IPÉC. ANNELÉ. STRIÉ. BLANC
Matière grasse, 2 des traces 12 2
Cire, 6 » » »
Émétine, 16 1,15 9 6 Extractif non
vomitif, » 2,45 » »
Gomme, 10 5 1
Amidon, 42 20 ) 79 72
Ligneux, 20 66,6o }
Perte, 4 6,80 » »
On voit par cette analyse que l'écorce contient plus d'e'metine ou de principe actif que le ligneux , et que par conséquent l'Ipécacuanha annelé gris possède plus de propriétés vomitives que l'ipécacuanha strié et l'Ipécacuanha blanc-
On rencontre fréquemment dans le commerce des fauxlpécacuanhas qu'on emploie dans quelques pays comme succédanés de l'Ipécacuanha. Ils appartiennent presque tous aux trois familles suivantes : violariées , euphorhiacées , apocynées , et proviennent de diverses espèces faisant partie des genres Viola, Cynanhumjonidium, etc.
L'Ipécacuanha gris annelé, celui qui est le plus employé en France , a été analysé par MM. Pelletier etMagendie.puis parMM. Richard etBarruel; il afourniàces chimistes:
Emétine, gomme, amidon, cire végétale, matière grasse huileuse, matière extractive.
L'émétine existe dans les racines d'Ipécacuanha à l'état salin ; elle est en écailles brunes, rougeàtres translucides , d'une saveur amère, très-soluble dans l'eau chaude, moins dans l'eau froide ; fusible à 60° environ .
Ou l'obtient en faisant macérer pendant quelques jours une partie d'Ipécacuanha pulvérisé dans 4 parties d'alcool à 62° centigrades (38° Cart.); on passe avec expression et l'on filtre; on soumet le marc à une nouvelle macération dans 3 parties d'alcool, on exprime et on filtre de nouveau ; on distille ensuite les liqueurs réunies ; on dissout le résidu dans 4 parties d'eau froide, et l'on filtre; puis on évapore à l'étuve jusqu'à siccité. C'est l'émétine impure, Y émétine médicinale, que l'on obtient; l'émétine pure n'est presque jamais employée.
Poudre d'Ipécacuanha.
On pulvérise l'Ipécacuanha jusqu'aux deux tiers ; on le triture dans un mortier,
de manière à détacher la partie corticale du meditulUum ligneux, qui est beaucoup moins actif. La force de la poudre d'Ipécacuanha est un quart plus grande que celle de la racine, précisément à cause de la séparation du meditullium.
Tablettes d'Ipécacuanha au chocolat.
(Tablettes de Dàubenton.)
Pr. : Ipécacuanha pulvérisé, Chocolat à la vanille.
1 part.
12 part.
Faites liquéfier le chocolat à une douce chaleur; incorporezlapoudred'lpécacuanha, divisez la masse en parties de 13 grains (65 centigrammes) que vous roulerez en boules, et auxquelles vous ferez prendre une forme hémisphérique, en les mettant, pendant quelques instants, sur une plaque de fer-blanc chauffée.
Ces tablettes sont d'un usage très-commode pour les enfants.
Produits par l'eau.
On emploie l'Ipécacuanha en infusion, ou plutôt en décoction.
Potion antidysentérique (Spielmann).
Pr.
Ipécacuanha, Eau,
8 gram. (2 gros). 375gram. (12 onces).
On partage l'eau en trois doses, et chacune d'elles sert successivement à faire une décoction. La quantité totale du produit doit être de 192 grammes (6 onces). On y ajoute sirop de gomme 64 grammes (2 onces). On administre en trois fois, à trois heures d'intervalle.
Poudre vomitive (Hôp. Necker).
Pr. : Ipécacuanha en poudre, 2 gram.
Tartre stiblé, 5 cent.
Divisez en quatre paquets que l'on administre à dix minutes d'intervalle l'un de l'autre. On fait boire de l'eau chaude au malade pour faciliter les vomissements.
On prépare aussi un extrait aqueux qui est peu employé.
Produits par V alcool.
L'alcool à 56" centigr. dépouille l'Ipécacuanha de toutes ses parties actives.
Teinture alcoolique d'Ipécacuanha,
Pr. : Ipécacuanha, 1 part.
Alcool à 66- (21 Cart.), 4 part.
Extrait d'Ipécacuanha (Codex).
On soumet la poudre d'Ipécacuanha avec la moitié de son poids d'alcool , et on l'in-
troduiten l'entassant modérémentdans l'appareil à lixi viation. Au bout de douze heures, on lessive avec trois parties d'alcool, et on déplace celui-ci par de l'eau ; on distille les liqueurs alcooliques, etl'on évapore le résidu en consistance d'extrait.
