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toutes les causes qui stimulent la circulation, la calorification, les fonctions végétatives et l'action de la peau, diminuent la sécrétion de l'urine. Ainsi agissent les fièvres essentielles générales et les médicaments sudorifiques, échauffants, pyrétogénétiques. D'un autre côté, nous voyons tout ce qui agit dans un sens opposé, tout ce qui enraye les fonctions végétatives, ce qui diminue la chaleur organique et l'action cutanée, affaiblir l'action du cœur, etc., déterminer une diurèse copieuse. Dans ce cas sont la syncope, la peur, la période de frisson des fièvres, l'état qu/on désigne sous le nom de vapeurs, l'asthme nerveux, l'hypochondrie, les médicaments antispasmodiques, le froid, etc...., toutes circonstances qui diminuent la fonction de calorification, l'action du cœur, et qui en même temps font rendre des urines copieuses et limpides.
On peut donc mesurer la puissance sédative et- antivitale d'un agent thérapeutique par sa puissance diurétique, et réciproquement. Mais estce l'action diurétique qui produit l'action sédative, ou bien la première est-elle due à celle-ci ? Nous pensons que c'est parce que la Digitale est un agent directement antivital et sédatif qu'elle produit la diurèse, au même titre que nous pensons qu'un bain frais ou le sentiment de la peur n'augmentent subitement la sécrétion et l'émission des urines que parce qu'ils ont primitivement causé une sédation profonde. Il semblerait que lorsque les fonctions végétatives et plastiques se ralentissent, comme dans les circonstances citées, lorsque l'action exhalante de la peau est diminuée, que le sang n'a pas une circulation périphérique bien énergique, toute la sérosité qui n'est pas employée par ces fonctions trouve à s'échapper à travers l'émonctoire uropoiétique; et ce qui vient à l'appui de cette idée, c'est que dans ces diurèses dues à la sursédation de l'organisme, les urines sont limpides, peu denses, d'une pesanteur spécifique peu considérable, très-peu chargées de matière colorante. Il est à remarquer aussi que toutes les causes physiques ou morales qui enchaînent les manifestations d'activité vitale et jettent l'économie dans la sédation, comme les syncopes, la peur et certains agents de la Matière médicale, etc , augmentent considérablement l'absorption ; et comme cette absorption s'exerce d'abord sur îles liquides les moins animalisés et les plus ténus, tels que la sérosité, on itrouve encore dans cette circonstance une nouvelle condition de diurèse et une manière de concevoir l'action utile des médicaments analogues à la Digitale dans le traitement des hydropisies ou des épanchements séreux.
Effets thérapeutiques. L'intelligence de ces effets résulte clairement de ce qui vient d'être dit de l'action physiologique de la Digitale. Nous n'avons à nous occuper ici des effets qu'en tant qu'ils se rapportent à la médication sédative, puisque ailleurs nous avons parlé des diurétiques et des indications qu'ils peuvent remplir. La Digitale a bien aussi été employée pour satisfaire à d'autres besoins qu'à ceux de modérer l'action du cœur ; mais on ne la compte plus, comme sur la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, parmi les spécifiques si nombreux inventés et prônés «ontre la phthisie pulmonaire et les scrofules ; et si ce n'était l'école con-
tro-stimu liste d'Italie, qui en a fait un usage héroïque et plus puissant que la saignée dans le traitement des fièvres et des phlegmasies aiguës, les Traités de matière médicale moderne devraient se borner à la mentionner exclusivement dans le traitement des affections organiques ou non organiques du cœur et des épanchements séreux.
Il est fort curieux que les deux maladies dans le traitement desquelles la Digitale aune action incontestablement utile, se trouvent très-souvent réunies. En effet, lorsque les affections organiques du cœur sont parvenues à un certain degré de développement et au point d'apporter un obstacle notable à la circulation veineuse, divers épanchements, d'abord cellulaires, puis splanchniques, finissent presque toujours par compliquer la maladie primitive. Alors, la Digitale remplit simultanément les deux indications capitales auxquelles elle est appropriée, on peut le dire, exclusivement.
Pourtant, c'est alors que n'existent pas encore les infiltrations cellulaires et les épanchements séreux, que l'administration de la Digitale peut rendre le plus de services dans le traitement palliatif des maladies organiques du centre circulatoire. Nous avons vu, à cette période, l'emploi sagement gradué et ménagé de la poudre de Digitale placer les malades dans un tel amendement, qu'ils croyaient à jamais conjurée leur inexorable maladie, et que sans la persistance des signes physiques, l'illusion du malade aurait pu aussi nous gagner, tant était complète la disparition des signes physiologiques ou rationnels. Pourtant, après quelques mois, de nouvelles palpitations, une dyspnée plus intense, ramenaient les inquiétudes du malade. Quelques doses de Digitale avaient bien encore le pouvoir de calmer ces expressions symptomatiques, jusqu'à ce qu'enfin cette vertu s'usât et ne jouît plus que du faible et inconstant privilège d'apporter quelque répit incomplet aux angoisses orthopnéiques des malheureux anévrismatiques.
On doit encore s'estimer très-heureux lorsque l'action de la Digitale ne fait que s'user successivement et qu'on n'est pas forcé d'en suspendre l'usage en raison de l'intolérance, de l'irritation, des chaleurs, du pyrosis, des dyspepsies que cette poudre détermine quelquefois d'emblée, d'autres fois après un temps plus ou moins long; ce qui fait qu'on ne doit jamais abuser de la tolérance des malades, et qu'il faut suspendre de temps en temps la médication, car il est plus facile de prévenir l'inconvénient dont nous parlons que de le faire cesser et de s'en rendre maître lorsqu'il existe. Très-souvent, alors, on ne peut plus vaincre cette intolérance, et les moindres doses reproduisent une irritation mal éteinte, d'autant plus que beaucoup d'anévrismatiques sont goutteux et ont un estomac, par conséquent, fort intraitable.
On peut éviter en grande partie ce côté fâcheux de Faction de la Digitale en l'introduisant dans l'organisme par la voie endermique, c'est à-dire en pansant un vésicatoire appliqué sur la région du cœur avec 20, 25, 30 et 40 centigrammes (4, 5, 6 et 8 grains) de poudre de Digitale, médicament
qui, bien souvent, ne peut être supporté à cause de l'irritation cutanée qu'il détermine.
Il y a une importante distinction à faire entre les affections organiques du cœur, sous le rapport des indications que ces maladies présentent pour l'emploi de la Digitale. Toutes les fois, quelle qu'en soit la cause, qu'il y a hypertrophie avec ou sans dilatation des cavités du cœur, que les contractions ventriculaires sont énergiques, etc., l'usage de la Digitale est indiqué ; mais dans ce que Corvisart appelait les anévrismes passifs par rapport aux précédents qu'il nommait actifs, toutes les fois que les cavités du cœur dilatées sont en même temps amincies, flasques, et que, presque dès le début, les infiltrations sont considérables ainsi que le froid des extrémités,
l'asphyxie, la teinte violacée, etc , la Digitale, en enrayant davantage
les mouvements du cœur, accroît l'état pathologique, et voilà pourquoi nous avons dit plus haut que c'était surtout au début des hypertrophies qu'il convenait de l'employer. Il est vrai que les symptômes qu'on a assignés à l'anévrisme passif ne sont rien moins que fidèles, et qu'ils existent très-souvent avec une hypertrophie considérable. Alors la digitale a une action incontestablement bonne. Elle régularise et tonifie le cœur, à la grande surprise du médecin qui ne croyait pas devoir l'administrer en raison de l'asthénie cardiaque et de l'état scorbutique de l'économie.
Un fait très-digne de remarque et qui n'a pas été assez observé, c'est que l'action sédative de la Digitale est moins sûre et moins marquée dans les palpitations purement nerveuses que clans celles qui dépendent d'une lésion organique du cœur. C'est que, dans ces derniers cas, les palpitations ne sont pas dues primitivement à une surexcitation nerveuse du cœur, mais à un état organique, et qu'ainsi le médicament sédatif a modéré sans peine les manifestations d'activité d'un organisme à la sédation duquel rien ne s'oppose tant que la lésion n'est pas considérable au point de rendre presque impossible la circulation; tandis que dans le premier cas, le système nerveux est primitivement surexcité, et qu'on ne l'apaise qu'en atteignant les causes de son excitation ou de son éréthisme. Une maladie organique du cœur pure et simple, due, par exemple, au rétrécissement de quelqu'un des orifices, etc., n'est vraiment pas une maladie 5 et si quelqu'un s'étonnait de cette assertion, nous lui demanderions s'il regarderait comme une maladie l'asphyxie lente et progressive d'un homme à qui on aurait passé un nœud coulant autour du cou et qu'on étranglerait tous les jours en serrant la corde d'une ligne, de manière à le faire mourir ainsi en un ou deux ans. Les malheureux atteints de ces affections purement organiques du cœur meurent véritablement sans maladie, pleins de vie et de santé. Le diagnostic de ces sortes de cas n'offre donc ni difficulté ni mérite : car il n'y a pas d'indications thérapeutiques à découvrir, c'est un fait accompli que le dernier élève peut constater après huit jours d'exercice; et il en sait autant que l'inventeur. Ajoutons que cela n'est vrai que du pur obstacle mécanique à la circulation centrale; or les affections organiques du cœur sont toujours onpresque toujours plus que cela. S'il n'y avait que
l'obstacle physique, ces maladies ne seraient pas si graves ; mais il y a presque toujours, comme cause de la formation de ces obstacles, une affection
morbide localisée, une phlegmasie spéciale, etc , qui est, bien plus que
l'obstacle physique, la cause de tous les désordres organiques et fonctionnels.
La méthode des contro-stimulistes n'ayant guère été acceptée en France que relativement à l'emploi des préparations antimoniales, nous ne saurions guère que dire au lecteur de l'emploi de la Digitale dans le traitement des fièvres et des maladies aiguës. C'est au praticien éclairé et prudent qu'il appartient de résoudre lui-même ces questions thérapeutiques. On sait que la Digitale modère la chaleur, pousse aux urines et ralentit les mouvements du cœur. Chacun peut, d'après cette donnée physiologique, l'essayer dans les fièvres, les péripneumonies, etc.... Dire que les Rasoriens s'en louent beaucoup dans ces divers cas, c'est dire peu de chose, puisqu'il n'est guère de remèdes, même parmi les plus excitants, dont ils ne parlent ainsi. Que voulez-vous attendre de l'observation de ceux qui ont pour doctrine un brownisme abâtardi, modifié seulement dans la forme et combiné à une théorie moitié solidiste et moitié humoriste des fièvres et des phlegmasies ? Les chiffres et les statistiques ! tout le monde en offre. Ce n'est pas de chiffres, de succès qu'il s'agit, mais de principes. Du moment où un médecin vous place sur le terrain du numérisme, ne l'y suivez jamais. Avec cette brutale et inintelligible méthode, on prouve tout. Deux adversaires peuvent soutenir chacun une méthode thérapeutique opposée, et chacun apporter en faveur de l'excellence de son procédé, autant de chiffres que l'autre. Qui jugera entre ces deux empiriques? Un médecin.
11 y a ici à invoquer une analogie incontestable: c'est que le tartre stibié en lavage, ainsi que l'ipécacuanha à doses fractionnées et nauséeuses, sont utiles dans les pneumonies aiguës, par la sédation continuelle, la réfrigération et l'état semi-lipothymique où cette médication jette les malades. Il est très-probable, on peut même affirmer que la Digitale agirait de la même manière en pareil cas. C'est une raison suffisante pour en tenter l'emploi, surtout lorsque, par un motif quelconque, on croit devoir s'abstenir des émissions sanguines.
C'est d'après les mêmes données que la Digitale peut rencontrer l'indication de son emploi dans les hémorrhagies actives, dans l'hémoptysie, par exemple, et surtout dans la métrorrhagie.
Dickinson, en Angleterre, a fait des recherches intéressantes sur la Digitale, considérée comme moyen d'exciter les contractions musculaires des parois utérines. L'auteur avait été conduit à supposer à ce médicament une propriété excitative de l'utérus par les effets observés dans des cas de ménorrhagie et dans l'accouchement.
11 administre la Digitale en infusion à la dose énorme de 45 à 20 grammes dans les vingt-quatre heures, et dans la très-grande majorité des cas de ménorrhagie traités exclusivement par ce moyen, le résultat a été une prompte cessation de l'hémorrhagie. Dans plusieurs cas, chaque prise de
Digitale fut suivie de douleurs utérines ressemblant à celles du travail, de l'expulsion d'un caillot, et de la cessation temporaire de l'écoulement sanguin, chaque dose amenant après elle des intervalles de plus en plus éloignés. De plus> l'auteur cite un cas où la délivrance a été déterminée par l'emploi de la Digitale, et plusieurs cas où les douleurs du travail ont été ranimées et fortement activées par ce même médicament. D'après ces faits, la Digitale aurait une action tout à fait analogue à celle du seigle ergoté. Notons d'ailleurs que l'auteur prétend n'avoir pas constaté, dans ces circonstances, d'influence notable de la Digitale sur les contractions du cœur et sur le pouls.
Nous avons nous-mêmes répété ces expériences sur des femmes de FHôtel-Dieu, et nous devons reconnaître que déjà, dans un certain nombre de cas, la Digitale donnée en infusion à la dose de 15 grammes par doses fractionnées, a amené rapidement la cessation de métrorrhagies qui duraient déjà depuis plusieurs semaines. Il ne sera pas inutile de faire observer que préalablement nous avions pris la précaution de laisser reposer plusieurs jours nos malades après leur entrée à l'hôpital. Nous pourrions citer d'autres médecins, et entre autres notre ami M. Lasègue, qui ont également obtenu de ce moyen des résultats favorables. Nous ferons remarquer d'ailleurs que, contrairement à l'assertion de Dickinson, nous avons eu occasion d'observer, chez une de nos malades où la métrorrhagie durait depuis un mois, que la Digitale avait exercé une action des plus notables sur la circulation, et que le pouls était descendu de 68 à 48 pulsations. Ces premiers résultats sont sans doute de nature à encourager de nouvelles tentatives ; mais nous croyons devoir ajouter qu'il ne nous paraît ni prudent ni nécessaire de pousser les doses de Digitale aussi loin que le font les médecins anglais.
Dans ces derniers temps, l'usage de la Digitale a encore été étendu au traitement de l'incontinence d'urine et de la spermatorrhée. Les bons effets de ce médicament, plus d'une fois constatés dans ces deux maladies , doivent-ils être rapportés à une action sédative directe sur la vessie et les vésicules séminales, ou bien tiennent-ils à une action excitatrice spéciale, analogue à celle qu'il parait exercer sur l'utérus? C'est là une question que nous ne saurions actuellement résoudre.
Il n'est pas rare de voir des malades qui, à la suite d'attaques de goutte imprudemment traitées par les pilules de Lartigue, le sirop deBoubée, l'eau de Vichy trop longtemps continuée, les purgatifs drastiques, finissent par tomber dans une cachexie déplorable, accompagnée d'oppression habituelle, d'infiltration des extrémités inférieures, d'obscurcissement de la vue, etc., etc. Cet état si grave et si ordinairement irrémédiable peut pourtant être utilement traité par l'infusion de Digitale, successivement portée jusque-là qu'elle cause de légers vertiges, et continuée pendant plusieurs mois, en même temps que tous les trois ou six jours le malade prend 8 grammes de bon quinquina calysaya délayé dans de l'infusion de café. M. le docteur Bayle, qui, dans le troisième volume de sa Bibliothèque
thérapeutique, a rassemblé tous les travaux anciens et modernes sur la Digitale, est arrivé aux conclusions suivantes par le rapprochement de tous les faits qu'il a analysés dans son précieux travail.
Ce médicament est en général convenable dans les cas d'hydropisies simples, non compliquées de maladies de cœur, accompagnées de faiblesse générale, de mollesse du pouls, chez les sujets qui ont le teint pâle, la peau froide et conservant bien l'impression du doigt.
Au contraire, les individus robustes, à teint fleuri, à chair ferme, à peau chaude, ceux chez lesquels le ventre est tendu, dur et circonscrit, l'enflure dure et rénitente, obtiennent rarement de bons effets de l'usage de la Digitale.
Ces conclusions sont absolument les mêmes que celles que donne Murray. Il n'y a qu'une seule chose à y objecter, c'est qu'on ne rencontre presque jamais les sujets de ces indications et de ces contre-indications.
Tous les auteurs qui ont vanté, depuis Withering et Darwin, la Digitale dans le traitement des hydropisies, en ont excepté les hydropisies enkystées. Nec in unâ vel leviori specie hydropis fert opem Digitalis; sed in plerisque, iisque difpZcilioribus ; ascite, hydrothorace ; excepto unicè hydrope saccato. (Murray.)
De tous les cas comparés dans le travail de M. Bayle, il résulte que chaque fois que la Digitale a réussi dans le traitement des anasarques et des hydropisies, elle a accru la sécrétion urinaire.
Dose et mode d'administration. La poudre des feuilles est la préparation la plus usitée. On la donne chez les enfants à la dose de 1 centigramme 1/4 (1/4 de grain) jusqu'à 5 et 10 centigrammes (I et 2 grains) progressivement, et, chez les adultes, depuis 10 jusqu'à 40, 50 centigrammes, 1 gramme, 1 gramme ,1/2 (2, 8, 10, 20 , 30 grains) et même 4 grammes (1 gros); mais en prenant toutes sortes de précautions et de degrés, en interrompant quelquefois pour recommencer plus tard. >
La Digitale en infusion se prescrit depuis 10 centigrammes jusqu'à 1 gramme. Cette préparation est préférée lorsqu'on veut obtenir principalement des effets diurétiques. Nous avons vu que pour combattre la métrorrhagie, les médecins anglais en portent la dose jusqu'à 15 et 30 grammes.
Plusieurs praticiens étrangers préfèrent la teinture. En France, on emploie de préférence la poudre et l'infusion à l'intérieur, et on réserve la teinture, les décoctions, etc., pour l'usage externe.
Lorsqu'on veut administrer la teinture à l'intérieur, on la donne dans une potion à la dose de 12, 24 et 36 gouttes.
On fait très-souvent des pilules avec la poudre. Nous avons déjà parlé de l'emploi de cette dernière par la méthode endermique.
C'est en frictions qu'on emploie surtout la teinture sur les parois des cavités splanchniques affectées d'épanchement séreux et sur les membres infiltrés. Nous avons souvent employé une forte décoction de Digitale en
fomentations. On en imbibe des linges qu'on applique sur le ventre et qu'on recouvre de toile cirée pour empêcher l'évaporation. La diurèse nous a paru considérablement excitée par ce mode d'administration externe. On évite ainsi l'action irritante sur l'estomac.
Il est important d'avoir à son service un grand nombre de modes d'administration de la Digitale, précisément pour être le moins souvent que possible obligé de l'introduire dans les premières voies.
