‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 55 sur 125 · ACIDE SULFURIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE SULFURIQUE

Il entre dans lu composition de Veau an- et constitue une matière noire liomosènc tiputride de Beaufort (S;' grammes d'Acide ayant la consistance du miel. Ce caustique sulfurique à GG", mélangés à 600 grammes éiioruiquo triomphe de tumeurs encépliad'eau). louics que le liistouri n'oserait atta(|iH'r : il

les racornit et en diminue singulièrement le Caustique safrauo-sulfurique (Velpcau). volume en les brûlant. L'absorption n'est

pas à redouter comme pour l'acide arsél'r. : Poudre de satran, 10 parties, iiieux. ,

Acide sulfurique concentré, -20 Au lieu du safran, on emploie encore

, ., ^ l'amiante pour former une pàtc caustique.

L Acide carbonise la matière organique

THERAPEUTIQUE.

C'est un des poisons irritants les plus énergiques.

En médecine, il n'est jamais employé pur, si ce n'est pour cautériser des verrues; encore doit-on l'appliquer avec une grande circonspection, parce qu'il détruit profondément les tissus.

Ordinairement on l'étend d'une quantité d'eau plus ou moins grande, ou bien on le mêle à l'alcool, ou bien encore on l'incorpore avec de l'huile, de l'axonge, etc.

A l'intéiieur, l'acide sulfurique n'est jamais employé que comme tempérant ou comme hémostatique. (Voy. Sédatifs, Astringents.)

A l'extérieur, et connue moyen topique , on peut en faire usage dans quelques circonstances d'ailleurs assez bornées.

Ainsi, étendu de deux fois son poids d'eau, il peut remplacer l'acide hydrochlorique dans le traitement des maladies couenneuses de la bouche et de la gorge : à la dose de 2 grammes (un demi-gros), pour 500 grammes (une livre) d'eau , il sert à composer des gargarismes détersifs, des lotions propres à réveiller la vitalité à la surface des vieux ulcères, ou à empêcher qu'ils ne se recouvrent de sécrétions pultacées.

L'eau de Rabel, Acide sulfurique alcoolisé, est encore employée ou pure, ou étendue d'une grande quantité d'eau, suivant qu'on veut obtenir un effet plus ou moins énergique.

Dans les neilles pharmacopées on trouve un grand nombre de savons , de pommades , d'onguents préparés avec l'Acide sulfurique. Toutes ces préparations sont inusitées aujourd'hui.

Disons encore que, pour l'usage externe et interne, l'acide sulfurique ne doit être employé comme caustique ou comme irritant local qu'à défaut des nombreux agents du même ordre que nous avons passés en revue.

Nous ne pouvons toutefois nous dispenser de dire que M. Legroux , à l'exemple de Mayor, a substitué depuis longtemps la cautérisation sulfurique à la cautérisation au fer rouge dans le traitement des arthrites chroniques et des névralgies , et qu'il paraît avoir retiré de ce moyen des avantages assez marqués, [Bull, dethfirap.^ sept, et oct. 4852).

Quant aux autres usages assez nombreux de cet acide , nous en traiterons dans le deuxième volume (chap. Des Sédatifs.)

ZINC

Le Zinc est un métal d'un blanc bleuâtre, lamelleux, assez ductile, peu dur, d'une saveur métallique peu prononcée, mais distincte. Il est fusible à 360° et devient volatil au rouge blanc. Sa densité est de 7,1.

Dans la nature, on rencontre toujours le Zinc à l'état de combinaison, soit combiné au soufre (blende ou fausse galène), soit à l'oxygène (tuthie), soit à l'oxygène et à la silice (calamine), soit enfin à l'état de carbonate ou de sulfate.

Le Zinc métallique n'est pas employé en médecine.

Oxyde de Zinc. Oxydum Zinci cum igné paratum, Codex. (Noms anciens : fleurs de Zinc, pompholix, nihilalbum, lana philosoyhica, tuthie 'préparée.)

11 est très-blanc, insipide, inodore, fort doux au toucher, se convertissant facilement à l'air en sous-carbonate. Il est soluble dans la potasse, la soude et l'ammoniaque; il doit se dissoudre sans effervescence dans l'acide chlorydrique.

On obtient l'oxyde de Zinc en chauffant le Zinc au contact de l'air.

C'est le plus souvent un oxyde impur connu sous le nom de tutMe ou de cadmie des fourneaux, que l'on emploie pour les diverses préparations pharmaceutiques.

M. Soubeiran conseille de renoncer à l'usage de cet oxyde, parce qu'il contient souvent de l'arsenic.

Oxyde de Zinc par précipitation.

Pr. : Zinc laminé, Ac. chlorhyd., Ac. azotique, Carbonate de chaux,

125 grammes.

On fait dissoudre le Zinc dans l'acide chlorhydrique. On ajoute l'aoide nitrique pour peroxyder le fer qu'il renferme toujours dans le commerce. On évapore à siccité; on reprend par l'eau, on ajoute le carbonate calcaire, on laisse en contact l)endant vingt-quatre heures et l'on filtre;* la liqueur étant bien limpide, on le précipite avec quantité suffisante d'ammoniaque liquide mise par fraction.

On lave le précipité et l'on sèche à une douce température.

Pommade ou onguent tuthie.

Pr. : Tuthie porphyrisée, i partie.

Onguent rosat, 2

Beurre lavé à l'eau de rose, 2

Mêlez sur un porphyre.

Cérat de Hufeland.

Pr. : Cérat simple.

Oxyde de Zinc, Lycopode, Mêlez sur un porphyre.

16 parties.

On emploie souvent Toxyde de Zinc sous forme de collyre sec associé à parties égales au sucre candi, à l'iris de Florence, etc.

Il fait la base des onguents ophthalmiques rouge et vert de Sloane et de Keiser, de Yemplâtre appelé Main-de-Dieu, etc., inusité aujourd'hui.

A l'intérieur, l'oxyde de Zinc (notamment les fleurs) a été employé avec succès.

Pilules contre Vépilepsie (Dupuytren).

Pr. : Oxyde de Zinc, 1 gr. (20 grains).

Poudre de valériane, Igr. 1/2 (30 grains).

Castoréum pulvérisé, 10 cent. (4 grains).

Sirop simple, q. s.

Faites douze pilules, à prendre dans la journée.

L'oxyde de Zinc entre dans la composition des pilules de Méglin.

Sulfate de Zinc.

(Sulfate zincique, vitriol blanc, couperose blanche. )

Ce sel est blanc, sans odeur, d'une saveur styptlque très-prononcée, soluble dans deux parties et demie d'eau froide et dans une moindre quantité d'eau chaude. Il est composé de 50, fO d'oxyde de Zinc et de 49,08 d'acide sulfurique.

On l'obtient par la dissolution du Zinc dans l'acide sulfurique. Celui du commerce contenant toujours du sulfate de fer, on le purifie pour l'usage médical, en le dissolvant et en le faisant cristalliser avec soin.

Mais par ce moyen on sépare le fer d'une manière très-incomplète. M. Wackenroder a proposé l'hypochlorite de chaux, qui réussit assez bien, mais qui a l'inconvéde laisser du chlorure de calcium dans la liqueur. M. Réveil s'est servi avec avantage d'un barreau de Zinc ou de l'oxyde de Zinc en poudre; l'un et l'autre précipitent rapidement le fer (Bulletin de la Société d'émulation. Janvier J847).

Le sulfate de Zinc est le plus souvent employé à l'extérieur comme astringent, rarement à l'intérieur. 11 fait la base d'un

ZINC

grand nombre àr- cnllyrrs, iVinjcctions, de gargarismes , etc.

Ce sel coagule ralb'.imir.e; mais lorsqu'il est en excès, il redissoiit le coagulum formé d'abord. C'est pourquoi M. Mialhe rejette son emploi à haute dose dans les cas de blennorrhagie, par exemple.

Pour les injections, il ne va pas au delà de 0,60 cent, dans 200, gr. d'eau distillée, et pour les collyres astringents, la plus forte proportion de sulfate de Zinc est 0,30 cent, pour 100 gr. deau.

11 donne, au contraire, la formule d'un collyre détersif qui i-enferme jusqu'à 1 gr. de sulfate zincique pour 10 gr. seulement d'eau distillée.

fiollyre au sulfate de Zinc.

Pr. : Sulfate de Zinc, 1 gram. (20 grains). Eau de roses, 250 (8 oncesj.

Faites dissoudre.

Injections de sulfate de Zinc.

Pr. : Sulfate de Zinc, 4 gram. (1 gros). Eau de roses, 500 (1 livre).

Laudanum de Sydenham, 4 (1 gros).

Le sulfate de Zinc entrait dans une foule ^6 médicaments maintenant tombés dans l'oubli, tels que Veau d'Alibour, le collyre de saint Jerneron, Veau ophthalmique d'Odhelius, etc.

Acétate de Zinc.

II est blanc, sans odeur, d'une saveur très-amère et très-styptique ; il est extrêmement soluble dans l'eau, plus à chaud qu'à froid. Sa composition est de 43,9 d'oxyde de zinc, 56,1 d'acide acétique.

On le prépare en dissolvant l'hydrocar- Lonate de Zinc par l'acide acétique, faisant évaporer et.cristalliser (Soubeiran).

A l'intérieur, l'acétate de Zinc n'est jamais employé.

A l'extérieur, il a été recommandé, surtout en Angleterre, sous forme de collyres et d'injections astringentes.

Chlorure de Zinc.

(Beurre de Zinc, chlorhydrate, hydrochlorate de zinc.)

II e?t blanc, cristallisé, très-soluble dans l'eau, fusible un peu au-dessous de 100°, volatil à la chaleur rouge. Sa composition est de 47,67 de Zinc, et de 52,3-3 de chlore.

Préparation. On fait dissoudre le Zinc dans l'acide chlorhydrique du commerce; on ajoute à la dissolution un peu d'acide

azotique, et l'on l'ait évaporer à siceiti' dans une capsule de porcelaine, pour chasser l'excès d'acide; alors on redissout le cidorure de Zinc dans l'eau, on y délaye un peu de craie, et après vingt-quatre heures de contact, on filtre et l'on évapore de nouveau à siccité. En cet état le chlorure de Zinc contient une grande quantité d'eau; c'est pourquoi quelques chimistes le considèrent comme un chlorhydrate (Soubeiran).

Le chlorure de Zinc est employé en médecine principalement comme caustique.

C'est le professeur Hanke, de Breslaw, qui l'a expérimenté le premier et avec de grands succès. Le docteur Canquoin, dans ces derniers temps, le remit en vogue et voulut l'exploiter comme remède secret; l'analyse chimique en fit bientôt justice.

Pâte escharotique de chlorure de Zinc.

(Pâte du docteur Canquoin.)

(N" 1). Chlorure de-Zinc, 32 gram. (1 once). Farine de froment, - 64 (2 onces).

On mêle le chlorure réduit en poudre avec de la farine, et on y ajoute de l'eau pour obtenir une pâte solide; il en faut très -peu. On étend sur un marbre avec un rouleau, en couches variant de 1/2 ligne à 6 lignes, suivant l'épaisseur de l'eschare qu'on veut produire.

On connaît sous le nom de pâte n° 2 celle où l'on met 3 p. de farine; pâte n" 3, celle où l'on met 4 p. de farine; n° 4, celle où l'on met 5 p. de farine p. 1 p. de chlorure. C'est le n° 1 qui est presque exclusivement employé. On coupe la pâte de la forme de l'eschare qu'on veut obtenir, et on l'applique sur la partie qui est à retrancher de l'économie,

En ajoutant un peu de chlorure d'antimoine, dit M. Soubeiran, la pâte prend une consistance molle et se moule aisément sur les parties. On l'emploie alors de préférence pour agir sur les tumeurs cancéreuses épaisses et inégales.

Pr. : Chlorure d'antimoine, 1 part.

Id. de Zinc, 2

Farine, 3

Le chlorure de Zinc a été aussi employé à l'intérieur comme antispasmodique.

Hanke et Hufeland, en Allemagne, l'ont préconisé, mais en dissolution dans l'éther (5 centigrammes dans 8 grammes d'éther chlorhydrique); ils en donnaient cinq gouttes de quatre en quatre heures, dans un peu d'eau sucrée {Bibl. méd., t. XXI, p. 117). Cette formule de l'éther de Zinc diffère beaucoup de celle que donne la pharmacopée batave.

Nous nous occuperons plus tard de l'oxyde de Zinc, que nous avons rangé parmi les antispasmodiques , suivant un usage admis par la plupart de nos devanciers, sans que , à cet égard, nous puissions rien affirmer de positif, les expériences faites jusqu'ici ne nous semblant pas suffisamment probantes.

Nous passerons rapidement en revue, d'abord les préparations solubles, le chlorure, le sulfate, l'acétate de Zinc; nous examinerons ensuite les préparations insolubles de Zinc, l'oxyde et le carbonate.

A l'intérieur, le chlorure de Zinc a été employé comme antispasmodique; mais il est dangereux et moins utile que les autres préparations de Zinc.

C'est surtout de son usage extérieur que nous devons nous occuper ici. Ce chlorure est caustique , mais à un moindre degré que ceux que nous venons de passer en revue. Lorsqu'on l'applique pur et en poudre sur la peau revêtue de son épiderme, il l'enflamme, et au bout de 6 ou 7 heures, il produit une eschare grisâtre qui se détache un peu plus vite que celle qui est produite par les alcalis caustiques. Cette propriété caustique a été utilisée par quelques médecins modernes. Hanke, de Breslaw, l'employait pour détruire les nsevi materni,lesfongus hsematodes, les pustules mahgnes, les ulcères syphihtiques d'apparence carcinomateuse [Bulletin des Sciences méd. de Férussac, t. X, p. 74; Journ. de Pharmacie, t. XVI, p. 549). Plus récemment, M. Canquoin, qui prétendait posséder un remède contre le cancer, se vit forcé de rendre public le moyen qu'il tenait secret, et qui déjà ne l'était plus pour personne; et dès lors ce fameux remède cessa de faire des prodiges, et fut oublié aussitôt que connu. La pâte caustique de Canquoin n'a que peu d'action sur la peau revêtue de son épiderme ; il faut préalablement mettre le derme à nu à l'aide delà pommade ammoniacale, puis la tenir appliquée pendant 1 ou 2 jours, suivant que l'on veutcauténser plus ou moins profondément. Ce mode de cautérisation est fort lent 2tcàuse de si atroces douleurs, que les malades les plus courageux ne peuvent souvent se résoudre à une seconde application.

