CHARBON DE BOIS
.. M. Belloc a reconnu le peuplier comme l'arbre le plus propre à fournir le Charbon, qu'il recommande ; il a remarqué que le bois trop vieux irritait l'estomac : aussi conseille-t-il de prendre les pousses de trois ou quatre ans, très-vertes, non émondées, et dont l'écorce n'ait pas souffert. Il rejette le peuplier qui croit dans les endroits bas et humides, peu exposés au soleil, parce que le bois est compacte et l'écorce couverte de mousse. Le moment de la sève ascendante est le plus favorable pour la récolte ; on dépouille les branches de leur écorce, on les coupe par morceaux, et on les place dans des vases en fonte bien clos et on chauffe au rouge blanc.
Le Charbon ainsi obtenu est léger, brillant ; on le fait macérer dans de l'eau pendant trois ou quatre jours, en renouvelant l'eau fréquemment; on fait sécher ensuite et on pulvérise avant qu'il soit complétetement sec.
Toutes les précautions indiquées par M. Belloc doivent être suivies , c'est le plus sûr moyen d'obtenir un produit toujours identique, d'une efficacité ou du moins d'une innocuité constante.
Toutes les fois que les précautions indiquées n'ont pas été -uivies, on a obtenu de mauvais résultats. C'est ainsi que M. Belloc a vu le Charbon de bois ordinaire préparé
en vase clos et réduit en poudre humide, produire sur les personnes qui en faisaient usage un goût sulfureux, quelquefois ammoniacal, une vive chaleur à la bouche avec altération, des pincements à la région épigastrique, un ralentissement de la digestion, et quelquefois des excoriations trèsdouloureuses de la muqueuse buccale, qui n'ont cédé qu'à l'emploi des gargarismes adoucissants.
Opiat carboné.
Charbon de bois,
Magnésie,
Miel,
40 gram.
Pour donner la consistance d'un électuaire.
En prendre trois ou quatre fois par jour gros comme une noisette.
Cérat carboné antiseptique.
Charbon,
40 gram,
Extrait de ratanhia,
Cérat,
M. S. A. Pour panser lès ulcères cancéreux, phagédéniques, la pourriture d'hôpipital, les brûlures.
M. le docteur Belloc a, dans ces derniers temps, appelé de nouveau l'attention des médecins sur l'action thérapeutique du Charbon de bois.
Il a constaté d'abord que, à la dose de 2 à 15 grammes, il provoque ordinairement des garde-robes assez abondantes, sans diarrhée proprement dite, sans produire de vive irritation du côté des organes digestifs.
Il a constaté que ce médicament était évidemment utile dans les gastralgies qui s'accompagnaient de constipation et de flatulences, comme il est si ordinaire d'en rencontrer chez les femmes nerveuses, chez les vieillards, et même chez les adultes débilités par les travaux de cabinet> les veilles, les excès vénériens.
Il semblerait même que dans les gastrites chroniques qui s'accompagnent d'éructations nidoreuses, et même accidentellement de diarrhée, l'usage du même remède n'est pas sans utilité.
Nous avons rarement employé le Charbon de bois dans les cas indiqués par M. Belloc, et nous le regrettons vivement; mais nous l'administrons
bien souvent avec avantage dans quelques cas spéciaux sur lesquels nous devons insister.
Chez les malades atteints de cancer de l'estomac et des intestins, la fétidité des éructations disparaît en quelques heures après l'emploi du Charbon" de bois; on fait aussi aisément disparaître la fétidité des garde-robes. Cela sans doute n'aurait pas une grande importance si, en même temps, on ne voyait se modifier des accidents généraux, tels que l'anorexie, les nausées, et même la fièvre hectique, symptômes auxquels n'est peut-être pas étrangère l'altération putride des produits versés par le cancer dans le canal alimentaire.
C'est avec le même avantage que nous donnons le Charbon dans les dysenteries graves qui se terminent par la mortification de larges portions de la membrane muqueuse du colon.
Dans le cas de cancer du rectum, nous enlevons toute fétidité à l'écoulement en introduisant dans l'anus des mèches enduites d'un cérat auquel nous incorporons du Charbon et de l'extrait de ratanhia. Une pommade du même genre est encore fort utile pour panser les plaies atteintes de gangrène, de pourriture d'hôpital, et pendant l'été les. larges surfaces suppurantes, les brûlures par exemple.
