EUPHORBES
Plus bas, en nous occupant des purgatifs, nous parlerons de plusieurs plantes de la famille de Euphorbiacées, et nous verrons avec quelle énergie quelques-unes d'entre elles sollicitent les évacuations alvines. Il est vrai de dire que ces mêmes médicaments font bien souvent vomir.
Loiseleur-Deslongchamps a voulu constater les propriétés des Euphorbes indigènes. Il a soumis à des expériences comparatives V Euphorbia Gerardiana^ Euphorbe de Gérard; V Euphorbia cyparissias, l'Euphorbe cyprès, et enfin V Euphorbia sylvatica, ou Euphorbe des bois. La poudre des racines de ces plantes, à la dose de 7 décigrammes et demi à 1,2 décigrammes (15 à 24 grains) que Ton prend en deux ou trois fois, à un quart d'heure de distance, suscite plusieurs vomissements et cause fréquemment quelques selles. L'Euphorbe cyprès paraît plus énergique que les 20 grains de sa poudre (Barbier, Mat. méd., tome III, p. 273).
§ 9. — Vomitifs tirés du règne minéral.
TARTRE STIBIÉ.
Voir, pour la matière médicale, l'article Antimoine, chapitre des Médicaments sédatifs et contro-stimulants, tome IL
Le Tartre stibié est le vomitif le plus énergique que possède la matière médicale. A la dose de 1 centigramme, de 2 centigrammes et demi, de 5, de 10, de 15 centigrammes (un quart de grain, un demi-grain, 1, 2 et 3 grains) au plus, il détermine des vomissements plus ou moins abondants, suivant la nature du sujet, suivant la maladie pour laquelle on l'administre. L'effet vomitif s'obtient rapidement : il ne s'écoule ordinairement pas plus de dix minutes entre le premier vomissement et le moment oii le médicament a été administré. Les vomissements se répètent à des inter-
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valles plus ou moins éloignés, selon la dose du médicament, suivant la susceptibilité du malade. Bientôt surviennent quelques coliques; et des garde-robes séreuses, ordinairement peu abondantes, attestent que le sel antimonial a également agi sur les entrailles : toutefois on remarque que l'effet purgatif est d'autant moins prononcé que le vomissement a été plus répété et plus rapidement obtenu, et vice versa, ce qui d'ailleurs se conçoit à merveille.
Le vomissement provoqué par l'émétique s'accompagne de plus d'angoisses, de plus d'efforts que celui qui a été sollicité par l'ipécacuanha par exemple. Toutefois celasouffre quelques exceptions, et il est des personnes qui, au contraire, sont plus laborieusement tourmentées par l'ipécacuanha que par le Tartre stibié.
L'émétique est un irritant topique des plus énergiques; nous l'avons déjà mentionné comme tel; néanmoins nous croyons devoir y revenir ici.
Lorsqu'on met en contact avec la membrane muqueuse de l'œil 5 centigrammes (1 grain) de Tartre stibié, on détermine immédiatement de la rougeur, et bientôt une inflammation tellement vive, que nous avons vu souvent des chiens perdre la vue à la suite d'une application de Tartre stibié. Des accidents inflammatoires tout aussi violents sont produits lorsque le Tartre stibié est mis en contact avec la membrane muqueuse des organes de la génération, de l'oreille, du nez, de la bouche, ou lorsqu'il est déposé sur une plaie.
Nous avons injecté dans les poumons de plusieurs chevaux une solution de Tartre stibié, et toujours nous avons déterminé une violente phlegmasie de la membrane muqueuse et du parenchyme pulmonaire. La même expérience, faite par Schoepfer, a donné lieu aux mêmes accidents.
Les lotions d'eau tenant en dissolution de l'émétique, les frictions avec une pommade qui contient du Tartre stibié, provoquent promptement sur la peau une inflammation pustuleuse dont les thérapeutistes ont tiré un grand parti.