L'Antimoine est un corps simple, métallique, dont la découverte n'est pas bien connue. Pline le désigne sous le nom de Stibium, qu'il a conservé dans la nomenclature chimique. Bazile Valentinestle premier qui ait décrit la manière de l'obtenir, dans son ouvrage intitulé : Currus triumphalis antimonii. On l'appelaitaussi régule d'Antimoine; le nom d'Antimoine cru était donné à sa combinaison avec le soufre.
L'Antimoine est solide, d'un blanc d'argent, brillant, devenant un peu terne par son exposition à l'air, très-cassant; il communique aux doigts, par le frottement, une odeur sensible; il est fusible à 425°. Chimiquement pur, sa texture est lamelleuseet à très-petits grains; celui que Ton trouve dans le commerce est à larges facéties.
L'Antimoine s'obtient, dans les arts, en chauffant le sulfure d'Antimoine avec du fer, ou bien en grillant la mine et fondant l'oxyde avec du charbon et un peu de soude carbonatée. Dans les laboratoires, on l'obtient en mettant par petites parties un mélange de sulfure de nitre et de tartre, et faisant fondre le mélange; on laisse refroidir, et on trouve un culot d'Antimoine métallique au fond du creuset, et une scorie composée de sulfate, de carbonate et d'antimoniate de potasse, ainsi qu'un sulfure doubled'Antimoineet depotassium, mais en petite quantité.
Ce métal ainsi obtenu n'est pas parfaitement pur, il contient de l'arsenic dont on le débarrasse en partie en le fondant plusieurs fois avec du nitre, qui oxyde l'arsenic restant dans les scories. On ne parvient jamais à le priver entièrement de tout l'arsenic qu'il contient, et que l'on retrouve dans toutes les préparations d'Antimoine, le kermès etl'émétique exceptés ; ce n'est que de ces deux corps qu'on peut l'obtenir parfaitement pur. Sérullas reconnaissait sa pureté en le fondant avec du tartre; il en résultait un alliage de potassium et d'Antimoine décomposant l'eau avec dégagement d'hydrogène arséniqué, facile à reconnaître à l'odeur d'ail qu'il répand.
On emploie l'Antimoine en poudre por-
phyrisée, tenue en suspension dans des liquidesmucilagineuxou en forme de pilules. Cette poudre, mêlée à 2 parties d'axonge, donne une pommade qui agit commela pommade émétisée.
C'est à l'hydrate de protoxyde qui se forme aux dépens de l'Antimoine exposé à l'air humide qu'il faut, suivant M. Mialhe, attribuer l'action assez énergique de ce métal réduit en poudre.
Autrefois on administrait l'Antimoine sous forme de petites balles que l'on appelait pilules perpétuelles, car elles servaient un grand nombre de fois ; on faisait aussi des gobelets avec ce métal, où le vin, à la faveur de ses acides, dissolvait, après un laps de temps plus ou moins long, une quantité très-incertaine d'oxyde d'Antimoine, et devenait émétique; ce qui rendait le médicament très -infidèle.
Oxydes d'Antimoine.
Il existe quatre oxydes d'Antimoine : un sous-oxyde dont la nature est douteuse, un oxyde pouvant se combiner aux acides, ou protoxyde, et deux autres oxydes jouant le rôle d'acide, qui sont : l'acide antimonieux et l'acide antimonique.
Le protoxyde d'Antimoine est blanc, volatil ; on l'obtient en chauffant l'Antimoine métallique au contact de l'air, celui-ci s'oxyde et vient se condenser à la partie supérieure du creuset dont les bord/ sont hors du fourneau, et qui est lui-même recouvert d'un autre creuset où se condense le reste de l'oxyde.
Ainsi obtenu, on le nomme encore fleurs d'Antimoine, fleurs art;entinesd'Antimoine; on peut aussi l'obtenir en faisant bouillir l'oxydochlorure (ou poudre d'Algaroth) d'Antimoine avec du carbonate de soude; il se forme un chlorure de potassium , de l'oxyde d'Antimoine et du sesquicarbonate de soude.
L'acide antimonieux ou deutoxyde est blanc, insipide, rougissant le tournesol à l'état d'hydrate; insoluble dans l'eau et les acides, excepté dans l'acide chlorhydrique.
On L'obtient en dissolvant l'Antimoine dans l'acide nitriqueet évaporant jusqu'à siccité ; mais les expériences de M. Mitscherlich nous ont appris que ce prétendu acide antimonieux n'était qu'une combinaison d'acide antimonique et d'oxyde d'Antimoine.
En effet, si on le fait bouillir avec du bitartrate de potasse, il se forme de l'érnétique et l'acide antimoniaque est mis à nu.
L'acide antimonique ou peroxijde d'Antimoine est d'un jaune pâle, insipide, rougissant le tournesol à l'état d'hydrate et décomposé par la chaleur en acide antimonieux et oxygène; il est insoluble dans l'eau. On l'obtient par une dissolution d'Antimoine dans l'eau régale évaporée à siccité., ou par la décomposition de l'antimoniate de .potasse par un acide.
Ces trois composés sont légèrement solubles dans l'eau quand ils sont hydratés.
Sulfures d'Antimoine.
Il existe trois sulfures d'Antimoine : le proto, le deuto et le trisulfure d'antimoine. Un seul est employé, c'est le protosulfure; il est d'une couleur grise, d un éclat métallique, cristallisé en lonus prismes aiguillés ; chauffé, il se fond facilement et se convertit par le contact de l'air en oxyde d'Antimoine ; il forme avec l'eau un hydrate couleur de feu. On l'obtient, soit par la simple fusion du minerai dont le sulfure se sépare facilement de la gangue, ou en fondant directement deux parties et demie de métal avec une de soufre. C'est même ce seul sulfure que l'on emploie en médecine, l'autre n'étant jamais pur et contenant surtout une proportion assez forte de sulfure d'arsenic.
Le sulfure d'Antimoine, purgé de sulfure d'arsenic, ne cède rien au suc acide de l'estomac; son insolubilité l'empêche d'avoir aucune action efficace.
Poudre de sulfure d'Antimoine.
On le pulvérise dans un mortier en fer, puis on obtient une poudre impalpable par porphyrisation et lévigation.
Tablettes antimoniales de Kundel.
Pr. : Amandes douces, 64 gram.
Sucre, 407
Poudre desemence de petit
cardamome, 32
Poudre de Cannelle, 16
Sulfure d'Antimoine por-
phyrisé, 32
Gomme adragante, 8
(Codex.)
On pulvérise les amandes avec le sucre; on ajoute les autres poudres à l'aide du mucilage pour faire des pastilles pesant 1 gram.
Kermès minéral.
(Hydrosulfate d'Antimoine, sous-hydrosul-
fate d'Antimoine , oxydosulfure d'Antimoine hydraté.)
Le Kermès a été découvert par Glauber, et préconisé par les Chartreux ; d'où lui vient le nom de poudre des Chartreux. Le Kermès bien préparé est une poudre légère, veloutée, d'un rouge foncé, décomposable et se décolorant par l'action des rayons solaires. Le Codex l'obtient ainsi qu'il suit;
Carbonate de soude, 128
Eau, 1280
Sulfure d'Antimoine, 6
On fait dissoudre le carbonate de soude dans l'eau; on ajoute le sulfure d'Antimoine à la liqueur en ébullition ; on fait bouillir pendant une heure; on filtre, et la liqueur, par refroidissement, laisse déposer le Kermès, 11 reste sur le filtre un décomposé d'hypoantimonite dépotasse et de crocus (oxydosulfure d'Antimoine); la liqueur chargée de sulfure de sodium qui a abandonné, par le refroidissement, une partie du sulfure d'Antimoine qu'il avait dissous, contient encore de ce dernier.
D'après les observations de M. Durand, de Caen, l'oxyde obtenu parce dernier procédé serait vomitif à dose beaucoup plus faible que les fleurs argentines; il attribue cet effet à l'oxydochlorure qu'il retient. Il est probable aussi que la plus grande division de la matière doit influer sur les propriétés thérapeutiques.
En traitant des eaux mères par un acide, on obtient un précipité d'un beau rouge couleur de feu, qui est le soufre doré d'Antimoine, formé de deutosulfure et d'un peu de protosulfure hydraté.
Le Kermès, d'après l'analyse de Liebiget des chimistes français, est un composé d'oxyde d'Antimoine, de sulfure d'Antimoine, de sulfure de potassium et d'un sel antimonique.
On fait' bouillir une seconde fois en ajoutant un peu de carbonate de soude et en mélangeant le résidu resté sur le filtre; on tire à clair par décantation et filtration : une condition de succès est de laisser refroidir les liqueurs très-lentement; pour cela, on les reçoit dans des vases plongés dans l'eau chaude : il faut aussi avoir le soin de laver le Kermès à l'eau froide non aérée.
Ce procédé est celui de Clusel. Le Kermès ainsi obtenu est le seul qu'on doive employer, comme le prouve l'expérience clinique, conforme en cela avec les données fournies par la chimie. Le Kermès du Codex est en effet celui qui renferme le plus de protoxyde d'Antimoine hydraté, soluble dans le suc gastrique.
Tablettes de Kermès.
Pr. -. Kermès, 8 gram.
Sucre, 532
Gomme arabique, 32
Eau de fleurs d'oranger^ 32
On fait des pastilles de 60 cent. (12 grains), contenant un centième de Kermès Cette préparation doit être conservée dans des vases bien bouchés à l'abri de la lumière.
Oxydosulfures.
Le sulfure d'Antimoine se combine avec l'oxyde de ce métal, et forme plusieurs composés très-variables dans leur composition:
1° Le verre d'Antimoine, qui est en plaques demi-transparentes de couleur hyacinthe. On l'obtient en grillant le sulfure à l'air, dans un lêt en terre, jusqu'à ce que la matière ait acquis une teinte grise ; alors on fait fondre la masse et on la coule en plaques minces. Le verre d'Antimoine contient en outre de l'oxyde de fer et de la silice en petites proportions.
2° Le foie d'Antimoine ou crocus metallorum, qui s'obtient comme le verre d'Antimoine, contient une plus grande quantité de sulfure, parce que l'on a arrêté le grillage aussitôt que la matière a pris une couleur de cendre. Le crocus est en masses presque opaques, d'unecou leur brune. Cette substance est peu usitée; elle faisait la base du vin émétique des anciens, médicament très-infidèle encore, vu la proportion plus ou moins grande de l'oxyde qui était dissous. On préparait autrefois le crocus en ajoutant du nitre au sulfure avant le grillage; le crocus ainsi obtenu, après avoir été parfaitement lavé, était formé d'oxydosulfure et de sulfure double. d'Antimoine et de potassium qui n'avait pas été enlevé entièrement par les lavages : on conçoit de suite que ce médicament devait être plus actif.
3° L&rubine est un composé analogue au verre d'Antimoine, mais plus chargé de soufre. Cet oxydosulfure-est aujourd'hui inusité.
Chlorure d'Antimoine.,
(Chlorure antimonique , muriate d'Antimoine, beurre d'Antimoine.)
Il est solide, blanc, demi -transparent, très-caustique, fusible à 100°, attire l'humidité et se dissout dans une petite quantité d'eau ; une proportion un peu forte le décompose en oxydochlorure et en acide chlorhydrique libre qui reste dissous dans l'eau.
On l'obtient en traitant le sulfure d'Antimoine par l'acide hydrochlorique, évaporant le liquide j usqu'à ce qu'il se prenne en masse par le refroidissement, introduisant la liqueur encore chaude dan's une cornue et distillant.
En laissant le chlorure d'Antimoine à l'air, il se charge de la quantité d'eau suffisante pour le dissoudre, et donne une solution très-caustique.
Si, au lieu d'évaporer la solution de sulfure d'Antimoine dans l'acide chlorhydrique, on verse dans une grande quantité d'eau, il en résulte un précipité blanc cail-
lebotté d' 'oxydochlorure d'Antimoine ou poudre d'Algaroth, mercure de vie; il était employé autrefois comme émétique, mais on ne s'en sert plus que pour la préparation de l'émétique.
Antimoine diaphorétique.
(Improprement nommé Oxyde blanc d'Antimoine.)
Il est en poudre blanche insoluble dans l'eau; il est formé d'antimonite et d'antimoniatede potasse en proportions variables, suivant la quantité de nitre que l'on a employée à sa préparation. On l'obtient ainsi qu'il suit, d'après le Codex :
Pr.
Antimoine purifié, Nitrate de potasse,
1 part.
On pulvérise ces deux substances et on les projette par petites parties dans un creuset rougi au feu; on laisse pendant une heure la matière sur le feu pour achever la décomposition : le produit de cette opération est un mélange de nitrate et d'antimoniate de potasse ou Antimoine diaphorétique non lavé des anciens. En lavant le produit à plusieurs reprises, on a l'Antimoine diaphorétique lavé (seul employé).
Les eaux de lavages contiennent de l'antimoniate basique de potasse ; traités par un acide, elles donnent un précipité blanc appelé matière perlée de Kerkringius, magistère ou céruse d'Antimoine.
L'Antimoine diaphorétique est un composé d'antimoniate acide de potasse. 11 peut contenir aussi de l'hypoantimonite et de l'antimonite dépotasse, suivant que la chaleur a été plus ou moins prolongée, ou la préparation du nitre moins forte.
L'Antimoine diaphorétique fait partie de la poudre Cornachine ou de tribus.
Tartrate de potasse et d'Antimoine.
(Tartrate antimonico-potassique, Tartre stibiê, tartre émétique, Émétique.)
Le tartrate de potasse et d'Antimoine est incolore, inodore, d'une saveur acre et dés-» agréable; cristallisé en tétraèdres ou en octaèdres transparents, il est efllorescent, soluble dans l'eau. L'eau des puits, et en général toutes les eaux qui contiennent des carbonates de chaux, de magnésie, en précipitent lentement l'oxyde d'Antimoine, et instantanément par l'ébullition, toutes les substances végétales astringentes qui contiennentdu tannin, telles que le quinquina, la noix de galle, donnent un précipité insoluble; ce qui doit guider le praticien sur la nature des mélanges où l'émétique peut être décomposé. L'antidote de l'émétique est une infusion de quinquina ou de noix de galle.
L'émétique s'obtient de la manière suivante :
Pr. : Oxydochlorure d'Antimoine, 1 part. Les solutions d'émétique dans l'eau dis- Crème détartre pulvérisée, 1 1/2 tillée dont on imbibe des compresses, peu- Eau, 10- vent avantageusement remplacer les pom-
„ ..■'.. .„• ' • ■>- «t, mades stibiées.
On fait bouillir; on évapore jusqu'à 25° „. Ar. ,. „„ „ ,. ff/in , „ , .
de l'aréomètre, et on laisse cristalliser. :. M M'alhe pense que 1 eftetlocal ou eme-
S|ss vr& E^î^rn^ce^r îi^t
Stanay et Bertini, de Turin, ajoutent à la ™Xfe^
pommade stibiée une certaine proportion reme™e i numeur sécrétée par ce viscère.
de sublimé pour en augmenter l'activité. t. En admettant comme vraie cette assser-
La formule est la suivante : tl0n> ]1 s ensuivrait donc que la tolérance
ne pourrait pas s établir pour les composes
Pr. : Tartre s tibié, 40 gram. (2 gros 1/2). insolubles par eux-mêmes. Sublimé, 30 centig (6 grains). Axonge, 50 gram. (1 once 1/2).
THERAPEUTIQUE.
Il est peu de médicaments qui aient excité autant de controverses que l'Antimoine. Longtemps proscrit par des arrêts solennels émanés ou des grands corps politiques de l'État ou des facultés de médecine, il a été vanté avec une exagération que la persécution pouvait seule justifier ; il a été déprécié avec un acharnement que ne justifiaient pas toujours les accidents causés par l'imprudence ou l'impéritie.
De toutes les préparations d'Antimoine dont fourmillaient les anciennes pharmacopées, deux seulement avaient survécu : l'émétique et le kermès; et si quelques médecins se hasardaient encore à prescrire l'Antimoine diaphorétique, ce n'était que dans des circonstances fort rares. De nos jours, en France, on a même presque complètement abandonné le kermès; et le tartre stibié est resté seul en possession d'une réputation qui lui a été vivement contestée.
Nous aurons à examiner, dans le cours de ce travail, si l'on n'a pas trop dédaigné des préparations antimoniales utiles, et si l'usage presque exclusif du tartre stibié n'a pas été la seule cause des préventions que l'on a conçues contre l'Antimoine.
Nous avons, pendant vingt ans, expérimenté avec le plus grand soin, dans notre hôpital, l'action comparative des diverses combinaisons de l'Antimoine, et nous sommes parvenus à quelques résultats nouveaux qui ne nous paraissent pas indignes d'être relatés ici.
Toutes les préparations antimoniales, quelles qu'elles soient, possèdent une propriété irritante, d'autant plus active qu'elles sont plus solubles. Ainsi, l'émétique appliqué sur la peau, sur la membrane muqueuse de l'œil, du nez, de la bouche, des parties génitales, détermine une inflammation de nature spéciale et d'une grande gravité. Porté dans le canal alimentaire, il y cause toujours une inflammation plus ou moins>vive, et subordonnée à l'état antérieur du tube digestif, et à quelques autres circonstances organiques qu'il est difficile et souvent impossible d'apprécier.
Un effet à peu près constant de l'ingestion des antimoniaux, c'est le
vomissement. Mais les doses qui peuvent le provoquer varient singulièrement; car le tarlre stibié, par exemple, peut faire vomir à la dose de moins de 1 centigramme (1/5 de grain), et l'acide antimonique doit être porté jusqu'à 4 grammes (1 gros) et davantage pour produire un. effet vomitif analogue. Injectés dans le rectum, dans les veines, ou soumis à l'absorption dans quelque point que ce soit, les antimoniaux provoquent le vomissement plus sûrement encore que lorsqu'ils sont mis en contact avec la membrane muqueuse de l'estomac : ce qui prouve que le vomissement est, dans ce cas, plutôt l'effet d'une modification spéciale du système nerveux que de l'irritation locale déterminée par l'application du médicament.
