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LAURIER-CERISE

Le Laurier-Cerise, Laurier -Amande. — Cerasus Lauro-Cerasus. — Prunus Lauro- Cerasus, L., est un arbre de la famille des Rosacées, section des Drupacées.

Caractères génériques. Galice campanule, à 5 divisions courtes et obtuses, caduc; drupe charnue, arrondie, marquée d'un sillon longitudinal; noyau lisse, fruit noir recouvert d'un vernis glauque.

Caractères spécifiques. Cet arbre indigène est haut de 5 à 8 mètres, feuilles persistantes vertes, presque sessiles, étalées, coriaces; fleur formant des épis axillaires, dressés, longs de 8 à 15 centimètres. Fleurs blanches, petites, très-odorantes. Fruit : drupes ovoïdes un peu allongées, ayant la forme et la couleur des guignes, une saveur douceâtre et fade.

On trouve dans les feuilles du Laurier- Cerise de l'huile volatile toute formée, de l'acide cyanhydrique , du tannin, de la chlorophylle, de l'extractif et un principe amer particulier. A la distillation, ces feuilles fournissent une huile volatile vénéneuse qui contient une grande proportion d acide cyanhydrique; cette huile, après purilication, est incolore, exhale une forte odeur d'acide cyanhydrique, et a une saveur amère et brûlante.

La quantité d'huile volatile que contiennent les feuilles de Laurier-Cerise n'est pas la même à toutes les époques de l'année. Suivant M. Soubeiran, elles en donnent le plus aux mois de juillet et d'août, du moins sous le climat de Paris.

Il faut aussi faire observer que ces feuilles perdent, par la dessiccation, la plus grande partie de leurs propriétés.

Eau distillée de Lawier -Cerise.

Prenez : feuilles fraîches de Laurier- Cerise, q. v.,eau froide, s. q. : on contusê les feuilles, on les met, avec l'eau, dans la cucurbite, et l'on distille à la manière ordinaire, et l'on retire 500 gram. d'eau distillée pour 500 gram. de feuilles. Par la distillation, il passe une quantité considérable d'huile essentielle, quantité plus que suffisante pour saturer l'eau ; aussi l'huile essentielle surnage-t elle, et il y aurait un grand danger à administrer une eau distillée qui contiendrait cette huile ; pour l'en séparer, on filtre, i'eau distillée pa^se et i'nuije essentielle resta sur le filtre.

Cette eau distillée contient, snivani l'analyse de Geiger, 30 centigrammes (6 grains)

d'acide cyanhvdrique médicinal , pour 30 ties ; huile d'amandes douces, 4 parties ;

grammes (1 once). cire blanche, 1 partie.

L'eau distillée de Laurier-Cerise doit

cire conservée dans des vases pleins et Pommade de Laurier-Cerise. bouchés en verre ; sans cette précaution,

elle perd peu à peu sa force. Huile essentielle de Laurier-Cerise, 1 par-

M. Deschamps, d'Avallon, a remarqué tie ; axonge, 8 parties, que l'addition d'une petite quantité d'acide

sulfurique (1 goutte pour 500 grammes par Teinture de Cheston. exemple) donnait à cette eau la propriété

de se conserver plus longtemps. Feuilles récentes de Laurier- Cerise ,

125 grammes (4 onces) ; eau bouillante,

Cérat de Laurier -Cerise. 1,000 grammes (2 livres); faites infuser;

ajoutez àlacolature : miel blanc, 125 gram-

Eau distillée de Laurier-Cerise, 3 par- mes (4 onces).

Le Laurier-Cerise n'a été importé en Europe que vers la tin du seizième siècle. Recherché d'abord seulement pour la beauté de son feuillage, il entra bientôt dans quelques préparations culinaires, à cause de l'arôme que ses feuilles donnaient à certains mets; plus tard ses vertus toxiques furent connues, et c'est alors qu'on songea à utiliser en médecine un agent qui modifiait si puissamment l'organisme.

Action physiologique du Laurier-Cerise.

Il n'est pas rare de voir des nourrices imprudentes aromatiser le lait des enfants avec une trop grande quantité de feuilles de Laurier-Cerise, et produire ainsi des empoisonnements. Ingenhousz a vu la décoction de deux feuilles de Laurier - Cerise dans du lait causer de graves accidents {Expériences sur les végétaux, p. 233). Souvent nous faisons prendre, le soir, aux personnes atteintes de catarrhe pulmonaire avec toux violente, une infusion d'une ou deux feuilles de Laurier-Cerise dans du lait bouillant. CeLa suffît pour causer une ivresse passagère et une dilatation considérable des pupilles qui persiste pendant vingt-quatre heures.

