‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 4)Chapitre 21 sur 147 · AMANDES AMÈRES · texte numérisé non relu

AMANDES AMÈRES

grand nombre d'auteurs; mais de nos jours, les travaux de MM. Brodie, Coullon, Villermé, Orfila, Christison, n'ont presque rien laissé à désirer sur l'histoire toxicologique des Amandes amères.

Une petite quantité d'Amandes amères peut produire des effets toxiques, et Christison rapporte que le docteur Grégory ne pouvait manger la moindre quantité de ces fruits sans éprouver les effets d'un véritable empoisonnement, auxquels succédait une éruption semblable à celle de l'urticaire. Chaque année nous voyons arriver des accidents causés par l'emploi des Amandes amères dans les pâtisseries ou dans les bonbons, et M. Virey (Journal de pharmacie, t. II, p. 50-4) parle des accidents que produisent souvent les macarons dans la composition desquels entrent beaucoup d'Amandes amères.

Orfila a fait périr un chien en lui faisant avaler vingt Amandes (ToœicoL, t. II, p. 119); Wepfer a tué un chat en lui donnant 4 grammes (1 gros) d'Amandes pilées (Cicutas aquaticse historia et noxse, page 24-4). Les Éphémérides des curieux de la nature et divers recueils rapportent un grand nombre de faits semblables. On lit dans la Bibliothèque germanique qu'un naturaliste prit 120 grammes (4 onces) d'Amandes amères., et qu'il éprouva tous les effets d'un empoisonnement auquel il eût succombé s'il n'eut pas été secouru à temps. Le même recueil rapporte l'histoire de trois enfants qui en mangèrent une assez grande quantité, et qui éprouvèrent de graves acidents. Coullon (Recherches sur l'acide hydrocyanique) cite des faits assez nombreux, desquels il résulte que des quantités notables d'Amandes amères ont déterminé chez l'homme des accidents graves que le vomissement seul a dissipés ; et le docteur Kennedy (London med. and phys. Journ., t. LVII, p. 150) a vu mourir un homme qui avait mangé une grande quantité d'Amandes amères. Wepfer (loc. cit.) fait observer que l'empoisonnement est beaucoup plus actif si l'on ne dépouille pas les Amandes de leur jenveloppe.

Les effets délétères de l'huile essentielle d'Amandes amères sont beaucoup plus sensibles. Davies les avait signalés depuis longtemps; et il avait fait périr un serin en deux minutes en lui déposant dans le bec une goutte de cette huile. La même quantité, mise dans la bouche d'une grenouille, causa immédiatement des accidents nerveux fort graves, et ce reptile n'échappa à la mort qu'en se plongeant dans l'eau. Sœmmering fils a répété ces expériences, et a obtenu les mêmes résultats (Journal de pharm., t. III, p. 344) .

Des accidents sont souvent causés en Angleterre par l'emploi de l'huile essentielle d'Amandes amères, que l'on» vend dans le commerce et chez tous les droguistes sous le nom d'huile de noyaux de pêche (Christison, On poisons, p. 680). Nous lisons dans les Transactions philosophiques, année 1811, page 183, que M. Brodie, faisant des expériences sur ce poison, en mit une petite quantité sur sa langue, et qu'il éprouva des accidents nerveux assez graves; et Mertzdorff (Journal complém., t. XVII, p. 366) a rapporté avec des détails fort curieux l'histoire d'une hypo-

chondriaque qui prit 8 grammes (2 gros) d'huile essentielle, et périt en une demi-heure.

M. Villermé, essayant le mode d'action des deux principes de Y huile essentielle d'Amandes amères, reconnut que la portion incristallisable était douée de propriétés vénéneuses extrêmement actives, tandis que l'autre était tout à fait innocente. Une gouttelette de la première fit périr un moineau en vingt-cinq secondes, et un cabiai dans l'espace de dix-huit minutes {Journal de pharmacie, t. VIII, p., 304).

Il est assez remarquable que l'huile fixe extraite par expression des Amandes amères n'ait, le plus souvent, aucune des propriétés vénéneuses du fruit. Cette observation avaitété déjà faite par Murray (Appar. medicam. , t. III, p. 259), et cet auteur prétendait qu'on pouvait prescrire indifféremment l'huile d'Amandes amères ou celles que l'on tirait des Amandes douces. Cette assertion de Murray se trouve répétée par la plupart des écrivains qui se sont occupés de matière médicale. Cependant, M. Coullon raconte qu'une femme fit prendre à son fils, âgé de quatre ans, l'huile exprimée d'une poignée d'Amandes amères; c'était dans le but de tuer des vers intestinaux. L'enfant fut immédiatement saisi de coliques, de convulsions, et périt au bout de deux heures (loc. cit. , p. 60). Il était d'un haut intérêt de rechercher les causes qui avaient pu influer à ce point sur les ésultats contradictoires obtenus par Murray et par M. Coullon. Les travaux de MM. Robiquet et Boutron-Charlard ont rendu compte de cette différence (Voyez la matière médicale).

lH eau distillée d'Amandes amères a une activité considérable qu'elle doit à l'huile essentielle qu'elle tient en dissolution.

