VALÉRIANE
La Valériane, Valeriana officinalis, L.
Valériane sauvage, petite Valériane.
Caractères génériques. Calice petit , à dents nombreuses, très-courtes, roulées en dedans avant la maturité; corolle à 5 divisions, un peu irrégulière, gibbeu^e à la base; 3 étamines, un style, fruit monosperme, couronné par le calice, dontles divisions sont plumeuses et imitent une aigrette.
Caractères spécifiques. Tige élevée de 1 à 2 mètres, poilue, arrondie, striée; toutes les feuilles ailées sont impaires ; folioles lancéolées; fleurs hermaphrodites, formantun large panicule;fleurs rougeâtres ou blanches.
Parties usitées. Les racines.
La racine de la Valériane est formée d'un faisceau de fibres épaisses et blanchâtres, allongées , recouvertes de petites fibrilles grêles et déliées; presque inodore dans son état frais, elle acquiert en se desséchant une odeur pénétrante et fétide.
L'analyse delà racine sèche de Valériane a donné à Tromsdorf : huile volatile, acide valérianique, résine, extractif aqueux, matière particulière, amidon.
Quelques observations tendent à démontrer que l'essence de Valériane et l'acide valérianique ne préexistent pas plus dans les racines que nous étudions , que l'essence d'amandes amères et l'acide cyanhydrique dans les semences de Yarmjgdalus amara.
Mais ils se produisent par une sorte de fermentation en présence de l'eau et de l'air : c'est ce qu'on aurait pu prévoir en remarquant que les racines de Valériane fraîches sont à peine odorantes.
Les préparations pharmaceutiques de Valériane usitées en médecine sont la poudre,
l'eau distillée, la tisane, le sirop, la teinture alcoolique, la teinture éthérée, l'extrait.
Poudre. Pour la préparer, on nettoie les racines, et quand elles sont bien sèches, on les pulvérisée la manière ordinaire. Cette poudre doit être conservée dans des flacons bien bouchés; autrement elle perd presque toutes ses propriétés.
La grande Valériane (Valeriana phu) est souvent employée pour la petite, elle jouit d'ailleurs des mêmes propriétés; enfin, le nard celtique ou Valeriana celtica et le nard indien; spicanaro Valeriana jatamensi et nardostachys jatamensi, et autres espèces de nards, ont tous, à des degrés différents, les propriétés de la Valériane officinale.
Eau distillée de Valériane.
Racine de Valériane, Eau,
500 gram. (1 liv.).
6 litres.
Retirez à la distillation 4 litres d'eau. Distillée à la vapeur, la Valériane fournit un excellent produit.
Tisane de Valériane.
Racine de Valériane
concassée de 8 à 30 gr. (2 gros à 1 once). Eau bouillante, 1,000 gr. (2 liv.).
Faites infuser. La tisane ne doit jamais se faire par décoction, une grande partie de l'huile volatile se répandrait pendant l'opération.
Sirop de Valériane.
Racine de Valériane, Eau bouillante, Sirop simple,
i partie»
S parties.
8 parties.
On concasse la racine de Valériane, on la met dans la cucurbite d'un alambic, et on verse dessus l'eau bouillante; après dix à douze heures d'infusion, on distille pour retirer une partie et demie de liqueur que l'on conserve à part; on passe avec expression 'a matière resiée dans l'alambic; on filtre le liquide, on le mêle au sirop de sucre, et l'on fait cuire jusqu'à ce que celuici ait perdu un poids égal à celui de la liqueur distillée, on le fait refroidir en partie et on y mélange la liqueur aromatique (Soubeiran).
Teinture alcoolique de Valériane.
Racine de Valériane, 1 partie.
Alcool à 56-° (21° C), 4 parties.
Faites macérer pendant quinze jours; passez avec expression, et filtrez (S.).
Teinture éthérée de Valériane.
Racine de Valériane pulvérisée , 1 partie. Éther sulfurique, 4 parties.
Oprérez par la méthode de déplacement.
Extrait de Valériane.
Raeine de Valériane, Alcool à 56° (21° cart),
On humecte la poudre de Valériane avec la moitié de son poids d'alcool : au bout de douzeheures, on lessive avec trois nouvelles parties d'alcool ; on déplace en grande partie celui-ci par l'eau , on distille les liqueurs alcooliques et on évapore à consistance d'extrait.
11 entre dans la composition des pilules de Méglin avec l'oxyde de zinc et l'extrait de jusquiame.