L'eau distillée est, au dire de quelques auteurs, un poison -tellement violent, qu'il suffit de quelques gros pour donner la mort à un animal de forte taille ; suivant quelques autres, c'est une préparation tellement innocente, qu'on en peut administrer jusqu'à douze onces par jour à un homme sans qu'il en soit notablement incommodé. Cela tient, d'une part, à ce que des pharmaciens peu soigneux n'enlèvent pas l'huile essentielle qui surnage l'eau distillée, et, d'autre part, à ce que cette eau est souvent tout à fait affaiblie. Par là s'expliquent les résultats différents auxquels sont arrivés les divers expérimentateurs, et le peu de conformité des résultats thérapeutiques obtenus par les médecins.

De ce qui précède on doit néanmoins tirer la conclusion que l'eau distillée de Laurier-Cerise ne doit être employée à l'intérieur qu'avec la plus grande circonspection , à moins que par des essais répétés on ait été à même de bien connaître l'activité de celle que l'on emploie.

LAUKIER-CEKISE. UO

L'huile essentielle de Laurier-Cerise est aussi activement délétère que l'acide cyanhydrique, dont elle partage d'ailleurs toutes les propriétés. Les expériences de Nichols [Dissertatio de lauro-cerasi, etc., etc.), celles de Pontana [Traité du poison et de la vipère), le démontrent assez.

Les symptômes de l'empoisonnement par l'eau distillée et par l'huiie essentielle de Laurier-Cerise ne diffèrent pas de ceux que produit l'acide cyanhydrique dont nous avons parlé plus haut.

Action thérapeutique du Laurier-Cerise.

Les usages thérapeutiques du Laurier-Cerise sont aussi les mêmes que ceux de l'acide cyanhydrique et des amandes amères [vide supra). Linné (Amœnit. acad., t. IV, p. 40) conseille le Laurier-Cerise dans la phthisie pulmonaire, et il dit que ce médicament est d'un usage populaire en Belgique pour le traitement de cette redoutable affection. îl est probable que l'assertion de Linné, que rien n'a justifiée de nos jours, a encouragé quelques médecins de notre époque à conseiller l'acide cyanhydrique dans la même maladie et avec aussi peu de bonheur. Krimer a publié des observations qui démontrent, suivant lui, l'utilité de la vapeur de l'eau de Laurier-Cerise dans les affections spasmodiques des poumons et des muscles de la poitrine. Il fait respirer depuis 4 grammes (1 gros) jusqu'à 15 grammes (1 demi-once) de cette eau bien préparée, versée sur un vase chaud de manière à s'évaporer en dix ou douze minutes (Dictionnaire de Mérat et de Lens, t. V, p. 175).

Le même médicament a été conseillé et comme moyen topique et comme remède interne dans les mêmes circonstances que toutes les substances qui contiennent du cyanogène et surtout que les amandes amères dont nous avons traité tout à l'heure.

Mode d' administration et doses.

Les préparations que Ton emploie sont : l'eau distillée, l'huile essentielle, la poudre, l'infusion, la décoction.

L'eau distillée est la préparation la plus employée. Elle a d'autant plus de force qu'elle est plus récente.

L'huile essentielle est un médicament beaucoup moins infidèle. Son extrême énergie ne permet pas de le donner à plus de 3 ou 4 gouttes en vingt^quatre heures. On doit alors la suspendre dans un véhicule aqueux que le malade prendrait par doses fractionnées en ayant soin de bien agiter chaque fois le mélange. On peut encore, pour l'usage médicinal, l'étendre de dix ou douze fois son poids d'huile d'amandes douces. Cette huile sert aussi à composer des liniments, des pommades, dont on a tiré parti pour calmer des douleurs locales.

La feuille séchée et pulvérisée a perdu beaucoup de son activité; on

peut l'administrer à la dose de 1 à 8 grammes (2 gros) en vingt-quatre heures.

