COLOQUINTE
La Coloquinte est la partie charnue de la péponide du Cucumis Coloctjnthis. Coloquinte, plante originaire de l'Orient, et appartenant à la famille que nous venons de décrire.
Le fruit delà Coloquinte est une sorte de baie ayant la forme et la grosseur d'une orange. Il est composé d'une écorce dure, mince, luisante, jaune et verdâtre ; la pulpe (seule partie usitée) est assez sèche, et renferme dans ses cellules un grand nombre de semences aplaties, jaunâtres.
Ce fruit, qui est d'une amertume excessive, nous arrive tout écorcé de l'Espagne et des îles de l'Archipel. Il est employé en médecine comme un purgatif drastique trèsactif.
D'après l'analyse de Meisner, la Coloquinte contient : huile grasse, résine amère, amer {colocynthine) extractif, gomme, acide pectique, extrait gommeux, sels.
Poudre de Coloquinte.
On enlève les semences de la Coloquinte, et on fait sécher la chair à l'étuve. On la pile ensuite dans un tamis de soie.
Extrait de Coloquinte.
Pr. : Chair de Coloquinte q. v.
On fait macérer la Coloquinte dans l'eau froide, on passe avec expression, et l'on évapore en consistance d'extrait. Cet extrait est d'un jaune brun, sans odeur, mais d'une saveur excessivement amère.
Vin de Coloquinte.
Pr. : Coloquinte incisée, 28gram.
Alcool à 56» (21° Cart.), 64 gram. Vin blanc généreux, 9i0 gram.
On fait macérer la Coloquinte pendant vingt-quatre heures dans l'alcool; on ajoute le vin, et après huit jours de macération, on passe avec expression et l'on filtre.
Chaque 30 grammes (1 once) de vin contient la substance de 55 tcntigrammes (11 grains) de Coloquinte.
On prépare aussi avec la Coloquinte une pommade purgative avec 4 grammes de Coloquinte pour 32 grammes d'axonge.
VÉlatérium est un suc que l'on extrait du Momordica elaterium, L., concombre sauvage, concombre d'âne, plante cucurbitacéedu Midi de la France. Ce fruitestgros comme la moitié du pouce, de forme olivaire, et garni de' piquants; il est vert d'abord , mais jaunit en mûrissant. Le suc qu'on en extrait est vert noirâtre ou blanc grisâtre, sec, friable, d'une saveur trèsamère.
Suivant MM. Braconnot et Paris, le suc d'Élatérium contient une substance particulière à laquelle ils ont donné le nom d'elatine. Déjà avant ces deux chimistes, M. Morrus l'avait décrite sous le nom d'élatérine. Elle est hlanche, amère et styptique, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et Téther, fusible un peu au-dessous de 100°.
Extrait d'Élatérium.
Pr. : Fruits mûrs d'Elatérium, q. v.
Écrasez les fruits, enlevez les semences, pilez la chair, et exprimez le suc; faites-le clarifier à chaud, et évaporez en consistance d'extrait.
BRYONE.
La Bryone, Bryonia dioica, Jacq. , Bryonia alba (vulgairement couleuvrée, Bryone blanche, navet du diable), appartient aussi à la famille des Cucurbitacées, monoécie syngénébie de Linné.
Caractères génériques. — Fleurs mâles :
Calice à 5 dents, corolle à 5 divisions, 5 étamines, dont une seule libre, les quatre autres réunies deux à deux par les filets et les anthères. Fleurs femelles : Calice et corolle sembables, style trifide, baie lisse, globuleuse, polysperme.
Caractères spécifiques. Feuilles palmées , calleuses et rudes des deux côtés.
Cette plante, originaire du nord de l'Europe, croit le long des haies ; sa racine seule estemiiloyéeà l'état frais; elle estde;la grosseur du bras, quelquefois plus grosse, d'un blanc jaunâtie, d'une odeur nauséeuse, d'une saveur acre et caustique, sèche, elle est blanc grisâtre à l'intérieur, coupée en rouelle, offrant des stries concentriques trèsmarquées.
Analyse. D'après M. Dulong d'Astafort, cette racine contient : résine, fécule, gomme, principe très-amer(bryonine;, quelques sels.