Acide valérianique.
D'après M. Pierlot, l'acide valérianique préexiste dans la racine fraîche de Valériane, dont il constitue un des principes immédiats. 11 s'y trouve dans l'eau de végétation dégagé de toute combinaison saline.
On peu "l'extraire directement sans l'intermédiaire d'aucun agent chimique. La racine fraîche en contient plus que la racine desséchée (Bulletin de l'Académie des sciences du 13 avril 1857).
L'acide valérianique est liquide, huileux, volatil; il paraît être le véritable principe actif de la Valériane qui lui devrait ses propriétés antispasmodiques. Il peut se prescrire à la dose de deux à trois gouttes dans une potion; mais le plus ordinairement on l'administre sous la forme d'un sel, tel que le valérianate de zinc, de fer, de quinine, d'atropine et d'ammoniaque.
Valérianate d'ammoniaque.
Le valérianate d'ammoniaque n'était guère connu jusqu'à ce jour que sous la forme liquide et sirupeuse, et sa composition n'avait rien debien défini ni de bien constant. Peut-être cette circonstance avait-elle contribué à faire négliger l'emploi de cette substance. C'est dans cet état, et associé avec l'extrait de Valériane, que le débitait M. Pierlot.
Maison doità MM. Laboureur et Fontaine un nouveau procédé qui permet d'obtenir maintenant le valérianate d'ammoniaque sous forme solide et cristallisée, et à l'état de pureté parfaite.
Prenez l'acide valérianique monohydraté et pur .- disposez-le en couches unies dans une capsule plate, recouverte d'une cloche parfaitement close. Faites arriver dans la cloche du gaz ammoniaque anhydre, jusqu'à parfaite saturation de l'acide valérianique.
A mesure que la combinaison a lieu, le sel cristallise sous une forme en apparence confuse ; mais au microscope, on distingue très-bien des prismes à quatre pans terminés soit par des pyramides, soit par des biseaux,
Conserver le valérianate d'ammoniaque par petites parties dans des flacons parfaitement bouchés.
Jusqu'à ce jour le valérianate d'ammoniaque a surtout été essayé dans les névralgies, principalement dans les névralgies réfractaires, dans diverses névroses, entre autres l'hystérie, etgénéralement dans les affections où la Valériane elle-même a été reconnue utile. Sans partager le ridicule enthousiasme qu'a fait naître chez quelques médecins ce nouvel antispasmodique, nous ne ferons aucune difficulté pour reconnaître que certains résultats obtenus autorisent à fonder sur ce médicamentquelques espérances, au même titre d'ailleurs que sur les autres composésdont l'acide valérianique forme la base. Toutefois c'est une question délicate de thérapeutique qui ne peut être tranchée définitivement que par des expériences ultérieures.
On donne le Valérianate d'ammoniaque à la dose de 2 à 3 grammes dissous dans une potion de 120 grammes, par petites cuillerées d'heure en heure.
Valérianate de zinc. Nous annexons ici ce sel découvert par Lucien Bonaparte, parce qu'il nous semble devoir son action thérapeutique surtout à l'acide valérianique qu'il renferme.
On l'obtient sous forme de paillettes brillantes, nacrées, d'une blancheur éclatante, très-légères; solubles dans l'eau plus à chaud qu'à froid, et donnant une dissolution neutre.
On en fait des pilules renfermant 0,05 de substance active, des potions qui en contiennent 1 décigramme. Il est également administré en poudre.
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Action physiologique.
Si Ton en croit tous les auteurs , depuis Dioscoride {calefacit et urinam, movet) jusqu'à nos jours, à l'exception de M. Barbier, d'Amiens, la Valériane accélère la circulation, détermine delà chaleur à la peau, des sueurs, et produit un trouble fébrile passager à la manière des substances excitantes telles que la cannelle, le poivre, etc. L'absence de ces effets chez les nombreux malades à qui nous avons administré la Valériane, nous faisait suspecter à bon droit l'exactitude des observateurs; nous avons donc pris nous-mêmes de hautes doses de l'infusion ou de la poudre de cette racine, et nous n'avons éprouvé aucun dérangement dans les fonctions de la vie organique. Un peu de céphalalgie, d'incertitude et de susceptibilité dans l'ouïe, la vue et la myotilité, d'où quelques vertiges très-fugaces et du genre de ceux qu'on éprouve après une saignée ou par le fait du besoin de manger, tels sont les phénomènes qui attestent une modification peu considérable de l'encéphale sous l'influence de laquelle nous ont placé, pendant que nous écrivons ces lignes, 30 grammes (1 once) de la Valériane la plus fragrante que nous ayons pu trouver. Chez certains animaux^ elle bouleverse la sensibilité et les fonctions musculaires; c'est aussi ce que nous avons observé chez certaines femmes et sur nous-mêmes, mais à un degré bien moins remarquable.