Mode d'administration et doses.
A l'intérieur, le Charbon en poudre se donne à la dose de 2 à 30 grammes (40 grains à 1 once) par jour, dans du pain à chanter, ou en électuaire. Pour l'usage extérieur, les doses sont en quelque sorte illimitées.
Le Collodion consiste en une dissolution On se sert de nitrate de potasse que l'on dans l'éther sulfurique du fulmicoton, ma- fait sécher à l'étuve, et d'acide sulfurique tière qui résulte de l'action de l'acide nitri- que l'on a fait bouillir pour qu'il soit parque sur le ligneux. Pendant la réaction, il faitement concentré. On mélange l'acide et se fait de l'eau aux dépens de ce dernier le sel dans une capsule de porcelaine ou corps, et la nouvelle substance reste corn- dans une tenine en grès, et l'on y plonge binée à de l'acide nitrique. C'est le fulmico- le coton. Après quatre minutes de contact, Ion ou pyroxylinc qui s'enflamme avec une on retire celui-ci et on le jette dans une extrême facilité. grande quantité d'eau froide-, on <e retire Le fulmicoton parfait est entièrement so- sans l'exprimer, on le lave à plusieurs reluble dans l'éther; la matière du Collodion prises de la même manière, et on le faitsédoit contenir encore des parties qui se gon- cher à l'air. On a le fulmicoton : flentet nese dissolvent pas ; ce sont ces dernières qui, après l'évaporation, forment une Fulmicoton, 1 espèce de feutre plus solide. Alcool à 34°, t Pour préparer le Collodion, on opère de Éther à 50°, 16 la manière suivante :
Laissez en contact dans un flacon fermé
Nitrate de potasse pulvérisé, 400 gr. en agitant de temps à autre. Passez à tra-
Acide sulfurique à 66% 600 vers un linge clair avec expression et con-
Coton cardé, 20 servez dans un vase bien bouché.
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Le Cnllodion laisse sur la peau un enduit adhérer sans se dessécher trop promnte-
qui y adhère fortement, ce qui le rend 1res- ment, sans se fendiller et sans crisper la
précieux pour les pansements; il préserve peau, la peau du contact de l'air, et comme il est
transparent, il laisse voir les parties qu'il rnnnj-~~ *■ t. «t- j
recouvre. On peut l'employer seul, ou en Collodion térébenthine.
enduire une bandelette de toile. Collodion, 30 00
Quand on destine le Collodion au panse- Tprphpmhmp itn
ment des blessures, on recherche en lui la HuïIp iK ÏS" An
propriété de se rétracter en séchant ; il res- ' U'5U serre les bords de la plaie et aide à la
guérison. Si l'on ne veut que préserver les Collodion glycérine. parties du contact de l'air, la contraction
du Collodion est plus nuisible qu'utile, et Collodion, 100,00 il faut avoir recours au Collodion préparé Glycérine, 2,00 par l'une ou par l'autre des formules suivantes: on obtient alors un médicament La proportion de glycérine peut être mo-> qui possède de l'élasticité et delà souplesse, difiée selon les circonstances. La première ou pour mieux qui a la propriété de recou- de ces formules est due à M. Gobley, et la vrir très-également la surface cutanée, d'y seconde à MM. Cap et Garot.
L'idée de recouvrir les plaies et les phlegmasies de la peau d'un enduit imperméable qui abrite les surfaces enflammées ou ulcérées contre le contact de l'air et le frottement des corps étrangers, a dû être suggérée à l'homme de l'art par les procédés que suit la nature elle-même dans toutes ces circonstances. Les solutions de continuité de la peau et les inflammations traumatiques qui les accompagnent, guérissent presque toujours à la faveur de véritables enduits naturels, sécrétés par la plaie sous forme, liquide, et qui se dessèchent ensuite pour former les pellicules et les croûtes.