En général, aujourd'hui tous les praticiens préfèrent à ce caustique la poudre de Vienne, dont l'action est immédiate, rapide et peu douloureuse, dont les effets s'accomplissent en présence du médecin qui les surveille et les dirige; et il est reconnu que le chlorure de Zinc ne peut remplir aucune indication spéciale que le caustique de Vienne ne remplisse avec plus de certitude et de facilité.

Suivant Stanelli, le chlorure de Zinc, tombé en déliquium par suite de son exposition à l'air, compte au nombre de ses propriétés médicinales celle de calmer la douleur des dents.

Son mode d'application est des plus simples. A l'aide d'un petit pinceau, on en porte une petite quantité dans la cavité delà dent douloureuse, et.

ZINC. 435

dans l'espace de quelques minutes, il en apaise les souffrances les plus aiguës, sans d'ailleurs en irriter aucunement les nerfs.

Avant de procéder à l'application, il est indispensable d'entourer soigneusement la dent avec du coton cardé, et puis, lorsque le chlorure a été appliqué, de bien remplir la cavité avec cette même sorte .de coton. Enfin on termine par laver la bouche avec un peu d'eau tiède.

L'auteur affirme qu'il a obtenu un succès constant de ce moyen dans plus de cinquante cas, et que jamais il n'a observé que la marche de la carie en ait été rendue plus active (Annali universali di medicina).

L'oxyde de Zinc et le carbonate de Zinc ont été considérés comme antispasmodiques, ainsi que nous l'avons dit plus haut. A l'intérieur on les a prescrits dans les convulsions des enfants, dans celles des femmes en cou-ches; on les a encore conseillés dans la chorée, dans le tremblement métaUique, dans la coqueluche, en un mot dans les affections nerveuses, et même dans les maladies inflammatoires, auxquelles se joignent des accidents spasmodiques.

Les doses, dans ce cas, ont été, chez les enfants, de 25 à 50 centigrammes (5 à 10 grains) par jourj chez les adultes, de 1 à 4 grammes (18 à 72 grains).

On sait que, dans ces derniers temps, l'oxyde de Zinc, donné progressivement à très-hautes doses, a été préconisé par M. le docteur Herpin, de Genève, comme un des moyens les plus efficaces dans le traitement de l'épilepsie. Ces expériences ont été répétées en France par un certain nombre de médecins qui s'occupent spécialement des maladies nerveuses et mentales, entre autres par M. Moreau, de Tours; mais malheureusement elles n'ont nullement confirmé les résultats presque merveilleux qui avaient été annoncés par le médecin de Genève.

Toutefois nous croyons devoir ajouter que les nouvelles observations publiées par cet observateur, sans être toujours aussi décisives qu'il le pense, suffisent au moins pour attester que ce médicament peut excercer une influence heureuse sur certaines épilepsies de nature curable : nous voulons parler surtout des épilepsies accidentelles et de date encore assez récente.

A l'extérieur, l'oxyde et le carbonate de Zinc ont été prescrits en pommade, en poudre, dans les ulcères chancreux, fétides, etc., etc.; dans les gerçures du sein, des lèvres 3 dans l'intertrigo des enfants; dans les ophthalmies chroniques , le coryza : suspendus dans de l'eau mucilagineuse, ils sont employés dans la leucorrhée, la blennorrhagie, etc., etc.

A l'extérieur, les doses sont en quelque sorte illimitées.

Sulfate de Zinc. Le sulfate de Zinc, comme le carbonate, l'oxyde et l'acétate de Zinc, a été employé à l'intérieur comme antispasmodique. Mais toutes ces préparations ont été surtout conseillées comme topiques, et toutes remplissent à peu près les mêmes indications , en observant toutefois que les préparations solubles de Zinc sont en général fort irritantes, et ne doivent être prescrites qu'à doses très-faibles, tandis que le carbonate et

l'oxyde veulent être employés à des doses beaucoup plus considérables.

Le sulfate de Zinc, à l'intérieur^ ne s'emploie que comme vomitif; ce vomitif, suivant les expériences de M. Toulmouche (de Rennes), est plus sûr que le tartre stibié, et doit être assimilé au sulfate de cuivre pour ses propriétés émétiques. Il se donne, dans ce cas, à la dose de AO à 75 centigrammes (8 à 15grains), dissous dans 100 à 425 grammes (3 à 4 onces) d'eau. Ce vomitif, très-souvent employé par nos voisins d'outre-mer, n'est pas en usage chez nous, et c'est peut-être à tort; il doit être conseillé d'une manière spéciale dans le cas d'empoisonnement, parce qu'il produit le vomissement plus promptement et beaucoup plus sûrement que le tartre stibié; dans ce cas, il se donne à une dose un peu plus élevée que celle que nous avons indiquée tout à l'heure; la dose doit être doublée et triplée s'il a été ingéré un poison stupéfiant.

A l'extérieur, le sulfate de Zinc est très-souvent administré. Dans les catarrhes aigus et chroniques des membranes muqueuses, il est avec avantage mis en contact avec la surface malade. Ainsi dans l'inflammation de la conjonctive, de la membrane olfactive, du canal de l'urètre, on le prescrit à la dose de 1 centigramme, et même de 10 à 20 centigrammes (un quart de grain, et même de 2 à 4 grains) par 30 grammes (1 once) d'eau distillée; dans la leucorrhée, en injections à la dose de 2 à 8 grammes (un demi-gros à2 gros) pour 500 grammes (1 livre) d'eau; à la même dose en gargarisme dans les maladies chroniques de la gorge.

Enfin on l'a employé en lotions contre la gale (Gmelin, Appar. méd. , 1. 1, p. 128), et Haies [Journ. univ. des Sciences méd., t. VII, p. 254) l'a conseillé, non-seulement dans cette affection, mais encore dans la plupart des maladies chroniques de la peau.

En bains, on l'administre encore à la dose de 60 à 120 grammes (2 à i onces) pour guérir les démangeaisons causées par le prurigo, par l'eczéma chronique, et en général par toutes les affections herpétiques.

iLe sulfate de Zinc intimement uni avec l'alun, au moyen de la fusion de ces deux substances dans une capsule de porcelaine, a été présenté dans ces dernières années, par le docteur Richard, de Soissons, comme un des moyens le plus promptement et le plus sûrement efficaces à opposer au prurit des organes génitaux.

Comme ces deux substances, employées séparément, sont incontestablement utiles dans cette circonstance, il est permis de croire que,réunies et combinées, elles acquièrent encore un plus haut degré d'efficacité. C'est donc un moyen nouveau à ne pas négliger lorsqu'il s'agira de combattre une affection aussi incommode et aussi souvent rebelle.

L'acétate de Zinc {aceias zinci) n'est jamais employé à l'intérieur.

A l'extérieur, il a exactement les mêmes usages que le sulfate. M. le docteur Pujet, qui traite avec un grand succès les maladies de la peau, emploie principalement comme topique la solution d'acétate de Zinc, qu'il donne en bains, ou qu'il laisse appHquée sur la partie pendant uneou plusieurs heures.

CUIVRE

CUIVRE

Le Cuivre, Cuprum {Vénus des alchimistes) est un métal d'une couleur rouge, très-malléable et très-ductile. 11 fond à 788° environ; sa densité est de 8,39.

Le Cuivre a une saveur styptique, une odeur désagréable, il est moins tenace que le fer. A un haute température , il absorbe l'oxygène et se transforme successivement en pfotOTcyde et en deutoxyde.

Le protoxyde de Cuivre est rouge à l'état sec, jaune à" l'état d'hydrate; le deutoxyde est noir, et d'un bleu clair lorsqu'il est hydraté.

Sulfate de Cuivre.

(Sous-deutosulfate, sulfate cuivrique, vitriol bleu, vitriol de Chypre.)

Ce sel est bleu, d'une saveur styptique; il est soluble dans 4 p. d'eau froide et dans 2 p. d'eau bouillante.

Le sulfate de Cuivre du commerce contient presque toujours du sulfate de fer; il est nécessaire de le purifier.

Lorsqu'il est pur, il sert à composer des injections, des lotions, des collyres, etc.

Collyre dit Pierre divine.

Sulfate de Cuivre,

24 part.

Alun,

Azotate de potasse,

Camphre en poudre,

Pr,

Faites fondre les sels, incorporez le camphre en poudre , quand ils commencent à se refroidir.

On dissout 5 grammes (1 gros) de pierre divine dans un litre d'eau , pour avoir un collyre liquide.

Collyre résolutif (Récamier).

Pr. : Eau distillée, 48 gram. (1 once 1/2). Eau-de-vie, 32 gram. (1 once).

Sucrecandijiris ) de Florence [pour chaque, 4 gram.

pulvérisé, i (1 gros).

Pierre divine, )

Sulfate de Cuivre avimoniacal.

Ce sel est d'une belle couleur bleue, d'une saveur métallique désagréable, comme celle de tous les sels de Cuivre. Sa composition est de 32,22 de bioxyde de Cuivre, 27,89 d'ammoniaque, 32,58 d'acide sulfurique et T,3ï d'eau.

Le sulfate de Cuivre ammoniacal est re-

gardé comme un excitant très-actif. Cemême sel , à l'état liquide et contenant un excès d'ammoniaque , constitue l'Eau céleste , dont nous indiquons la préparation :

Pr.

Sulfate de Cuivre cristallisé.

Ammoniaque liquide.

Eau distillée,

5 cent. (1 grain).

q. s. 32 gram. (1 once).

On dissout le sulfate de Cuivre dans l'eau distillée; on filtre la dissolution, et on y ajoute peu à peu de l'ammoniaque, jusqu'à ce que le précipité de sous-sulfate de Cuivre qui se forme d'abord soit redissous ; elle est d'un bleu magnifique.

L'eau céleste est employée comme collyre excitant et résolutif, mais on l'étend préalablement d'eau distillée.

L' ammoniaque de Cuivre, Cuprumammoniacum, lequel est une dissolution de bioxyde de Cuivre hydraté dans l'ammoniaque, sert également à composer des collyres, des injections, etc.

Acétate de Cuivre.

Deux espèces sont employées en médecine :

1» Acétate neutre de Cuivre (deuto-acétate de Cuivre, verdet cristallisé, cristaux de Vénus).

Il est d'un vert foncé, en cristaux rhom» boidaux ; sa saveur est sucrée et styptique. 11 est soluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool.

A l'état neutre il est peu usité ; il peut s'employer dans les mêmes cas que le sulfate.

2" Sous-acétate de Cuivre, acétate basique. (Noms anciens : verdet ou vert-degris du commerce, xs viride, serugo rasilis.)

Ce sel est d'un vert clair; il partage toutes les propriétés irritantes du précédent.

Disons que le bioxyde de Cuivre forme, avec l'acide acétique, quatre combinaisons basiques. Le verdet bleu ou verdet de Montpellier (acétate de Cuivre bibasique) est le seul usité en médecine; il est décomposable à 60°; traité par l'eau, il se transforme en acétate sesquibasique.

Préparation. On l'obtient, dans le Midi, en faisant agir à l'air, pendant un temps assez long, du marc de raison sur des lames de Cuivre.

Pour l'emploi médical , ce sel est sous forme de poudre ou en dissolution dans l'huile. Il forme la base de plusieurs mé' dicaments autrefois fort usités.

Cire verte. Onguent e'gyptiac.

(Emplâtre d'acétate de Cuivre) (Mellite d'acétate de Cuivre.)

Pr. : Poix Manche, 2 part. pr. . Miel, 14 part.

Cire jaune, 4 Vinaigre, 7

Térébenthine, 1 Verdet pulvérisé, 5 Verdet porphyrisé, I

On fait liaupfipr la rirp pt la tpréhpnthinP ^^^^^ ^* ^^^*^^ ^"^'^^ ^^^^ ""^ bassine de

r.t vr.lll.^^r.J:lî\ 1 î ', térébenthine, ^ j usqu'à solution de l'acétate, colora-

et 1 on incorpore le sous-acetate de Cuivre. ^^^^ ^ ^ ^^^^ ,„ .^uge brique (coloration

■ . , ^ . due au cuivre métallique et au protoxyde

Onguent de Cuivre ou onguent vert. de cuivre réduits de bioxyde sous l'in-

-.r j . ^ . fluence du sucre de miel et consistance du

Pr. : Verdet, l part, j^iei (Soubeiran).

Unguent basilicum, 15 Le sous-acétate de cuivre fait aussi la

Mêlez. . base des pilules anticancéreuses de Gerbier.

Action physiologique du Cuivre.

Le Cuivre pur, tel qu'on peut Tobtenir en limaille ou en petits copeaux, n'exerce souvent sur l'économie aucun effet appréciable ; M. le docteur Drouaud a en effet démontré que la limaille donnée à un chien^ soit pure, soit incorporée aux graisses et aux huiles, n'exerçait aucune action malfaisante, même à la dose de 30 grammes (1 once). Pourtant il est permis de penser, avec M. Mialhe, que le Cuivre divisé séjournant suffisamment dans l'estomac en présence de l'air, de l'acide chlorhydrique et des chlorures alcaUnSj s'oxyderait d'abord, puis se dissoudrait en formant un chlorure. Il rapporte une observation à l'appui de cette opinion. L'action de ce métal n'est pas douteuse lorsqu'il est combiné avec les acides, et les divers sels de cuivre exercent sur les tissus avec lesquels ils sont en contact une action irritante très-énergique, et s'ils sont pris à l'intérieur, ils déterminent une phlegmasie gastro-intestinale qui peut devenir mortelle. La première action des sels de cuivre est leur combinaison avec les éléments protéiques des tissus et la formation d'un coagulum bleu verdâtre, d'après Mitscherhch.

