V OR
U nous reste à parler do TOr comme topique. M. Legrand d'abord et M, Récamier ensuite ont employé le perchlorure d'Or comme caustique dans les ulcérations du col de l'utérus. Pour lotions, pour injectons vaginales, on (ait usage du perchlorure d'Or et de sodium en dissolution dans de l'eau distillée, à la dose de 5 centigrammes (1 grain) pour 30, 60 et môme 120 grammes (i, 2 et môme A- onces) de véhicule.
Les pommades auriques, dont nous donnons plus bas la fornmle, servent non-seulement pour déterger les ulcères vénériens, mais encore pour modifier les ulcérations scrofuleuses, dartreuses et les affections herpétiques diverses.
Mode d'adminisiration. Doses.
L'Or divisé s'administre par doses croissantes de 1 à 20 centigrammes (d cinquième de grain à 4 grains) par jour, en frictions sur la langue (cette friction doit être d'une durée de quatre minutes pour l'Or divisé et pour les oxydes; une minute suffit pour le chlorure). On l'administre aussi à l'intérieur, ainsi que toutes les préparations d'Or, le matin, à jeun, dans une cuillerée de confiture non acide; une demi-heure après, le malade boit un grand verre de petit-lait. L'Or divisé s'emploie également en tablettes, en pilules. On compose des pommades en incorporant 30 à 60 centigrammes (6 à 42 grains) d'Or divisé dans de l'axongeou du cérat. On fait des tablettes selon la formule suivante :
Or divisé, ou mieux oxyde d'Or, 73 centigrammes (15 grains). Sucre blanc en poudre, 30 granmies (1 once).
Mêlez exactement, et faites avec le mucilage de gomme adragant ime masse que vous diviserez en soixante tablettes.
Les pilules se composent en mêlant l'Or divisé, ou mieuxl'un des oxydes, avec un extrait quelconque. On fait ainsi des pilules de 5 milligrammes (1 dixième de grain), qu'on prend le matin à jeun, en commençant par une et en allant jusqu'à dix.
Les oxydes d'Or sont employés sous les mêmes formes que l'Or divisé,, mais pas habituellement à l'extérieur; ils se donnent à la dose de 5 milligrammes (1 dixième de grain), d 5 centigrammes (4 grain), et même de 10 centigrammes (2 grains) par jour. L'oxyde d'Or par l'étain est plus énergique que celui par la potasse.
Le perchlorure d'Or et de sodium est un caustique puissant : on le donne pulvérisé et mêlé à de fortes proportions d'une poudre parfaitement inerte, l'iris par exemple ou l'amidon. Il s'administre le plus ordinairement en friction sur la langue, à la dose de 2 à 23 milligrammes (1 vingt-cinquième de grain à 1/2 grain) par jour. Niel a même poussé la dose jusqu'à 5 centigrammes (1 grain par friction). On peut aussi pratiquer cette friction sur la face interne des joues; mais on préfère la langue, de peur que le contact
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du médicament ue noircisse les dents. On remarque, en effet, que lorsqu'on fait ces frictions sur la langue, celle-ci et le doigt deviennent d'un violet foncé qui ne s'efface qu'à la longue, et lorsqu'on ne fait plus usage de ce moyen depuis longtemps. Si par mégarde on touche les dents, celles-ci se noircissent également, et il faut quelquefois plusieurs semaines avant que cet inconvénient disparaisse. Pour éviter la tache qui s'attache au doigt, M. Legrand conseille de se servir de la petite éponge qui se trouve placée souvent sur l'un des côtés des brosses à dents.
Le mécanisme de la friction, et peut-être l'action irritante du médicament, déterminent toujours une abondante sécrétion de salive. M. Ghrestien pense qu'après avoir gardé quelque temps la salive dans la bouche, on peut la rejeter; Gozzi, au contraire, donne le conseil de l'avaler; M. Legrand se range de l'avis de ce dernier.
Le perchlorure d'Or et de sodium peut aussi se donner à l'intérieur, mêlé à de la poudre d'iris, sur de la confiture non acide, ou en dissolution dans l'eau distillée. On ne doit jamais le prescrire en tablettes, en pilules, ou dans des sirops, parce que de cette manière il se décompose.
