectés, soit phlegmasies aiguës et chroniques, soit vices de sécrétion, etc.
Parmi les médecins qui ont le plus contribué à propager cette méthode des injections iodées, nous placerons en première ligne MM. Velpeau et Martin, de Calcutta, puis MM. Boinet, Borelli, de Turin, Jobert de Lamballe, Abeille, etc., et nous allons successivement passer en revue les principales maladies où ce moyen précieux est appliqué chaque jour avec un succès vraiment remarquable.
C'est par les injections dans la tunique vaginale avec la teinture d'Iode que cette méthode s'est introduite dans la thérapeutique chirurgicale. Pour ce cas spécial elles ont été proposées et préconisées par M. Velpeau, par M. Martin, de Calcutta, O'Brien {Gazette méd., 1838), par M. Oppenheim {Bulletin de thér.^ 1839), et beaucoup d'autres.
Mais c'est à M. Velpeau surtout que revient à la fois le mérite de l'initiative et de l'expérimentation en grand sur le vaste théâtre de l'hôpital de la Charité.
Depuis lors, il n'est guère de chirurgien qui n'ait répété ces essais avec avantage; et l'on peut dire qu'aujourd'hui la méthode des injections à la teinture d'iode a détrôné complètement celle des injections vineuses dans la cure radicale de l'hydrocèle.
« Il me parait prouvé, dit M. Velpeau {Annales de la Chir. française et étrangère , a.vT\\ 18A3) ,
» 1° Que la teinture d'iode provoque avec autant de certitude qu'aucun autre liquide l'inflammation adhésive des cavités closes;
260 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
» 2° Que cette teinture expose moins que le vin à l'inflammation purulente j
» 3° Qu'elle favorise manifestement la résolution des engorgements simples qui compliquent les hydropisies;
» 4° Qu'infiltrée dans le tissu cellulaire, elle peut ne pas amener d'inflammation gangreneuse, a
Enhardi par ses succès dans l'hydropisie de la tunique vaginale, M. Velpeau a injecté de l'Iode dans beaucoup d'autres cavités closes, normales ou accidentelles, que ces cavités renfermassent de la sérosité, ou bien même du sang plus ou moins altéré , mais liquide.
Il n'a pas hésité même à porter la teinture d'Iode , étendue d'eau , dans la synoviale du genou, et jusque dans des sacs herniaires communiquant avec la grande cavité péritonéale.
Aucun accident n'est survenu.
En définitive , le chirurgien de la Charité possède aujourd'hui plusieurs Centaines d'observations qui établissent incontestablement l'efRcacité de l'Iode dans les cas précisés plus haut.
Il emploie habituellement un mélange de deux parties d'eau ordinaire pour une partie de teinture d'Iode.
M. Mialhe, dans son traité de l'art de formuler, condamne cette formule, parce que les 17/18 de l'Iode sont précipités; il propose une formule plus rationnelle qu'il fait filtrer. Nous ne saurions être de l'avis de M. Mialhe. Qu'importe en effet qu'une formule soit rationnelle ou non, pourvu qu'elle agisse bien? Or celle de M. Velpeau est dans ce cas; nous la conservons, et nous préférerons celle que M. Mialhe veut lui substituer quand il sera prouvé qu'elle agit mieux.
M. Jobert, qui a étendu l'usage des injections iodées aux cas de cavités purulentes, emploie ordinairement la teinture d'Iode pure.
Rappelons encore que A. Bérard préférait également l'injection iodée pour les hydrocèles, et, en général, pour les affections contre lesquelles M. Velpeau la préconise. Il a justifié sa préférence par plus de 200 succès. Cinq fois il a injecté de l'Iode dans l'articulation fémoro-tibiale, sans développer d'accident sérieux. Les proportions adoptées par lui étaient : parties égales de teinture d'Iode et d'eau.
Ilydarthroses^ hydropisies des bourses muqueuses, articulaires et tendineuses. Guidés par les succès obtenus à l'aide des injections dans la tunique vaginale , les chirurgiens et les vétérinaires ne tardèrent pas à essayer à Tenvi ces mêmes injections dans diverses cavités closes, soit naturelles ou accidentelles. Ainsi , d'abord on les utilisa dans diverses sortes de kystes séreux {Bulletin de thérapeutique, 184.1)5 Puis dans certains abcès de grande dimension [Gazette médicale, 1846).
En 1847, M. U. Leblanc, l'un de nos vétérinaires les plus distingués, a essayé, de concert avec le docteur Thierry, les injections iodées dans les tumeurs synoviales diverses des chevaux ; et ces deux praticiens ont constaté, d'une part, quo l'inflammation causée par l'injection était en
général modérée et peu douloureuse; d'autre part, qu'elle suffisait pour empêcher le retour de la lésion.
M. Reynaud regarde l'Iode comme un agent beaucoup plus actif que les résolutifs ordinaires , et qui n'a pas les inconvénients des autres modes de traitement. Longtemps avant que MM. Velpeau et Ricord employassent la teinture d'Iode contre l'hydrocèle, on opposait, à l'hôpital de la marine de Toulon, le même moyen àl'hydropisie des bourses muqueuses. Dans l'espace de quelques jours on obtient à peu près constamment la résolution complète d'hygromas anciens et volumineux , sans que ce traitement donne lieu à des accidents. Voici la manière de l'employer.
Si la tumeur est accompagnée de gonflement inflammatoire des parties voisines, on le combat par des moyens appropriés. Lorsque l'inflammation est dissipée , le malade est soumis à un régime un peu sévère , le membre placé dans un repos complet, et l'on fait matin et soir, ou trois fois le jour, une friction avec 8 grammes (2 gros) de pommade composée de :
lodure de potassium, 8 grammes (2 gros). Axonge, 30 grammes (1 once).
Dissolvez l'iodure dans un peu d'eau, et ajoutez l'axonge.
Après chaque friction , on recouvre la partie d'un large cataplasme de farine de graine de lin. Quelques effets obtenus avec l'iodure de plomb tendent à faire regarder ce sel comme plus actif encore que l'iodure de potassium. Au bout de quelques jours, la peau , d'abord jaune, puis brune, se plisse, se tanne et tombe en écailles. La tumeur se ramollit, se divise d'abord en plusieurs lobules, et ne tarde pas à disparaître complètement. Il reste alors au point qu'elle occupait un peu d'épaississement, qui se dissipe bientôt lui-même après quelques frictions, de sorte que, le traitement terminé , la partie est rendue à son état normal.
La durée moyenne de ce traitement est de quinze jours.
M. Cabissol cite onze observations qui ont établi pleinement les succès I du traitement et l'incontestable supériorité de l'Iode sur les autres résolutifs I dans l'hydropisie des bourses muqueuses [Bulletin de Thér., t. XIV, féi vrier 1838).
Depuis lors, le traitement de ces petites tumeurs appelées ganglions, non ' plus seulement à l'aide des frictions iodées, mais bien des injections dans l'intérieur du kyste, s'est tout à fait popularisé. Dans ces cas on emploie le plus ordinairement la teinture d'Iode pure. Parmi les médecins qui ont i fait usage avec succès de ces injections, nous citerons M. le professeur Borelii, de Turin. Dans un mémoire publié dans la Gazette médicale sarde, (18o2), cet auteur cite un certain nombre d'observations qui témoignent de l'efficacité non moins que de l'innocuité de ce traitement.