Ce coagulum, si le sel est à acide organique, se dissout très-facilement dans un excès du composé salin ; il résiste, au contraire, lorsqu'on a affaire à un sel dont l'acide est inorganique. Aussi M. Mialhe accorde-t-il une double manière d'agir aux préparations du cuivre, l'une coagulante, astric^ tive, l'autre fluidifiante, désobstruante. On produit la première action par le sulfate cuivrique, à faible dose, et la seconde par l'acétate à dose élevée. Les ouvriers qui travaillent le Cuivre sont remarquables par la teinte verdâtre de leurs cheveux et de leur barbe, coloration qui tient probablement à la présence des sels de Cuivre réduits en poudre très-fme. Il arrive nécessairement qu'ils avalent des sels mêlés à la salive, ou bien encore qu'ils en aspirent dans les bronches. Le Cuivre ne semble pas exercer sur eux une influence à beaucoup près aussi fâcheuse que les préparations satur-

CUIVRE. 439

nines. Ce que Ton observe seulement, ce sont des coliques précédées d'inappétence et accompagnées de diarrhée, coliques qui n'ont, d'ailleurs, ni l'intensité ni le danger de la colique de plomb. D'ailleurs, il est d'observation que les ouvriers qui travaillent le Cuivre peuvent, avec quelques soins de propreté, .et en évitant des écarts de régime, se prémunir contre ces légers inconvénients, ce qui devient tout à fait impossible pour ceux qui se trouvent exposés aux émanations saturnines.

Lorsque l'on cherche à apprécier l'influence que le Cuivre exerce sur les ouvriers, il ne faut pas oublier que presque toujours ces artisans travaillent en même temps le plomb, et il faudrait se garder d'attribuer à l'un de ces métaux ce qui ne doit être mis que sur le compte de l'autre.

Action théra'peutique du Cuivre.

Le Cuivre métallique n'est plus usité en médecine : quelques sels seulement servent à remplir des indications thérapeutiques : ces sels sont Yammoniure de Cuivre, le deutoacétate de Cuivre^ le sous-acétate et le sulfate.

Ammoniure de Cuivre. Cette préparation ne s'emploie guère que pour l'usage externe. Cependant le Cuivre ammoniacal a été conseillé par quelques auteurs dans le traitement de l'épilepsie, à la dose de 10 à 50 centigrammes (2 à 10 grains) par jour.

U ammoniure de Cuivre est regardé par M. le docteur Merey, médecin de l'hôpital des Enfants de Pesth, en Hongrie , comme un spécifique presque infaillible dans le traitement de la danse de Saint-Guy. Il fait une potion composée de 40 centigrammes de Cuivre ammoniacal, pour 100 grammes d'eau de menthe, et environ 30 grammes de sirop simple. Il y ajoute 6 à 8 gouttes de teinture d'opium, pour faire mieux tolérer le médicament. On en donne à un enfant de six ans, par exemple, 2 cuillerées à café, quatre fois par jour, et l'on augmente rapidement la dose, en ayant égard à la tolérance de l'estomac, jusque-là que l'on fasse prendre les 40 centigrammes d'ammoniure de Cuivre en un jour. Il nous a affirmé que, sur plus de 200 cas, il avait presque toujours vu la chorée céder avec une telle rapidité, qu'il était impossible de ne pas voir là une ]'elation évidente de cause à effet.

Mis en contact avec la peau et les membranes muqueuses, l'ammoniure de Cuivre cause une violente irritation.

Il forme la base de l'eau céleste, si vantée dans le traitement des ophthalmies chroniques. Dans ce cas, il s'emploie à la dose de quelques gouttes par once d'eau distillée, et en augmentant progressivement la dose à mesure que diminue la susceptibilité de la conjonctive enflammée. On l'emploie avec le même avantage dans le traitement de la blennorrhagie, de la leucorrhée, des ulcères chroniques. M. Cullerier fait un mélange de 28 grammes (7 gros) d'ammoniure de Cuivre sur 4 grammes (l gros) de nitrate de Mercure, pour toucher des ulcères vénériens qui résistent au mercure.

A l'intérieur, il n'a aucun usage ; à l'extérieur, il entre dans la composition d'un grand nombre d'onguents ou d'opiats qui avaient jadis une grande

célébrité pour la guérison des ulcères et des maladies chroniques de la peau. Dissous dans l'eau, dans diverses proportions, il est, comme l'ammoniure de Cuivre et comme le sulfate, dont nous allons nous occuper tout à l'heure, employé avec succès dans le traitement des ophthalmies chroniques, des blennorrhagies , des ulcères syphilitiques ou simples, des dartres, et notamment des dartres eczémateuses.

Le sous-acétate de Cuivre, subacetas cupri, verdet ou vert-de-gris du commerce, œs viride, viridi seris, serugo rasilis, partage toutes les propriétés vénéneuses, irritantes, purgatives et thérapeutiques du deutoacétate de Cuivre.

Il sert en pharmacie à préparer une multitude d'emplâtres et d'onguents qui ne sont pas sans efficacité dans le traitement des maladies externes.

On Ta conseillé à l'intérieur. Il entrait comme partie essentiellement active dans les fameuses pilules de Gerbier contre le cancer, pilules qui ont procuré quelques guérisons tant que le remède a été secret, mais dont l'expérience a pu constater la complète inefficacité. On l'a encore préconisé dans le traitement du rachitis et des scrofules; mais les faits que l'on cite sont si peu concluants, que nous ne croyons pas devoir y insister davantage.

Le sulfate de Cuivre est un poison irritant très-énergique. • A l'intérieur, c'est le vomitif le plus sûr que nous connaissions, à la dose de 25 à 40 centigrammes (5 à 8 grains) . Comme vomitif, dans le traitement du croup , le sulfate de cuivre avait été considéré comme particulièrement utile ; ajoutons que les récentes observations de IMM. Godefroy et Mavel sembleraient dérnontrer que l'usage souvent répété dans le même jour d'une solution de sulfate de cuivre, d'ailleurs assez modérée (10 centigrammes de sel dans 125 grammes d'eau distillée, une cuillerée toutes les 10 minutes), solution dont on continue l'usage en éloignant les doses suivant les effets produits, aurait une très-heureuse et très-rapide influence sur l'angine maligne. Pour notre compte, dans deux circonstances fort graves, il nous a paru que la maladie avait été guérie par cet agent thérapeutique.

Ce serait là, suivant nous, de la modification substitutive, au même titre que les applications de calomel, d'alun, de nitrate d'argent.

Nous ajouterons que depuis quelque temps nous administrons le sulfate de Cuivre à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme dans un lavement, pour combattre la diarrhée chronique, et que nous en obtenons des effets souvent très-avantageux , tout à fait analogues à ceux qu'on obtient des lavements au nitrate d'argent. On utilise encore la solution de sulfate de cuivre (2 grammes pour 500 grammes d'eau) en injections, dans l'écoulement leucorrhéique dénature catarrhale. On répète ces injections matin et soir.

Nous ne parlons pas ici de ce qu'en ont dit Margat, Simmons et Adair dans le traitement de la phthisie :, il suffit de lire leurs observations pour être convaincu de l'insuffisance de ce moyen, qui, à ce titre, ressemble à tous les autres.

CuUen et Chalmers l'ont irouM' utile dans le trailenieut de i'épilepsie et

de l'hystérie, pris à doses fractionnées de manière à ne pas dépasser 10 à 40 centigrammes (2 à 8 grains) par jour-

Le deutoacétate de Cuivre, deutacetas cupri, cristalli veneris. Mis en contact avec une membrane muqueuse ou avec la peau dépouillée de son épiderme, il produit une très-vive irritation : c'est un poison irritant fort énergique.

La Moutarde (Smapis) est une plante de la famille des Crucifères (tétradynamie siliqueuse de Linné).

Les caractères botaniques du genre Sinapis sont les suivants : calice très-ouvert, onglets des pétales dressés, disque de l'ovaire chargé de quatre glandes, silique souscylindrique, souvent terminée par un bec saillant; semences unisériées, sous-globuleuses.

Deux espèces de Moutarde, la blanche et la noire, sont employées en médecine (la graine seulement) : îa Moutarde blanche, plus particulièrement affectée aux usages internes ; la Moutarde noire, employée, au contraire, presque exclusivement comme remède externe.

Moutarde blanche (Sinapis alba, L.).

Caractères spécifiques. Siliques hérissées, étalées; corne longue et ensiforme; feuilles sinuées, feuilles et tiges presque glabres.

La graine de Moutarde blanche est beaucoup plus grosse que celle de la Moutarde noire; l'épisperme n'est pas parfaitement lisse ; vue a la loupe, elle parait légèrement chagrinée.

^ La semence de Moutarde blanche diffère de la noire en ce qu'elle contient la sulfo-sinapisine, matière découverte par MM. Henry et Garot, et qui présente du soufre à l'analyse chimique.

Cette substance est amère, inodore, soluble dans l'eau, l'alcool et l'élher.

Disons aussi que la Moutarde blanche ne fournit pas d'huile volatile, il s'en développe seulement dans certaines circonstances un î^rincipe acre fixe, qui , d'après plusieurs auteurs, se produirait sous l'influence de la sulfo-sinapisine, quand on traite la Moutarde blanche par l'eau.

Ce principe acre, que MM. Robiquet et Boutron-Charlard ont les premiers découvert et analysé, ne parait pas préexister dans la Moutarde, comme on le pensait avant eux ; il se développe par la réaction des éléments dont celle-ci est composée.

La semence entière communique au vin blanc une saveur et une odeur désagréableb, inais faibles, et le rond visqueux ; «[uand elle

est concassée, la liqueur prend un goût trèspiquant (Soubeiran).

La graine de Moutarde blanche n'est employée en médecine que dans son intégrité; on en fait avaler une ou deux cuillerées par jour.

Moutarde noire. (Sinapis nigra, L.).

Caractères spécifiques. Feuilles inférieures lyrées, celles du sommet lancéolées, très-entières, pétiolées; siliques, glabres, lisses, à bec conique, serrées contre'la tige.

La semence de la Moutarde noire est trèsmenue et rougeàtre; elle est quelquefois recouverte d'une sorte d'enduit crétacé.

Celle qui est la plus estimée nous vient de Strasbourg et de la Picardie.

Composition chimique. Huile fixe douce, albumine végétale, sucre, myrosine, acide myronique, matière gommeuse, matière colorante verte et jaune, matière grasse nacrée, acide ïibre, quelques sels.

La semence de Moutarde, d'après M. Guibourt, ne contient pas d'huile volatile toute formée; aucun des produits dont elle est composée ne possède de l'âcreté; ce n'est que par la réaction des éléments les uns sur les autres que le principe acre et l'huile volatile se développent. La présence de l'eau est la condition indispensable à la formation de ce dernier produit.

D'après les expériences que nous avons consignées (expériences faites sur le malade), d'après celles de plusieurs chimistes, dont les nôtres ne sont que les corollaires, la température de l'eau aurait une influence bien marquée sur le développement de l'huile volatile; voici les plus saillants : 1° l'huile volatile ne se forme pas dans l'eau bouillante; 2° l'eau chauffée au-dessus de Ih-" s'oppose à la formation de cette huile (passé 60°, la^quantité diminue); 3° l'acide sulfurique faible, et en général les acides minéraux, s'opposent au développement de l'huile volatile. H en est de même des acides végétaux, pourvu qu'ils marquent au moins 35 degrés à l'aréomètre. (Consr.Uer pour nlus de détails les mémoires curieux de MM. Robiquet et Boutron, et ceux de MM. Hcsse et Fuuré.)

En résumé, les conditions qui favorisent ou empêchent toute fermentation sont celles aussi qui permettent ou arrêtent la formation de l'huile essentielle de Moutarde.

Ce rapprochement est d'autant plus naturel que, comme l'a fait voir M. Bussy, l'acide myronique renferme tous les éléments de l'huile essentielle de Moutarde. La myrosine d'ailleurs est une substance bien voisine de l'albumine et conséquemment de l'émulsine, lesquelles jouent le rôle de ferments dans d'autres circonstances.

MM. Dumas et Pelouse ont analysé l'huile volatile de Moutarde; ils y ont trouvé pour 100 parties. 49,84 de carbone, 5,09 d'hydrogène, 14,41 d'azote, 20,40 de soufre, 10,48 à.'o\ys,ène.{Ann.de chim. etdephijs.,t.LlU, p. 181).

Quelles sont les diverses formes d'administration de la Moutarde noire ?

Elle est employée principalement en farine. On pulvérise à cet effet la semence de Moutarde dajns un mortier ou au moyen d'un moulin.

La farine de Moutarde du commerce est souvent sophistiquée, soit avec de la farine de graine de lin, soit avec du son, de la sciure de bois, etc. On reconnaîtra facilement la véritable farine de Moutarde au développement instantané de l'huile volatile, lorsqu'on la délayera dans un peu d'eau à 30 ou 40° (les yeux exposés immédiatement au-dessus de la farine reçoivent une impression telle qu'il n'est pas permis d'en douter); on la distinguera aussi à sa couleur jaune verdâtre, mêlée de points rouges noirâtres, et à son toucher beaucoup moins onctueux que celui de la farine de graine de lin.

Bains de pieds sinapisés, pédiluves sinapisés.

Pr. : Farine de Moutarde, 64 à 192 gr. (2 à G onc.) Eau tiède à 30°. q. s.

On délaye la Moutarde dans l'eau tiède de manière à faire une bouillie bien claire, on couvre le vase, et après le contact d'une demi-heure à une heure, On ajoute de l'eau chaude de manière à amener le bain à la température convenable.

Bain de Moutarde.

Pour préparer un bain de Moutarde, on mêle de 600 grammes à 1,000 grammes (1 à 2 livres) de farine de Moutarde à l'eau d'un grand bain.

Sinapismes.

Ce sont des cataplasmes que l'on prépare ordinairement, mais à tort, avec du vinaigre. Nous avons fait pressentir les inconvénients de ce mélange, en démontrant

l'obstacle que les acides mettent au développement de l'huile volatile de Moutarde. Nous insisterons davantage sur ce fait lorsqu'il sera question de l'action physiologique.

