VALÉRIANE
urines étaient très-légères, presque comme de l'eau, inodores, incolores, insipides et excessivement abondandes. Ce petit malade ne maigrissait pas du reste, mangeait beaucoup, et jouissait à part cela d'une parfaite santé. Cette polydipsie et cette polyurie, toutes simnles, étaient produites vraisemblablement par une affection nerveuse, et n'avaient d'ailleurs avec le diabète, dont elles différaient sous les rapports les plus importants, d'autre point de ressemblance que l'abondance de la sécrétion urinaire. Sous l'influence de la poudre de Valériane, employée déjà avec succès par M. Rayer dans des cas analogues, ce malade a vu tout à la fois, dans l'espace de trois semaines à un mois, diminuer sa soif et l'extrême abondance de ses urines. Plusieurs médications, et la médication par l'opium en particulier, avaient complètement échoué. Nous avons obtenu un succès analogue chez une femme hystérique, dont l'histoire a été développée par nous dans le Journal de médecine (mai 1844).
Enfin, en 4854, dans le service de la clinique médicale de l'Hôtel-Dieu, nous avons reçu un malade âgé de trente ans, qui déjà depuis longtemps était atteint de polydipsie avec polyurie. Il buvait chaque jour jusqu'à 32 litres de tisane, et urinait en conséquence. L'urine, très-souvent analysée par M. Bouchardat, n'a jamais offert la moindre trace de glucose. Il y avait cela de remarquable chez notre malade, c'est que la peau du visage était souvent le siège d'un érythème extrêmement intense, sans mouvement fébrile, qui coïncidait avec une exagération de la soif et de la sécrétion urinaire et qui disparaissait au bout de deux ou trois jours, pour reparaître peu après. La santé était d'ailleurs assez bonne.
Cette fluxion bizarre, qui avait quelque chose des fluxions ordinaires chez les femmes nerveuses, nous eût invités à donner la Valériane, si déjà nous n'avions connu les faits rapportés plus haut.
Nous prescrivîmes l'extrait de Valériane, qui fut successivement porté jusqu'à l'énorme dose de 30 grammes (1 once) par jour. La soif, la sécrétion urinaire et l'érythème diminuèrent parallèlement, et la guérison était complète après quatre mois de traitement. Plus tard, nous avons revu ce malade dont la santé restait fort bonne.
Puisque cette substance n'influe en aucune manière sur le système circulatoire en général, et ne congestionne aucun organe en particulier, elle ne saurait être directement emménagogue; si donc quelquefois elle le devient, c'est médiatement, en faisant cesser des symptômes nerveux qui s'opposaient à l'éruption des règles. Dans quelques dysménorrhées, précédées un jour ou deux de gonflements douloureux et non inflammatoires du ventre, elle facilite également le flux menstruel. Les flatuosités qui surviennent après le repas chez les femmes nerveuses, chez les hypochondriaques, sont souvent dissipées par une légère infusion de Valériane.
Après les vertus anti-épileptiques de la Valériane, les anciens auteurs ont surtout exalté son action spécifique dans certaines maladies des yeux. Bismarck commence ainsi sa dissertation : « Dico quod radix Falerianse
hortensis sit cephalica, uterina et ophthalmica. » Il aurait pu, ce nous semble, se borner aux deux premiers chefs. C'est dans l'amaurose commençante, dans l'obscurcissement de la vue [caligo oculorum) commun aux vieillards, aux hommes de cabinet, à certains ouvriers, qu'elle a été préconisée au point que, dit l'auteur, ocidaria à quibusdam nominatur. Etmuller va plus loin : virtus ejus anti-ophthalmica non potest satis decantari. Stancke a mieux saisi la nuance d'indication qui peut en légitimer l'emploi dans les affections des yeux quand il dit ; Bis solum modo medetur oculorum morbis qui à nervis oriuntur. Sujet lui-même à des éblouissements, à de légères hallucinations, il s'en délivra par la Valériane. Mais ces accidents sont plutôt cérébraux que propres à l'organe de la vision, et nous en avons parlé plus haut.