Dans les cas assez fréquents où l'hydarthrose résiste aux moyens internes et externes, et notamment aux vésicatoires appliqués sur le siège de l'é-
2r):> iMÉDlCAMElNTS ALTÉRANTS.
panchemcnt , les injections iodées faites dans la cavité articulaire oiïrent une précieuse ressource qu'il importe de ne pas négliger. Parmi les chirurgiens, les uns, comme M. Velpeau, sans redouter beaucoup l'entrée de quelques bulles d'air dans la capsule articulaire, pratiquent la ponction à l'aide d'un trocart très-tin; mais la plupart, pour éviter cet accident, si peu grave qu'il puisse être, préfèrent recourir à la méthode sous-cutanée. Aujourd'hui l'expérience a démontré que les injections iodées dans les cavités articulaires, pratiquées selon les règles posées par MM. Velpeau, Bonnet, Abeille, Robert , etc., n'entraînent généralement aucun danger sérieux, et amènent dans la très-grande majorité des cas la résolution de répanchement et la guérison définitive, quand la maladie n'est compliquée d'aucune altération profonde des parties molles ou dures. Quelques beaux succès obtenus récemment par M. Robert ont mis ce fait hors de toute contestation. Dans le principe, on supposait que l'Iode guérissait en provoquant une inflammation adhésive, mais les recherches nouvelles faites par M. Hutin tendent à démontrer qu'ici, comme dans la cure des hydrocèles. cette inflammation adhésive fait le plus souvent défaut, et que les injections iodées agissent simplement en modifiant spécifiquement la membrane synoviale, et en réintégrant consécutivement à l'état normal les fonctions perverties des surfaces sécrétantes. En effet, s'il y avait production d'adhérences, on ne pourrait s'expliquer comment des articulations tenues plus ou moins longtemps immobiles jusqu'au moment de l'injection, reprendraient de la mobilité à mesure que l'épanchement articulaire diminue. Il est probable d'ailleurs qu'il se passe ici ce qui a été constaté, nonseulement dans la tunique vaginale, mais dans les kystes ovariqucs traités par les injections iodées, dans lesquels l'examen cadavérique a fait constater une absence complète d'adhérences entre les surfaces, ou a fait voir seulement des adhérences partielles, et dans lesquels par conséquent la guérison s'était opérée par le retrait graduel des parois du kyste jusqu'à l'etïacement plus ou moins complet de la cavité accidentelle.
Injections iodées dans l'ascite. L'analogie, ce guide souvent si sûr et toujours nécessaire en thérapeutique, devait conduire les praticiens à injecter dans le péritoine une solution iodée, au lieu des injections alcoolisées que jM. Bretonneau, en 1820, avait osé conseiller, et dont le danger est trop évident. MM. Dieulafoy et Leriche ont introduit, en 4847, cette heureuse modification, et ils ont pubhé des faits parfaitement détaillés, desquels il résulte que, dans l'ascite, qui semble dépendre d'une péritonite simple chronique, les injections iodées peuvent amener une guérison rapide et complète. M. Leriche recommande de ne faire qu'une injection après que la cavité péritonéale a été vidée. La proportion de teinture d'Iode est la suivante :
Teinture d'Iode , 30 grammes,
lodure de potassium, 4 id.
Pau distillée, 250 id.
Ces premiers succès ne tardèrent pas à provoquer de nouvelles tentatives : et eu peu de temps les faits se multiplièrent. Parmi les médecins qui s'occupèrent spécialement des injections iodées dans l'ascite, nous citerons j\IM. Boinet, Oré, de Bordeaux, et M. Paul Dard, élève de M. Tessier, de Lyon, qui, dans différents recueils scientifiques, ont publié successivement d'importants travaux sur cette intéressante question.
Or, des observations déjà assez nombreuses qui forment la base de ces travaux , il ressort un fait auquel on ne se serait guère attendu , fait qui pourtant exige encore plus ample vérification : c'est que les injections iodées dans le péritoine constitueraient une médication non-seulement efficace, mais presque inoflfensive, lorsqu'elle est exécutée dans de bonnes conditions et suivant certaines règles.
A cet égard, l'expérience a prescrit un certain nombre d'indications ou de contre-indications qu'il importe de faire connaître. Ainsi, l'injection iodée serait non-seulement sans aucun avantage, mais dangereuse lorsque l'asciteestsymptomatique d'une affection organique quelconque du cœur, du foie, de la rate, des reins, etc.
Elle devra être réservée pour certains cas assez rares où cette ascite reconnaît pour cause une péritonite chronique ou une simple irritation sécrétoire de la membrane péritonéale soit idiopathique, soit consécutive à des troubles de la menstruation, à une phlegmasie du voisinage, à l'entérite, par exemple, ou bien encore à une ascite survenant à la suite d'une altération du sang, d'un état cachectique. Ajoutons encore que dans ces cas même , on ne devra jamais recourir à l'injection iodée qu'alors quetous les moyens habituellement employés auront échoué.
Si l'ascite est très-volumineuse, on aura la précaution de faire une première ponction pour diminuer l'étendue de la surface péritonéale, par conséquent l'étendue de la phlegmasie que doit déterminer la teinture d'Iode. Il est recommandé, d'autre part, de ne pas vider entièrement la cavité du péritoine, mais d'y laisser 1 à 2 litres de sérosité afin de répandre uniformément la teinture d'Iode sur toutes la surface péritonéale, et d'empêcher son contact immédiat avec le liquide irritant, sous peine de donner lieu à une péritonite mortelle.
La dose totale du liquide injecté ne devra pas dépasser 250 grammes. Enfin, on évitera de pousser d'un seul coup l'injection; mais on l'insinuera graduellement, et les aides auront soin de malaxer doucement le ventre pour rendre le mélange plus intime, et pour le faire pénétrer dans toutes les anfractuosités de la cavité péritonéale.
Injections iodées dans la cavité pleurale. En présence des résultats obtenus dans l'ascite, rien n'était plus naturel que déporter l'Iode dans la cavité pleurale, en d'autres termes, d'associer les injections iodées à la thoracentèse. C'est ce que nous avons fait nous-mêmes dans certains cas d'épanchements de pus dans la plèvre , lorsque après des ponctions répétées, le liquide purulent tendait à se reproduire sans cesse; et déjà plusieurs fois nous avons été assez heureux pour obtenir la guérison, lorsque
264 MÉDICAMENTS ALTÉKANTS.
l'épanchement n'était pas compliqué de tubercules. (Voir le Bulletin de la Société des hôpitaux, septembre 1854..)
D'autres médecins, entre autres MM. Legroux, Boinet, Aran, etc., ont répété les mêmes expériences ; et, aujourd'hui les cas de succès sont tellement nombreux et si bien constatés, qu'il n'est plus possible de révoquer en doute l'utilité d'une médication qui, dans le principe, avait été accusée de témérité.
Enfin, n'oublions pas d'ajouter ici qu'enhardi par les résultats obtenus dans rhydro-thorax et même dans Ihydro-pneumothorax, M. Aran n'a pas craint de porter les injections iodées jusque dans le péricarde, et que cette tentative a réussi.
