ORTIE
Le genre Ortie {Urtîca), qui a donné son nom à la famille des Urticées, a été rangé dans la classe des excitants locaux ou irritants. Deux espèces seulement sont employées en médecine , la grande et la petite, Urtica major et minor.
Donnons leurs principaux caractères.
La grande Ortie, ou Ortie dioïque, Urtica dioica, L. , est une plante dont la tige est tétragone, haute de 2 à 3 pieds, pubescente, très-fibreuse ; ses feuilles sont opposées , lancéolées, cordiformes, grossièrement dentées^ moins piquantes que celles de la petite Ortie, ses fleurs sont dioïques, herbacées, en grappes pendantes; ses semences sont oléagineuses.
Les jeunes pousses sont comestibles, et dans toute la France on nourrit les volailles avec des pâtées dans lesquelles on fait entrer des pousses d'Orties.
La -petite Ortie, Ortie grièche ou Ortie hrûlante, Urtica urens , est haute de 12 à 18 pouces ; ses feuilles sont opposées, ovales, portées sur de longs pétioles ; les fleurs sont monoïques , en grappes courtes opposées et axUlaires. Toute la plante est couverte de poils très-piquants et brûlants.
La petite Ortie ( Urtîca urens) est beaucoup moins commune que la grande ; elle ne croit guère que dans les jardins et dans les lieux cultivés; l'autre, au contraire (Urtica dioica), se rencontre partout, dans les lieux incultes, dans les décombres, etc.
La plupart des espèces du genre Ortie produisent l'effet irritant que nous connaissons, mais à un degré différent. Nous savons que chaque poil de l'Ortie est un canal aboutissant à une cavité pleine d'un liquide plus ou moins actif; mais nous ignorons encore quelle est la nature de ce principe délétère , qui acquiert souvent, dans les plantes des tropiques, une très-grande énergie.
Du reste, les espèces de ce genre ne sont pas les seules plantes qui présentent ces poils creux reposant sur des glandes , à la manière des crochets venimeux 4es ophidiens. On en trouve aussi dans la famille des Euphorbiacées, dans celle des Malpighiacées [Malpighia urens) et dans plusieurs autres. Toutes les plantes qui offrent cette particularité d'organisation pourraient produire l'urtication, puisque, chose remarquable, le liquide sécrété est toujours acre et mordicant.
THERAPEUTIQUE.
C'est de VUrtica urens que l'on se sert ordinairement dans la thérapeutique externe.
Urtication. On entend par urtication l'effet irritant produit sur la peau par le contact des Orties. Pour la pratiquer, on fait une petite botte avec les tiges les plus longues de la petite Ortie, et on en frappe légèrement, et à plusieurs reprises, la partie de peau que l'on veut irriter. Presque immédiatement la peau se couvre de larges papules plates, blanches, irrégulières, qui font éprouver une cuisson brûlante et insupportable. Cette éruption , si rapidement développée , disparaît avec la même rapidité , et il faut renouveler l'opération pour rappeler l'exanthème : cependant on observe que la peau , qui avait été violemment stimulée par le premier contact des Orties, cesse de l'être bientôt avec la même facilité, et il arrive même quelquefois que la troisième ou la quatrième application du remède ne produira plus aucun effet notable. C'est ainsi que les femmes de la campagne peuvent impunément cueillir avec leurs mains des Orties sans en éprouver la moindre sensation douloureuse.
L'urtication a été conseillée pour rappeler les exanthèmes, et en général toutes les fluxions extérieures qui se développaient difficilement ou qui tendaient à disparaître : comme aussi dans tous les autres cas où il importait de faire rapidement de la peau le siège d'une fluxion. dérivative énergique.
Ainsi, Gelse et Aretée conseillent l'urtication dans le coma , la paralysie {De re medicây lib. 3, cap. 27. — Curât, acut., lib. 1 , cap. 2). D'autres médecins l'ont pratiquée sur les cuisses pour rappeler le flux menstruel {Bull, de Férussac, t. ÏX, p. 77). On l'a encore conseillée dans l'anaphrodisie.
Dans les diverses épidémies de choléra que nous avons eu à subir, un certain nombre de médecins, surtout dans les campagnes, ont eu recours à l'urtication dans la période algide. Quand la peau conserve encore de la sensibilité et qu'il n'y a pas algidité complète, ce moyen a pu produire quelques bons effets; mais on l'a vanté d'une manière ridicule, et, en somme, il ne vaut ni plus ni moins que la plupart des autres irritants du système cutané.
RENONCULACÉES.
Beaucoup de plantes de la famille des Renonculacées exercent sur la peau une action irritante fort énergique. Los^ espèces qui composent les genres clematis, anémone, ranuncuhis (Linné), sont les plus actives. Parmi elles nous mentionnerons le ranunculus sceleratus. On l'a conseillé en cataplasme pour résoudre les engorgements ganglionnaires et les abcès i' froids .