Saccharolé d'Ipécacuanha,
Pr. : Teinture alcoolique d'Ipécacuanha, 15 part.
Sucre blanc, 7 part.
Mêlez et séchez à l'étuve.
4 grammes (1 gros) de saccharolé représentent 2 1^2 centigrammes (lj2 grain) d'extrait.
Sirop d'Ipécacuanha.
Pr. : Extrait alcolique d'Ipécacuanha, 32 gram.
Eau distillée, 150 Sirop simple, 4,500
Faites dissoudre l'extrait dans l'eau, filtrez la dissolution; ajoutez -la au sirop bouillant, et faites cuire jusqu'à 30°.
32 grammes (1 once) de sirop contiennent 20 centigrammes (4 grains) d'extrait.
Produit par le vin.
Pr. : Ipécacuanha, Yin d'Espagne,
F. S. A. (Pharm. de Londres).
1 part.
32 part.
Sirop de Desessart.
(Sirop d'Ipécacuanha composé.)
Pr. : Ipécacuanha, Séné, Vin blanc,
On fait macérer pendant vingt-quatre heures ; on passe et l'on ajoute au résidu :
32 gram.
Serpolet, Coquelicot, Sulfate de' magnésie, Eau bouillante,
32 gram.
On laisse infuser -pendant douze heures; on passe avec expression, et l'on ajoute la liqueur vineuse, plus :
Eau de fleur d'oranger.
750 gram.
On fait, avec un poids de sucre double de celui delà liqueur, un sirop par solution au bain-marie; puis on le passe au blanchet.
Ce sirop est fréquemment employé et avec beaucoup de succès contre la toux convulsive (coqueluche) chez les enfants.
N'oublions pas que l'ipécacuanha fait aussi partie intégrante de la poudre de Dover, si employée en Angleterre.
Le principe actif de l'ipécacuanha, Vémétine, a été administré souvent par M. Magendie ; il le donnait sous forme de tablettes et de sirop.
C'est Vémétine brune (émétine médicinale) , et non l'émétine pure, que l'on doit employer.
L'efficacité de ce médicament n'est pas encore assez bien démontrée, pour qu'il soit définitivement introduit dans la thérapeutique.
THERAPEUTIQUE.
La racine de l'ipécacuanha n'a commencé à être connue qu'au milieu du XVIP siècle : ce fut Pison qui l'introduisit dans la thérapeutique, et qui parla de ses propriétés antidysentériques, déjà bien constatées au Brésil. Mais c'est à peine si les médecins firent attention à ce qu'avait écrit Pison, qui se recommandait à la considération des savants plutôt par des connaissances botaniques que par son expérience médicale. En vain un médecin nommé Legras, qui avait fait trois fois le voyage d'Amérique, rapporta-t-il en France de l'ipécacuanha, et en fit-il vendre publiquement; le nouveau remède ne devait trouver de crédit que par le charlatanisme. En effet, en 4686, à l'époque à peu près oii le fameux remède de Talbot , le quinquina, avait valu à son inventeur les faveurs du roi de France et une fortune considérable, un marchand français, nommé Grenier, séduit sans doute par l'exemple, rapporta du Brésil 75 kilogrammes (150 livres) de racines d'Ipécacuanha ; et ne sachant comment en tirer parti et comment donner crédit à son remède, il s'associa un médecin hollandais qui exerçait à Paris, Adrien Helvétius, à
IPÉGAGUANHA. 667
qui il fit connaître les vertus antidysentériques de l'Ipécacuanha. Helvétius expérimenta d'abord sur des hommes obscurs, puis sur des gens d'une condition élevée , puis enfin sur le dauphin lui-même , qu'il guérit d'un flux de sang; et il obtint alors de Louis XIV l'autorisation de faire à l'Hôtel- Dieu de Paris des expériences publiques sur les vertus antidysentériques de son arcane. Ces expériences ayant réussi, il obtint du roi le privilège exclusif de débiter son remède, et il reçut en outre une récompense de mille louis. Cependant Helvétius, en associé peu scrupuleux, gardait pour lui honneurs et profits : Grenier alors voulut revendiquer sa part; de là un procès en parlement, que ce dernier perdit. Indigné de la mauvaise foi d'Helvétius, Grenier divulgua le secret, et désormais l'Ipécacuanha fut du domaine public.
Avant d'étudier les propriétés thérapeutiques de l'Ipécacuanha , il est bon de nous arrêter un instant sur ses effets, indépendamment de toute maladie.
Action de l'Ipécacuanha sur l'homme sain.