M. Robinet a trouvé le moyen de rendre la farine de Moutarde plus active et plus énergique en extrayant par expression l'huile fixe de la farine destinée aux sinapismes. Il a reconnu aussi qu'elle était moins sujette à rancir.

On peut mitiger, selon les indications, les sinapismes avec la farine de lin.

Eau distillée de Moutarde.

On l'obtient en délayant dans l'eau tiède 32 grammes (1 once) de Moutarde pulvérisée; on laisse macérer pendant plusieurs heures, et on distille pour retirer 600 grammes (1 livre) de produit- Cette huile essentielle est très-odorante et très-sapide.

L'huile volatile de Moutarde se prépare de la même manière, seulement il faut augmenter la dose de farine. On ne retire de la distillation que le quart de produit. Ces deux préparations peuvent être avantageusement employées dans le but d'obtenir une vive rubéfaction des tissus.

Révulsif de Moutarde.

Pr. : Huile volatile de Moutarde, Alcool à G6° (26 Cart.),

Mêlez et filtrez (Fauré).

1 part.

Un morceau de flanelle, ou de linge fin imbibé de ce mélange, produit en deux ou trois minutes une très-vive rougeur à la peau.

On obtient aussi par macération un vin de Moutarde préparé avec :

Vin blanc, 1,000 grammes (2 livres). Moutarde écrasée, 16 (1/2 once).

Ce vin a une saveur piquante et une odeur hydrosulfurée.

Une autre espèce de Moutarde, qui devrait plutôt que la dernière porter le nom de Moutarde noire, croît abondamment dans les champs : c'est la Moutarde sauvage, ou sauve, sinapis arvensis, dont les caractères spécifiques sont les suivants : tiges et feuilles munies de poils, siliques horizontales, glabres, multangulaires, renflées, trois fois plus longues que la corne terminale.

La semence en est plus grosse que celle de la Moutarde officinale, moins volumineuse que la graine de Moutarde blanche.

La plupart des plantes de la famille des Crucifères partagent, mais à un moindre degré, les qualités topiques qui l'ecommandent d'une manière spéciale le genre sinapis.

BIOUTARDE. 443

THERAPEUTIQUE.

Deux espèces de Moutarde, la blanche et la noire, sont employées en médecine : la Moutarde blanche, plus particulièrement affectée aux usages internes; la Moutarde noire, employée, au contraire, presque exclusivement comme remède externe.

Moutarde blanche, sinapis aïba. Quand un remède est devenu populaire, quand les charlatans l'exploitent depuis longtemps, et toujours avec succès pour eux. il faut bien qu'il se recommande par quelques propriétés utiles, que l'entêtement ou la mauvaise humeur des médecins lui dénieront vainement. Les usages thérapeutiques de cette graine remontent à peu près au siècle dernier. Gullen les constate de la manière la plus positive [Mat. méd.^ t. II, p. 180). Ce médecin la donnait comme laxative.

De nos jours, Maccartan, médecin irlandais qui habitait Paris, publia dans le Journal général de médecine, t. XXXIV, p. 72, 1809, un travail sur les propriétés thérapeutiques de la graine de Moutarde, travail dont il n'est rien resté de pratique, parce que tous les faits que l'auteur invoquait ne pouvaient supporter l'examen.

Cependant, en Angleterre et dans l'Amérique du Nord, l'usage de la graine de Moutarde blanche était devenu populaire : depuis quelques années il l'est en France. Les faits que nous avons recueillis nous-mêmes nous permettent d'affirmer que la graine de Moutarde blanche est en effet un remède très-utile.

Cullen avait constaté son action laxative. Il est évident que cette graine purge à la dose de 30 à 45 grammes (1 once à 1 once et demie). On la donne non concassée, à jeun, ou le soir au moment où les malades se mettent au lit. On peut encore sans inconvénient l'administrer au commencement du repas. La dose, qui varie suivant chaque individu, doit être telle qu'elle sollicite une ou deux évacuations faciles dans la journée.

Cette espèce de purgation, qui ne cause aucune colique, est surtout utile à ceux qui sont habituellement constipés, et dont les digestions sont en même temps laborieuses. Nous avons constaté qu'elle réussit surtout chez les hémorrhoïdaires. C'est au médecin de juger si cette paresse des fonctions digestives ne tient pas à une phlegmasie, auquel cas l'usage de la graine de Moutarde blanche ne serait pas indiqué.

Mais c'est à l'action dépurative de ce médicament que l'opinion populaire accorde le plus de foi. Il convient d'examiner cette question, d'abord expérimentalement, puis sous le point de vue théorique. De toute évidence, et des expériences personnelles ne nous permettent pas d'en douter, la graine de jMoutarde blanche exerce une action dépurative très-puissante, et des maladies cutanées, des rhumatismes chroniques que rien n'avait pu amender, ont été guéris ou mis en voie de guérison par l'usage longtemps

continué de la graine de Moutarde blanche. Voici le fait : cherchons maintenant l'explication.

L'irritation permanente exercée à la surface de la membrane muqueuse du tube digestif, irritation en vertu de laquelle il se fait une sécrétion muqueuse continuelle, ne doit-elle pas être considérée comme une dérivation, et n'est-on pas en droit d'expliquer, par cette seule dérivation^, la disparition ou la diminution de la maladie? Cette opinion nous paraît d'autant plus raisonnable, que les purgatifs pris fréquemment ont été regardés par tous les praticiens comme un moyen efficace de guérir les maladies chroniques de la peau. D'un autre côté, si l'on considère que la graine de Moutarde entretient seulement le ventre un peu libre sans irriter vivement la membrane muqueuse de l'intestin, que les purgatifs drastiques, quoique stimulant beaucoup plus vivement la surface gastro-intestinale, ne guérissent pas aussi sûrement les dartres et les rhumatismes, on sera forcé d'en conclure qu'il existe dans la Moutarde, comme dans la plupart des autres crucifères, un principe actif qui modifie probablement le sang, et par suite tout l'organisme. Peut-être ce principe actif n'est-il autre que le soufre^ qui , comme on le sait , se trouve en proportion notable dans toutes les plantes de cette famille.

Quoi qu'il en soit de cette explication, à laquelle nous n'attachons pas nous-mêmes une grande importance, nous nous en référons aux faits seuls, et nous appellerons l'attention des praticiens sur un moyen trop peu connu, et, à cause de cela, trop peu apprécié.

La graine de Sinapis. alba sert encore à composer la plupart des Moutardes douces que nous mangeons sur nos tables. Ce condiment, justement apprécié des vieillards et de ceux dont l'estomac est paresseux, est, pour certains médecins, l'objet d'une injuste réprobation ; il ne convient pas sans doute à ceux qui digèrent laborieusement, parce qu'ils ont une gastrite aiguë ou subaiguë; mais dans certaines gastrites chroniques, dans un grand nombre de gastralgies , et généralement dans les affections du tube digestif où le plan musculaire de l'intestin est évidemment frappé d'inertie, et où les sécrétions normales de la membrane muqueuse sont presque entièrement taries, la Moutarde prise de temps en temps est utile et devient une condition presque nécessaire d'une bonne digestion.

La Moutarde noire [Sinapis nigra) est au contraire le plus ordinairement usitée dans la thérapeutique externe. On l'emploie moulue, et elle sert à composer les sinapismes, les cataplasmes et les bains sinapisés, etc., etc. C'est assurément un moyen dont l'usage est des plus communs; et pourtant, on peut dire que son mode d'action est loin d'être généralement bien connu.

En ouvrant presque tous les livres de matière médicale, en lisant la plupart des articles des dictionnaires sur les sinapismes, nous sommes frappés de la dissidence qui existe entre les auteurs. Les uns conseillent de délayer la farine de Moutarde avec de l'eau chaude ou du vinaigre chaud indifféremment ; les autres (choisissent de préférence le vinaigre ou l'acide acétique

MOUTARDE, 44r»

concentré pour produire un effet plus actif. Ceux-ci recommandent expressément de se servir de farine récemment moulue; ceux-là veulent qu'on emploie seulement le son de cette même farine. C'est bien autre chose quand il s'agit de la durée de l'application : l'un laisse la Moutarde quatre heures en contact avec la peau; l'autre se contente de deux ou trois heures; quelques-uns pourtant concèdent une heure ou une heure et demie. Que devons-nous faire, nous qui lisons les livres? Comment préparer les sinapismes? Combien de temps les laisser appliqués? Ne sachant à quoi nous arrêter dans ce conflit d'opinions, nous avons fait ce par quoi il eût été bon de commencer : avant d'écrire, nous avons expérimenté, et nous allons rendre compte du résultat de nos expériences. Ces expériences, tentées en 1829 et publiées en 1830, sont venues confirmer chniquement les travaux chimiques de M. Fauré et ceux qui ont été tentés depuis par M. Boutron,

P^ Question. — Faut-il prendre de la Moutarde moulue récemment , ou de la Moutarde broyée depuis longtemps?

Nous délayâmes dans de l'eau froide deux portions de Moutarde. L'une avait été moulue depuis huit jours et conservée dans une boîte fermée ; l'autre avait été broyée depuis cinq mois et avait été tenue dans un sac de papier et placée dans une armoire humide. Les deux sinapismes furent apphqués, l'un sur le mollet droit, l'autre sur le mollet gauche.

Moutarde nouvelle. Moutarde ancienne.

Après 4 minutes et demie d'application, lé- 4 min. et demie. Sensation nulle.

gère sensation de picotement.

5 min. Un peu de cuisson, légers batte- 5 min. Sensation nulle.

raents isochrones à ceux du pouls.

G min. Vive cuisson. G min. Légère sensation de picotement.

7 min, La cuisson augmente. 7 min. Légère cuisson.

8 min. La cuisson est très-vive. 8 min. Cuisson vive, battements artériels.

9 min. La douleur devient plus profonde; 9 min. Sensation de brûlure; la douleur sentiment de pesanteur dans la partie en devient plus profonde.

contact avec la Moutarde.

10 min. Sensation de chaleur et de brûlure 10 min. La sensation est la même que celle très-cuisante. que l'on éprouve dans l'autre jambe.

L'expérience répétée a toujours donné les mêmes résultats.

Or nous voyons que la farine ancienne a pu agir au bout de dix minutes exactement de la même manière que la farine nouvelle, bien qu'au comcement elle eût semblé avoir une activité un peu moins prompte.

Donc, 1° entre la farine de Moutarde noire moulue depuis huit jours et celle qui est broyée depuis cinq mois, il n'y a pas de différence notable.

ÎP Question. — Un sinapisme préparé avec de l'eau chaude agit-il plus vite qu'un sinapAsme préparé avec de Veau froide ?

Nous appliquâmes deux sinapismes, l'un préparé avec de l'eau à W, l'autre avec de l'eau à 45°.

U6 iMÉDIGAMENTS IRRITANTS,

Fau froide. Voyez la première expérience.*

Eau chaude. Deux minutes, légère. sensation; trois minutes, un peu de cuisson ; quatre minutes, cuisson vive, légers battements artériels; cinq minutes, cuisson douloureuse, battements très-sensibles, la douleur en même temps devient plus profonde ; cinq minutes et demie , la douleur est trèsvive et très-violente; sept minutes, la douleur n'augmente plus d'une manière aussi sensible; elle devient encore plus profonde; les battements artériels sont moins énergiques ; dix minutes, même état.

En comparant le mode d'action de ces deux sinapisnaes, on voit que celui qui est préparé avec de l'eau chaude agit avec une rapidité bien plus grande que le sinapisme froid. Mais , en définitive , au bout de dix minutes les effets sont tout à fait identiques. Et cela se conçoit, puisque ce temps a suffi pour quelatempérature se mit en équilibre entre le sinapisme et la peau. Donc, 2° un sinapisme préparé avec de l'eau un peu chaude agit plus vite qu'un sinapisme préparé avec de l'eau froide; mais au bout de peu de minutes cette différence n'existe plus.

Nous n'en voulons pas conclure qu'il soit indifférent, dans toutes les circonstances, d'appliquer un sinapisme froid ou chaud; à coup sûr, la sensation d'un corps froid en contact avec la peau pendant quelques minutes peut, dans certains cas, n'être pas sans inconvénient. Mais la température de la surface de la Moutarde se met si promptement en équilibre avec celle de la peau , et d'ailleurs le sang est si rapidement appelé dans le derme, que nous regardons comme fort exagérée la crainte que plusieurs thérapeutistes ont manifestée à cet égard. Mais il importe d'ajouter que si le sinapisme avait été préparé avec de l'eau bouillante au lieu d'eau à A0°, il est certain que ce sinapisme perdrait ses propriétés irritantes, par les raisons que nous avons déduites en traitant de la matière médicale de la Moutarde.

IIP Question. — La Farine de Moutarde délayée avec du vinaigre agit-elle avec plus d'énergie que si elle est délayée avec de l'eau ?

Eau. Voir la première expérience.

Vinaigre. Quinze minutes , sensation légère de cuisson; vingt minutes, la cuisson a un peu augmenté, mais elle est encore presque inappréciable; vingt-cinq minutes , la cuisson devient un peu plus vive ; cinquante minutes, cuisson un peu plus prononcée et tout à fait semblable à celle que fait éprouver, au bout de six minutes, le sinapisme préparé avec de l'eau.

Cette expérience, répétée plusieurs fois chez des personnes différentes, a constamment donné le même résultat. Et si l'on compare le mode d'action des deux sinapismes, on voit que celui qui est préparé avec de l'eau ! détermine autant de douleur, au bout de six minutes, que le sinapisme dé- : layé avec le vinaigre, au bout de cinquante minutes. On peut donc dire que, ' dans ce cas , le degré d'activité de l'un est au degré d'activité de l'autre comme 6 est à 50, ou comme l est à 8.

Jusqu'ici nous n'avions employé que du vinaigre froid ; nous voulûmes nous assurer si le vinaigre chaud avait une énergie plus grande ; mais nos essais ne tardèrent pas à nous convaincre que l'élévation de la température de ce liquide n'augmentait en rien l'activité du sinapisme.

Or nous avions fait usage du vinaigre de table; craignant que l'aifaiblissement de Tacide acétique ne fut pour beaucoup dans le résultat de nos expériences, nous délayâmes de la farine de Moutarde avec une égale partie d'eau et d'acide acétique concentré, et nous obtînmes l'effet suivant.