Hydropisies de Vovaire. De tous les praticiens, M. Boinet est, sans contredit, celui à qui l'on doit le plus pour la cure radicale des hydropisies de l'ovaire. On sait quels débats a suscités dernièrement cette grave question. Nous n'avons pas à nous en occuper; mais nous nous bornerons à signaler les conditions générales où cette cure peut être tentée légitimement. Ainsi, dans les cas où le kyste est uniloculaire, ou quand, formé de plusieurs loges, il ne contient qu'un liquide séreux ou séro-purulent, quand, surtout, il n'est compliqué d'aucune lésion organique, quel que soit d'ailleurs le volume de la tumeur, la ponction suivie des injections iodées peut offrir des chances de succès. A cet égard , un certain nombre d'observations, citées tant par M. Boinet que par d'autres praticiens, ne permettent guère le doute sur la réalité d'une guérison plus ou moins complète. Les injections iodées opèrent ici par un double mécanisme, soit qu'elles déterminent une inflammation adhésive (effet d'ailleurs trèscontesté ) , soit plutôt qu'elles agissent en exerçant une modification toute spécifique sur la surface sécrétante et sur le produit de la sécrétion. Quelle que soit la nature de cette action , l'observation démontre que le liquide épanché, soit séreux, soit purulent, tend à devenir de jour en jour de meilleure nature et à diminuer de quantité jusqu'à ce qu'il se tarisse complètement. En même temps le kyste revenant peu à peu sur lui-même finit par ne plus constituer qu'une masse celluleuse sans cavité, et par se réduire même à une sorte de moignon à peu près inerte. Tel est le cas le plus heureux, et, on peut le dire, tout à fait exceptionneL
Mais, d'autre part , l'expérience a montré que cette méthode échoue à peu près complètement, et même n'est pas sans danger, lorsqu'on l'emploie dans des kystes multiloculaires, à parois très-dures et épaisses, et à cavité considérable, surtout si le liquide est très-visqueux ou sanguinolent. Alors il est prudent de s'abstenir.
Pour obtenir de cette médication de bons résultats, il est d'ailleurs une infinité de conditions à remplir, de précautions à prendre, et un modus faciendi tout particulier à connaître et à suivre.
A cet égard, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer au mémoire inséré par M. Boinet dans le Bulletin de Thérapeutique, août 1852, et surtout au Traité complet qu'il a publié sous le titre lodothérapie , où
il exposé dans le plus grand détail ces conditions, ces précautions et ce modusfaciendi, en un mot tout ce qui, après un diagnostic exact de la maladie, est de nature à assurer le succès.
N'oublions pas d'ajouter surtout que, dans cette question très-délicate, le praticien devra désormais tenir grand compte des enseignements précieux qu'a apportés la récente discussion académique. En effet , si d'une part, cette discussion a été une occasion de faire triompher la cause des injections iodées dans les kystes ovariques, en prouvant que cette opération pratiquée dans des conditions favorables était à peu près sans danger, et le plus souvent suivie d'une guérison soit temporaire, soit quelquefois même définitive; d'autre part, elle aura eu pour résultat de faire connaître ou de mieux préciser certaines contre indications qui commandent généralement l'abstention, et par conséquent elle aura très-heureusement servi à arrêter les praticiens dans cette voie d'engouement irréfléchi qui, sans nul doute, avait déjà été funeste à plus d'un malade.
Abcès^ par congestion. Une des applications les. plus importantes de la méthode des injections iodées consiste dans la cure radicale des abcès par congestion. C'est encore à M. Boinet qu'on doit cette extension de la méthode, et déjà, en 1850, il annonçait devant la Société de chirurgie avoir obtenu plusieurs guérisons, à l'aide des injections dans la cavité purulente, combinées avec l'emploi des préparations iodurées à l'intérieur. On pourra lire avec intérêt une observation de ce genre, pubhée dans V Union médicale, septembre 1853, par M. le docteur Foucault, de Nanterre; il s'agit d'un abcès par congestion avec fistule, datant de huit mois, dont la guérison fut obtenue en deux mois par quatre injections iodées auxquelles on associa les préparations d'Iode à l'intérieur.
Abcès avec décollements , fistules à l'anus. M. Boinet est certainement le médecin qui a le plus travaillé à généraliser les diverses applications topiques de la teinture d'Iode. Ainsi, entre ses mains, les injections iodées faites dans les grandes cavités closes que laissent les abcès avec décollements de la peau, sont devenues un moyen puissant de curation.
Plus tard, il a étendu ce moyen au traitement des fistules à l'anusj et dans un mémoire lu en 1853, devant l'Académie des sciences, il a présenté un certain nombre d'observations qui tendent à montrer qu'il est possible d'obtenir par les injections la guérison de toutes les variétés de fistules à l'anus, fistules borgnes ou incomplètes, fistules complètes, fistules profondes avec clapiers et décollements de l'intestin, fistules chez les tuberculeux; et il donne suroutla préférence à cettte médication dans les espèces de fistules où la méthode par incision est impuissante ou dangereuse, par exemple, dans celles qui s'étendent profondément , ou qui dépendent d'une carie ou d'une altération quelconque de l'ischion, du coccyx, . du sacrum, etc.
Si ces résultats se confirment, comme déjà un certain nombre de tentatives heureuses faites ultérieurement par d'autres chirurgiens permettent de l'espérer, cette méthode aurait, sur la méthode par incision, l'avantage
266 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
de guérir avec moins de danger et d'inconvénient; ainsi elle n'empêche pas les malades de vaquer à leurs affaires, et elle leur épargne des pansements douloureux. Du reste, si cette méthode échoue, elle n'aggrave jamais la position des malades ; il paraît donc rationnel de la mettre en usage avant de recourir à Tinstrument tranchant.
Injections dans le sac herniaire. Enfin pour terminer ce qui a trait aux injections dans les cavités closes, nous dirons que tout récemment quelques mxédecins, parmi lesquels nous citerons M. Jobert, ont eu l'idée de tenter la cure radicale des hernies en injectant de la teinture d'Iode dans l'intérieur du sac herniaire, et que déjà cette médication compte un assez bon nombre de succès.
Maladies de la peau. Déjà nous avons parlé de l'action des iodures de mercure, en tant que préparations mercurielles, dans le traitement des maladies cutanées; ils agissent là sans doute à la fois comme irritants locaux et par des propriétés spéciales altérantes. Dans certaines maladies cutanées, celles qui sont liées à la constitution scrofuleuse , celles aussi qui s'accompagnent d'engorgement de la peau et de gonflements tuberculeux, les iodures de mercure sont particulièrement indiqués. Dans la couperose, les bons résultats des iodures de mercure, et notamment de Tiodure de chlorure mercureux , sont des plus incontestables.
Ici , à la vérité, il y a une action thérapeutique mixte, et l'on ne sait au juste s'il faut attribuer au mercure ou à l'Iode l'heureuse issue de la médication. Mais pourtant il est certain que des pommades faites avec de la teinture d'Iode ou l'iodure de potassium, ont réussi très-bien dans le traitement des dartres (voir la Bibliothèque thérapeutique de Bayle), de la gale (Buisson , Thèses de la Faculté de Paris, 1825, n" 223), de la teigne (voir Bayle, loc. cit.).
Le docteur Yott a employé la pommade suivante, qu'il dit très-efficace dans le traitement des teignes : Sulfure d'Iode, 50 centigrammes ( 10 grains); axonge, 30 grammes (1 once). Frictionner la tête matin et soir. On augmente graduellement la proportion de l'iodure sulfureux jusqu'à arriver à 2 grammes (1 demi -gros). {Gaz. des Hôpit., t. XI, n" 165, et la Gaz. méd., 1838, n" 29). Il parle de l'efficacité des vapeurs combinées de soufre et d'Iode dans le traitement des maladies chroniques de la peau.