Nous ne ferons qu'indiquer son action anthelmintique parce que nous avons le semen-contra, la mousse de Corse, etc.; ses propriétés fébrifuges, quoiqu'un assez grand nombre de faits rapportés par Bauhin, Bouteille, Miocchi, Carminati, M. Vaidy, permettent d'y ajouter une certaine confiance, parce que nous avons le quinquina et ses succédanés, etc. Junker en parle comme d'un diurétique et d'un diaphorétique dans les exanthèmes rentrés. Dans l'asthme nerveux, elle est loin d'être sans utilité, comme nous l'avons encore dernièrement éprouvé.
Mindérérus l'employait en épithème sur les membres débilités par d'anciennes affections, et sur la tête dans la migraine. Elle a servi à faire des amulettes contre les vénéfices, et, suivant Agricola, à doubler les forces aux combats amoureux. Il ne serait pas impossible à la rigueur que son odeur seule ait pu légèrement exciter le système nerveux.
Nous résumons ainsi Faction propre de la Valériane :
Médicament utile dans la série indéterminée des accidents nerveux qui naissent sous l'empire des affections hystériques et vaporeuses, soit que ces accidents se montrent réunis, soit qu'ils apparaissent isolés; jouissant en outre d'une réputation méritée dans les vertiges et les étourdissements nerveux.
Préparations, doses, mode d'administration.
Après tout ce que nous venons de dire sur la Valériane, il est inutile d'en fixer les contre-indications. Tous les auteurs nous apprennent qu'il n'y a rien à craindre de son administration prolongée et à très-hautes doses. Son action s'use promptement, il faut donc la continuer longtemps en ayant soin de suspendre plusieurs fois dans le cours d'un traitement. De toutes les préparations de cette plante, la poudre (pidvis nervicus, antispasticus) est, d'une voix commune, la plus efficace-, c'est aussi ce que nous avons remarqué. Elle se donne depuis A grammes (1 gros) jusqu'à 30 et même 60 grammes (1 et même 2 onces) en vingt-quatre heures. Tissot et Quarin recommandent d'y mêler un peu de macis pour déguiser sa saveur désagréable.
ÂSA FOETIDA. 223
M. Boutigny, pharmacien à Paris, a préparé un extrait aqueux des plus concentrés dont il a indiqué le procédé d'extraction dans la quatrième livraison du Journal des connaissances médico-chirurgicales, décembre 1833. On sait que cet extrait entre dans la composition des fameuses pilules de Méglin. Il y a un sirop de Valériane; une bière connue sous le nom de bière céphalique, antispasmodique; une teinture éthérée, alcoolique. Ces dernières seront données dans des potions depuis 50 centigrammes (10 gouttes) jusqu'à 2 grammes et plus (1 demi-gros et plus). L'infusion pour boisson se prescrit à la dose de 4 à 8 grammes (1 ou 2 gros) de la racine pour 250 à 310 grammes (8 à 10 onces) d'eau. La décoction de 8 à 16 grammes (2 gros à 1 demi-once) pour un lavement; ce dernier mode d'administration trouve fréquemment son emploi. L'eau distillée fait partie de beaucoup de potions antispasmodiques.
La grande Valériane ou Valerianaphu Linn. ainsi que la spica ou Valeriana Celtica, ne sont pas employées.
M. Louis-Lucien Bonaparte a mis en renom une nouvelle préparation pharmaceutique, le Valérianate de zinc, qui obtient depuis quelque temps les honneurs rendus ordinairement à tout agent thérapeutique inscrit depuis peu de temps sur les catalogues de la Matière médicale. Les éléments de ce nouveau sel sont depuis longtemps connus par leurs propriétés antispasmodiques, et si l'oxyde de zinc trouve encore quelques incrédules, la Valériane mérite incontestablement sa vieille et légitime réputation. Le Valérianate de zinc se présentait donc avec des présomptions favorables. Toutefois, l'expérience n'a pas répondu à l'enthousiasme des premiers fauteurs de ce remède.
Les praticiens qui par des raisons d'économie (le Valérianate de zinc est d'un prix excessif) ne croiront pas devoir administrer le nouveau sel antispasmodique, pourront donc continuer à leurs malades la poudre de Valériane associée à l'oxyde de zinc.