M. Ghrestien a une fois administré avec le plus grand succèsj suivant la méthode de Cirillo, en frictions sous la plante des pieds, le perchlorure d'Or et de sodium incorporé à l'axonge, à la dose de 45 grammes (une demi-once) de sel aurique pour 125 grammes (4. onces) de graisse. On consomme 4 grammes (4 gros) de pommade pour la première friction, et on augmente la dose de temps en temps.
Quand la langue est excoriée ou trop irritable, il faut pratiquer les frictions sur la face interne des joues, et si quelques accidents empêchent de les faire sur cette dernière partie, on les fera à la base du gland ou à la face interne des grandes lèvres.*
Les doses nécessaires pour obtenir la guérison d'une syphilis récente ne sont pas les mêmes que celles qu'il convient d'employer dans une vérole constitutionnelle ou dans les scrofules, ou bien encore dans le traitement des maladies chroniques de la peau.
Pour la syphilis, les doses de perchlorure d'Or et de sodium sont comprises entre les liniites de 45 centigrammes à 2 grammes (3 à 40 grains); les doses d'Or divisé et d'oxyde sont beaucoup plus considérables.
25 centigrammes (5 grains) de chlorure, en commençant par une dose très-minime, et allant par doses croissantes, suffisent, en général, pour les maladies vénériennes récentes ; la quantité du médicament doit être double et triple même pour les véroles constitutionnelles.
Quand on suppose que les préparations auriques devront être administrées pendant longtemps, il faudra changer souvent de préparation, et insister principalement sur les oxydes et sur l'Or divisé, qui n'ont pas d'action irritante.
Le§ précautions à prendre pendant le traitement et le régime n'ont rien de spécial ; mais ceux qui sont en traitement doivent se souvenir qu'ils sont malades et se conduire comme tels.
Le Platine a la couleur et l'éclat de l'argent, il a seulement une teinte un peu plus grisâtre. Il est extrêmement ductile et un
{leu moins malléable que l'or. D'après Wolaston, la ténacité du Platine est à celle du fer comme 59 : 60. Le Platine parfaitement pur est plus mou que l'argent; la présence d'une quantité minime d'un métal étranger le durcit beaucoup. C'est pourquoi le Platine du commerce, qui contient ordinareraent 1/2 pour 100 d'iridium ou de palladium, est très-dur. Le Platine peut être considéré comme le plus pesant de tous les corps; son poids spécifique est 21,80. Il e^t infusible au feu de nos fourneaux; il ne fond qu'à la flamme d'un mélange explosif d'oxygène et d'hydrogène, ou par l'action d'une puissante pile de Volta. A une température blanche très-forte, le Plaline se ramollit de manière à pouvoir être forgé et soudé sur lui-même , comme le fer.
Le Platine est, comme l'or, inaltérable à l'air etinoxydable, soit à froid, soit à chaud. Comme l'or, il a pour dissolvant l'eau régale. Les eaux régales de fluor et de brome le dissolvent également. L'acide azotique n'attaque le Platine que lorsque celui-ci se trouve allié avec une certaine quantité d'argent.
Il serait trop long d'énumérer toutes les réactions que le Platine peut subir au contact des corps minéralisables et minéralisateurs. Nous nous contenterons de citer les principaux composés de Platine , dont l'usage pourra peut-être un jour devenir beaucoup plus général qu'il n'est aujourd'hui.
