‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 4)Chapitre 11 sur 147 · GIGUE · texte numérisé non relu

GIGUE

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couverte d'un enduit glauque ; ses feuilles sont d'un vert noirâtre, ses involucelles caractéristiques; ses fleurs blanches et non jaunâtres comme dans le persil.

La Ciguë aquatique (phellandrium aquaticum), vulgairement fenouil aquatique, est une plante très-commune dans les mares, s'élevant à la hauteur de deux ou trois pieds. Sa racine est pivotante et munie -d'un grand nombre de fibres verticillées ; sa tige est creuse, ses feuilles sont trèsdivisées ; ses fleurs blanches, très-petites, sont disposées en ombelles de dix à douze rayons. Les fruits sont ovoides allongés, régulièrement striés, glabres, un peu luisants et rougeàtres, formés de deux carpelles soudés. Le fruit entier offre une odeur très-forte ; la saveur en est acre et un peu aromatique.

Les propriétés délétères de cette plante sont moins marquées que celles des autres espèces de Ciguë.

Nous indiquerons aussi Vasnanthe safranée (eenanthe crocata, L.), genre trèsvoisin du phellandrium, et qui contient dans sa racine un suc jaune éminemment vénéneux.

Nous avons pensé qu'il était important de donner scrupuleusement les caractères botaniques de ces diverses espèces de Ciguë, dont les propriétés toxiques se touchent.

La grande Ciguë est, selon nous, à tort, presque exclusivement employée; les au-

tres genres, considérés comme inefficaces , jouissent cependant do qualités énergiques et mériteraient une place parmi les agents thérapeutiques. II était donc à propos de les faire connaître et d'en signaler les caractères différentiels, afin d'éviter les méprises funestes ; et puis, fort souvent dans les campagnes, on est forcé d'avoir recours aux succédanés d'une plante, soit à cause de la rareté, soit en raison de Vhabital qui fréquemment varie suivant les espèces.

Nous ne dirons rien des préparations officinales de la Ciguë, sinon qu'elles sont absolument les mêmes que pour la belladone (voir p. 47).

Celles qui sont le plus fréquemment employées sont l'extrait de Ciguë sous forme de pilules, et la poudre de feuilles pour emplâtre et pour cataplasmes. L'extrait de suc non dépuré de Ciguë et l'alcoolature sont de fort bonnes préparations.

La conicine étant volatile, les préparations de Ciguë seront d'autant plus actives qu'elles auront été obtenues à froid ou à une température peu élevée; c'est ce qui explique les différences qui existent dans l'action des divers extraits de Ciguë.

Les fruits de Ciguë se sont 'quelquefois trouvés mêlés à ceiM d'anis ; on les distingue par leur compression en ce qu'ils sont légèrement arqués et moins verts que ceux d'anis.

Ils constituent la partie la plus active de la plante.

THERAPEUTIQUE.

La grande Ciguë; connue de toute antiquité comme poison, et rarement employée comme médicament, aété plus particulièrement introduite dans la matière médicale vers le milieu du siècle dernier, et bientôt elle a joui d'une célébrité que l'expérience n'a pas entièrement consacrée.

x Action physiologique de la grande Ciguë.

Quoique l'empoisonnement par la Ciguë fût un supplice assez fréquemment usité dans la Grèce , cependant les médecins ne nous ont rien transmis qui fût relatif aux symptômes éprouvés par les condamnés. Il faut arriver à une époque très -rapprochée de nous pour trouver des histoires d'empoisonnement assez détaillées. Quelques faits cités par Vicat {Histoire des plantes vénéneuses de la Suisse), par Haaf (Journal deméd. de Leroux, t. XXIII, p. 107), par Choquet (ibid., avril 1813), permettent de conclure que les racines, l'extrait et les feuilles de grande Ciguë produisent des accidents d'autant plus redoutables que la plante a crû dans un climat plus chaud.

L'assoupissement, la stupeur, le délire, la syncope, quelquefois l'extrême ralentissement du pouls, la gêne de la respiration , le refroidisse-

ment, les nausées, les vomissements, tels ont été les symptômes de l'empoisonnement par la grande Ciguë , symptômes qui peuvent se terminer par la mort.

Chez les animaux, les expériences d'Orfila ont démontré que les accidents étaient en général ceux que déterminent ordinairement les poisons stupéfiants (Toxicologie, t. II, p, 302).

Quand la Ciguë est donnée à petites doses, elle ne cause d'abord que quelques légers vertiges, de Fobnubilation, de la céphalalgie, de l'anxiété, des nausées. Les sécrétions cutanées ou urinaires sont ordinairement augmentées, mais rarement elles le sont en même temps.

