‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 4)Chapitre 3 sur 147 · CARACTÈRES BOTANIQUES SES SOLANÉES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES BOTANIQUES SES SOLANÉES

Les Solanées (qui, dit-on, tirent leur ont une odeur désagréable et une couleur

nom de solari, soulager) sont des plantes sombre.

de la série des dicotylédones monopétales; Le principe qui domine dans les Solanées à fleurs hermaphrodites à cinq divisions or- est narcotico-àcre; il a été découvert par dinairement régulières au calice et à la co- M. Desfosses, qui lui a donné le nom de rolle, à cinq étamines hypogynes; l'ovaire solanine. Brandes démontra la présence de libre à un seul style se change en fruit, en ce principe actif dans un assez grand nombaie ou en capsule à deux loges polyspermes. bre d'espèces, et donna le nom d'atropine,

Les feuilles sont alternes; elles ont une daturine, hyosciamine, aux alcalis qu'il

couleur livide, noirâtre, couleur qui in- disait avoir obtenus de' la belladone, de la

dique, en général, des propriétés délétères ; s'ramoine et de la jusquiame officinale.

Plus tard, MM. Geiger et Hesse sont par- Hic niger est, hinc tu Romane, caveto, venus à isoler ces alcalis et à les obtenir à

l'état de pureté. En faisant l'histoire de

disaient déjà les Romains [Flora Lapp., chacune des Solanées vireuses, nous doii-

p. 176). nerons les caractères et les propriétés de

La plupart des plantes de cette famille ces différents alcalis végétaux.

La Belladone {Atropa belladona I.) est une plante vivace, indigène, qui croît dans les lieux sombres, le long des vieux murs et des décombres, et qui fleurit de juin à août.

Parties utilisées. Toute la plante.

Caractères botaniques. Tige herbacée, dressée , rameuse, cylindrique, haute de deux à trois pieds; feuilles ovales, aiguës, grandes, alternes et géminées, d'un Vert foncé.-, fleurs grandes, d'un rouge vineux, solitaires, pendantes et axillaires; calice à cinq divisions profondes et aiguës, persistant; corolle subcampanulée; cinq étamines à anthères ovoïdes; baie arrondie à deux loges, d'abord verte, puis rouge, et ensuite presque noire.

L'aspect de ce fruit l'a fait souvent confondre avec la cerise noire, et cette confusion a été la cause de plusieurs empoisonnements; la baie de Belladone est ronde, entourée à la base d'un calice persistant, marquée d'un sillon quf marque la place de la cloison intérieure: elle renferme un grand nombre de petites graines réniformes.

Le fruit de cerise, au contraire, est un drupe unilobulaire à calice caduc, et renferme un -seul noyau.

Cette plante contient, d'après Brandes : malate acide d'atropine, 1,51; gomme, 8,33; amidon, 1,25; chlorophylle résineuse, 5,84; ligneux, 13,7; une matière analogue à l'osmazôme, des sels, etc. ; l'eau et l'alcool s'emparent de ses principes actifs.

L'atropine a été trouvée dans les racines, les feuilles et les tiges de la Belladone.

Les Solanées employées en médecine ayant, à quelque chose près, des propriétés communes, nous ne ferons une histoire détaillée que de la Belladone dont nous prendrons pour type les préparations, parce qu'elles sont le plus habituellement en usage.

Préparations dont la Belladone est la base.

Nous admettrons, ainsi que, nous l'avons fait pour les préparations opiacées, la division de M. Soubeiran. Nous indiquerons : 1° l'action de l'eau sur la Belladone; 2° l'action de l'alcool ; 3° celle de l'éther ; 4° celle des corps gras ou résineux. Quelques mots d'ahord sur la préparation de la poudre de Belladone, excellent médicament sur les effets duquel on peut entièrement compter lorsqu'il n'a subi aucune altération. Cette poudre se prépare en pulvérisant dans un mortier les feuilles ou la racine séchées avec soin. On arrête l'opération quand les quatre cinquièmes de la feuille ont été pulvérisés. M. Soubeiran a trouvé qu'un poids égal de la poudre et du résidu donnait, par l'alcool à 56°, un poids presque semblable d'extrait sec.

La poudre de Belladone ne doit être pré-

parée qu'en très-petites quantités à la. fois.

Produits par l'eau. L'eau dissout les parties actives des Solanées; on les retrouve dans le suc de la plante et dans le liquide qui résulte du traitement de la plante sèche par l'eau.

Les préparations les plus usitées sont les extraits. On en prépare plusieurs sortes avec la Belladone.

1° Extrait de Belladone avec le suc dépuré et clarifié.

Voici la préparation :

On contuse la plante, on exprime le suc, on pile de nouveau le marc, et on le soumet à la presse. On porte alors le suc dans une bassine, et on le chauffe à la chaleur du bain-marie; quand il est coagulé, on le passe à travers une étoffe de laine, et on l'évaporé en consistance d'extrait à la chaleur du bain marie; Cet extrait ne contient ni l'albumine végétale, ni lachlorophyllë, ni aucun des principes insolubles que le suc de Belladone peut renfermer. 11 a été adopté par le Codex.

2° Extrait de Belladone arec la fécule verte, ou obtenu avec le suc non dépuré.

On pile la plante dans un mortier; on en exprime le suc avec les mains, puis on le met à la presse. Le but de ces manipulations est de conserver dans le suc la plus grande partie des parties insolubles; quand on met immédiatement la plante pilée à la presse, une grande partie de ces matières reste emprisonnée dans le marc. On passe le suc à travers un linge, seulement pour retenir les débris de plante qui ont été entraînés, puis on le partage en couches minces sur des assiettes, et on le fait sécher à l'étuve à une chaleur de 36 à 40"; quand le suc est tout à fait desséché, on le tire de l'étuve, et quand il a attiré assez d'humidité atmosphérique pour être ramolli en consistance d'extrait, on l'enlève avec un couteau à lame tronctuée, et on le conserve dans des pots ou des flacons que l'on bouche exactement.

