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THERAPEUTIQUE.
Historique. Indiqué à peine par les Arabes^ l'Or n'a pris une certaine importance médicale que lorsque l'alchimie commença à exercer de l'influence sur la thérapeutique. Les alchimistes tourmentèrent l'Or de mille et mille manières pour trouver la pierre philosophale, et, comme ils le croyaient le plus pur, le plus incorruptible des métaux, ils pensèrent qu'il devait être aussi le plus pur, le plus puissant des médicaments. Introduit dans l'économie, il devait la purifier de toutes les humeurs, de tous les vices héréditaires ou acquis; de là les recherches infinies des alchimistes pour rendre l'Or potable. Quand ils eurent trouvé le moyen de dissoudre l'Or dans l'eau régale, et de le retenir ensuite dans des huiles essentielles, ils crurent posséder une panacée universelle ; et dans les seizième, dixseptième siècles, et jusqu'au milieu du dix-huitième, les préparations d'Or potable furent des secrets de famille qui enrichirent beaucoup de personnes, et qui, à dire vrai, opérèrent aussi quelques guérisons. Toutefois, il suffisait que les charlatans employassent ainsi ce remède, et que les alchimistes l'eussent vanté avec une exagération ridicule, pour que les médecins crussent devoir le proscrire et se refusassent à l'adopter jamais. Une autre cause contribua singulièrement à discréditer l'Or : c'est que les médecins qui le vantaient avec le plus d'enthousiasme l'amalgamaient avec le mercure, ou le mêlaient à des préparations mercurielles diverses ; et comme ils le prescrivaient dans la vérole et dans d'autres affections où l'effet des mercuriaux ne pouvait être contesté, on concluait avec assez de raison que les prétendues propriétés thérapeutiques de l'Or devaient être réellement attribuées au mercure. Ce n'est pas que Pittcarn (1714) n'eiit proposé l'Or en poudre ou en feuilles dans le traitement de la syphilis, mais c'est vraiment à notre compatriote M. Chrestien, de Montpellier, que l'on doit d'avoir appliqué méthodiquement, d'avoir fait connaître, et enfin d'avoir popularisé l'emploi de l'Or dans le traitement de la vérole et de plusieurs autres maladies.
M. Chrestien trouva de nombreux et puissants détracteurs : sa méthode, suivie par quelques médecins à Montpellier, ne pouvait prendre droit de cité hors de cette ville; mais les travaux de Niel, ceux de Gozzi de Bologne, et surtout ceux de M. Legrand, firent mieux connaître les propriétés thérapeutiques de l'Or, engagèrent beaucoup de praticiens à les essayer, et les placèrent enfin au nombre des agents thérapeutiques dont il n'est pas permis aux médecins d'ignorer les usages et le mode d'administration. Aujourd'hui donc on ne pourra plus traiter l'Or avec légèreté, à l'exemple de Linné et de Gmelin.
Nous regrettons vivement de n'avoir que rarement mis en usage, dans notre pratique, les préparations auriques, et de ne pouvoir, par conséquent, parler ici d'après notre propre expérience ; mais il est difficile que la vie de deux hommes, si active qu'elle puisse être, suffise à l'expérimentation
334 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
de tous les agents de la matière médicale, et le lecteur comprendra que notre devoir, dans cette circonstance, est de recueillir les témoignages relatifs à l'action thérapeutique du médicament, nous réservant seulement alors le rôle de critiques que nous ne devons jamais dépouiller.
Action physiologique des préparations auriques.
Quand on donne à l'intérieur des préparations auriques, outre leur action générale que nous allons étudier tout à l'heure, elles exercent encore une action topique irritante sur laquelle il est superflu d'insister en ce moment, action irritante qui est d'un grand secours dans le traitement local des affections syphilitiques au même titre que les préparations hydrargyriques employées comme agents de la médication substitutive. (Voir plus bas.) Mais quand des préparations auriques sont administrées en frictions sur la langue, ou de telle manière, en un mot, qu'elles soient absorbées, elles amènent, dans l'économie, d'importantes modifications, parfaitement indépendantes de l'action locale irritante, modifications qu'il est important d'analyser ici.