Il y a une certaine analogie d'aspect entre cette humeur protectrice et la liqueur ou l'espèce de vernis dont nous venons de faire l'histoire pharmacologique. Mais pour quelques analogies superficielles, il y a des différences profondes. L'humeur plastique sécrétée par les plaies de bonne nature et qui va former les croûtes, n'est point un corps étranger pour ces plaies; c'est un liquide vivant dont la composition intime n'est pas, dès lors, d'une nature différente de celle des tissus qu'il recouvre et ne les irrite nullement. Ses qualités physiques sont homogènes à celles de la surface vivante de chaque point de laquelle il est sorti en se formant. Il les protège sans les comprimer. C'est comme un organe accessoire de la plaie, une espèce d'épiderme accidentel. En cette qualité, il adhère à la plaie tout autrement qu'un enduit siccatif; il y adhère naturellement, et on pourrait presque dire organiquement par ses couches les plus immédiates. La preuve qu'il fait corps, en quelque manière, avec l'organisme de la plaie, c'est qu'il a des évolutions et des âges en rapport avec les siens, et qu'il ne tombe que quand les parties qu'il recouvre n'ont plus de vie morbide, et que lui, par conséquent, n'a plus de raison d'être dans la plaie et n'est plus formé et entretenu par elle. Il se produit par couches stratifiées comme certaines autres dépendances des êtres organisés.
Les couches les plus extérieures ne sont plus vivantes et tombent, que les profondes vivent encore et adhèrent; et c'est par cette propriété qu'elles remplissent une fonction si utile, si graduellement accommodée, et d'une imitation impossible. Un moyen sûr de contrarier la cicatrisation d'une plaie ou de la retarder indéfiniment, est d'arracher ces croûtes avant l'époque de leur mort et de leur chute spontanée, qui est pour la plaie celle de la guérison accomplie. Elles se détachent de celle-ci par le même procédé que de l'arbre un fruit mûr.
Ce ne serait pas faire une objection sérieuse à cette théorie des croûtes dans les plaies de bonne nature, que de lui opposer les pellicules, les squammes et les croûtes des plaies de mauvaise nature et des maladies chroniques de la peau dont la cause est un vice morbide intérieur qui les étend et les perpétue. Dans ces divers cas, à la vérité, loin que les croûtes favorisent la guérison des surfaces malades, il est quelquefois utile de les enlever ou de les faire tomber, mais méthodiquement, afin de pouvoir appliquer sur les parties sous-jacentes les topiques curatifs appropriés.
Mais nous ne prétendons pas non plus que les croûtes des plaies simples soient la cause de la guérison naturelle de ces plaies 5 elles n'en sont qu'une condition, ou si l'on veut, qu'une cause accessoire, laquelle favorise plus ou moins puissamment l'action de la vraie cause, et lui permet de produire ses effets d'une manière régulière, à l'abri des perturbations extérieures. Les croûtes sont un produit éloigné de la cause intime qui entretient l'affection cutanée; elles sont à la phlegmasie sécrétante ce que celle-ci est à son principe. Elles en protégeraient la guérison si le mal y avait une tendance spontanée. Les croûtes tombent et se renouvellent incessamment parce que le principe de la maladie ne s'éteint pas dans ses effets, et qu'il a dans l'économie une source continuelle et toujours vive. On les enlève, non parce qu'elles nuisent, mais parce qu'elles masquent le mal, emprisonnent quelquefois des liquides nuisibles, et surtout parce qu'on veut pouvoir appliquer immédiatement sur les surfaces affectées, des topiques capables de les modifier avantageusement.
Toutes ces considérations vont trouver leur place, et nous aurons besoin de les invoquer comme d'utiles directions pour juger la valeur thérapeutique du Collodion.
Que la soustraction d'une partie enflammée au contact de l'air atmosphérique abrège et atténue les accidents inflammatoires, borne le mal, le simplifie et puisse empêcher ses suites, comme la suppuration, etc., c'est un fait que la chirurgie a mis depuis longtemps hors de doute, au moins pour les inflammations traumatiques. Hunter professait qu'une plaie pouvait se réunir par première intention au moyen seul du sang épanché ou de la lymphe plastique sécrétée des lèvres de la solution de continuité, sans inflammation nécessaire. Or, cela se voit surtout dans les plaies non exposées à l'air ; d'où l'idée des opérations sous- cutanées, des sections tendineuses et musculaires, des ouvertures d'abcès, des ponctions prati-
quées par des ouvertures très-étroites faites à la peau loin des points sur lesquels doit porter définitivement le bistouri. Ces opérations sont à peine suivies d'inflammation traumatique et presque jamais de suppuration. On fait avorter les brûlures au premier degré, on les éteint, en quelque sorte, par une foule de moyens qui se disputent la préférence du public et des chirurgiens, et dont l'effet commun est d'opposer une barrière la plus hermétique possible à l'action de l'air. Tels sont l'ouate, le typha, le jaune d'œuf, l'huile, la glycérine, les fécules, le miel , le Collodion, etc. Les plaies par déchirure, écrasement, les mutilations suivies si souvent de suppurations et de désordres effroyables, restent très-souvent exemptes de ces suites lorsqu'on les barricade exactement par des pansements au diachylon, et qu'on les laisse se cicatriser seules ainsi, sans enlever le sparadrap pendant dix jours et plus.
