ACIDE CYANHYDRIQUE
V Acide Cyanhydrique, acide prussique, pas dus à l'anéantissement instantané des acide hydrocyanique, est un liquide inco- phénomènes chimiques qui s'accomplissent lore, d'une odeur très-prononcee d'aman- dans l'économie sous l'influence de l'oxydes amères, d'une saveur légèrement acre. gène.
Sa densité est de 0,705. 11 entre en ébulli- Cet acide, suivant le mode de préparation à + 26° centigrades. 11 est peu soluble tion, suivant quelques autres circonstances dans l'eau. qu'il est souvent difficile d'apprécier, se dé-
Les expériences intéressantes de Millon compose avec une extrême rapidité, et quel-
nous ont fait voir l'Acide Cyanhydrique quefois même en quelques heures,
doué d'une propriété de contact fort re- Cette décomposition se fait très-rapide-
marquable. Ainsi, par sa seule présence, ' ment, surtout sous l'influence de la lu-
en quantité même extrêmement petite, il mière , et même spontanément lorsque
empêche l'oxygénation de certains com- l'acide est renfermé dans un vase clos et
posés. complètement à l'abri des rayons solaires.
Or la respiration consistant essentielle- Mélangé à l'eau , il se décompose plus
ment dans une série de combustions, les promptement encore, mais la décomposi-
iatrochimistes se sont demandé si les effets tion est encore plus rapide lorsque l'Acide
foudroyants de l'acide prussique. ne seraient Cyanhydrique est administré dans des ti-
sanes, des loochs/des sirops, ou d'autres préparations pharmaceutiques.
L'odeur d'amandes amères peut être assez forte, et cependant l'acide être presque entièrement décomposé : cette altération se constate de la manière la plus simple par le changement de couleur de l'acide qui prend une teinte brunâtre.
Mode de préparation. L'Acide Cyanhydrique se prépare par plusieurs procédés : celui de Géa Pessina est aujourd'hui préféré. Le voici :
Pr. : Protocyanure de fer et de
potassium, 18 parties.
Acide sulfurique à 66°, 9 Eeau, 12
On étend l'acide sulfurique avec l'eau, et quand il est refroidi, on l'introduit dans une cornue de verre tubulée, que l'on place sur un bain de sable; on y introduit le protocyanure pulvérisé, et on agite avec une baguette de verre de manière à avoir un mélange exact. On adapte à la cornue une allonge et un récipient que l'on lute avec soin. Après quinze ou seize heures, on entoure le récipient de glace, et on distille à une douce chaleur, de manière à rétirer la plus grande partie du liquide.
Dans cette opération, la potasse se combine à l'acide sulfurique, et l'Acide Cyanhydrique se dégage.
Préparé par ce procédé, l'acide est combiné à des quantités d'eau indéterminées, mais que l'on peut apprécier, par le nitrate d'argent, de manière à ramener les différents acides que l'on a préparés à un type commun dans lequel l'eau entre pour cinq parties et l'acide pour une. Cette préparation n'est point, à proprement parler, un mélange d'acide et d'eau, c'est une combinaison, c'est un hydrate d'Acide Cyanhydrique constitué par cinq atomes d'eau et un d'acide anhydre. Il en résulte qu'il ne s'altère pas lorsqu'il est simplement mélangé avec l'eau. Conservé dans un flacon de verre coloré, il peut rester six mois sans s'altérer. Mais lorsqu'on le mêle à des
tisanes, à des potions, à des juleps, il est entièrement décomposé en quelques heures, de sorte qu'on ne peut établir aucune comparaison entre l'action des premières doses et celle des dernières.
On obtient l'Acide Cyanhydrique anhydre en traitant le cyanure de mercure (3 parties) par l'acide chlorhydique à 22° (2 parties), faisant passer les vapeurs à travers un tube renfermant du carbonate de chaux (marbre) et du chlorure de calcium : on reçoit l'acide dans un récipient entouré de glace et de sel.
C'est avec cet acide que l'on doit préparer l'acide médical. Le Codex prescrit :
1 volume d'Acide Cyanhydrique anhydre.