On a inventé aussi un Valérianate de quinine , qui, dit-on, remplace avantageusement le Valérianate de Zinc lorsque les accidents nerveux sont périodiques. La chose est bien trouvée. Pourquoi, d'ailleurs, le Valérianate de quinine ne guérirait-il pas aussi bien une névralgie périodique que le sulfate de quinine?.....
ÂSA FOETIDA.
Suc gommo-résinenx, retiré des Ferula Caractères spécifiques. Tige nue cylindri-
Asa fœiida et Orientalis, que, striée, haute de 1 à 2 mètres ; feuilles
Ferula Asa fœtida. Plante exotique, de radicales, pétiolées, triternées, fleur d'un
la famille des Ombelhfères. jaune pâle, formant de grandes ombelles
Caractères génériques, lnvolucre et invo- composées de 1 2 à 20 rayons ; involucre ca-
lucelle polyphylles ; pétales égaux roulés; duc, involucelle polyphylle; fruits d'un
fruits elliptiques, comprimés, marqués de brun rougeàtre et velus au moment de la
troiscôtés surchaque moitié ; fleurs jaunes, maturité.
Mode d'extraction de l'Asa fœtida. Lorsque l'on pratique des incisions au collet du l'erula Asa fœtida, il s'écoule un liquide lactescent, jaunâtre, qui ne tarde pas à se concréter. Dans le commerce, l'Asa fœtida se présente en masses solides, d'un brun rougeâtre à l'extérieur, offrant intérieurement des lames grisâtres et comme opalines, au milieu d'une masse plus foncée. Odeur forte, fétide , alliacée ; saveur acre et un peu amère.
L'Asa fœtida étant d'un prix assez élevé, on en fait une artificielle, à Marseille principalement, en pistant ensemble de l'Asa et diverses gommes-résines d'une plus petite valeur commerciale, comme le galbanum, le sagapenum, etc.
L'Asa fœtida artificielle se reconnaît à sa teinte gris foncé et à l'absence de ces larmes qui rougissent au contact de l'air.
L'analyse de Brandes a démontré dans l'Asa fœtida : de la résine, de la gomme, de l'huile volatile, une substance résinoïde, de l'adragantine, des sels divers, de l'extractif. L'huile volatile renferme du soufre.
L'Asa fœtida se donne en poudre, en émulsion, en teinture.
Poudre. L'Asa fœtida se peut donner en poudre, mais le plus souvent la poudre est incorporée à des poudres inertes et médicamenteuses, et façonnée en pilules que l'on revêt d'une feuille d'or ou d'argent, afin de dissimuler un peu du goût et de l'odeur du médicament.
Émulsion. En triturant l'Asa fœtida avec l'eau, on peut obtenir une émulsion permanente, que l'on mêlera à des potions, à des tisanes. Lorsque l'émulsion se fait seule, il suffira d'ajouter à l'eau du jaune d'œuf ou de la gomme arabique.
Lait d'Asa fœtida.
Asa fœtida, Eau, Jaune d'œuf,
10 gram. (2 gros 1/2).
500 sram. (1 livre).
Teinture d'Asa fœtida. La résine qui constitue la partie active de l'Asa fœtida est soluble dans l'alcool ; aussi la teinture alcoolique est-elle une excellente préparation.
Asa fœtida, une partie; alcool à 80° (31 Cart), 4 parties; faites macérer pendant quelques jours et filtrez.
Cette teinture s'emploie dans des potions; elle précipite toujours et donne au véhicule une teinte laiteuse. Quand elle est prescrite en petite quantité, il suffira de la mêler d'abord au sirop qui entre dans la potion et d'y ajouter graduellement le véhicule aqueux ; mais si la quantité est plus considérable, il faudra l'émulsionner avec un jaune d'œuf.
La teinture éthérèe se prépare de la même manière, mais elle laisse, sans la dissoudre, une partie de la résine de l'Asa fœtida.
THERAPEUTIQUE.
Action physiologique.
Les Perses accusent l'insuffisance de leur idiome, en décorant cette substance du nom de mets des Dieux, tant elle flatte leur palais ! Sont-ils plus ou moins ridicules que les Allemands, qui ont essayé d'en faire sentir l'étonnante puanteur par l'expression énergique de stercus diaboli que chez nous le peuple lui maintient? Il ne peut y avoir de ridicule, là où il n'y a d'autre mesure qu'une impression organique.