1° Le perchlorure de Platine , qu'on obtient en dissolvant le métal dans l'eau régale, est de tous les composés platiniques le plus répandu. C'est aussi avec celui-là que l'on a entrepris le plus grand nombre d'expériences. Ce composé est, à l'état solide ou en dissolution concentrée, de couleur rouge brique, incristallisable. Il attire l'humidité de l'air, au moins aussi fortement que le chlorure de calcium, et ne tarde pas à couler, ou , comme on dit en style scolastique, à tomber en deliquium. Il est très-soluble dans l'eau et dans l'alcool. Sa dissolution alcoolique laisse, sous l'influence de la chaleur, déposer du Platine métallique. C'est par ce moyen qu'on peut recouvrir le verre, la porcelaine, etc. , de minces couches de Platine. Le perchlorure de Platine est un véritable acide, qu'il convient d'appeler acide chloroplatinique ; car il se combine avec un certain nombre de chlorures, et particulièrement avec les chlorures alcalins, pour former des chloro-
platinates (chlorures doubles de l'ancienne nomenclature) bien cristallisables. Sous ce rapport , l'analogie du perchlorure de Platine avec le perchlorure de mercure (sublimé corrosif) et le perchlorure d'or (sel d'or) est complète. Nous verrons tout à l'heure que cette analogie ne se borne pas seulement aux propriétés chimiques.
2° Chloroplatinate de potassium (chlorure double de Platine et de potassium). 11 est, à l'état de précipité récent, d'un beau jaune orange , assez peu soluble dans l'eau ; il faut 144 p. d'eau à 10° pour le dissoudre. 11 est un peu plus soluble à chaud et dans l'eau aiguisée d'acide chlorhydrique. On l'obtient en traitant la potasse ou un sel de potasse par l'acide chloroplatinique.
Le chloroplatinate de potasse (chlorure de Platine et d'ammoniaque) est analogue au composé précédent.
3° Chloroplatinate de sodium. Il est trèssoluble dans l'eau, et donne, par évaporation, de beaux cristaux prismatiques couleur rouge de sang.
La chaux , la strontiane , la baryte , la magnésie, le manganèse, le fer, le cobalt, le nickel, le cuivre , le zinc et le cadmium donnent tous des chloroplatinates analogues, dans lesquels deux équivalents de chloracide se trouvent combinés avec un équivalent de chlorobase. Les bromures, les iodures et les fluorures de Platine sont analogues aux chlorures.
Le cyanure de Platine, qui a de l'analogie avec le chlorure, donne naissance à plusieurs composés doubles assez intéressants.
4° Cyanoplatinate de potassium (cyanure double de Platine et de potassium). On le prépare en chauffant au rouge des parties' égales d'épongé de Platine et de cyanoferrure de potassium sec. On lessive avec de l'eau la masse calcinée, et on l'évaporé; l'excès de cyanoferrure cristallise le premier; le cyanoplatinate de potassium cristallise le dernier sous forme de prismes, minces, allongés, jaunes par transmission et bleus par réflexion (L. Gmelin).
5° Cyanoplatinate de mercure. La dissolution du cyanoplatinate de potassium donne, étant traitée par l'azotate de protoxyde de mercure, un précipité bleu de cobalt. Lorsqu'on chautfe ce précipité dans l'eau, on obtient de l'azotate de mercure, qui reste en dissolution, et un résidu blanc, qui est du cyanoplatinate de merc^ire pur (Dœbereiner).
6" Cyanhydrate de cyanure de Platine.
Ce composé cristallise en masse confuse ; i! se liquéfie rapidement à l'air humide.
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
On le prépare en faisant arriver du gaz acide sulfhydrique dans de l'eau tenant en suspension du cyanoplalinate de mei'cure.
Les oxijdes de Platine ne s'obtiennent que par des moyens Indirects; ils sont peu stables et assez mal connus.
Le Platine dans un état de division extrême [noir de Platine), et le Platine dans un état particulier d'agrégation moléculaire {éponge de Platine) , présentent au contact de certains gaz ou de certaines substances organiques les phénomènes les plus singuliers dont les fastes de la science fassent mention.
A. Noir de platine. C'est une poudre d'un noir de suie et très-lourde. Elle transforme , au contact de l'air, l'esprit-de-vin en vinaigre, le gaz sulfureux en huile de vitriol, l'hydrogène en eau; bref, elle jouit de la propriété remarquable d'amener la combinaison de Thydrogène non-seulement avec l'oxygène, mais avec tous les métalloïdes gazeux ouvaporisables; il n'en faut pas excepter le cyanogène lui-même. Tous les composés d'azote (matières animales) sont changés en ammoniaque par un excès d'hydrogène, et en acide nitrique (eau forte) par un excès d'oxygène. Toutes ces combinaisons s'opèrent sous l'influence du Platine (noir de Platine), sans que celui-ci perde rien de sa nature. M. Kulmann pense qu'on pourra appliquer cette propriété du Platine divisé ,
à la fabrication en grand de l'ammoniaque, de l'eau forte et du bleu de Prusse. Le noir -de Platine avait été autrefois considéré à tort comme un sous-oxyde.