La guérison des ulcères des jambes par la méthode de Baynton est encore une des applications de cette idée, bien que d'autres conditions favorables, autres que la soustraction au contact de l'air, doivent revendiquer une bonne part dans les succès de cette excellente méthode. Qui sait si les divers enduits et emplâtres vantés pour empêcher le développement des pustules varioiiques, n'agissent pas uniquement en soustrayant à l'air les parties enflammées?
Quoi qu'il en soit, le Collodion est venu ajouter à nos ressources dans ces différents cas, un moyen souvent supérieur à tous ceux qu'on employait avant lui. Il ne paraît jouir par lui même d'aucune action topique. Sa dessiccation est si prompte, qu'à peine aurait-il le temps d'agir autrement que comme enduit imperméable. A cette propriété, il en joint une autre quelquefois précieuse et puissamment auxiliaire, mais souvent insupportable et suffisant à elle seule pour priver quelques malades irritables et impatients des bienfaits de cette médication : nous voulons parler de la compression pénible qu'il exerce en séchant. Il tire alors de la circonférence au centre et fronce désagréablement la peau déjà douloureuse sur laquelle on Fétend. Lorsqu'on l'applique sur des surfaces ulcérées, sur des plaies, il a aussi l'inconvénient de causer une vive cuisson due sans doute à l'éther qui entre dans sa composition. On a cherché à parer au premier de ces inconvénients, nous voulons dire à l'excès de rétraction et de froncement, en combinant aux éléments du Collodion des substances résineuses ou des huiles qui le rendent plus flexible et plus élastique. On ne saurait le nier, ces modifications ingénieuses ont remédié en partie au racornissement et à l'inextensibilité excessifs du Collodion pur. Celui-ci, par suite des mêmes défauts, se brise et se fend, et oblige à remettre sans cesse de nouvelles couches.
Nous ne savons à quoi peut tenir une différence que nous avons plusieurs fois observée entre deux Collodions dont l'un reste transparent, l'autre blanchit et devient opaque. La diaphanéité est une qualité commode, en ce qu'elle permet d'apprécier l'état des plaies vernissées.
Les réflexions générales que nous venons de présenter et les faits parti-
culiers que nous avons rappelés ensuite, permettent déjà de pressentir dans quel ordre d'inflammations et de plaies cutanées, le Collodion est principalement et naturellement indiqué.
Toutes les "fois qu'une plaie cutanée de cause externe, non protégée d'une croûte, et une inflammation de même nature tendront à se perpétuer, on devra les enduire d'une couche de Collodion. Les brûlures au premier degré, les érythèmes, les éruptions vésiculeuses dues à des applications extérieures acres et mordicantes, les excoriations, les écorchures qui tardent à guérir à cause de leur exposition à l'air et à toutes sortes de causes irritantes, les fissures, les gerçures des lèvres et du mamelon, des doigts et
des mains, etc , appellent naturellement l'emploi de ce moyen.
Il en est ainsi des engelures ulcérées, des vésicatoires rebelles, des ulcères aux jambes simples ou variqueux, et toutes les fois qu'il sera utile de joindre le bienfait d'une compression égale à celui de la soustraction d'une plaie ou d'une phlegmasie au contact de l'air.