La racine de Bryone est employée dans les mêmes circonstances que la Coloquinte et l'Élatériura ; elle possède des propriétés purgatives énergiques.
La pulpe récente de cette racine est aussi quelquefois usitùe comme rubéllante à l'extérieur.
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Effets toxiques de la Coloquinte,
Les propriétés actives de la Coloquinte étaient connues de toute antiquité; on savait qu'à haute dose cette substance produisait des superpurgations souvent dangereuses, et qu'elle pouvait même causer la mort; on savait aussi que, donnée en faible quantité, elle devenait un purgatif assez sûr.
Les expériences tentées par Orfila sur les animaux vivants ont prouvé que la Coloquinte causait des purgations violentes, et amenait souvent une sécrétion ensanglantée à la surface de l'intestin ; mais comme Orfila liait en même temps l'œsophage des chiens sur lesquels il expérimentait, on ne peut rien conclure de positif de ses travaux à cet égard , car il devient impossible d'apprécier dans cette circonstance là part que l'opération a dans la mort des animaux; toujours est-il que lorsqu'on donne à un chien d'énormes doses de poudre de Coloquinte sans lier l'œsophage, l'animal n'éprouve que des vomissements et de la diarrhée , et se rétablit promptement.
Chez l'homme , il en est de même : la substance ingérée est en grande partie vomie, et elle produit d'autant moins d'accidents que l'estomac en a moins retenu. Mais si la préparation de Coloquinte n'est pas vomie, elle provoque de violentes coliques, des selles très-fréquentes , des déjections sanguinolentes, du ténesme, et la plupart des accidents nerveux qui accompagnent le choléra nostras. Nous ne connaissons que deux cas de mort causée par de hautes doses de Coloquinte : l'un est rapporté par Orfila [ToxicoL, t. I, p. 696), l'autre par Ghristison, dans son Traité des Poisons, p. 524.
Les faits indiqués par Fordyce [Fragmenta chirurg, et med., p. 66), celui que cite Tulpius {Obs., lib. IV, c. 26, p. 218), l'histoire rapportée par Ghristison , et les observations recueillies par Caron , d'Annecy , et rapportées par Orfila, démontrent que si d'énormes doses de Coloquinte peuvent donner lieu à des accidents mortels, le plus souvent elles ne déterminent que des vomissements douloyreux et d'abondantes purgations.
Tant que l'on suppose que la matière toxique est encore contenue dans le canal alimentaire , on devra donner aux malades des boissons aqueuses fort abondantes et des lavements réitérés; plus tard, des bains généraux prolongés, les applications émollientes, les boissons féculentes, et surtout les préparations d'opium suffisent pour dissiper promptement les douleurs et l'inflammation locale.
Effets thérapeutiques de la Coloquinte.
L'action immédiate de la Coloquinte administrée dans l'estomac est de causer des coliques et de la diarrhée. Donné en lavement; ce médicament
agit de la même manière; à ce titre, il doit donc être rangé dans la classe des purgatifs.
Une dose élevée de Coloquinte cause des nausées, des vomissements, de vives coliques et de fréquentes garde-robes. Les selles, d'abord féculentes, deviennent presque immédiatement séreuses , et le plus souvent un peu sanguiriolentes. La sécrétion de sang qui a lieu à la surface de la membrane muqueuse n'est presque jamais un symptôme alarmant ou de longue durée ; elle a lieu lors même que les purgations provoquées par la Coloquinte n'dnt eu sur l'état général du malade aucune influence immédiate fâcheuse -.aussi tangeait-on cet agent thérapeutique parmi les médicaments panchymagogues, c'est-à-dire propres à déterminer la sécrétion de tous les éléments dii sang et de toutes les humeurs.
La Coloquinte se place donc inimédiatement à côté de la bryone, de l'aloès et des purgatifs drastiques empruntés à la famille des convolvulacées; mais son extrême violence, les douleurs qu'elle détermine, et, plus que tout le reste , l'incertitude de ses préparations, ont engagé Murray [App., p. 583 et suiv.) à là proscrire comme purgatif. Cette exclusion absolue paraîtra sans doute trop sévère aux praticiens, qui savent tous combien peu il nous est permis de calculer à l'avance l'effet des purgatifs ; qui savent que les drastiques les plus énergiques ne causent quelquefois aucune douleur aux mêmes personnes qu'un simple minoratif jette dans tin état assez grave ; d'où il suit que nous ne saurions jamais avoir trop de moyens pour arriver au même but, et qu'il ne faut pas se hâter de rejeter un médicament par cela seul qu'il ne trouve que rarement son opportunité.