Emploi thérapeutique.

Ehrhart, dans sa Dissertation sur la Ciguë, pense que cette plante a été employée par Hippocrate , et désignée par ce grand homme sous le nom de Roneion (Kt&vetov) , qui lui a été conservé. Arétée (De Morbis acutis, lib. 2, cap. Il) regardait l'emploi extérieur de la Ciguë comme propre à éteindre les désirs amoureux. Pline (lib. 26) prétendait qu'à l'aide de cette plante on pouvait guérir les tumeurs, les ulcères cacoèthes. Avicenne (lib. 2, tract. 2) la vantait également dans le traitement des tumeurs des mamelles et des testicules. Plus tard, et de siècle en siècle, il se trouve quelques auteurs pour rappeler les idées de Pline et d'Avicenne, et pour conseiller encore la Ciguë dans les mêmes circonstances où ceux-ci l'avaient employée.

En 1761, Stoerk, médecin d'un des hôpitaux devienne, contre qui l'illustre de Haen s'est peut-être trop élevé, publia ses fameuses expériences sur plusieurs médicaments vireux , et entre autres sur la Ciguë. Ce médecin , à qui la thérapeutique doit quelques bons médicaments, vanta avec exagération les vertus extraordinaires de la Ciguë dans le traitement des cancers. Après lui vingt médecins se disputèrent l'honneur d'être encore plus enthousiastes que lui, et bientôt les éloges mensongers donnés à la Ciguë ne trouvèrent plus de créance, et le médicament tomba dans un discrédit qu'il ne méritait pas tout à fait ; caria confiance que l'on accordait à la Ciguë se fondait sur quelques faits très-réels. Ces faits, quoique souvent mal interprétés par ceux qui les ont observés, n'en sont pas moins précieux; ils prouvent que des tumeurs diverses, ou du sein ou du testicule , de nature en apparence cancéreuse , ont été les unes amendées, les autres guéries par l'emploi interne ou externe de la Ciguë.

A l'intérieur, Stoerk donnait l'extrait delà Ciguë , d'abord à la dose de 5 centigrammes (1 grain) matin et soir, et il augmentait graduellement et allait ainsi jusqu'à A et 6 grammes (1 gros et 1 gros et demi) par jour. Quelquefois il se servait de la poudre fraîche au lieu de l'extrait. Il ne l'employait que rarement comme topique ; et, dans ce cas, il se servait des feuilles et de la tige ou de la racine écrasées. La plupart de ceux qui ont

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unité Stoerk regardaient connue très-utiie d'associer l'usage des purgatifs à celui de la Ciguë, et ils donnaient tous les jours un drastique à leurs malades {Journal de médecine de Vandermonde, t. XV, p. 121).

Les histoires citées par Marteau de Grand villiers (Ancien Journal de méd., 1771, t. XIV, p. 121), celles de Décotes fils (ibid., 1762, t. XVI, p. 35), de Porte {ibid., 1762, t. XVII, p. 346), de Larranture (ibid., 1764, t. XX, p. 502), de Renard (ibid., 1765, t. XXIII, p. 411), de Masars de Caselles [ibid., 1760, t. XXXIV,p. 255), de Lemoine (ibid., 1772, t. XXXVII, p. 129), de Buissonnat(^'(i.,1787, t. LXX, p. 449), de Collin (Ann. méd., t. II, p. 84), de plusieurs autres praticiens dont la bonne foi ne peut être suspectée, ne permettent pas de douter que l'usage interne de la poudre de racines et de l'extrait de Ciguë a guéri des tumeurs diverses qui avaient le caractère squirrheux. Mais il y a loin de là à l'engouement de Stoerk et de Collin , son élève , qui , se fondant sur quelques succès peu nombreux, prétendaient avoir trouvé le moyen de guérir tous les cancers. Toutefois nous devons ici un aveu.