3° Extrait de Belladone par l'eau.

(Extrait aqueux.)

On réduit la Belladone en poudre demifine, on l'humecte avec la moitié de son poids d'eau froide, et'on la traite par déplacement avec de l'eau à 20°, avec la précaution de cesser de recueillir les liqueurs aussitôt qu'elles passent peu chargées; on les chauffe," on les passe, et on les évapore promptement à la température du bainmarie. L'expérience a appris que la matière active se retrouve dans la liqueur

aqueuse, et comme la Belladone se prête bien à la lixiviation et que les produits sont assez concentrés pour ne pas rester longtemps sur le feu, l'extrait de Belladone préparé de cette manière doit être efficace. (Pharm. de Soubeiran.)

M. Soubeiran admet comme identiques les extraits obtenus par Peau ou par le suc dépuré. Sous cette forme, et quand ils sont préparés avec soin, ce sont de fort bons médicaments, qui deviennent d'un usage fréquent en thérapeutique. On administre les extraits de Belladone en solution dans l'eau, soit en potions, soit pour des lotions ou des injections. On leur donne souvent la forme de pilules.

. Les fumigations de Belladone sont surtout recommandées. Voici leur mode d administration :

Pr. : Infusion de sauge, 1,000 gr. (1 litre), Poudre de Belladone. 4 gr. (1 gros).

On mêle ces matières dans un flacon à fumigations (V. Chlore), et l'on opère à la manière ordinaire à la température de 40 à 50°. Une autre méthode, peut-être plus, efficace, consiste à fumer dans une pipe les feuilles desséchées avec soin, ou bien à les rouler dans du papier et à les employer sous forme de cigarettes.

Le sirop de Belladone, lequel contient par once 1 décigramme (2 grains) d'extrait de Belladone, est rarement usité.

Les produits par l'alcool sont aussi d'une assez grande importance. Nous citerons :

1° Extrait alcoolique de Belladone, qui se prépare de la manière suivante :

On mêle la poudre de Belladone avec la moitié de son poids d'alcool à 56° (21° Cartier). On la place, en la tassant, dans l'appareil à lixiviation, et au bout de douze heures on la lessive avec trois parties d'alcool au même degré. On chasse celui-ci au moyen de l'eau, en ayant soin de s'arrêter aussitôt que la liqueur qui passe fait naître un trouble dans les premières liqueurs.

On distille les liqueurs pour en retirer l'alcool, et on les évapore au bain-marie en consistance d'extrait. Cet extrait ne contient pas l'albumine, car elle a été coagulée par l'alcool; mais il contient la chlorophylle, et bien certainement la partie active de la plante.

2° La teinture alcoolique de Belladone.

Pr. : Feuilles sèches de Belladone, 1 part. Alcool à 56° (21° Cartier ), 4 part.

3° L'alcoolature de Belladone.

Pr. : Feuilles fraîches de Belladone, 1 part. Alcool à 86° (34° Cartier), 4part.

On contuse la plante, on verse dessus l'alcool, et, après quelques jours de macération, on passe avec expression, et l'on filtre.

Celte dernière, préparation doit être effi-

cace en ce qu'elle conserve parfaitement tous les principes actifs de la plante.

Produitspar l'éther. Quoique peu usitée, nous conseillerons comme un médicament fort actif la teinture éthérée de Belladone ainsi préparée :

Pr.

Belladone sèche, Éther sulfurique,

1 part.

4 part.

On réduit la Belladone en poudre demiune, on l'introduit dans l'appareil à lixiviation de Robiquet, et l'on traite par l'éther; quand celui-ci a épuisé son action, on déplace par l'eau la portion de liqueur éthérée qui a été retenue par la poudre.

Produits par des corps gras ou résineux. Les deux, principales* préparations que nous devons mentionner sont le baume Iranquille (oleum compositum dictum balsamum tranquillans) et la pommade ou l'onguent populéum (pommatum populeum). '

Le baume tranquille est une dissolution dans l'huile des principes narcotiques des Solanées et de l'huile essentielle d'un grand nombre de plantes aromatiques.

L'onguent populéum a pour formule :

Bourgeons secs de peuplier, 375 gram. (12 onces).

Feuilles récentes de pavot, 250 (8 onces).

Feuilles de Belladone, 250 (8 onces).

Feuilles de jusquiame, 250 (8 onces).

Feuilles récentes de morelle, 250 (8 onces).

Graisse de porc, 2,000 (4 livres).

Ces deux médicaments, autrefois d'un usage fréquent, sont actuellement un peu oubliés, mais c'est à tort.

Indiquons la racine de Belladone, les fruits et les semences, comme jouissant de propriétés énergiques et faisant partie de quelques préparations. Voici quelques formules usitées : d'abord la poudre de Wet%ler, dont la racine de Belladone est la base :

Pr. : Poudre de racines

de Belladone, 13 décig. (26 grains;.

Poudre de réglisse, 53 (1gros24grains).

Mêlez exactement et divisez en 96 prises, dont chacune contient 25 milligrammes (un quart de grain) de Belladone.

Le rob de Belladone, obtenu avec les baies à maturité, dont on extrait le suc. On ebauffe au bain-marie, on passe et on évapore en consistanee d'extrait. On prépaie de même un extrait de semences qui mériterait d'être employé de préférence à beaucoup d'autres préparations en raison de ses effets plus constants.

Atropine. C'est un alcali végéta!, qui représente le principe actif de la Belladone et de tout le genre alropa.

Cet alcali s'ofi're sous la forme de cristaux légers, blancs, soyeux. 11 est peu soluble dans l'eau, mais se dissout bien dans l'alcool. Sa saveur est amère, légèrement acre. M. Bouchardat, en collaboration avec M. Stuart-Cooper a fait sur l'atropine une suite de recherches physiologiques et thérapeutiques qui en ont parfaitement fait connaître les propriétés et ont contribué à en populariser l'usage.