Dans l'acte du vomissement, les malades éprouvent un sentiment d'horripilation, suivi bientôt d'un commencement de lipothymie qui s'accompagne le plus ordinairement d'une sueur abondante. Ces phénomènes ne sont pas particuliers aux vomissements produits par l'Antimoine, mais ils appartiennent aussi à ceux qui sont causés par tout autre agent thérapeutique, et la diaphorèse ne doit pas plutôt être attribuée aux antimoniaux qu'à toute autre substance vomitive. La chose est si vraie, que, sur plus de cent malades que nous avons soigneusement interrogés pour savoir si les préparations antimoniales, et l'Antimoine diaphorétique principalement, provoquaient une sueur plus abondante, deux seulement nous ont paru avoir sué un peu plus que d'habitude, et encore nous a-t-il été impossible d'apprécier si la diaphorèse avait été, dans ce cas, une circonstance naturelle de la maladie, ou si elle avait été déterminée par la médication. C'est pourquoi nous n'hésitons pas à déclarer que les antimoniaux ne sont sudorifiques que dans l'acte même du vomissement, et qu'à ce titre ils ne l'emportent sur aucune autre substance vomitive. Que si, dans le cours d'une pneumonie aiguë, la peau est sèche et chaude, et qu'après l'administration de l'Antimoine, elle devienne fraîche et humide, il n'en faudra pas conclure à l'action diaphorétique du médicament, car le même effet eût été produit par toute autre médication qui eût modifié la fluxion de poitrine de la même manière. Une autre cause a peut-être, de nos jours, accrédité parmi les médecins l'opinion que nous venons de combattre. On a vu que, dans le rhumatisme articulaire aigu traité par le tartre stibié, les malades ruisselaient de sueur, et l'on a attribué cette sécrétion à l'émétique, d'autant plus volontiers qu'une opinion populaire, partagée malheureusement par beaucoup de médecins, considère la sueur comme le signe le plus favorable dans la maladie qui nous occupe ici. De là cette pratique pernicieuse d'ordonner aux rhumatisants des bains de vapeurs ou des bains chauds ordinaires, ce que l'on eût évité si l'on eût pris la peine d'observer que, de toutes les maladies aiguës sporadiques, le rhumatisme articulaire est peut-être celle qui s'accompagne le plus ordinairement de sueurs abondantes. Cette simple notion clinique suffit pour faire apprécier à sa juste valeur la prétendue vertu diaphorétique du tartre stibié, administré autrement que comme vomitif.
Arrivons maintenant à l'étude des propriétés spéciales des antimoniaux, propriétés tellement importantes que Ton doit s'étonner tous les jours, moins de l'enthousiasme exagéré qui a accueilli cette substance, lorsque la matière médicale en a fait la conquête, que du discrédit dans lequel elle était tombée naguère. Nous croyons qu'il existe, en thérapeutique, peu d'agents antiphlogistiques aussi puissants lorsqu'on l'administre d'une manière et dans des* circonstances convenables. Nous ne croyons pas non plus qu'il y ait de médicament dont l'innocuité soit plus constante, pourvu que l'on sache choisir la préparation antimoniale, et qu'on la donne avec les précautions sur lesquelles nous insisterons dans le cours de cet article.
Le travail que nous avons publié, en 1833, sur l'Antimoine, dans le Dictionnaire de Médecine en 25 volumes, a été l'objet d'attaques tellement violentes, et nous a valu de si fortes injures, qu'il est essentiel de revenir sur les faits que nous avons observés efysur les conséquences que nous en avons tirées.
Avant tout, il est essentiel de discuter une loi de thérapeutique générale, qui semble de nos jours totalement oubliée, à savoir : que les constitutions médicales ont une influence immense su?' le mode d'action des médicaments.
On peut légitimement considérer les substances médicamenteuses, quand elles sont appliquées au corps de l'homme, comme des agents morbitiques, assimilables à ceux qui nous assiègent communément. Or, on se demande tout d'abord si les agents morbifiques ordinaires ont toujours le même mode d'action. C'est à l'expérience de répondre.
Un homme, dans une certaine constitution épidémique, est exposé â l'intempérie de l'air ; il contracte une pneumonie, plus tard un rhumatisme articulaire, ailleurs une pleurésie, dans d'autres cas une dysenterie. La même cause ici a déterminé une fluxion inflammatoire sur des organes différents. Ce fait, s'offre si souvent à l'observateur qu'il ne peut être controversé par personne. Ainsi, pendant l'épidémie du choléra (1832), la cause en apparence la moins propre à troubler les fonctions digestives causait de la diarrhée et quelquefois le choléra d'emblée. Deux ans plus tard, pendant le règne de la grippe, cette même cause déterminante, à laquelle naguère nous avions rapporté le choléra,, donnait lieu maintenant à une forme particulière de catarrhe.
Or rien n'avait changé dans la cause ; elle était identique à elle-même; comment ne produisait- elle pas les mêmes effets ?
C'est que dans l'action d'une cause il y a deux choses également importantes à considérer : d'abord la nature de la cause qui reste toujours semblable à elle-même, et le support de la cause, savoir, l'économie à laquelle elle s'applique, qui varie à l'infini, et qui réagit en vertu de l'idiosyncrasie d'abord, et aussi en vertu d'une disposition accidentelle qui, à elle toute seule, exerce une immense influence. C'est cette disposition accidentelle qui, départie à un grand nombre d'individus dans un
même temps, dans un même pays, prend le nom de constitution épidémique, qui est à la masse ce que Yidiosyncrasie ou la constitution particulière est à l'individu.
Quand donc tous ou presque tous les hommes ont une constitution accidentelle commune, que j'appelle constitutionmédicale ouépidémique, la même cause qui, en dehors de cette constitution, produisait des effets donnés, produira des effets tout différents, parce que précisémentle supportde la cause, savoir l'économie, se trouvera dans une disposition différente, en vertu de laquelle elle réagira différemment.
Or, le médicament appliqué à l'homme trouve le malade non-seulement avec l'infirmité spéciale contre laquelle il est administré, mais encore avec la constitution commune ou épidémique qui, nécessairement, va modifier ses effets. Pour prendre un exemple, supposons dans un pays une constitution cholérique. Si le mercure est employé en frictions dans la péritonite puerpérale ou le rhumatisme articulaire, il surviendra presque immédiatement du côté du tube digestif des accidents dont la gravité pourra être extrême; de sorte que, dans ce cas, le mercure, distrait de son action naturelle, est allé influencer l'intestin avant d'avoir manifesté les effets qu'il produit ordinairement.
Ici l'exemple est grossièrement évident; mais, pour n'être pas auss nettement manifeste, l'influence de la constitution médicale n'en est pas moins constante dans une multitude d'autres circonstances.
Est-il vrai que, telle année, tous les érysipèles cèdent avec une facilité merveilleuse à deux ou trois émissions sanguines ; que, l'année suivante, une saignée sera suffisante ; que, plus tard, l'émétique rendra de plus grands services que les pertes de sang; que, dans d'autres circonstances, une médication purement expectante réussira mieux ? Voilà donc les émissions sanguines, l'émétique, les simples émollients, éprouvant des succès divers dans la même maladie, en raison de modifications spéciales éprouvées par l'organisme.
Au même rang se placent beaucoup de médications et de substances médicamenteuses, et il est bien facile de recueillir à ce sujet les témoignages de tous les médecins qui ont écrit avant notre siècle d'expérimentation intelligente.
Aujourd'hui un médecin se met en tête une idée thérapeutique, ou plutôt une idée d'expérimentation, ce qui n'est pas la même chose. Il va soumettre, sans exception d'âge, de sexe, de tempérament, de constitution médicale, tous ses malades à un traitement identique, pendant une longue période d'années, et il enregistrera gravement le nombre des décès et des guérisons, mois par mois, an par an, et tirera de là des lois thérapeutiques qu'il regardera comme irréfragables. Peu lui importe que telle année il ait à déplorer une mortalité effroyable, que telle autre il ait à se réjouir d'un grand nombre de guérisons ; pour lui, c'est une question de chiffres ; il veut ses additions, et le résultat est ce qu'il appelle une loi.
Mais si vous lui demandez pourquoi, en 1830, il a perdu un malade sur trois, et pourquoi, en 4840, il en perd un sur dix, il ne s'en inquiète guère, et il conclut avec nplomb que la maladie était moins grave en 1840 qu'en 1830. Sa conclusion serait légitime s'il avait abandonné ses malades aux seuls efforts de la nature; mais il compte pour rien son traitement, et il ne comprend pas que l'année dans laquelle il a perdu le plus de malades serait celle peut-être où il en serait mort le moins, si le traitement eût été autre.
Quand on lit avec attention les belles pages de Sydenham et de Stoll sur les modifications thérapeutiques que nécessitaient les constitutions épidémiques qu'ils observaient avec tant de soin, on reste convaincu, d'une part, de l'étroitesse de vue des médecins qui restent toujours dans la même voie, malgré le changement de constitution; d'autre part, de l'influence extrême que le changement de constitution exerce sur le mode d'action des mêmes médicaments dans une maladie dont la manifestation locale est la même. Revenons à l'Antimoine.
Pour bien faire comprendre la différence immense qui sépare le mode d'action des antimoniaux observés en 1831 et 1832, et celui des mêmes médicaments administrés en 1846, en 1851, qu'il nous suffise de jeter un coup d'œil sur les effets immédiats de ces agents, et l'on jugera par là quelle doit être l'influence secondaire. Or, le lecteur admettra aisément que, s'il est possible de mal juger les résultats secondaires d'une médication, au moins est-il toujours impossible de se tromper sur son action immédiate.
En 1831, à l'Hôtel-Dieu et dans notre pratique particulière, nous ne pouvions dépasser, pour l'adulte, la dose de 1 gramme (20 grains) d'oxyde blanc d'Antimoine, pour un jour, sans donner lieu à des vomissements et à de la diarrhée. Nous ne pouvions prescrire le kermès à plus de 30 à 50 centigrammes (6 à 10 grains), et encore étions- nous obligés de le mêler à une assez grande quantité d'opium pour le faire tolérer. Quant à l'émétique, il provoquait si constamment de graves accidents, et il était si difficile de le faire supporter aux malades, que nous avions été forcés d'y renoncer.
Ce que nous observions à l'Hôtel-Dieu de Paris, d'autres praticiens le remarquaient également dans d'autres hôpitaux et dans leur clientèle. Aujourd'hui (1851), dès le premier jour, on peut donner à un adulte 16 grammes (une demi- once) d'Antimoine diaphorétique lavé, sans qu'il éprouve même un soulèvement d'estomac. ' Nous portons d'emblée le kermès à la dose de 2 à 3 grammes (40 à 60 grains), et nous ne sommes pas obligés de lui associer le sirop diacode. Dans les pneumonies, dès le premier jour, nous n'hésitons pas à conseiller 1 gramme (20 grains) d'émétique, et c'est à peine si une dose si élevée fait vomir une ou deux fois.
Ici, nous le répétons, il ne peut y avoir d'erreur, et pourtant ces résultats sont à ce point évidents, qu'ils frappent tous les yeux, et que
certains médecins, qui jadis s'élevaient contre nous avec violence, parce que, disaient-ils, nous causions avec le kermès d'horribles gastro-entérites, disent aujourd'hui dans leurs leçons publiques que ce médicament est à peu près aussi inerte que du sucre en poudre.
On est en droit maintenant de se demander si l'immense différence que l'on remarque aujourd'hui entre les effets immédiats des mêmes préparations antimoniales, comparés à ceux que l'on observait il y a quinze ans, n'est pas un grand motif de supposer qu'il a dû en être de même pour les faits secondaires.
Il est pour nous incontestable que les antimoniaux donnés à une dose convenable sont un des plus héroïques moyens dans le traitement de la pneumonie; mais les doses n'ont rien d'absolu, et elles doivent changer non-seulement suivant chaque individu, mais aussi suivant les constitutions médicales, et nous ne comprenons pas, en vérité, pourquoi il n'en serait pas de l'Antimoine comme de la saignée.
Est-il au monde un médecin assez infatué d'une théorie qui n'admette que les émissions sanguines doivent être proportionnées à la force du sujet et à sa constitution individuelle? Est-il un médecin attentif qui, employant la saignée dans la pneumonie, n'ait remarqué que, certaines années, il obtenait la guérison à plus ou moins de frais que l'année précédente, et cela indépendamment de la constitution individuelle ? Cette manière d'être nouvelle se trouvait sous l'influence de la constitution épidémique. Est-il donc si surprenant que l'Antimoine, en tant qu'agent thérapeutique, se trouve précisément dans le même cas que les émissions sanguines ?
Si nous sommes entrés dans cette discussion, ce n'est, en aucune manière, pour réclamer une espèce de bill d'indemnité, mais bien seulement pour justifier les différences que l'on trouvera entre ce chapitre et l'article que nous avons publié en 1833, dans le Dictionnaire de médecine en vingt-cinq volumes.
Nous avons donné, depuis plusieurs années, des préparations antimoniales à un grand nombre de malades atteints d'affections non fébriles, telles que sciatiques, rhumatismes et catarrhes chroniques, douleurs nocturnes syphilitiques, etc., etc. La grande circulation, la respiration, la sécrétion urinaire, ont éprouvé de très-importantes modifications.
1° La circulation. Le pouls devenait plus faible, plus lent ; les impulsions du cœur, explorées avec le stéthoscope, étaient en harmonie avec le pouls. Nous avons vu le nombre des pulsations descendre en trois jours de soixante-douze à quarante-quatre, et se soutenir longtemps à ce dernier nombre. Le plus ordinairement la force du pouls est diminuée d'une manière très -notable, mais le nombre des pulsations ne descend guère au-dessous d'un cinquième ou d'un quart. Nous avons, dans un certain nombre de cas, observé un phénomène singulier qui succède à l'administration de l'Antimoine : le pouls devient excessivement irrégulier, sans perdre rien de sa fréquence ; cette irrégularité persiste quelquefois pen-
dant toute la durée de la médication; mais le plus souvent elle précède et annonce la diminution dans le nombre des pulsations artérielles. Quelques circonstances, que nous indiquerons tout à l'heure, empêchent que l'antimoine n'ait aucune action appréciable sur le système de la grande circulation.
2° La respiration. Nous avons vu le nombre des mouvements respiratoires diminuer tellement, que des malades, soumis à l'expérience, ne respiraient plus que six fois par minute, lorsque auparavant ils respiraient seize, vingt et vingt-quatre fois ; et l'on n'eût pu s'empêcher de concevoir de grandes inquiétudes, si l'on n'avait été rassuré en même temps par la bonne contenance du malade, et par le témoignage qu'il nous donnait de son bien-être. Il est, en etfet, bien remarquable qu'un médicament qui exerce une action si puissante sur les mouvements du cœur et sur ceux des muscles inspirateurs, ne débilite pas le système musculaire de la vie de relation, et que les malades conservent leurs forces, l'intégrité de leurs facultés intellectuelles, et celle de toutes les fonctions organiques, en même temps que deux fonctions générales aussi essentielles éprouvent une immense perturbation. Il faut dire que les malades, lorsqu'ils respirent avec cette extrême lenteur, n'éprouvent aucune gêne dans la respiration, et qu'ils sont en quelque sorte assimilés aux grands animaux, dont les mouvements thoraciques et circulatoires sont si lents.
3° La sécrétion urinaire. Lorsque les antimoniaux ne déterminaient ni purgations ni vomissements, ils augmentaient presque constamment la sécrétion urinaire. Ce phénomène nous a frappés, et nous nous sommes étonnés de ne l'avoir vu explicitement indiqué par aucun des auteurs qui , dans ces derniers temps, ont écrit sur l'Antimoine. Nous avons dû également remarquer ce qu'il y avait de commun entre la plupart des autres substances diurétiques et les antimoniaux. Celles-là, ainsi que ces derniers, exercent en même temps une action dite stimulante sur les reins, et une sédation sur le système circulatoire : ainsi la digitale, la scille, les acides végétaux, les sels de soude et de potasse, etc. ; et par contre, nous voyons que les substances qui stimulent le plus énergiquement la circulation, augmentent la diaphorèse et diminuent la sécrétion urinaire : ainsi l'opium, les solanées vireuses, les alcools, les composés ammoniacaux, etc. Nous ne voulons pourtant pas dire qu'il soit possible d'appliquer ce principe à toutes les substances diurétiques ou diaphorétiques ; nous avons voulu seulement indiquer ici quelques rapprochements qui nous semblaient n'être pas tout à fait inutiles.
Il est fort remarquable que l'influence des antimoniaux ne cesse pas aussitôt que l'on cesse l'administration du médicament. Ainsi nous voyons souvent le ralentissement du pouls et des mouvements respiratoires persister encore plusieurs jours après que l'en a suspendu l'usage du médicament.
Nous avons dit plus haut que les préparations antimoniales provoquaient le vomissement et la diarrhée ; mais ces modifications qu'éprouve l'appaii. ta
reil digestif sont en raison du composé antimonial, de la susceptibilité du canal alimentaire, de la durée de la médication, du régime de celui qui est le sujet de l'expérience, de son âge et de son sexe, etc.
A. Composé antimonial. Le tartre stibié est, de tous les antimoniaux, celui qui provoque le plus activement les vomissements et la diarrhée. Ces effets sont produits par une dose qui varie depuis un quart de grain jusqu'à 4 grains. Vient ensuite l'Antimoine métallique, dont la dose ne doit pas être plus que quadruple de celle du tarire stibié, puis les combinaisons des oxydes d'Antimoine avec un excès de potasse, le kermès, la poudre d'Algaroth, et enfin les oxydes d'Antimoine purgés de l'excès de potasse qu'ils pouvaient contenir; enfin l'oxyde pur, l'acide antimonieux et l'acide antimonique. Ces six dernières préparations ne devraient réellement pas être considérées comme vomitives et purgatives ; car, le plus souvent, il ne faut pas moins de 8 à 16 grammes (2 gros à une demi-once) pour produire les effets que l'on obtient avec 2 centigrammes (1 demigrain) d'émétique.
On peut établir, en thèse générale, que l'action irritante locale des antimoniaux est en raison directe de leur solubilité. Cette formule nous semblait vraie; mais nous n'avons pas été médiocrement étonnés, dans le cours de nos expériences, en voyant que l'Antimoine métallique, parfaitement pur et porphyrisé, avait une action presque aussi énergique que le tartre émétique. Il était, nous l'avouons, bien difficile d'expliquer une pareille anomalie; car, en admettant qu'il s'oxydât promptement dans les voies digestives pour passer à l'état de sel, encore ne pouvait-on concevoir comment des oxydes d'Antimoine avaient une action si différente de celle du métal pur.
B. L'état du canal alimentaire. L'action vomitive et purgative des antimoniaux s'exerce avec beaucoup plus de violence quand il existe une inflammation de la membrane muqueuse du tube digestif. C'est alors que les préparations stibiées les plus inoffensives, dans la généralité des cas, causent des vomissements répétés et des sùperpurgations souvent fort dangereuses. C'est ainsi que nous avons vu des phthisiques périr rapidement à la suite de l'administration des antimoniaux qui avaient aggravé l'inflammation tuberculeuse de l'intestin. Aussi, dans les pneumonies des poitrinaires, devons-nous être sobres des préparations stibiées, et employer de préférence tout autre moyen, dût-il n'avoir pas immédiatement d'aussi bons résultats. Il est d'autant plus essentiel de ne donner l'Antimoine que dans le cas seulement où la membrane muqueuse est saine, que si, d'une part, la phlegmasie intestinale est augmentée, d'autre part, les effets antiphlogistiques indirects du médicament ne sont pas obtenus.