Quand on veut irriter la peau, on se sert de préférence d'une pommade où l'émétique est incorporé à l'axonge ou au cérat, à la dose de 4 à 8 grammes (1 à 2 gros) pour 30 grammes (1 once) de corps gras, et on frictionne la partie sur laquelle on veut appeler l'irritation ; ou bien encore on saupoudre d'une quantité plus ou moins considérable d'émétique, 2 à 4 gros (8 à d 6 grammes) par exemple, un emplâtre quelconque que l'on tient apphqué sur la peau pendant un, deux et même trois jours.
L'éruption déterminée par les frictions stibiées a des caractères tout à fait spéciaux. On aperçoit d'abord de petites pustules éparses et acuminées, sans que la peau intermédiaire participe à l'inflammation;, si l'on cesse la médication, l'inflammation s'anête, et il ne se développe pas de pustules de plus; celles même qui ont commencé à paraître ne prennent de développement que pendant le jour qui suit la cessation des frictions; mais si l'on persévère, bientôt survient une éruption confluente de grosses pustules aplaties, extrêmement douloureuses, et qui se recouvrent promptement de
croûtes brunes qui tombent peu à peu dès qu'on a cessé les frictions, et qui laissent sur la peau des traces aussi indélébiles que celles de la petite vérole la plus érodante.
L'apparition des pustules est plus ou moins tardive : assez ordinairement elle a lieu au bout de deux ou trois jours. L'état actuel du tissu cutané exerce une influence assez notable sur le développement de l'éruption; en effet, on observe qu'elle est plus ou moins prompte et plus ou moins abondante, suivant que le Tartre stibié se trouvera en rapport avec la peau fine et molle d'un enfant et d'une femme, ou bien avec la peau dure et épaisse d'un homme adulte et surtout avec la peau sèche et parcheminée d'un vieillard. Ajoutons que cette éruption peut n'être pas obtenue d'une manière sûre et constante. Ainsi d'après M. J. Guérin, qui a fait des recherches intéressantes sur la médication stibio-dermique, il paraît que certains états morbides apportent parfois un obstacle à la production de ce phénomène. A cet égard, il a émis trois faits importants qu'il a formulés dans les propositions suivantes :
i° Dans une foule de maladies internes, il existe un état delà peau qui la rend réfractaire à l'action pustulante du Tartre stibié dans les points qui correspondent au siège de l'organe malade.
2° Des onctions répétées pendant un temps qui varie de dix à quarante jours ne parviennent pas à produire de pustules dans ce point; toutefois, celles-ci se manifestent autour de la région réfractaire.
3° Malgré l'absence de toute pustulation, des douleurs vives, profondes, qui avaient résisté à toutes sortes de calmants, cèdent tout à coup à l'emploi des onctions stibiées.
Les pustules se développent soit sur le lieu des frictions, soit à l'entour; elles peuvent même quelquefois apparaître loin des parties frictionnées. Autenrieth d'abord, puis M. Bretonneau, ont signalé, à la suite de frictions émétisées, l'apparition de pustules secondaires sur quelques parties de la peau ou des membranes muqueuses, notamment aux parties génitales; ces pustules fugaces se manifestent ordinairement après la dessiccation des pustules locales; rarement elles les précèdent. MM. Delens et Mérat, par exception sans doute, rapportent les avoir vues une fois se développer au quatrième jour des frictions, et avant l'éruption locale, aux parties génitales, ou mieux au pli de la cuisse chez une vieille femme. Autenrieth semble croire (et M. Guérin a soutenu plus récemment cette opinion) que ces pustules, développées à distance, sont dues à l'absorption du médicament, et à une espèce de saturation antimoniale ; mais M. Bretonneau a démontré qu'elles étaient produites par le contact direct du sel antimonial, qui était entraîné par les mouvements du corps, par les vêtements, et le plus souvent par les mains du malade; et il a pu constater l'existence de l'émétique qui s'était mécaniquement accumulé dans le pli des cuisses.