Les expériences les plus curieuses qui aient été faites sur les effets physiologiques de l'Ipécacuanha sont dues à M. Bretonneau, de Tours. Ce praticien constata, en effet, que la poudre d'Ipécacuanha, mise en contact avec la peau dépouillée de son épiderme, suscitait une inflammation locale des plus énergiques ; qu'une petite pincée de cette poudre insufflée dans l'œil d'un chien donnait lieu à une phlegmasie oculaire tellement intense , que la cornée était quelquefois perforée. Il démontra donc que l'Ipécacuanha était un agent d'irritation locale, et il pensa que ses propriétés vomitives et purgatives devaient être attribuées à l'inflammation qu'il déterminait sur la membrane muqueuse gastro-intestinale. Plus tard, Hannay, de Glasgow, conduit par les expériences de M. Bretonneau, a fait, avec 8 grammes de poudre d'Ipécacuanha, 8 grammes d'huile d'olive et 15 grammes d'axonge, une pommade irritante qui peut remplacer, pour l'usage externe, l'huile de croton tiglium.
Donné à l'intérieur et mis en contact soit avec l'estomac , soit avec le rectum, il cause une inflammation locale que l'autopsie démontre, inflammation beaucoup plus intense qu'on ne pourrait le supposer en ayant égard à l'apparente innocuité du remède.
Les expériences de M. Bretonneau n'infirment en rien les résultats thérapeutiques de nos devfinciers; elles les expliquent d'une manière plus satisfaisante; et nous verrons, en effet, qu'il est très-facile de concilier l'action irritante locale de l'Ipécacuanha et son action curative dans la gastrite et la dysenterie.
L'Ipécacuanha introduit dans l'estomac détermine des vomissements tellement constants, que cette substance est placée, parmi les vomitifs, à côté du tartre stibié.
L'effet vomitif de l'Ipécacuanha est moins rapide que celui que l'on ob-
tient par les préparations antimoniales; mais il dure plus longtemps. Il est également moins sûr, parce que la poudre qui ne peut être dissoute est quelquefois entièrement rejeiée par le premier vomissement, et par conséquent n'a plus d'action. Les doses à l'aide desquelles on obtient le vomissement sont extrêmement variables : tel vomit avec 10 centigrammes (2 grains), et même avec une quantité beaucoup moindre; tel autre vomit à peine avec 1 gramme 20 centigrammes ou 1 gramme 80 centigrammes (24 ou 36 grains). Le moyen le plus sûr pour obtenir des effets vomitifs, c'est de donner Tlpécacuanha très-finement pulvérisé , délayé dans une assez grande quantité d'infusion chaude; mais il faut le faire prendre à petites doses , répétées souvent : ainsi 2 grammes (un demi-gros) seront divisés en quatre prises, que le malade avalera délayées dans de l'eau toutes les dix minutes. Les avantages de ce mode d'administration sont bien évidents. Si la première dose provoque un vomissement , on donne immédiatement la seconde; si sous l'influence de celle-ci, les vomissements sont suffisamment abondants, on cesse l'Ipécacuanha; dans le cas contraire, on passe à la troisième , à la quatrième.
Si, au contraire, on donne en une fois toute la quantité d'Ipécacuanha que l'on doit administrer, la poudre émétique peut être rejetée dès le premier vomissement, et tout s'arrête. Le mode d'administration est donc ici d'une grande importance: quant aux doses, elles doivent toujours être plutôt trop fortes que trop faibles, et il n'y a aucun inconvénient à les donner plus considérables qu'il n'est strictement nécessaire pour arriver à l'effet vomitif; la raison en est que les vomissements entraînent au dehors la plus grande partie de la poudre ingérée. Ainsi , chez les enfants à la mamelle, n'hésitons-nous jamais à prescrire lo à 20 centigrammes (3 à 4 grains) d'Ipécacuanha en quatre prises, à dix minutes d'intervalle; 60 centigrammes (12 grains) chez les enfants de deux à douze ans; 1 gramme (20 grains) de douze à dix-huit ans; del gramme 20 centigrammes à 2 grammes (24 à 40 grains) chez les adultes.
Il arrive, quoique assez rarement, que la poudre d'Ipécacuanha soit conservée dans l'estomac et ne détermine aucun vomissement; dans ce cas, elle purge ordinairement : cet effet purgatif est même obtenu à peu près dans la moitié des cas chez les personnes qui ont suffisamment vomi sous l'influence du médicament; mais il ne se prolonge pas au delà de quelques heures ; il s'accompagne rarement de fortes coliques.
Lorsque l'on fait prendre l'Ipécacuanha à doses très-minimes , 1 centigramme (un cinquième de grain), par exemple, toutes les demi-heures, toutes les heures, toutes les deux heures, on jette le patient dans un état de malaise indéfinissable , avec mal de cœur, tendance à la lipothymie , sueurs générales, etc., etc. Cet état que le médecin cherche quelquefois à obtenir, a sur certaines maladies une influence puissante que nous ta- ' obérons d'analyser dans l'article général sur la médication évacuante.
iPÉGÂGUANHA. 669
Action thérapeutique de V Ipécacuanha.
