VIOLETTE
THERAPEUTIQUE.
Les racines des diverses espèces de Violettes jouissent de propriétés à peu près identiques; aussi nous nous contenterons de parler de celles de la Violette odorante.
Les racines de la Violette odorante ressemblent singulièrement à celles de l'ipécacuanha , et cette ressemblance physique s'étend jusqu'aux propriétés intimes.
Les expériences de M. Bretonneau ont démontré que la poudre de racines de Violette , appliquée topiquement sur la peau dénudée et sur les membranes muqueuses, donnait lieu exactement aux mêmes accidents que la poudre d'ipécacuanha et de polygala.
Déjà Linné avait indiqué ces racines comme succédanées de l'ipécacuanha; mais les expériences de Cosle et Willemet {Mat. méd. indig., page 6) démontrent que la poudre de racines de Violette à la dose de 2 grammes (un demi-gros) avait donné lieu à un vomissement et à trois déjections alvines ; que de 3 grammes à 4 grammes (2 scrupules à 1 gros) on obtenait jusqu'à six vomissements.
Ils pensèrent donc que la racine de Violette pouvait être avantageusement conseillée comme émétique succédané de l'ipécacuanha; et même ils lui reconnurent aussi des propriétés antidysentériques, point de ressemblance déplus avec la racine du Brésil.
Il est bien probable que les idées de Coste et Willemet sont fondées ; car une analyse chimique récente a démontré dans la racine de Violette un alcaloïde analogue à l'émétine que Boullay propose de nommer émétine indigène {Mém. de l'Acad. roy. de méd., tome I, page ^l?).
Les racines de la Pensée ( Viola tyncolor), Pensée sauvage, jacée, jouissent de propriétés vomitives analogues à celles de la Violette odorante. L'infusion de la plante tout entière, au dire de Bergius {Mat. méd., page 709), purge et fait quelquefois vomir : l'herbe sèche est un purgatif très-doux pour les enfants; on la donne alors en décoction à la dose de 16 grammes (une demi-once) pour une livre d'eau.
Nous ne savons si des propriétés que nous venons d'indiquer ici dérivent celles qui ont été attribuées à cette plante depuis plusieurs siècles, La Pensée sauvage passe en effet pour un des plus puissants dépuratifs que possède la matière médicale.
On peut lire dans Matthiole {Comm. in Dioscorid.., page 822), dans Fush [Hist. siirp., page 804) dans Bauhin {Hist. plant., iome III, page 547), ce que ces auteurs racontent de l'efficacité des feuilles et des tiges de Pensée sauvage dans le traitement des maladies cutanées chroniques.
Toutefois cette plante semblait oubliée , lorsque Starck {De Crustâ infantum ejusque remédia. Francof. ad Mœn., i779) reprit une série d'expériences sur cette plante, et démontra qu'ehe avait une efficacité remarquable dans les affections de la peau : il la prescrivait surtout dans les affections dites lai-
ieuses des enfants, que Ton comprend, dans le langage vulgaire, sous la dénomination générique de gourme, et qui sont tantôt un impétigo, tantôt un eczéma, plus rarement un lichen, tantôt enfin un véritable favits.
On peut lire dans Murray {App. med., tome I, page 789) la nombreuse liste des médecins qui ont eu à se louer de l'emploi de la Pensée sauvage dans le traitement de la croûte laiteuse des enfants. Les exemples ne manquent pas non plus qui prouvent l'action curative de cette plante dans le traitement des affections diverses du cuir chevelu des enfants et des adolescents.
Une observation qui a été faite par la plupart des auteurs qui ont écrit sur ce point important de thérapeutique, c'est que la maladie cutanée prend un accroissement notable au début du traitement ; on remarque encore que l'urine acquiert chez beaucoup de malades une fétidité extrême, soit que la crise s'opère par les voies urinaires, soit que la Pensée donne à l'urine une odeur fétide, comme nous voyons la térébenthine communiquer à cette sécrétion l'odeur de la Violette.
Haase {Disert, de Viola tricolor. Erlang., 1782), qui a parlé avec un enthousiasme peut-être un peu irréfléchi de la Pensée sauvage, et qui lui rend un témoignage si solennel pour le traitement des diverses maladies dont nous venons de parler, la regarde encore comme le meilleur moyen à opposer aux dartres en général, c'est-à-dire à toute cette cohorte de maladies de la peau auxquelles les dermatologistes modernes ont imposé des dénominations si diverses.
Mais à côté de ces admirateurs de la Pensée sauvage il se trouve quelques médecins qui ne lui reconnaissent que peu de propriétés curatives, d'autres même qui les lui refusent entièrement, soit que réellement il y ait eu beaucoup d'exagération dans les dires des uns, soit que les autres n'aient pas expérimenté avec tout le soin et la patience désirables.
Toutefois Murray {App. med., tome I, page 792) apporte dans la balance son imposante autorité, et déclare avoir lui-même constaté l'utilité de la Pensée sauvage dans les circonstances indiquées par les auteurs que nous venons de citer.