L'atropine a été combinée avec un certain nombre d'acides, soit minéraux, soit végétaux. Parmi les principaux composés nous distinguerons le sulfate et le valérianate d'atropine, qui sont journellement employés avec avantage tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. — La base et les, sels sont administrés à peu près aux mêmes doses ; à l'intérieur, de l à 5 milligrammes.

Méthode endermique. — Atropine ou sulfate d'atropine, 5 centigrammes, divisés en 20 prises, une ou deux chaque jour, et même plus, sur la peau nouvellement dénudée par un vésicatoire.

Voici quelques-unes des préparations les plus usitées :

Gouttes ou teinture d'atropine.

Atropine, 1 gram.

Alcool à 85°, 40 .

Faites dissoudre. On prescrit cette teinture dans une potion à la dose de 1 à 5 gouttes.

Sirop d'atropine.

Atropine,

1 décig.

Faites dissoudre dans 10 grammes d'eau ; dissolvez à l'aide d'une gouttelette d'acide chlorhydrique, mêlez avec 1000 grammes de vsirop de sucre blanc. 100 grammes de ce sirop contiennent 1 centigramme d'atropine. On le preserit à la dose de 20 à 50 grammes (Bouchardat).

Pilules d'atropine.

0 centig.

Atropine/

Miel et poudre de guimauve, q. s

Pour faire 100 pilules de 10 centigrammes. Chaque pilule contiendra 1 milligramme d'atropine. On en prescrira de 1 à 4 par jour.

Pommade d'atropine.

Atropine, 25 centig.

Axonge, 5 centig.

Mêlez avec soin. Introduisez gros comme

une tête d'épingle entre les paupières, pour dilater la pupille, et combattre les adhérences entre l'iris et le cristallin.

Pommade contre la névralgie faciale.

(Brookes).

Atropine.

Axonge, Essence de roses,

25 centig.

12 gram.

1 goût.

Faire de une à trois onctions par jour avec gros comme un pois de cette pommade sur la partie douloureuse.

M. Michéa préconise beaucoup le valérianate d'atropine. D'après les faits observés par lui, cet alcali végétal combiné à u\\ acide perdrait la plus grande partie de ses effets toxiques, et son union avec l'acide valérianique augmenterait au contraire beaucoup ses propriétés thérapeutiques spéciales. M. Michéa propose exclusivement l'usage du valérianate acide, attendu que tout autre mode de combinaison de l'acide valérianique avec l'atropine n'agit pas de la même manière sur l'économie, et offre les mêmes dangers que l'atropine à l'état d'alcali. Les doses qu'il administre varient depuis un demi-milligramme à un milligramme. D'un demi-milligramme par jour, il passe à un milligramme au commencement de la seconde semaine. Au bout de quinze jours il cesse l'usage du médicament, laisse reposer le malade pendant quinze autres jours, puis revient à l'emploi du remède en débutant par un milligramme par jour, et au bout de huit jours, il élève la dose à 2 milligrammes. Il laisse et reprend ainsi l'usage du médicament tous les quinze jours, et cela, durant deux, trois, quatre et jusqu'à huit mois. Il préfère en général la forme solide à la forme liquide.

D'après M. Michéa, le valérianate acide d'atropine pur et bien préparé, lui aurait rendu les plus grands services dans le traitement des maladies convulsives, l'hystérie, la chorée, l'asthme spasmodique, la coqueluche, et en particulier dans celui de l'épilepsie et de l'éclampsie. Comme composé de deux substances thérapeutiquement similaires, et en sa qualité de combinaison saline acide qui le rend éminemment soluble et absorbable aux plus faibles doses, le valérianate d'atropine l'emporte infiniment sur l'acide valérianique et l'atropine administrés isolément à doses plus fortes. D'après ces considérations, cet expérimentateur n'hésite pas à proposer le valérianate d'atropine comme l'antispasmodique par excellence, et comme le plus puissant et le plus sûr de tous les anticonvulsifs. (Union médicale, mars 1856.)

Effets physiologiques de la Belladone. La Belladone est une plante vireuse, dont toutes les parties exhalent une odeur nauséeuse très-désagréaii. h

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ble. C'est un poison assez violent ; les fruits sont la partie de la plante la plus dangereuse à cause des méprises funestes auxquelles ils peuvent donner lieu. En effet, dans leur maturité, ils ont beaucoup de ressemblance avec des cerises ou des guignes, au point que des enfants ou des personnes plus âgées , poussées par la soif, ont été plusieurs fois victimes de méprises de ce genre. On concevra comment de pareils accidents ont eu lieu, lorsqu'on saura que ces fruits bien mûrs ont une saveur douceâtre, fade, il est vrai, mais nullement désagréable. Dans le nombre des exemples d'empoisonnement par les baies de Belladone, nous citerons, comme les plus remarquables, celui de quatorze enfants de la Pitié, qui s'empoisonnèrent au jardin du roi, en 1773, avec ces baies (Bulliard, PL vénén., p. 201), et celui de cent cinquante soldats français qui furent victimes d'une semblable méprise (Gaultier de Giaubry, Journ. général de médecine, t. XL VIII, p. 335). Cependant, d'après quelques observateurs dignes de foi, il paraît que l'empoisonnement par les baies de Belladone n'a lieu que lorsqu'on en mange une certaine quantité.

Mais le fruit de la Belladone n'est pas la seule partie vénéneuse de la plante ; la racine est de toutes les parties, celle qui est regardée, et à juste titre, comme la plus active. Les résultats chimiques obtenus par M. Pauquy viendraient à l'appui de cette opinion. Ce médecin dit que sur une quantité donnée de l'herbe et de la racine , cette dernière contenait une plus grande quantité de surmalate d'atropine (thèse, p. 25). Le suc exprimé des feuilles est très-énergique. L'extrait préparé avec ce suc a une force nécessairement plus grande ; 10 centigrammes (2 grains) suffisent quelquefois pour déterminer des symptômes lâcheux. Mais cet extrait est trèsvariable dans ses effets, comme l'a prouvé Orfila dans ses expériences (Toxicologie génér.). Suivant ce médecin, le plus actif des extraits est celui qui est obtenu en faisant évaporer à une douce chaleur le suc de la plante fraîche. Les extraits alcooliques et surtout l'atropine sont plus actifs encore.