Cependant il ne faudrait pas croire qu'une diarrhée aiguë abondante et des vomissements fussent toujours une contre-indication de l'administration des antimoniaux. Laennec avait déjà constaté, et bien souvent nous avons vu que tous les accidents cessaient du côté des viscères gastriques
sous l'influence d'une dose élevée d'émétique ou de kermès. Aussi n'hésitons-nous jamais à administrer les antimoniaux, lorsque, dans le cours d'une pneumonie aiguë, des vomissements et de la diarrhée se sont montrés avec quelque violence. Si donc les signes d'une phlegmasie gastro-intestinale aiguë (si tant est que la diarrhée et les vomissements indiquent toujours une inflammation de la membrane muqueuse du tube digestif) ne doivent pas empêcher de donner l'Antimoine dans le cas de pneumonie} d'un autre côté, nous devons reconnaître qu'il n'en est point de mémo quand la diarrhée et les vomissements existent depuis longtemps.
Que si, lorsque des accidents inflammatoires de l'intestin sont un épiphénomène de la pneumonie aiguë, nous recourons sans hésiter aux antimoniaux pour combattre la maladie principale, nous ne suivons pas la même conduite thérapeutique quand la pneumonie devient, au contraire, un accident de la maladie principale, comme cela s'observe si communément dans la dothinenthérie en administrant l'émétique. Dans ce cas, on augmente les accidents locaux de l'affection intestinale, à moins que l'on ne donne les préparations insolubles : nous, avons vu souvent Laennec luimême causer par cette méthode une funeste aggravation des symptômes, et il a fallu tout l'aveuglement de la prévention pour que cet illustre médecin persistât dans une pratique dont il était facile de constater le danger.
G. Durée de la médication. Lorsque l'on administre des préparations solubles d'Antimoine à dose un peu élevée, le premier effet est de provoquer des vomissements et de la diarrhée. Après un temps plus ou moins long, mais qui varie entre douze heures et trois jours, la tolérance s'établit, c'est-à-dire que le médicament est supporté sans déterminer d'accidents locaux appréciables. Cette tolérance est quelquefois immédiatement obtenue, d'autres fois elle ne peut jamais survenir, et ce phénomène s'observe surtout chez les personnes dont le canal alimentaire est malade derpuis longtemps.
Quand, au contraire, on n'a donné que des préparations insolubles d'Antimoine, il est assez rare que l'on observe de la diarrhée ou des vomissements; en d'autres termes, la tolérance s'établit presque toujours d'emblée.
La durée de la tolérance est variable, et il est important d'insister ici sur quelques préceptes thérapeutiques dont l'oubli peut être suivi d'accidents bien graves. En général, lorsque la tolérance s'est établie difficilement, elle dure peu, et l'on voit reparaître les accidents au bout d'un ou de deux jours; dans le cas contraire, on la voit durer quatre, huit et jusqu'à quinze jours, lorsqu'on a usé d'une préparation soluble, et presque indéfiniment lorsque Ton use d'un composé insoluble.
Quelle qu'ait été la durée de la tolérance, une fois qu'elle a cessé, il faut ne plus donner d'Antimoine, car on voit rapidement survenir des accidents gastriques dont on a peine quelquefois à se rendre maître. Il est même fort remarquable que, lors même que l'on a cessé l'usage du remède avant que les vomissements ou la diarrhée nous en aient fait une
nécessité, les malades éprouvent pendant quelque temps une grande propension au dévoiement.
A vrai dire, nous ne doutons pas, comme nous l'ont démontré plusieurs autopsies, que le contact prolongé de l'Antimoine ne détermine sur la membrane muqueuse gastro-intestinale des phlegmasies locales, analogues à celles que l'on voit survenir sur la peau lorsqu'on a fait usage de frictions ou de lotions slibiées; et quoique ces gastro-entérites, par cause externe, n'aient rien de grave en général, toujours est-il qu'il faut éviter de les porter au delà de certaines bornes.
Nous avons dit plus haut que les effets généraux de l'Antimoine n'étaient point obtenus lorsque le médicament causait de la diarrhée et des vomissements : la raison en est bien simple, c'est qu'il n'en est presque pas absorbé; aussi doit-on, par tous les moyens, chercher à obtenir la tolérance. C'est en associant l'opium à l'émétique que Laennec parvenait plus certainement à faire supporter le remède ; l'addition de quelques substances aromatiques, telles que l'eau distillée de fleurs d'oranger, lui semblait propre à diminuer les nausées. Ces moyens sont rarement utiles lorsque l'on fait usage d'antimoniaux insolubles, et ils ne doivent être employés qu'au début lorsqu'on se sert de l'émétique; car, d'une part, l'opium nuit singulièrement aux effets sédatifs de l'Antimoine, comme Rasori l'avait déjà dit, et, d'autre part, par l'association de l'opium, on risque de masquer pendant quelque temps des accidents intestinaux qui éclatent ensuite avec une violence beaucoup plus grande.
Il nous reste à parler d'un phénomène que quelques personnes ont désigné sous le nom de saturation antimoniale. En général, lorsque l'on a soutenu pendant plusieurs jours la médication par le tartre stibié, le malade éprouve dans toute la gorge, dans la bouche et sur la langue, un sentiment de tension qui s'accompagne de quelque douleur et d'un goût métallique bien prononcé. Ce goût a été comparé à celui que l'on éprouve lorsque l'on fait usage de mercuriaux. Nous nous étonnons que l'on ait cherché à assimiler complètement l'action de l'émétique sur la membrane muqueuse buccale à celle du mercure sur les mêmes parties. Il y a en effet cette grande différence, que le mercure n'agit qu'indirectement sur la bouche, tandis que l'Antimoine exerce une action purement locale exactement semblable à celle des lotions slibiées sur la peau. En effet, le passage répété d'une solution de tartre émétique sur la langue et sur les amygdales détermine une inflammation aphtheuse qui cause de vives douleurs, et ne se guérit qu'après plusieurs jours. Ce phénomène ne doit donc pas être attribué à une véritable saturation, et il ne faut pas l'attendre pour cesser l'administration de l'Antimoine, car il ne se développe que très-rarement lorsqu'on a fait prendre des préparations stibiées insolubles. Mais lorsque la membrane muqueuse buccale s'enflamme, il faut au plus tôt renoncer au tartre stibié, car on voit immédiatement se développer, du côté des organes abdominaux, des accidents qui peuvent être graves. D. Régime du malade. Nous ne croyons pas que personne ait ap-
précié convenablement l'immense influence que le régime exerce sur les effets thérapeutiques de l'Antimoine. Nous avons dit plus haut que nous avions administré des antimoniaux à des hommes atteints de sciatique, de rhumatismes chroniques, de catarrhes non fébriles, et qui, à cela près, jouissaient de l'intégrité de leur santé. Tant que nous les tenions à la diète, c'est-à-dire qu'ils ne mangeaient que trois soupes par jour ou le quart de portion, nous observions les phénomènes généraux dont nous avons déjà parlé; mais lorsque nous accordions un peu plus d'aliments et que les malades mangeaient la demie ou les trois quarts, le pouls et la respiration reprenaient leur fréquence normale, et la sécrétion urinaire n'était pas augmentée d'une manière aussi notable. Pourtant, chez quelques-uns d'entre eux, les effets de l'Antimoine ont persisté malgré l'alimentation; chez d'autres, il ne restait que de l'irrégularité dans le pouls, irrégularité qui continuait encore pendant quelques jours après qu'on avait cessé tout traitement. On peut établir en thèse générale que l'action générale de l'Antimoine sur l'économie animale est d'autant plus puissante que la diète est plus sévère, et, au contraire, l'action irritante locale est d'autant plus vive que la quantité des aliments est plus considérable. En effet, nos expériences nous ont prouvé que la même dose d'Antimoine qui, la veille, n'avait causé ni vomissements ni coliques lorsque le malade était à la diète absolue, déterminait le lendemain de légers troubles des fonctions digestives, troubles qui augmentaient en proportion de l'augmentation des aliments : d'où suit naturellement ce précepte thérapeutique que la dose des préparations antimoniales doit être diminuée à mesure que l'on se relâche de la sévérité de la diète imposée au malade.
Certains aliments, certaines substances médicamenteuses modifient l'action des antimoniaux , et il est d'autant plus important de le savoir, que bien souvent on ne sait à quoi attribuer des accidents qu'on peut aisément éviter lorsque l'on a été averti. Le vin, les fruits acides, tels que les oranges, les limons, les citrons, les groseilles, les cerises, etc., et même les confitures de groseille, le raisiné, etc., les boissons faites avec les sucs des fruits acerbes ou acides, augmentent singulièrement la propriété vomitive et purgative des antimoniaux; et, le fait une fois constaté, nous avons pu l'expliquer aisément par la présence de l'acide tartrique ou citrique dans les aliments ou les tisanes acides, qui forment avec l'Antimoine des sels solubles et violemment émétiques.
E. Age et sexes. Pour ce qui regarde l'âge et le sexe, on peut établir que les vomissements et la diarrhée sont beaucoup plus faciles chez les enfants et chez les femmes que chez les adultes du sexe masculin. La tolérance dure peu de temps aussi chez les enfants, et il faut y faire une sévère attention ; car l'Antimoine, si puissamment utile pour combattre dès le premier âge les pneumonies et certaines affections cérébrales , peut devenir une arme très-dangereuse si son emploi est continué au delà des bornes convenables.
Quelque prudence qu'on ait mise dans l'administration des antimoniaux, il peut arriver que, chez certains malades, de graves désordres des fonctions digestives nécessitent de prompts secours. Il arrive souvent que la diarrhée persiste pendant trop longtemps et entrave la marche de la convalescence. Quand il survient de violents vomissements et des superpurgations le premier jour de l'administration des antimoniaux, on ne doit pas concevoir d'inquiétude , car, en persistant dans la médication , la tolérance s'établit le plus souvent le second ou le troisième jour du traitement. Les vomissements et la diarrhée ne sont réellement à redouter que lorsqu'ils reparaissent après la période de tolérance. La première chose à faire alors, c'est de cesser immédiatement l'Antimoine ; car nous ne saurions trop le répéter, la tolérance perdue ne se rétablit que trèsdifficilement. La diète, les boissons féculentes, les lavements d'amidon , devront être conseillés tout de suite ; en même temps on fera prendre au malade 4 grammes (1 gros) d'électuaire diascordium dans les vingtquatre heures, ou mieux une mixture dans laquelle on fera entrer 12 décigrammes (i scrupule) de diascordium, 6 décigrammes (12 grains) de gomme kino, et 5 centigrammes à 1 décigramme (1 à 2 grains) de sulfate ou d'hydrochlorate de morphine. Que si les vomissements ne permettaient pas de supporter cette potion, on administrerait en lavement ces mêmes remèdes, et s'ils ne calmaient pas la violence des coliques et des vomissements, on mettrait sur l'épigastre et sur le trajet des deux colons droit et gauche un vésicatoire extemporané qui^ermettrait de recouvrir le derme dénudé de sulfate ou d'hydroclorate de morphine.
Il est rare que de pareils moyens ne calment pas dans vingt-quatre heures, ou deux jours au plus, la violence des accidents ; dès que ce but est atteint, on a recours au sous-nitrate de bismuth, que l'on donne chez les adultes à la dose de 50 centigrammes (40 grains), trois, quatre ou cinq fois par jour, et que l'on continue pendant quelque temps , même après que la diarrhée et les vomissements ont complètement cessé ; c'est aussi à cette dernière médication que nous avons presque toujours recours lorsque, après l'administration longtemps continuée de l'Antimoine, il reste quelques troubles fonctionnels du canal alimentaire.
Quant à l'inflammation aphtheuse qui survient quelquefois sur la membrane muqueuse du pharynx et de la bouche, on peut la prévenir en donnant le médicament sous forme pilulaire; et, si elle existe, on la modère aisément par des gargarismes ainsi composés : eau commune, 375 grammes (12 onces); alun, 8 grammes (2 gros); sirop de mûres, 64. grammes (2 onces) ; ou bien : eau distillée, 375 grammes (12 onces) ; sulfate de zinc, 60 centigrammes (12 grains); sirop de fleurs d'oranger, 64 grammes (2 onces) ; ou bien encore par le collutoire suivant : acide hydrochlorique, 8 grammes (2 gros) ; miel rosat, 64 grammes (2 onces).
Action thérapeutique de V Antimoine. Déjà, dans le premier volume, nous nous sommes occupés d'une des principales préparations antimoniales, c'est-à-dire du tartre stibié , comme irritant topique et comme évacuant ;
ici nous étudierons d'une manière toute particulière l'action des antimoniaux en général sur les maladies fébriles, nous réservant de traiter un peu plus loin de quelques autres applications thérapeutiques un peu moins importantes.
Depuis que les antimoniaux étaient devenus du domaine de la thérapeutique, on avait souvent, par leur moyen, obtenu la guérison de maladies fort graves. Mais l'action vomitive, purgative, et diaphorétique du médicament avait seule frappé les médecins, et ils n'avaient pas formulé les résultats qu'ils n'avaient pas compris. Cependant le kermès était prescrit assez souvent à haute dose comme béchique et comme altérant , et l'Antimoine diaphorétique lavé était donné à la dose d'une demi-once par jour (16 grammes), dans 4 onces (125 grammes) d'infusion de bourrache, dans le cas spécial de pleurésie et de péripneumonie , comme on peut s'en assurer en lisant le formulaire des hôpitaux de Paris pour l'année 1764. Mais cette médication était tombée en oubli, lorsque Rasori, professeur de clinique à Milan, publia, sur l'action thérapeutique de Fémétique à haute dose , des travaux qui eurent un grand retentissement dans le monde savant. Il reconnut que, dans certaines maladies, Fémétique à haute dose amenait une prompte cessation des accidents inflammatoires. Peschier, de Genève, Laennec et plusieurs autres praticiens, constatèrent ces importants résultats, et maintenant il n'est personne qui révoque en doute la puissance du tartre stibié à haute dose dans le traitement de certaines pneumonies. Les opinions sont beaucoup moins unanimes sur l'efficacité de ce même agent thérapeutique contre le rhumatisme articulaire, la phlébite, la péritonite, la pleurésie, la méningite, l'angine, etc. Nous discuterons avec impartialité les opinions des auteurs en les comparant aux faits nombreux que nous avons nous-mêmes observés, et nous indiquerons avec la même bonne foi et les cas où nous avons vu les antimoniaux suivis d'un plein succès , et ceux dans lesquels ils n'ont donné aucun résultat avantageux.
De l'emploi de l'Antimoine dans la pneumonie aiguë. Depuis la publication de nos travaux sur l'action thérapeutique des antimoniaux, en 1832, il s'est élevé à ce sujet une controverse des plus vives. Attaqué avec une violence souvent peu équitable, vanté par d'autres avec une exagération passionnée, l'Antimoine est pourtant demeuré dans le domaine de la thérapeutique , et aujourd'hui que les questions personnelles sont un peu oubliées, il est moins difficile de juger cette grave et importante question. Et d'abord Fémétique a fini par convaincre les plus incrédules, et depuis que M. Louis, cet observateur si grave et si probe, est venu hautement proclamer l'évidente efficacité du tartre stibié dans la pneumonie aiguë, personne n'a plus douté; aujourd'hui c'est donc chose jugée. Il n'en a pas été de même des autres préparations antimoniales. Le kermès n'a pu prendre droit de cité, non qu'il ait à coup sûr une efficacité moindre, mais parce que, presque seuls, à Paris, nous avons persisté dans son emploi, et que le nouvel hôpital dans lequel nous pour-
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suivions nos expériences n'était plus au centre de la capitale, comme l'Hôtel-Dieu, et que de nombreux élèves ne pouvaient plus, comme jadis, être témoins des expériences nombreuses dont ils constataient chaque jour les heureux résultats. Or, de toute évidence, le kermès, dans le traitement de la pneumonie, ne le cède en rien à l'émétique; il a même sur lui cet avantage qu'il est beaucoup moins irritant, et qu'il cause bien plus rarement ces phlegmasies de la bouche et de la gorge, et ces inflammations gastro-intestinales qui ne permettent .pas toujours de continuer l'emploi de l'émétique aussi longtemps qu'il serait convenable de le faire pour amener à bien une pneumonie, et surtout pour s'opposer à toute récidive. L'Antimoine métallique, l'Antimoine diaphorétique non lavé, en un mot, les préparations antimoniales les plus irritantes, ne diffèrent réellement de l'émétique que par la dose; quant à leurs effets généraux, ils sont toujours les mêmes. Les préparations insolubles, telles que l'Antimoine diaphorétique lavé et les divers oxydes d'Antimoine, ont été vantées par nous en 1832 et en 1833, à une époque où, comme nous l'avons déjà dit, elles produisaient la diarrhée et les vomissements avec autant de facilité que le kermès les produit aujourd'hui. Alors, et nous ne saurions proclamer trop haut ce fait important , l'émétique, le kermès et l'Antimoine métallique irritèrent souvent de telle manière, que nous ne pouvions les employer; et les préparations insolubles, au contraire, douées de propriétés irritantes beaucoup moindres, trouvaient une application heureuse et facile. Aujourd'hui (1851) nous excluons du traitement de la pneumonie aiguë des adultes les antimoniaux insolubles, à l'exception du kermès et du régule, parce qu'ils ne nous rendent plus les mêmes services que jadis. Dans quelques années probablement il faudra y revenir, dès que la constitution médicale aura changé et que l'économie ne pourra sans dommage supporter l'action de l'émétique, du kermès et du régule.
Toutefois dans notre hôpital nous avons constaté tout nouvellement encore l'heureuse influence de l'oxyde blanc d'Antimoine dans la pneumonie des enfants, et des faits nombreux, publiés sous nos auspices dans les divers recueils périodiques, ne laissent aucun doute sur ce fait thérapeutique; mais on est forcé de porter à des doses assez fortes l'oxyde blanc d'Antimoine, et le kermès peut, à coup sûr, à de moindres doses, produire le même résultat.
Revenons à l'analyse des effets produits par les antimoniaux dans la pneumonie.
Si nous voulons juger de l'influence des antimoniaux dans le traitement de la pneumonie, comparée à celle des autres traitements, nous sommes arrêtés tout d'abord par une impossibilité flagrante. Les relevés des différents auteurs, vrais, sans doute, sont cependant tellement contradictoires, que l'esprit reste en suspens et que l'on se voit forcé de rentrer en soimême, d'interroger sa propre expérience et de mesurer les observations des autres à celles que l'on a recueillies soi-même. Cette manière de juger
n'est pas à coup sûr exempte de reproche; mais, en vérité, tant que les auteurs qui nous donnent des statistiques ne tiendront aucun compte des constitutions médicales et de ces influences extérieures auxquelles les médecins de l'antiquité attachaient avec raison une importance immense, il demeurera tout à fait impossible de se servir de ces relevés statistiques, auxquels nous ne voulons pour ce moment faire un autre procès.