6 volumes d'eau.
On opère le mélange dans un tube gradué, mais on peut aussi avoir recours à la pesée; pour cela, on pèse successivement dans un flacon :
Eau distillée, 8 parties.
Acide Cyanhydrique anhydre, 1 partie.
Quand on veut se rendre compte de la quantité d'Acide Cyanhydrique renfermée dans un mélange d'eau et de cet acide, on prend 1 gramme du mélange, et on précipite par le nitrate d'argent en excès ;leprécipité est lavé et séché avec soin, et le cinquième de son poids sera celui de l'Acide Cyanhydrique réel.
Sirop d'Acide Cyanhydrique du Codex.
Pr. : Acide Cyanhydrique médical, 25 centigr. (5 grains), Sirop simple, 30gramm. (ï once).
Ce sirop se donne dans des potions à la dose de 30 à 60 grammes (1 à 2 onces) dans les vingt-quatre heures.
Lotion cyanhydrique, Acide Cyanhydrique, 4 à 8 grammes (1 à 2 gros),
Eau de laitue, 1000 grammes (2 livres) pour l'usage extérieur.
THERAPEUTIQUE.
Action physiologique de P Acide Cyanhydrique.
L'action de l'Acide Cyanhydrique pur est tellement énergique , qu'il suffit d'en respirer la vapeur pour éprouver des accidents nerveux fort graves, tels que vertiges , oppression, céphalalgie,, etc., etc. Administré à l'intérieur et à l'état de pureté , il produit des effets presque aussi rapides que ceux de la foudre. Deux chevaux dans la bouche desquels nous avons placé un morceau de coton imbibé de six gouttes d'acide prussique pur, sont tombés comme morts après dix secondes, et pendant une heure ils ont présenté les phénomènes nerveux les plus graves, tels que
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convulsions, spasmes, vertiges, paralysie, stupeur, etc., etc. Il suffit d'en déposer une goutte sur la langue, sur la conjonctive, ou sous la peau d'un chien pour qu'il tombe au bout de quelques secondes, et qu'il périsse peu de minutes après. Nous avons un jour donné à un homme atteint d'hydrophobie trente-six gouttes d'acide hydrocyanique de Scheèle d'un seul coup. Dix secondes après il parut mort; cependant, il revint graduellement à lui, et deux heures après nous lui en redonnâmes six gouttes; cette fois, le liquide ne toucha pas plutôt la langue que le malade sembla être frappé de la foudre , et il resta plusieurs minutes avant de recouvrer ses sens.
Nous avons observé chez l'homme trois empoisonnements par l'acide prussique. Il n'y a point de convulsions. Une stupeur profonde , et une extinction immédiate et presque complète des phénomènes de la vie animale ont été observées dès l'abord : le pouls était insensible aux artères radiales et temporales, sensible aux carotides, et c'était avec peine qu'on le sentait au pli de la cuisse. La respiration était très-rapide et sans aucun effort, et de temps en temps il survenait de grands soupirs. Les pupilles étaient largement dilatées. L'haleine exhalait une odeur évidente d'amandes amères.
Coullon a fait sur lui-même , et avec un courage bien digne d'éloges, des expériences avec l'acide hydrocyanique. Il se servait de l'acide de Scheèle, et il en prit successivement 20, 30, 40, 50, 60, 80 et jusqu'à 86 gouttes étendues d'eau. Après avoir pris les dernières, il éprouva quelques petites nausées et une excrétion de salive plus abondante , produite peutêtre par la nausée elle-même. Son pouls s'éleva en dix minutes de cinquante-sept à soixante-dix-sept pulsations, et revint au bout d'une heure à son état primitif. Il sentit pendant quelques minutes une pesanteur de tête et une légère céphalalgie; enfin, pendant plus de sixheures.il éprouva de l'anxiété précordiale.
Nous en avons administré plusieurs fois à nos malades ; et les seuls phénomènes que nous ayons observés ont été de la céphalalgie , de l'abattement, et quelquefois un état incommode d'éréthisme nerveux. Il nous a été impossible de rien constater relativement à l'influence que l'acide prussique exerce soit sur la circulation, soit sur les sécrétions; il est vrai que nous l'administrions toujours à des doses faibles, 6 à 42 gouttes d'acide de 1 Scheèle dans les vingt-quatre heures.