Pour une infusion ou une décoction de 500 grammes (1 livre) d'eau ou de lait, on prend d'une à deux feuilles fraîches. Il faut faire observer pourtant que deux feuilles pourraient chez les enfants produire quelquefois des accidents graves. C'est de cette manière que l'on fait le lait amande, .préparation culinaire très-recherchée, et qui certes est un excellent moyen à employer dans les toux nerveuses qui fatiguent si souvent les femmes.

Les amandes du noyau des pêches, des abricots, des brugnons, des merises, des prunes, des cerises, contiennent aussi une très-grande proportion d'une huile essentielle identique à celle des amandes amères et du Laurier-Cerise, et que l'on fixe par la distillation ou par la macération, dans des liqueurs connues sous le nom de Eau de Noyau, Kirschenwasser, Ratafia, etc., etc. En les distillant avec l'eau, elles donnent une eau distillée dont l'odeur, la saveur et les propriétés ne diffèrent pas de celles du Laurier-Cerise. Nous croyons donc tout à fait mutile de nous y arrêter davantage.

Les eaux distillées de feuilles d'amandier et de pêcher autrefois employées jouissent des mêmes propriétés que l'eau de Laurier-Cerîse.

Quelques pharmaciens confondent avec l'eau de Laurier-Cerise, celle qui était employée autrefois sous le nom d'eau de cerises noires et que l'on obtient en distillant le suc fermenté des cerises noires dans lequel on a ajouté des feuilles de cerisier et des noyaux écrasés. Toutefois cette eau doit se rapprocher beaucoup par sa composition de l'eau de Laurier - Cerise.

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On entend par .Médicaments Stupéfiants ceux qui impriment aux centres ou aux conducteurs nerveux une modification en vertu de laquelle les fonctions du système nerveux sont abolies ou notablement diminuées.

L'intelligence, la sensibilité, le mouvement, ont le système nerveux pour condition matérielle de leur manifestation. Les agents stupéfiants tendront donc à diminuer l'intelligence, la sensibilité et le mouvement.

C'est par un trouble léger dans les idées, par une obtusion notable de la sensibilité, par une certaine paresse à se mouvoir que se manifeste le premier degré d'action des Stupéfiants : bientôt on devient inhabile à saisir les rapports des idées; les sens s'émoussent; îos mouvements sont engourdis, et vient alors le sommeil, analogue au sommeil naturel, à cela près pourtant que le réveil est plus difficile et moins complet : si la dose de l'agent stupéfiant a été portée au delà d'une sage mesure, 'du sommeil on passe au coma, du coma au carus, et enfin à l'extinction totale de la vie*

Tel est le mode d'action des Stupéfiants en général ; on peut dire même que tous sans exception produisent des effets semblables aux deux périodes extrêmes, c'est-à-dire quand ils commencent à agir et quand ils agissent avec toute leur portée.

Quoique, en réalité, des agents anesthésiques ne soient que des Stupéfiants à l'action plus rapide , plus profonde et en même temps pourtant plus fugace, cependant nous les étudierons dans un chapitre à part, immédiatement après les Stupéfiants et avant les antispasmodiques.

Il est une multitude de modifications intermédiaires spéciales qui démontrent qu'à certains agents il est donné de stupéfier telle ou telle portion, du système nerveux, et d'augmenter au contraire l'action de telle autre. Ainsi, tandis que les solanées vireuses, à quelque dose qu'on les administre, déterminent toujours le relâchement du muscle de l'iris , et par conséquent le stupéfient complètement, l'opium, au contraire, augmente l'action musculaire de cette membrane, et l'iris se contracte au point i|ife

iM MÉDICATION STUPÉFIANTE.

la pupille devient presque imperceptible ; tandis que par l'opium le plan musculaire des intestins est frappé de stupeur, le mouvement péristaltique du canal alimentaire semble augmenté par la belladone et la stramoine, contrairement à ce que nous observions tout à l'heure pour l'iris ; tandis que les solanées provoquent un délire bruyant et expansif et une agitation musculaire considérable, les papavéracées jettent dans un anéantissement profond.

Si donc, lorsqu'on veut frapper de stupéfaction une partie du système nerveux, on ne choisit pas l'agent qui a sur cette partie une action spéciale, on risque de manquer totalement le but et de produire un effet diamétralement opposé à celui que l'on croyait devoir attendre. Le choix des Stupéfiants est donc plus important encore que celui des antispasmodiques.