Il est au moins un fait sur lequel s'accordent la plupart des antagonistes de l'Antimoine, c'est que ce médicament peut rendre de grands services dans les circonstances extrêmes. Cet aveu, bien singulier, serait bien propre à démontrer que, si l'Antimoine est évidemment utile dans des cas où rien ne peut plus l'être désormais, il aurait probablement une utilité bien moins contestable encore s'il était administré alors que l'économie a encore assez de ressort pour seconder l'action curative du remède.
Presque tous les auteurs, ceux même qui ont préconisé l'Antimoine avec le plus de vivacité, sont aujourd'hui d'avis que dans le début de la pneumonie, c'est-à-dire dans les quatre ou cinq premiers jours, les émissions sanguines doivent être employées, si ne n'est dans quelques constitutions médicales qui ne se présentent que bien rarement, et chez certains malades dont la constitution individuelle ne permet réellement pas les émissions sanguines.
Il ne s'ensuit pas que l'Antimoine doive être donné seulement le quatrième ou le cinquième jour de la pneumonie, et alors seulement que le système sanguin a été vide; il doit être administré concurremment à la saignée et à la digitale, et c'est seulement de cette manière qu'il pourra, par ses propriétés antiphlogistiques, modifier l'état général de telle sorte que de nouvelles émissions sanguines soient superflues.
JDans quelques épidémies, et nous en avons observé une de ce genre, les antimoniaux exercent une influence qui étonne, et quand on a constaté ces prodigieux résultats, on est affligé de voir les mêmes agents ne plus avoir qu'une action secondaire.
Dans l'épidémie que nous observions à Paris, en 1831 et au commencement de 1832, les pneumonies les plus intenses, chez les individus les plus jeunes et les plus vigoureux, guérissaient en peu de jours sans émissions sanguines, et même nous remarquions que les malades qui avaient été saignés avant d'entrer à l'hôpital, restaient malades beaucoup plus longtemps que ceux qui ne l'avaient pas été. Les accidents fébriles, l'expectoration rouillée, cédaient dans l'espace de quarante-huit ou de soixantedouze heures, tandis que depuis 1834, et aujourd'hui encore (1851), les antimoniaux , dont l'utilité est incontestable pourtant , ne peuvent seuls mener à bien les pneumonies des adultes, du moins celles que nous observons dans notre hôpital et dans notre pratique particulière, et que les pertes de sang sont d'une nécessité évidente, excepté chez les enfants.
Il serait important d'avoir un moyen qui permît de juger d'une manière précise les formes épidémiques, les constitutions générales, qui réclament plus particulièrement l'emploi des antimoniaux, mais nous avouons qu'a-
près une attention soutenue, et après l'examen le plus scrupuleux des phénomènes morbides généraux et locaux, il nous a été tout à fait impossible d'arriver à cette notion thérapeutique. Il est triste de le dire, mais c'est un fait expérimental bien vrai, l'issue du traitement fait connaître la nature des maladies; naturam morborum ostendunt curationes. Quand on compare l'épidémie de 1831 et 1832 avec celle de 1837 et 1838, il nous a semblé que ce qui dominait, c'est que, en 1831 et 1832, il y avait une grande propension aux accidents gastriques. Ainsi, la plupart des malades avaient eu chez eux des vomissements et des diarrhées, et avaient une telle susceptibilité d'entrailles que les moindres doses d'Antimoine, fussent-ce les préparations insolubles, déterminaient le premier jour une révolte de l'estomac et des intestins, qui ne se calmaient que difficilement avec l'opium ; tandis que, dans l'épidémie de 1837, nous donnions, dès le premier jour, sans addition d'opium, une dose énorme de kermès, 4 grammes (1 gros) par exemple, sans émouvoir à peine l'estomac, et en même temps nous observions que les accidents gastriques éprouvés par ces malades, antérieurement à leur entrée dans l'hôpital, étaient moins violents et surtout moins fréquents.
Ce n'est pas à dire pour cela que les antimoniaux soient d'autant plus utiles qu'ils sont plus difficilement tolérés, ou, en d'autres termes, qu'ils font vomir et qu'ils purgent davantage ; nous verrons plus bas ce qu'il faut penser de cette idée; nous prétendons seulement que, s'il en faut juger par deux formes épidémiques bien différentes , l'Antimoine était plus utile dans celle où, précisément, l'estomac et les intestins étaient le plus irritables.
Sans nous arrêter plus longtemps à ces formes différentes de pneumonies, indiquons rapidement de quelle manière les antimoniaux doivent être administrés dans la fluxion de poitrine, telle qu'on l'observe le plus communément.
Dès que la pneumonie est constatée, et que l'on a pratiqué une saignée, on prescrit une potion stibiée dont la dose varie en raison de l'âge du malade, du composé antimonial et de la constitution médicale. L'émétique est donné dissous dans de l'eau distillée et sucrée, à la dose de 2 décigrammes à 1 gramme (4 à 20 grains) pour la première journée; l'Antimoine métallique à la dose de 5 décigrammes à 2 grammes (10 à 40 grains) ; le kermès à celle de 1 à 3 grammes (1 8 à 54 grains) ; l'oxyde d'Antimoine à la dose de 1 à 10 grammes (20 grains à 2 gros et demi). Toutes les préparations insolubles doivent être données dans un looch. blanc, ou dans un mucilage de gomme adragante suffisamment étendu et édulcoré. Pour les enfants, on peut les donner en poudre mêlées à du sucre ou à du miel, et les déposer ainsi sur la langue.
On en donne d'abord une cuillerée à bouche, ou beaucoup moins s'il s'agit d'un enfant. Quand il ne survient pas de vomissements trop violents et de trop vives coliques, on répète cette dose toutes les heures. Dans le cas, au contraire, où les accidents gastriques sont trop graves, on éloigne
les doses du médicament jusqu'à ce que la tolérance se soit établie; et alors on l'augmente en raison même de l'intensité de la lièvre et des accidents généraux.
Dès que la fièvre est calmée, il convient de diminuer la dose du médicament, et de la réduire graduellement à mesure que le malade avance dans la convalescence.
La cessation de la fièvre, et même de la plupart des accidents locaux, ne doit pas être pour le médecin un motif de renoncer immédiatement et tout d'un coup aux antimoniaux. Tout au contraire, il faut insister; mais en réduisant graduellement les doses : c'est le moyen de tenir en bride la phlegmasie, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi, et d'empêcher les recrudescences et les rechutes : car c'est en cela surtout que le traitement par les antimoniaux seuls, ou par les antimoniaux unis à la saignée et à la digitale, l'emporte sur la méthode des émissions sanguines exclusives. Les saignées en effet ont des bornes. Si elles n'ont pas jugulé la maladie, pour me servir d'une expression aujourd'hui consacrée, le médecin qui n'a que cette arme reste impuissant; tandis que les antimoniaux et la digitale, qui peuvent être continués, même pendant la convalescence, laissent constamment le malade sous l'influence de la médication qui a arrêté les progrès de la phlegmasie.
Action antiphlogistique de l'Antimoine dans les autres maladies. — Ce n'est pas seulement dans le traitement de la pneumonie que l'efficacité de l'Antimoine a été constatée; on a dit encore qu'elle n'était pas moindre pour combattre le rhumatisme articulaire, la phlébite, le catarrhe suffocant, etc. Nous avons pu faire à cet égard de nombreuses expériences, et nous indiquerons les résultats auxquels nous avons été conduits.
L'hémorrhagie parenchymateuse du poumon est, après la péripneumonie, la maladie qui cède le mieux à l'action de l'Antimoine. Une jeune femme de trente ans avait depuis dix mois une hémorrhagic pulmonaire (hémoptysie parenchymateuse) pour laquelle elle avait été saignée vingt-neuf fois. Diverses médications furent vainement essayées. Récamier prescrivit l'Antimoine diaphorétique lavé à haute dose, et la guérison fut rapide et durable.
Un homme de quarante ans fut amené à l'Hôtel-Dieu, au septième jour d'une hémoptysie extrêmement grave qui avait augmenté après deux saignées et une application de sangsues ; sept heures après l'administration de l'Antimoine, le crachement de sang avait disparu. Enfin , nous avons eu à nous louer également de cette médication chez une femme de soixantecinq ans qui éprouvait souvent de graves apoplexies pulmonaires symptomatiques d'une lésion organique du cœur. Néanmoins, nous avons tout récemment échoué complètement dans le traitement d'un jeune homme atteint d'une hémorrhagie parenchymateuse du poumon fort grave.
Dans l'hémorrhagie bronchique, l'Antimoine ne nous a pas réussi. Catarrhe suffocant. — Les antimoniaux nous ont rendu service dans le traitement des catarrhes suffocants des vieillards et dans le catarrhe
pulmonaire profond des adultes et des enfants. Cette maladie, infiniment plus grave que la pneumonie, demande à être attaquée par des doses beaucoup plus fortes.
Dans le catarrhe aigu simple nous n'avons rien obtenu de l'Antimoine comme contro-stimulant, à moins qu'il n'y eût beaucoup de fièvre.
Pleurésie. — Nous avons plus de dix fois donné les préparations d'Antimoine dans les pleurésies aiguës, et pas une fois nous n'avons pu calmer l'orgasme inflammatoire, ainsi que le prétendait Laennec.
Maladies du cœur. — Nous avons vu se calmer la fréquence du pouls et la dyspnée, chez les patients atteints d'une maladie organique du cœur, sous l'influence de hautes doses de tartre stibié, de kermès et d'oxyde blanc d'Antimoine ; mais au bout de peu de temps, lorsque la tolérance cessait, les accidents reparaissaient avec autant de violence qu'auparavant. Il est pourtant un rapprochement que nous ne pouvons passer sous silence : en parlant de la péripneumonie, nous avons dit que, sous l'influence de l'Antimoine, la circulation subissait des modifications beaucoup plus marquées que la respiration ; le contraire a lieu dans les maladies du cœur.
Phlébite. — L'action de l'Antimoine dans la phlébite n'est guère moins constante que dans la pneumonie. En 1831, une jeune fille fut saignée pour modérer une congestion utérine ; à quelques jours de là, les veines du bras s'enflamment, on applique des sangsues et des cataplasmes. Le lendemain matin, gonflement du bras, symptômes typhoïdes, suffusion ictérique de la face. 6 grammes (1 gros et demi) d'oxyde blanc d'Antimoine sont prescrits par Récamier : le lendemain matin la fièvre avait cédé, le bras était assoupli, les symptômes typhoïdes avaient disparu, et quarante-huit heures après le début du traitement, notre malade entrait en convalescence. Sanson aîné s'applaudissait beaucoup d'avoir employé le tartre stibié à hautes doses et l'oxyde d'Antimoine dans les phlébites qui suivent les graves opérations chirurgicales.
Deux fois nous avons vu réussir les antimoniaux dans une métro-péritonite puerpérale.
. Nous croyons avoir fait avorter, par le même moyen, un double phlegmon des amygdales.
Rhumatisme articulaire. — Il est peu de médecins qui, ayant convenablement essayé les antimoniaux dans la pneumonie, n'aient reconnu leur utilité, mais il n'en est pas de même pour le rhumatisme articulaire aigu. Quelques praticiens, Laennec, MM. Vyau-Lagarde, Ribes, Delourmel, etc., regardent le tartre stibié à haute dose comme l'un des meilleurs moyens pour guérir le rhumatisme articulaire. M. Chomel et surtout Dance citent des faits nombreux qui semblent indiquer que ce médicament n'a pas, dans ce cas, une action spéciale bien incontestable, et qu'il faut attribuer l'amélioration que l'on observe à l'action vomitive et purgative du remède plutôt qu'à ses propriétés contro-stimulantes. Nous
avons traité par les antimoniaux plus de trente malades atteints de rhumatisme articulaire aigu, et les résultats ont tellement varié qu'il nous a été impossible d'indiquer, à l'égard de cette maladie, des résultats thérapeutiques à peu près constants, comme nous l'avons fait dans la pneumonie. Les préparations antimoniales ont eu un succès rapide chez quatre de nos malades, la moitié ont éprouvé un soulagement notable et une guérison complète en moins de vingt jours. L'autre moitié n'a pas éprouvé la moindre amélioration. Chez trois malades, les accidents se sont considérablement aggravés. Chez les rhumatisants nous n'observions pas le ralentissement de la circulation et des mouvements respiratoires dont nous avons parlé plus haut; la chaleur fébrile ne diminuait qu'à mesure de la disparition des phénomènes locaux, et même nous avons vu plusieurs fois une fièvre violente persister, bien que toutes les articulations parussent libres d'inflammation, et que rien ne pût faire présumer que quelque organe interne, à l'exception du cœur, fût le siège d'une phlegmasie. La disparition du rhumatisme n'a jamais été si rapide que lorsque l'Antimoine déterminait des vomissements et surtout des superpurgations ; une tolérance de quinze jours n'amenait aucune autre modification que celle que l'on pouvait raisonnablement attribuer au laps de temps qui s'était écoulé. Plusieurs fois nous avons vu le rhumatisme persévérer avec une affreuse opiniâtreté pendant tout le temps que durait la tolérance, et céder presque complètement en vingt-quatre heures, le jour que le médicament n'était plus supporté et qu'il déterminait des accidents du côté des viscères gastriques. Nous ajouterons que le tartre stibié en lavage, ou bien encore l'huile de croton tiglium ou tout autre purgatif un peu énergique, produisaient en général d'aussi bons effets que les antimoniaux à haute dose.
Toutefois nous ferons observer que si, par une médication quelconque, l'application des sels de morphine sur le derme dénudé, la saignée, les purgatifs drastiques, les éméto-cathartiques, nous avions modéré le rhumatisme articulaire, et dissipé la fièvre violente qui l'accompagne presque toujours, nous tirions alors un utile parti de l'administration longtemps continuée de doses médiocrement élevées d'oxyde blanc d'Antimoine ou de kermès. Par là nous évitions les recrudescences, si fréquentes avec toute autre médication.
Il résulte de tout ce que nous venons de dire que le mode d'action des antimoniaux dans le rhumatisme articulaire, est tout autre que dans la péripneumonie. Ceci nous mène naturellement à discuter ce mode d'action.
Rasori, sans trop expliquer ce qu'il entend par stimulus et par controstimulus, pense que, dans le traitement des péripneumonies, il faut, pour vaincre rapidement le mal, porter sur les organes digestifs toute l'action contro- stimulante qu'ils peuvent recevoir, et soustraire au système vasculaire une portion de la matière stimulante dont il est rempli. Il satisfait à la première indication par le tartre stibié, et à la seconde par la saignée :
la saignée et l'émétique agissent donc, selon lui, exactement de la même manière.
Or, si l'on mesure la contro-stimulation par les effets des contro-stimulants, on ne pourra admettre l'opinion de Rasori ; car l'expérience démontre que, dans quelques épidémies de pneumonies, le tartre stibié ou les autres antimoniaux employés à l'exclusion de tout autre moyen amènent plus vite la cessation des phénomènes fébriles, que lorsque l'on saigne le malade préalablement ou concurremment. Ce seul fait permettrait donc de conclure que l'Antimoine n'agit pas comme la saignée.
Suivant Rasori, l'émétique à haute dose n'est supporté que dans certaines conditions de l'organisme, c'est-à-dire quand la maladie est sthénique, ou pour nous servir de sa propre expression, quand il existe une diathèse de stimulus. Tout en confessant que le tartre stibié et les antimoniaux, en général, .ne sont jamais si bien supportés, ni si utiles dans la pneumonie, que lorsque les symptômes sthéniques dominent le plus fortement, nous ne soutiendrons pas moins que la tolérance s'établit à merveille chez les individus profondément débilités, et qui, certes, n'ont guère besoin de l'Antimoine pour perdre encore des forces. D'un autre côté, nous voyons les ipdividus les mieux portants, à cela près d'une tumeur du genou, par exemple, qui n'amène aucune réaction, supporter les antimoniaux avec la même facilité que ceux qui sont atteints de péripneumonie. Rasori a professé, et d'autres après lui ont accrédité une grave erreur : savoir, qu'il fallait être malade, et malade d'une certaine manière, pour supporter de hautes doses de préparations antimoniales. On peut dire, au contraire, qu'à moins de phlegmasie gastro-intestinale, presque tous les hommes peuvent supporter des doses considérables d'Antimoine. Rasori et ceux qui partagent son opinion n'ont pas vu que si des gens bien portants ne supportent pas les antimoniaux, c'est que des gens bien portants ne se mettent pas à la diète : or, nous avons vu que la diète était une des principales conditions de tolérance.
Rasori blâme, avec une sorte de dédain, ceux qui s'attachent aux phénomènes locaux des maladies, et qui ne semblent pas tenir compte de la diathèse de stimulus ou de contro-stimulus. Or, pour être conséquent avec lui-même, il faut qu'il admette que peu de maladies se montrent plus fréquemment que le rhumatisme articulaire et la pleurésie avec les symptômes qui annoncent au plus haut degré la diathèse de stimulus; cependant les antimoniaux échouent presque toujours dans ces deux maladies, et d'autant plus sûrement que les symptômes inflammatoires sont plus violents; d'un autre côté, dans une pneumonie latente, l'Antimoine réussit presque aussi bien que dans la fluxion de poitrine qui s'accompagne des signes les plus évidents de diathèse de stimulus.
Dance et M. Chomel n'expliquent pas comme Rasori le mode d'action de l'Antimoine. Suivant eux, cet agent thérapeutique n'a aucune propriété spéciale : quand il purge et qu'il fait vomir, il n'agit pas autrement
que les purgatifs et les vomitifs ; il n'a, au contraire, aucune action lorsqu'il est parfaitement toléré.
L'opinion de Broussais se rapproche beaucoup de celle de ces médecins : cet illustre pathologiste regarde en effet les antimoniaux comme des révulsifs plus puissants encore que les vésicatoires et les sinapismes que Ton applique sur la peau, attendu qu'ils agissent sur une plus grande surface, et que de plus ils provoquent souvent une abondante sécrétion de la surface gastro-intestinale.
L'explication de Dance et de M. Chomel s'appuie sur des faits spécieux; ils ont vu, et nos propres observations sont en cela parfaitement d'accord avec les leurs, que, dans le rhumatisme articulaire par exemple, l'amélioration ne survenait, le plus souvent, que lorsque les antimoniaux causaient des vomissements et de la diarrhée, et que l'on obtenait les mêmes résultats par l'ipécacuanha et les purgatifs drastiques. Partant de là, ils ont conclu qu'il en devait être de même pour la pneumonie : paralogisme évident, car ici ils n'ont plus les faits pour appuyer leur opinion. Si, dans le rhumatisme, l'amendement dans les symptômes est la conséquence la plus ordinaire de l'action éméto-cathartique du médicament, au contraire, dans la pneumonie, l'amélioration devient évidente et alors que l'Antimoine est supporté, et quand les vomissements ou la diarrhée surviennent ou persévèrent. L'erreur de ces deux praticiens vient donc de ce qu'ils ont appliqué à une maladie ce qui n'était vrai que pour une autre.