B. Éponge de platine (Platine en éponge). C'est du Platine qui se trouve, par suite de la calcination du chloroplatinate d'ammonium, dans un état de porosité remarquable. L'éponge de Platine peut condenser dans ses pores jusqu'à 745 fois son poids d'hydrogène , lequel se combine avec l'oxygène de l'air pour donner naissance à de l'eau. Cette action est accompagnée d'une température si élevée, que le Platine devient incandescent. Le Platine en éponge po.ssède à" peu près les mêmes propriétés , seulement à un degré moins élevé que le noir de Platine.
Enfin , quand on se rappelle que le Platine aune très-grande afiinité pour le chlore, le brome, l'iode , le cyanogène, que le perchlorure de Platine se combine avec d'autres chlorures pour donner lieu à des composés cristallisables bien caractérisés, que les oxydes de Platine sont très-peu stables, qu'ils se réduisent facilement, souvent avec détonation {produits fulminants) , quand on se rappelle son énorme poids spécifique, il est impossible de ne pas trouver dans le Platine beaucoup d'analogie avec l'or, le mercure et l'argent.
THERAPEUTIQUE.
Jusqu'ici le Platine avait été seulementindiqué comme pouvant être utile dans quelques cas assez peu nombreux, mais il n'avait pas pris rang dans la thérapeutique. Le docteur Ferd. Hoefer a publié dans la Gazette médicale (28 novembre 1840) un mémoire intéressant sur les effets physiologiques et thérapeutiques du Platine. Ce travail, que nous analyserons rapidement, sera le seul dont nous puissions nous servir.
Action physiologique du Platine.
Les composés de Platine ayant servi aux expériences de M. Hoefer sont :
1° Le perchlorui^e ou acide chloroplatinique ;
2° Le chloroplatinate de sodium ou chlorure de Platine et de sodium ;
3° Le chloroplatinate dé potassium ou chlorure double de Platine et de potassium ;
■i" Le chloroplatinate d' ammonium ^ou chlorure double de Platine et d'ammoniaque.
Les composés de Platine sont-ils vénéneux ?
Et.à quelles doses le sont-ils?
Voilà les premières questions que l'auteur avait à poser et à résoudre.
Comme presque toutes les préparations métalliques solubles sont véné-
neiises à doses plus ou moins élevées, il devait, en quelque sorte, par analogie^, juger que les préparations platiniques sont également vénéneuses, et qu^'elles ne font point exception à la règle. Ce jugement fut pleinement confirmé.
Expériences faites sur des animaux.
Perchlorure de Platine. Un lapin de taille ordinaire, auquel il avait fait prendre 5 décigrammes (10 grains) de perchlorure de Platine dissous dans de l'eau distillée, continua de vivre, sans présenter extérieurement aucun phénomène remarquable.
Quatre jours après, il fit prendre au même lapin le double de cette dose, ou \ gramme (20 grains) de la même substance, et l'animal ne cessa pas de vivre.
Le lendemain, il répéta la même expérience sur un autre lapin, avec 1 gramme (20 grains) de perchlorure de Platine. Quarante-deux minutes après, Fanimal périt au milieu de convulsions très-violentes. A l'ouverture, on trouva la portion cardiaque et la petite courbure de l'estomac fortement colorées en jaune. La membrane interne de cet organe, de même que la muqueuse de l'œsophage, étaient très-ramoUies,en partie détruites, et s'enlevaient avec une grande facilité. Le sang contenu dans les ventricules du cœur était non caillé et difïluent. Le foie, les reins, les poumons et le cerveau ne présentaient rien d'extraordinaire.
Même expérience sur un chien détaille ordinaire. Mort au bout de quarante-cinq minutes. Même coloration jaune de l'estomac et du duodénum.
