GAROU
Le Garou {daphne gnidium) est une plante de la famille des daphnés , de l'octandrie monogynie de Linné.
Caractères botaniques. Cet arbrisseau s'élève à la hauteur de 70 cent, à 1 mètre (2 ou 3 pieds) ; ses rameaux supérieurs sont garnis de feuilles étroites, aiguës, sessiles; ses fleurs sont petites, d'un blanc sale, formées d'un calice tubulé à limbe quadrifide, de 8 étamines, d'un style court et d'un stigmate; le fruit est monosperme.
Toutes les espèces du genre dapliné sont douées d'un principe acre, épispaslique.
Trois sont employés : 1° le Garou, sain lois (daphne gnidium); 2° le méséréon, hois gentil (daphne mesereum); 3° la lauréole (daphne laureola). L'espèce la plus employée est le Garou.
Garou. — Écorce mince en morceaux longs de t à 2 pieds, large de 1 à 2 pouces, très-difficile à rompre transversalement, couvert d'un épiderme demi-transparent, crispé ou ridé par la dessiccation et marqué de petites taches blanches tuberculeuses.
Au-dessous de l'épiderme se trouvent des fibres longitudinales, très-tenaces, couvertes d'une soie très-fine blanche et lustrée. L'intérieur de l'écorce est d'un jaune paille uni.
L'écorce de Garou a été analysée par un grand nombre de chimistes , notamment par VauqueUn, Gmefin et Dublanc jeune.
Ce dernier a retiré de l'écorce du daphne mesereum :
Une matière cristalline , résinoïde , sans âcretéyUne sous-résine insipide, une matière verte demi-fluide très-dcre.
D'autre part, d'après l'analyse de Gmelin et Baër, l'écorce de daphne meserum contient : cire, résine acre, daphnine, matière colorante ja%(,ne, extractif sucré, extractif non sucré, gomme.
Le Garou paraît devoir ses -propriétés à la daphnine.
La matière verte demi-fluide de Dublanc n'est autre chose que la daphnine tenant en dissolution de la chlorophylle. C'est sous cette forme impure qu'on retire le principe actif du Garou pour les besoins de la thérapeutique.
Poudre de Garou.
On l'obtient en coupant transversalement le Garou en lanières étroites, le faisant sécher à l'étuve et le pilant jusqu'à ce qu'il ne reste plus que la matière cotonneuse.
GAROU. Am
Extrait de Garou. Pommade de Garou.
' n. . ■. , n VI 1*1. Pi'- = Axonge, 15 gr. (1/2 once).
On traite le Garou par 1 alcool et 1 on en çi^^ blanche 20 (5 gros)
fait un extrait d'après les procédés ordi- Écorce de Garou, 4 (1 gros)".
naires.
On divise l'écorce, on fait digérer avec
Pois m-nnuratif^ dp WifUn l'axonge pendant 12 heures; on passe, puis
rois suppuratiri> ae msim. ^^ j^^j^g^ déposer et l'on ajoute la cire.
T,^ T^ . ■. -, ,. j, . j Nous devons à M. Coldefy une excellente
Pr. : Extiait alcoolique d ecorce de méthode qu'il est bon d'employer toutes les
Gaiou, j P" fois que le Garou est destiné à subir l'action
Aicooi a bo (.di Lart.j. 4 ^g quelque véhicule. Cette méthode con-
siste à piler l'écorce de Garou préalablement Dissolvez l'extrait dans l'alcool, plongez coupée au couteau, dans un mortier de fer, plusieurs fois des pois d'orange dans cette en l'humectant avec de l'alcool jusqu'à ce solution, et laissez sécher chaque fois à l'air qu'on ait formé une masse fibreuse sans aulibre. Ces pois s'emploient pour provoquer cune apparence d'écorce; le Garou est ainsi une suppuration abondante. parfaitement divisé sans danger pour l'o-
pérateur, et la résine mieux disposée à la
Huile de Garou. solution.
On prépare encore avecle Garou des taffe- „ „ ., j, ,. n„ tas vésicants. M. Beral en a donné plusieurs
Pr. : Huile d'ohve, 2 p. formules.