Dance, dans un travail, d'ailleurs si remarquable, où il soumet à une critique sévère et consciencieuse tous les travaux qui ont été publiés jusqu'ici sur l'action du tartre stibié dans la pneumonie, arrive à cette conclusion, que si cet agent thérapeutique n'a pas nui, au moins son utilité ne peut- elle être mise en lumière par les faits qu'il analyse, et que, dans ces circonstances, la saignée faite concurremment avait probablement conduit à bien les pneumonies qui avaient été traitées par le tartre stibié.
Il nous semble que l'opinion de Broussais, relative au mode d'action de l'Antimoine, dans la pneumonie particulièrement, ne peut pas soutenir la discussion, et qu'elle est renversée de fond en comble par l'argument que nous faisions valoir tout à l'heure, savoir, que dans la pneumonie les accidents inflammatoires sont aussi sûrement et aussi rapidement enlevés lorsque les antimoniaux ne causent aucun accident du côté des viscères gastriques que lorsqu'ils font vomir violemment.
Et pourtant il ne faut pas se dissimuler que la fameuse méthode de Rivière, dans le traitement de la pneumonie, prête un grand appui aux opinions que nous venons de combattre. On sait que, dans la pneumonie, Rivière faisait vomir tous les jours avec l'émétique, et quelquefois deux fois par jour, jusqu'à ce que les accidents fébriles fussent calmés, et il n'est pas permis de révoquer en doute les faits qu'il a observés.
A vrai dire, il est probable que Rivière avait été entraîné à préconiser exclusivement cette méthode par les succès qu'il avait obtenus dans une période d'années où la constitution médicale le requérait. Toujours est-il
que nous avons voulu savoir à quoi nous en tenir sur l'influence de cette médication. Depuis 1838, nous avons soumis beaucoup de pérrpneumoniques à la méthode Rivière en même temps que nous leur faisions une ou deux saignées; ils prenaient matin et soir, les deux premiers jours de leur séjour à l'hôpital, et les jours suivants le matin seulement, 1 décigramme (2 grains) de tartre stibié, et \ gramme (20 grains) de poudre d'ipécacuanha. Ce vomitif était administré en deux doses, en laissant un quart d'heure d'intervalle entre chaque prise. Il s'ensuivait toujours des vomissements plus ou moins copieux, et chez quelques-uns un sentiment de faiblesse qui allait presque jusqu'à la syncope. Pendant qu'ils étaient dans cet état étrange, le pouls était petit, la peau perdait sa chaleur fébrile.
Le fait est que cette méthode nous a été utile, et que, tous les jours encore, elle nous rend d'importants services.
Mais de ce que la méthode vomitive de Rivière est utile* il ne s'ensuit pas le moins du monde que les antimoniaux agissent en tant que vomitifs. Nous admettons que les vomitifs sont bons; nous admettons encore que les antimoniaux, lorsqu'ils font vomir, sont bons encore; et même nous voulons bien qu'ils aient une action analogue à celle des antimoniaux qui sont tolérés; mais il n'en reste pas moins le fait sur lequel nous avons tant insisté déjà, et sur lequel nous revenons encore, c'est que les préparations stibiées, données à dose contro-stimulante, ont leur summum d'activité thérapeutique quand elles sont le mieux tolérées.
En général nous attachons bien peu d'importance aux explications que l'on peut donner du mode d'action des médicaments. Nous ne voyons en thérapeutique que deux choses, le médicament appliqué à l'organisme, et le résultat éloigné de cette application. Quant aux phénomènes intermédiaires; ils nous échappent et nous échapperont probablement toujours. Si donc, à notre tour, nous hasardons une explication, nous déclarons à l'avance que nous la sacrifierons sans peine à toute autre qui nous semblera plus conforme à l'observation des faits; cette explication, d'ailleurs, que nous avons déjà donnée depuis longtemps dans nos cours de thérapeutique et dans les hôpitaux où nos expériences ont été faites, ne diffère que bien peu de celle qu'a publiée M. le docteur Téallier dans un ouvrage sur le tartre stibié.
Beaucoup de substances médicamenteuses ont une action spéciale sur certains appareils. La belladone et la stramoine calment les mouvements de la respiration, et tous les praticiens savent ce que l'on peut obtenir de merveilleux résultats en faisant fumer des feuilles de ces plantes à des malades atteints de certaines affections des organes respiratoires. La digitale ralentit les mouvements de la circulation; l'opium les accélère. La plupart des substances végétales toxiques ont une action spéciale, action tellement spéciale , que l'on peut aisément reconnaître , d'après les symptômes , quel est le poison qui a été appliqué à l'organisme vivant ; il en est de même des poisons animaux et des poisons minéraux. Entre
le venin de l'abeille et celui du scorpion , entre l'action toxique de l'arsenic et celle du mercure , il y a un immense intervalle. Pourquoi donc ne pas admettre que l'Antimoine agit comme toxique, et que son influence se fait sentir spécialement sur le cœur et sur les organes respiratoires, que cette action d'ailleurs s'exerce directement ou par l'intermédiaire du système nerveux? En quoi, nous le demandons, cette explication, si conforme aux résultats cliniques , est-elle en dissonance avec les considérations dans lesquelles nous entrions tout à l'heure , relativement à l'influence des différents poisons? Si donc nos expériences prouvent que l'Antimoine, indépendamment de toute action irritante locale, produit le ralentissement et l'affaiblissement du pouls, en même temps que le ralentissement des phénomènes de la respiration, avec quelle facilité ne comprendrons-nous pas comment il amène si facilement la guérison de la péripneumonie ! En effet, supposons un péripneumonique dont le pouls batte cent vingt fois par minute, avec une force que nous représenterons par dix, et qui respire quarante fois par minute, avec des efforts que nous représenterons par quatre; supposons maintenant que, par l'administration des antimoniaux, le pouls ne batte plus que soixante fois par minute, et avec une force moitié moindre; il en résulte que, d'une part, le ventricule droit et les artères bronchiques se déchargent moitié moins souvent dans le poumon, et que, d'autre part, l'impulsion du cœur étant moins forte , la masse de sang envoyée dans l'espace d'une minute est diminuée d'autant. Le poumon enflammé reçoit donc, d'abord, beaucoup moins de sang par les artères bronchiques , en tant qu'organe parenchymateux; ensuite en tant qu'instrument d'hématose, il a bien moins de sang à élaborer.
Si maintenant nous supposons que le malade ne respire plus que vingtcinq fois par minute, et qu'il le fasse sans efforts, on comprendra aisément que le thérapeutiste, en administrant l'Antimoine, a placé le poumon justement dans les conditions où le chirurgien place un membre fracturé ; c'est-à-dire que, après avoir, par un traitement convenable, modifié l'inflammation, il tient le membre dans le repos. Or, dans le cas qui nous occupe, le poumon est relativement dans le repos.
On comprend donc comment les maladies aiguës du parenchyme pulmonaire et celles des vaisseaux sont si heureusement combattues par les antimoniaux, comment les phlegmasies des parenchymes, en général, céderont plus aisément à cette médication que celles des membranes séreuses ou synoviales. On voit aussi pourquoi l'Antimoine fait cesser la chaleur fébrile, qui presque toujours est en rapport avec la force et la fréquence du pouls.
Maintenant il s'élève une objection très-grave. Si l'Antimoine a sur la circulation et sur la respiration l'influence que vous lui avez reconnue dans vos expériences, pourquoi, nous dira-t-on, perd-il cette influence quand on le donne dans le traitement du rhumatisme articulaire, dans celui de la pleurésie, etc.? A cela nous répondons par une autre question : si l'opium H. Û8
endort, si l'extrait de datura stramonium calme les douleurs, pourquoi l'opium n'endort-il pas toujours ? pourquoi l'extrait de stramoine ne calnlet-il pas toujours les douleurs? C'est que probablement la modification nerveuse, en vertu de laquelle le malade est tenu éveillé, et celle qui excite la sensation douloureuse, sont telles que l'influence de l'opium et du datura n'est pas assez puissante pour les vaincre. Ce que Peyrilhe rendait par cette expression énergique et si capitale en thérapeutique : « Si , quand nous donnons l'opium comme quatre, le malade ne s'endort pas, c'est qu'il est éveillé, au moins, comme cinq. »
Appliquons maintenant à l'Antimoine ce que nous venons de dire , et croyons que si la fièvre véhémente des rhumatismes n'est pas calmée par les antimoniaux , c'est que le rhumatisme exerce sur l'organe central de la circulation une stimulation sympathique ou directe tellement énergique, que l'action sédative et antiphlogistique de l'Antimoine ne peut en triompher.
Il est une façon de comprendre le mode d'action des antimoniaux dans le traitement de la pneumonie et de diverses autres inflammations. On ne peut se refuser à admettre que les antimoniaux les plus irritants , le tartre stibié, le régule et le kermès, sont aussi les plus utiles ; que le plus puissant des' trois que nous venons de citer est évidemment le tartre stibié, si toutefois il est toléré; et certes il serait du devoir du médecin de conseiller toujours l'émétique comme contre-stimulant , si souvent ce dernier ne donnait lieu à des accidents locaux qui font préférer le kermès. Or, on se demande si les antimoniaux n'agissent pas ici par une action révulsive exactement à la manière de ces immenses ventouses dont récemment la thérapeutique s'est enrichie. Nous savons en effet qu'à l'aide de ces ventouses qui embrassent tout un membre , on distrait immédiatement une telle quantité de sang que la syncope survient presque toujours. On comprend à merveille que si ce moyen est admirablement héroïque dans le traitement des congestions, il est moins utile dans les phlegmasies, et cela seulement parce qu'il n'a pas une action continue. Or les antimoniaux peuvent, par leur contact avec la membrane muqueuse gastro-intestinale, développer vers le tégument interne une congestion permanente, et la réplétion de tout le système de la veine porte, pendant plusieurs jours, peut agir à la manière de cette large ventouse dont nous parlions tout à l'heure, si ce n'est toutefois que la ventouse a une action essentiellement temporaire, et que la congestion déterminée par la préparation stibiée durerait aussi longtemps que serait continuée la médication.
Des effets thérapeutiques divers attribués par les auteurs aux antimoniaux. Il suait de lire ce qu'a dit Gmelin des antimoniaux (Apparatus medicaminum, tome I, pages 174 et suivantes) pour être bien convaincu que toutes les préparations antimoniales ont des propriétés communes, et qu'elles n'ont de spécial que des vertus vomitives ou purgatives plus ou moins énergiques.
Le nombre prodigieux d'auteurs dont Gmelin cite les ouvrages et analyse les opinions, reconnaissent à tous les composés antimoniaux une action évidente dans les maladies aiguës et chroniques de la poitrine, dans les affections cérébrales, dans les maladies goutteuses et rhumatismales : presque tous ces écrivains leur reconnaissent la propriété de faciliter l'expectoration, de calmer la dyspnée, de modérer la lièvre, de réveiller- les fonctions digestives, de favoriser la sueur et surtout la diurèse ; d'aider singulièrement à la résolution de la plupart des maladies chroniques, telles que les hydropisies, les squirrhes et les engorgements glanduleux, la syphilis constitutionnelle, les affections syphilitiques de la peau, et surtout les dermatoses squammeuses et eczémateuses.
Il est fort difficile, et souvent impossible, d'apprécier à leur juste valeur les assertions de ces praticiens qui, pour la plupart, écrivaient à une époque où le diagnostic différentiel des maladies était loin d'être précis ; de sorte qu'au milieu de cette masse d'assertions on ne peut constater vraiment que les effets les plus ordinaires du médicament, indépendamment en quelque sorte de la maladie pour laquelle on l'administrait : encore est-on incertain le plus souvent sur la dose et l'espèce de composé antimonial administrés dans ces cas divers, car on sait que sous les mêmes noms on employait des préparations antimoniales fort différentes.
Nous ne pouvons toutefois laisser passer sans discussion quelques applications thérapeutiques toutes spéciales du tartre stibié.
Et d'abord nous parlerons de l'action de Fémétique dans le traitement des fièvres intermittentes. Le fameux bol de la Charité contre la fièvre quarte (bolus ad quartanam) témoigne assez haut de la confiance qu'on attribuait à ce sel vomitif. La composition de ce bol était la suivante : 32 grammes (1 once) de quinquina en poudre, 4 grammes (1 gros) de carbonate de potasse, 80 centigrammes (16 grains) de tartre stibié, quantité suffisante de sirop de sucre, pour 60 bols à prendre entre deux accès. Et d'abord nous ferons observer que, dans ce mélange, l'émétique était décomposé par le tannin et par le sous-carbonate de potasse, et qu'en outre les 32 grammes (1 once) de quinquina que le malade prenait en même temps que l'émétique, entre deux accès de fièvre, pouvaient à bon droit revendiquer la plus grande part dans l'honneur de la guérison.
On ne peut toutefois se dissimuler que, dans les fièvres intermittentes rebelles et atypiques, une grande perturbation peut dans quelques cas rompre le cours des accès, et le tartre stibié est mieux qu'un autre médicament, propre à produire cette perturbation; il agit au même titre qu'une grave indigestion, qu'une grande frayeur, que la douleur, qui souvent ont suffi pour mettre fin à une fièvre intermittente rebelle. La fameuse potion stibio- opiacée du docteur Peysson, tant préconisée dans le traitement des fièvres intermittentes rebelles, n'a peut-être d'utilité que par la perturbation qu'elle provoque.
Quant à l'efficacité du tartre stibié dans un typhus grave, nous ne nous croyons pas en droit de la révoquer en doute; pourtant l'autorité de Rasori
ne nous semble pas suffisante. En effet, rien ne démontre que sa fameuse médication ait eu de si beaux résultats dans la fièvre pétéchiale de Gênes. Toutefois nous ne sommes pas éloignés de penser que dans certaines épidémies de grippe, caractérisées par la prostration des forces et en même temps par des phlegmasies locales pulmonaires, l'émétique, comme la plupart des autres antimoniaux, trouve une heureuse application.
Le bien-être qui, chez les enfants atteints de coqueluche, suit l'administration d'un vomitif, ne présage rien en faveur de l'Antimoine. En effet, on obtient le même résultat par l'ipécacuanha, de sorte qu'il faut ici croire à l'utilité du vomitif en tant que vomitif, et non à l'action spéciale du sel antimonial. (
Nous avons vu bien souvent aussi conseiller, et souvent nous avons conseillé nous-mêmes l'émétique dans le cas d'inflammation aiguë de la membrane muqueuse du larynx chez les enfants. Cette inflammation, qui simule le croup le plus intense et qui peut quelquefois le causer, cède facilement à l'usage du tartre stibié donné à dose vomitive, et à l'usage du kermès continué pendant plusieurs heures; mais si le croup tient à l'extension des fausses membranes de la gorge dans le larynx, les vomitifs, et l'émétique entre autres, n'ont plus d'autre action que de faire contracter convulsivement les muscles expirateurs, et de multiplier par conséquent les efforts par lesquels l'enfant expulsera les fausses, membranes qui obstruent le conduit aérien. L'émétique, le plus énergique et le plus prompt des vomitifs, sera donc utile dans ce cas, et, en provoquant l'expulsion d'une fausse membrane, fera cesser l'asphyxie qui était imminente, et mettra l'enfant dans des conditions plus favorables pour guérir.
11 nous reste à signaler une application du tartre stibié à haute dose qui mérite une mention toute spéciale. Laennec, et après lui Breschet, avaient employé ce moyen avec quelque avantage pour combattre la chorée. Mais depuis longtemps il était tombé complètement en désuétude. Tout récemment M. Gillette, médecin de l'hôpital des Enfants, a eu l'idée de reprendre cette médication, et grâce aux modifications qu'il lui a fait subir et aux succès qu'il en a obtenus, on peut dire qu'il lui a assuré dans le traitement de la chorée, sinon la primauté, au moins une place des plus importantes.
Voici le mode d'administration que propose M. Gillette.
La cure totale se compose le plus ordinairement de plusieurs cures partielles, ou de séries. Chaque série comprend trois jours et est séparée de la suivante par un intervalle de trois à cinq jours.
Le premier jour, on commence par donner le tartre stibié à la dose de 30 à 40 centigrammes dans les c24 heures, à peu près delà même manière que dans la pneumonie. Le deuxième jour, on donne 40 à 60 centigrammes, et le troisième jour on s'élève jusqu'à 75 centigrammes et même quelquefois jusqu'à un gramme. Cela fait, on laisèe le malade se reposer pendant trois à cinq jours.
Si la chorée persiste au même degré, ou bien si les mouvements convulsifs ont éprouvé seulement de la diminution, on reprend le tartre stibié
pendant trois autres jours, en commençant par la même dose que dans la première série ou bien par une dose un peu plus élevée.
Si après quatre ou cinq jours d'un nouveau repos, la guérison n'est pas obtenue ou n'est encore qu'incomplète, on entreprend une troisième série, en augmentant encore un peu les doses. Dans quelques cas réfractaires, il a été nécessaire de recourir à une quatrième série.
Des faits déjà nombreux ont été publiés par M. Bonfils, interne de M. Gillette, et par un certain nombre de médecins des hôpitaux; et ces faits, sans être tous également probants, nous paraissent néanmoins de nature à recommander cette médication énergique. Assez souvent, après la première série, il arrive que la chorée se trouve très-notablement amendée, et quelquefois même, si la maladie n'a qu'une intensité moyenne, on obtient immédiatement la guérison. Mais dans la majorité des cas, il est nécessaire de recourir à deux ou trois séries successives pour arriver à une guérison complète et définitive.
On pourra objecter sans doute que nous possédons, dans les affusions froides, les narcotiques, la noix vomique, les bains sulfureux et la gymnastique, etc., un ensemble de moyens thérapeutiques à l'aide desquels on parvient généralement à triompher de la chorée, et que rien ne commandait de reprendre une médication déjà essayée, puis abandonnée, une médication qui a en soi quelque chose de violent et de brutal même, surtout chez des personnes délicates, comme le sont beaucoup déjeunes filles choréiques.
Assurément nous sommes, moins que personne, disposés à contester l'efficacité des divers moyens dont on se sert habituellement pour combattre la chorée, et de plus nous accorderons que la médication stibiée devra rencontrer plus d'une fois ses contre- indications et ses difficultés pratiques. Mais, d'autre part, nous savons par expérience que si la chorée cède généralement au traitement ordinaire et au bénéfice du temps, il est malheureusement certains cas où l'agitation convulsive est d'une violence telle que tous les moyens connus sont sans action aucune, et que le médecin ne vojt que trop souvent encore périr misérablement sous ses yeux de pauvres jeunes filles, 3a peau usée et profondément ulcérée par des frottement incessants qu'aucun moyen de contention ne peut empêcher.
Or le tartre stibié à haute dose vient nous offrir une ressource nouvelle là où tout a échoué jusqu'ici, et déjà même quelques faits tendent à faire espérer que grâce à l'énergie de ce moyen à la fois perturbateur et sédatif, on parviendra à maîtriser et à briser en quelque sorte ces chorées jusqu'ici indomptables. Ainsi donc, quand bien même la médication nouvelle devrait être réservée exclusivement à ces cas exceptionnels, M. Gillette aurait encore rendu un véritable service à la thérapeutique en lui offrant une chance de succès là où elle était réduite à confesser sa complète impuissance.