Nous laissâmes le sinapisme pendant 45 minutes en contact avec la peau, sans éprouver la moindre sensation de cuisson.

Enfin, poussant l'expérience jusqu'au bout, nous préparâmes deux sinapismes, l'un avec de V acide acétique concentré, l'autre avec de l'eau. Les résultats sont tellement extraordinaires, que nous allons les mettre en parallèle.

Eau. Acide acétique concentré.

6 min. Légère sensation de picotement. G min. Rien,

7 min. Cuisson vive. ' 7 min. Cuisson peu .vive.

8 min. Cuisson vive, battements artériels. 8 min. La cuisson a un peu augmenté.

9 min. Sensation de brûlure. 9 min. Douleur moindre que dans Tautre

sinapisme.

10 min. Cuisson très-douloureuse ; l'appa- 10 min. Cuisson assez vive, légers battereil est enlevé. ments artériels.

11 min. Cuisson douloureuse; sensation autre que celle qui est produite par l'autre sinapisnie.

12 min. Sensation de brûlure; l'appareil, est enlevé.

Certes , on n'aurait guère supposé à priori que l'acide acétique concentré agirait avec moins d'énergie que de l'eau simple dans la composition d'un sinapisme.

Nous venons de voir l'acide acétique concentré n'avoir presque aucune activité mêlé avec de la Moutarde , et il nous parut curieux de savoir si un cataplasme fait avec ce même acide et de la sciure de bois serait plus actif que le sinapisme ; en conséquence , nous fîmes une pâte avec de l'acide et de la poussière de notre écritoire, et nous nous l'appliquâmes sur la jambe. Après une minute et demie, il survint une vive cuisson; au bout de deux minutes la douleur était très-vive. Une demi-minute après , elle était insupportable, et enfin, après trois uîinutes d'application, la douleur était tellement violente que nous fûmes forcé d'enlever l'appareil; mais ce fut en vain, car la peau était fortement cautérisée.

Donc, 3° la Moutarde délayée dans l'eau agit avec plus d'énergie que si elle est délayée dans le vinaigre ordinaire, dans l'acide acétique faible, dans l'acide acétique concentrée ^ et l'acide acétique mêlé à la Moutarde perd de son activité. Ainsi donc la Moutarde est affaiblie par l'acide acétique et réciproquement l'acide acétique est affaibli par la Moutarde.

Si maintenant on veut produire une vive rubéfaction et même une brûlure superficielle de la peau, il suffira de mettre, pendant trois minutes, en con-

448 Ml^lDICAMENTS IRRITANTS.

tact avec celte meiulirane, du vinaigre radical, retenu dans une éponge, dans une poudre inerte, et à coup sûr jamais sinapisme n'agira avec cette promptitude. Mais si Von veut une sinapisafion, c'est-à-dire une modification de la peau, qui produise une sensation, une rougeur, une tuméfaction sinapiques (et cette expression est exacte) il faudrade la Moutardeet de l'eau.

Et maintenant, lorsqu'on voudra mitiger un sinapisme, au lieu de le mêler avec de la graine de lin , de la mie de pain , du levain , il suffira de le préparer avec du vinaigre.

Tous les vinaigriers du monde enseignent à leurs apprentis l'art de corriger le piquant de la Moutarde avec du vinaigre; ces utiles leçons n'étaient pas perdues pour tout le monde. Aétius avait insisté sur ce point que le vinaigre affaiblissait les sinapismes : « Sed et hoc noscendum est : si in oceto maceretur sinapi, inefficacius redditur; acetum enim sinapis vim disent it. » (Aetii tetrabili , sermo tertius . Sinapismi prœparatio.) Schwilgué l'avait répété dans son Traité de matière médicale , et c'était depuis longtemps une pratique triviale dans notre hôpital de mitiger les sinapismes avec du vinaigre. Cependant, naguère encore, dans tous les cours, dans presque tous les livres, on enseignait le contraire; et c'est pour cela que nous avons publié ces expériences, qui ont déjà eu pour résultat de rendre plus familière aux médecins une notion thérapeutique dont nous sommes redevables à Aétius.

Avant de terminer ce qui est relatif aux sinaspîsmes délayés avec le vinaigre et l'eau , nous devons dire que nos expériences ont été faites avec d'excellente farine de Moutarde noire, moulue comme elle l'est dans toutes les bonnes officines de Paris; et, d'après les expériences que nous avons rapportées plus haut, personne ne sera tenté de révoquer en doute la bonté et l'activité de cette farine , puisque, dans l'espace de dix minutes, la douleur causée par les sinapismes devenait presque insupportable.

Or, nous nous sommes procuré en même temps de la farine anglaise, que l'on vend pour préparer extemporanément la Moutarde de nos tables. Nous la délayâmes avec de l'eau, et nous préparâmes un autre sinapisme avec la Moutarde noire ordinaire. Leur action fut identique : les ayant ensuite délayées avec du vinaigre, nous ne fûmes pas peu étonnés de voir les résultats de ces expériences n'être plus conformes à ceux des premières ; car, dans ce cas , le mélange de la Moutarde avec le vinaigre ne détruisit pas aussi complètement l'activité des sinapismes.

A quoi peut tenir une semblable différence? nous l'ignorons entièrement. Cependant M. Guibourt a démontré que la farine anglaise n'était pas préparée avec la graine de Moutarde blanche comme on l'avait avancé, mais bien avec la graine du sinapis nigra : la différence entre les farines anglaise et française consiste donc en ce que cette dernière a été passée à travers les mailles d'un tamis plus lâche. D'ailleurs la seule différence physique que présentent les deux farines, c'est que l'une , savoir : la farine française, est d'un jaune sale granité de brun, tandis que l'autre, très-finement moulue, ne paraît pas contenir de son , et a une couleur jonquille uniforme.

Entiii, nous voulûmos essayer si le principe actif de la Moutarde se développerait au contact de l'alcool; mais nos sinapismcs préparés suivant cette méthode eurent encore moins d'énergie que ceux dans lesquels nous avions fait entrer le vinaigre.

Maintenant^ nous allons dire quelque chose des effets immédiats des sinapismes, et nous terminerons par des considérations sur les moyens qu'il convient d'employer pour calmer les violentes douleurs auxquelles donne lieu quelquefois l'application de la Moutarde.

Nous avons vu plus haut que, si le sinapisme était préparé avec de bonne farine et de l'eau, il se développait, au point de contact et dans l'espace de quatre ou cinq minutes, une sensation de picotement qui devenait de plus en plus cuisante, et qui , au bout de dix minutes, se convertissait en une douleur analogue à celle qui serait produite par un fer incandescent, tenu à peu de distance de la peau. Cette douleur, presque intolérable dix minutes après l'application des sinapismes, devient de plus en plus profonde, et bientôt constrictive et gravative, c'est-à-dire que l'on croit sentir un corps lourd qui pèse sur les muscles et qui les comprime. Or cette sensation est moins insupportable que celle que l'on éprouvait auparavant, de sorte que l'on supporte un sinapisme bien plus longtemps qu'on ne l'aurait présumé d'après l'acuité des premières douleurs. Mais lorsque ce calme, ou plutôt ce changement de douleur a duré pendant vingt ou vingt-cinq minutes, le sentiment de brûlure se réveille plus énergique que jamais, et il est rare que les malades les plus dociles et les plus courageux supportent trois quarts d'heure un sinapisme bien préparé, à moins pourtant que la sensibilité n'ait été émoussée par une affection cérébrale idiopathique ou secondaire.

Lorsqu'on lève l'appareil , l'impression subite de l'air froid fait cesser presque complètement la douleur. La peau n'est pas tuméfiée; c'est à peine s'il y a de la rougeur; mais, quelques moments après, la cuisson reparaît, la peau se parsème de points rouges, et bientôt elle devient d'une teinte rosée uniforme. Cependant la cuisson devient de plus en plus vive, et finit par être brillante j le moindre frottement l'exaspère, et l'impression du froid la diminue. Quelque vive que soit la rougeur, il n'y a pas de tuméfaction très-apparente , si ce n'est chez les personnes qui ont des dispositions à l'œdème. Les cuissons peuvent durer douze heures, et jusqu'à huit jours; elles ont un caractère spécial, et déterminent, chez les femmes surtout, un agacement nerveux qui n'est pas toujours sans danger. Nous avons vu des femmes avoir de cruelles et invincibles insomnies, verser des larmes, être prises d'accidents nerveux assez graves, tant étaient vives les souffrances.

La rougeur persiste bien plus longtemps que la douleur, et il n'est pas rare de la voir subsister encore à un haut degré lorsque déjà la cuisson est presque entièrement dissipée depuis huit ou dix jours; mais dans ce cas, chaque soir, il survient une démangeaison qui n'est nullement douloureuse, et qu'on éprouve même du plaisir à satisfaire.

Lorsque des sinapismes sont restés longtemps appliqués et ont été sou-

vent renouvelés, bien qu'ils n'aient pas produit la vésication , ils peuvent laisser des taches jaunes qui quelquefois sont indélébiles.

Il faut qu'un sinapisme soit resté bien longtemps appliqué pour qu'il détermine la vésication; et, dans ce cas, les ampoules apparaissent bien plus tard que lorsqu'on a fait usage des cantharides. Les phlyctènes ne se soulèvent pas toutes en même temps, de manière à former une large bulle; mais elles se développent partiellement et successivement.

Tels sont les effets d'un sinapisme préparé à l'eau , sur la peau de la plupart des malades, lorsqu'il n'est resté appliqué que pendant quarante ou cinquante minutes. Il est des individus qui sont moins irritables, et qui résistent à l'action de la Moutarde; mais, d'après nos expériences, il y aurait en général de graves inconvénients à laisser un sinapisme appliqué pendant une heure; c'est dire que nous regardons comme très-funeste le conseil de quelques thérapeutistes , qui recommandent de laisser la Moutarde trois ou quatre heures en contact avec la peau.

Nous connaissons une jeune dame qui, à l'âge de vingt ans, éprouva des convulsions pendant le travail de l'enfantement. A la suite de ces secousses nerveuses , elle tomba dans un carus profond , et le médecin crut devoir saigner la malade et appliquer en même temps quatre sinapismes, savoir, deux sur les poignets et deux autres sur les cous-de-pied. La Moutarde ne resta appliquée que pendant trois heures, et quoique la patient(^ n'eût pas témoigné de sensibilité tant qu'avait duré l'application du sinapisme, cependant il survint des eschares pendant la convalescence, et peu s'en fallut qu'elle ne fût victime de la médication trop active à laquelle elle avait été soumise.

C'est surtout dans des circonstances de ce genre qu'il importe de savoir combien de temps un sinapisme doit rester appliqué; car lorsque la sensibilité veille, le malade a soin d'avertir le médecin ; mais dans le cas contraire , le médicament épuise toute son action sur la peau , sans que l'encéphale en ait conscience ; et lorsque ensuite le malade revient à lui, on est étonné de le voir accuser d'atroces douleurs , symptômes de lésions graves de l'organe tégumentaire.

Ce que nous venons de dire pour les maladies propres de l'encéphale s'applique encore mieux aux affections fébriles dans lesquelles les centres nerveux sont fortement lésés. Ainsi, dans la dothinentérie , dans la scarlatine, qui se compliquent de symptômes ataxo-adynamiques, etc., etc., ou prescrit des sinapismes qu'on laisse parfois appliqués pendant dix ou douze heures; cependant le malade n'a témoigné aucune sensibilité, bien que la peau ait rougi, bien que des phlyctènes se soient formées. Deux ou trois jours après, quand la sensibilité se réveille, les douleurs deviennent insupportables, une lièvre nouvehe s'allume; le derme tombe en gangrène, et il est arrivé quelquefois que la médication a pu être accusée de la mort des malades.

De tout ce que nous venons de dire nous concluons que jamais on ne doit laisser un sinapisme préparé à l'eau appliqué plus d'une heure; que dans

ie cas même où le malade ne se plaint pas, il faut l'enlever au bout de ce temps, si toutefois la sensibilité est éteinte ou émoussée, et qu'enfin si l'on veut que la Moutarde ne produise son effet qu'avec lenteur, et qu'elle reste appliquée sans danger pendant plusieurs heures, il faut la délayer avec du viriaigre pour en mitiger l'activité.

Deux choses ont contribué à laisser les médecins dans l'ignorance sur le degré d'activité des sinapismes : c'est, d'une part, la croyance où ils étaient que la Moutarde n'était jamais si active que lorsqu'elle était délayée avec du vinaigre, et, de l'autre, la sophistication de ce médicament. Nous ne reviendrons pas sur la première cause d'erreur ; nous nous contenterons d'insister sur la seconde.

Beaucoup de pharmaciens, même à Paris, n'ont pas chez eux de moulin pour broyer la Moutarde, et ils l'achètent toute moulue chez les droguistes en gros. Or, ces derniers sophistiquent de toute façon la farine de Moutarde; ils y mêlent du marc de colza, de graines de lin, et le teignent ensuite à l'aide d'une substance colorante. Aussi ne doit-on compter que sm la farine moulue dans les pharmacies. Les parents et les médecins euxmêmes n'hésitent pas à envoyer chercher la Moutarde chez l'épicier voisin, et il nous est arrivé de laisser huit heures de suite un cataplasme avec de la Moutarde achetée chez un épicier sans qu'il en résultât la moindre cuisson, tandis que sur le même individu un sinapisme préparé de la même manière, mais avec de la graine moulue chez le pharmacien, déterminait, après dix minutes, une insupportable douleur.

Il nous est arrivé plusieurs fois , depuis même que nous avons fait ces expériences, d'avoir à combattre des accidents causés par les sinapismes, bien que ceux-ci ne fussent pas restés appliqués plus d'une heure. Nous avons essayé d'abord du laudanum et des diverses préparations opiacées , que nous avons appliqués sur la peau enflammée; mais nous avons à peine modéré la douleur, quoique la dose ait été portée au point de déterminer l'enivrement. Le topique suivant nous a bien mieux réussi.

Pr. : Onguent populéum. ......... 45 grammes (demi-once).