Organes de la digestion. Les fonctions de Festomac deviennent plus actives, plus régulières, ce qui se juge surtout par l'augmentation de l'appétit, par la rapidité des digestions. Ces modifications ont lieu non -seulement chez les gens bien portants, mais chez ceux encore dont l'estomac a été affaibli par de longues maladies, par une diète prolongée, par la continuité d'un régime antiphlogistique. Et plus bas, quand nous parlerons de l'action thérapeutique de l'Or, nous verrons quel parti M. Legrand a tiré des'propriétés dont nous venons de parler.
Il arrive quelquefois que la modification exercée sur l'estomac aille jusqu'à l'irritation, ce qui peut s'observer exceptionnellement chez les femmes qui sont douées d'une extrême irritabilité, ce qui se produit en général lorsque l'on fait à jeun les frictions sur la langue. Aussi est-il de précepte de prendre, avant chaque friction, du lait, une tisane mucilagineuse, ou de différer l'emploi du remède jusqu'après les premiers repas. II ne faut pas être retenu par la crainte de troubler la digestion ; l'expérience a prouvé, comme nous le disions tout à l'heure, que cette fonction n'en est que plus parfaite.
La constipation est une conséquence assez ordinaire de l'emploi de médicaments auriques, et il en devait être ainsi, puisque l'absorption intestinale semble être augmentée; toutefois, nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que l'arsenic, dont l'action sur les fonctions de l'estomac est assez analogue à celle de l'Or, rend au contraire les garde-robes plus faciles.
Aciion snr le sipthme nerveux. Cette action sur le système nerveux, qui peut-être est la cause primordiale de l'exaltation fonctionnelle que l'Or
détermine dans divers organes, est surtout rendue évidente par cette disposition singulière que les femmes hystériques désignent par cette expression synthétique : état nerveux ; on l'observe chez les femmes surtout^ rarement chez les hommes. Quant à Fexaltation des fonctions intellectuelles, elle existe véritablement, et ressernble à ce que l'on éprouve quand une passion excentrique nous agite, ou que l'on est en pointe de vin. Certains organes, ceux surtout qui président aux. fonctions génératrices, semblent être plus particulièrement le terme de Faction excitante de l'Or; il y a chez les hommes principalement plus de salacité, et quelquefois il peut se montrer un priapisme douloureux. D'où la nécessité de s'abstenir des préparations auriques dans la période aiguë des chaudes-pisses , alors que les érections ont besoin d'être modérées.
Cette action excitante sur le système générateur se manifeste chez la femme moins par des appétits vénériens exagérés- que par l'augmentation du flux et de la fluxion menstruels. L'Or est donc, comme l'iode, un puissant emménagogue, et, à ce titre, il exerce sur les vaisseaux hémorrhoïdaux la même influence congestive que sur le système vasculaire de la matrice (Legrand, DeVOr,'^^ édit., p, 73, 261, 272, et passim).
Action excitatrice de la fièvre. Nous avons vu, en parlant du mercure, que si l'on continuait pendant un certain temps à l'administrer, il survenait des phénomènes critiques divers' et une fièvre mercuriellê dans l'acception rigoureuse du mot; que pourtant on pouvait éviter cette fièvre en donnant le mercure par la méthode d'extinction : il en est de même pour les. préparation s auriques. Quand on les donne chaque jour et pendant deux, trois, quatre semaines de suite, il survient^ après un laps de temps ordinairement assez court, une véritable fièvre parfaitement décrite par Niel [Recherches et observations sur les effets, des préparations d'Or, Paris, 1821). Cette fièvre, regardée par l'auteur que nous venons de citer comme une condition sine quâ non de l'action curative de l'Or, s'accompagne de sueurs fort abondantes, d'augmentation dans le flux des urines, et souvent aussi d'une salivation entièrement différente de celle que provoque le mercure, en ce sens que les gencives et la membrane muqueuse buccale ne sont ni gonflées ni douloureuses.
Delafield, de New- York, a constaté également la plupart de ces phénomènes qu'il appelle critiques, mais surtout la supersécrétion des urines, jusque-là qu'il crut devoir conseiller les préparations auriques dans le traitement de l'hydropisie, et ce fat avec succès.