Avant de passer à l'indication des phénomènes produits chez l'homme par la Belladone, il est bon de connaître ceux que déterminent les parties ou les préparations de cette plante chez les animaux. Un lapin fut nourri de Belladone pendant huit jours sans en ressentir de mauvais effets, même sans dilatation des pupilles (Journ. de pharm., t. X, p. 85). Orfila a fait avaler trente baies de Belladone à un petit chien , qui n'en éprouva rien. D'autres chiens, soumis par cet expérimentateur à l'action de l'extrait aqueux de Belladone, périrent avec les symptômes communs de l'empoisonnement par les narcotiques, et avec la dilatation des pupilles. L'action du poison fut plus intense et plus prompte lorsqu'il fut injecté dans les veines que lorsqu'il fut appliqué sur le tissu cellulaire, et, à plus forte raison, que dans le cas où il avait été introduit dans l'estomac. Dans les cas où le poison avait été porté dans l'estomac, cet organe ne présenta pas une inflammation bien vive, mais il offrit, dans l'une des deux observations rapportées, quatre petits ulcères dans le centre. Les autres altéra-

BELLADONE, ;,l

lions remarquées ne sont pas assez notables pour éclairer le mode d'action du poisofc. D'après les expériences, au moins étranges, de M. Flourens sur les oiseaux , la Belladone exercerait une action spéciale sur les tubercules quadrijumeaux ; elle rend les oiseaux aveugles, et on observe, assure cet expérimentateur, une tache rouge à l'endroit correspondant du crâne, par suite de l'infiltration du diploé {Recherches expér. sur les fond, du syst.nerv. ,18%).

L'atropine, quelle que soit la nature de cette substance obtenue par Brandes, a été expérimentée par M. Reisinger, qui la regarde comme beaucoup plus puissante que les extraits. 5 centigrammes (1 grain) d'atropine déterminèrent chez un chien , une demi-heure après l'introduction dans l'estomac, une légère dilatation de la pupille, quelques symptômes de narcotisme qui, après s'être dissipés au bout de deux heures, reprirent une heure après avec une grande intensité ; tandis que 5 centigrammes (1 grain) d'extrait de Belladone, administrés à un chien de même âge, produisirent, à la vérité, les mêmes symptômes en une demi-heure; mais, trois heures après, l'animal était complètement remis. -La même dose d'atropine et d'hyosciamine qui, suivant M. Reisinger, a les mêmes propriétés, donnée à de jeunes lapins, n'eut pas le moindre effet sur eux. (Med. und chir. Zuetung, et Archives génér., t. XVIII, p. 300).

L'usage que l'on fait de la Belladone en thérapeutique et de fréquentes méprises ont donné souvent l'occasion d'étudier les effets physiologiques et toxiques de cette plante et de ses préparations chez l'homme. A petite dose, sur quelque surface organique qu'on l'applique, sur la peau qui entoure l'orbite, sur la conjonctive, sur la plaie d'un vésicatoire, ou introduite dans l'estomac, la Belladone produit la dilatation de la pupille ; effet qui peut avoir lieu sans auoun dérangement des fonctions. Comme l'a remarqué M. Ghristison (Treatise on poisons), la dilatation qui est produite par l'application de la Belladone aux environs de l'œil n'est pas souvent accompagnée de trouble de la vue; une expérience du docteur Ehlers sur lui-même confirme cette observation (traduct. mém. d'Himly), tandis que la vue est communément obscurcie lorsque la Belladone, introduite à l'intérieur, a amené cette dilatation, quelquefois même il y a cécité complète : cet effet sur les yeux peut persister pendant un, deux ou trois jours et même davantage. Contrairement à l'assertion de quelques physiologistes, de M. Ségalas entre autres (Arch., t. XIII et XIV), M. Demours afiirme n'avoir jamais vu la Belladone agir sur celui des yeux auquel elle n'avait pas été appliquée. Peut-être cet effet sur un seul œil, qui démontre, d'ailleurs, l'action directe de la substance, n'a-t-il lieu que dans les cas où la petite quantité du médicament employé fait qu'il n'en a pas été absorbé assez pour influencer les deux yeux à la fois.

M. Brandes rapporte que la seule vapeur de la dissolution d'atropine ou des sels d'atropine occasionne la dilatation de la pupille, un violent mal de tête, des vertiges, des douleurs dans le dos et des nausées. Ayant goû*té une petite quantité de sulfate d'atropine, qu'il trouva plutôt salé qu'amer,

m MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS.

il éprouva un embarras dans la tête, un tremblement de tous les membres, des alternatives de chaleur et de frisson, une violente tension de la poitrine avec difficulté de respirer, faiblesse du pouls; le mouvement du cœur n'était presque plus sensible. Les principaux symptômes se calmèrent au bout d'une demi-heure.

À une dose un peu plus forte, la Belladone produit, outre la dilatation constante des pupilles, des nausées, quelques vertiges, et même du délire qui peut durer pendant douze et vingt-quatre heures sans avoir rien d'inquiétant : c'est ce qu'on a observé quelquefois lorsque, dans un but thérapeutique, on a porté trop haut, dès le commencement, la dose médicamenteuse, ou qu'on l'a trop vite dépassée, et, dans certains cas, par l'effet seul de la susceptibilité individuelle. Enfin, nous ne devons pas Omettre l'effet produit sur la vessie qui, dans quelques cas, est évidemment à demi-paralysée.