Extrait de belladone "\ „„

^ ., , , . / aa 30 centigrammes

Extrait de datura stramomum. . . . > ,„ . ,

„,.,,.. ( (6 grams).

Extrait de jusquiame , . . . )

Enduire un linge d'une couche légère de cette pommade , et l'appliquer sur la surface malade.

On obtient d'aussi bons effets de cataplasmes ainsi composés :

Pr. : Feuilles et tiges de belladone. . . . . ■\

Id. de jusquiame. .... v aa8 grammes (2 gros).

Id. de datura stramonium. . . . . j

Faites bouiUir dans 1,000 grammes (2 livres) d'eau que vous réduirez à 500 grammes (1 livre) ; faites des cataplasmes avec de la mie de pain ou de la farine de graine de lin délayée avec cette décoction.

Si la peau est fortement excoriés , il peut arriver que ces topiques causent des vertiges et de la somnolence; c'e'st au médecin d'en diminuer la dose en proportion de la largeur de la surface privée d'épiderme.

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner les conditions patliologiques dans lesquelles il convient d'avoir recours aux sinapismes. Nous nous en occuperons d'une manière spéciale dans le chapitre consacré à l'étude de la Médication irritante, et nous étudierons comparativement les effets des sinapismes et ceux des autres agents de cette médication.

En terminant;, nous donnerons une mention aux grands bains à la farine de Moutarde qui agissent comme un puissant moyen de révulsion dans certaines irritations chroniques et diathésiques de Fappareil gastro-intestinal , surtout si ces irritations coïncident avec la rétrocession d'une affection herpétique. Ajoutons que ces mêmes bains sont encore employés avec avantage comme attractifs au début d'un certain nombre de fièvres exanthématiques , dans les cas où l'éruption tarde à se manifester ou vient à disparaître prématurément, et où il existe une congestion ou une menace de congestion du côté de quelque viscère.

Avant d'aborder la partie pharmaceutique qui concerne les Cantharides, nous dirons qlielques mots sur l'histoire naturelle de ces insectes.

Les Cantharides sont de l'ordre des coléoptères hétéromètres , de la famille des trachélides, et de la tribu des Cantharidies. Cette famille des trachélides se distingue par la conformation de la tête, qui est triangulaire ou en cœur, et portée sur une espèce de col. Le corps est en général mou avec les élytres flexibles, sans stries et quelquefois très-courtes ; leurs mâchoires ne sont jamais onguiculées. La plupart de ces insectes vivent sur les végétaux et en dévorent les feuilles.

Les Cantharides, dont nous allons nous occuper, et qui sont une des six tribus des trachélides, se reconnaissent à la profonde division des crochets de leurs tarses ; à leurs antennes longues, flexibles et liliformes.

La Gantharide que nous employons ordinairement est d'un vert doré, avec le tarse et les antennes noirs; elle a de six à dix lignes de longueur et deux à trois lignes de largeur; son odeur est forte, vireuse et désagréable; elle habite le plus souvent les peupliers, les lilas, les troènes, les rosiers, mais de préférence les frênes. — La récolte des Cantharides se fait dans l'été, le matin avant le lever du soleil; on étend des draps sous les arbres, qu'une personne gantée et masquée secoue fortement. On les fait mou-

rir à la vapeur du vinaigre, et on les fait sécher à l'étuve. M. Thierry a remarqué que lorsqu'elles étaient trop longtemps chauffées, une partie du principe actif se volatilisait.

Composition. Les Cantharides ont élé analysées principalement par Thouvenel, Beaupoil et Robiquet. C'est à ce dernier surtout que nous devons la découverte de la cantharidine.

Voici l'analyse chimique des Cantharides :

1° Une huile verte insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, non vésicante;

2° Une matière noire, soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool, non vésicante;

3° Une matière jaune, soluble dans l'eau et dans l'alcool ;

4° Un principe huileux volatil et vésicant auquel est due l'odeur pénétrante de la Cantharide;

.5° La cantliaridine , principe actif des Cantharides, substance blanche en lames cristallines, soluble dans l'eau quand elle est mêlée à la matière jaune , insoluble quand elle est pure, soluble dans l'alcool bouillant dont elle se précipite par le refroidissement; très-soluble dans l'huile et dans l'élher;

G" Osmazôme;

""Acides uriqucphosphcrique, acétique;

8" Chitine (substances formant le squelette des insectes) ;

9'' Phosphate de chaux et de magnésie.

On fait avec la cantharidine une pommade ainsi formulée :

Pr. : Cantharidine, 1 gramm.

Axonge, 30

Cire blanche, 4

On triture la cantharidine avec un peu d'alcool, et on ajoute les corps mélangés.

Le genre auquel appartient laCantharide comprend plusieurs espèces qui ditl'èrent par leur grandeur, leur couleur et d'autres caractères peu importants; la plupart sont vésicantes, mais à des degrés dilVérents. M. Fréd. Leclerc, dans un excellent mémoire sur les épispastiques [Journ. des Conn. mcd.-chirnrg., sept. 1835), a publié les résultats curieux de ses recherches sur les insectes vésicants. En expérimentant par le procédé de M.Bretonneau, ilatrouvé que neuf genres de la tribu des cantharidies renfermaient des espèces véslcantes : ce sont les genres cerocoma, dices, mylahris, decatoma, hjdus, cenas, meloe, tetraonyx, caniharis. (foir pour la synonymie le mémoire de M. Leclerc.)

Quelques espèces cependant ne paraissent pas contenir de cantharidine : tels sont le mylabrix pustulata, le M. flexxiosa et plusieurs espèces des genres o?naset tetraonyx. Les genres sonitis nemognota satiris ont été également trouvés inertes par M. Leclerc." Le mijlabris variabilis, espèce trèsrapprochée du M. chorii , et qui avait été déjà analysé par M. Bretonneau, lui parut au contraire doué de propriétés épispastiques très-énergiques.

Beaucoup d'autres coléoptères ont été soumis à l'analyse de M. Leclerc, mais tous ont été trouvés dépourvus d'action irritante.

Voici en définitive les conclusions de son travail, qui a dû lui coûter des recherches et des expériences laborieuses; elles sont ainsi formulées :

l°De tous les coléoptères, la tribu des cantharidies seule renferme des insectes épispastiques;

2° Tous les insectes de cette tribu ne sont point épispastiques ;

3'^ Toutes les espèces du même genre ne sont point vésicantes ;

4° Tous les coléoptères vésicants agissent par un principe qui est le même, la cantharidine;

5° 11 est probable que le principe actif est sécrété dans un appareil particulier;

6° Ce principe ne se détruit pas par l'action de l'air ni par celle du temps.

M. Limousin-Lamoite avait annoncé que les Cantharides vermoulues ne perdaient pas de leur propriété vésicante. Mais M. Farines, pharmacien de Perpignan, a prouvé que les Cantharides vermoulues donnaient naissance à une légère vésication, et que les Cantharides saines jouissaient d'une action beaucoup plus forte.

C'est un insecte du genre acarus qui ronge les Cantharides ; le camphre, le mercure, le procédé d' Appert, qui ont été proposés pour conserver les Cantharides, sont

insuffisants; l'acide pyroligneux (acétique du bois) employé pour asphyxier ces coléoptères, leur communique une odeur empyreumatiquc qui sert à leur conservation.

Les expériences de M. Farines ont été confirmées par MM. Hottot, Tassart et Derheims.

Passons en revue maintenant les préparations qui ont pour base le principe vésicant des Cantharides, et d'abord celles qui contiennent toute la substance des Cantharides.

Poudre de Cantharides.

On pulvérise les Cantharides après les avoir soumises à une dessiccation préalable. Cette poudre s'altère promptement.

Pommade e'pispastique verte.

(Pommade de Cantharides.)

Pr. : Poudre de Cantharides, 1 p.

Cire blanche, 4

Populéum, 28

On liquéfie le populéum et la cire, et l'on y incorpore la poudre de Cantharides.

Emplâtre vésicatoire.

(Emplâtre de Cantharides.)

Pr. : Poix résine, i p.

Axonge, i

Cire jaune, 1

Poudre de Cantharides, 1

Faites liquéfier la résine, la cire et l'axonge, et ajoutez la poudre des Cantharides.

Le docteur Miiller conseille avec raison de laisser digérer les Cantharides dans la masse emplastique qu'on maintient en fusion.

Emplâtre vésicatoire anglais.

Cire blanche,

Axonge,

Suif,

Poix blanche.

Poudre de Cantharides,

Pr.

On fait liquéfier sur un feu doux la poix blanche, la cire et les corps gras, on passe à travers un linge, et l'on incorpore la poudre de Cantharides.

Les Cantharides entrent aussi dans la composition des mouches de Milan, dont M. Mouchon a donné dernièrement une fort bonne préparation.

Vésicatoire magistral.

Pr. : Poudre de Cantharides, 16 gram. Farine de froment, 16 gram.

Vinaigre, s. q.

Mêlez pour avoir une masse molle, que l'on applique sur la peau et qui agit promptement.

Produits par Veau.

L'eau se charge de cantharidine, bien que cette matière ne soit pas, par elle-même, soluble dans l'eau; c'est à la faveur des autres principes , et surtout de la matière visqueuse, que cette dissolution a lieu. (Soubeiran.)

Produits par l'alcool.

L'alcool asîit d'une manière remarquable sur les Cantbarides ; il dissout la cantharidine, l'huile verte, im peu d'huile grasse, de la matière noire et de l'osmazôme.

Teinture alcoolique de Cantharides.

Pr. : Cantharides, 1 p.

Alcool à 56° (21 Cart.), 8

Faites macérer pendant 15 jours, passez avec expression et filtrez.

Vin de Cantharides.

Pr. : Teinture de Cantharides, 40 centigr. Vin blanc, 32 gramm.

Mélangez.

Extrait de Cantharides.

Pr. : Poudre de Cantharides^ q. v.

Alcool à 56% q. s.

Épuisez les Cantharides par 2 ou 3 macérations dans l'alcool, distillez et évaporez les liqueurs en consistance d'extrait.

L'extrait alcoolisé fait aussi partie de la pommade de Dupuytren contre la calvitie.

Extrait acéto-alcoolique de Cantharides.

(Trousseau.)

Pr. : Cantharides en poudre gross. 4 gr. Acide acétique de bois concentré, 1 gr.

Alcool à 85°, ' 16

Faites digérer au bain-marie à une température de 40 à 50°, passez avec expression, filtrez et évaporez à une douce chaleur en consistance sirupeuse.

Imbibez de cet extrait un papier Joseph de la dimension du vésicatoire à établir, recouvrez d'un morceau plus grand de diachylum.

C'est une manière très-commode et trèssûre d'appliquer un vésicatoire.

Produits par l'éther.

Nous citerons d'abord : 1» la teinture éthérée, qui se prépare avec :

ip.

Cantharides pulvérisées, Éther acétique.

2° L'extrait éthéré de Cantharides (huile de Cantharides par l'éther), qui se prépare de la manière suivante, d'après le nouveau Codex :

Pr. : Poudre de Cantharides, 100 gramm. Éther suif urique, q. s.

Faites une teinture éthérée de Cantharides par lixiviation (dans un appareil à déplacement) ; distillez cette teinture pour en retirer l'éther, et vous obtiendrez une huile verte, épaisse et très-vésicante. (Codex, 602.)

Voici comment on prépare les vésicatoires qu'on imbibe d'^extrait éthéré de Cantharides : on taille un morceau de papier brouillard de la forme et de la grandeur du vésicatoire qu'on veut établir; on le colle sur une feuille de diachylum, puis on y verse quelques gouttes d'extrait, de manière à l'imbiber légèrement, sans toutefois que l'expression puisse en faire sortir une seule gouttelette.

Le sparadrap est ensuite appliqué sur la peau. Nous avons établi par des expériences successives que l'action des vésicatoires préparés avec l'extrait est prompte et sûre, et n'occasionne pas^ comme on l'a prétendu, des accidents vers les organes génito-urinaires, pourvu qu'on ne le laisse que huit heures environ en contactavec la peau. Cinq heures suffisent quelquefois pour que la bulle soit formée.

Nous avons aussi fait préparer, pour le pansement des vésicatoires, des papiers de différentes épaisseurs, que nous avons fait enduire de cire dans les proportions de 1/10, 1/15, 1/20, 1/25 d'extrait de Cantharides, pour une partie de cire jaune. De cette manière on a des papiers à pansements de divers numéros, selon le degré d'activité suppurative que l'on veut donner au vésicatoire.

Taffetas vésicant.

On prépare ce taffetas en étendant sur de la toile cirée très-mince le résidu huileux provenant de l'extrait éthéré de Cantharides.

M. Thierry donne une bonne formule de taffetas vésicant avec les Cantharides et l'euphorbe.

Produits par les corps gras.

Les principaux produits sont :

1° Huile de Cantharides.

Pr. : Cantharides pulvérisées.

Huile d'olive,

ip.

On fait macérer pendant 8 jours dans un flacon bien bouché , on passe avec expression et on filtre. Cette teinture est trèsénergique.

Faites digérer au bain-marie pendant 6 heures, laissez déposer et filtrez.

Cette huile contient la cantharidine , la matière grasse, jaune et verte. La cantharidine pure, qui se dépose ordinairement en entier quand elle est dissoute dans les

huiles, reste dans l'huile des Cantharides, Pommade dite de Dupuytren, contre la à la faveur d'autres principes. ^ calvitie.

Pr, : Moelle de bœuf. 300 gram,

2° Pommade évisvastiaue iaune Acétate de plomb cristallisé 5

^, rommaae epispasnque jaune. Baurne noir du Pérou, 10

(Pommade de Cantharldes douces.) Teîntt drCantharides, \'

-Teinture de girofle, \ «^ omi+toc Pr. : Çantharides en poudre, 64 p. de cannelle, ) ^^ "^^ gouues.

Mêlez.

Çantharides en poudre.

Àxonge,

.Cire jaune,

Curcuma pulvérisé,

Essence de citron.

On enduit tous les soirs le cuir chevelu

avec gros comme une noisette de cette

pommade.