Pison, qui le premier a fait connaître l'Ipécacuanha, l'appelle sacram anchoram, quia nullum prestantius ac iutius,in plerisque alvi fluxibus, cum vel sine sanguine, compescendis, natura eœcogitârit remedium. Cette réputation dans le traitement de la dysenterie et des flux de ventre était telle, que cette racine avait pris la dénomination de racine antidyseniérique. Cette propriété de l'Ipécacuanha a été admise presque sans contestation jusqu'à la fin du siècle dernier. Presque tous les praticiens les plus graves l'ont reconnue et proclamée dans leurs écrits. Administré à temps, c'est-à-dire dans les premiers jours de la maladie, quand les évacuations sont encore ensanglantées et que rien n'indique la gangrène de la membrane muqueuse, ce vomitif calme les coliques, diminue le nombre des déjections et l'abondance de l'exhalation sanguine. On revient au même moyen deux et trois fois, en laissant six, douze, vingt-quatre, quarante-huit heures d'intervalle, suivant l'effet que l'on a obtenu par la première administration du remède. Enfin il ne faut pas craindre de donner de l'Ipécacuanha après huit , quatorze jours, et même davantage, si les accidents dysentériques n'ont pas eu une grande gravité, et si cependant la santé générale et surtout les fonctions digestives restent profondément troublées.
L'effet de l'Ipécacuanha dans la dysenterie est d'autant plus certain, qu'il a donné lieu à des garde-robes. Quand, au contraire, ce médicament ne purge pas, il a moins d'action, et même Gullen nie que, dans ce cas, il en ait aucune; aussi pense-t-il qu'il agit ici comme laxatif {First Unes of the practice of physic. Vol. III, p. 415).
Le mode d'administration de l'Ipécacuanha dans la dysenterie doit être étudié avec soin; et si les praticiens qui, de nos jours, voudront employer ce médicament concluaient à son inefficacité ou à son danger sans avoir suivi la méthode indiquée par leurs devanciers, ce serait eux qu'il faudrait accuser et non pas l'Ipécacuanha.
Pison (voyez Cullen, Mat. méd. . tome lî, page 477) voulait que l'on donnât 2 gros (8 grammes) de racine d'Ipécacuanha infusée ou bouilHe dans 4 onces (120 grammes) d'eau; il répétait la dose, si besoin était. Ce médecin semblait compter plus spécialement sur l'action purgative du médicament , et cependant il regarde comme utile qu'il provoque en même temps le vomissement. Degner [Dissent, bilios., page 131) donnait aux adultes un demi-gros ou 2 scrupules (2 à 3 grammes, de poudre d'Ipécacuanha. Pringle [Dis. of the army) en donnait un scrupule (1 gramme 30 cent.) et ajoutait pour les malades yigoureux 1 grain ou 2 de tartre stibié. Que si les coliques étaient très-violentes, il donnait 5 grains (25 centigrammes) de cette même poudre toutes les heures, jusqu'à ce que la diarrhée survînt. Hillary [Air and diseases of Barbadoes) donnait 3 grains (15 centigrammes) de trois en trois heures, jusqu'à ce qu'il eût déterminé un effet purgatif. La méthode de Gleghorn {Diseases of Minorca) ne diffère presque pas de celle de Hillary.
Dans la diarrhée simple qui se lie à un état saburral de l'estomac (à l'article général smlsilMédicaiion évacuante , nous nous expliquerons sur ce que nous entendons par là), Tlpécacuanha fait cesser les accidents presque immédiatement. Dans ce cas, on le donne à dose vomitive, 24 grains (1 granune 30 cent.) en quatre prises, en laissant dix minutes d'intervalle entre chaque prise.
Mais dans la diarrhée chronique , lorsque l'on n'a pas lieu de supposer qu'elle soit sous la dépendance de la phthisie tuberculeuse ou d'ulcérations simples de la membrane muqueuse, l'Ipécacuanha se donne à petites doses,
1 grain ou 2 (5 à 10 centigrammes) de deux heures en deux heures, dans un véhicule convenable , de manière à ne provoquer ni vomissements ni évacuations alvines.