Le tourteau qui reste lorsqu'on a exprimé l'huile fixe des Amandes amères est extrêmement vénéneux, parce qu'il contient encore tous les principes nécessaires à la formation de l'huile essentielle, et on peut lire dans tes Éphémérides des curieux de la nature (déc. 1; ann. 8, p. 184), que plusieurs poules périrent pour avoir mangé de ce résidu.

Symptômes de l'empoisonnement par les Amandes amères.

Les symptômes de l'empoisonnement par les Amandes amères sont les mêmes, soit que le fruit ait été pris en substance, soit que l'huile essentielle ait été seule ingérée, ou pure ou mêlée avec d'autres éléments.

Les expériences sur les animaux ont donné presque toutes des résultats analogues. Peu après l'ingestion du poison, des convulsions se manifestent, qui prennent quelquefois le caractère tétanique, et s'accompagnent souvent de cris et d'autres signes de douleur. En même temps les mouvements de la circulation et de la respiration sont accélérées; mais après une période de temps qui varie depuis quelques secondes jusqu'à dix minutes, une demi-heure et même davantage, suivant la dose de l'agent vénéneux, des phénomènes de prostration remplacent les mouvements convuisifs qui s'étaient d'abord développés; les animaux ne peuvent

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se soutenir, la paralysie fait de rapides progrès; les mouvements du cœur et de la respiration se ralentissent, un calme profond survient, et l'animal meurt sans convulsions.

Mais quand la dose est considérable, la mort arrive dans l'espace d'une ou deux minutes : une secousse convulsive, violente, suivie immédiatement d'une complète résolution, et, quelques instants plus tard, la cessation des fonctions de la vie organique, tels sont les seuls phénomènes appréciables pendant cette scène rapide.

Les symptômes observés chez l'homme par Coullon, Mertzdorff, Kennedy, ne diffèrent que peu de ceux que nous venons de signaler. Toutefois les vomissements se montrent assez souvent, circonstance favorable à laquelle bien des personnes ont dû leur salut; il >n'est pas rare non plus d'observer des coliques, de la diarrhée et du météorisme. Les convulsions sont en général beaucoup plus rares chez l'homme que chez les animaux, et c'est une observation que nous avons eu souvent l'occasion de faire pour presque tous les poisons narcotiques ou narcotico-âcres.

Ces symptômes, sur lesquels nous ne nous sommes presque pas arrêté, sont tout à fait les mêmes que ceux de l'empoisonnement par l'acide cyanhydrique, par les amandes de la pêche, des cerises, etc., par le lauriercerise, en un mot par toutes les substances végétales qui, au contact de l'eau, produisent une grande quantité d'acide prussique. C'est en effet par l'acide cyanhydrique seulement que les Amandes amères sont aussi activement délétères, et on le conçoit aisément, si l'on songe que, suivant Kruger de Rostock, les Amandes amères peuvent donner un 96e de leur poids d'huile essentielle (Buchner's Repertorium fur die Pharmacie, t. XII, p. 135).

Or cette huile contient une quantité considérable d'acide prussique anhydre. Schrader a tiré 8, S pour cent d'acide d'une huile qui avait déjà vieilli, et 40,75 pour cent d'une huile essentielle récemment obtenue (Fechner's Repertorium der organischen Chemie, t. H, p. 65), et Goppert a démontré 14,33 pour cent d'acide cyanhydrique dans de l'huile bien préparée (Rust's Magazin fur die gesammte Heilkunde, t. XXXII, p. 500).

Il est facile, d'après ces analyses, de calculer les doses d'Amandes amères qui pourront produire l'empoisonnement ; il suffira pour cela de connaître la portée toxique de l'acide cyanhydrique.

L'es altérations anatomiques trouvées à la surface des corps, les moyens de constater l'empoisonnement après la mort et durant la vie, le traitement de l'empoisonnement, sont les mêmes que pour l'acide cyanhydrique. Toutefois nous ferons remarquer que la couleur bleue de la bile n'a été signalée que dans le cas d'empoisonnement par l'huile essentielle d'Amandes amères que Mertzdorff a rapporté, et dont nous avons déjà parlé. Ajoutons que, si Ton trouve dans l'estomac ou dans les matières vomies de la pulpe d'Amandes amères ou de fruits à noyaux, on sera induit à penser que l'empoisonnement n'a point été produit par l'acide prussique pur, ou par des eaux distillées qui en continssent.