Maladies des membranes muqueuses. L'analogie de texture engagea les médecins à expérimenter les préparations d'Iode dans les phlegmasies chroniques des membranes muqueuses. Ainsi, M. Hanelle, dans la deuxième période de l'ophthalmie égyptienne, fait appliquersur la conjonctive une solution d'iodure dans l'eau distillée. Sa formule est la suivante : Iode, 10 centigrammes (2 grains); iodure de potassium, 6 centigrammes (1 grains); eau distillée, 30 grammes (1 once). {Gaz. méd., 1839, n" 4.)
Malgré des assertions contraires, l'expérience a démontré que le contact de la teinture d'Iode sur les membranes muqueuses n'est nullement doulou-
reux, en supposant, bien entendu, qu'il n'existe aucun point de solution de continuité, ou que la muqueuse ne soit pas dépouillée de son épithélium. Ainsi M. Boinet a fait voir qu'on peut badigeonner presque à i'insu des malades la muqueuse pharyngienne et buccale, les amygdales , le col de l'utérus, le vagin, etc., sans déterminer de. douleur, -mais à la condition que la teinture iodique ne touchera pas les orifices des cavités muqueuses, car en ce point où existe la transition entre la muqueuse et la peau , et où le tissu est infiniment plus fin et plus sensible, ce contact produit une douleur très-vive, et même aussi vive que lorsqu'on applique de la teinture d'Iode sur la peau dénudée de son épiderme, ou sur une plaie récente. Aussi M. Boinet recommande-t-il expressément de ne toucher que la muqueuse et rien que la muqueuse , sous peine de produire des douleurs inutiles.
Il fait d'ailleurs remarquer avec beaucoup de raison , que si l'on vient à pratiquer successivement plusieurs badigeonnages sur la même partie , il se passe sur la muqueuse ce qui a lieu pour la peau, c'est-à-dire qu'à la suite de la desquammation les badigeonnages que l'on pratique ultérieurement ne peuvent manquer de déterminer de la douleur.
Quelle que soit la nature des affections ayant leur siège sur la membrane muqueuse de la bouche et de l'arrière-gorge, spécifiques ou non, il n'en est aucune qui n'ait été soumise avec avantage aux applications iodées. Ainsi, soit en gargarismes, soit sous forme de collutoires ou de badigeonnages à l'aide d'un pinceau, la teinture d'Iode a rendu des services signalés dans les stomatites simples ou gangreneuses, dans les diphthérites , dans l'angine granuleuse pharyngée, maladie toujours si réfractaire. Nous pouvons en dire autant relativement aux diverses affections ulcéreuses, purulentes, gangreneuses, syphilitiques, dans les plaies atteintes de pourriture d'hôpital et généralement dans toutes les affections de nature septique.
M. Boinet qui, plus que personne, a contribué à généraliser l'emploi de ces applications topiques à la plupart des inflammations des membranes muqueuses, en obtient journellement les plus grands avantages dans les granulations et les ulcérations du col de la matrice et il les préconise surtout dans les vaginites aiguës ou chroniques, simples ou virulentes. Dans ce cas , il badigeonne avec la teinture d'Iode pure tout le canal vulvoutérin, depuis le col de la matrice jusqu'à l'entrée du vagin. Une seule application suffit ordinairement. Par mesure de précaution, dans le cas de blennorrhagie virulente, il a soin de badigeonner les grandes et les petites lèvres avec leurs replis, et puis il termine par une injection dans la partie antérieure du canal de l'urètre, mais seulement avec un mélange à parties égales de teinture et d'eau , avec la précaution d'empêcher le liquide de pénétrer dans la vessie. Ce traitement paraît préférable à M. Boinet à la cautérisation avec le nitrate d'argent , d'une part , parce qu'il est beaucoup moins douloureux, et, de l'autre, qu'il est d'une appUcation plus prompte, plus facile et enfin plus efficace [Union médicale, septembre 4853.)
'2ti8 iMÉDICAMEîNïS ALTÉRANTS.
Dysenterie chronique. M. le docteur Delioux [Union médicale, 4853) a eu ridée d'employer l'Iode en injections rectales pour combattre la dysenterie chronique. En modifiant directement à l'aide de cet agent la surface de la membrane muqueuse chroniquement enflammée, il dit avoir obtenu des succès remarquables. Il donne ces lavements à la dose de 10 à 30 grammes de teinture d'Iode, maintenue soluble par 1 à 2 grammes d'iodure de potassium pour 200 à 250 grammes d'eau. Sur 12 cas consignés dans son mémoire, l'affection intestinale a été notablement amendée ou guérie 10 fois-, dans deux cas seulement il y a eu insuccès, mais non aggravation. M. Delioux affirme qu'en général ces lavements ne produisent que de légères coliques, et quand elles sont un peu vives, on les calme facilement par un lavement laudanisé. L'auteur fait d'ailleurs observer qu'en raison de la faculté d'absorption dont est doué l'intestin , les lavements pourraient servir de moyen d'introduire l'Iode au sein de l'organisme , dans certains états morbides généraux qui peuvent en réclamer l'usage.
Comme on vient de le voir, il est un très-grand nombre de maladies soit des cavités séreuses, soit du tégument externe et interne , où l'Iode, administré en injections et en applications encore plus directes, a rendu les services les plus signalés. Aussi peut-on dire que l'extension donnée depuis quelques années à l'emploi topique de ce médicament constitue une des plus précieuses conquêtes de la théra;peutique.
Et pourtant, si rapide et si grande qu'ait été cette extension, il est facile de juger que sous ce rapport il reste encore des applications nouvelles à tenter, et sans nul doute plus d'un utile résultat à recueillir.
En effet, grâce à cette propriété éminemment antiseptique et résolutive, aujourd'hui si bien constatée, l'Iode devra trouver son indication toutes les fois qu'il s'agira soit d'assainir une plaie de mauvais caractère, soit de modifier une surface vicieusement sécrétante , soit de résoudre une phlegmasie de nature chronique et de tendance réfractaire. Or quel que soit d'ailleurs le siège de la lésion , qu'elle affecte la surface de la peau ou le point le plus caché d'une membrane muqueuse, ou même qu'elle réside dans les profondeurs d'une cavité séreuse, synoviale, ou autre, on sera autorisé à tout attendre de l'Iode, pour peu que cette lésion soit accessible à l'action topique de ce médicament.
C'est qu'en effet, comme l'a démontré l'expérience, la matière médicale ne possède guère de modificateur externe à la fois plus efficace et plus inoffensif que l'Iode. Aussi, à ce titre, nous n'hésitons pas à le placer à côté du nitrate d'argent comme l'un des plus précieux agents de la médication substitutive.