C'est donc en excitant des phénomènes nerveux artificiels analogues aux spasmes morbides, c'est par conséquent en agissant sur le système cérébrospinal par la voie du système ganglionnaire que la Valériane produit ses effets. Nous démontrerons plus tard que tout l'ordre des spasmes rentre dans cette loi pathologique. Tout le monde connaît l'influence bizarre et si prononcée que les chats éprouvent de l'odeur de la Valériane.
Les toxicologistes ne se sont pas occupés de cette plante, qui peut être prise à de très- hautes doses sans le moindre inconvénient.
Historique et action thérapeutique.
Une chose qui a droit de surprendre, c'est que la Valériane ait été vantée jusqu'au ridicule dans le traitement de la maladie où pas plus qu'autre chose elle n'a le privilège de guérir, et qu'à peine elle soit mentionnée dans la thérapeutique d'une foule d'autres affections où elle peut être très-utilement employée. Décrite par Dioscoride et Aëtius, connue d'Arétée qui en fit usage, elle disparut pour être tirée d'un long oubli par Fabius Columna, Napolitain d'une illustre origine, qui avait le malheur d'être épileplique. Après avoir épuisé tous les remèdes imaginables, il se dévoua à la botanique pour chercher dans les plantes quelque secours contre sa terrible maladie; et c'est vers la fin du seizième sièrle, qu'il nous dit avoir été
parfaitement guéri par la Valériane, et avoir obtenu des succès aussi décisifs chez plusieurs de ses amis affectés du même mal. Jusqu'à quel point . faut-il ajouter foi à ce récit? Aujourd'hui que le diagnostic est plus éclairé que du temps de Columna, on voit encore un si grand nombre de médecins confondre l'hystérie ou toute autre maladie convulsiveavec l'épilepsie, qu'il est permis de contester, sans être taxé de trop de scepticisme, la valeur des observations du noble italien. Il nous a laissé fort peu de titres pour répondre de sa capacité médicale : ses ouvrages sont plutôt ceux d'un naturaliste que ceux d'un médecin.
Là ne finit pas le rôle anti-épileptique delà Valériane. — Destinée à des succès rares mais éclatants, elle reparaît un siècle plus tard, sous les auspices de Dominique Panaroli, médecin distingué de Rome, qui guérit par ce moyen un pêcheur épileptique dont les accès revenaient deux ou trois fois par jour, et qui, dit Fauteur, n'avait obtenu aucun soulagement par l'usage opiniâtre des remèdes les plus énergiques contre l'épilepsie, tels que le pied d'élan et le crâne humain. Si de pareilles observations sont peu probantes, on ne peut pas ne pas accorder un certain degré de confiance à celles rapportées en grand nombre par Haller, de Haën, Sauvages, Willis, Marchant et surtout par Tissot, Quarin; par Boerhaave, qui, sans regarder la Valériane comme le spécifique de l'épilepsie, ne lui refusait pas une certaine efficacité. Certes, ces autorités sont imposantes, mais une semblable question est peut-être plus difficile à juger que ne le pensaient ces grands praticiens.
Essayons de montrer le côté juste et le côté inexact de ces assertions. Sous le rapport de la gravité du pronostic, et par conséquent sous celui de l'efficacité des divers traitements, il est important de bien distinguer Yépilepsie de la convulsion épilepti forme. L'épilepsie est à elle seule une maladie. Ce mot fait naître tout à la fois à l'esprit : 1° l'idée d'une modification morbide essentielle de l'innervation cérébro-rachidienne, modification grave, profonde, chronique et réfractaire, finissant par imprimer aux fonctions par le trouble intermittent desquelles elle s'annonce, des altérations permanentes et qui oblitèrent toutes les attributions du système nerveux de la vie animale; 2° plus l'idée d'une certaine forme convulsive et apoplectique revenant par accès plus ou moins rapprochés, et qui emprunte toute sa gravité à l'affection essentielle si redoutable dont elle est le symptôme propre. Voilà l'épilepsie, l'épilepsie presque toujours incurable, l'épilepsie essentielle, idiopathique, le véritable morbus sacer.