Ecorce de Garou, 1 Q,gg^ p^^g particulièrement le daphne
mesereum qu'on a essayé d'introduire dans On divise l'écorce, on la fait digérer dans la thérapeutique interne, l'huile, et l'on passe avec expression. L'huile M. Cazenave en compose une tisane et se charge du principe actif du Garou. un sirop qu'il administre dans le cas de sy-
philis constitutionnelle.
THERAPEUTIQUE.
Autrefois on employait les diverses gspèces de Garou comme stimulants et diaphorétiques , surtout dans les maladies du système osseux , dans les douleurs ostéocopes, les exostoses, dans les scrofules, les affections dartreuses, le rhumatisme chronique.
Un grand nombre d'auteurs, entre autres Russel, Home, Swediaur, Wright, recommandent, surtout dans les affections syphilitiques constitutionnelles , l'usage de l'écorce de mesereum comme un remède très-précieux.
C'est sans doute sur la foi de ces autorités que M- Cazenave a songé à réintroduire ce remède dans la thérapeutique de ces affections.
Ajoutons qu'il demande à être manié avec une certaine prudence, attendu qu'il est susceptible de produire quelquefois d'assez graves accidents.
Ainsi, chez un malade de la ville affecté d'une paralysie locale que l*on croyait devoir rapporter à une exostose syphilitique intracrânienne , nous avons vu le Garou donné en décoction être suivi de graves accidents inflammatoires du côté de la vessie, et cela à deux reprises différentes -, de sorte que le médecin ordinaire du malade , qui d'abord s'était refusé à croire à cette action du médicament, fat obligé de se rendre à l'évidence et de renoncer à son usage. Ce fait est-il exceptionnel, ou bien le Garou posséderait-il, bien qu'à un très-faible degré, la propriété d'exercer sur les voies urinaires une action irritante analogue à celle des cantharides? C'est une question que nous ne sommes pas en mesure de pouvoir décider. I. 30
m MÉDICAMENTS IRRITANTS»
A l'intérieui*, la décoction de méséréon se donne à la dose de i h 8 grammes (20 grains à 2 gros) par litre d'eau.
L'écorce de Garou s'emploie comme épispastique. Mais son action est lente, et cette manière d'appliquer les vésicatoires ne peut être adoptée que pour les parties où la peau est d'une grande finesse, comme le derrière des oreilles, par exemple, ou bien encore chez ceux dont les organes génitourinaires sont ordinairement irrités par les cantharides.
Quand on veut faire un vésicatoire ou produire de la rubéfaction avec une écorce de Garou, on la choisit flexible et unie, et on la laisse macérer dans l'eau, et mieux dans le vinaigre; puis on l'applique sur la peau, de manière que le contact soit bien immédiat. Vingt-quatre ou trente-six heures après l'application du Garou , on voit s'élever de très-petites vésicules, et, en continuant cette application et en la renouvelant souvent, on obtient une ulcération superficielle que l'on peut entretenir longtemps par le même moyen.
M. Leclerc , de Tours , a fait préparer des extraits aqueux , alcooHques et éthériques d'écorce de Garou. Un épithème fait avec chacun de ces extraits fut appliqué pendant vingt-quatre heures sur l'avant-bras de trois malades. L'extrait éthérique seul produisit un effet énergique. Il se développa un grand nombre de petites vésicules remplies d'une sérosité trouble sur la partie qu'avait recouverte l'épiderme fait avec cet extrait. Une simple rubéfaction fut obtenue avec l'extrait alcoolique ; l'extrait aqueux resta sans effet. (Leclerc , Essai sur les Épispastiques. — Journal des Connaissances médico-chirurgicales , t. III , p. 92.)
D'après ces travaux comparatifs de M. Leclerc, il est évident que, lorsqu'on voudra composer une pommade au Garou, dans le but, par exemple, d'exciter la suppuration des vésicatoires , il faudra toujours employer de l'extrait éthérique ; et ce même extrait doit aussi être employé de préférence à l'écorce lorsque l'on voudra solliciter un peu d'inflammation dans les parties où la peau est fine.