L'emploi des antimoniaux comme médicaments externes est tout à fait tombé en désuétude. Cependant le tartre stibié [voyez tome Ier, p. 681) a
encore des usages thérapeutiques fort importants. Autrefois on se servait fréquemment, pour modifier les plaies et guérir certaines maladies ulcéreuses de la peau., de pommades dans lesquelles on faisait entrer les oxydes d'Antimoine, le sulfure, l'hydrosulfate, et même l'Antimoine métallique. Il est fâcheux que l'usage de ces remèdes soit aujourd'hui entièrement abandonné aux maréchaux, qui en tirent un grand parti dans le traitement des maladies des animaux.
Nous allons maintenant passer rapidement en revue les propriétés spéciales des diverses préparations d'Antimoine.
A. Antimoine métallique. Nous l'avons administré avec avantage dans la pneumonie, le rhumatisme articulaire, le catarrhe capillaire. Les doses varient depuis 8 grains jusqu'à 4 gros (de A décigrammes à 4 grammes) . On l'administre en pilules, en poudre, mêlé à de la magnésie ou à du carbonate de chaux, ou bien encore suspendu dans un looch ou dans une potion mucilagineuse. En triturant avec une partie d'axonge deux parties d'Antimoine porphyrisé, on fait une pommade qui peut remplir le même but que la pommade émétisée. Cette pommade peut s'employer aussi en frictions sur certaines dartres.
B. L'oxyde d'Antimoine, l'acide antimonieux , V acide antimonique, sont de toutes les préparations stibiées celles qui agissent avec le moins de violence. On les prescrit suspendus dans un looch blanc, en poudre ou en pilules : cette dernière forme est préférable chez les malades qui peuvent avaler des bols. La dose varie depuis 5 décigrammes (10 grains) chez les enfants à la mamelle, jusqu'à 8 à 16 grammes (2 gros à une demi-once) chez les adultes, dans les vingt- quatre heures. Dans les catarrhes non fébriles, il convient de ne pas dépasser la dose de 4 grammes (1 gros).
C. Antimoine diaphorétique lavé. Ce médicament est celui qui s'administre le plus souvent. Il s'emploie plus communément toutefois que les oxydes purs, parce qu'il se trouve dans toutes les officines. C'est d'ailleurs celui qui est connu dans le Codex sous le nom impropre d'oxyde blanc d'Antimoine. Il se donne exactement dans les mêmes cas et de la même manière que l'oxyde et les acides d'Antimoine.
D. Le chlorure d'Antimoine ou beurre d'Antimoine, l'oxy chlorure d'Antimoine ou poudre d' Al garoth, et Viodure d'Antimoine, ne sont pas employés aujourd'hui dans la thérapeutique interne. La poudre d'Algaroth ne se distingue des antimoniaux que nous venons de passer en revue par aucune proprié é spéciale. On l'a accusée pourtant de provoquer la salivation. Nous ne pouvons rien dire à cet égard; nos expériences sur ce sujet ne sont pas assez nombreuses.
E. Le sulfate d'Antimoine, le soufre doré d'Antimoine, et surtout l'hydrosulfate d'Antimoine (kermès minéral), sont d'un usage beaucoup plus fréquent. Ils s'emploient avec un grand avantage comme eontro-stimulants. On les a vantés surtout dans les catarrhes aigus et chroniques, dans les coqueluches; on les donne, dans ces cas, à petites doses de 1 à -4 grains (5, à 20 centigrammes) par jour, dans un julep, en poudre, mêlés avec
du sucre, en pilules, et combinés avec la gomme ammoniaque, le savon, la térébenthine, le baume de Tolu, etc. Comme contro-stimulants, il convient de les donner à dose moitié moindre que les oxydes ; ils s'administrent d'ailleurs de la même manière.
Récemment M. Thorel, pharmacien à Avallon, a conseillé le kermès comme antidote de la strychnine et de la brucine ; il pense que le kermès agit, une partie en formant un sulfure insoluble avec les alcalis organiques, et la portion d'émétique non décomposée provoque l'expulsion du poison neutralisé. Voici la formule d'administration proposée par M. Thorel : kermès, 1 gramme; émétique, 0,10; sirop de Nerprun, 15 grammes; eau, 60.
CÉVADILLE.
La Cévadille est le fruit du veratrum sabadilla du Mexique.
Analyse. Suivant MM. Pelletier et Caventou, elle contient: matière grasse, acide cévadique, cire, gallate acide de vératrine, matière colorante jaune, gomme.
L'acide cévadique est blanc, il cristallise en aiguilles nacrées ; il a une odeur faible -, il fond à 20° ; il est volatil.
Poudre de Cévadille. Il faut prendre beaucoup de précautions pendant la pulvérisation de la Cévadille. Les plus petites quantités provoquent des éternuments violents. Sa poudre est connue sous le nom de poudre des capucins. Elle sert à faire périr les poux.
Lavement de Cédaville.
Pr.
: Cévadille,
A grammes.
Eau,
Lait,
Faites bouillir de manière à réduire jusqu'à 200 grammes. Ce lavement est employé pour fajre périr les ascarides (Soubeiran).
On obtient de la Cévadille la vératrine en assez grande quantité. La nature de la Cévadille et le procédé employé font varier la proportion qu'on en extrait. En opérant par l'alcool le produit va jusqu'à 5 grammes par kilogramme (Dublanc).
Le Colchique d'automne , Colchicum au- Safran bâtard) , est une plante de la fatumnale (vulgairement appelé Tue-chien, mille des Colchicacées, hexandrie trigynie
de Linné. Elle croît dans les prés humides. Les bulbes et les graines sont seules usitées.
Les caractères génériques du Colchique d'automne sont : une spathe; calice coloré; longuement tubulé, trois capsules réunies renflées.
Les caractères spécifiques : feuilles planes, lancéolées, droites.
La bulbe de Colchique se présente dans le commerce sous la forme d'un corps ovoïde, de la grosseur d'un marron, convexe d'un côté et présentant la cicatrice occasionnée par la petite tige ; creusé longitudinalement de l'autre, d'un gris jaunâtre à l'extérieur, et marqué de sillons uniformes causés par la dessiccation ; blanc et farineux à l'intérieur. Son odeur est nulle à l'état sec, sa saveur est acre et irritante.
Storck pensait que les propriétés médicinales de la bulbe de Colchique étaient en grande parties annihilées par la dessiccation et la vétusté; aussi l'employait-il à l'état frais.
Les graines oU semences sont sphériques, d'un brun noirâtre, rugueuses, grosses environ comme la tête d'une épingle, d'une saveur d'abord amère, puis très-âcre. Elles sont difficiles à pulvériser à cause de l'endosperme corné, élastique, dont elles sont formées à l'intérieur. ^L'époque delà récolte des Colchiques est au mois d'août, c'est lorsque la bulbe est en pleine vigueur.
Analyse. MM. Pelletier et Caventou ont trouvé dans les bulbes: matière grasse, acide volatil, gallate de vératrine, gomme, amidon , inuline, ligneux.
Dans les graines, MM. Geiger et Hesse ont découvert un alcali végétal, la colchicine, qui, d'après eux, se distingue de la vératrine par des caractères assez tranchés»
Teinture de Colchique.
Pr. : Bulbes sèches de Colchique, 1 part. Alcool à 50° (21 Cart.), 4
Faites macérer pendant quelques jours, passez et filtrez.
Veau médicinale d'Hudson, remède célèbre contre la goutte, est faite avec 1 partie de bulbes fraîches et 2 parties d'alcool à 36".
Vin des bulbes de Colchique.
Pr. : Bulbes sèches, Vin de Malaga,
1 part.
Faites macérer pendant douze jours3 passez avec expression et filtrez.
On prépare de même un' vin de semences de Colchique, dont les effets sont, dit-on, plus doux et plus sûrs que ceux du vin des bulbes.
Vinaigre de Colchique de Storck.
Pr. : Bulbes récentes, Vinaigre fort,
1 part.
Le vin du Codex se prépare avec le Colchique sec.
Onguent Colchique.
Pr. : Vinaigre Colchique,
Miel,
1 part.
Faites cuire en consistance de sirop.
Loué avec une exagération que rien ne pouvait justifier, rejeté de la thérapeutique avec une sévérité peu méritée, le Colchique d'automne, après de nombreuses et de rapides vicissitudes, est aujourd'hui tombé au rang des médicaments qui évidemment ne sont pas sans utilité, mais dont le médecin pourrait négliger l'emploi sans avoir beaucoup à le regretter. Il est même remarquable que les auteurs soint loin d'être d'accord nonseulement sur les propriétés thérapeutiques du Colchique, mais encore sur son action physiologique.
Toutefois comme le Colchique doit très-probablement à la vératrine ses principales propriétés thérapeutiques, et que cet alcali végétal se distingue surtout, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, par ses vertus sédative et contre-stimulante, il nous a paru logique de ne pas séparer ces deux médicaments, et de les ranger l'un à côté de l'autre dans la classe des controstimulants.
Action physiologique du Colchique.
Nous remarquerons d'abord que le Colchique, suivant la saison, le pays où il a été recueilli, renferme des principes essentiellement différents; qu'ainsi, un principe sucré et amylacé à une certaine époque est remplacé plus tard par un poison fort énergique, la vératrine; cela sert à expliquer la divergence d'opinions des auteurs, qui administraient à des animaux des bulbes de Colchique ; les uns ont signalé leur action vénéneuse, les autres ont contesté qu'elles continssent autre chose qu'un principe irritant qui n'était pas à beaucoup près aussi dangereux qu'on se plaisait à le dire.
Lorsqu'on a pris une dose un peu élevée de Colchique, il y a, suivant la plupart des expérimentateurs, de la chaleur d'estomac des nausées, et même une sorte de strangulation, phénomène qui s'observe toutes les fois qu'on a pris un médicament qui contient de la vératrine ; la fréquence du pouls diminue, la peau devient chaude, sèche; les urines deviennent copieuses ; il y a des coliques et de la diarrhée. Si la dose est très-élevée, il survient un véritable empoisonnement, lipothymies, tremblements, roideurs tétaniques, convulsions, vomissements, superpurgations, etc.. (Mérat et de Lens, Dict. de Thér., t. II, p. 358.)
Suivant d'autres médecins, des doses même élevées de Colchique ne donnent lieu qu'à quelques vertiges, à des vomissements, à de la diarrhée, et à une plus abondante évacuation d'urine.
Que si maintenant nous résumons ce qui a été dit sur l'action physiologique du Colchique, nous dirons que, d'un accord presque unanime, ce médicament produit, à des doses modérées, de légers vertiges, de la diarrhée, quelques nausées et une plus grande abondance d'urines.
Action thérapeutique du Colchique.
Le Colchique a eu son époque fabuleuse, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi : on l'a porté au cou, en guise d'amulette, pour se préserver de la peste, des fièvres malignes, éruptives, et en général de la plupart des influences épidémiques fâcheuses.
Il faut arriver à Storck pour avoir, sur le Colchique, des expériences de quelque valeur (Libell. de Colchici autumnalis radice). Ce qu'il observa d'abord, ce fut l'extrême abondance de l'urine qui suivait l'ingestion de la préparation de Colchique. Il pensa donc à l'administrer dans l'hydropisie : et comme souvent cette dernière maladie est liée à des troubles graves de la respiration, il le conseilla aussi dans l'asthme dit humide, et le Colchique fut désormais affecté d'une manière presque exclusive au traitement de ces deux affections.
Storck d'abord, et ensuite Zach, Krapt, Plenck, Collin, satellites assez pâles du médecin de Vienne, confirmèrent à l'envi les vertus antihydro-
piques du Colchique ; mais des médecins qui écrivaient hors de l'influence de Storck vinrent joindre aux témoignages dont nous venons de parler leur témoignage un peu moins équivoque. D'un autre côté, des praticiens assez nombreux, dont Murray a cité avec soin les noms et les écrits (App. med., tome V, pages 207 et suiv.), déclarèrent que le Colchique, utile dans quelques circonstances, ne se recommandait par aucune propriété que la scille ne possédât au moins au même degré.
Si l'on réfléchit à la diversité des causes de l'hydropisie, et aux lésions organiques multiples qui peuvent donner lieu aux épanchements aqueux qui s'observent chez l'homme malade, on comprendra que le Colchique doit, comme tant d'autres agents, rester impuissant, et qu'il y aurait en définitive injustice à lui demander plus qu'aux substances qui stimulent le plus vivement la sécrétion des reins, de la membrane muqueuse gastrointestinale, et des glandes qui versent leurs produits dans le canal alimentaire. Aussi les réflexions de Murray, à ce sujet nous semblent-elles parfaitement judicieuses, a Non mirum est multos hydropicos indè non sanari; miraculum contra esset et naturse legibus adversum si omnes sanarenlur. Quis enim peritior ignorât, quanta labe vasorum et viscerum hydrops conjunctus esse soleat, et quam pertinax saepè alias cuilibet medicaminum generi obsistat (Murray, loco cit., page 210).
Dans l'asthme, et notamment dans l'asthme humide, et surtout dans celui qui semblait lié à une affection du cœur, qui avait causé un œdème pulmonaire ou un épanchement dans les plèvres , le Colchique a encore été conseillé avec avantage.
De nos jours, ce médicament a été presque généralement abandonné dans le traitement de l'hydropisie et de l'asthme, pour prendre un rang au moins aussi brillant dans la thérapeutique du rhumatisme et de la goutte. C'est en 4814 que plusieurs médecins anglais proclamèrent avec engouement les heureux effets du Colchique dans le traitement de la goutte : ils y furent conduits par l'heureuse issue de quelques traitements entrepris par l'eau médicinale d'Hudson, dans la composition de laquelle entrait le Colchique. En Angleterre, J. Want, Everard Home; en Suisse, Locker, Balber; en France, Lobstein, de Strasbourg; et plus tard, un grand nombre d'autres médecins publièrent des faits de guérison de goutte à la suite de la teinture alcoolique et du vin de Colchique.
Le docteur Fiévée est un des médecins qui, en France, ont le plus préconisé le Colchique, et à qui ce médicament aurait donné les plus heureux résultats. Depuis vingt-quatre ans, dit-il, que nous employons le Colchique, des milliers de faits soigneusement étudiés sont venus constater à nos yeux l'efficacité de ce remède, et nous rendre son action aussi sûre dans le traitement de la goutte et du rhumatisme que celle du sulfate de quinine dans les fièvres intermittentes [De la goutte et de son traitement spécifique par les préparations de Colchique, 1845). Ajoutons que les pilules de Lartigue, qui jouissent d'une certaine vogue dans le traitement des affections goutteuses, ont très-vraisemblablement le Colchique pour principe actif.
Moins que personne nous ne voudrions contester les faits cités en grand nombre par des praticiens respectables ; mais si nous admettons volontiers que le Colchique, comme beaucoup d'autres purgatifs , peut retarder, atténuer et même guérir des accès de goutte, nous ne sommmes pas aussi fermement disposés à croire qu'il guérisse la diathèse goutteuse, et qu'il permette aux malades de rester longtemps sans éprouver de nouveaux accès. Nous avons connu des malades qui, dans l'imminence de la goutte, supprimaient l'accès par l'usage de pilules purgatives ; ils purent de cette manière éviter pendant plusieurs années des accidents arthritiques, mais le même moyen devint bientôt insuffisant, et ils payèrent par un paroxysme plus grave et plus long qu'aucun de ceux qu'ils avaient eus l'espèce d'immunité dont ils avaient joui pendant quelque temps.
Dans le rhumatisme aigu, le succès du vin et de la teinture de Colchique a été proclamé avec tout autant d'enthousiasme que dans le traitement de la goutte; mais les expériences que nous avons instituées nous-mêmes nous ont démontré que si le Colchique avait une influence évidemment heureuse dans le traitement du rhumatisme, cette influence n'était pas en somme plus évidente que celle des purgatifs drastiques que nous expérimentions comparativement. Mais lorsque, dans le rhumatisme ou aigu ou chronique, nous donnions le Colchique de manière à ne pas produire d'effet laxatif, nous n'observions pas d'effets thérapeutiques appréciables, et souvent nous fatiguions en pure perte l'estomac de nos malades.
Il est possible toutefois qu'à l'époque où nous faisions ces observations, alors que notre attention n'était pas dirigée, comme elle l'est aujourd'hui, sur les effets spéciaux dus à la vératrine, il est possible disons-nous, que nous ayons accordé un rôle trop exclusif à l'effet purgatif et révulsif du Colchique, aux dépens de sa propriété sédative et contro stimulante. C'est pourquoi nous conviendrons volontiers que sur ce point il y a quelques réserves à faire, de nouvelles expériences à instituer.
S'il est vrai encore que le Colchique ait modifié avantageusement des chorées, des ophthalmies, des dartres, etc., tout en faisant la part de l'action révulsive de ce médicament, nous saurons aussi tenir compte de ses autres propriétés; car nous allons voir que la vératrine possède une action en quelque sorte élective sur le système nerveux et musculaire, sans parler de son action contro-stimulante et antiphiogistique, qui est aujourd'hui parfaitement établie.
Mode d'administration et doses.
L3 Poudre de Colchique se donne à la dose de 25 centigrammes (5 grains) et 1 et 2 grammes (20 et 40 grains) par jour.
Le vin à la dose de 5 à 25 grammes (1 gros et demi à 6 gros) dans une potion que l'on prendra dans le cours de la journée.
La teinture alcoolique de semences ou de bulbe se donne à la dose de
SÉDATIFS ET CONTROSTIMULANTS.
2 à 14- grammes (un demi-gros à 4 gros) dans une potion ou dans un litre de tisane.
Uoxymel Colchique se donne dans un pot de tisane à la dose (Je 15 à 60 grammes (une demi-once à 2 onces) dans l'espace de vingt-quatre heures.
VÉRATRINE.
La Vératrine est un alcali végétal qui a été découvert parMM. Pelletier et Caventou, dans la cévadille, fruit du veratrum sabadilla, dans la racine d'ellébore blanc 'veratrum album) et dans la bulbe du colchique (colchicum autumnale). Il paraît y exister combiné à l'acide gallique.
La Vératrine se présente sous forme d'une poudre blanche , sans odeur, d'une excessive àcreté, fusible à + 1 15°, non volatile, presque insoluble dans l'eau, trèssoluble dans l'alcool et dans l'éther, mais ne pouvant pas y cristalliser. Cette base organique sature mal les acides.