Les effets que produit la Belladone portée à une dose toxique diffèrent, non-seulement suivant les individus , mais suivant beaucoup de circonstances, telles que la quantité de poison introduit dans l'économie animale, la voie par laquelle il y a été introduit, les médications employées pour combattre les accidents, etc.; ce sont les baies, qui ont été, dans le plus grand nombre des cas, l'occasion des empoisonnements: et c'est par les voies digestives que le poison a été le plus souvent introduit. Dans un cas , la poudre , à la dose de 2 grammes 35 centigrammes (ÂA grains), a été la cause des accidents (Obs. de M. Jolly, Nouv. biblioth. méd., t. III, et Archiv. gén., t. XVIII, p. 92). D'autres fois c'est en lavement que le poison a été ingéré. 50 centigrammes (10 grains) d'extrait ordinaire, administrés de cette manière., produisirent tous les symptômes de l'empoisonnement (fi.ust's Mag. fur die Ges. Heilk., t. XXV, p. 678). M. Gouty de la Pommerais a rapporté une observation où deux lavements, contenant chacun 53 centigrammes (10 grains) d'extrait, déterminèrent des accidents terribles (Archiv. gén., t. XVII, p. 107). Enfin, une décoction d'herbe de Belladonne , de jusquiame et de pavot noir, donnée en lavement, donna lieu à l'empoisonnement chez deux individus (Observ. de M. Sarlandière, Journ. univ. des se. méd., t. XXII, p. 239).

D'après les faits observés , les symptômes qui se sont manifestés sont les suivants : nausées qui ne sont pas toujours suivies de vomissements , sécheresse de la bouche , et constriction du gosier; embarras de la tête , céphalalgie, vertiges, éblouissements , dilatation extrême et immobilité des pupilles, le plus souvent en même temps confusion de la vue , et quelquefois cécité complète , au point que l'œil peut être insensible à la lumière la plus éclatante ; tuméfaction et rougeur de la face; globe de l'œil injecté et saillant, regard fixe, hébété ou hagard, quelquefois ardent et furieux: hallucinations; délire léger d'abord , puis plus intense, ordinairement gai ou marqué par des extravagances, des gesticulations nombreuses et ridicules, des ris immodérés ou une loquacité intarissable; dans quelques cas, comme dans l'observation de M. E. Gaultier

de Claubry, relative aux cent cinquante soldats , il y a aphonie ou articulation pénible de sons confus; Franck dit avoir vu un individu aphone pour avoir pris une simple décoction de feuilles de Belladone. Quelquesuns des soldats observés par M. Gaultier étaient hébétés , mais la majeure partie étaient gais et folâtres : la plupart éprouvaient sans doute quelque illusion visuelle; car ils cherchaient continuellement à saisir quelque chose sur les habits de leurs camarades ou des assistants. Chez F un des malades dont M. Sarlandière rapporte l'observation, le délire eut quelque chose de singulier ; ce fut un véritable état de somnambulisme ; pendant vingt-quatre heures cet homme fut insensible à tous les objets extérieurs, occupé uniquement à faire tous les gestes de son état de tailleur, comme s'il eût travaillé réellement ; plus tard il eut des hallucinations, parlant comme s'il eût suivi une conversation avec un interlocuteur. C'est à tort qu'on a affirmé que le délire produit par la Belladone était toujours gai et qu'il ne dégénérait jamais en fureur : plusieurs faits démentent cette assertion. Boucher dit, dans l'une des observations qu'il rapporte (Ancien Journ. de méd., t. XXIV), qu'un enfant fut pris de convulsions et de fureur qu'on avait peine à contenir. Murray parle de quatre enfants empoisonnés par des baies qui, en moins d'une demi-heure, furent pris d'un délire gai, et peu après de mouvements convulsifs. L'un d'eux tomba dans un délire furieux avec grincements de dents : la fureur continua même après le vomissement (Apparat, med.).

Il survient très-rarement des convulsions partielles ou générales. Chez un enfant dont Munniks a donné l'histoire ( extrait de la dissertation de Munniks, Journ. gén. de méd., t. XXIV, p. 228), il y avait état convulsif de la mâchoire , des muscles de la face et des extrémités , et plus tard rigidité de l'épine. Chez le tailleur dont nous avons parlé précédemment, l'état de somnambulisme fut précédé d'une roideur tétanique pendant quelques moments. Plus souvent il y a faiblesse , lipothymie , abattement extrême , soit que cet état alterne avec l'agitation ou des spasmes , soit qu'il n'y ait que délire. Plusieurs des soldats observés par M. Gaultier de Claubry se tenaient difficilement ou ne pouvaient se tenir debout; il y avait flexion fréquente du tronc en avant, des mouvements continuels des mains et des doigts : ces derniers mouvements ont été souvent remarqués dans d'autres observations. Ensuite il se manifeste un assoupissement et une stupeur plus ou moins prononcés, et se prolongeant pendant plusieurs heures. Sage cite un cas dans lequel le coma a duré trente heures (Moyens de remédier aux poisons végét.). Dans quelques cas il n'y a aucun symptôme de stupeur.

Les autres phénomènes observés dans les empoisonnements par la Belladone sont moins importants et n'existent pas tous au même degré : telles sont la sécheresse et la chaleur du gosier, qui s'observent presque toujours, et qui quelquefois semblent s'étendre à tout le conduit digestif; la difficulté et même l'impossibilité d'avaler, la soif, les sueurs abondantes, la chaleur de la peau : chez l'individu dont M. Joly

