ACIDE CYANHYDRIQUE
arrivé à la troisième période des symptômes, au moyen des inhalations de chlore et des aspersions d'eau froide que l'on fait tout le long de l'échiné et surtout au niveau des vertèbres cervicales. Enfin Smith a proposé un antidote qui agit bien, mais qu'il faudrait préparer au moment du besoin, ce qui toujours serait perdre un temps très-précieux. On obtient ce contrepoison en précipitant un mélange de sulfate de protoxyde et de sulfate de sesquioxyde de fer, par le carbonate de soude; c'est le magma formé de carbonate ferroso-ferrique qu'on administre.
Action thérapeutique.
Malgré les dangers extrêmes attachés à l'administration de ce médicament, beaucoup de praticiens ont cherché, dans ce nouveau moyen, une voie de guérison pour la plupart des affections rebelles contre lesquelles l'art a été jusqu'ici impuissant. Ces tentatives n'auraient rien que de louable et de légitime ; mais nous ne pouvons également approuver les essais qui ont été faits pour, substituer l'acide prussique à d'autres substances dont l'efficacité, dans certaines maladies, n'était contestée par personne.
Maladies des centres nerveux. L'Acide Cyanhydrique a été conseillé dans le tétanos par Bégin, dans l'épilepsie par Ferrus ; mais aucun fait n'est cité à l'appui. Nous l'avons nous-même essayé à l'Hôtel-Dieu dans un cas d'hydrophobie, et, si nous avons pu calmer les spasmes convulsifs, il est certain, d'autre part, qu'il ne nous a pas été possible de retarder la mort.
Maladies des organes des sens. Dans les affections de la peau, l'acide prussique a été employé uni à d'autres médicaments. Thompson le conseillait mêlé à deux parties d'alcool et à vingt parties d'eau pour calmer la douleur de l'impétigo. Schneider cite cinq observations qui semblent constater l'efficacité de cet acide dans certaines maladies cutanées. Une femme de cinquante ans, et une autre de quatre-vingt-quatre, qui portaient aux parties génitales externes une dartre ancienne très-douloureuse, accompagnée de prurit, furent guéries en quinze jours par des lotions composées ainsi qu'il suit : acide hydrocyanique, 2 grammes (demi-gros) ; alcool, 150 grammes (6 onces). On ajoute de l'eau distillée de roses si ce mélange est trop irritant. Il rapporte encore trois autres cas de guérison obtenue par le même moyen.
Maladies des conducteurs nerveux. Nous l'avons appliqué topiquement dans les névralgies superficielles de la face, avec beaucoup moins d'avantage que le cyanure de potassium, que les solanées vireuses et que les préparations d'opium.
Maladies de V appareil de la circulation et de la respiration. Bréra, Machéod, Heincken, ont dit que l'acide prussique calmait les palpitations du cœur-, il est possible que ce résultat s'obtienne quelquefois, mais M.Ballyet nous, de notre côté, nous avons fait des expériences qui n'ont pas confirmé celles des médecins que nous venons de citer.
C'est surtout dans les maladies de poitrine, tant aiguës que chroniques, que Ton a préconisé l'Acide Cyanhydrique avec un engouement que rien ne saurait justifier. Borda et Bréra le regardèrent comme un puissant sédatif de la circulation, et, à ce titre, comme très-utile dans les maladies inflammatoires de la plèvre et des poumons ; et à ce sujet, Manzoni, cite l'histoire de quelques péripneumonies guéries par l'usage simultané de la saignée et de l'acide prussique, comme s'il était permis de rien conclure de pareils faits. >
Mais, comme ce médicament, en tant que stupéfiant, avait calmé souvent la toux nerveuse et même la toux symptomatique d'une lésion pulmonaire grave, quelques observateurs superficiels s'imaginèrent avoir guéri des phthisies pulmonaires au premier degré. Or ces phthisies au premier degré n'étaient caractérisées ni par l'obscurité du son sous les clavicules, ni par la résonnance de la voix dans la fosse sus et sous-épineuse, mais seulement par une toux plus ou moins opiniâtre. On a aussi guéri des hémoptysies, mais presque toutes les hémoptysies se guérissent sans le secours de la médecine, ainsi que la plupart des toux qui ne sont pas entretenues par la présence des tubercules. Aussi lorsque Coullon, Kergaradec, Laennec, Bouchenel, etc., etc., et nous-mêmes, avons voulu répéter les expériences de Manzoni, de Heincken, de Granville, etc., nous avons trouvé que quelquefois, et dans les cas les plus rares, l'acide prussique modérait la toux des phthisiques, mais que jamais il n'enrayait la fonte tuberculeuse.
On conçoit mieux son utilité dans la coqueluche, et les faits rapportés par Fontanelles, Granville, Heincken et Heyward, ne permettent pas de nier que les accès spasmodiques de la toux convulsive ne puissent être modiliés par l'Acide Cyanhydrique \ mais ce médicament, conseillé aussi dans l'asthme nerveux par Granville, est beaucoup plus iniidèle que les préparations de belladone, de stramoine et d'opium.
Maladies de l'appareil digestif. Elliotson a cité quarante cas de dyspepsie avec ou sans vomissements guérie par l'acide prussique; mais qu'a voulu dire Elliotson par dyspepsie avec ou sans vomissements ? C'est ce que nous ne pouvons savoir,, et ce n'est point ici une question de mots, attendu que le mot dyspepsie a été détourné de son sens ancien et ne représente plus aujourd'hui ce qu'il représentait jadis. On a encore conseillé l'acide prussique comme anthelmintique.
Cancer. Il suffisait que ce médicament fût dangereux pour qu'on l'essayât dans le traitement du cancer ; il suffisait qu'il eût été essayé pour qu'on voulût citer quelques cas de guérison. Bréra prétend avoir guéri, par l'usage interne et externe de l'Acide Cyanhydrique, une femme atteinte en même temps d'une maladie syphilitique et d'un cancer de l'utérus ; mais Bréra ne nous dit pas à quels signes il distingue un engorgement syphilitique d'un engorgement carcinoniateux du col de la matrice. Berndt dit avoir guéri un squirrhe de f estomac par des lavements d'acide prussique, auxquels plus tard il joignit de la oelladone; mais encore ici les signes diagnostiques manquent de précision. Que maintenant Frick de
CYANURE DOUBLE DE FER HYDRATÉ. . i'M
Nyborg vante ce médicament dans le traitement du cancer comme propre à calmer les douleurs quand on l'applique topiquement, il n'y a là rien dont on doive s'étonner et qui ne soit conforme à l'analogie.
Si maintenait nous en référons au travail de M. Becquerel, dont nous avons déjà parlé, et qui est le résultat d'expériences nombreuses tentées par M. Andral à l'hôpital de la Charité, nous arriverons à cette conclusion que l'Acide Cyanhydrique, souvent dangereux, est presque toujours inutile, et très-rarement curatif.
Modes d'administration et doses.
L'Acide Cyanhydrique, préparé d'après le procédé de Géa Pessina et étendu au sixième, doit s'administrer dans une potion de 100 à 125 grammes (3 ou 4 onces) d'eau distillée, non édulcorée, et par cuillerée à bouche; de cette manière seulement les dernières cuillerées auront la même puissance d'action que les premières. Avec ces précautions, cet acide peut être administré et manié avec facilité, pourvu que l'on commence par 6 à 8 gouttes, le premier jour, et que l'on s'élève peu à peu par une ou deux gouttes à la fois. Il est bon aussi de recommander au pharmacien de placer ces potions daris des vases colorés, ou entourés de papier noir.