Syphilis. L'action résolutive puissante de l'Iode, son influence sur la nutrition, avaient fait penser qu'il pourrait être administré avec avantage dans le traitement de la syphilis constitutionnelle. Déjà, depuis plusieurs années.
l'Iodure de mercure était employé comme anti syphilitique, et l'expérience avait démontré qu'il était surtout utile dans les maladies vénériennes chroniques. Les heureux succès obtenus par ce moyen nouveau étaient-ils imputables au mercure seul ou bien à l'Iode, ou bien à la combinaison de ces deux agents ? Wallace, de Dubliny a tranché la question, et a démontré que l'Iode est aussi utile que le mercure dans le traitement de la syphilis constitutionnelle [Journ. desConnaiss. méd.-chir., t. IV, p. 457). Sur 142 malades traités, il y en avait 6 affectés d'iritis, 6 d'engorgement du testicule, 10 de maladies diverses des os et des articulations, 97 de syphilides cutanées, 20 de lésions de la membrane muqueuse de la bouche, du nez, de la gorge ; enfin, l'Iode fut également administré chez trois femmes enceintes, dans le but de soustraire le fœtus à l'infection syphilitique. La préparation qu'il emploie est lumixtiira hydriodatis potassœ, qui contient 8 grammes (2 gros) d'Iodure de potassium pour 250 grammes (8 onces) d'eau distillée. Les adultes prennent de cette mixture une cuillerée à bouche quatre fois par jour; soit 60 grammes (2 onces), c'est-à-dire 2 grammes (1 demi-gros) d'Iodure de potassium.
Nous avons les premiers expérimenté la méthode de Wallace en 1835, à Paris, et nous en avons constaté les heureux effets. Mais M. Ricord, à la tète d'un hôpital des vénériens, a pu reprendre ces expériences sur une très-grande échelle, et il est arrivé à placer l'Iodure de potassium au même rang que le mercure dans le traitement des maladies syphilitiques. Il a surtout recours à ce médicament dans ce qu'il appelle les accidents tertiaires. Voici, suivant lui, l'ordre des symptômse qui cèdent à l'emploi de l'Iodure de potassium : les tubercules profonds de la peauet des membranes muqueuses; les tubercules du tissu cellulaire, vulgairement connus sous le nom de tumeurs gommeuses ; les périostoses, la carie, les exostoses, les douleurs ostéocopes, etc., etc. — Les doses d'Iodure de potassium que M. Ricord emploie sont de beaucoup supérieures à celles que conseille Wallace-, il commence par 1 gramme (20 grains) par jour dans une potion, et il va jusqu'à 4 grammes (un gros), sans produire d'accidents. M. BuUock a publié également des faits qui déposent dans le même sens que ceux qui ont été observés par Wallace, M. Ricord et nous [France méd., févr. 1839).
A cette occasion, nous croyons utile de faire une remarque au sujet de la puissance d'action comparative du mercure et de l'Iode, dans leurs rapports avec les diverses manifestations de la syphilis constitutionnelle.
Selon M. Ricord, le mercure serait le véritable spécifique des accidents secondaires, tandis que l'iodure de potassium n'aurait d'efficacité réelle que dans les accidents tertiaires.
Cette manière de voir, qui est vraie en général, cesse d'être exacte lorsqu'elle se produit sous une forme aussi absolue.
A coup sûr, le mercure ne possède plus généralement" contre les accidents tertiaires cette même efficacité dont il jouit incontestablement contre les accidents secondaires. Cependant les faits les plus positifs attestent que
iJ-O MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
là encore non-seulement le mercure est loin de se montrer impuissant, mais que dans certains cas même il est supérieur à l'Iode lui-même.
Ainsi bien des praticiens ont pu^ comme nous, l'employer avec un •plein succès non-seulement contre certaines périostoses formant la transition du second au troisième degré de la syphilis constitutionnelle, mais même encore contre des exostoses anciennes, et autres phénomènes morbides, appartenant évidemment aux accidents de troisième génération. Et réciproquement, ITode, bien que généralement plus efficace contre les accidents tertiaires, ne laisse pas que de l'emporter à son tour sur le merciire dans certaines ulcérations du pharynx et quelques autres manifestations de la syphilis secondaire.
Déjà, avant Wallace, et avant que l'Iode eût été employé contre la syphilis, Girtanner donnait l'éponge brûlée pour les ulcères vénériens de la gorge. Dès 1821, Martini de Lubeck conçut l'idée de substituer l'Iode à l'éponge brûlée dans le traitement des chancres syphilitiques du pharynx, à l'exemple de Coindet, qui avait fait si heureusement cette même substitution pour le goitre. Depuis lors il a eu de nombreuses occasions de donner l'Iode, et l'Iode seul, dans cette grave manifestation de la syphilis, et il a eu lieu de s'en applaudir [Journ. des Connaiss. méd.-chir., .t. P'', pr 90). Le docteur Henri Gouraud nous a dit avoir usé avec avantage du même moyen dans les angines chroniques qui n'avaient rien de vénérien. Nous-mêmes, plusieurs fois, nous avons, dans les mêmes circonstances, obtenu des succès que nous n'avions pu avoir par d'autres moyens.
En 1824, M. Richond publia, dans les Archives générales de Médecine (t. IV, p. 321), un mémoire très-curieux sur l'emploi de la teinture d'Iode dans le traitement de la blennorrhagie et des bubons vénériens. Pour la blennorrhagie, il donne ce médicament aux doses de 20, 30, AO et même 50 gouttes matin et soir, dans des potions gommeuses que le malade prend en une fois. Il gradue les doses de la manière suivante : premier jour, 15 gouttes le matin; second jour, 25 gouttes; troisième jour, 30. Il commence ensuite à en donner 15 gouttes le soir, et il augmente de la sorte jusqu'à 30 gouttes soir et matin. Il reste à cette dose pendant trois ou quatre jours, et, s'il ne survient pas de signes d'irritation gastrique, il en prescrit 40 et même 50 gouttes matin et soir. Préalablement, M. Richond calme les accidents inflammatoires du canal de l'urètre par des applications locales de sangsues. D'après les faits publiés par M. Richond, la durée moyenne du traitement semblerait être de trente jours à peu près. Quand l'Iode est inefïicace, il donne alors le copahu, qui , suivant lui, agit alors beaucoup plus utilement.
Le traitement des bubons par l'Iode, conseillé par M. Richond, est purement local. Après avoir calmé l'inflammation développée dans le ganglion lymphatique, il fait faire, sur la tumeur même, cinq ou six frictions chaque jour pendant quelques minutes, à la dose de 4 ou 8 grammes (1 gros et même 2 gros) de teinture, ou pure ou incorporée à l'axonge, ou suspendue dans un véhicule huiloux. Quand les frictions sont faites avec exactitude,
lu diminution de ^engorgement, dit M. Richond, est ordinairement appréciable au bout de quatre à cinq jours, et la guérison opérée au bout de huit à dix [loco cit.).
Les résultats obtenus par M. Richond sont brillants, et il serait à souhaiter que tous ceux qui ont expérimenté après lui eussent été aussi heureux.
S'il est incontestable aujourd'hui que l'iodure de potassium rend, dans la syphilis constitutionnelle, des services aussi importants que le mercure, on ne peut nier que l'association de ces deux héroïques remèdes n'ait une puissance thérapeutique immense. L'expérience a prononcé à cet égard. Lo protoïodure de mercure, expérimenté en grand, d'abord parBiettet ensuite par tous les médecins ; l'iodliydrargyrate d'iodure de potassium (iodure double de mercure et de potassium) conseillé par M. Puche [Bull, thérap., mars 1839), occupent aujourd'hui dans la thérapeutique des maladies vénériennes un rang très-élevé. Ces deux médicaments se donnent en pilules à la dose de 1 à 10 centigrammes (1/5 de grain à 2 grains) associés à un peu d'opium, afin de miliger leurs quahtés irritantes.