On a vanté le Collodion contre les escarres du sacrum et des trochanters qui se forment dans le cours des fièvres graves et des maladies de longue durée. Ce genre d'usage exige bien des soins et des délicatesses difficiles à rencontrer dans un hôpital, et presques impossibles ailleurs que chez les malades entourés de personnes intelligentes et très-attentives. Le Collodion appliqué sur ces sortes de plaies après la chute des escarres et à la période d'ulcération, nous a paru fâcheux et insupportable. Il coupe et déchire les malheureux malades. A la période d'érythème, il est plus opportun sans doute ; mais il faut appliquer souvent de nouvelles couches de vernis. Il en résulte bientôt une épaisseur d'enduit dur et inflexible qui blesse la peau, irrite le patient et ne peut être enlevée qu'à force de lotions d'éther très-cuisantes. Il est néanmoins possible de tirer quelquefois profit du Collodion dans ces cas où l'on ne saurait avoir trop d'expédients à son service.
L'impétigo facial, les croûtes de lait chez les enfants, etc , peuvent
trouver dans le Collodion un moyen protecteur très-utile contre l'action de l'air, de l'eau, des doigts de l'enfant et de tous les frottements auxquels* l'exposent ses mouvements continuels.
On a fait un heureux emploi du Collodion comme agglutinatif pour clore exactement les paupières et dérober l'œil à l'action de la lumière et de l'air dans les kératites avec photophobie. On passe sur le bord des paupières un pinceau enduit de Collodion. Leur ouverture est à l'instant condamnée, et sj. quelques humeurs ont à sortir, elles se frayent facilement un passage par le grand angle de l'œil ou par une légère déhiscence du Collodion. Cette obturation parfaite de l'ouverture palpébrale a été avantageusement employée contre des procidences ou des hernies de l'iris irréductibles sans ce moyen ou tout autre analogue, mais assurément moins commode, moins prompt et moins efficace. On en retire aussi les mêmes avantages
quand, après l'opération de la cataracte par extraction, on a besoin de fermer exactement l'œil et d'empêcher l'issue de ses humeurs.
La suppression du contact de l'air n'est pas le seul bénétice que le Collodion procure aux plaies et aux inflammations cutanées. Nous avons déjà dit que sa propriété rétractile exerçait une compression uniforme éminemment résolutive de la fluxion inflammatoire et des exubérances vasculaires molles qui s'opposent à la réparation des ulcères. Le froid causé par 1 evaporation de l'éther qui tient le pyroxile en dissolution, peut exercer aussi sur les phlegmasies une influence sédative utile.
On comprend facilement que la compression produite graduellement et si uniformément sur les parties par le Collodion qui se dessèche, puisse être utilisée dans d'autres cas que les phlegmasies et les plaies.
Aussi, a-t-on mis avec succès cette propriété à contribution pour favoriser la résolution des épanchements sanguins» ou lymphatiques récents qui peuvent former des tumeurs sous-cutanées. Le Collodion tient alors lieu de bandage compressif. C'est de la même manière qu'on l'a appliqué au traitement des varices qui contiennent du sang liquide. Il faut renouveler souvent les couches de Collodion pour arriver à quelque résultat. On a pu faire diminuer ainsi les inconvénients du varicocèle récent, et éviter les opérations dangereuses qu'on pratique quelquefois sur cette espèce de varices.
Ces diverses applications du Collodion comme agent de compression et d'agglutination, peuvent facilement indiquer celles dont il est susceptible comme moyen de réunion des plaies, pour remplacer, lorsqu'elles ne peuvent être employées à cause de la forme des parties, les diverses toiles agglutinatives dont se sert la chirurgie.
Si des inflammations et des plaies de cause externe, qui n'éprouvent d'obstacle à leur résolution et à leur cicatrisation que de l'action nuisible de l'air ou d'autres contacts irritants, nous passons au traitement des mêmes affections de cause interne, nous verrons le Collodion perdre de plus en plus de son opportunité. Ainsi, l'érysipèle de la face ne nous a jamais paru notablement modifié par les applications de cet enduit. Dans la variole discrète, appliqué dès l'apparition de la pustule, il la comprime, l'empêche de s'élever et quelquefois de suppurer. Elle reste alors à l'état siîiqueux et remplie seulement de cette matière plastique qui en forme le noyau. Dans les continentes il ne s'oppose pas à la suppuration , mais enfermant le pus qui s'étale et se durcit sous la forme d'une épaisse membrane, il ne fait de toute la surface sur laquelle on l'étend, qu'une énorme phlyctène et une vaste ulcération. Celle-ci guérit plus difficilement que les parties voisines découvertes qui ont librement suppuré au contact de l'air. Nous en dirons autant de 1 erysipèle ambulant des membres chez les jeunes enfants. Nous ignorons jusqu'à quel point on pourrait se servir du Collodion pour arrêter les hémorrhagies quelquefois graves qui, chez les enfants surtout, ont pour siège des piqûres de sang-
sues ou toute autre surface d"où le sang coule en nappe d'une manière faible mais continue.