MM. Monard frères, médecins dans nos possessions d'Afrique, ont eu l'idée, dans les diarrhées chroniques, d'associer l'Ipécacuanha au calomel et à l'opium. Leur moyen consiste dans l'usage continué pendant quatre ou cinq jours des pilules suivantes, à doses décroissantes : Calomel, 30 centigrammes (6 grains). — Ipécacuanha , 60 centigrammes (12 grains). — Opium gommeux , 10 centigrammes (2 grains). — Faites neuf pilules. — Premier jour, quatre pilules le matin, d'heure en heure; deux le soir. — Deuxième jour, idem. — Troisième et quatrième jour, quatre pilules. — Cinquième jour, deux le matin seulement. — Le traitement dure raremerjt plus de huit jours.
Cesser à cause de la salivation qui survient au bout de quelques jours.
Seconder le soir la médication par une potion opiacée.
Dans la diarrhée des enfants, nous donnons, avec grand avantage, une fois par jour, une poudre composée de 1 centigramme de calomel, 5 centigramnies d'Ipécacuanha, 1 gramme de sucre, et 1 goutte de laudanum de Sydenham.
L'influence de l'Ipécacuanha sur l'appareil respiratoire est fort remarquable. Nous avons connu à Tours et à Saint-Germain-en-Laye deux pharmaciens qui étaient pris d'un accès d'asthme toutes les fois qu'on ouvrait dans leur boutique le flacon renfermant l'Ipécacuanha en poudre. On trouve, dans les Transactions philosophiques abrégées, tome II, page 69, la relation d'un fait absolument semblable. Les lois pathologiques que nous avons établies en traitant de la médication substitutive expliquent jusqu'à un certain point les bons effets de l'Ipécacuanha dans l'asthme nerveux et dans l'asthme humide ; mais quelle que soit l'explication , il faut admettre le fait. Or, l'expérience démontre que dans les catarrhes chroniques accompagnés de symptômes nerveux, l'Ipécacuanha, donné à doses trèsfaibles et très-souvent répétées, favorise l'expectoration et diminue l'oppression : dans l'asthme sec nerveux on fait cesser quelquefois immédiatement l'accès en faisant vomir avec 24 ou 36 grains (1 gramme et demi à
2 grammes) d'Ipécacuanha. Dans la dyspnée habituelle, celle même qui est liée à un emphysème pulmonaire ou à une maladie du cœur peu avancée, l'usage habituel des pastilles d'Ipécacuanha donne du soulagement ,
IPÉCACUANHA. 671
sans qu'il soit possible de l'expliquer par la révulsion sécrétoire exercée sur la membrane muqueuse gastro-intestinale , attendu qu'administré de cette manière Tlpécacuanha constipe plus qu'il ne dévoie.
C'est avec le même avantage qu'on donne cette substance dans le cours de la coqueluche. Pendant le premier mois de cette maladie , il est bon de faire vomir les enfants tous les deux jours avec 8 ou 10 grains (40 à 50 centigrammes) d'ipécacuanha pris en une dose; et plus tard, de petites doses seront utiles. Sans doute par ce moyen on ne fait pas qu'une coqueluche dure quinze jours au lieu de deux mois et demi ou trois mois, mais on fait que les quintes sont moins fréquentes et moins longues , que le poumon s'enflamme plus rarement, et que l'appétit des enfants se soutient et permet l'alimentation, ce qui^ suivant nous, est d'une extrême importance.
Parmi les maladies pour lesquelles on administre l'Ipécacuanha, nous avons signalé ep première ligne la dysenterie. Si contre cette redoutable atfection , la racine du Brésil mérite, à certains égards, le nom de spécifique , il est un autre étal de l'économie dans lequel l'Ipécacuanha n'est pas moins héroïque : nous voulons parler de Vétat puerpéral, ou plutôt des maladies qui compliquent l'état puerpéral.
Dans un pays comme le nôtre , où l'anatomie pathologique a envahi la pathologie, il est assez singulier de vouloir donner une place dans le cadre nosologique à ce que l'on appelle état puerpéral ; mais si singulière que soit cette dénomination, nous sommes forcés de l'adopter faute de mieux, et nos lecteurs seront peut-être disposés à prendre le même parti que nouS;, lorsque nous leur aurons donné quelques explications.
Quoique la grossesse soit un état physiologique , elle n'en apporte pas moins une perturbation profonde dans l'économie. La circulation générale et capillaire, l'influence nerveuse, les actes nutritifs sont modifiés. Au moment de l'accouchement il s'opère un changement subit , accompagné de circonstances qui sont perturbatrices au plus haut degré. Le ventre , dont tous les viscères étaient comprimés , se débarrasse brusquement du produit de la conception, et une circulation facile succède à la gêne considérable que le sang éprouvait dans son cours. Une hémorrhagie très-abondante accompagne toujours l'enfantement; ajoutez à cela l'épuisement causé par de vives souffrances et des efforts prolongés.