Aménorrhée. L'augmentation qu'éprouvait le flux menstruel sous l'influence de l'Iode, lorsqu'on administrait ce médicament pour une affection quelconque, engagea Bréra à tenter ce moyen dans l'aménorrhée. Les faits qu'il rapporte dans le Saggio clinico {Arch. gén. de méd., t. Il, p. i39 et suivantes) ne sont pas très-concluants, non plus que ceux de Coindetetde Sablairolles. Nous-mêmes nous avons expérimenté cet agent thérapeutique dans l'aménorrhée, et nous avons obtenu quelques résultats assez analogues à ceux de Bréra {Journ. des Connaiss. méd.-chir.,i.l, p. 74). Toutefois, en poursuivant nos expériences pendant plusieurs années, nous en sommes arrivés à formuler les indications de l'Iode dans l'aménorrhée de la manière suivante :
Chez les filles chlorotiques, l'Iode n'a amené aucun résultat tant que les martiaux n'ont pas été préalablement administrés; mais lorsque le sang est reconstitué, l'administration de l'Iode augmente évidemment le flux menstruel, et le fait apparaître plus tôt que si l'on eût laissé agir la nature. Quand les femmes sont fortement colorées, que les règles sont peu abondantes et en même temps douloureuses, l'Iode, il est vrai, augmente l'écoulement du sang, mais il augmente en même temps l'intensité des douleurs et cause quelquefois des métrites. Il est, au contraire, véritablement utile chez les femmes bien colorées dont les règles sont peu abondantes, et qui pendant la menstruation, n'éprouvent pas de douleurs utérines. Dans l'aménorrhée proprement dite, il est convenable de continuer pendantlongtemps l'usage de l'Iode. Il faut, pendant deux ou trois mois, donner tous les jours 25 ou 30 gouttes de teinture, ou une cuillerée à bouche au moins de la mixture d'hydriodate de potasse de Wallace, dont nous avons parlé plus haut.
M. Boinet a signalé un fait curieux relativement à la propriété emmé-
iiagogue de l'Iode : c'est que toutes les fois qu'il lui est aiTivé d'employer le procédé du badigeonnage avec la teinture d'Iode sur le col de la matrice et sur le vagin, il a presque constamment provoqué le flux menstruel. Cette remarque l'a conduit à toucher avec la teinture d'Iode le col utérin et une partie du vagin, dans certains cas de règles difficiles, ou d'aménorrhée complète ; et il dit avoir obtenu le plus souvent par ce procédé le retour des règles. De là il tire cette conclusion fort sage : c'est qu'on devra toujours s'abstenir de cette pratique chez les femmes enceintes.
Leucorrhée. Il est assez singulier qu'un médicament qui provoque si évidemment le flux menstruel ait été conseillé par Bréra, Gimelle, SablairoUes, dans le traitement de la leucorrhée. Mais on ne peut pas mieux expliquer ici l'utilité de l'Iode que dans la blennorrhagie. M. Pierquin a employé avec succès l'iodure de fer dans cette même affection. (Mérat et de Lens, t. III, p. 635.) Dans la blennorrhée, M. Ricord se loue beaucoup de ce médicament.
Goutte, Rhumatisme. M. Gendrin se loue beaucoup de l'emploi interne et externe de l'Iode dans le traitement de la goutte. Il affirme que, dans la plupart des cas, l'Iode fait disparaître en quelques jours les plus vives attaques de la goutte aiguë. Il ne néglige pas non plus ce moyen dans la goutte chronique, soit pour résoudre les nodosités et les tophus, soit, à l'intérieur, pour modifier l'état général. Déjà avant lui, Valentin, de Nancy, avait conseillé l'éponge calcinée contre la goutte. [Journ. gén. de Méd., t. GIV, p. 59.)
, M. le docteur Aubrun a employé avec avantage l'iodure de potassiund dans le rhumatisme articulaire aigu ou sub-aigu , et surtout dans certains cas où l'état de faiblesse du sujet ne permettait pas l'emploi des émissions sanguines [Gazette médicale, 1843).
Plus tard, le docteur Izarié a publié dans V Union médicale (avril 1852) plusieurs faits qui tendent à démontrer l'efficacité de ce même médicament à doses élevées (de -4 à 8 granmies) dans le traitement de la sciatique.
La guérison a été tellement rapide qu'il n'est guère possible ici d'attri» buer au hasard des résultats aussi heureux.
Nous-mêmes, il y a quelques années, nous avons eu occasion de donner des soins à un malade d'un tempérament excessivement nerveux, aflecté d'une sciatique des plus douloureuses et des plus réfractaires qui, après avoir résisté à divers moyens et notamment aux larges vésicatoires et aux préparations de morphine, céda assez rapidement à l'usage de l'iodure de potassium donné à assez fortes doses.
En regard de ces sciatiques rhumatismales guéries par l'iodure de potassium, viennent naturellement se placer les sciatiques ou autres névralgies de nature syphilitique, traitées avec succès par le même moyen.
M. le docteur Gérard de Lyon a rapporté plusieurs faits appartenant à cette dernière catégorie dans V Union médicale, mai 1852.
Faisons remarquer ici que si l'iodure de potassium a pu être utile dans certaines névralgies rhumatismales, il n'en est pas moins vrai que son efficacité est encore mieux établie dans les névralgies d'origine syphilitique. Aussi lorsqu'on se trouvera en présence de certaines névralgies rebelles, à exacerbations nocturnes, on ne devra pas oublier de rechercher avec soin si elles ne pourraient pas se rattacher à la vérole constitutionnelle, afin de recourir immédiatement à la médication spécifique. Nous ajouterons que, même dans le doute, il n'y aurait aucun inconvénient à s'adresser à l'iodure de potassium qui répond avantageusement à des états morbides de natures diverses.
Phthisie pulmonaire. L'emploi de l'Iode sous la forme d'inspirations n'est pas tout à fait nouveau. Proposé en 1828, par M. le docteur Berton, contre les bronchites chroniques et contre la phthisie pulmonaire, ce moyen fut essayé à l'hôpital des Enfants par Baudelocque, qui regarda les vapeurs d'Iode comme plus nuisibles qu'utiles aux phthisiques ; et dès lors il n'en fut plus question en France.
Mais en Angleterre, cette méthode fut reprise par Murray et L. Scudamore qui aflîrmèrent en avoir obtenu de bons résultats, tandis que, à la même époque, le docteur Pereira déclare avoir essayé les inspirations iodées dans le traitement de la phthisie pulmonaire sans en avoir vu résulter aucune amélioration marquée.
Ce moyen était à peu près généralement oublié, lorsque M. Piorry vint rappeler l'attention des médecins, tant sur l'emploi des vapeurs iodées dans la phthisie pulmonaire, que sur l'administration à l'intérieur de l'Iode et des iodures dans cette même maladie.
C'est d'après les indications de M. Piorry que M. le docteur Ghartroule s'est occupé d'une manière toute spéciale de cette question de thérapeutique, et notamment de l'emploi de l'Iode sous forme de vapeurs. Il fait inspirer ces vapeurs soit au moyen de cigarettes, soit surtout à l'aide d'un appareil spécial, qui est très-analogue à celui dont se servait Gottereau pour ses inspirations de chlore. Plus tard, M. Danger présenta à l'Académie des sciences un appareil du même genre, d'un mécanisme très-simple, à l'aide duquel le malade peut aspirer de l'air pur, sec et chaud, qui est saturé d'Iode amené à l'état de vapeur, et qui pénètre à cet état de pureté dans les dernières ramifications bronchiques (août 1853).