Action thérapeutique des Amandes amères.

Les Aman des amères en nature, en émulsion, ou bien encore l'eau distillée qu'on en retire, sont employées en thérapeutique dans les mêmes cas que l'acide cyanhydrique, auquel très-probablement elles doivent leurs propriétés. Cependant on a cru leur reconnaître quelques propriétés spéciales qu'il ne sera pas inutile d'indiquer.

Suivant Dioscoride, cinq ou six Amandes amères suffisent pour dissiper l'ivresse. Cette opinion était probablement accréditée chez les anciens, car Piutarque raconte que le fils du médecin de l'empereur Tibère tenait tête aux plus intrépides buveurs, en ayant soin de manger quelques Amandes amères. Cependant Lorry dit avoir éprouvé un sentiment d'ivresse pour en avoir mangé douze. Ce fait, s'il est vrai, n'infirmerait en rien les assertions de Dioscoride, car nous voyons que l'ammoniaque, qui produit ellemême une sorte d'ivresse, dissipe évidemment les fumées du vin chez une foule de personnes.

La vertu diurétique de ces fruits a été reconnue également {Eph. nat. cur., dec. 1, ann. 1, obs. 77, p. 883) ; et, dans le même article, on prétend que les Amandes amères tuent rapidement les vers intestinaux. Cette dernière propriété a été constatée par Wielbel, qui, par ce moyen, a provoqué l'expulsion d'Un tœnia [Journal d'Hufetand, 1806).

Bergius [Mat. méd., p. 413) affirme que 500 grammes à 1000 grammes (1 livre ou 2) d'emulsion d'Amandes amères donnée dans l'intervalle des accès, guérit les fièvres intermittentes qui ont été rebelles à l'action du quinquina. Cuiien, Hufeland, Frank, et surtout Mylius, ont soutenu hautement cette idée thérapeutique. Ce dernier préfère les Amandes amères à tous les autres succédanés du quinquina. 11 fait faire une émulsion avec 6 grammes (1 gros et demi) ou i> grammes (2 gros) d'Amandes dans 100 ou 125 grammes {3 ou 4 onces) d'eau, et il fait prendre cette dose en une fois, une heure avant l'accès, il prétend avoir guéri par ce moyen dixsepi malades dans' l'espace de deux mois ; pour quelques-uns il n'a fallu que trois doses, d'autres en ont pris jusqu'à onze (Nouv. Journ. de Méd., t. V, p. 120).

Frank, qui avait répété les expériences de Bergius et de Mylius, approuve la pratique de ces deux auteurs; seulement il ajoute à l'émulsion 4 ou 8 grammes (1 ou 2 gros) d'extrait de petite centaurée.

Quant à l'action des Amandes amères dans l'hydrophobie, nous n'y pouvons croire, quoique Thébésius {Nova Acta nat. curios., t. I. p. 181) cite douze cas de guerison obtenue par ce moyen. Mais la partie mordue par l'animai enrage avait été d'abord scarifiée et recouverte de ventouses ; on avait administré des bains, et l'on faisait manger quelques Amandes matin et soir pendant une ou deux semaines. Remarquons que jamais Thébésius n'a prétendu avoir réussi dans la rage confirmée ; et d'ailleurs, en lisant son travail, on est étonné de l'omission de tous les détails importants, au>

LAURIER-CERÎSK.

point que l'auteur ne cite pas même le nombre d'Amandes amères qu'il donnait à ses malades.

Mode d'administration et doses.

\ Le lait d'Amandes amères, préparé saivant l'indication que nous avons donnée plus haut, se prescrit à la dose de 150 à 500 grammes (5 onces à 1 livre) dans les vingt-quatre heures, à prendre par quart de verre.

Veau distillée se donne en potion à la dose de 1 à 10 grammes (20 gouttes à 2 gros et demi) dans 125 grammes (4 onces) de véhicule. Cette potion doit être prise par cuillerée à bouche d'heure en heure.

La mixture de Liebig et Woehler se donne également par cuillerée à bouche d'heure en heure.

Plusieurs cas d'empoisonnement ont été signalés à la suite de l'association de l'eau distillée d'Amandes amères, de l'eau de laurier-cerise, du lait d'Amandes amères, des loochs, en un mot de tous les composés qui renferment de l'acide cyanhydrique ou qui peuvent en produire, avec les mercuriaux et surtout avec le calomel; celui-ci qui peut être administré sans danger. à une assez forte dose, se transforme, d'après M. Mialhe, dans les circonstances que nous venons d'indiquer, en cyanure et en bichlorare de mercure, tous deux poisons très-énergiques.

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