Chloroplatinate de sodium (chlorure doubie de Platine et de sodium). L'auteur avait d'abord pensé, à priori, que le chlorure double de Platine et de sodium serait beaucoup moins toxique que le perchlorure simple, et probablement analogue aux autres sels de soude, dans lesquels les propriétés de l'acide et celles de la base se trouvent neutralisées réciproquement. En conséquence, il fit prendre à un gros lapin tout d'abord 2 grammes (40 grains) de chloroplatinate de sodium ; mais l'animal périt, au bout de deux heures cinquante minutes, après avoir rendu (par l'anus) beaucoup de matière fécale demi-liquide, comme s'il avait subi l'effet d'une superpurgation. Il trouva l'estomac très-peu coloré en jaune, ramolli et percé à la partie inférieure de la grande courbure; une partie des matières contenues dans l'estomac s'échappaient par cette petite ouverture pour tomber dans la cavité du péritoine. Le sang contenu dans le ventricule du cœur était caillé.
Même dose, 2 grammes (40 grains), sur un chien de petite taille. Mort au bout de deux heures. A l'ouverture, on n'a point trouvé l'estomac percé, comme dans l'expérience précédente.
Chloroplatinate d'ammonium (chlorure double de Platine et d'ammoniaque). Trois expériences successivement entreprises avec les doses de 2, 3 et 4 grammes (demi-gros à 1 gros) de chloroplatinate d'ammonium , et une quatrième expérience avec 4 grammes (1 gros) de chloroplatinate de
348 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
potassium (chlorure double de Platine et de potassium), ont servi à prouver que ces composés sont moins actifs que les précédents, et qu'ils ne tuent point les lapins et les chiens (de taille ordinaire) aux doses qui viennent d'être indiquées.
Expériences faites sur l'homme à l'état de santé.
Perchlorure de Platine appliqué extérieurement. Lorsqu'on frotte la peau du dos de la main ou de toute autre partie du corps avec une dissolution concentrée (dissolution de trois quarts) de perchlorure de Platine, on éprouve, au bout de deux à trois minutes, des démangeaisons, semblables aux démangeaisons de la gale, dans l'endroit même qu'on a frotté avec la dissolution platinique. La peau, que le perchlorure de Platine colore en jaune, ne tarde pas à se couvrir de très-légers boutons rosés, qui disparaissent au bout de trois à quatre minutes. La peau reste colorée en jaune, comme si elle avait subi Faction de l'acide nitrique (l). L'épiderme n'est pas détruit.
Quand on lave le gland et le prépuce avec la dissolution de Platine, on observe, au bout de quelque temps, les phénomènes suivants :
Démangeaisons très-vives, qu'accompagne bientôt une sensation de chaleur et de picotements assez incommode; symptômes d'urétrite aiguë; douleur en urinant; dysurie légère. Quelques heures après,il se manifeste, au pourtour du gland, des boutons d'une teinte un peu livide, légèrement saillants, de la grosseur d'une tête d'épingle. A un examen superficiel, on pourrait les prendre pour des ulcères syphilitiques commençants (chancres). Après un laps de temps de huit à douze heures, tout est revenu à l'état normal.
Perchlorure de Platine pris intérieurement. D'après ce qui venait d'être observé, il était très-curieux de savoir quelle action exercerait la dissolution de Platine sur l'homme à l'état de santé, et jusqu'à quelle dose on pourrait en prendre impunément. Les expériences faites sur les animaux avaient bien fait connaître la dose qui tue les chiens et les lapins; mais on ne peut pas tirer de pareilles expériences des conclusions exactement applicables à l'homme.
Hoefer établit sur lui-même les expériences physiologiques suivantes :
5 centigrammes (1 grain) de perchlorure de Platine, pris dans un verre d'eau froide, ne produisaient aucun effet sensible. Les jours suivants, il éleva successivement la dose jusqu'à 2 décigrammes (4 grains). A cette dose, il éprouva quelques aigreurs d'estomac, accompagnées d'unlégermal
(1) Le fait que nous signalons est de quelque importance en médecine légale.