Gozzi {Sopra Vuso di alcuniremeclii auriflci, Bologne, 1817) s'exprime ainsi : « J'ai observé qu'après l'emploi du protochlorure d'Or et de sodium en friction sur la langue, le malade éprouve habituellement de l'inquiétude et un peu d'impatience. La chaleur de la peau augmente, le pouls prend de la force et de la fréquence ; puis les urines deviennent de plus en plus abondantes, et ont une belle couleur jaune. Les transpirations augmentent, puis apparaissent des sueurs 'générales ou partielles plus abondantes la nuit que le jour. Bientôt elles deviennent extrêmement copieuses, en même temps
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que les urlues; mais le plus ordinairement le llus urinaire alterne avec la diaphorèse, et l'un supplée l'autre en quelque sorte. Ces phénomènes ne s'observent pas d"emblée, mais ils se manifestent seulement après six, huit frictions, et même plus tard, suivant les individus et les circonstances dans lesquelles ils se trouvent. Cette augmentation dans la sécrétion des urines et des sueurs est toujours assez marquée pour fixer l'attention des malades. »
M. Legrand [loco cit.), qui rapporte également les opinions des auteurs dont nous venons de parler et qui partage leur opinion, fait observer que les phénomènes. qui. suivant Gozzi , commencent à ne se montrer que le sixième ou le huitième jour, apparaissent beaucoup plus tard. Il est à regretter aussi que ces thérapeutistes n'aient pas fait connaître les influences que les chmats et les températures exercent sur la prédominance relative et sur l'ordre d'apparition de ces phénomènes. Il est probable , en effet , que, pendant l'hiver, les sueurs peu abondantes ou tardives seront remplacées par une sécrétion d'urine; que dans une température plus élevée, les sueurs apparaîtront plus vite, tandis que les urinés seront d'autant moins copieuses, etc., etc.
]\IM. Chrestien, Niel, Gozzi, Legrand, regardent cette fièvre aurique comme un moyen curatif employé par la nature pour éliminer le principe morbifique, et se livrent, à ce sujet, à des discussions qui ressemblent tout à fait à celles que nous avons abordées en parlant du mercure. (Voyez plus haut.) Cette opinion est exactement la même que celle qui avait prévalu jadis, relativement au mercure, dans le traitement de la vérole; et, pour rester dans les exphcations hippocratiques , les médecins qui donnaient le mercure avaient été au delà des faits, exactement comme ceux qui donnent l'Or aujourd'hui.
Cette opinion est appuyée sur quelques faits exceptionnels qui sont loin de devoir faire loi. On a remarqué, en eflfet, que, par le seul fait d'une fatigue soutenue , la vérole pouvait se guérir, et on a cité à satiété ces vers fameux de Fracastor :
. . . Tibi nuUa quies, nulla otla sunto. Rumpe moras, agita assiduis venatibus apros. Impiger, assiduis agita venatibus ursos.
Nec tibi sit labor aerii cursu ardua montls Vincenti, rapidum in valles deflectere cemun, Et longa lustrare altos indagine saltas. Vidi ego saepe, malum qui jam sudoribus omne Finisset , sylvisque luem liquisset in altis.
[Aphrodisiac, page 189.)
Sans doute les sueurs sont bonnes pendant la sv-phihs, mais il nous semble peu probable que les véroles se trouvent bien en général du singulier régime auquel Fracastor veut les soumettre dans sa verve poétique; ses conseils se sentent un peu de l'époque où on mettait les misérables ma-
lades à la question de l'étuve pour les guérir de l'affection vénérienne. Certes , on peut affirmer que le repos , le calme de l'esprit et du corps , et un régime modéré,, guériraient bien plus de véroles que les exercices rustiques. La fatigue, les sueurs, guérissent la syphilis , cela est moins vrai que cette proposition : le repos, le séjour de l'appartement, guérissent la syphilis. Qu'on ne vienne donc pas, pour soutenir une doctrine frès-respectable, puisqu'elle est hippocratique , torturer les faits à plaisir.
L'Or guérit la vérole sans phénomènes critiques appréciables , c'est un fait que n'avouent pas les auteurs que nous venons de citer; mais les observations si nombreuses publiées par M. Legrand dans son ouvrage parlent plus haut encore que les théories. En les Usant avec attention, on reste convaincu que, dans un grand nombre de cas, il n'y a eu aucun phénomène critique appréciable. Il est de la dernière évidence que l'Or, comme le mercure, s'ils sont administrés à petites doses , à des intervalles assez éloignés et avec les précautions conseillées dans la fameuse méthode d'extinction de Montpellier, n'en guériraient pas la syphilis avec moins de sûreté que s'ils étaient donnés a telles doses qu'ils produisissent des perturbations graves, et partant les actes critiques qui sont la conséquence nécessaire de presque toutes les grandes perturbations de l'économie.