Cette réunion de circonstances est déjà suffisante pour mettre l'économie dans un état spécial ordinairement fâcheux. Mais ce n'est pas tout ; le placenta, violemment détaché de la surface utérine , laisse une plaie qui suppure, caries lochies sont une véritable suppuration; d'un autre côté, une fluxion active et fébrile s'établit du côté des mamelles.
Or, nous le demandons, est-il beaucoup de scènes morbides aussi complexes que celle de l'enfantement, et la femme ne se trouve-t-elle pas dans un état tout particulier, état dans lequel elle est accessible à mille causes maladives, état dans lequel elle éprouve une multitude de désordres plus ou moins graves?
Cet étatj nous l'appelons eïa^/)wer/)eVa/, désignant par là l'ensemble des
672 iMÉDICAMENTS ÉVACUANTS.
conditions spéciales dans lesquelles se trouve la femme nouvellement accouchée.
Nous disons que la femme se trouve dans des conditions toutes spéciales^ et cette assertion n'est pas difficile à prouver. Et d'abord l'enfantement, cette cause morbide toute particulière, sufïhait à lui seul pour constituer la spécialité de ïétat puerpéral ; mais si des causes nous descendons aux effets, nous verrons que les influences de Yétat puerpéral sur l'économie sont toutes spéciales elles-mêmes ; et, pour plus de simplicité, ne jugeons la chose que dans l'ordre pathologique. Dans quelles autres conditions de l'économie voit-on une plegmasie de la plèvre, du péritoine, du péricarde, des méninges, passer presque instantanément à la suppuration, et tuer avec une rapidité foudroyante? Dans quelles autres conditions de l'économie voit-on toutes les veines du corps s'enflammer simultanément? Si l'on répond que ces accidents s'observent fort rarement, il est vrai, dans d'autres circonstances que celles de l'enfantement, nous répondrons que ces circonstances si rares prouvent mieux encore la spécialité de Vétat puerpéral , dans lequel les graves accidents que nous venons de signaler sont si déplorablement communs.
Ce qui caractérise surtout l'état puerpéral, c'est la tendance à subir l'influence des causes morbides auxqueUes l'économie eût résisté facilement dans toute autre circonstance.
Or, l'expérience démontre que presque tous les accidents légers qui accompagnent l'état puerpéral sont conjurés par l'Ipécacuanha, et ici nous ne parlons pas d'après l'autorité des livres, mais d'après ce que nous avons vu, d'après ce que nous avons fait. Pendant un grand nombre d'années que nous avons eu à l'Hôtel-Dieu de Paris un service de femmes, où nous recevions un très-grand nombre de femmes en couches, jamais nous n'avons manqué d'administrer l'Ipécacuanha aux femmes malades récemment accouchées , quelle que fût d'ailleurs V affection locale dont elles étaient aiteintes , et jamais, nous pouvons ici V affirmer, nous n'avons vu le moindre accident résidter de cette pratique; et au contraire, dans la plupart des cas , nous avons obtenu ou la guérison ou un notable amendement. Cette méthode , que nous avions vu suivre par Récamier, a été employée à l'Hôtel-Dieu de Paris pendant près de quarante ans par ce praticien recommandabie. Les accidents peu graves qui se lient à l'état puerpéral sont le plus souvent des phlegmasies gastro-intestinales, caractérisées par l'inappétence, l'amertume de la bouche, les nausées, la constipation ou la diarrhée j du côté des organes générateurs, la suppression des lochies, la métrite subaiguë, l'inflammation du tissu ceUulaire de la fosse iliaque; du côté des organes thoraciques, le catarrhe bronchique, la pneumonie subaiguë. Or, il est rare que tous ces désordres ne se dissipent pas ou ne se simpliflent pas d'une manière très -notable après l'administration de 1 gramme 30 centigrammes à 1 gramme 50 centigrammes (24 ou 30 grains) d'Ipécacuanha, pris en quatre ou cinq doses, en laissant entre chaque prise dix minutes d'intervalle. Mais quand il existe une lésion locale fort étendue,
POLYGALA. 673
par exemple, une inflammation des sinus utérins, une phlébite générale, une péritonite grave, une pneumonie très-intense, une méningite, l'îpécacuanha modère souvent mais n'arrête presque jamais les accidents, lors même qu'il a été administré tout à fait au début. Toutefois nous voyons, dans une épidémie de fièvre puerpérale qui régna à l'Hôtel-Dieu de Paris en 1782, Doublet obtenir un succès remarquable en faisant vomir à l'aide de l'Ipécacuanha au début de la maladie, et en répétant ce moyen plusieurs fois dans le cours de l'affection [Ane. Journ. deMéd., tome LVII, pages 448 et 502) j et plus récemment,. Désormeaux constata les heureux effets de cette médication dans une péritonite puerpérale très-meurtrière qui régnait à la Maternité de Paris lorsque le remède était donné alors que les premiers phénomènes morbides se manifestaient.