Si la tache jaune provient du perchlorure de platine, il sera facile de l'enlever par l'eau, tandis que la tache produite par l'acide nitrique ne s'enlève pas ainsi ; la potasse caustique elle-même ne la détruit qu'incomplètement. L'iode tache aussi la peau en jaune ; cette coloration disparaît avec le temps et immédiatement par la potasse : quant aux taches jaunes produites par le safran et autres matières jaunes, l'eau les fait disparaître à l'instant.
de tête. Le pouls était normal. Tous ces phénomènes avaient disparu dans un espace de temps de vingt-cinq à trente minutes.
Le lendemain soir, il prit en une seule fois 3 décigrammes (6 grains) de perchlorure de Platine dans un verre d'eau. Un quart d'heure après, il éprouva les symptômes suivants :
Frisson léger; pouls accéléré (85 pulsations par minute) ; sensation de chaleur et de pesanteur à la région épigastrique ; céphalalgie très- vive , surtout vers la région occipitale ; constriction de la gorge assez forte pour gêner sensiblement la voix et la déglutition; nausées, envies de vomir. — Ces sympômes allaient en s'aggravant pendant cinq à six minutes, ce qu'il attribue non pas seulement à l'action du Platine lui-même, mais surtout à l'influence morale, car il avait la conviction d'être empoisonné. Cependant ces symptômes disparaissaient rapidement, et au bout d'une demi-heure, il sentait seulement dans la bouche une légère saveur métallique assez désagréable, qui persista pendant quelques heures. — Cette expérience avait été faite dans un appartement où le thermomètre centigrade marquait 16°,25, l'hygromètre de Saussure 75°, le baromètre 0,76; la lumière était dijïuse.
Deux jours après, il répéta la même expérience, à la même heure de la journée, mais en plein air (sur la butte de Montmartre); le temps était beau et serein; le thermomètre centigrade marquait 12°, 30, le baromètre 0,75, l'hygromètre de Saussure 78° : les deux lamelles d'or de l'électroscope (de Saussure), élevé environ de 3 mètres au-dessus du sol, s'écartaient environ de 2 centimètres l'une de l'autre.
Mêmes symptômes que dans l'expérience précédente, mais « un degré beaucoup moins fort. De plus, il éprouva, pendant plusieurs heures, de petits mouvements fibrillaires brusques, dans le muscle occipital, dans les muscles du dos et des extrémités.
Ainsi le même agent semblerait exercer une action différente dans des conditions physiques différentes de l'atmosphère. Dans aucune de ces expériences il n'y a eu de vomissement.
Chloroplatine de sorf mm (chlorure double de Platine et de sodium).
1 décigramme (2 grains) de ce sel dans un verre, pris en une seule fois. — Point d'effet sensible.
Le lendemain , il prit 2 décigrammes (4 grains) de ce même sel dans un verre d'eau , en une seule fois. Un quart d'heure ou vingt minutes après, chaleur et sentiment de pesanteur à la région de l'estomac, borborygmes, coliques passagères ; gaz s' échappant par la bouche et par l'ouverture anale ; céphalalgie à peine sensible.
Le même jour, il prit 4 décigrammes (8 grains) de ce sel, en deux fois, à deux heures d'intervalle. Aux symptômes précédents se joignaient des nausées, des envies de vomir; point de vomissement ; augmentation considérable des urines et de la salive. Cette augmentation était surtout sensible le lendemain matin.
350 xMÉDTCAMENTS ALTÉRANTS.
Action thérapeutique du Platine.
Hofifer, guidé par l'analogie chimique qui unit l'or au Platine, a essayé ce médicament dans le traitement des maladies que l'or et le mercure guérissent en général le mieux : nous voulons parler de la syphilis, des rhumatismes chroniques. Nous nous bornerons à donner ici l'analyse des faits qu'il rapporte. Il a guéri plusieurs blennorrhagies chroniques par l'usage interne du perchlorure de Platine à la dose de 25 milhgrammes (1/2 grain) dissous dans 480 grammes (6 onces) d'eau distillée, à prendre dans le courant de la journée, en même temps que chez les femmes il fait toucher les surfaces enflammées avec un Uniment composé de 2 grammes (1/2 gros) de perchlorure de Platine et de 60 grammes (2 onces) d'huile d'olive.
