L'ALOËS
cation > non-seulement , disent les auteurs , on rappelle la congestion hémorrhoïdale^ comme nous l'avons dit plus haut, mais on peut encore la faire naître. Toutefois, il n'est pas toujours facile d'obtenir ce dernier résultat. Nous avouons que nous avons bien souvent cherché à l'obtenir, et que nos efforts ont toujours été inutiles. Nous avons pu , il est vrai, dans un certain nombre de cas , causer une vive irritation de l'extrémité de l'intestin , une pesanteur incommode dans le bas-ventre , quelquefois même un écoulement de sang assez abondant par les vaisseaux hémorrhoïdaux : mais nous ne pouvions développer de véritables tumeurs hémorrhoïdales, à moins pourtant que les malades n'en eussent eu auparavant. Nous ne. contestons pourtant pas les faits nombreux rapportés par les auteurs les plus graves, seulement nous inclinons à penser qu'ils n'ont pas toujours assez soigneusement distingué une fluxion passagère des vaisseaux du rectum d'une fluxion hémorrhoïdale proprement dite; et, d'un autre côté, nous reconnaissons que des irritations même passagères de l'extrémité de l'intestin amènent à la longue et presque nécessairement les hémorrhoïdes, comme on le voit chez les cavaliers, chez les calculeux, chez les gens habituellement constipés , etc. Les suppositoires stibiés sont beaucoup plus sûrs dans leurs effets, et rappellent souvent les hémorrhoïdes.
Nous avons dit plus haut qu'on ne pouvait continuer longtemps chez les femmes l'usage de l'Aloès sans qu'il survînt des douleurs de reins et un sentiment de pesanteur incommode dans la matrice. Cette observation , qu'il est si facile de constater, a conduit les médecins à prescrire ce médicament dans le cas où les règles tardent à paraître , ou quand elles ne coulent pas avec assez d'abondance. Chez les filles chlorotiques on tire un grand parti de l'association d'une très-faible dose d'Aloès avec une proportion considérable de fer; mais si dans l'âge où l'écoulement des règles est une condition de bonne santé, il est convenable d'appeler vers l'utérus une fluxion sanguine, ce n'est jamais sans un grand péril, dit Fothergill [Med. observ. and inquines, tom. V, pag. 173), que l'on donne l'Aloès dans le même but aux femmes parvenues à l'âge où les fonctions de la matrice viennent de cesser. L'usage de ce médicament donne lieu chez elles à des métrorrhagies et à diverses affections graves du rectum ou des organes génito-urinaires.
Ce que nous venons de dire fait aisément concevoir les inconvénients que l'usage continu de l'Aloès pourrait avoir chez les femmes enceintes , chez les calculeux, chez les gens tourmentés ou de rétention d'urine ou de catarrhe de la vessie.
Du reste , la facilité que trouve le thérapeutîste à provoquer ainsi vers les organes contenus dans le petit bassin une irritation vive et passagère, rend chaque jour des services bien précieux lorsque l'qn veut combattre des maladies de l'encéphale et de la poitrine , qui , bien que graves , ne s'accompagnent pas de profondes lésions de tissu. Nous avons vu, à Charenton, Esquirol modifier avantageusemeût, par ce moyen, d'anciennes dispositions aux congestions cérébrales; Olivier (d'Angers) en a I. Zi5
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obtenu aussi de très-bons effets dans le traitement de certaines paraplégies. Nous avons pu de même guérir des céphalées que les traitements généraux et locaux les plus énergiques n'avaient pas diminuées. La même médication nous a été encore d'un grand secours pour combattre chez les jeunes gens, et surtout chez les femmes, ces congestions pulmonaires qui sont si souvent Toccasion du développement des tubercules.
L'Aloès n'est pas non plus sans action contre les diverses maladies de l'appareil digestif. Tous les observateurs sont d'accord en cela qu'il stimule les fonctions digestives lorsqu'il est pris pendant le repas et à petite dose, pourvu toutefois qu'il n'existe pas de phlegmasie de l'estomac. Est-ce en stimulant directement la surface de l'intestin ? est-ce en débarrassant mécaniquement le canal ahmentaire des matières excrémentitiellesavec lesquelles il est en contact? ou plutôt serait-ce en provoquant une sécrétion plus abondante ou toute spéciale du foie, comme le veut le docteur Wedekind? Ce praticien, à qui nous devons de curieuses observations sur l'Aloès, soutient que cette substance n'agit pas directement sur les intestins , mais qu'elle est absorbée , et qu'elle va stimuler d'une manière particulière le foie , dont elle augmente la sécrétion. Il voit des preuves de son opinion dans la lenteur de ses effets, dans la nature descelles, qui sont toutes bilieuses et d'une odeur spéciale , et dans ce que , pris en lavement, l'Aloès n'irrite pas plus que l'eau tiède, et purge cependant huit ou dix heures après , lorsque son effet sur le foie a eu lieu [Bulletin des Se. Méd. de Ferrussac, tome XII, p. 79). D'après cette opinion sur le mode d'action de l'Aloès , Guillemin eut l'idée d'employer ce médicament dans le traitement du choléra épidémique, dans lequel la sécrétion de la bile paraît suspendue, et qui semble s'amender lorsque les déjections commencent à se colorer. Quelques essais furent tentés et parurent avoir du succès; mais leur petit nombre s'oppose à ce qji'on puisse en rien conclure. Il paraît cependant qu'aux Indes et en Polqgne des préparations dans lesquelles entre l'Aloès sont employées utilement dans les cas de choléra-morbus (Guillemin , Considérations sur l'Amertume des végétaux. Thèses de Paris, 1832, n° 241).