Nous savons que M. J. Guérin s'est efforcé de soutenir par de nouveaux arguments le fait de l'absorption du Tartre stibié par la surface cutanée, et qu'il s'est surtout autorisé de l'apparition de certains phénomènes dy-
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namiques, d'hyposthénisation , qu'il avait eu occasion d'observer chez des individus soumis aux frictions stibiées. Mais M. le docteur Poulet , de Plancher-les-Mines, nous paraît avoir victorieusement réfuté ces arguments.
II objecte d'abord que ces phénomènes dynamiques, et notamment les vomissements, sont excessivement rares, tout à fait exceptionnels à la suite des frictions stibiées, et que par conséquent tout porte à croire que ce sont là des faits de pure coïncidence. II faitobserver ensuite que jamais dans ces cas on n'a fait mention de pustules à l'arrière-gorge , ni rien qui rappelât cette angine stibiée, si commune alors que l'émétique est pris par la bouche. Enfin il insiste sur une dernière preuve qui nous paraît tout à fait décisive contre l'absorption cutanée , dans les cas mêmes où certains phénomènes généraux graves tendraient à la faire supposer, c'est l'absence constante du métal dans les urines. Or chacun sait que si le Tartre stibié a été ingéré dans l'estomac et que l'organisme en renferme la moindre trace, le rein doué d'actions électives spéciales se charge de l'éliminer; et rien de plus facile que d'en constater l'existence dans le liquide urinaire.
Si la peau est dépouillée de son épiderme, ou si les applications stibiées sont faites sur des piqûres de sangsues, en peu d'heures il s'allume une inflammation locale des plus intenses, et il se forme des petites eschares assez profondes.
La rapidité avec laquelle se développe cette inflammation , la véhémence des phénomènes locaux a fait employer cet énergique moyen dans le cas où l'on veut déplacer une maladie viscérale, et porter vers la peau la fluxion que l'on craint de laisser fixée sur un organe important.
C'est surtout dans les maladies chroniques des organes thoraciques, tels que le catarrhe chronique, la coqueluche, la pleurésie, qu'il est utile de développer sur la peau une éruption stibiée considérable.
Quelques médecins ont eu l'idée d'employer dans la fièvre typhoïde les frictions stibiées sur l'abdomen, notamment vers la région iléo-cœcale, dans le point où la lésion dothinenférique existe à son summum. Le moyen a été particulièrement expérimenté par M. le docteur Poulet dans une épidémie de fièvre typhoïde, dont il a publié la relation dans V Union médicale (1857). Comme ce médecin ne croit pas à l'absorption du Tartre stibié par la peau, on comprend qu'il n'a pas l'idée de demander à cette médication une modification générale de l'organisme, pareille à celle qui suit l'ingestion du Tartre stibié à l'intérieur; mais il fait reposer toute sa puissance dans l'éruption pustuleuse, en un mot dans une action topique et révulsive. A l'appui de cette manière de voir, il fait remarquer qu'il a obtenu surtout des succès dans la forme abdominale, et que la condition principale de la réussite était d'employer cette médication à une époque voisine du début de la maladie, avant la formation des altérations matérielles, c'est-à-dire l'inflammation et l'ulcération des follicules, altérations que la médication a pour mission de prévenir et non le pouvoir de combattre une fois formées. L'idée de prévenir ou d'arrêter la lésion folliculaire de l'intestin a été, comme on le sait, la prétention de la plu-
part des médecins, qui ont fait de cette lésion le point de départ et la cause anatomique de la fièvre typhoïde; mais jusqu'à ce jour les faits ne nous paraissent pas plus avoir donné gain de cause à la théorie qu'à la pratique de tous ceux qui ont cru avoir trouvé une méthode thérapeutique capable de faire avorter ou d'enrayer cette pyrexie. A cet égard nous nous permettrons d'ajouter que les résultats obtenus par M. Poulet, résultats que nous ne pouvons discuter ici, sont loin d'être aussi décisifs qu'il est porté à le croire.