Dans la blennorrhagie aiguë, il a eu se louer de l'emploi d'injections urétrales avec une solution de 2 grammes (4/2 gros) de chlorure double de Platine et de sodium dans 250 grammes (8 onces) d'eau distillée.
Le chancre vénérien primitif a été traité par la lotion platinique indiquée plus haut, en même temps que l'on appliquait topiquement une pommade composée de 2 grammes (4/2 gros) de Platine très-divisé, incorporé à 30 grammes (1 once) d'axonge.
Dans les chancres syphilitiques du voile du palais et de la gorge, il a réussi en donnant chaque jour des pilules composées selon la formule suivante :
Perchlorure de Platine, 50 centigrammes (40 grains) ;
Extrait de gaïac, 4 grammes (4 gros) ;
Poudre de réglisse, q. s. pour 20 pilules.
Enfin l'usage interne du chlorure de Platine et de sodium lui a paru un moyen excellent à opposer aux rhumatismes chroniques.
Il a remarqué que chez quelques-uns des malades soumis au traitement platinique il y avait une augmentation considérable de l'excrétion urinaire, et quelquefois une légère salivation nullement douloureuse et sans gonflement des gencives et de la langue. Ces phénomènes n'ont du reste point incommodé les malades. Du côté de la digestion, il croit avoir remarqué plus souvent de la constipation que du relâchement.
Pendant le traitement platinique , il est inutile que les malades s'astreignent à un régime sévère et fatigante II faudra cependant (dans les symptômes primitifs et inflammatoires) éviter une nourriture trop substantielle et des boissons trop excitantes.
Il n'a observé, à la suite du traitement par le Platine, aucun des accidents qu'on reproche au mercure.
Il se résume en ces termes :
1° Les préparations de Platine (chlorures) sont toxiques ; le perchlorure l'est à la dose de 4 gramme (20 grains) , le chlorure double de Platine et de sodium à la dose de 2 grammes (4/2 gros).
2° Les chlorures de Platine (perchlorure et chlorure double de Platine et de sodium) sont moins vénéneux que le sel d'or et le sublimé corrosif.
3° Le perchlorure de Platine, en dissolution concentrée, produit de vives démangeaisons sur la peau, suivies d'une légère éruption cutanée dans l'endroit où la dissolution a été appUquée. Pris intérieurement^ il irrite d'abord la muqueuse de Festomac, occasionne de la céphalalgie^ réagit sur le centre nerveux, et exerce, par cet intermédiaire, une action particulière, altérante, sur les liquides de Téconomie.
4° Le chlorure double de Platine et de sodium ne produit point d'irritation locale sur la peau. Pris intérieurement, il ne réagit pas sur les centres nerveux d'une manière aussi sensible que le perchlorure simple. Il augmente plus particulièrement la sécrétion urinaire.
5° Le perchlorure de Platine est un remède très-efficace dans le traitement des maladies syphilitiques, et particulièrement de celles qui sont anciennes, invétérées [constitutionnelles).
6" Le chlorure double de Platine et de sodium est plus convenable dans le traitement des maladies syphilitiques récentes [primitives). Il est également efficace dans le traitement des affections rhumatismales.
7° Le Platine doit être rangé dans la classe des médicaments (M^altérants, à côté de l'or, de l'iode et de Tarsenic. Il diffère du mercure en ce qu'il ' agit après une excitation préalable , et en ce que son administration n'entraîne aucun des accidents qu'on reproche au mercure. Les sels d'or, qui paraissent être vénéneux à des doses beaucoup moins élevées que les sels de Platine, ne sont, suivant les auteurs, efiicaces que dans certains cas de syphilis constitutionnelle.
8° Le Platine est préférable, comme médicament altérant, au mercure et à l'or.
On comprendra facilement que nous sommes loin d'accepter toutes les conclusions de Hoefer, conclusions qui appellent nécessairement la sanction d'une plus large expérience.