Les propriétés antidysentériques de Flpécacuanha avaient fait ranger cette racine parmi les astringents, et c'est à tort, suivant nous; on crut alors devoir l'essayer dans le traitement des hémorrhagies. Baglivi appelle i'Ipécacuanha infallibile i^emedium in fluxibus dysentericis aliisque hemorrhagiis; d'autres auteurs, parmi lesquels il faut citer Barbeyrac, Gianella, et surtout Dalberg (Murray, App. med., tome ï, page 822), vantent son efficacité dans la ménorrhagie, l'hémoptysie, le flux immodéré des hémorrhoïdes. Nous l'avons plusieurs fois donné avec succès dans les hémorrhagies utérines, mais surtout dans celles qui se liaient à l'état puerpéral. Nous nous rappelons aussi une femme qui avait presque tous les jours des hémoptysies depuis plus de dix-huit mois. Chez elle tous les moyens connus avaient été vainement essayés; nous lui administrâmes I'Ipécacuanha, et le crachement de sang cessa pendant près de trois mois.
Mode d^ administration et doses. La racine d'Ipécacuanha se donne le plus souvent en poudre, à la dose de 45 centigrammes (3 grains) à 2 grammes et demi (2 scrupules), suivant les âges, suivant l'effet vomitif ou purgatif que l'on veut produire. Pour les enfants, on prépare un sirop d'Ipécacuanha qui contient, par 32 grammes (1 once) la décoction de 90 centigrammes (46 grains) : on le donne aux enfants à la mamelle à la dose de 46 grammes (une demi-once); aux enfants d'un à quatre ans à la dose de 32 grammes (4 once). Une autre préparation fort usitée est celle des pastilles, qui contiennent chacune un quart de grain de poudre d'Ipécacuanha ; on les donne à la dose de 2, 4, 6, 8 par jour.
POLYGALA.
La racine du Polvgala de Virginie, seule Polygalées. Elle croît dans l'Amérique
partie usitée en thérapeutique, provient du sepientriouale , dans la Virginie, la Pensyl-
Folygala Senega, L. ; plante vivace de la vanie, etc. ,
diadelphie oetandrle de Linné, famille des Les racines du Pohjgala poaya du Bre-
sil , et celles du P. glandulosa du Pérou , sont aussi employées comme vomitives et peuvent servir de succédanées à l'ipécacuanha.
Indiquons les caractères les plus tranchés de la racine du Poljgala de Virginie.
Racine de la grosseur d'une plume, toute contournée, remplie d'érainences calleuses, terminée supérieurement par une tubérosilé diirorme; l'écorce est grise, épaisse, comme résineuse; le meditullium ligneux est blanc, cassant; l'odeur du Polygala est nauséeuse ; sa saveur, d'abord fade, devient acre et irritante ; il excite la toux et provoque la salivation.
A l'analyse, M. Quévenne a trouvé: acide polygalique, acide virginéique, acide pectique, acide tannique, matière colorante jaune amère, gomme, albumine, cérine, huile fine, quelques sels.
Cette racine a été aussi analysée par MM. Gelhen, Feneuille, Dulong et Folchi, qui ont obtenu à peu près les mêmes résultats.
Poudre de Polygala.
On emploie la racine sans laisser de résidu.
Tisane de Polygala, Pr. : Racine de Polygala con-
cassées, Eau bouillante.
4 à 8 gram.
100 gram.
Faites infuser pendant deux heures et passez.
L'infusion est bien plus sapide que la décoction , et lui est par conséquent préférable. C'est la préparation presque exclusivement employée.
Sirop de Polygala.
Pr. : Racine de Polygala concassée, 3 part. Eau bouillante, 16 part.
Sucre blanc, q. s.
Faites infuser la racine dans l'eau pendant deux heures, passez et filtrez, ajoutez à la liqueur le double de son poids de sucre blanc, et faites un sirop par simple solution. Chaque once de sirop contient les parties solubles de 1 gramme (20 grains) de racine.
Extrait alcoolique de Polygala.
Pr. : Racine de Polygala, 100 p.
Alcool à 56° centig. (21 Cart.). 350 p.
F. S. A. (Codex).
100 parties de racines mondées, épuisées par l'alcool, ont fourni à M. Soubeiran 59 parties d'extrait de consistance pilulaire.
On prépare aussi des pilules de Polygala d'après la formule suivante :
Pr. : Polygala,
Savon médicinal.
4 gram. (1 gros}.
8 gram. (2 gros).