Quand on a pris le parti de faire entrer de gré ou de force les antispasmodiques dans la classe des excitants, il y a une formule banale qui s'ajuste à tous : stimule les tissus suivants, augmente V activité des organes, accélère le pouls, pousse la chaleur et la sueur à la périphérie cutanée ; agitation, inquiétudes, vertiges, mal de tête. Comme si après cette servile énumération on était plus avancé pour expliquer les effets thérapeutiques de Y Asa fœtida. Nous avons pris en une seule fois une demi-once de bonne Asa fœtida. Il n'y a eu de changé en nous que l'odeur de toutes nos excrétions qui pendant deux jours nous a tenu au sein d'une atmosphère infecte, et rappelant , mais à un degré plus pénétrant encore , l'horrible fétidité de cette drogue. En traitant de la médication antispasmodique, nous nous réservons d'apprécier à leur juste valeur tout ce qu'ont dit les auteurs sur la manière d'agir de ces diverses substances.
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Historique et action thérapeutique.
Le nom de Laser, Laserpitium, sous lequel l'Asa fœtida est désigné dans les ouvrages d'Hippocrate, de Dioscoride, de Celse et de Galien, etc., s'appliquait , selon quelques auteurs , à des préparations particulières de cette substance. En admettant cette opinon controversée, mais soutenue avec avantage par des auteurs plus nombreux et d'une autorité plus imposante que ceux qui l'ont combattue, le père de la médecine en faisait un fréquent usage , surtout chez les femmes malades à la suite de fausses couches , à qui il l'administrait extérieurement eh topiques , en même temps qu'à l'intérieur, le recommandant en outre comme devant faire partie du régime ordinaire. Il en discute les indications et les contre-indications, et s'étend longuement sur son histoire naturelle. Nous ferons remarquer que le cas particulier dans lequel Hippocrate vante l'Asa fœtida, ne contredit en rien la nature des propriétés qui de tout temps lui ont été attribuées- et s'il nous est permis d'interpréter les règles du sage empirisme qui le guidait alors, nous dirons, comme chose très-probable, qu'à l'aide de ce remède, il calmait les accidents nerveux, les coliques, la tympanite, qui accompagnent et suivent si souvent les fausses couches.
Dioscoride, chose bien remarquabie, pourrait nous fournir le texte de ce que nous avons à dire sur les propriétés thérapeutiques les plus avérées de l'Asa fœtida. Selon lui, il guérit la toux, les désordres de la trachée-artère, les altérations de la voix et les-maladies hystériques. Celse assigne aussi à ce médicament une de ses actions les mieux constatées : item laseris quàm optimi paulùm devorare opus est, etc., dit-il dans son chapitre De Tussi, et plus loin : Lac cùm allio coctum, sorbitiones quibus laser sit adjectum, etc. Galien semble en redouter l'usage , et prétend qu'il échauffe et affecte les conduits de l'urine. Mais il faut dire que de son temps l'Asa fœtida était devenu très-rare, que le peu qu'on en avait était falsifié. A cette époque, le hasard en ayant fait découvrir une tige, on l'envoya en présent à Néron. Tout cela peut expliquer l'opinion de Galien. Les Arabes , entre autres RhazèsetAverroès, en ont fait usage ; c'est d'eux que ce médicament a été transmis aux moines de l'école de Salerne, qui lui ont donné le nom à'Asa (et non assa) fœtida.
Cette gomme-résine, que chez nous son extrême féditité empêche d'administrer aussi souvent qu'il le faudrait, est, dans l'Inde et en Perse, le condiment obligé de tous les mets. A l'impression agréable qui le leur fait rechercher comme objet de friandise, ces peuples trouvent joint un bon moyen de favoriser leurs digestions naturellement pénibles, et de dissiper les flatulences incommodes et quelquefois dangereuses produites par le régime végétal et l'abus de l'opium que leur imposent et le climat et les lois religieuses. Les Brahmes en font une consommation énorme.