Indépendamment de la pommade et de l'emplâtre, il existe encore un moyen de produire des pustules sur la peau avec le Tartre stibié ; ce moyen, trop peu connu et trop peu employé, c'est l'inoculation. L'idée première de ce procédé appartient à M. le docteur Lafargue, de Saint-Émilion. Au moyen d'une piqûre avec la lancette, exactement comme dans l'opération de la vaccine, ce médecin ingénieux démontra qu'on pouvait faire pénétrer dans l'économie un grand nombre de médicaments, et il s'efforça surtout de faire voir tout le parti qu'on pouvait tirer des substances narcotiques, morphine, belladone, etc. Ce mode d'administration qui était une extension ou, si l'on veut, une modification de la méthode endermique, devait, dans l'opinion de son auteur, avoir généralement la préférence sur cette dernière, surtout dans les cas où l'on veut obtenir une action sédative locale, comme dans les névralgies. Mais, malgré quelques inconvénients, la méthode endermique a conservé la supériorité, soit à titre de moyen révulsif, soit comme moyen de faire absorber les médicaments par le derme dénudé. M. Lafargue, dans ses nombreuses expériences, n'avait eu garde d'omettre le Tartre stibié, et il avait reconnu que l'inoculation faite avec une solution très-concentrée de ce sel donne lieu, au bout de quelques minutes, à une papule grosse comme une lentille, qui, vingt-quatre heures après, se change en une pustule semblable à celle de l'acné. De même pour l'inoculation avec le croton tiglium. Il proposait en conséquence de remplacer la pommade d'Autenrieth par l'inoculation stibiée, qui devait avoir pour effet de produire une éruption pustuleuse moins douloureuse, circonscrite à la partie malade, et exactement aussi étendue qu'on le désire, puisqu'elle est nécessairement subordonnée au nombre des piqûres.
Ce mode d'administration du Tartre stibié, qui n'avait pas obtenu grande faveur, a été repris plus tard par le docteur Debourge, de Rollot; et, dans ses mains, cette méthode a reçu une modification importante qui nous paraît de nature à en augmenter l'efïicacité. Au lieu de laisser les pustules produites par l'inoculation se dessécher et se flétrir rapidement, M. Debourge pensa qu'il pouvait être utile, pour remplir certaines indications, d'agrandir ces pustules et de les faire suppurer un certain temps ; or, pour obtenir ce résultat, il imagina le procédé suivant : à l'aide d'un petit pinceau à miniature, ou mieux encore d'une petite spatule, en bois, il applique, dès le lendemain de l'inoculation, sur la petite pustule, soit un peu de pâte stibiée, soit de la solution aqueuse ou huileuse dont on s'est servi primitivement; et cette application, qu'on réitère trois fois dans les vingtquatre heures, doit être continuée pendant deux, trois, quatre, cinq ou
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six jours, suivant l'intensité ou la profondeur qu'on veut communiquer à l'inflammation locale. Dans les cas même où on est pressé d'agir, on peut recouvrir les pustules toutes les deux heures d'une nouvelle petite couche émétisée, de manière à activer leur développement. Il est encore un moyen de les faire progresser plus vite et de leur faire acquérir un volume plus considérable, c'est d'opérer avec la lancette une légère déchirure de l'épiderme qui recouvre les pustules, déchirure qui permet l'introduction dans leur intérieur d'une certaine quantité du sel antimonié. Poui^ éviter d'ailleurs le transport du médicament dans le voisinage et même à des parties éloignées^ il est prudent de recouvrir les pustules d'un disque de taffetas gommé, ou même, au besoin, d'un emplâtre agglutinatif.
Enquatre ou cinq jours l'inoculation stibiée produit des pustules dont le diamètre varie de 1 centimètre 1/2 jusqu'à 3 centimètres, suivant qu'on aura employé la seule piqûre d'inoculation ou qu'on aura eu recours consécutivement aux petites déchirures simples ou multiples, et opérées en divers sens, par exemple en forme d'astérisque.