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a rapporté l'observation, il y eut un érythème général. Cette éruption, qui rappelle assez bien celle qui caractérise la scarlatine, a- été signalée par un certain nombre d'observateurs. Dans quelques cas aussi on a observé des éruptions aphtheuses au gosier qui succédèrent au narcotisme ( obs. de Sage) et au délire (obs. de Munniks). Pouls tantôt vif et accéléré , tantôt faible et irrégulier, d'autres fois fort et fréquent , principalement quand il y a congestion sanguine manifeste vers la tête ; quelquefois les battements du cœur sont tumultueux, la respiration courte, précipitée , quelquefois irrégulière et oppressive , stertoreuse pendant la période de stupeur. Deux jeunes enfants qui s'empoisonnèrent avec des baies , et dont l'observation curieuse a été consignée par M. A. Smith dans le Journ. de chim. méd., t. III , p. 586, présentèrent une toux croupale. Nous avons déjà parlé de l'aphonie. Chez deux enfants observés par M. KoestleT, de Vienne, qui, après avoir mangé des baies, éprouvèrent le délire propre à la Belladone , sans fièvre , sans altération de la circulation , sans congestion sanguine générale ou locale , la voix était frêle et enrouée, il y avait aversion pour tout liquide, et des symptômes spasmodiques se manifestaient lorsqu'on voulait les forcer à avaler quelque chose. On observa en outre une excitation particulière des organes génitaux, marquée par des érections , de fréquents attouchements et une émission involontaire d'iirine (Bullet. des se méd., t. XXVIII, p. 56). Assez souvent constipation et méléorisme du ventre : chez le malade de Munniks ces deux symptômes, dont la disparition avait été accompagnée d'amélioration, se montrèrent de nouveau en même temps que le délire. Des déjections alvines n'ont lieu le plus souvent que par les lavements ou les potions purgatives que Ton administre. Quelquefois, suivant ce qu'a signalé M. G. de Claubry, il y a un faux besoin d'aller à la garde-robe. Le malade cité de Sage rendit du sang par les selles. Chez un idiot, qui n'éprouva que de médiocres accidents après avoir mangé plus d,e 30 baies, il y eut une évacuation alvine (Gazette de Santé, an xni, et Orfila, Toxicol. gén.). Enfin, dans quelques cas, on a remarqué de la strangurie et la suppression d'urine (obs. citée de Jolly, et cas rappelé par M. Christison, d'après Wilmer, Onveget. poisons, p. 17).

Les symptômes que nous avons indiqués comme appartenant à l'empoisonnement par la Belladone n'existent pas tous à la fois, ainsi que nous l'avons va. Les principaux d'entre eux, tels que les nausées, le vertige, le délire, les spasmes, l'assoupissement, se succèdent ou alternent entre eux : le temps auquel ils surviennent est assez variable. L'assoupissement, qui suit quelquefois le délire, se montre après un assez court intarvalle , comme le constate l'observation de M. Munniks et plusieurs autres. La même observation montre le délire reparaissant après avoir cessé. Dans quelques cas ce symptôme, qui d'ordinaire arrive assez près de l'invasion, ne se manifeste qu'assez longtemps après. Dans l'un des cas décrits par M. Brunwell (Lond. Med. obs. and. inquir., t. VI, p. 223), le délire ne parut que trois jours après l'empoisonnement.

Malgré la gravité des symptômes, l'empoisonnement par la Belladone est rarement mortel. M. Gigauït, médecin à Pont-Croix, département du Finistère, écrivait en 4828 à l'Académie de médecine que dans le pays qu'il habite, et où croit beaucoup de Belladone, il a vu souvent des empoisonnements par le fruit de ce végétal , que les habitants appellent guignes de côtes; que néanmoins depuis trente ans qu'il pratique il n'a vu personne en mourir (Arch.,t. XVTII, p. 294). Les accidents, après avoir duré communément pendant un, deux ou trois jours, disparaissent, remplacés ou non par un état fébrile éphémère, et les malades souvent n'ont pas le souvenir de ce qui s'est passé.

Dans quelques cas la cécité persiste après la cessation de tout trouble des fonctions cérébrales; Chez les deux enfants dont parle M. A. Smith, les yeux furent aussi insensibles pendant trois jours à la lumière la plus vive ; en même temps il y avait une grande altération et quelques secousses convulsives. En général, la dilatation des pupilles ne se dissipe que longtemps après tous les autres symptômes. On a vu même divers accidents nerveux, tels que des vertiges, des tremblements, du trouble dans la vision, persister pendant trois ou quatre semaines [Rust's Mag. fur die gesam. Heilkunde., t. XXI, p* 550).

Plusieurs faits fournissent cependant l'exemple d'une terminaison fatale, arrivée par les progrès de l'état comateux. Ainsi, un grand nombre des soldats dont parle M. Gaultier de Claubry ont succombé; mais il est à remarquer que ces soldats ne reçurent aucun secours, qu'ils étaient exténués par la faim et la fatigue depuis plusieurs jours, qu'enfin ils furent exposés au froid et à l'humidité pendant qu'ils étaient en proie à l'intoxication. D'autres individus, toutefois, et surtout des enfants, qui n'étaient pas dans ces conditions défavorables, succombèrent.

L'examen des cadavres, dans le petit nombre de cas où il a été fait, n'a donné que peu de lumière sur les causes organiques de la mort : il est dit seulement que sur le cadavre d'un enfant qui était mort le lendemain du jour où il avait mangé des baies, on trouva trois plaies à l'estomac, le cœur livide et le péricarde sans sérosité (Hist. de VAcad. des se, ann. 4703, p. 69). Dans un cas que rapporte Faber {de Strychnornaniâ, obs. 2), on a seulement noté que le ventre était tendu, gonflé, que l'estomac était parsemé de taches gangreneuses. Un autre cas, dont parle M. Christison comme ayant été fourni par M.Gmelin [Geschichte der Pflanzengisten, p. 538), est celui d'un berger qui mourut dans le coma, douze heures après avoir mangé des baies de Belladone. Sur le cadavre, qui avait un commencement de putréfaction, on trouva les vaisseaux de la tête gorgés : le sang était tout fluide ; il s'en écoulait avec abondance de la bouche, du nez et des yeux.