Dans* le travail fort intéressant de M. Becquerel sur l'Acide Cyanhydrique {Mémoire sur les effets physiologiques et thérapeutiques de V Acide Cyanhydrique , Paris, 184-0), les effets physiologiques de cette substance ont été notés avec grand soin , et , en définitive, tant que le médicament est administré à doses convenables, ces effets sont de peu d'importance, et se réduisent aux suivants : sensation de chaleur dans la région de l'estomac et des intestins, quelquefois un peu de diarrhée; palpitations de cœur, aucun changement appréciable dans le pouls; élévation de la température de la peau, lorsque la dose est un peu trop élevée; quelquefois
un peu de dyspnée, vertiges, étourdissements, céphalalgie légère, fatigue, tendance au sommeil.
Les accidents produits par l'Acide Cyanhydrique sont tellement prompts, que l'on arrive rarement à temps pour les prévenir, et on doit savoir que lorsque cet agent toxique ne tue pas immédiatement , peu à peu l'économie s'en débarrasse et le calme se rétablit. Les expériences sur les animaux domestiques nous ont prouvé que souvent un animal qui avait semblé devoir périr au bout de quelques secondes, était complètement rétabli deux heures après. Le carbonate d'ammoniaque passe pour l'antidote de l'acide prussique; et M. Dupuy, d'Alfort, a surtout contribué à accréditer cette singulière idée. Or nous avons été témoins de l'expérience de M. Dupuy, qui fut faite, conjointement avec nous , sous les yeux de Lassaigne et de M. Bigot, tous deux professeurs à l'école vétérinaire d'Alfort, et en présence de plus de trente élèves de cette école. Un cheval fut amené dans la cour des opérations; nous lui plaçâmes dans la bouche une éponge imbibée de 36 gouttes d'acide prussique de Scheèle, qui nous avait été donné par M. Lassaigne, professeur de chimie. Le cheval tomba au bout de quelques secondes; il resta à terre, pendant dix minutes, agité de mouvements convulsifs, puis il se releva seul , se mit le nez en terre, et tourna en rond toujours du même côté pendant près d'une demi-heure. Il paraissait aveugle , mais il frémissait et s'agitait violemment lorsqu'on le battait. Enfin, quarante minutes après le début de l'expérience, il s'arrêta d'un air hébété, avec les attitudes d'un animal ivre. On le reconduisit alors à son écurie , qui était à une grande distance, et , une heure après y être revenu , il se mit à manger l'avoine, ne témoignant pas la moindre souffrance.
Le lendemain, à la même heure, nous recommençâmes la même expérience sur le même cheval, qui était parfaitement bien portant; on plaça sous le tissu cellulaire du flanc une éponge imbibée comme la veille de 36 gouttes du même acide. L'animal éprouva les mêmes accidents, se releva également au bout de dix minutes, recommença à tourner en pivotant sur son nez, comme il avait fait la veille; et lorsque les accidents étaient sur le point de cesser, et que très-évidemment ils allaient cesser comme le jour précédent, M. Dupuy, malgré nos instances réitérées, injecta dans la veine jugulaire de l'animal A grammes (1 gros) de sous -carbonate d'ammoniaque dissous dans de l'eau distillée. Nous devons à la vérité de dire que le cheval fut jeté à terre par cette injection, plus rapidement encore qu'il ne l'avait été par l'Acide Cyanhydrique ; qu'il se releva pourtant à grand'peine, trois quarts d'heure après, et qu'il resta malade une heure de plus que la veille. Or, le lendemain , M. Dupuy entretint l'Académie de médecine de l'heureux effet des sels ammoniacaux dans l'empoisonnement par l'acide prussique; et c'est une telle expérience qui a accrédité cet antidote !
Ajoutons qu'il est certain aujourd'hui qu'on peut faire revivre rapidement un animal fiupo'?onné par l'Acide Cyanhydrique, même lorsqu'il est