La convulsion épileptiforme, au contraire, n'est que le dernier élément dont nous venons de parler; c'est la forme convulsive et apoplectique de l'épilepsie moins l'épilepsie; c'est-à-dire que c'est une modification morbide quelconque de l'économie autre que l'état que nous avons spécifié, modification quelconque empruntant à l'épilepsie, pour se manifester, sa forme seulement et rien que sa forme. C'est aux hospices de Bicêtre, de la Saïpêtrière qu'ors rencontre les vrais épiîeptiqoes, et combien peu on en guérit! C'est à peine si l'on s'en occupe, par l'expérience qu'on a de
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l'inefficacité de tous les traitements. Néanmoins il faut ici faire une remarque, c'est qu'il est commun de voir des épileptiques passer plusieurs mois, plusieurs années sans accès, bien qu'ils ne cessent pas de vivre sous le poids inamovible du mal qui n'était que dissimulé pour se réveiller plus menaçant et plus funeste. Or l'expérience apprend qu'une médication quelconque, même la plus insignifiante, peut suspendre ainsi le mal, soit quelquefois par sa vertu intrinsèque, soit plus souvent par la bienfaisante impression que doit produire, sur l'esprit d'un épileptique, l'espoir du succès qu'il attend de cette nouvelle tentative ; mais, nous le répétons, le mal n'est que pallié et nous ne refusons pas àla Valériane ce pouvoir palliatif. Quant aux convulsions épileptiformes, qui par l'appareil phénoménal de l'accès lui-même, ne diffèrent en rien de l'épilepsie, elles ne sont graves qu'en raison des causes très-variées dont elles dépendent. On appelle éclampsie celles qui surviennent chez les femmes en couche et chez les enfants. Elles sont graves dans ce cas , et la Valériane n'est pas alors sans action quant on peut l'administrer. Celles qui signalent l'invasion de certains exanthèmes, comme la variole, etc , disparaissent en même
temps qu'apparaît l'éruption. L'établissement des règles fait également tomber celles qui précèdent, chez quelques jeunes filles non épileptiques, le premier accomplissement de cette fonction, etc., etc... Dans certains cas de plaies de tête, de méningite, d'encéphalite, de tumeurs cérébrales, d'intoxication saturnine, etc., il y a des attaques épileptiformes, nous le répétons, chez des gens non épileptiques. Cette importante distinction rend assez bien raison des succès dont on a fait honneur à la Valériane dans l'épilepsie. Ceux qui savent combien sont identiques une attaque à'épilepsie chez un épileptique, et une attaque épileptiforme chez un sujet non épileptique, concevront très-bien qu'il n'a pas toujours été possible de se défendre de l'illusion qui a induit en erreur un grand nombre de praticiens sur la valeur thérapeutique de la Valériane dans l'épilepsie. Des accès d'hystérie simulant jusqu'à un certain point l'épilepsie et guéris par la Valériane ont pu en abuser quelques autres. On sait de même que les vers déterminent souvent dans l'enfance des convulsions épileptiformes ; or la Valériane, jouissant de propriétés anthelmintiques assez actives, a pu ainsi guérir la forme épileptique en détruisant son occasion. Toutefois on pourra l'administrer dans l'épilepsie surtout récente, dans le but d'en éloigner les accès et d'en atténuer la violence; c'est ra tout ce qu'on peut se flatter d'en obtenir : mais il faut l'employer à hautes doses, pendant longtemps, un an et souvent plus, en suspendant son usage de distance en distance pour ne pas fatiguer l'estomac.
Chez quelques individus voués à l'épilepsie, cette terrible affection commence par une forme symptomatique qu'on nomme le vertige épileptique. Il nous a sembié que la Valériane n'était pas sans atténuer l'intensité et la fréquence de ces vertiges, expression légère de l'épilepsie dont le pronostic n'est cependant pas moins grave que celui de l'attaque convulslve la plus complète.
■C'est surtout aux maladies des femmes qu'habilement maniée s'adresse la Valériane; mais tellement aux maladies des femmes, que certains cas, qui chez les hommes paraîtraient, d'après les lois d'une légitime analogie, en réclamer l'emploi, y sont le plus souvent rebelles et cèdent à d'autres antispasmodiques, et que les affections des jeunes filles non pubères rentrent dans la même exception. C'est que les troubles nerveux qui occupent surtout la scène moyenne de l'existence de la femme, jaillissent presque tous de l'utérus, qui semble, pendant cette période, se soumettre tout le système nerveux, et soustraire à l'influence régulatrice du cerveau, les instruments des sensations et du mouvement volontaire, pour les livrer au désordre et à l'irrégularité qui caractérisent les maladies hystériques et cet ensemble d'anomalie des actes de la vie animale qu'on ne peut guère mieux désigner que par le nom d'état nerveux, état spasmodique.