Si d'ailleurs les préparations auriques guérissaient les maladies vénériennes par leurs qualités excitantes, à ce titre, le calorique, l'ammoniaque, l'alcool, les labiées, le poivre, le gérofle, les huiles essentielles diverses, seraient les meilleurs antisyphilitiques. C'est pourtant à de semblables absurdités que mène la manie de classer et d'expliquer ! On va chercher bien loin le mode d'action intime de l'Or, du mercure, du quinquina, etc., etc., et l'on suit la molécule thérapeutique cheminant à travers les tissus pour aller toucher la fibrille organique, au lieu de constater tout simplement les effets, sans expliquer les intermédiaires. L'Or modifie tout l'organisme , c'est un fait évident, il neutralise, n'importe à quel degré et comment, des causes morbifiques puissantes, tenaces, désorganisatrices ; nous le rangeons alors par ordre d'affinités à côté du mercure, de l'iode, de l'arsenic, etc., etc., sans prétendre le moins du monde qu'il ait avec ces substances autre chose de commun que la fin thérapeutique. Concluons donc avec Niel que l'Or jouit d'une propriété occulte indépendante de son action excitante, de ses qualités physiques, en un mot que c'est, en ce sens, un médicament spécifique.
Nous avons vu plus haut que les effets généraux des préparations auriques se faisaient sentir seulement dix, douze, quinze jours ou davantage après le début du traitement ; il faut dire aussi que ces effets continuent encore longtemps après qu'on a cessé d'administrer le remède. Ainsi l'on voit les sueurs, la diurèse et les divers phénomènes nerveux durer longtemps encore. Ce fait n'est pas exceptionnel 5 il a lieu pour tous les médicaments que nous avons rangés dans la classe des altérants. Et, tandis que la plupart des autres substances ne laissent en quelque sorte qu'une trace légère de leur passage à travers l'économie, ceux-là laissent au contraire une empreinte profonde que le temps quelquefois*ne peut effacer. I. 22
Ces effets, disons-le encore, sont tout à fait indépendants de la propriété thérapeutique de l'Or; et il ne faut pas confondre dans les maladies l'action curative de la nature niédicatrice avec celle du médicament. En effet, une pleurodynie survient qui amène une fluxion inflammatoire de la plèvre et un épanchement séreux ; on applique sur ce côté un vésicatoire ammoniacal que Ton saupoudre de morphine. La pleurodynie cède sous l'influence de l'opium; mais la pleurésie et l'épanchement pleurétique, qui se guérissent seuls ensuite , ne guérissent plus par l'opium , mais bien par l'action de la nature médicatrice , ou (si cette explication répugne) par une action tout à fait indépendante de celle de l'opium. De même, dans certaines formes chroniques, vous donnez l'Or, l'iode ou le mercure dans un sarcocèle vénérien; une fois la cause syphilitique détruite, la résolution marche seule et met un an à s'accomplir, sans que désormais l'intervention des médicaments devienne nécessaire.
On nous pardonnera sans doute cette courte digression en faveur de l'importance de la loi thérapeutique dont nous venons d'ébaucher la formule.
Des accidents causés par l'Or. A entendre M. Legrand, c'est tout au plus s'il accorde à l'Or la possibilité de provoquer d'autres accidents que ceux qui sont dus à son action irritante topique. 11 est pourtant diftîcile de concevoir qu'une substance si énergique et qui amène tant de perturbation soit toujours parfaitement innocente. Les partisans exagérés des préparations auriques accusent hautement le mercure et absolvent l'Or ; les autres , au contraire ne reconnaissent point à celui-ci l'innocuité qu'ils accordent au mercure.
Iliacos intra muros peccatur et extra.
Cullerier accusait le perchlorure d'Or et de sodium d'occasionner une chaleur interne, de la céphalalgie, de la sécheresse de la bouche et du gosier, de l'oppression, une irritation gastrique et gastro-intestinale, de l'accélération du pouls, de la fièvre.