Mais la membrane muqueuse n'est pas la seule voie par laquelle puisse être admis le principe actif de la Coloquinte : en appliquant sur la peau du ventre la teinture aqueuse ou alcoolique, la pulpe fraîche , ou la poudre délayée dans l'eau pUre ou alcoolisée, on obtient les effets purgatifs (Hermanri, Mat, méd., p. 335) ; ceux-là mêmes sont purgés qui triturent et manient longtemps la Coloquinte {Ibid.). C'est à son action purgative toute seule que cette plante doit sans doute de détruire les vers intestinaux ; Redij en éJBfet, a démontré qu'elle n'était pas vermicide, car il a vu vivre -pendant quatorze et vingt heures de» lombrics plongés dans une infusion très-forte de Coloquinte (Redi, De Animalcidis, p. 461). C'est un usage populaire en Italie et dans certaines contrées de l'Espagne d'appliquer sur le ventre des enfants tourmentés par les vers des cataplasmes faits avec la Coloquinte, l'ail et l'absinthe : nous ignorons si cette pratique est justifiée par quelques succès.
Il suffisait que la Coloquinte fût un drastique pour qu'on la rangeât parmi les emménagogues. Van Swieten [vid. Crantz, 3Iat. méd., t. II, p. d65) s'en servait pour provoquer la fluxion menstruelle; il la donnait alors unie à des poudres inertes, de manière à ce que la malade ne prît qu'un huitième de grain tous les trois ou quatre heures. Pour remplir (mite indication, les lavements avec la Coloquinte seraient sans doute pré-
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férables, puisque, au rapport de Dioscoride (Ub. TV, cap. 178), ils provoquent le flux de sang par les vaisseaux hémorrhoïdaux. Mais la propriété abortive de la Coloquinte est malheureusement trop connue; et il est pénible d'avouer que cette substance sert d'instrument à des crimes auxquels les gens de notre profession , les pharmaciens , les sages-femmes et les herboristes ne restent pas toujours étrangers.
L'usage de la Coloquinte dans un grand nombre de maladies chroniques douloureuses, tels que la goutte, le rhumatisme, les névralgies, la syphilis constitutionnelle, a été particulièrement recommandé par Dalberg, Tode, et quelques autres {vid, Murray, t. T, p. 588); mais les faits ne prouvent pas que cet agent thérapeutique ait dans ce cas plus d'action que les autres purgatifs drastiques.
Il nous reste à parler de la vertu antiblennorrhagique de la Coloquinte. L'empirisme d'abord constata cette propriété; plus tard elle devint du domaine des médecins. Colombier raconte que plusieurs soldats se guérirent d'une blennorrhagie aiguë en avalant en une ou deux doses un fruit tout entier de Coloquinte {Code de Méd. militaire, t. V, p. 420). Mais Fabre, dans son Traité des Maladies vénériennes, t. II, p. 368, préconise particulièrement la teinture de Coloquinte, dont il a indiqué la formule. % poudre de Coloquinte réduite en poudre grossière, 45 grammes (1 once et demie) ; clous de girofle n» 6 ; anis étoile, 4 grammes (1 gros) j safran, 60 centigrammes (12 grains); terre foliée détartre, 30 grammes (1 once); faites' digérer pendant un mois dans 600 grammes (20 onces) d'alcool. Fabre administrait cette teinture de la manière suivante : le malade, pendant trois jours de suite, à jeun, prend 8 grammes (2 gros) de cette teinture dans 60 à 90 grammes (2 ou 3 onces) de vin d'Espagne; il se repose le quatrième jour, recommence pendant trois jours encore, pour rester tranquille encore un jour ; et ainsi de suite jusqu'à vingt ou ving-cinq doses. Il faut avoir soin de boire, une heure après l'administration du médicament, deux ou trois verres de tisane d'orge et de chiendent. S'il survient des coUques, il faut donner des lavements émollients. Cette médication de Fabre, excellente dans les blennorrhagies un peu chroniques, a trop été oubliée des médecins de notre temps. Mais il existe aujourd'hui à Paris un homme grossier, sans aucun titre pour exercer notre art, qui s'est fait dans le peuple, et même chez bien des gens dont la position est fort élevée, une grande et lucrative réputation par l'administration d'un spécifique contre la chaudepisse : or, ce spécifique n'est autre chose qu'une teinture vineuse de Coloquinte.