Ajoutons qu'on a encore étendu l'emploi de ce remède au rhumatisme chronique, à la vérole constitutionnelle, enfin à toutes les maladies organiques où l'usage des dépuratifs est indiqué. (Murray, loco cit., page 793.)
Mode d'administration et doses. Starck faisait prendre aux enfants la Pensée sauvage bouillie dans du lait; il n'a pas dit à quelle dose. Wendt conseillait une poigne d'herbe pour 1 kil. (2 livres) de lait. Murray {loco cit.) prescrit pour un enfant d'un an 8 grammes (2 gros) pour 192 grammes (6 onces) d'eau que Ton fait réduire considérablement par l'ébuUition; puis on ajoute dans du lait, que l'on fait encore bouillir, la quantité que l'enfant devra boire dans la journée. On fait des bouillies, des potages avec cette décoction laiteuse. On fait aussi des apozèmes avec 32 grammes (1 once) de Pensée sèche ou une poignée de Pensée fraîche pour 1 kilogramme (2 livres) d'eau que l'on fait réduire à 250 grammes (8 onces). Pour aro-
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matîser cette décoction^ on la jette encore bouillante sur des semences d'anis, de coriandre ou de fenouil. On peut donner encore la poudre à la dose de 8 à 16 grammes (2 à 4 gros) par jour, mêlée à du miel; l'extrait à la dose de 4, 8 et même 46 grammes (1, 2 et 4 gros); enfin le suc de la plante fraîche se prescrit à la dose de 125, 192, 250 grammes {Aj S, 8 onces) par jour.
ASARUM.
La racine d'Asarum {radix Asari) em- huile grasse très-âcre, une matière brune
ployée en médecine, appartient à O s arwm acre et nauséeuse, soluble dans l'eau; de la
europœum) L.; plante Tivace de la famille fécule, du nitrate et du malate de chaux
des Aristolochiées , gynandrie monogynie {Journal de Pharm., t. VI . p. 561).
de Linné. Elle croît dans les environs de' Cette racine, d'après- Cullen, M. Coste et
Paris, mais surtout dans les lieux ombra- Willemet, Loiseleur-Deslongchamps, peut
gés des Alpes et du Midi de la France. remplacer l'ipécacuanha comme vomitif, à
Voici les caractères de cette racine ; la dose de 1 à 2 grammes f 18 à 36 grains).
Elle est grise, de la grosseur d'une plume. Elle est surtout employée comme sternuta-
quadrangulaire, contournée et marquée de toire.
distance en distance de nodosités, d'où par- Disons aussi qu'elle entre dans la poudre
tant des radicules blanchâtres. Sa saveur de Saint-Ange.
est poivrée, son odeur forte, surtout lors- On confond souvent dans le commerce la
qu'on écrase le chevelu de cette racine en- racine d'Asarum avec celle d'une autre
tre les doigts. plante nommée asarine , antirrhium asa-
Les feuilles et les racines sont les seules rina , L., de la famille naturelle des Antir-
parties usitées. . rhinées de Jussieu.
MM. Lassaigne et Feneuille ont retiré de La racine d'Asarum est employée en poula racine d'Asarum : une huile volatile, une dre et en infusion.
La racine et les feuilles du Cabaret ont des propriétés irritantes fort énergiques; mises en contact avec la peau privée de son épiderme ou avec une membrane muqueuse, elles causent une inflammation locale très-vive, exactement de même que le polygala, l'ipécacuanha et la violette. Aussi, comme les poudres de ces trois dernières plantes, fait-il un excellent sternutatoire et est-il employé souvent dans ce but.
Avant la découverte de l'émétique et de l'ipécacuanha, la poudre de Cabaret était le vomitif le plus ordinairement employé. Linné a constaté que des feuilles d'Asarum réduites en poudre très-fine avaient des propriétés vomitives plus énergiques que l'ipécacuanha, ce qui a été confirmé par Loiseleur-Deslongchamps.
Comme on le suppose aisément, l'Asarum purge en même temps qu'il fait vomir.
On ne trouve dans les auteurs de matière médicale rien de spécial sur les propriétés de l'Asarum, si ce n'est qu'il a souvent été employé dans un but coupable comme abortif.
Les feuilles et la racine de Cabaret servent à composer une poudre ster-
nutatoire qui excite très-violemment la membrane muqueuse olfactive, et qui a été employée contre des céphalées opiniâtres, et pour rappeler vers les narines un flux habituel dont la disparition coïncidait avec le développement d'une maladie nouvelle. On l'a même employé comme topique irritant du conduit auditif externe pour guérir la surdité.
Comme vomitif, la poudre des feuilles se donne à la dose de 6 décigrammes à 1,2 décigrammes (12 à 24 grains); en infusion on prescrit TAsarum à la dose de 4 grammes (1 gros) dans 250 grammes (une demilivre) d'eau; cette infusion fait vomir et purge.