Percy, dans son célèbre rapport à l'Académie des sciences, attribue à l'Or des accidents plus graves : « Chez plusieurs malades , il a éveillé une sensibilité générale; il a converti l'état indolent des tumeurs, soit osseuses, soit glanduleuses, en un état d'exaspération et d'inflammation qu'il a été difficile de calmer. Chez deux malades, il a produit une gastrite très-alarmante. Nous l'avons vu chez deux autres occasionner de violents accès de fièvre et de très-fortes coliques. Il a une fois couvert le corps d'une espèce de dartre . Une périostose volumineuse, j usque-là exempte de douleurs , en causa , à la deuxième prise, de très-lancinantes, qui amenèrent bientôt une dégénérescence carcinomateuse à laquelle le sujet succomba. »
M. Chrestien lui-même, avec une bonne foi que tous auraient dû imiter, accuse l'Or de quelques accidents qui, suivant nous, et suivant M. Legrand, qui les analyse, sont évidemment dus à la syphilis, contre laquelle les préparations auriques avaient été dirigées.
MM. Niel, Gozzi, Chrestien, Legrand, répondent à ces objections que l'Or, comme le mercure, comme d'autres médicaments, peut sans doute causer cjuelques accidents , s'il est administré à de très-fortes doses ou dans des conditions où l'on doit s'abstenir de son emploi; qu'il faut imputer ces accidents quelquefois à la maladie, et plus souvent au médecin imprudent ou inexpérimenté. Ils offrent en témoignage les faits nombreux consignés dans leurs écrits, et les résultats de leur pratique journalière.
Quant à nous , en lisant attentivement plus de quatre cents observations rapportées dans la deuxième édition de l'ouvrage de M, Legrand, nous restons convaincus, non de la prééminence de l'Or sur le mercure, mais de ce fait, savoir : que l'Or est un médicament quelquefois utile; en second lieu, que son emploi mesuré est ordinairement exempt d'inconvénients, qu'il en occasionne surtout moins que le mercure.
Action thérapeutique des préparations auriques.
Syphilis. Les heureux résultats de l'Or dans le traitement des maladies vénériennes sont aujourd'hui un fait incontestable et bien acquis à la science. On peut lire dans les écrits des auteurs qui se sont occupés de ce point de thérapeutique des observations qui prouvent les propriétés antisyphilitiques des composés auriques. Le travail de M. Legrand, dans lequel on regrette l'absence de tout résumé, contient sur ce sujet des faits assez probants. Il rapporte d'abord des histoires de syphilis primitives guéries par l'administration de l'Or seul. Ces véroles étaient, pour la plupart, assez graves pour qu'on ne pût logiquement attribuer la guérison à l'expectation. L'influence de l'Or devient beaucoup plus évidente encore quand les accidents primitifs duraient depuis longtemps, qu'en un mot la syphilis était invétérée. Dans ce cas, on savait à quoi s'en tenir sur l'expectation; elle n'avait fait qu'empirer le mal. Ces accidents primitifs étaient tous ceux qui siégeaient dans les parties génitales ou au voisinage , tels que chancres , végétations, bubons, rhagades, fissures, etc., etc., etc. Enfin des observations tout aussi nombreuses prouvent l'heureuse influence de l'Or dans le traitement des accidents secondaires et constitutionnels, tels qu'ulcères des fosses nasales, du pharynx, du larynx, syphilides cutanées, exostoses, nécroses, caries, consomptions vénériennes.
Quant à la blennorrhagie, elle ne paraît pas avoir été aussi évidemment modifiée que les autres accidents vénériens ; c'est du moins ce qui résulte des observations citées par M. Legrand lui-même, quoique celui-ci paraisse les trouver concluantes, nous ne savons sur quel fondement. Il est évident pour tout homme impartial que l'Or n'a pas plus d'action que le mercure sur les flux blennorrhagiques, à moins que ce flux ne tienne, comme cela a lieu quelquefois, à des ulcérations siégeant sur la membrane muqueuse de l'urètre ou sur le col de l'utérus. Dans ce cas, on comprend comment, en guérissant les chancres syphilitiques, l'Or guérit l'écoulement qui en est la conséquence.
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Vient ensuite la grande question de la prééminence de l'Or sur le mercure. Les partisans de l'Or rassemblent tous les faits qui démontrent les inconvénients de l'abus des mercuriaux. Ils nous présentent, d'une part, des hommes défigurés, mutilés, tués par le mercure; de l'autre, les heureux qui ont dû à l'Or le rétablissement d'une santé délabrée; et quand ils proclament bien haut les bienfaits des préparations auriques employées chez ceux mêmes dont le mal avait résisté au mercure, ils oublient, ou du moins feignent d'oublier les immenses services que rend le mercure à quelquesuns de ceux que l'Or n'a pu délivrer de leur vérole.