F. S. A. trente-six pilules à prendre toutes les heures.
Nous avons rangé cette racine à côté de l'ipécacuanha^ bien qu^elIe n'ait été mise parmi les vomitifs par aucun auteur; Cullen seulement, dans sa Matière médicale, la regarde comme uniquement purgative. Nous dirons sur quelles expériences nous nous fondons pour la placer ici.
Ces expériences sont de M. Bretonneau (de Tours), qui a reconnu au Polygala et à l'ipécacuanha des propriétés à peu près identiques , s'il y a identité possible entre deux agents de la matière médicale. Il constata en effet qu'en appliquant sur la peau privée de son épiderme, sur le tissu cellulaire, sur la conjonctive , de la poudre de Polygala, on déterminait sur la partie une violente inflammation , absolument comme avec la poudre d'ipécacuanha ; qu'en faisant avaler cette même poudre aux animaux , il survenait immédiatement des vomissements ; qu'en l'introduisant dans le rectum, dans la vulve , on donnait lieu à une violente phlegmasie de la membrane muqueuse; il vit que , chez l'homme la poudre de Polygala était vomitive comme l'ipécacuanha; que seulement il fallait en donner à peu près trois fois plus pour obtenir des effets semblables.
Si maintenant nous jetons un coup d'œil en arrière , nous verrons que l'expérience de nos devanciers a constaté précisément des propriétés ana-
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logues dans ces deux plantes, à l'exception toutefois des vertus antidysentériques, qui n'ont pas été expérimentées pour le Polygala : celui-ci n'a pas non plus été administré pour combattre les accidents de l'état puerpéral ; mais les propriétés purgatives, pectorales, diurétiques, ont été universellement admises dans le Polygala comme dans l'ipécacuanha ; et , dans les essais que nous avons faits , nous n'avons, à vrai dire, trouvé à la première de ces substances aucune vertu qui la recommandât spécialement. Toutefois , nous indiquerons sommairement ce qu'en ont dit les auteurs qui nous ont précédés.
Tennent, médecin écossais, qui avait exercé plusieurs années dans la Virginie, avait vu les Indiens se servir avec avantage du Polygala pour combattre les accidents causés par la morsure du crotale. Or, comme la mor-sure de ce reptile causait de graves désordres inflammatoires du côté des organes de la respiration , Tennent imagina que dans les maladies aiguës de la poitrine dues aux causes ordinaires , le même moyen réussirait qui réussissait dans un si grave empoisonnement. Il administra donc le Polygala dans les pleuro-pneumonies aiguës , en ayant soin de saigner une fois d'abord. Il avait remarqué que le Polygala faisait vomir et purgeait. Dès que les travaux de Tennent furent connus en France, Lémery, Duhamel, Jussieu , qui n'étaient rien moins que médecins , donnèrent aux idées de Tennent une sanction sans importance à nos yeux; mais Bouvard, Linné, Perceval, Detharting, citèrent aussi des observations qui prouvèrent, sinon que le Polygala était utile dans les pleuro-pneumonies aiguës , du moins qu'il agissait utilement dans les catarrhes chroniques.
Suivant M. Bretonneau, le Polygala a une action spéciale sur la mem-^ brane muqueuse phlogosée des canaux aérifères, dont il augmente et modifie la sécrétion. Un grand nombre d'observations lui ont prouvé qu'immédiatement après l'administration du Polygala donné à doses fractionnées l'expectoration mucoso-puriforme, propre au catarrhe chronique, simple ou compliqué de plithisie pulmonaire tuberculeuse, devenait plus fluide et plus abondante. La suspension de la médication était suivie d'une modification si immédiate en sens inverse, que cette sorte d'influence n'a pu lui laisser aucun doute. C'est particulièrement cette propriété qui l'a déterminé à associer le Polygala au calomel dans le cas de croup, surtout lorsque l'aridité des surfaces muqueuses, indiquée par la sécheresse de la toux, semblait être devenue le principal obstacle à l'expulsion des fausses mem^ branes (Bretonneau, Traité de la Diphthérite, page 241). Déjà, avant M. Bretonneau, Archer, Hardford, Valentin, et d'autres, avaient également préconisé le Polygala dans le traitement du croup; mais comme ces méde-^ cins diagnostiquaient fort mal cette maladie, on ne peut faire aucun fondement sur leurs assertions.
Mode d'administration et doses. Le Polygala s'administre de la même manière que l'ipécacuanha; les doses seules doivent être différentes.
Comme vomitif, on le donne à une dose double ou triple de celle de l'ipécacuanha.
Pour 4000 grammes (2 livres) de tisane, on ne donne guère que 4 à 8 grammes (l à 2 gros) en infusion ou en décoction. Le sirop de Polygala est fort utile pour les enfants et les vieillards atteints de catarrhe.