Quand les pustules stibiées, soumises à ces inoculations successives, sont parvenues à un certain degré de développement, leur coloration est violacée, noirâtre; elles sont entourées d'une auréole rouge plus ou moins foncée; un engorgement inflammatoire très-dur et très-étendu leur sert de base ; en un mot, elles présentent la plupart des caractères du furoncle et même de l'anthrax ; et il y a là un travail de suppuration qui dure un temps assez long, et qui fait par conséquent l'office d'un véritable et profond exutoire. M. Debourge, à qui nous empruntons tous ces détails, résume ainsi les avantages de l'inoculation stibiée, modifiée d'après son procédé : «au moyen de cette inoculation, dit-il, on localise, on dirige à son gré le développement de l'éruption pustuleuse qu'on détermine; on obtient constamment le nombre de pustules que l'on désire; il n'en vient jamais plus qu'on n'en veut; on les place à l'endroit précis où on les juge utiles; on les espace à volonté, en ayant soin toutefois de laisser entre elles un intervalle d'autant plus grand qu'on se propose de les faire grossir davantage; on leur fait acquérir le degré de développement qui paraît nécessaire; on peut avoir des pustules petites, à peu près insignifiantes, ou bien des pustules très-étendues, et constituant de véritables anthrax. »
Il n'est pas douteux que l'inoculation stibiée, surtout pratiquée selon le procédé de M. Debourge, ne doive constituer un très-puissant moyen de révulsion; et l'auteur, qui l'a beaucoup expérimenté, cite à l'appui de son efficacité un certain nombre de faits de guérison. Sans doute tous ces faits' ne sont pas également concluants, mais on ne peut contester que dans quelques cas, et notamment dans un cas de gastralgie avec vomissements réfractaires, dans une sciatique très-douloureuse, et peut-être même dans un cas de névralgie du cœur s'accompagnant de quelques phénomènes d'angine de poitrine, la production de dix à douze pustules plus ou moins larges, loco dolenti, n'ait eu à revendiquer une très-grande part dans la guérison qui suivit d'assez près l'emploi de cette médication.
Parmi les indications assez nombreuses que l'inoculation stibiée peut être appelée à remplir et que signale l'auteur, nous noterons particulièrement son application aux tumeurs érectiles, aux nxvi materni, et autres excroissances cutanées. Dans ces cas, l'inoculation stibiée viendrait remplacer avantageusement l'inoculation vaccinale chez les individus qui auraient été vaccinés. — Malgré quelques avantages réels, il nous serait facile de signaler un certain nombre d'inconvénients attachés au procédé de l'inoculation stibiée, inconvénients tels que les autres moyens de révulsion le plus généralement usités, conserveront toujours la prééminence, en raison de leur plus grande commodité d'application; mais nous n'en devons pas moins reconnaître que ce nouveau mode d'administration du Tartre stibié constitue un procédé de révulsion qui doit légitimement trouver sa place à côté de ceux qui chaque jour rendent tant de services à la thérapeutique, tels que les vésicatoires, les cautères, les moxas, la cautérisation au fer rouge, etc. ; et de plus, il est même facile de prévoir qu'il pourra se présenter telles circonstances où l'inoculation stibiée, surtout telle que l'a modifiée le docteur Debourge, devra trouver son indication spéciale et obtenir la préférence sur les autres moyens analogues.
Nous ne terminerons pas ce que nous avons à dire du Tartre stibié, en tant que substance irritante , sans parler d'une application que nous avons faite pour rappeler les hémorrhoïdes supprimées , ou pour en faire naître quand il n'en existe pas.
Nous avons publié dans le Journal des Connaissances médico-chirurgicales , 3* année, 1836, une courte notice sur ce point important de thérapeutique.