Doses. — La poudre de Coloquinte se donne depuis 10 jusqu'à 60 et 75 centigrammes (2 grains jusqu'à 12 et 15), mêlée à du sucre, à de la rhubarbe ou de la magnésie; la teinture vineuse, à la dose de 4 à 16 grammes (1 à 4 gros); la teinture alcoolique, depuis 1 gramme 30 centigrammes (1 scrupule) jusqu'à 4 et 8 grammes (1 à 2 gros).
La racine de VÉlatérium est vomitive, et sollicite également d'abondantes évacuations alvines ; les anciens la conseillaient surtout dans l'hydropisie.
A faible dose elle passait pour utile dans le traitement des obstructions. Dioscoride et Avicenne donnaient la racine à la dose de 75 centigr. (15 grains) comme purgatif; Fallope [De Purgantibus, lib. LV, p. 122) allait jusqu'à une drachme.
Extérieurement, en fomentation ou en cataplasmes, la racine de concombre sauvage était encore conseillée pour résoudre les engorgements œdémateux des membres.
Toutefois la racine d'Élatérium en substance a cessé depuis longtemps d'être usitée en médecine : on connaît et on prescrit, sous le nom pharmaceutique d'Élatérium y un extrait que Ton prépare avec le suc du fruit.
Cet extrait jouit de propriétés purgatives énergiques. Sydenham le regardait comme un des plus puissants hydragogues {Op. omn., p. 488). Un grand nombre d'autres après lui (Murray, App. med., t. I, p. 597) renchérirent encore sur les éloges donnés à l'Élatérium par le médecin anglais.
L'extrait d'Élatérium est un purgatif indigène énergique, et il remplit toutes les indications des purgatifs drastiques.
Si nous consultons les auteurs sur les doses qu'il convient d'administrer, nous trouverons des différences qui évidemment ne peuvent être attribuées qu'à la différence de préparations. Ainsi, tandis que Dioscoride permet 25 à 50 centigr. (5 à 10 grains), Fernel vajusqu'àl gramme. Sydenham, au contraire, se contente de 10 centigr. (2 grains), et Boerhaave de 20 centigr. (4 grains).
L'incertitude dans les effets de cette substance, la difficulté d'une bonne préparation, doivent éloigner les médecins d'en conseiller l'emploi, avec d'autant plus de raison que, comme la Coloquinte, elle enflamme violemment les tissus avec lesquels elle est en contact, ainsi que l'ont démontré les expériences d'Orfîla [Toxicologie).
La racine de Bryone, comme la Coloquinte et l'Élatérium, peut à juste titre être rangée parmi les poisons irritants. Les expériences d'Orfîla {Toxicol. gén.) le démontrent surabondamment. 10 gr. (2 gros et demi) de poudre de Bryone qu'il introduisit dans le tissu cellulaire de la cuisse d'un chien déterminèrent une violente inflammation, de vives douleurs, et amenèrent la mort au bout de soixante heures. 15 grammes (une demionce) introduits dans l'estomac firent également périr un autre chien.
Appliquée sur la peau, la pulpe de racine de Bryone provoque une phlegmasie analogue à celle que déterminent la moutarde ou plutôt les renoncules.
Malgré son activité, qui pourtant est moindre que celle de la Coloquinte, la Bryone a été recommandée par M. Loiseleur-Deslongchamps comme l'un des purgatifs indigènes les plus sûrs, et placée par lui-même au même rang que le jalap. lia constaté qu'il faut, chez un adulte, 1 gramme 30 centigrammes à 2 grammes (24 à 36 grains) de poudre de racine de Bryone pour obtenir un effet purgatif bien marqué. L'effet est encore plus certain