D'autres médecins, à l'exemple de M. Piorry, se contentent d'entourer le malade d'une atmosphère iodée en plaçant, auprès du lit du malade, des soucoupes contenant une certaine quantité de cette substance volatile. Généralement on ajoute à ces inspirations iodées des applications sur le thorax de teinture d'Iode affaibhe, et de plus l'Iode et les iodures à l'intérieur.
Que ce médicament, sous ces formes diverses, agisse comme modificateur direct des bronches ou comme reconstituant de tout l'organisme, il est certain, d'une part, qu'il exerce une influence favorable contre le lymphatisme et contre la diathèse strumeuse ; et, d'autre part, on ne peut nier 1, 38
274 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
que dans un assez grand nombre de cas il n'ait rendu de véritables services à des individus tuberculeux, soit en modifiant avantageusement ces bronchorrhées concomitantes qui épuisent la plupart des phtbisiques, soit en ranimant l'appétit et les forces de ces malades énervés et cachectiques qui peuplent nos hôpitaux.
Mais qu'au moyen de l'Iode employé en vapeurs ou autrement, on ait obtenu, ainsi qu'on s'en flatte, des guérisons solides et complètes, ou qu'on ait réussi seulement à arrêter d'une manière presque indéfinie le travail de tuberculisation, c'est là une prétention qui jusqu'ici ne nous paraît pas justifiée par une expérience suffisante.
Laryngites, bronchites, catarrhes. Que si pour bien des praticiens l'efficacité de l'Iode est encore douteuse dans la phthisie pulmonaire;, il n'en est plus de même dans les bronchorrhées ou le catarrhe de la membrane muqueuse des bronches où il est évidemment utile, comme il l'est dans le catarrhe de l'urètre, du vagin et de l'utérus. Aussi nous recommandons avec confiance les inspirations iodées sous diverses formes dans le traitement de certaines laryngites, et de bronchites passées à l'état chronique, où bien des fois nous avons été en mesure de constater par nous-mêmes leur efficacité.
Méningite^ hydrocéphalie aiguë et chronique. Enfin il n'est pas jusqu'à la méningite que quelques médecins n'aient prétendu guérir par de hautes doses d'iodure de potassium. M. Latfore, d'Agen, et M. Schoepf Merceï, do Pesth, sont de ce nombre. M. Laffore déclarait, dans un travail présenté à l'Académie de médecine de Paris, que, dans sept cas de méningite tuberculeuse, dont plusieurs offraient les symptômes de la troisième période, l'iodure de potassium à la dose de 3 grammes avait réussi. Mais faisons observer que ce médecin vint, à Paris, expérimenter à l'hôpital des Enfants, et qu'il n'a obtenu aucun résultat avantageux.
Nous-mêmes, d'après les invitations qui nous ont été souvent adressées par d'autres confrères ayant certaine confiance dans ce moyen , et surtout en désespoir de cause vis-à-vis d'une maladie presque invariablement mortelle, nous nous sommes décidés bien des fois, soit à l'hôpital ou en ville, à administrer l'iodure de potassium dans la fièvre cérébrale des enfants, notamment dans la méningite présumée tuberculeuse. Mais jamais il ne nous est arrivé d'obtenir, nous ne dirons pas un succès, mais même une amélioration assez marquée pour nous encourager dans nos essais. Nous n'ignorons pas assurément que d'autres praticiens prétendent avoir été plus heureux que nous; mais il n'est peut-être pas inutile de faire ol)server qu'il existe à cet égard certaines causes d'erreur ou dïUusion dont on ne sait pas toujours bien se défendre.
Morve chronique. Bien qu'il ne soit pas légitime d'assimiler, comme l'a fait M. Dupuy, d'Alfort, la morve chronique des chevaux à la phthisie tuberculeuse de l'homme, cependant l'incurabilité ordinaire de la morve donne quelque valeur au fait rapporté par Thompson, et doit engager les médecins et les vétérinaires à recourir à l'Iode dans des cas où l'art serait impuissant
pour amener, dans létal d'une partie malade, d'heureuses modifications. Voici le fait rappporté par Thompson :
On administra à un cheval morveux, trois ou quatre fois par jour, dans de l'eau, 150 gouttes de forte teinture d'Iode. Cette médication fut continuée régulièrement pendant six semaines, durant lesquelles on ne donna pas moins de 450 gouttes par jour, et souvent plus de 5 à 600. Les effets avantageux de cette solution devinrent évidents en peu de jours, et au bout de sept semaines l'animal était presque complètement guéri.
Quatre ans après cette guérison, il n'y avait pas eu de récidive.
La morve avait-elle été bien constatée? D'après le docteur Thompson , tous les symptômes étaient évidents. {Gaz.méd., 1837, n" 42.)
Salivation mercurielle. Le docteur Knod communiqua, il y a quelques années, au journal d'Hufeland la découverte qu'il avait faite de la propriété que possède l'Iode d'arrêter la salivation. Kluge a employé cette méthode avec le plus grand succès sur dix- sept malades à l'hôpital de la Charité de Berlin. La douleur et Te gonflement des glandes et la salivation ont cessé au bout de quatre à six jours d'administration de l'Iode, et même des ulcères syphilitiques n'ont pas tardé à guérir. La dose administrée a été de 10 centigrammes (2 grains) par jour, et a été peu à peu portée à 20 centigrammes (4 grains). La formule employée est la suivante:
Prenez : Iode, 25 centigrammes (5 grains) ;
Faites dissoudre dans : Esprit-de-vin, 8 grammes (2 gros et demi) ; Ajoutez : Eau de cannelle, 80 gramm. (2 onces et demie) ;
Sirop de sucre, 16 grammes (demi-once).
Donner à prendre par jour, d'abord quatre demi-cuillerées, et puis quatre cuillerées entières de cette mixture. (Hufeland, Journ. ap<, 1833, et Journ. des Connaissances méd.-chir.^ t. I, p. 89.)
Tout le monde sait combien la salivation qui coïncide avec la grossesse est réfractaire dans la majorité des cas. Sous ce rapport, nous avons lu avec intérêt une observation publiée par le docteur Lemaëstre où une salivation qui, par son abondance, menaçait d'épuiser la malade et s'était montrée jusque-là rebelle à tous les moyens employés , avait été guérie assez rapidement par l'iodure de potassium administré sous forme de pastilles. On donnait 4 à 5 de ces pastilles par jour, avec recommandation de les laisser fondre dans la bouche, et d'avaler la salive.
Accidents causés par le mercure et par le plomb. MM. Natalis Guillot et Melsens ont constaté par l'expérience que l'administration de l'iodure de potassium faisait cesser les tremblements mercuriels , et qu'elle modérait ou faisait disparaître les graves accidents que l'on observe si souvent chez les ouvriers qui travaillent le plomb. Ils portent graduellement la dose de l'iodure de potassium jusqu'à 4 et même jusqu'à 6 grammes par jour.