Ainsi, lorsque l'on voudra relâcher des sphincters, des anneaux ligamenteux, c'est aux solanées que l'on devra recourir, et nous avons dit, en traitant de la belladone et du datura , ce qu'on en pouvait attendre dans les maladies de l'iris, et pour faciliter l'accouchement et la réduction des hernies étranglées; si l'on veut diminuer les sécrétions internes, modérer le flux des urines ou de la bile, calmer les mouvements des muscles de l'intestin , c'est l'opium qui devra être préféré ; s'il faut produire une perturbation soudaine et peu durable, le cyanogène se recommandera plus particulièrement au choix du praticien; si les mouvements du cœur seuls ont besoin d'être modifiés, la digitale sera plutôt indiquée qu'un autre médicament stupéfiant.

Cependant certaines répugnances organiques devront être prises en considération : tel ne peut supporter l'opium sans être pris de vomissements que rien ne peut arrêter; tel autre délire sous l'iniîuence de la moindre dose de belladone ou de datura : celui-ci sera calmé parfaitement par un lait d'amandes, qui ne contient qu'une très-petite proportion de cyanogène, et n'obtiendra rien des Stupéfiants les plus énergiques et les plus sagement administrés. C'est au praticien de s'enquérir de ces susceptibilités individuelles et d'y avoir égard quand elles se présenteront.

Nous venons de dire que les Stupéfiants n'exerçaient pas tous une action semblable sur la contraction musculaire et sur l'intelligence; que les uns exaltaient tandis que les autres déprimaient ces fonctions : mais tous, sans exception, agissent sur les centres et sur les conducteurs nerveux, de manière à diminuer la douleur, et c'est par cette propriété qu'ils se recommandent d'une manière toute particulière.

Le rôle que joue la douleur dans les maladies est plus important que beaucoup de pathologistes ne le pensent. A lui tout seul, l'élément douleur est une cause puissante de maladie; en combattant, en détruisant cet élément, on fait souvent cesser les accidents les plus graves.

Parmi les agents irritants, il en est qui ne déterminent d'abord que de la douleur : la moutarde est dans ce cas; la fluxion sanguine ne devient

apparente que lorsque la douleur a persisté quelque temps, et si, par une

médication quelconque, on détruit la sensation cuisante que laisse la moutarde, le sang cesse d'abonder dans le tissu. Dans la névralgie -de l'œil, la douleur persiste quelquefois pendant une ou deux heures sans qu'il survienne de congestion; mais bientôt le sang se porte vers les parties endolories, et on voit survenir tous les symptômes d'une phlegmasie locale, qui n'est pas toujours sans gravité. Ici la douleur a encore été le principe de la fluxion ; et si, au début de la névralgie la plus violente, on peut engourdir la douleur à l'aide d'un médicament stupéfiant, l'inflammation ne se manifeste pas. Dans l'odontalgie, la douleur précède la fluxion; la fluxion arrivée, la douleur cesse, preuve évidente que la congestion sanguine est ici l'effet et non la cause de la douleur. Dans le rhumatisme, la douleur précède la fluxion; dans les grands désordres traumatiques l'eau froide n'est très-probablement si efficace que parce qu'elle stupéfie, et qu'ainsi elle empêche l'afflux du sang dans les parties blessées.

Mais ce n'est pas seulement par des désordres locaux que la douleur agit sur l'organisme : elle a souvent un retentissement plus grave, jusque vers les centres nerveux et circulatoire. Les chirurgiens ont de tout temps remarqué la fréquence du tétanos après les blessures si douloureuses des mains et des pieds; les convulsions chez les enfants sous l'influence des coliques et des douleurs de dents; les accidents nerveux et inflammatoires qui terminent si rapidement la vie après les grandes brûlures ; le délire, la fièvre et les convulsions hystériformes si fréquentes dans les névralgies de la face ; l'éclampsie chez les primipares, tout nous montre combien la douleur a d'influence sur les fonctions du cœur et des vaisseaux capillaires; sur celles du cerveau, de la moelle et des conducteurs nerveux; et, d'un autre côté, les vomissements dans la hernie épiploïque, dans la colique néphrétique, etc., etc., indiquent assez que les fonctions des organes de la digestion sont troublées également par la douleur.