Il nous serait difficile, d'après ces données si minces d'anatomie pathologique, et même d'après celles plus complètes que fournissent les expériences sur les animaux, d'apprécier le mode d'action de la Belladone. Les symptômes gastriques observés pendant la vie., elles altérations trouvées

dans les viscères digestifs des animaux sacrifiés,, ne dénotent pas que ce poison ait une influence bien irritante sur les organes avec lesquels il est en contact. Quant aux autres symptômes, qui paraissent dus à une modification du cerveau, leur condition organique est couverte d'un voile épais, comme tout ce qui tient à celle du délire et du narcotisme.

Le traitement de l'empoisonnement par la Belladone ne diffère en rien de celui qui convient pour les empoisonnements par les autres substances stupéfiantes ; ce sont des émétiques, des lavements purgatifs, quand il y a chance d'évacuer une partie du poison. Il est à remarquer que l'estomac est souvent réfractaire à des doses très-fortes de tartre stibié : ce sont des acidulés, la décoction de café, des dérivations aux extrémités inférieures pour combattre les symptômes de stupeur, des bains frais ou tièdes contre l'agitation et le délire; ce sont enfin des saignées générales ou locales, quand la congestion sanguine de la tête est menaçante. En général, les accidents ont diminué lorsque la constipation a pu être surmontée : c'est une raison d'insister sur les lavements laxatifs et salins. L'empoisonnement par la Belladone a été rarement produit dans des intentions criminelles ; il est presque toujours l'effet d'une méprise. Toutefois, Gmelin (ouvr. cit., p. 527) parle de deux faits de ce genre : dans l'un la mort fut donnée à l'aide du jus de baie mêlé à du vin ; dans l'autre, ce fut une vieille femme qui imagina de faire prendre une décoction de bourgeons de Belladone à un individu, dans le but de commettre un vol pendant qu'il serait assoupi. Dans le cas où un empoisonnement de cette nature serait l'objet d'une enquête médicale, les symptômes, le caractère même du délire si singulier, ne suffiraient pas pour constater le délit; ils pourraient tout au plus mettre sur la voie. C'est à tort , comme nous l'avons dit, qu'on a prétendu que le délire produit par la Belladone avait un caractère particulier que ne présentait pas celui qui survient dans l'empoisonnement par la pomme épineuse et la jusquiame; et il n'est pas exact de dire que dans l'empoisonnement par ces deux-, dernières plantes on observe plus souvent le délire furieux qu'après l'empoisonnement par la Belladone.

Si l'empoisonnement avait été produit, par les baies de la Belladone, qui sont réfractaires à l'action digestive de l'estomac , il se pourrait faire que des débris ou des baies entières se trouvassent dans les matières des vomissements ou des selles, même assez longtemps après qu'elles auraient été avalées, deux ou trois jours, par exemple. Quant? aux autres préparations , rien ne permettrait d'en constater l'introduction dans l'économie animale. Toutefois, M. Runge , de Berlin, a proposé un moyen pour découvrir cet empoisonnement. D'après ses expériences , dont le résultat se trouve exposé dans un mémoire communiqué à l'Académie des sciences en 1824, la Belladone , la jusquiame et le datura stramonium sont les seules substances qui , appliquées sur l'œil d'un chat , déterminent la dilatation de la pupille. L'action de ces trois végétaux est encore la même lorsqu'on les a mêlés avec des matières animales et que le mélange s'est

putréfié. 11 y a plus : l'urine d'un lapin que l'on avait nourri pendant huit jours avec ces végétaux frais , appliquée sur l'œil des chats , agissait de la même manière. Les excréments trouvés clans le rectum de cet animal , ayant été traités par l'eau , donnèrent un liquide qui opérait une dilatation beaucoup moindre. Le sang tiré des poumons et de la bile était sans action sur l'œil (Orfila, Toxic.gén., t. II, p. 149, 3e édit.). Mais, comme le remarque avec raison Orfila, qui a reconnu l'exactitude d'une partie de ces expériences , on n'osera jamais affirmer qu'il y a eu un empoisonnement par la jusquiame, la Belladone ouïe datura stramonium, parce que les matières du canal digestif ou les fluides des sécrétions auront dilaté la pupille du chat. Tout au plus on regardera ce fait comme propre à établir quelques probabilités d'empoisonnement, si les symptômes et les lésions sont de nature à faire croire qu'il a pu avoir lieu.

Effets thérapeutiques de la Belladone.

L'histoire médicale de la Belladone est fort obscure. On ignore aujourd'hui si nous devons attribuer à cette plante ce que les anciens ont écrit du strychnos manicos, et ce que, dans un temps plus rapproché de nous, on a dit de la mandragore, et en général des plantes connues sous le nom commun à' herbes aux sorciers.

Les propriétés vénéneuses de la Belladone étaient depuis longtemps connues des empoisonneurs et des magiciens italiens; mais ce n'est guère que vers la fin du dix-septième siècle que nous trouvons quelques traces de l'emploi thérapeutique de cette plante. Longtemps les vertus précieuses de la Belladone et des autres solanées vireuses restèrent dans le domaine exclusif des empiriques et des prétendus sorciers; il est impossible que des propriétés aussi actives n'aient pas été exploitées par la cupidité et par l'ignorance avant que les médecins s'en soient occupés.

Munch (HannonMagaz., an. 1767, p. 1011 , et an. 1769, p. 195) raconte qu'une femme de la campagne de l'électorat de Hanovre employait la Belladone contre le cancer et les tumeurs en général dès l'année 1683, et que, plus de cent ans auparavant, on employait dans le même pays, et contre la même maladie , un onguent dans la composition duquel entrait la Belladone.

Le premier ouvrage authentique publié sur la matière est de Melchior Frick [Friccius, Paradoxa de Venenis. August. Vind. , 1710). Dans cet écrit remarquable et fort rare, et qui probablement fut connu de Stoerck, l'auteur cite de nombreuses cures obtenues par lui avec le sublimé cor- ' rosif, l'arsenic, l'aconit, la jusquiame, la Belladone, la ciguë, etc., etc. ( Voy. Harles, de Arsenici usu in medicinâ, Nuremberg, 1811, p. 65). Si l'on en croit Murray (Apparat. medicam.,t, I, p. 634), un certain Brumen est le premier médecin qui, au commencement du dix-huitième siècle , usa contre les tumeurs cancéreuses d'une préparation de Belladone. Ce secret fut par lui transmis à un médecin de Wiesbaden nommé Spaeth, mort en 1775.