L'exagération dans les éloges que l'on donne à un médicament est la voie qui mène le plus sûrement à l'incrédulité ceux que l'on voudrait convaincre. Les thérapeutistes désintéressés dans la question conviennent de bonne foi que, parmi les médicaments altérants, il en est qui, ennemis d'une constitution, vont au contraire beaucoup mieux à une autre; que tel n'est pas guéri par l'Or et se sauve par le mercure ; que celui-ci trouve dans l'iode un secours que l'Or et le mercure lui avaient refusé. De sorte qu'il faut acccepter sans exclusion le bien d'où qu'il vienne, et rester convaincu surtout de cette grande loi thérapeutique, que le même moyen ne va pas à tous, fût-il généralement bon, et qu'il faut savoir recourir à ceux mêmes qui ne sont utiles qu'exceptionnellement.
Sœpe, premente Deo, fert Deus aller opem.
On remarque souvent pendant l'administration de l'Or, dans la vérole constitutionnelle, quelques phénomènes dont le médecin doit être instruit, s'il ne veut courir le risque de tomber dans une grave erreur thérapeutique. Il arrive en effet que, sous Tinfluence des préparations auriques, tous les accidents syphilitiques locaux prennent un surcroît d'intensité, que même il en apparaisse de nouveaux. Ces phénomènes, loin de devoir inspirer des craintes, sont plutôt désirables j car, peu de jours après leur manifestation, on voit la maladie suivre une marche rapidement rétrograde. 11 est donc bien important que le médecin se rassure, et surtout qu'il prévienne et tranquillise ceux qui sont confiés à ses soins.
Parmi les avantages que les partisans dé l'Or reconnaissent à ce médicament dans le traitement de la syphilis primitive ou secondaire , il faut citer le suivant : c'est que, la plupart du temps, il n'est besoin ni d'exciter les excroissances ni de faire usage d'aucune application topique. Quelquefois pourtant on retire des avantages en pansant les ulcères de mauvais caractère avec une pommade aurique, ou en frictionnant les engorgements syphilitiques avec cette même pommade.
Dietrich, qui a publié sur la maladie mercurielle un travail intéressant, conteste à l'Or toute vertu antisyphilitique j mais il le regarde comme le plus puissant remède que l'on puisse opposer à la cachexie hydrargyrique : et il pense que, s'il paraît réussir si bien dans les syphilis constitutionnelles, c'est que presque toujours ces prétendues syphilis ne sont autre chose que
l'expression d'une intoxication causée par l'administration du mercure {Journ. des Connaiss. méd,-chir.,i8A0,]\ii\\el). L'opinion de Dietrich nous semble insoutenable, et les faits sont là pour en démontrer la fausseté; mais il ne s'ensuit pas moins que l'Or, dans les accidents vénériens secondaires qui n'ont pas cédé au mercure, doit, avec l'iodure de potassium, occuper un rang important.
Scrofules. Des faits nouveaux publiés par M. Legrand [Journal des Connaissances médico-chirwgicales , t. V, 4f^ année) témoignent en faveur des préparations d'Or dans le traitement de la scrofule. En même temps qu'il donne l'Or à l'intérieur pour modifier la constitution et pour combattre le vice scrofuleux, il traite topiquement, par les pommades auriques, les ulcérations qui peuvent siéger au cou ou dans toute autre partie. Déjà Lallouette avait, dans le milieu du siècle dernier, vanté contre les scrofules deux foies de soufre solaire, et un savon antimonial par la voie solaire^ composés dans lesquels il entrait de l'Or, et plus tard M. Chre'stien, de Montpellier, dans son enthousiasme pour l'Or, avait aussi préconisé son remède favori, non-seulement dans le traitement de la scrofule, mais dans celui des dartres, du goitre, du squirrhe de la matrice, et même de la phthisie tuberculeuse.
Les expériences tentées, à l'hôpital des Enfants, par M. Baudelocque; à la Charité , par le professeur Velpeau , dans le traitement de la maladie scrofuleuse , n'ont servi qu'à leur démontrer l'inutilité des préparations auriques dans cette affection.