Lorsque, en 1836, nous imprimions la première édition de cet ouvrage, nous étions plus incrédules que nous ne le sommes aujourd'hui sur le compte de la Ciguë; mais, depuis cette époque, nous avons, à l'hôpital et dans notre pratique particulière, expérimenté beaucoup ce médicament, et nous devons déclarer qu'il nous a paru un des agents les plus puissants dans le traitement des engorgements chroniques. Par l'emploi longtemps continué des cataplasmes de Ciguë sur le ventre, nous avons vu se guérir des hydropisies ascites, dues, les unes à une péritonite chronique, les autres à la présence de tumeurs nombreuses dans la cavité abdominale. Dans quelques cas, les tumeurs elles-mêmes purent se résoudre entièrement. Dans d'autres circonstances analogues, nous avons obtenu, sinon une guérison complète , du moins un amendement très-notable : mais le plus souvent le remède est resté sans effet. Chez une vieille dame de soixante et onze ans, l'usage des mêmes moyens arrêta les progrès d'une tumeur au sein, dont MM. Cloquet et Bérard avaient constaté le caractère cancéreux et dont l'ulcération leur semblait imminente. Dans tous les cas que nous rapportons ici, la 'Ciguë ne fut pas donnée à l'intérieur, mais appliquée topiquement sous forme de cataplasmes, faits avec trois quarts de poudre de Ciguë et un quart de farine de graine de lin. Ces cataplasmes sont encore plus efficaces et beaucoup moins coûteux, quand on se contente de recourir au cataplasme de graine de lin recouvert d'une couche de bouillie faite avec de la poudre de Ciguë et de l'eau de graine de lin très-épaisse. Concurremment on fit sur la partie des frictions, deux fois par jour, avec la pommade d'iodure de plomb, et des lotions avec la teinture d'iode ; à l'intérieur, nous prescrivions l'acide arsénieuxà la dose de25décimilligrammes (1/20 de grain) jusqu'à 1 centigramme (1/5 de grain). Quoique, dans un traitement aussi complexe, il semble difficile de savoir au juste quelle est la substance qui a le plus utilement agi, nous dirons qu'en . variant le traitement accessoire, qui a aussi de l'importance, et en nous

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contentant de l'emploi extérieur de la Ciguë, nous obtenions des effets évidemment utiles.

il n'est pas jusqu'à la phthisie pulmonaire que nous n'ayons essayé de traiter par la Ciguë. Nous faisons recouvrir toute la poitrine avec une espèce de cuirasse de peau enduite d'une couche épaisse d'emplâtre de Ciguë. Cette cuirasse est renouvelée tous les quatre ou cinq jours. Ce moyen si simple calme la toux et rend l'expectoration plus facile, en même temps qu'il tempère les douleurs de poitrine si communes chez les phthisiques. Sous l'influence de cette médication, la fièvre ordinairement se modère; en un mot, nous avons obtenu chez plusieurs poitrinaires, dont les tubercules étaient peu nombreux et dont la maladie marchait avec quelque lenteur, nous avons, disons-nous, obtenu un amendement et une suspension des accidents, que nous n'aurions eus peut-être par aucune autre médication connue.

Est-ce donc à dire que nous prétendions guérir le cancer et la phthisie, ces maladies qui sont la honte delà thérapeutique et le désespoir des praticiens? A Dieu ne plaise qu'on nous suppose une pareille prétention; mais nous croyons qu'à l'aide de la Ciguë, on peut, dans un certain nombre de cas, modérer le travail inflammatoire intime, qui hâte ia dégénérescence des cancers, Jeur ramollissement, et qui désorganise si rapidement les poumons de ceux qui n'avaient d'abord qu'un petit nombre de tubercules. Si, comme il n'est guère permis d'en douter d'après ce que nous venons de dire, on parvenait à résoudre des tumeurs de nature grave, il était raisonnable d'essayer dans le traitement des scrofules cette même médication, qui d'ailleurs est tout à fait exempte d'inconvénients.

Les faits rapportés par le judicieux Marteau de Grandvilliers (loc. cit.), par Muteau de Roquemont (ibid., 1764, t. XX, p. 554), parDupuis de la Porcherie (ibid., 1765, t. XXII, p. 219), parLemoine (loc. cit.), parCollin {toc. cit.), et ultérieurement par Hufeland {Traité des scrofules, p. 236), prouvent que, si l'usage interne de la Ciguë ne guérit pas toujours les tumeurs scrofuleuses, dans quelques cas, du moins, il les fait disparaître, et amende sensiblement l'état général. Dans ces derniers temps Baudelocque, à l'hôpital des Enfants, a aussi obtenu beaucoup de succès par remploi de ce médicament.

11 a eu recours, pour l'usage intérieur, à l'extrait alcoolique, qu'il a administré en pilules. Il a commencé par la dosede 40 centigrammes (2 grains) matin et soir, et l'on a augmenté chaque semaine de 20 centigrammes (4 grains). Sur sept filles traitées par la Ciguë, il en est cinq chez lesquelles l'extrait a été porté graduellement jusqu'à 3 grammes et demi (60 grains) par jour.

Pour l'usage externe, on a fait appliquer sur les tumeurs et sur les ulcères scrofuleux de la Ciguë fraîche préalablement écrasée (Bulletin thérap., 4835, t. IX, 4e livr.).

Disons enfin, comme confirmation de ces résultats, que M. Bazin, ayant repris ces expériences sur la Ciguë, en a obtenu de très-nolables avan-

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