Si le Collodion est d'une utilité assez précaire dans le traitement des inflammations cutanées aiguës de cause interne qui se rapprochent des fièvres à tant d'égards, que faut-il en espérer contre les maladies chroniques de la peau entretenues, elles aussi, par une cause qui a le plus souvent ses racines dans un vice général de l'économie, comme cela se voit pour les dartres ? ,
Et d'abord, l'analogie ne nous prévient pas en faveur de cette application. Nous voyons, en effet, les affections vésiculeuses, pustuleuses et squammeuses de la peau ne point s'améliorer sous les croûtes, les pellicules ou les écailles qui les recouvrent. L'expérience clinique a sanctionné cette contre-indication naturelle. Des essais tentés sur un grand théâtre, à l'hôpital Saint-Louis, n'ont donné que des déceptions. Le Collodion n'est appelé à rendre quelques services que dans les complications des dermatoses chroniques par certains accidents, tels que gerçures, excoriations : inflammations surajoutées et analogues à toutes celles qui hors de ces circonstances sont avantageusement modifiées par les enduits imperméables. On devrait peut-être faire une exception pour l'eczéma chronique des jambes chez les vieillards, cas qui rentre évidemment dans l'indication que fournissent les ulcères atoniques des mêmes parties pour le Collodion.
Convaincu comme nous, sans doute, de l'inefficacité du Collodion pur dans les maladies chroniques de la peau, M. le docteur Aran a eu l'idée de combiner à ce vernis divers agents médicamenteux plus ou moins énergiques, usités comme topiques contre les dartres. Les quelques résultats déjà publiés de ces essais nous semblent avoir une signification moins favorable que celle qui leur est prêtée. Quoi qu'il en soit, les expériences sont encore et trop récentes et trop peu nombreuses, pour autoriser une conclusion quelconque.
On comprend difficilement que des médicaments rendus insolubles par leur combinaison avec le Collodion qui se dessèche sous le pinceau, puissent avoir avec les surfaces malades, des affinités assez faciles pour exercer sur elles quelque action. Il serait sans doute plus sûr d'en enduire d'abord ces parties et de recouvrir ensuite le médicament d'une couche de Collodion ?
Des deux manières, on ne voit pas trop bien les avantages de ce mode de pansement, excepté dans des circonstances exceptionnelles qu'une observation patiente permettra sans doute de discerner.
Pourtant, il est des substances si énergiques que, même combinées avec le Collodion, elles jouissent de toute leur action. C'est ce qui arrive pour les cantharides. Un Collodion préparé avec 15 grammes de Collodion et 3 grammes d'huile verte de cantharides, forme un vésicatoire des plus violents qui produit la phyctène en trois ou quatre heures. Mais on a reconnu à ce mode d'application plus d'inconvénients que d'avantages. Quel
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inconvénient, pour ne rien dire de plus, n'y a-t-il pas à emprisonner dans un enduit qui adhère très-intimement, un épispastique comprimé, dont les produits ne peuvent soulever l'épiderme, et qui doit, indépendamment de douleurs horribles, causer des désordres inflammatoires profonds compliqués de la difficulté de lever l'emplâtre ?
Non content d'échouer dans presque toutes les phlegmasies qu'une force morbide interne détermine à la peau et qui s'y épuisent avec leur cause, comme dans les phlegmasies éruptives aiguës, ou s'y perpétuent avec elle comme dans les dartres, etc., le Collodion a porté ses prétentions curatives jusque sur les phlegmasies viscérales. C'est aux inflammations aiguës des membranes séreuses et des parenchynes qu'il s'est spécialement attaqué.