Les premiers aperçus un peu consciencieux sur les propriétés de la Valériane sont enfouis dans deux thèses bien obscures soutenues l'une à Haie, l'autre à Amsterdam au commencement du siècle dernier. Leurs auteurs (J. Fréd. Bismarck et J. Fréd. Stancke) l'ont expérimentée dans les cas où elle rend réellement quelques services. Plus tard, Hill, Marcus Herz, entrevirent sa véritable action. Mais au lieu de citer des noms d'auteur, tâchons d'apprécier toutes les nuances d'indications auxquelles peut satisfaire la Valériane.
Quiconque a jeté sur l'hystérie un coup d'oeil véritablement médical, a dû y voir une névrose générale qui empreint de son cachet et de sa nature toute la série névropathique qui s'étend depuis la vapeur la plus fugace jusqu'à l'accès effroyable qui avait mérité des anciens la dénomination si profondément vrafe de passion hystérique. Cette série est composée d'accidents protéiformes, de manières d'être pathologiques propres à la femme, manières d'être si mobiles, si indéterminées, que les nosologistes n'ont pu que génériquement les enfermer dans leurs cadres. Nous éprouvons le même embarras qu'eux, et pourtant les praticiens doivent nous entendre. Ce sont ces maladies vaguement indiquées sous le nom de spasmes, de vapeurs, mieux par Tissot sous celui de maux de nerfs. Chez l'une, ce sont des étouffements, des palpitations, un sentiment de strangulation, un serrement des tempes, etc., etc.; chez l'autre, des battements, divers bruits dans la tête, un enchiffrènement passager, des frissons partiels, des bouffées de chaleur au visage, etc.; celle-ci se plamt d'impatiences bizarres, de crispations, d' 'agacements qui l'obligent à des mouvements involontaires, à une jactitation avec bâillements, pandiculations, hoquets trop souvent préludes d'accidents plus violents; celle-là accuse de la dysphagie, des borborygmes, des flatuosités, des brûlements d'entrailles, une tympanite se développant tout à coup et disparaissant de même, des anxiétés précordiales, des frayeurs paniques, de vaines susceptibilités ; quelques-unes résument ce tableau changeant en deux mots.
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qui, aux yeux du praticien, en peignent d'une manière assez forte toutes les fluctuations : j'ai mal aux nerfs, mes nerfs sont en mouvement, etc., etc.
Or la Valériane réussit assez bien à calmer ces nombreux phénomènes ; et, chose étonnante, elle y réussit d'autant mieux qu'ils s'éloignent davantage par leur forme et par leur intensité du véritable accès d'hystérie. Quant à celui-ci, la Valériane peut en éloigner les retours, en diminuer la violence; mais, nous le répétons, elle modifie d'autant plus avantageusement l'hystérie, que ses formes sont plus incomplètes et plus bizarres.
L'attaque hystérique portée à un haut degré laisse après elle diverses affections nerveuses contre lesquelles il est bon d'administrer la Valériane : telles sont des hémiplégies, des paralysies circonscrites, surtout de la sensibilité, des fourmillements, des céphalées intenses, des congestions partielles, des fiatuosités, des palpitations, des aphonies. Dans certains cas, comme lien commun de tous ces symptômes nerveux très-mobiles, existe un mouvement fébrile particulier, caractérisé surtout par un pouls fréquent, large et développé, la peau d'une chaleur douce et humide, la face fortement injectée et un peu de dyspnée. Cette fièvre, qu'on peut appeler hystérique, cède quelquefois au médicament dont nous traitons.
Il est aussi une des mille révélations de l'état hystérique passée sous silence ou peu observée par les auteurs, qu'il nous a été donné de voir déjà plusieurs fois, et que l'usage de la Valériane a complètement fait cesser : c'est un orgasme musculaire infatigable qui porte irrésistiblement les femmes à se mouvoir, à marcher, en leur donnant le sentiment d'une force invincible et du besoin pressant de se livrer à des exercices pénibles. Prennent elles alors quelques doses de poudre de Valériane? elles sont jetées dans une lassitude et une impuissance musculaire qui leur ôtent toute envie de courir et dé s'agiter : c'est comme une corde vivement tendue qui tout à coup se relâche.
