‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 4)Chapitre 12 sur 147 · CIGUË · texte numérisé non relu

CIGUË

tages dans la première période de la scrofule; dans ces cas, il a l'habitude de l'associer aux préparations d'iode.

On a encore conseillé le même moyen dans quelques maladies de la peau, telles que les dartres, la teigne, etc. (Journal de Vandermonde, 4772, t. XXXVIII, p. 139. — Ibid., 1790, p. 136. — Journ. gén. de méd., t. XXXVIII, p. 437). Mais les faits cités dans ces journaux par Lecomte de Préval, par Waton, sont loin d'être concluants. Au contraire, les faits curieux rapportés par Fantonetti (Gaz. méd., t. V, p. 226) démontrent que, dans le traitement de dartres sous forme aiguë et chronique, les bains faits avec de l'eau de Ciguë ont une grande efficacité.

L'auteur regarde ces bains et les lotions avec la décoction ou l'infusion de Ciguë comme fort calmants, résolutifs et dessiccatifs; il en a fait l'expérience un assez grand nombre de fois, et rapporte plusieurs observations à l'appui de ce qu'il avance : ce remède agit promptement et ne produit jamais d'accidents quand on sait s'en servir. On prépare le bain de Ciguë en faisant infuser dans de l'eau bouillante, dès la veille, ou bien bouillir, huit à dix poignées de Ciguë sèche ou fraîche, dans huit ou dix livres d'eau, qu'on verse ensuite dans Teau delà baignoire, chaude de 26 à 27 degrés Réaumur. Le malade doit y rester une heure ou deux ; la baignoire doit être bien couverte à l'aide d'une couverture de laine et d'un drap qu'on serre autour du cou du malade, afin que la vapeur ne lui occasionne pas de maux de tête ou des vertiges. D'après l'auteur, la Ciguë agit parle principe alcaloïde qu'elle contient; cela explique, d'après lui, pourquoi la décoction et l'infusion de cette plante sont également efficaces, car ce principe ne s'évapore point comme la partie volatile des plantes aromatiques qu'on emploie au même office. Dans les maladies cutanées les plus incommodes, M. Fantonetti regarde les bains en question comme le remède calmant et contro-stimulant par excellence.

L'action stupéfiante de la Ciguë a été utilisée contre la coqueluche, par Schlessinger (Bibl. méd., t. LVII, p. 379), et plus tard par Butter et Odier (Mérat et de Lens, Dict. de thér., t. II, p. 389). Le premier faisait dissoudre dans 60 grammes (2 onces) d'eau, o centigrammes (1 grain) d'émétique, y délayait 10 centigrammes (2 grainsj d'extrait de Ciguë, et ajoutait 15 grammes (1/2 once) de sirop de framboise; il faisait prendre cette dose en deux jours, et le succès en fut aussi prompt qu'efficace. Ici, évidemment, la médication est trop complexe pour qu'on puisse juger ce que pourrait l'action isolée de la Ciguë.

L'inspiration de vapeurs cicutées a été conseillée par Alibert contre la phthisie; mais il est à craindre que ce ihérapeutiste n'ait hasardé ce conseil sans faits qui l'appuyassent. Toutefois c'est un point à revoir.

Chaussier, Duméril, Guersant, prescrivent la Ciguë dans les névralgies (Dict. des Sciences méd., t. V, p. 212).

Nous avons dit plus haut qu'Arétée la considérait comme propreà éteindre les désirs amoureux; et c'est surtout d'après ce témoignage, et d'après celui de saint Jérôme , qui rapporte que les prêtres égyptiens se rédui-

saient à l'impuissance en buvant tous les jours un peu de Ciguë, que, de nos jours, on a cru devoir la prescrire pour combattre le satyriasis et la nymphomanie.

Un fait isolé a été rapporté par Masars de Caselles (Journ. de Vand., 1770, t. XXXIV, p. 255), c'est celui d'un prêtre qui était atteint de la cataracte, et dont l'état fut très-sensiblement amendé par l'usage de la Ciguë. L'auteur qui rapporte ce fait n'a pas lui-même fait attention à cette particularité, savoir : que la Ciguë, comme presque tous les stupéfiants, dilate la pupille, et qu'en vertu de cette dilatation, le champ de la vision s'élargissant, les rayons lumineux peuvent tomber sur la rétine, sans que d'ailleurs le cristallin lui-même ait subi aucune modification.

Mode d'administration et dosés.

La Ciguë se donne sous forme d'extrait aux doses que nous avons indiquées plus haut. On donne la poudre de racine fraîche depuis 20 centigrammes (A grains) jusqu'à 8 grammes (2 gros) par jour. En décoction la racine ou les semences s'administrent à la dose de 50 centigrammes (10 grains), à 8 grammes (2 gros) pour 500 grammes (1 livre) d'eau.

L'emplâtre de Ciguë est préparé par plusieurs procédés; mais, de même que pour la belladone, on préfère celui de Planche, qui consiste à mélanger l'extrait de Ciguë avec la cire et la résine élémi. C'est un bon fondant, et il fait partie de l'emplâtre des quatre fondants.

La conicine ou coniine est douée d'une action toxique fort énergique, à ce point que 10 centigrammes (2 grains) ont fait mourir un lapin en cinquante-cinq minutes; 25 centigrammes (5 grains) en ont tué un autre en deux minutes, et 2 centigrammes et demi (4/2 grain) ont suffi pour faire périr un troisième lapin dans l'espace d'une heure [Journal de pharmacie, t. XIII, p. 366).

La conicine est un liquide incolore, mais très-altérable à l'air, et qui se colore en brun. Dans les semences de Ciguë, elle se trouve dans un état de combinaison plus fixe, moins volatil que dans les feuilles et le reste de la plante.

La conicine est employée par quelques médecins de préférence à la Ciguë. Fronmueller, qui a fait sur ce principe immédiat un grand nombre d'expériences cliniques, est arrivé aux résultats suivants :

Elle représente bien exactement toute la puissance d'action de la Ciguë, sans partager son infidélité. Elle agit en même temps comme sédative, calmante et résolutive ou fondante, et elle convient parfaitement pour constituer la base d'une médication contre la forme érétique ou nerveuse (moins contre la forme torpide) de la scrofule, et surtout de l'ophthalmic scrofuleuse. Ainsi elle est spécialement indiquée chez les sujets doués d'une excessive sensibilité avec prédominance du spasme des paupières, photophobie, écoulement de larmes et vives douleurs.

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