Nous faisons placer, un, deux ou trois jours de suite, dans le rectum des malades, un suppositoire composé de 4 grammes (1 gros) de beurre de cacao, auquel on incorpore 15, 20, et même jusqu'à 30 centigrammes (3, k, 6 grains) d'émétique. Ce suppositoire fond rapidement, et l'action du Tartre stibié détermine une fluxion à la suite de laquelle les tumeurs hémorrhoïdales reparaissent souvent. Il est rare qu'il soit nécessaire de recourir à ce moyen trois jours de suite.
Que si le contact de l'émétique avec toutes les parties accessibles à la vue cause une inflammation violente , il est naturel de penser qu'il en est de même pour tous les tissus contenus dans les cavités splanchniques : l'autopsie a démontré en effet que la membrane muqueuse gastro-intestinale était, comme tous les autres tissus, vivement irritée par le Tartre stibié.
On peut donc poser en thèse générale que le Tartre stibié exerce sur tous les tissus sur lesquels il est appliqué une action irritante fort énergique. Mais cette action locale est elle-même singulièrement modifiée par des circonstances que nous allons essayer d'apprécier.
Si la partie sur laquelle est appliqué l'émétique est disposée de telle manière que l'agent toxique ne puisse être entraîné au dehors ou déplacé, alors les phénomènes locaux atteignent leur summum d'intensité ; ainsi , lorsqu'on incorpore à un corps emplastique une grande quantité de Tartre stibié que l'on tient appliquée sur la peau, l'inflammation est excessive et
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va quelquefois jusqu'à la gangrène; le même phénomène s^observe quand l'émétiqueest déposé dans le conduit auditif externe , sous les paupières, dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans les cellules bronchiques; mais s'il est ingéré, on conçoit qu'il cause bien moins d'accidents locaux, parce que, d'une part, il est en grande partie vomi ; en second lieu , il parcourt rapidement tout le trajet de l'intestin, et conséquemment de faibles quantités sont en contact avec le même point ; en troisième heu , les garderobes entraînent la plus grande partie de ce qui est resté, et d'ailleurs la force assimilatrice des organes digestifs tend à neutraliser l'action irritante d'une certaine quantité de l'émétique. Il y a plus , cette force digestive et assimilante est telle, dans certaines circonstances, que des doses énormes de Tartre stibié, d6 grammes (une demi-once) par exemple, peuvent être données plusieurs jours de>suite à un malade sans qu'il survienne de désordre appréciable dans la membrane muqueuse gastro-intestinale. Ce sont ces faits, si bien constatés aujourd'hui, qui ont permis à plusieurs toxicologistes de douter si le Tartre stibié pouvait jamais causer immédiatement la mort de l'homme. L'observation rapportée par le docteur Caron (d'Annecy) [Journal général de Médecine, janvier 18 M); celles de M. Barbier (d'Amiens) et de M. Serres, citées dans la Toxicologie de M. Orfila (tome I, p. 374 et suiv.), et celle qui est relatée AsmslQ Journal général de Médecine (mai 1825), démontrent, en effet, que l'émétique donné à une dose trèsconsidérable peut déterminer des accidents immédiats fort graves, mais que peu de temps suffit pour les faire cesser. Quant au fait curieux rapporté par M. Récaniier, et cité également par M. Oriila , il n'infirme en rien les conclusions que l'on peut tirer des précédents; car il est fort douteux que la maladie cérébrale, qui a terminé les jours du malade, ait été causée nécessairement par l'émétique. Toutefois il est incontestable que, dans certaines conditions morbides, une dose minime de Tartre stibié peut causer la mort; mais la même chose peut se dire de tout agent thérapeutique. Lorsqu'on étudie l'action toxique des divers poisons, il faut la considérer non pas dans ses effets possibles, mais bien dans ses effets ordinaires sur un animal ou sur un homme supposé sain.