Pour l'obtenir, le Codex prescrit de traiter la cévadille concassée par l'alcool à 85" jusqu'à épuisement de toute matière soluble, de distiller les solutions alcooliques en consistance d'extrait, de redissoudre le produit dans l'eau froide, destinée à produire lélimination d'une matière huileuse assez abondante; de û'trer, de précipiter les solutions aqueuses par le sous-acétate de plomb en léger excès, de filtrer de nouveau, afin de séparer le dépôt formé d'oxyde de plomb en combinaison avec des maiières muqueuses et colorantes; de précipiter l'excès de plomb resté dans la liqueur, au
moyen de l'acide sulfurique. de filtrer encore et de saturer par l'ammoniaque.
Si l'on voulait se procurer, non plus la Vératrine médicinale, mais la Vératrine pure, on suivrait le procédé indiqué par M. Couerbe [Journal de Pharmacie, t. XIX).
Pommade de Vératrine.
Vératrine, Axonge,
5 centigrammes.
4 gram. (Cave).
Pilules de Vératrine.
Vératrine, 6 centigrammes.
Poudre de gomme arabique, 3 gram.
Sirop, q. s. pour 12 pilules. (Magendie.)
Proposées comme purgatives à la dose de 3 pilules par jour.
Solution de Vératrine.
Pr. : Sulfate de Vératrine, 5 cent.
Eau distillée. 60 gram.
Proposée pour remplacer l'eau médicinale de Husson, à prendre par cuillerée à café.
Action physiologique de la Vératrine.
Jusqu'à ces derniers temps, on ne considérait guère dans la Vératrine que sa propriété purgative et drastique; à ce titre elle était employée à peu près exclusivement dans le traitement de certaines hydropisies réfractaires. Ajoutons que quelques chirurgiens ayant reconnu empiriquement à la Vératrine une action irritante, locale et excitatrice, analogue à celle de la strychnine, s'en servaient avec quelque avantage dans certaines paralysies de l'organe de la vision, et quelquefois même dans certaines névralgies de la face.
Mais ce n'est vraiment que dans ces dernières années que les effets
VERATRÏNE. 765
physiologiques de la Vératrine ont été complètement reconnus, et qu'on est arrivé à découvrir la double propriété qu'on peut considérer comme la plus importante et la plus caractéristique, d'une part, la propriété de diminuer la douleur dans certaines affections caractérisées par l'augmentation de la sensibilité générale et locale, telles que les rhumatismes et les névralgies; et d'autre part, la propriété de ralentir le pouls et d'abaisser la chaleur animale, en un mot d'exercer sur l'ensemble du système nerveux, et en particulier sur l'appareil circulatoire, une action sédative et hyposthénisante des plus manifestes.
Toutefois il régnait encore bien des obscurités sur cette question ; ainsi il n'était pas facile de s'expliquer comment le même agent pouvait être également utile dans des conditions si diverses, d'une part dans des affections convulsives et paralytiques, et d'autre part dans le rhumatisme et l'hydropisie.
Il est permis d'espérer que les travaux des physiologistes venant en aide à ceux des médecins ne tarderont pas à répandre la lumière sur les points restés obscurs.
Déjà même sous ce rapport, un progrès notable vient d'être réalisé par deux habiles expérimentateurs MM. E. Faivre et G. Leblanc, qui reprenant les expériences autrefois entreprises par Magendie sur la Vératrine, ont signalé les divers appareils organiques sur lesquels cet agent se porte d'une manière pour ainsi dire élective, et sont parvenus ainsi à mieux faire apprécier son mode d'action et à donner la raison de ses effets si complexes et en apparence même contradictoires.
Les expériences de ces physiologistes ont porté principalement sur les chiens et sur les chevaux : et c'est avec une grande réserve qu'il faut conclure en général des animaux à l'homme.
Toutefois comme ici les principaux résultats obtenus par ces expérimentateurs concordent assez exactement dans leur généralité avec ceux qui ont été constatés jusqu'à ce jour, par la plupart des observateurs sur l'homme étudié tant à l'état de santé que de maladie, nous estimons que ces résultats méritent d'être acceptés avec une véritable confiance.
C'est pourquoi nous allons empruntera MM. Faivre et Leblanc les principales conclusions du mémoire communiqué par eux à l'Académie des sciences (décembre 1854), conclusions dans lesquelles se trouvent résumés les faits les plus importants de cet intéressant travail :
Ces expérimentateurs ont reconnu que la Vératrine exerce trois actions distinctes sur l'organisme animal. Ces actions sont en rapport avec les doses plus ou moins fortes du médicament : la première action a lieu d'une manière bien marquée sur le tube digestif, la seconde sur les organes de la circulation et de la respiration, et la troisième sur le système nerveux et les muscles de la vie animale.
Première période. — La Vératrine porte d'abord son action sur le tube digestif et détermine l'augmentation de la sensibilité, de la contractilité et des sécrétions. L'exaltation de la sensibilité se traduit par les coliques dont
la violence paraît varier suivant les doses de Vératrine employées. En proie aux douleurs que Faction du médicament leur fait éprouver, les chevaux frappent du pied le sol et s'agitent. Les chiens sont aussi en proie à une vive excitation. A la douleur se joignent les phénomènes de contractilité musculaire ; les intestins sont contractés, les mouvements péristaltiques notablement accélérés.
La sécrétion des follicules intestinaux et des glandes salivaires est augmentée par l'action de la Vératrine. Tantôt la salive est visqueuse et filante, le plus souvent elle forme une mousse et une écume blanchâtre, semblables à celles qui se montrent chez les animaux en proie à des phénomènes convulsifs.
On pourrait supposer que la production de la salive est due à l'irritation que la Vératrine exerce directement dans la cavité buccale sur les conduits excréteurs des glandes. Il serait aussi naturel de penser que l'effet purgatif est dû à une action toute locale sur l'intestin. Mais l'expérience démontre qu'il en est autrement. En effet, soit qu'on injecte le médicament dans les urines, soit qu'on le dépose dans le tissu cellulaire sous-cutané, l'excitation du tube digestif, l'hypersécrétion des follicules intestinaux et des glandes salivaires est également marqué.
Deuxième période. — L'abattement, la prostration des forces et le ralentissement de la circulation forment les caractères tranchés de la seconde période. Cet état, qui n'avait pas été signalé dans les premières expériences de Magendie, a presque uniquement occupé les praticiens de notre époque : plusieurs même n'ont attribué à la Vératrine qu'un effet principal, celui de provoquer le ralentissement de la circulation. Toutes les fois qu'il a été possible à MM. Faivre et Leblanc de constater l'état de la circulation avant et après l'administration de la Vératrine, ils ont en effet reconnu la diminution du pouls et souvent même son irrégularité. Durant cette période, les chiens sont affaiblis, ils se tiennent difficilement sur leurs pattes, et le plus souvent ils se couchent. Les chevaux sont abattus, et leur extérieur témoigne une dépression marquée. Dans cet état, la sensibilité a paru toujours diminuée.
Troisième période . — Lorsque les doses de Vératrine sont plus considérables, les accès de tétanos ne tardent pas à se manifester. Les membres antérieurs et postérieurs s'étendent et se roidissent, les muscles du thorax et de l'abdomen se contractent, et la respiration devient anxieuse et pénible, le trismus des mâchoires met un nouvel obstacle au renouvellement du sang, et l'asphyxie se prononce de plus en plus.
Dans les premiers moments, les accès tétaniques sont courts et séparés par des intervalles considérables; mais l'action de la Vératrine se manifestant de plus en plus, provoque des accès plus longs et plus rapprochés; souvent l'animal succombe après une demi-heure ou une heure; mais si la vie prend le dessus, les accès diminuent progressivement. L'augmentation de la sensibilité accompagne toujours les phénomènes tétaniques. Si l'on touche l'animal, ne fût-ce que légèrement, on provoque de nouvelles
VÉRATRINE. 767
contractions musculaires. A l'autopsie des animaux qui ont succombé à la suite du tétanos, on trouve des traces manifestes d'asphyxie.
La Vératrine n'agit pas toujours suivant l'ordre que nous avons établi; les périodes ne se succèdent pas toujours avec la rigueur qu'indique la description que nous venons de tracer. Ainsi, l'action sur le tube digestif peut être plus ou moins marquée et se continuer, soit pendant la période de dépression, soit pendant la période d'excitation ; de même que le ralentissement de la circulation et les phénomènes tétaniques peuvent avoir une durée et une intensité variables. Si les doses du médicament sont toxiques, le tétanos se produira aussitôt, sans que l'action sur le tube intestinal et la circulation soient manifestes. Dans ce cas, la mort est rapide et l'asphyxie qui la cause survient brusquement.
D'après les résultats de ces expériences, la Vératrine vient se ranger à côté des excitants du système musculaire; elle se rapproche beaucoup, sous ce rapport, de la noix vomique. Son mode d'action sur le système nerveux de la vie animale justifie son emploi dans certaines névralgies, dans certaines paralysies superficielles, dans la chorée, l'hystérie et le tétanos. Outre cette action sur le système nerveux de la vie animale, la Vératrine possède encore, ainsi que nous l'avons vu, la propriété de ralentir la circulation, de déterminer des contractions du tube intestinal et d'augmenter ses sécrétions.
ïl est probable que c'est dans cette double propriété, révulsive et sédative, que réside la cause de l'action curative toute spéciale de la Vératrine dans le rhumatisme articulaire aigu.
Notons enfin que l'action irritante très-énergique de la Vératrine sur la muqueuse nasale en fait un excitant et un sternutatoire qui peut être avantageuseusement utilisé.
Action thérapeutique.
En raison de son extrême énergie, et surtout des vomissements et des superpurgations accompagnées de violentes coliques qu'elle provoque, la Vératrine n'était guère, jusqu'à ces derniers temps, employée qu'à l'extérieur. On l'a conseillée dans la paralysie; on l'a vantée dans le tic douloureux, les rhumatismes et les névralgies.
Dans les névralgies faciales, la pommade de Vératrine paraît avoir eu des succès, employée en frictions sur le front et sur les tempes. Quelques médecins prétendent s'être servis avec avantage de cette pommade contre Fanasarque et la goutte. M. Velpeau emploie souvent cette pommade dans î'amblyopie amaurotique.
La Vératrine était restée d'un usage assez restreint, même dans la thérapeutique externe, lorsque dans ces derniers temps M. le docteurPiédagnel, guidé sans doute par la vieille réputation du colchique dans les affections goutteuses et rhumatismales, eut l'idée d'essayer la Vératrine dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu.
Voici la méthode suivie par ce médecin dans l'administration de ce médicament. Il fait préparer un certain nombre de pilules contenant chacune 5 milligrammes de Vératrine. Il en fait prendre 1 le premier jour, 2 le second jour, et il augmente ainsi d'une pilule chaque jour jusqu'à ce qu'on soit arrivé à en prendre 6 ou rarement 7. Lorsque les symptômes généraux et locaux présentent un amendement très-notable, ce qui arrive ordinairement au quatrième, au cinquième, au sixième jour du traitement, on n'augmente pas la dose, mais on reste à celle de la veille. Si, par exemple, le malade était à A ou 5 pilules lorsque l'amélioration s'est déclarée, on reste un jour ou deux à cette dose, puis on décroît graduellement, à mesure que les accidents décroissent eux-mêmes ; on revient successivement à 4, à 3, à 2, à une pilule, pour cesser complètement lorsque après, quatre ou six jours d'attente, on voit la guérison se maintenir solidement.
Si dans le cours de l'administration de la Vératrine, des accidents se manifestent du côté des voies digestives, si des coliques, de la diarrhée, si des vomissements témoignent d'une inflammation, ou d'une intolérance de la muqueuse gastro-intestinale, loin de passer outre et d'augmenter la dose, il faut respecter la susceptibilité des organes digestifs, et s'arrêter à la dose qui a pu être administrée sans provoquer d'irritation dans ces organes. Du reste, les pilules sont données dans une cuillerée d'eau ou de tisane, et en mettant entre chaque prise un intervalle plus ou moins considérable, suivant le nombre des pilules à prendre dans le courant de la journée.
Nous avons été les premiers à répéter les expériences de M. Piédagnel, et nous devons dire que la Vératrine nous a donné jusqu'à ce jour, des résultats généralement assez satisfaisants dans le rhumatisme articulaire aigu.
• L'effet le plus constant do ce médicament, dans le rhumatisme franchement inflammatoire, c'est d'abattre ordinairement en quelques jours le mouvement fébrile, et de diminuer souvent plus rapidement encore l'élément douleur. Il en résulte qu'un rhumatisme articulaire aigu, développé chez un sujet jeune, vigoureux, sanguin, avec réaction fébrile très-intense, est assez vite ramené, à l'aide de la Vératrine seulement et sans émissions sanguines, dans les conditions d'un rhumatisme d'une moyenne intensité; et en continuant l'usage de ce médicament, il n'est pas rare de triompher d'un rhumatisme inflammatoire dans l'espace de sept à huit jours de traitement.
Toutefois il convient de ne rien exagérer à cet égard, et d'avouer qu'on n'est pas toujours aussi heureux. A côté de ces cas de guérisons rapides et solides, on voit aussi des rhumatismes réduits à un état subaigu et à une forme plus bénigne, continuer ou suspendre leur marche, et reparaître encore, de manière à accomplir finalement la durée de deux ou trois septénaires, si ordinaire à cette affection.
Ajoutons que la propriété de la Vératrine ne nous paraît avoir ici rien de spécifique ; elle est analogue à celle du sulfate de quinine et du nitre à
VÉRATRINE. 769
haute dose, c'est-à-dire que la Vératrine agit à la manière des conlrostimulants. Dans une maladie où l'élément inflammatoire est associé à l'élément douleur, comme dans le rhumatisme aigu, la sédation de la douleur et la dépression presque immédiate exercée sur la grande circulation ne peuvent qu'avoir généralement une heureuse influence. . En résumé, en supposant que la Vératrine ne procurât pas plus de guérisons que tout autre moyen, elle nous paraît au moins avoir l'avantage d'atténuer la fièvre, de rendre la douleur supportable dès les premiers jours, sans avoir l'inconvénient d'affaiblir les malades à l'excès, de les jeter dans l'anémie, et d'allonger par suite outre mesure la convalescence, comme cela se voit si communément après l'emploi des émissions sanguines, coup sur coup. Ajoutons que dans les cas si nombreux où l'on aura affaire à des individus faibles, anémiques, ou affectés antérieurement de maladies chroniques, et surtout chez les rhumatisants en état de récidive, en un mot, dans toutes les conditions où les émissions sanguines seront formellement contre-indiquées, la Vératrine sera appelée à suppléer forcément à ce dernier moyen; et à cet égard elle viendra se placer à côté du sulfate de quinine, qui, nous devons le1* reconnaître, méritera la préférence dans la généralité des cas. Toutefois nous ne devons pas taire qu'en raison de la modicité de son prix, la Vératrine pourra souvent remplacer utilement le sulfate de quinine dans la médecine des pauvres.
Les premiers succès de la Vératrine ne tardèrent pas à susciter d'autres essais; et cette propriété sédative et contro-stimulante,.,dont on venait de constater les résultats avantageux dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu, devait assez naturellement suggérer l'idée de l'utiliser dans un certain nombre d'autres maladies inflammatoires. C'est ainsi qu'on fut conduit à l'administrer dans les angines, dans la pleurésie, dans les engorgements aigus des mamelles et surtout dans la pneumonie. Ce fut M. Aran qui parmi nous entreprit cette expérimentation sur la plus large échelle. Pendant un certain temps tous les malades atteints de pneumonies qui entrèrent dans son service d'hôpital furent traités à peu près exclusivement par la Vératrine. Remarquons à cet égard que les effets physiologiques de ce médicament présentèrent une assez grande analogie avec ceux du tartre stibié à haute dose : ainsi le premier ou le second jour phénomènes d'irritation gastro-intestinale, puis tolérance plus ou moins complète, et assez rapidement diminution plus ou moins marquée des principaux symptômes fébriles et inflammatoires. Disons que finalement les résultats considérés en masse paraissent avoir été assez avantageux, et se rapprocher de ceux que donne généralement la médication antimoniale. Mais comme l'application de cette méthode dans la pneumonie n'a été qu'un fait presque individuel, et que peu de médecins ont jusqu'ici répété ces expériences, il nous paraît prudent d'attendre avant de porter à cet égard un jugement. Toutefois nous croyons ne rien hasarder en prédisant que la réputation du tartre stibié dans le traitement de la pneumonie est si bien établie et si bien méritée, qu'il est sûr de conserver longtemps encore la il. U9
prééminence sur tout agent contro-stimulant qu'on sera tenté de lui opposer comme succédané.
M. Aran, stimulé par les bons résultats obtenus par lui dans quelques affections de nature franchement inflammatoire, se crut autorisé à généraliser l'emploi de la Vératrine et à l'administrer dans d'autres maladies qui, bien que différentes de ces dernières par leur nature, s'en rapprochaient néanmoins par l'intensité de l'appareil fébrile; nous voulons parler des fièvres éruptives, et particulièrement de la variole et de la scarlatine.
Ce médecin annonça avoir réussi, notamment dans la scarlatine, à diminuer les symptômes de phlegmasie locale, soit à la gorge et à la peau, et à abréger même notablement la durée de la maladie. Mais hâtons-nous de dire que cette prétention, qui d'ailleurs souleva immédiatement contre elle bien des contradicteurs, aurait eu besoin de se produire avec l'appui défaits plus nombreux et moins sujets à contestation.
Enfin poursuivant le cours de ses expérimentations, M. Aran n'a pas craint d'appliquer la Vératrine au traitement de la fièvre typhoïde. Mais ici, il faut bien le dire, cette extension donnée à cette médication n'avait plus rien qui pût la légitimer suffisamment. Comment espérer en effet que cette affection, qui, dans son fond et sa nature, est essentiellement asthénique, bien qu'elle puisse revêtir accidentellement et transitoirement la forme inflammatoire, comment espérer, disions-nous, qu'elle dût s'accommoder généralement d'un agent toxique qui a pour effet immédiat et constant de déprimer profondément les forces vitales, et qui de plus a l'inconvénient grave d'agir comme irritant direct du tube digestif? A ce double titre, nous ne craignons pas de dire que à priori la Vératrine nous semble formellement contre-indiquée dans la fièvre typhoïde. Ajoutons d'ailleurs que les résultats obtenus concordent parfaitement avec cette manière de voir toute théorique, et nous croyons que, tels qu'ils sont, ces résultats n'encourageront personne à poursuivre des essais dans cette direction.
D'après ces considérations, nous nous croyons autorisés à conclure que la Vératrine doit être exclue, au moins comme médication générale, du traitement des fièvres éruptives et des fièvres typhoïdes, et nous pensons que son emploi doit être limité à quelques phlegmasies avec réaction fébrile intense, qui ont leur siège dans les membranes séreuses et synoviales, notamment dans les affections rhumatismales et goutteuses, ainsi que dans quelques anomalies du système nerveux de la vie organique, paraissant être sous la dépendance de la diathèse goutteuse.
Vouloir lui demander trop, c'est risquer de faire du mal d'abord, et de plus, c'est compromettre presque à coup sûr un moyen qui, bien placé et restreint dans de justes limites, peut rendre de très-utiles services.