Enfin n'oublions pas de dire que le

On fait digérer les Çantharides dans camphre passe généralement pour être un

l'axohgconpasseavec expression, on ajoute correctif de l'action irritante que les can-

le curcuma, on fait digérer de nouveau, on tharides exercent sur les organes génito-

ajoute la cire, et l'on passe le mélange à urinaires, et que dans les cas où l'on ap-

travers une étoffe de laine-, puis, lorsque la plique un vésicatoire assez large, il est

pommade est à demi refroidie, on ajoute prudent de le saupoudrer de camphre. Pour

l'essence de citron. plus de sûreté, on pourrait, chez certains

Les Çantharides font également la base individus très-susceptibles, administrer con-

de plusieurs taffetas épispastiques. , currement un peu de camphre à l'intérieur.

THERAPEUTIQUE.

Action physiologiqiie des Çantharides.

Ainsi que nous venons de le voir, divers insectes de la tribu des cantharidies contiennent une quantité plus ou moins considérable de cantharidine, qui constitue, à vrai dire, le seul principe vésicant de ces insectes. Mais comme, en définitive, on ne se sert en général que de la Cantharide officinale, c'est elle que nous prendrons pour type d'action.

Les Çantharides en poudre et les préparations nombreuses qui peuvent retenir leur principe actif, sont des agents toxiques très -redoutables. On a assez fréquemment pu observer des empoisonnements produits par cette substance employée, soit dans le but d'exciter l'orgasme vénérien, soit dans celui de provoquer l'avortement. L'ingestion des Çantharides, outre les accidents gastriques communs à tous les poisons acres, produit des phénomènes nerveux spéciaux, tels que l'assoupissement, le délire, le ralentissement de la circulation, et, en même temps, une excitation quelquefois excessive des organes génitaux.

Mise en contact avec la peau, la poudre de Çantharides détermine, quelques heures après son application, un sentiment d'engourdissement d'abord peu douloureux, puis une douleur gravative qui fmit bientôt par être cuisante. Il est rare que la souffrance soit vive, elle ne le devient que si les malades font de grands mouvements et irritent les papilles dénudées de la peau. Après un temps plus ou moins long, qui varie en raison d'une multitude de circonstances, on voit l'épiderme soulevé par de petites bulles contenant de la sérosité, sans que d'ailleurs la peau ait acquis une rougeur bien vive. Plus tard, l'action des Çantharides se continuant, ces petites bulles se réunissent et forment un phlyctène unique. En Tenlevant on trouve à la surface de la peau une couche de lymphe semi-coagulée, que

Ton enlève avec facilité, et qui se renouvelle le plus souvent entre chaque pansement, de manière à constituer quelquefois une couche très-plastique et très -épaisse.

Ces fausses membranes s'enlèvent facilement aux premiers pansements; mais les jours suivants elles deviennent de plus en plus adhérentes, et finissent par former en quelque sorte un épiderme artificiel qui se sèche, et audessous duquel on trouve, au bout de quelques jours, un épiderme mince, rose, analogue à celui d'une cicatrice récente. Dans d'autres cas, lorsque l'action des Cantharides a été peu énergique, il ne se forme pas de fausses membranes appréciables, et l'épiderme se reconstitue immédiatement aux dépens d'une couche de l'humeur exhalée à la surface de la peau, qui semble se dessécher au contact de l'air.

Outre cette action topique, le vésicatoire en exerce encore une qui est générale, et qui tient d'une part à la réaction causée par l'inflammation de la peau, si peu intense qu'elle soit d'ailleurs ; d'autre part, à la résorption d'un élément irritant qui, circulant avec le sang , va stimuler les tissus divers de l'économie. Cette absorption du principe actif des Cantharides est démontrée, comme chacun sait, par les accidents que l'application des vésicatoires cause du côté des reins, de la vessie et des organes générateurs ; et peut-être aussi ces accidents entrent-ils eux-mêmes pour quelque chose comme cause de la réaction générale dont nous parlions tout à l'heure.

Ces accidents, du côté des organes uropoiétiques et générateurs, sont ordinairement peu intenses, à moins que le vésicatoire appliqué ne soit extrêmement large, ou que des Cantharides aient été ingérées. Ils consistent ordinairement dans une augmentation de la quantité des urines, dans l'excrétion plus fréquente du liquide urinaire, fréquence qui est plus grande que ne le comporte la quantité sécrétée ; chez les hommes, dans de la chaleur en urinant, accompagnée de tendance à l'érection; chez les femmes, dans une cuisson beaucoup plus prononcée en urinant, rarement accompagnée d'éréthisme erotique. Les malades n'indiquent ces légers désordres que lorsque l'on fixe leur attention ; mais, chez les personnes plus facilement irritables, chez celles qui ont pris une grande quantité de Cantharides, ou dont la peau a été recouverte de vésicatoires trop larges, ou bien encore lorsque ces vésicatoires sont appUqués sur une surface récemment scarifiée par des ventouses, ces accidents prennent une forme et une intensité qui ne permettent pas au malade de les cacher aux médecins. Ainsi, on voit se manifester la suppression ou la rétention d'urine, une cystite ou une néphrite aiguës, un priapisme douloureux qui peut aller jusqu'à l'inflammation, eten définitive jusqu'à la gangrène du pénis; une nymphomanie insatiable, des métrites

aiguës, etc ; le plus souvent enfin des accidents qui tiennent le milieu

entre ceux que nous venons de décrire et ceux dont nous avons parlé en premier lieu. Ajoutons que dans ces derniers temps MM. Bouillaud et Morel-Lavallée ont prouvé que, sous l'influence d'un large vésicatoire , il se fait une sécrétion albumineuse qui se mêle à l'urine, et dont on constate

facilement la présence à Taide de l'acide nitrique. Il se sécrète même de la fibrine, qui tantôt se condense en fausse membrane dans la vessie, tantôt se retrouve au fond du vase où les urines ont été reçues.

Comme, en définitive, les Cantharides sont employées généralement dans le but d'appliquer et d'entretenir les vésicatoires, nous les considérerons principalement sous ce point de vue; et, nous servant d'expériences assez nombreuses que nous avons tentées dans notre hôpital et dans notre pratique particulière , nous indiquerons sommairement la manière dont on doit panser les vésicatoires , et dissiper les accidents qui se montrent quelquefois.

Quand on veut que le vésicatoire soit ce que l'on appelle volant, les Cantharides doivent rester appliquées seulement le temps nécessaire pour soulever Fépiderme, et ce temps varie suivant la préparation cantharidique, suivant la nature de la peau des malades, suivant la maladie , en un mot, suivant une multitude de circonstances que le médecin devra toujours savoir apprécier.

Dès que la phlyctène sera formée, on enlèvera la matière vésicante, et on fera à la partie la plus déclive de la bulle une ouverture avec des ci=seaux, de manière à laisser écouler la sérosité. L'épiderme se trouvera donc exactement en contact avec le chorion; et, de cette manière, d'abord il y aura moins de douleur, et ensuite la guérison s'accomplira beaucoup plus vite; la partie est recouverte alors d'une compresse ou d'une ouate enduite de cérat , et soutenue avec un appareil convenable ; les pansements sont renouvelés ainsi deux fois par jour, jusqu'à ce que toute exhalation de sérosité soit terminée.

Quand , au contraire, le vésicatoire doit être converti en exutoire, les Cantharides pourront être laissées en contact avec la peau quelques heures encore après que la phlyctène sera formée. L'épiderme sera enlevé en totalité , et on abstergera le plaie pour enlever la couche superficielle de fibrine que recouvre le derme, ^irritation de la peau est assez vive pour qu'il soit plutôt convenable de la tempérer que de l'exalter ; aussi les premiers pansements devront-ils être faits, non pas avec du cérat , mais avec du beurre ou tout autre corps gras qui ne détermine pas une trop rapide cicatrisation. Dès que l'on verra que la plaie tend à se guérir, on remplacera le beurre par une pommade ou un taffetas épispastique, aux Cantharides ou au garou, et l'on continuera ainsi jusqu'à nouvelle indication, et en se conduisant, dans ce pansement, suivant les règles que nous devons indiquer ici.

Nous allons supposer successivement les différents cas qui peuvent se présenter :

Le vésicatoire se sèche, ou bien il suppure trop abondamment;

Il se recouvre de fausses membranes ;

Il s'entoure d'une éruption dartreuse 5

n se recouvre de végétations ;

Il cause la dysurie.

A. Le vésicatoire se sèche ^ ou bien il suppure trop abondamment. Chez certaines personnes, les vésicatoires ne peuvent suppurer, et se sèchent avec une grande rapidité, bien qu'on les panse avec des pommades aussi actives que celle que l'on emploie chez d'autres personnes dont la suppuration est d'une extrême abondance. Quelques-unes des causes qui influent sur ce résultat peuvent être appréciées ; mais, le plus souvent, cette appréciation est tout à fait impossible, et tient à des causes dont on peut seulement constater les effets. On sait que , parmi les malades , il en est qui, s'ils se blessent légèrement, voient leurs plaies se cicatriser avec la plus grande facilité, et, en quelque sorte, par première intention; chez eux, la suppuration ne s'établit qu'avec une difficulté extrême. D'autres , au contraire, qui ont ce que le vulgaire appelle des humeurs, ne peuvent avoir la plus légère égratignure sans que la plaie ne s'envenime , et chez eux les suppurations semblent s'éterniser. Les vésicatoires des malades de la première catégorie sont très-difficiles à entretenir ; ceux des malades de la seconde n'ont besoin que de peu de soins pour que la suppuration se maintienne pendant longtemps. Chez les vieillards , la suppuration des vésicatoires ne s'établit qu'avec une difficulté extrême ; et on peut s'expHquer ce phénomène par le peu de vascularité de la peau dans la dernière période de la vie 5 mais ce qui a lieu de nous étonner, ce que nous n'avons pu croire qu'après y avoir été en quelque sorte contraints par l'évidence des faits, c'est que la suppuration des vésicatoires est peut-être encore plus dilficile à entretenir dans le jeune âge que dans la vieillesse ; et si dans un cas, nous avons pu invoquer comme cause le peu de vascularité de la peau, dans l'autre nous sommes obligés de recourir à une explication tirée de la puissance de la force plastique dans le jeune âge 3 puissance en vertu de laquelle la cicatrisation s'effectue avec une grande rapidité.

Quoi qu'il en soit, l'expérience démontre que les vésicatoires, toutes choses égales d'ailleurs, veulent être entretenus chez les vieillards et chez les enfants avec des pommades et des taffetas beaucoup plus énergiques que ceux que l'on emploie pour les adultes : et en définitive, il convient de dire que l'activité des agents épispastiques doit être proportionnée à la difculté que l'on éprouve à entretenir la suppuration.

B. Le vésicatoire se recouvre de fausses membranes. L'opinion généralement reçue est que l'excès de l'inflammation cantharidique est la cause de cette supersécrétion de fausses membranes que l'on observe si souvent sur les vésicatoires. Il est hors de doute que l'action des Cantharides a pour effet la production d'une phlegmasie pelliculaire , comme M. Bretonneau l'a si bien démontré. Ce praticien a pu, en instillant dans la trachée-artère, dans le larynx des chiens soumis à ses expériences ^ de l'éther cantharidé, déterminer une inflammation membraneuse qui simulait à merveille une phlegmasie diphthéritique ; et en appliquant sur la membrane muqueuse de la lèvre d'un chien un peu de ce même éther, il voyait, au bout de quinze à vingt minutes, l'épithélium se détacher, et, au-dessous, il se for-

mait bientôt une fausse membrane qui s'enlevait avec facilité , et qui pendant un jour ou deux se renouvelait promptement.

D'après ce que nous venons de dire, on ne peut contester que l'inflammation cantharidique ne soit essentiellement membraneuse; mais est-ce à dire que l'excès de cette inflammation soit la cause de l'accumulation des couches successives de fibrine que l'on trouve à la surface des vésicatoires ? Nous ne le pensons pas. En effet, en suivant la méthode indiquée par tout le monde ^ et cela en vertu d'une idée théorique, c'està-dire en diminuant l'énergie des pommades, des taffetas et papiers épispastiques, les fausses membranes deviennent de plus en plus adhérentes, et le vésicatoire se sèche. L'application des cataplasmes , que l'on a conseillés quelquefois dans le même but, tantôt ramollit les fausses membranes, que l'on peut alors enlever assez aisément avec la spatule ; tantôt elle est tout à fait insuffisante.

La méthode de traitement précisément inverse est celle qui réussit le mieux. Ainsi, quand un vésicatoire se recouvre obstinément de fausses membranes qui deviennent de plus en plus adhérentes, nous appliquons sur la plaie un nouveau vésicatoire, ou un peu d'extrait éthéré de Cantharides, et le lendemain nous voyons les fausses membranes soulevées comme l'aurait été l'épiderme, et au-dessous apparaît le derme parfaitement net, qui pendant quelques jours, loin de tendre à se recouvrir de concrétions fibrineuses, garde un meilleur aspect, et sert ainsi à démontrer que si l'inflammation cantharidique est la cause de la production des couches fibrineuses, l'excès de cette inflammation ne semble pas être tout à fait dans le même cas, en ce sens du moins que cet excès d'irritation donne lieu au développement de fausses membranes moins sèches, moins adhérentes, quoique plus nombreuses seulement.

Résumons-nous : lorsque, chez les malades, les vésicatoires se recouvrent de fausses membranes adhérentes, il faut se servir de pommades, de taffetas et de papiers épispastiques plus énergiques.

Il y a pourtant une exception à cette règle que nous devons indiquer ' ici, sous peine d'induire en erreur les médecins. Il arrive quelquefois que, tout d'un coup, la surface du vésicatoire devient extrêmement douloureuse, et se recouvre en même temps de concrétions mofles, grisâtres, pultacées, qui exhalent une grande fétidité. Lorsqu'on cherche à les enlever, le sang s'écoule, et tout autour de la plaie la peau a une teinte érysipélateuse. Si , dans cette conjoncture, on se servait '^^ pommades plus actives, on aggraverait les accidents. C'est dans cecè^y qis l'application des cataplasmes émollients d'abord, et, plus tard , l'usage du calomel en poudre déposé sur la plaie, ou bien celui d'un cérat composé avec précipité blanc, 1 gramme (20 grains), pour 30 grammes (1 once) de cérat de Galien, amène promptement une heureuse modification de la plaie^ que l'on continue de panser ainsi jusqu'à ce que l'inflammation soit dissipée, et qu'une louable suppuration se soit rétablie.