L'Asa fœtida s'applique à tous les cas où nous avons dit qu'était utile n. . 15
remploi de la valériane; seulement, dans ces circonstances, celle-ci devra lui être préférée à cause de son odeur moins repoussante et plus fugace, et aussi parce qu'il n'est pas rare quel'Asa fœtida ait une action purgative qu'il est quelquefois important d'éviter. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit en parlant de la valériane. Nous devons pourtant ajouter que l'Asa fœtida réussira mieux quelle dans les accès d'hystérie violents et complets, lorsque la maladie aura plutôt le caractère convulsif que vaporeux, lorsqu'elle s'accompagnera surtout de la production incessante de gaz abdominaux et de cette constipation opiniâtre avec coliques propre aux hystériques. Whytt signale chez ces malades un accident qui consiste dans l'évacuation excessive et débilitante d'urines crues et pâles, accident qu'il a guéri par l'Asa fœtida, ainsi que la démoralisation, si cruelle pour le médecin, dans laquelle l'hystérie fait tomber les femmes. Le même Whytt, qui a si bien connu les maladies nerveuses , recommande encore ce médicament dans les syncopes ou pâmoisons hystériques. Boerhaave affirme positivement qu'il ne connaît pas de meilleur antihystérique. Forestus, tout en partageant sur la cause de l'hystérie, les idées singulières d'Arétée, n'en assure pas moins avoir donné avec grand avantage l'Asa fœtida au fort de l'accès. Quœdam, dit-il, solo odoratuAsse fœtidse per nos exciiatse sunt. C'est aux praticiens à discerner, d'après ce que nous venons de dire, les cas où l'Asa fœtida devra remplacer ou suppléer la valériane dans l'hystérie, sans oublier toutefois que , par suite de conditions vitales inexplicables., l'un peut produire des effets qu'on aurait attendus de l'autre, vérité générale en thérapeutique, mais surtout applicable aux médicaments qui, comme les antispasmodiques, ont une action superficielle et non altérante.
11 est un autre ordre de phénomènes morbides, dans le traitement desquels nous avons pu plusieurs fois sanctionner de notre expérience l'expérience passée : nous voulons parler des maladies nerveuses des organes respiratoires. Et d'abord dans l'asthme essentiel, c'est-à-dire celui qui ne reconnaît pas pour cause une lésion organique appréciable du cœur ou des poumons, l'Asa fœtida a souvent sous nos yeux produit de bons et incontestables effets. Si c'était ici le lieu, nous pourrions étayer notre assertion d'observations péremptoires.
Chez les hommes irritables, et chez lesquels un commencement de lésion organique du cœur détermine des étouffements, des palpitations et un état spasmodique général disproportionné avec le degré de l'altération matérielle, les lavements d'Asa fœtida ne sont pas sans avantage. L'expérience clinique nous permet d'avancer que dans les affections catarrhales où les symptômes nerveux, comme cela est assez fréquent, jouent le principal rôle, on n'en obtient pas de moins bons effets. S'il n'est pas permis d'espérer de ce moyen la guérison entière de ces catarrhes suffocants qui, l'hiver, par le seul fait d'un abaissement soudain de la température , font périr de la veille au lendemain les vieillards affectés d'anciennes bronchorrhées? on peut, certainement en affaiblir le danger, et
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rendre ainsi possibles et efficaces les ressources ultérieures de l'art ou de la nature.
Millar ne tarit pas en éloges sur les vertus de FAsa fœtida dans la maladie qu'il a appelée asthme aigu (angine striduleuse, enchiffrènement de la glotte, de M. Breton neau) ; il l'administre toujours alors, à moins de vomissements trop violents et de diarrhée. Voici la formule :
Asa fœtida, 8 grammes (2 gros); esprit de Mindererus, 30 grammes (1 once); eau de Pouliot, 100 grammes (3 onces).
Les enfants, prétend-il, finissent parle prendre sans répugnance, et même avec plaisir. En même temps il le donne en lavement de la manière suivante :
Asafœtida> 8 grammes (2 gros); décoction simple, 100 grammes (3 onces); huile d'olive, 30 grammes (1 once).
Nous ne nions pas les succès de Millar, pourvu qu'on ne nous empêche pas d'ajouter que l'asthme aigu des enfants cède le plus souvent à tous les remèdes, ce qui revient à dire qu'il guérit sans eux. Mais quand Millar publie de semblables résultats dans des cas de croup, quand il affirme que dans une épidémie de croup aucun enfant ayant pris de FAsa fœtida n'a succombé, nous ajournons notre assentiment jusqu'au jour où les observations de l'auteur anglais seront revêtues de leur seul cachet authentique, nous voulons dire la mention des fausses membranes, sans laquelle le mot croup n'a aucune valeur.