L'indication la plus positive de la Valériane, après celle que nous venons de préciser, est tirée des vertiges. Il est des personnes qui éprouvent souvent des vertiges, des obnubilations , des étourdissements identiques à ceux qui annoncent l'imminence du coup de sang ou de l'hémorrhagie cérébrale, et chez qui pourtant ce symptôme n'est point lié à ces graves accidents. La saignée qui, dans ce dernier cas, les dissiperait, ne fait au contraire que les augmenter, tandis que la Valériane les calme assez bien, et c'est un des services les plus spéciaux que soit appelé à rendre cet antispasmodique. Ces sortes de vertiges finissent par devenir très-importuns, et souvent même d'un pronostic fort sérieux.
Plusieurs auteurs du siècle dernier attestent l'efficacité de la Valériane dans la danse de Saint Guy, et ils s'accordent avec nous sur ce point que leurs observations ont presque toutes de jeunes filles pour sujets. Strandberg et Carminati l'ont préconisée dans la migraine. Nous ajoutons qu'il ne faut guère y compter que dans celles qui s'associent aux troubles hysté-
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riformes que nous avons énumérés. Il en est de même de certaines gastralgies qui reconnaissent cette commune dépendance, et dans lesquelles seulement elle est utile. Ces deux affections, surtout la première, entraînent quelquefois, à la suite des douleurs vives qu'elles occasionnent, un état spasmodique général qui en réclame aussi l'emploi.
C'est un fait bien des fois constaté par tous les praticiens, que l'excitabilité nerveuse augmente en raison directe des pertes de sang, ce qui explique la fréquence et l'intensité des maladies qui dépendent de l'anémie chez les femmes nouvellement accouchées, abondamment réglées, chlorotiques ou débilitées par des émissions sanguines exagérées. On peut susciter à volonté les troubles nerveux les plus violents par les jeûnes, la diète trop prolongée et les pertes de sang artificielles. Tous ces accidents , si communs depuis qu'on a paru oublier qu'il faut du sang pour régulariser les phénomènes de l'innervation, peuvent être calmés par les antispasmodiques, et surtout par la Valériane, en attendant que, par un régime analeptique bien dirigé, le sang,' cet antispasmodique par excellence, soit venu apporter aux appareils nerveux la fixité nécessaire au maintien de leur équilibre. Il en est de même pour les phlegmasies, les fièvres, les affections quelconques dans lesquelles, inconsidérément ou par l'urgence des indications, on a porté très-loin les émissions sanguines. On voit surgir alors des phénomènes spasmodiques auxquels on peut parer avec la Valériane, et qui, par leur disparition, permettent à la phlegmasie de se résoudre, à la maladie, quelle qu'elle soit, d'accomplir heureusement ses périodes. A la fin des fièvres continues graves, lorsque l'adynamie, et surtout l'ataxie, sont venues après des hémorrhagies nasales ou intestinales abondantes, que le ventre est ballonné, indolent, qu'en un mot l'incohérence nerveuse est liée à la faiblesse, il y a tout avantage et aucun inconvénient à prescrire la Valériane. Nous en disons au'tant pour les mêmes symptômes lorsqu'ils apparaissent dans le cours des fièvres exanthématiques, soit par la répercussion de l'éruption, ce qui n'est que trop commun, dans la scarlatine surtout, soit par toute autre cause marquée d'un cachet de faiblesse ou de malignité.
Si quelques-unes des incommodités qui assiègent les femmes parvenues à leur âge critique sont hyperhémiques et commandent l'emploi des déplétions sanguines, il faut convenir aussi que souvent l'inutilité, nous dirons même la nocuité de ce traitement, assignent à ces dérangements une tout autre cause. Nous avons vu bien souvent ces accidents, consistant surtout en palpitations, en accès de dyspnée, en vertiges, en maux de, tête, céder rapidement à l'usage de quelques grammes de poudre de Valériane ou de son infusion prise en lavements.
Il est une maladie singulière que récemment nous avons vue très-avantageusement modifiée par l'emploi de la Valériane : c'est la polydipsie. M. Rayer vient de soumettre à ce traitement, dans ses salles de l'hôpital de la Chanté, un jeune garçon dévoré par une soif inextinguible, et qui urinait en proportion de Ténonnc quantité de boissons qu'il prenait. Ses