C. Le vésicatoire s^ entoure d'une éruption dartreuse. Il arrive très-souvent que, chez les personnes sujettes aux affections dartreuses^ la peau qui avoisine la plaie du vésicatoire se recouvre de vésicules qui , d'abord discrètes, deviennent confluentes plus tard, et finissent par constituer un véritable eczéma ; des pustules d'impétigo peuvent même se développer ; et il s'ensuit une démangeaison insupportable, un suintement abondant et une douleur souvent assez vive. Il n'est pas rare de voir l'eczéma, borné d'abord au bras où le vésicatoire a été appliqué, s'étendre de proche en proche, et bientôt envahir, sous une forme aiguë, toute la surface du corps. La fièvre alors s'allume, et des accidents généraux d'une certaine gravité peuvent se manifester.

Mais, chez les personnes non dartreuses, bien que cette extension de l'inflammation soit assez rare, cependant elle s'observe encore quelquefois, surtout au voisinage de la plaie du vésicatoire. Les moyens qui nous ont paru les plus propres à modifier l'affection eczémateuse, tant qu'elle reste bornée aux parties environnantes, sont : d'abord les pansements avec un linge imbibé de glycérine ; et puis bientôt, quand la phlegmasie locale a diminué, l'application d'une pommade composée avec précipité rouge, 1 gramme (20 grains), cérat 15 ou 25 grammes (4 à 6 gros); les onctions faites matin et soir avec un Uniment oléocalcaire, composé de parties égales d'eau de chaux et d'huile de lin ou d'amandes douces; les pommades avec le carbonate ou l'acétate de plomb; les lotions avec l'eau végéto-minérale de Goulard, etc., etc., etc., en même temps que l'on stimule moins énergiquement la surface du vésicatoire.

Mais quand l'eczéma devient général, et qu'il s'accompagne de réaction fébrile, une saignée du bras, des bains généraux émollients, la diète, les laxatifs, et, plus tard, des bains de sublimé, dans la proportion de 10 à 15 grammes (2 gros et demi à 4 gros) de bichlorure de mercure pour un grand bain, mettent fin assez promptement aux accidents.

D. Le vésicatoire se recouvre de végétations. Lorsque le vésicatoire a été longtemps et violemment enflammé, il arrive assez souvent qu'il se recouvre de végétations, comme les plaies chroniques. Dans ce cas, les cautérisations superficielles avec le nitrate d'argent, le nitrate acide de mercure, l'application de l'alun en poudre, du sulfate de cuivre, etc., etc., suffisent le plus ordinairement pour dissiper ces accidents. Dans ce cas, il convient de supprimer le vésicatoire et de le porter sur une autre partie. Malgré cette précaution, la cicatrice delà plaie restera inégale, quelquefois douloureuse, et souvent la guérison sera difficile à obtenir.

E. Le vésicaioire causé de la dysurie. La dysurie survient ordinairement le jour môme où l'on applique le vésicatoire. Elle tient, ainsi que nous l'avons dit, à l'absorption de la cantharidine, qui se fait à la surface de la peau privée de son épiderme. Mais souvent, chez des malades très-irritables, et d'une susceptibilité en quelque sorte exceptionnelle, les pansements avec des pommades, des papiers ou des taffetas cantharidés.

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causent des accidents du côté de la vessie. Dans ce cas, il faut immédiatement substituer, pour ce pansement, le garou aux Cantharides. Ce seul changement suffit pour faire cesser tous ces troubles fonctionnels.

S'il n'était pas possible de faire cette substitution, l'usage du camphre à l'intérieur, à la dose de -15 à 30 centigrammes (3 à 6 grains) devrait être conseillé. Que si l'ingestion du camphre ne pouvait être supportée par le malade , on ferait dissoudre le camphre dans les corps gras qui servent à la composition des pommades épispastiques, et de cette manière on aurait beaucoup de chances d'éviter les accidents qui se manifestent du côté des reins et de la vessie.

Action thérapeutique des Cantharides.

Malgré l'activité d'un pareil remède , et peut-être à cause de cette activité, quelques thérapeutistes ont osé le prescrire à l'intérieur, et leur exemple a été suivi par un assez grand nombre de praticiens qui, de nos jours, se sont acquis une juste réputation.

Le père de la médecine, Hippocrate, donnait la poudre de Cantharides dans les cas d'hydropisie , d'apoplexie et d'ictère ; il conseillait le même moyen dans les accouchements laborieux, pour solliciter l'expulsion du fœtus et du placenta. Il avait cru constater aussi les propriétés emménagogues de ce médicament.

Dans les premiers âges de la médecine, on avait donc reconnu déjà les affinités électives entre les Cantharides et les organes génito-urinaires. Déjà les historiens nous apprennent que les Cantharides entraient dans la composition des philtres et des breuvages propres à éveiller les désirs amoureux. L'expérience avait en effet démontré que l'usage interne des Cantharides jette les organes génitaux dans un état d'éréthisme qui n'est pas toujours sans danger, et qui peut amener et des pissements de sang et une inflammation du pénis ou de l'utérus , et même le sphacèle de la verge. Aussi engagerons-nous les praticiens, si jamais ils croient devoir conseiller les Cantharides dans le cas d'anaphrodisie , à y mettre une extrême prudence, et à retenir les malades trop disposés à abuser d'un remède qui leur rend une jeunesse factice et des plaisirs longtemps regrettés.

Malgré l'imposante autorité dHippocrate, l'usage interne des Cantharides dans le traitement des maladies autres que l'impuissance était à peu près tombé en désuétude parmi les modernes, quand J. Groenevelt, médecin anglais, essaya de réhabiliter ce remède j et il devint, à cette occasion, l'objet de persécutions fort actives de la part de ses confrères. C'était surtout dans la dysurie qu'il donnait les Cantharides. Il composait, avec 60 centigrammes ( 12 grains) de Cantharides en poudre et 75 centigrammes (15 grains) de camphre, deux ou trois bols, qu'il faisait prendre à quatre heures d'intervalle l'un de l'autre (J. Groenevelt, Tutus Cantharidum usus internus ,honù.mi, 1698, in-8). Werloff ((7ommercm?n litterarium, an. J733) conseille la même médication dans la dysurie j il n'associait pas les Gan-

tharides au camphre, et donnait 5 centigrammes (1 grain) de poudre toutes les quatre heures. S'il s'agit ici de la dysurie des vieillards, qu'il faut attribuer souvent à une demi-paralysie de la vessie , il est évident que cette médication est rationnelle, et qu'elle ne peut en général causer aucun accident notable j mais si ce symptôme est sous la dépendance d'une phlegmasie chronique du col de la vessie, entretenue, par exemple, par la présence d'un calcul ou par le passage fréquent des graviers qui déchirent la membrane muqueuse , si elle tient à un engorgement grave de la prostate, il est douteux que les Cantharides rendent alors les mêmes services; c'étaient ces considérations et d'autres encore qui faisaient et font encore aujourd'hui blâmer, dans ce cas, l'usage interne des Cantharides. Nous discuterons tout à l'heure cette question de thérapeutique.

Presque à la même époque que Groenevelt, mais un peu postérieurement. Th. Bartholin [Cantharidumusus internus, inhist. anatom. cent. V . hist. 82) imagina de donner l'infusion vineuse des Cantharides dans la blennorrhagie. Ce moyen extraordinaire , adopté également par Werloff , fut repris plus tard et singulièrement préconisé par Richard Mead [Monita et P?'3ecepta, Londini, 1751), qui imagina une teinture alcoolique de Cantharides faite en mettant digérer 8 grammes ( 2 gros ) de Canlharides contuses dans 750 grammes (1 livre et demie) d'alcool. 11 en donnait aux malades de 30 à 50 gouttes matin et soir; et de nos jours, nous avons vu Robertson, d'Edimbourg, traiter la blennorrhagie par la même méthode. Il employait la teinture de Cantharides à la dose énorme de 15 grammes (1 demi-once) en 24 heures {Biblioth. médicale, t. XX, p. 39).

Nous dirons comment nous concevons le mode d'action du copahu dans la blennorrhagie : c'est, pensons-nous, en déterminant sur la membrane muqueuse malade une irritation artificielle qui se substitue à l'irritation morbide. C'est de la même manière que nous nous rendons compte du mode d'action des Cantharides dans la blennorrhagie et dans les diverses maladies irritatives des voies urinaires; mais ici évidemment le mal est à côté du bien : c'est au médecin qu'il appartiendra de proportionner l'irritation topique artificielle à l'inflammation morbide; et en exposant plus bas notre doctrine de la Médication substitutive, nous essayerons de poser les règles de son application.

Pour mieux faire comprendre ce mode d'action des Cantharides dans le traitement des affections catarrhales des voies urinaires , nous rappellerons encore ici ce que nous avons dit plus haut en traitant de l'action physiologique du remède, et nous ferons mieux comprendre comment, en effet, on a le droit d'assimiler, jusqu'à un certain point, l'emploi des Cantharides données à l'intérieur à ces injections irritantes que nous faisons dans la vessie et dans le canal de l'urètre pour guérir les phlegmasies de la membrane muqueuse qui revêt ces organes.

Les publications de M. Morel-Lavallée, celles de M. Bouillaud, et la Thèse inaugurale de M. Dourif (S mai 1849), ne laissent que peu de chose à désirer sur ce point.

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M. Bouillaud , à la suite de l'application de larges vésicaloires , trouve des traces de phlegmasie évidente dans les reins et dans l'uretère. Il a trouvé même une fois de petites pseudo-membranes sur la surface muqueuse des bassinets, et un paquet de fausses membranes à Tembouchure vésicale des deux uretères. M. Bouillaud démontre donc ainsi l'influence irritante des Cantharides sur les reins et l'uretère. Il constate également que, dans les mêmes circonstances, les urines deviennent albumineuses.

M. Morel-Lavallée, de son côté, prouve par des autopsies, et MM. Andral et Vidal (de Cassis) déposent dans le même sens, il prouve, disons-nous, que la vessie et le canal de l'urètre s'enflamment sous l'influence de la même cause. 11 voit la membrane muqueuse vésicale se recouvrir quelquefois d'une véritable fausse membrane fibrineuse, et il trouve aussi de fausses membranes dans l'urine du vase de nuit. Sans discuter ici la question de savoir si l'albuminurie constatée par M. Bouillaud ne tient pas uniquement au passage du sérum du sang tenant en dissolution de la fibrine , et si les dépositi(|j;is fibrineuses indiquées par M. Morel-Lavallée dans la vessie ne sont pas dues à la séparation de la fibrine dissoute dans le sérum, toujours est-il qu'on ne peut révoquer en doute l'existence d'une irritation des organes uropoiétiques.

Nous ne parlerons pas ici de l'emploi des Cantharides dans l'épilepsie, l'hystérie, la rage, etc. ; il suffit qu'un remède soit héroïque et que l'administration en soit périlleuse pour qu'il se trouve des médecins qui croient devoir le tenter dans le traitement des affections aiguës et chroniques réputées incurables; et, comme on se résout difficilement à avoir fait des essais infructueux, on exagère souvent les vertus du remède dont on a étudié les effets, et l'on finit quelquefois par s'abuser soi-même et par Jfcromper les autres.

Dans l'antiquité, la teinture de Cantharides était employée dans le traitement des maladies chroniques de la peau : témoin ce chevalier romain dont parle Pline, et qui mourut pour avoir pris d'un breuvage dans lequel il entrait des Cantharides, dans le but de guérir une éruption rebelle. Il faut pourtant arriver presque jusqu'à nos jours pour retrouver des médecins qui emploient de nouveau ce remède. Lorry {Tractatus de Morb. cutan., Paris, 1777, p. 388) conseille la teinture de Cantharides dans l'éléphanliasis des Grecs, et il dit positivement que, de son temps, des médecins anglais employaient beaucoup ce moyen dans le traitement des maladies de la peau.

Biett, qui, au rapport de M. Cazenave [Dict. deMéd., 2® édit., t. VI, p. 3-49), s'est servi de teinture alcoolique de Cantharides à l'hôpital Saint- Louis, depuis plus de vingt ans, sur un grand nombre de malades, en a obtenu de très-bons résultats, principalement dans certains eczémas chroniques, et surtout dans les dermatoses de forme squammeuse. La teinture de Cantharides, administrée à la dose de trois gouttes d'abord, et portée graduellement jusqu'à vingt gouttes et davantage , réussit très-bien dans le traite-

ment des psoriasis et surtout de la lèpre vulgaire. Donnée avec prudence, et surveillée dans son mode d'action , elle ne détermine pas d'accidents : sous son influence la peau s'anime, les plaques deviennent rouges, les squammes tombent, les élévations papuleuses s'affaissent, disparaissent, et au bout d'un mois ou six semaines, souvent plus tôt, on peut obtenir la résolution complète et' la guérison d'une maladie qui durait depuis plusieurs mois. Une chose digne de remarque, c'est que ce médicament agit plus promptement et réussit mieux chez les femmes, chez les individus jeunes , sanguins , actifs, que chez ceux qui sont débiles.

Nous admettons même que la Gantharide puisse exercer une action toute spéciale sur certaines formes de cette maladie.

Nous avons indiqué plus haut (voy. Matière méd.) la formule de la pommade dite de Dupuytren dans le traitement de la calvitie. Il est bien évident que, dans quelques cas, la chute des cheveux tient à une affection herpétique du cuir chevelu, et, à ce titre, une pommade irritante substitutive, en guérissant la maladie de la peau, fait cesser la cause de la calvitie. Mais quand la calvitie est héréditaire, quand elle vient par les progrèllde l'âge, quand elle s'accompagne, comme cela est le plus commun, de l'atrophie du bulbe pileux , il est trop évident qu'il n'est pas de pommade qui puisse rendre à la peau du crâne sa texture anatomique normale.

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