M. le docteur Robert-Latour l'a exalté dans le traitement des ovarites, des péritonites suraiguës, des orchites, etc...., avec un enthousiasme que quelques faits ne suffisent jamais à allumer chez les observateurs prudents ou désintéressés de toute idée préconçue. Ce médecin distingué était, en effet, auteur d'une .théorie de l'inflammation avant la découverte du Collodion. Cette théorie est bien simple, aussi simple, malheureusement, que la médication qui est venue si à propos la confirmer et être confirmée par elle, aux yeux de M. Robert-Latour.
A l'exception de la chaleur animale sur la nature et le mode de génération de laquelle l'auteur ne s'explique pas et dont l'élévation est pour lui toute l'inflammation, les autres phénomènes de cette affection sont physiques, ou si l'on veut, de simples conséquences physiques de la chaleur en excès dans une partie enflammée. Vaisseaux dilatés , mouvement du sang plus rapide, tuméfaction, rougeur, douleur, etc., tout cela suit de l'élévation de la température comme dans un système inorganique. On voit que M. Robert-Latour a pris Celse à la lettre , et qu'y ajoutant la petite explication que peut lui suggérer tous les jours l'application de sa main sur la boule de son thermomètre, il est à même de diriger avec non moins de facilité les phénomènes de l'inflammation.
Empêcher la formation exagérée de la chaleur animale , tel est donc tout le problème thérapeutique. Or, M. Fourcault recouvrant d'enduits imperméables toute la surface de la peau de certains animaux, affaiblissait remarquablement chez eux la puissance calorifique. Ces animaux se refroidissaient beaucoup, et divers genres de lésions pathologiques se développaient ensuite dans leurs viscères. M. Robert-Latour en a conclu sans doute, que c'était par une sorte de respiration cutanée que se produisait la chaleur des parties sous-jacentes; que c'était par l'action de l'air atmosphérique sur la peau du ventre, par exemple, que se formait la chaleur du péritoine, etc., et trouvant dans le Collodion un vernis parfaitement imperméable à l'air, il a vite jugé, que de même que toute la péritonite consiste dans une élévation excessive de la chaleur péritonéale, de même tout le traitement de cette phlegmasie devait consister dans la suppression
du foyer cutané de cet excès de chaleur De là, à l'application du Col-
lodion sur la peau du ventre, il n'y avait qu'un pas. Cetle théorie, qui ne mérite pas d'être discutée, a eu certainement plus d'influence que l'observation clinique sur la confiance exagérée que M. Robert-Latour témoigne au Collodion dans le traitement des inflammations viscérales aiguës. 11 faut examiner la question avec plus de simplicité expérimentale et d'indépendance d'esprit. L'orchite, dont la marche naturelle est assez bien connue, a fourni pour cela une occasion précieuse. Or, il résulte d'expériences nombreuses suivies avec soin par MM. Velpeau et Ricord, que l'application du Collodion sur le scrotum des individus affectés d'orchiteou d'épididymite, n'abrège pas sensiblement la durée de cette inflammation. Les essais contradictoires de M. Bonnafont ne suggèrent pas des conclusions notablement différentes. Le Collodion eût-il d'ailleurs, dans ce cas , un succès certain, que la compression uniforme qu'il exerce sur les parties tuméfiées aurait sans doute plus de part à la résolution de l'orchite, que les causes imaginées par M. Robert-Latour. N'a-t-on pas vanté, en effet, contre cette phlegmasie, la compression par les bandelettes de diachylon? Et puis, M. Robert-Latour oublie de nous dire que les animaux vernissés par M. Fourcault, succombaient souvent à des phlegmasies viscérales. On peut donc retourner contre lui son principal argument.
Comment ne pas être frappé de la différence profonde qui sépare les inflammations chirurgicales de celles qui sont l'objet spécial de la médecine, quand on voit les premières supprimées en quelque sorte par la méthode sous-cutanée , par cela seul qu'elles ne sont pas exposées; et les secondes, se développer spontanément à l'abri de l'air dans les cavités closes de l'organisme?
Nous sommes donc en droit de reproduire, en terminant cette note sur le Collodion, la pensée sous les auspices de laquelle nous l'avons commencée, et de répéter que l'esprit de la médication antiphlogistique par les enduits imperméables, doit être tout entier tiré du rapprochement que nous, venons de faire entre les deux grands ordres d'inflammation. Les théories de physique médicale amusante les mieux préparées, ne peuvent rien devant ces grandes indications de la nature vivante.
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