L'extrême amertume de l'Aloès l'a fait considérer comme fébrifuge et anthelmintique. Ses propriétés fébrifuges ne sont plus guère admises par personne; mais des praticiens soutiennent encore aujourd'hui que cette substance est une des plus puissantes que possède la matière médicale pour tuer et expulser les vers , soit qu'on applique sur le ventre des cataplasmes faits avec le suc frais de la plante, comme le veut Thomas de Salisbury, soit qu'on l'administre en pilules ou en potions. Cependant Crantz [Mat. méd. et chir., t. IL p. 61 J et Murray (Appar. med., t. V, p. 254) s'élèvent contre cette opinion, se fondant sur l'expérience de Redi, De Animalculis vivis in animal, vivis , p. 156), qui a vu vivre des lombrics pendant quatre jours dans une solution très-amère d'Aloès. Mais comment ces trois savants auteurs n'ont-ils pas compris que si l'Aloès lui-même ne pouvait pas être considéré comme un venin pour les vers intestinaux, ces entozoaires pou-
COLOQUINTE, ÉLATÉRIUM, BRYONE. 707
vaient être entraînés par les sécrétions que provoque l'Aloès dans la cavité du tube digestif?
L'Aloès était autrefois employé par les chirurgiens dans un grand nombre de circonstances; il est à regretter qu'on ait laissé aux vétérinaires l'usage exclusif d'un médicament externe dont ils ont tant à se louer : peut-être y reviendra-t-on un jour. Aujourd'hui on l'emploie simplement dans des collyres , et l'on s'en sert pour aviver des ulcères sordides ou des trajets fistuleux.
Doses et mode d'administration de l'Aloès. — Lorsque l'on veut produire un effet purgatif énergique, l'Aloès se donne à la dose de 50 centigrammes à 2 grammes (10 grains à un demi-gros) : on en fait rarement usage dans ce but, à moins qu'on ne veuille en même temps provoquer l'expulsion des vers intestinaux.
Mais lorsque l'intention du médecin est seulement de régulariser les garde-robes et de déterminer une fluxion sanguine vers les organes contenus dans le petit bassin, il est inutile de dépasser les doses que nous avons indiquées plus haut.
Nous sommes dans l'habitude de faire prendre l'Aloès au commenceinent des repas; par ce moyen on évite plus sûrement les coliques; mais chez beaucoup de personnes, l'effet purgatif se fait sentir au bout de six, huit ou dix heures, ce qui les dérange de leur sommeil : dans ce cas , les malades prendront l'Aloès au moment de se coucher, trois ou quatre heures après le repas du soir. Il est utile de revêtir d'une feuille d'or ou d'argent les pilules aloétiques, lorsque l'on veut qu'elles produisent leur effet un peu plus tard : cette précaution est indispensable lorsqu'on fait prendre au moment du repas les préparations aloétiques; en la négligeant, on risque de causer des indigestions , qui , pour n'avoir ordinairement rien de grave, n'en doivent pas moins être évitées.
Il est impossible d'indiquer ici d'une manière précise la dose des élixirs divers et des pilules aloétiques dont la formule se trouve dans toutes les pharmacopées : c'est au médecin de commencer par des quantités faibles d'abord, et de régler sa médication sur la susceptibilité individuelle de ses malades. Cependant on peut dire d'une manière générale que l'association de l'Aloès avec l'alcool rend cette substance beaucoup moins purgative; de sorte que l'on doit donner une dose d élixir ou de teinture qui contienne deux fois plus d'Aloès pour produire le même effet que l'on aurait obtenu avec une dose moitié moindre, si le médicament eût été administré en substance ou dans tout autre véhicule que l'alcooL
FAMILLE DES GUCURBITACÉES,
La famille des CucurWtacées possède plu- sont : la Coloquinte, VÉlatériutn et la sieurs plantes purgatives. Les principales Bryone.
Caractères botaniques des Cucuriitacées.
Plantes herbacées sarmenteuses, grimpantes, à tige ronde, à feuilles alternes, munies d'une vVille à leur aisselle. Fleurs monoïques ou dioïques,rarementhermaphrodites; calice adhérent, à 5 divisions; corolle à 5 divisions, soudée avec le calice, — Fleurs mâles : 5 étamines, dont les filets sont souvent poiyadelphes; anthères oblongues à 1 loge, attachées au sommet des filets. — Fleurs femelles : 1 ovaire adhérent, plusieurs styles ou plusieurs stigmates; fruit charnu nommépe'pomde, à une ou plusieurs loges polyspermes; graines horizontales, attachées par de longs filets dans l'angle des cloisons.