Si l'on résume les observations que nous avons citées tout à l'heure , une forte dose de Tartre stibié , de 1 à 30 grammes (20 grains à 1 once), peut produire les accidents suivants : vomissements violents , resserrenient spasmodique de l'œsophage et du pharynx, soif ardente; vives douleurs de l'estomac et de tout le ventre; diarrhée bilieuse, spumeuse, ensanglantée; ténesme, suppression d'urines; tendance à la syncope, syncope; faiblesse; intermittence, inégalité du pouls; refroidissement de la peau, crampes dans les muscles des membres. Ces symptômes, comme on le voit, n'ont rien de spécial, et ne diffèrent en aucune manière de ceux qui sont produits par la plupart des poisons irritants.
Chez les animaux, l'empoisonnement par le Tartre stibié cause des accidents plus graves que chez l'homme : Magendie a fait périr des chiens avec une dose de 20 à 40 centigrammes (4 à 8 grains) d'émétique; mais il
avait lié Fœsophage après avoir injecté le Tartre stibié : ces animaux sont morts deux ou trois heures après l'introduction du sel dans l'estomac. Les chiens, au contraire, qui ont pu se débarrasser de l'émétique, ont pris jusqu'à 4 grammes (l gros) sans en éprouver la plupart du temps aucun mauvais effet; lorsque la dose a été portée à 30 grammes (1 once) on en a vu périr au bout de quelques heures Ou de quelques jours, et d'autres fois cette forte dose n'a occasionné aucun accident.
Lésions organiques trouvées après la mort dans l'empoisonnement par le Tartre stibié. — Les traces que laisse le Tartre stibié sur l'homme n'ont jamais été constatées que lorsque cet agent toxique a été administré comme médicament à des malades qui ont succombé. Une inflammation de l'estomac et de l'intestin est la seule chose que l'on ait trouvée ; nous avons vu dans l'estomac des ulcérations assez larges et une légère hémorrhagie. C'est surtout chez les animaux que ces lésions ont été étudiées. Magendie a essayé de prouver que la mort était causée par l'inflammation secondaire que le poison cause dans les poumons : soit que le Tartre stibié eût été injecté dans l'estomac, soit qu'on l'eût déposé sur une plaie ou sur toute autre surface absorbante, soit qu'on l'eût injecté dans les veines, il causait toujours l'inflammation des poumons et de la tunique villeuse des intestins. 11 y a plus: en injectant dans les veines une plus grande quantité d'émétique, il déterminait rapidement la mort; et dans ce cas le canal intestinal n'offrait aucune altération, mais les poumons étaient toujours gorgés de sang.
Magendie aurait-il été trompé par des colorations cadavériques de la membrane muqueuse des chiens sur lesquels il expérimentait? Aurait-il pris pour des traces d'inflammation ce qui n'était que l'effet de la stase toute mécanique du sang dans les poumons ? On serait tenté de répondre affirmativement en considérant, d'une part , que , chez les chiens surtout , la coloration de la membrane muqueuse peut varier du rose pâle au violet foncé, par le seul fait de la stase cadavérique du sang, et que les modifitions du même genre peuvent se passer dans les poumons. D'un autre côté , on est confirmé dans cette idée en voyant que le docteur Champbell {Dissertât, inaugural, de Veneris minerai., Édimb., 4813, p. 23) trouva les poumons sains chez un chat qu'il avait fait périr en apphquant sur une blessure qu'il lui avait faite 25 centigrammes (5 grains) de Tartre stibié; et les expériences de MM. Rayer et Bonnet, tentées sur des lapins, n'ont pas permis de constater une seule fois la lésion pulmonaire dont parle Magendie. Quant à l'inflammation de l'intestin, ils ont pu l'apprécier; cependant, dans le cas où la mort survenait promptement, ils n'ont pu trouver aucune trace de son action. (Rayer, Dict. de Méd. et de Chirur. pratiq., t. III, p. 69.)
Traitement de V empoisonnement par le tartrate de potasse antimonié. — Si le vomissement n'a point encore eu lieu avant l'arrivée du médecin, celui-ci fera prendre immédiatement une grande quantité d'eau tiède, et il exercera des titillations sur la luette. On fait en même temps préparer de îa poudre de quinquina ou de toute autre écorce, etc.; la décoction décos