Cette fièvre de douleur, s'il est permis de nous exprimer ainsi, n'a pas toujours cette violence et cette rapidité; souvent elle reparaît chaque jour une ou plusieurs fois, suivant que se reproduisent les paroxysmes douloureux, et alors survient une véritable hectique de douleur, analogue à l'hectique nerveuse, fort différente de l'hectique de suppuration. La fièvre hectique de douleur se remarque principalement chez les goutteux, chez les rhumatisants, chez ceux qui sont atteints de névralgies graves et rebelles. Elle n'amène pas, comme l'hectique de suppuration, une consomption aussi rapide, mais peu à peu elle altère les organes, et surviennent enfin des .désordres locaux incompatibles avec la vie.

Calmer la douleur est donc toujours la première indication, et c'est par les Stupéfiants qu'on y réussit mieux.

Or, il est trois moyens principaux d'employer les Stupéfiants : l'application locale ou directe, l'administration indirecte, et l'administration mixte.

154 MÉDICATION STUFÉFIANTE.

Par la première méthode , l'agent stupéfiant est mis en contact immédiat avec les nerfs delà partie dont il émousse ou éteint la sensibilité; par la seconde, le médicament absorbé va frapper de stupéfaction les centres nerveux, qui ne perçoivent plus alors l'impression douloureuse locale ; par la troisième on agit en même temps et sur les nerfs malades et sur les centres nerveux.

De toutes ces médications , la meilleure est certainement celle qui borne son action à la partie douloureuse; par là on évite les accidents qui peuvent résulter de l'impression produite sur le système nerveux par le médicament; mais quand la douleur est très-tenace, on est souvent contraint d'augmenter la dose du médicament ou de lui ouvrir une voie ' plus facile en soulevant l'épiderme, par exemple; et alors il est impossible que la substance médicamenteuse ne soit pas absorbée et qu'elle ne porte pas son action sur les centres nerveux. Cette action mixte, si elle n'est pas toujours exempte d'inconvénients, est du moins de beaucoup la plus puissante, puisque les centres deviennent moins aptes à recevoir les impressions et à réagir contre elles en même temps qu'elles ne leur sont transmises qu'obtuses par les extrémités nerveuses.

Quant à l'application indirecte, c'est-à-dire celle qui consiste à faire absorber le médicament loin du siège du mal, elle est de toutes la plus souvent employée, parce qu'elle est plus commode bien que moins efficace que les deux précédentes méthodes. A vrai dire, son action est réellement mixte, car le médicament ne peut être porté par les voies circulatoires sur le cerveau et la moelle, sans être en même temps en contact avec toutes les autres parties, et conséquemment avec celle qui est le siège de la douleur ou du spasme.

Il est quelques Stupéfiants dont l'action locale est presque sans effet, qui d'ailleurs n'influencent pas l'encéphale d'une manière bien vive, et qui cependant modifient puissamment l'intimité de nos tissus : telle est, par exemple, la ciguë. Ce médicament agit-il par son principe stupéfiant ou par quelque autre élément spécifique? C'est un problème qu'il ne nous est pas donné de résoudre dans l'état actuel de nos connaissances.

D'autres, comme le datura, font cesser, quelquefois avec une rapidité qui tient du prodige, des perturbations fonctionnelles extrêmement graves, et cela sans qu'il soit possible de dire par quel principe spécial ils agissent; puisque le même médicament, administré sous la forme la plus capable d'exercer sur les centres une influence évidente, reste sans action sur la maladie, et réussit au contraire sous une Forme qui ne nous permet pas de comprendre par quel mécanisme nous parvenons au résultat thérapeutique.

Quand on administre les Stupéfiants, la dose , la continuité d'action du médicament sont grandement à considérer, et cette réflexion peut s'appliquer à tous les médicaments. Le but thérapeutique ne peut être atteint qu'à de certaines conditions de doses et de préparation. L'opium, si utile dans certaines formes de tétanos, dans la chorée, dans le delirium tre-

mens, dans la colique de plomb, est nuisible peut-être s'il n'est donné à doses telles/ qu'il stupéfie profondément. La belladone, que l'on a vantée dans le traitement de la manie, n'est efficace qu'à condition que l'on substituera au délire maniaque un autre délire, celui que provoquent ordinairement les solanées vireuses; et, par contre, lorsque, au travers d'une fièvre violente non suscitée par la douleur, le médecin entrevoit l'indication de la Médication Stupéfiante, c'est avec des doses modérées qu'il doit agir s'il ne veut susciter une fièvre encore plus vive.

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