^270 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Dans un travail plus récent (Journal de chimie médicale, 4849, p. 13C), M. Melsens a proposé l'iodure de potassium dans le traitement des empoisonnements chroniques par les composés plombiques et mercureux. Sous l'influence de l'iodure de potassium, ces composés sont rapidement éliminés par les urines. Mais il faut donner ce sel à faible dose, car une dose élevée déterminerait la dissolution d'une grande quantité de composés plombiques ou mercureux accumulés dans l'économie , et on risquerait de produire ainsi un empoisonnement aigu.
Ébranlement des dents. Parmi les causes qui produisent l'ébranlement d'une ou de plusieurs dents, il n'y en a pas de plus commune que l'inflammation de la membrane alvéolaire. Quelquefois le point de départ de cette inflammation est dans la dent elle-même , ou dans les gencives ; d'autres fois, au contraire, elle part du périoste qui tapisse l'alvéole, et gagne la racine de la dent et la gencive, causant beaucoup de douleur et de gonflement; bientôt il se produit un état spongieux de la gencive; par l'effet de la tuméfaction des tissus, la racine de la dent est repoussée hors de l'alvéole, et il n'est pas rare que la dent ébranlée finisse par tomber entièrement, bien qu'elle ne présente aucune trace d'altération .
La marche de cette affection est ordinairement accompagnée d'une vive douleur et d'un écoulement puriforme, qui s'établit entre les gencives et le périoste enflammé. Souvent on se borne à l'application de quelques sangsues sur la partie douloureuse, et dans les cas graves à des incisions profondes, pratiquées sur les gencives et le périoste enflammés. « Un de mes malades, dit Graves, atteint de cette affection, fut traité par cette méthode, et bien qu'entre les mains d'un habile chirurgien et d'un dentiste éminent, il perdit successivement une canine gauche et une molaire de la mâchoire supérieure. L'extraction de ces dents lui procura un soulagement momentané ; mais au bout de quelques jours, les douleurs revenaient aussi fortes qu'auparavant, et on ne lui proposa d'autre moyen de salut que d'arracher ainsi toutes les dents, à mesure qu'elles perdraient leur solidité. Après divers essais, il vint me trouver, et, me rappelant que Tannée précédente je lavais traité avec succès d'une affection périostique du sternum et des côtes par l'hydriodate de potasse, je lui recommandai d'en prendre 10 grains (50 centigrammes) trois fois par jour, et aussitôt il éprouva une amélioration manifeste; la douleur et l'inflammation disparurent immédiatement, et, au bout de dix jours, les dents étaient tout à fait consolidées. La périostite qu'avait eue ce malade était de nature rhumatismale; sa constitution était saine, et il n'était âgé que de quarante-quatre ans.
Maladies nerveuses. Que dire maintenant des essais divers de M. Manson dans le traitement de la cliorée et des paralysies diverses? Les faits rapportés par cet auteur ne sont pas tout à fait dépourvus d'intérêt; mais, en vérité, ils sont bien peu concluants. Nous devons mentionner toutefois que la teinture d'Iode, à petite dose, a été proposée comme un des meilleurs
agents contre les vomissements qui tourmentent si péniblement les femmes enceintes.
Enfin, nous terminerons par le fait curieux annoncé par M. Donné en 1829^ savoir : que la teinture d'Iode est le meilleur moyen à employer contre l'empoisonnement par la morphine, la strychnine et les autres alcalis végétaux. Il se forme,* dans cette circonstance, des composés qui, suivant M. Donné, n'ont pas d'action nuisible.
Mode d'administration et doses.
Iode. Rarement employé à l'intérieur à l'état pur ; il se donne en pilules, mêlé à l'opium , à la dose de 1 à 5 centigrammes (1 cinquième de grain à 1 grain) par jour. En boisson, dissous dans l'eau, à la dose de 5 centigrammes (1 grain) par litre d'eau. Le plus ordinairement l'Iode est employé concurremment avec l'iodure de potassium qui le maintient en dissolution.
En vapeur. Placé dans une soucoupe^ auprès du lit, l'Iode se volatilise, et le malade peut ainsi inspirer un air imprégné de vapeurs iodées.
Ou bien on met l'Iode dans l'eau, dont on élève la température. Divers appareils ont été inventés pour faciliter les inhalations de vapeurs d'Iode. On l'a encore, dans cette intention, associé au chloroforme.
En bain. Dissous dans l'eau. Les bains iodés de Lugol sont pour les adultes ainsi composés : Iode, 4 à 8 grammes (4 à 2 gros) ; iodure de potassium, 8 à 30 grammes (2 à 8 gros).
En lotions et frictions. L'Iode, sous forme de teinture, peut être appliqué sur la peau revêtue de son épiderme dans un double but , soit comme révulsif, soit comme moyen de faire absorber le médicament et d'agir sur l'ensemble de l'économie.
On a nié à tort l'absorption de l'Iode par la peau. Qu'on applique sur l'abdomen, ou sur le devant du thorax, une couche de teinture d'Iode pure, ou mieux encore étendue d'eau, et on pourra s'assurer avec le papier réactif que l'Iode passe assez rapidement dans les urines. Cette voie d'introduction n'est pas à négliger; en effet, il est un certain nombre de malades, surtout parmi les scrofuleux réclamant la médication iodée, dont les voies digestives ne peuvent, en raison de leur extrême susceptibilité, supporter ni l'Iode ni aucune de ses préparations. Or, dans ce cas, c'est une précieuse ressource que de pouvoir introduire dans l'économie, sans offenser des organes aussi importants que les organes digestifs, un médicament qui, déposé sur le tégument externe, va à l'adresse de l'affection qui le réclame, et qui bien souvent en effet s'en trouve très-avantageusement modifiée. Teinture alcoolique d'Iode. Vingt gouttes de cette teinture contiennent b centigrammes (1 grain) d'Iode. C'est, avec l'iodure de potassium, la plus commode de toutes les préparations iodiques; elle sert également pour les fumigations, pour les lotions, pour les injections, pour les bains, pour les boissons. Elle se donne à l'intérieur à la dose de 4; à 40 gouttes, trois fois par jour; à l'extérieur, les doses sont inimitées.
iMÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Sirop iodique. Il se prépare en mêlant à froid 50 gouttes de teinture alcoolique d'Iode dans 30 grammes (1 once) de sirop de sucre. On en donne, par jour, depuis 15 grammes (1/2 once) jusqu'à 120 grammes (4 onces).
lodure de soufre. Il a été employé pour la première fois par Biett dans les maladies tuberculeuses de la peau. On mêle ordinairement de 5 à 20 centigrammes (1 à 4 grains) d'iodure de soufre pour 4 grammes (1 gros) d'axonge.
lodure de jMtassium. C'est la préparation d'Iode dont on se sert le plus fréquemment. Wallace,, ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'emploie à l'intérieur plus volontiers encore que la teinture. On le porte chaque jour jusqu'à la dose de 1 à 4 grammes (20 grains à 1 gros), sans aucun inconvénient. Goindet, trop prudent, ne le prescrivait qu'à la dose de 1 centigramme (I/o de grain). Incorporé à l'axonge, l'iodure de polassium forme une des pommades résolutives les plus ordinairement employées.
Vhydriùdate iodurée de potasse entre dans la composition de la liqueur de Goindet. II sert à préparer les eaux minérales artificielles iodurées que Lugol a employées en bains ou en boissons. Voici comment ce dernier prépare les solutions, diversement chargées qu'il fait prendre à l'intérieur :
Iode,
lodure de potassium,
Eau distillée,