Beaucoup d'auteurs, et Kopp en particulier, ont vanté FAsa fœtida dans la coqueluche : ses avantages, en pareil cas, sont incontestables, quand ils ne sont pas détruits par la difficulté de le faire prendre aux enfants, qui y répugnent trop en potion et ne peuvent le conserver en lavements. Nous en conseillons beaucoup l'usage dans la toux férine des femmes nerveuses, où les praticiens auront certes plus à s'en louer que des sangsues sur le trajet de la trachée, traitement qui, sans parler des teaces indélébiles qu'il laisse aux femmes, augmente presque toujours leurs accidents.
Les flatuosités des vieillards, des hypochondriaques, la constipation invincible des premiers, réclament très-souvent les lavements û'Asa fœtida. Une longue expérience en a irrévocablement fixé Futilité dans ces circonstances, ainsi que dans les palpitations des chlorotiques.
C'est un des moyens qui ont le mieux réussi à Hildenbrand., dans le traitement de la période extrême des troubles nerveux du typhus irrégulier. Quant a ses propriétés emménagogues, nous les lui accordons au même titre qu'à la valériane.
Eu lisant la Matière médicale de Gulîen, nous voyons tout ce que nous avons dit d'important sur Y Asa fœtida, confirmé de la manière la plus formelle par l'opinion de cet illustre médecin.
Nous passons sous silence les avantages qu'on dit avoir retirés de Y Asa fœtida à l'extérieur contre les caries, les tumeurs indolentes, etc., parce qu'à cet égard nous ne pourrions être qu'historiens. Il en est de même de son action anthelmintique préconisée par plusieurs auteurs,, et en particulier par Fréd. Hoffmann. On se figure aisément, que nous ne saurions ni
ratifier ni contredire les vertus fébrifuges que Bergius a reconnues à cette gomme-résine, dans des cas où avait échoué l'écorce du Pérou. Quel médicament n'est pas quelquefois infidèle ?
Le même défaut d'expérience personnelle nous commande la1 même réserve sur ses propriétés antigoutteuses et antisyphilitiques. Quand les praticiens, guidés dans l'emploi de YAsa fœtida d'après les indications que nous venons de leur fournir, se seront convaincus des services qu'il peut leur rendre, ils apprécieront à leur juste valeur les assertions au moins insignifiantes émises par certains auteurs sur les antispasmodiques, et sur YAsa fœtida' va. particulier.
Nous nous résumons ainsi:
Médicament antihystérique , possédant les propriétés de la valériane , plus utile qu'elle dans les coliques venteuses avec constipation, et spécialement dans les affections nerveuses des organes respiratoires et de l'appareil digestif, que ces névroses soient essentielles ou associées à d'autres états morbides. 11 importe d'ajouter que YAsa fœtida est assez lourd, c'est-à-dire d'une digestion difficile. Certains malades Yont encore sur l'estomac le lendemain de son administration. Cette observation, faite par nous bien souvent, privera plus d'une fois le praticien des services que YAsa fœtida pourrait lui rendre chez les personnes nerveuses qui sont fréquemment dyspepsiques. On devra dans ce cas l'employer sous forme de lavement.
Préparations, doses, mode d'administration.
La répugnance qu'inspire YAsa fœtida rend son administration fort difficile. Bien qu'il fasse partie de la potion antihystérique du Codex, la forme pilulaire et les lavements sont les deux préparations les plus usitées: en pilules, on peut le prescrire depuis 50 centigrammes (10 grains) jusqu'à 1 gros et plus par jour; en lavements, délayé avec l'huile ou un jaune d'œuf, à la dose de 4 à 8 grammes (1 à 2 gros ).
Deux grammes de teinture alcoolique suffisent pour une potion. On peut l'associer, suivant le besoin, à une foule de décoctions ou d'infusions de plantes antispasmodiques. Quelques médecins l'ont employé sur le ventre, dans des cas de coliques venteuses et d'accès hystériques. Cette substance est souvent sophistiquée avec des gommes-résines d'un prix inférieur.