A la vérité il faut reconnaître que les expérimentations thérapeutiques sur les maladies scrofaleuses n'ont généralement pas beaucoup de succès au sein de nos hôpitaux; et c'est une observation que déjà nous avons dû faire à l'occasion de l'huile de morue. La raison d'ailleurs en est facile à saisir. En effet, de l'aveu des bons observateurs, la plupart des médicaments qui jouissent d'une efficacité réelle contre les scrofules agissent moins comme spécifiques que comme toniques excitants, ou comme modificateurs spéciaux des appareils organiques qui président à la digestion et à la nutrition. Il en résulte donc que ces médicaments, pour manifester toutes leurs propriétés et pour opérer convenablement, ont besoin de trouver des auxiliaires dans un air pur, une bonne nourriture , des soins de propreté , en un mot dans des conditions d'hygiène tout autres que celles qu'on rencontre le plus généralement dans des établissements pubUcs.
Sans doute, à l'égard des maladies scrofuleuses surtout, l'Or n'a pas tenu toutes les grandes et belles promesses que son patron avait faites en son nom.
Toutefois il ne faut pas que l'exagération d'un enthousiaste devienne, pour un remède qui peut être bon, un motif de complet discrédit. Or, après avoir lu le dernier mémoire de M. Legrand sur le traitement des Maladies scrofuleuses des os (1851), il serait injuste de ne pas reconnaître que, dans un certain nombre de cas rapportés dans ce travail, les préparations
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auriques ont exercé sur la scrofule osseuse une influence manifestement favorable.
Ajoutons que, de son côté, Niel, de Marseille, a observé des exemples d'ophthalmie scrofuleuse, d'engorgement des glandes, de tumeurs blanches, de teigne, de goitre et même d'éléphantiasis, guéris par d'assez fortes doses d'Or.
Reconnaissons d'ailleurs qu'après la syphilis, où il a une eiRcacité incontestable, c'est peut-être dans les dartres que l'Or obtient le plus de succès. Ghrestien et Lallemand, de Montpellier^ en ont constaté de bons effets dans les maladies lépreuses {Bulletin de thérap., 1837, t. VII). Dans les aifections cutanées, l'Or s'emploie surtout topiquement, bien que ses partisans le regardent comme agissant utilement aussi quand on l'administre à l'intérieur.
Disons enfin que le docteur Goetzner a réussi par d'énormes doses de muriate d'Or, de i à 5 centigrammes (1 quart, 1 demi, et même 1 grain) dans des cas d'ascite dépendante d'affections chroniques du foie, chez des malades non épuisés (Mérat et Delens, Die. de Mat. méd., t. V, p. 85).
Maladies du tube digestif. Nous avons insisté, au commencement de cet article, sur la propriété qu'ont les composés auriques de rétablir les fonctions de l'estomac. M. Legrand a publié en 484^9, sur ce sujet, un mémoire fort intéressant. On y trouve plusieurs histoires d'enfants du premier âge, aff'ectés de diarrhée, de vomissements, de dyspepsie, et dans un état de marasme qui inspirait les plus sérieuses inquiétudes pour leur vie. Dans ces cas il administre l'Or divisé, incorporé à du miel, 2 centigrammes et demi à 5 centigrammes (1 demi-grain à 1 grain) d'Or par 30 grammes (1 once) d'excipient, et il fait prendre, chaque jour, une ou deux cuillerées à café de cette mixture. Préalablement il calme les douleurs de ventre, s'il en existe, par des bains, des cataplasmes et des clystères émollients. Il continue ainsi la préparation aurique jusqu'à ce que la santé ne laisse plus rien à désirer, et il ne craint pas d'aller jusqu'à 30, 40, 50 centigrammes (6, 8, 10 grains) pour tout le traitement.
Aménorrhée. Quand nous nous sommes occupés de l'action physiologique de l'Or, indépendamment de ses propriétés thérapeutiques, nous avons vu qu'il provoquait la congestion des vaisseaux du bassin, et qu'à ce titre, il était un moyen puissant de provoquer les règles et la fluxion hémorrhoïdale. C'est un point de ressemblance de plus que l'Or a avec l'iode. Il en résulte que, chez les femmes enceintes, chez celles qui, à leur époque critique, ou dans tout autre moment, sont sujettes aux hémorrhagies, chez celles encore qui ont une fluxion permanente du côté de l'utérus, il y a inconvénient réel à donner des préparations auriques, et qu'au contraire il y aura tout avantage à les administrer si les règles sont trop peu abondantes, ou nulles ; il est donc important de faire ici des réserves semblables à celles que nous avons faites en parlant des propriétés emménagogues de l'iode.