58 iMÊDICAMENTS STUPÉFIANTS.

Cependant, dans un ouvrage de thérapeutique publié en 1725 [Conspect. therap. gênerai., 1725, p. 491), Junker parle de cet arcane que Spaeth lui avait fait connaître. Michel Alberti, en 1739, publia une dissertation sur la Belladone, comme spécifique du cancer occulte. Dans la collection des thèses de Haller (t. II, n° 41) il est encore question du même moyen employé dans la même circonstance. Enfin, dans tous les recueils publiés pendant la dernière moitié du dix-huitième siècle , l'efficacité de la Belladone dans le traitement du cancer est constatée par un grand nombre de faits plus ou moins authentiques. Cette même période a vu publier aussi un grand nombre de faits contradictoires.

Il est évident que toute la difficulté roulait sur le peu de précision du diagnostic; ce n'est guère que depuis le commencement de ce siècle que l'on a appris à distinguer les tumeurs cancéreuses des autres tumeurs que l'art et la nature guérissent avec facilité ; et aujourd'hui on est bien d'accord sur ce point, savoir : que l'on calme évidemment, par l'emploi local ou interne de la Belladone, les douleurs les plus aiguës du cancer, mais que peut-être jamais, par ce moyen, on n'a guéri une véritable tumeur carcinomateuse. D'un autre côté, il est incontestable que les applications extérieures de Belladone soulagent rapidement les douleurs dont certaines tumeurs inflammatoires sont souvent le siège, et amènent, dans un temps plus ou moins long, la résolution de ces mêmes tumeurs. Ainsi s'expliquent les dissidences qui ont éclaté sur ce sujet entre les praticiens des derniers siècles, dissidences qui ont eu lieu également pour la ciguë, le datura, l'aconit, etc.

Les propriétés stupéfiantes de la Belladone, que de nombreux empoisonnements avaient permis de constater, engagèrent les médecins à user de cette plante comme succédanée de l'Opium. D'autres propriétés spéciales, que le hasard seul a fait découvrir, ont augmenté encore les ressources thérapeutiques que cette plante précieuse offre à ceux qui savent s'en servir.

La Belladone fut d'abord administrée comme somnifère, et si quelque chose doit étonner, c'est que tous les auteurs de matière médicale vantent encore ses vertus hypnotiques. Or, il résulte des nombreux essais que nous avons tentés chez l'homme, que la Belladone appliquée à l'extérieur, ou donnée à l'intérieur, sous quelque forme que ce soit, loin de produire le sommeil, cause le plus souvent une exaltation nerveuse extraordinaire, pourvu que les doses aient été un peu élevées : il est vrai que chez certains malades, que de violentes douleurs empêchaient de dormir, la Belladone rend souvent le sommeil; mais il y a ici un effet thérapeutique complexe, et il est plus conforme à l'analogie d'attribuer le sommeil à la cessation de la douleur qu'à la vertu assoupissante de la Belladone.

Nous n'hésitons pas à dire, et cela pour l'avoir constaté par de très-nombreuses expériences , que , de tous les médicaments employés contre le symptôme douleur, il n'en est pas qui nous ait semblé plus constamment efficace que la Belladone.Maisiciilfaut soigneusement distinguer, car, dan s

les douleurs internes, l'opium est ordinairement plus utile; mais il n'en est plus de même pour les douleurs extérieures.

Névralgies. A l'intérieur, la Belladone a été souvent employée dans le traitement des névralgies; on l'a donnée sous forme de poudre, d'infusion, de décoction, d'extrait, de teinture : ce moyen réussit évidemment. Dans les névralgies, nous l'administrons ordinairement de la manière suivante : nous faisons préparer des pilules de 1 centigramme (4/5 de grain) d'extrait, et nous en ordonnons une toutes les heures jusqu'à ce qu'il se manifeste des vertiges. Ordinairement les douleurs sont déjà diminuées ; il convient alors d'éloigner les doses, car on verrait bientôt se manifester du délire, qui, pour n'avoir rien de grave, n'en doit pas moins être évité , à moins que la douleur ne puisse être calmée autrement. Nous continuons ainsi pendant plusieurs jours, jusqu'à ce que le malade n'éprouve plus aucun accident névralgique. C'est surtout dans le traitement de la névralgie de la face que nous avons fait usage de ce moyen. Il ne nous a pas à beaucoup près aussi bien réussi dans la sciatique. Nous devons dire que, même pour les névralgies de la face, la Belladone seule n'a pas toujours suffi à la complète curation, et qu'il a été quelquefois nécessaire, pour prévenir le retour de la maladie, de donner de fortes doses de sulfate de quinine ou de préparations martiales. Toutefois, dans les névralgies fugaces, il est inutile d'avoir recours à ces derniers moyens.

Mais quand le nerf malade est situé superficiellement, les applications de Belladone sur la peau revêtue de son épiderme ont une efficacité incontestable. Nous avons vu plusieurs névralgies sus-orbitaires guéries dans l'espace d'une demi-heure par l'application de l'extrait de Belladone sur l'arcade sourcilière ; et quand la maladie était périodique , chaque accès était facilement prévenu en usant préalablement du même moyen. Que si, malgré l'absence de la douleur, le malade éprouvait néanmoins le malaise qui ordinairement accompagne le paroxysme, la quinine terminait tout. Le même moyen réussit assez bien encore pour calmer les névralgies temporales ; mais il échoue souvent quand le mal occupe le nerf maxillaire inférieur ou le sous-orbitaire, ce qui tient sans doute à la plus grande profondeur où ces nerfs se trouvent placés. Jamais, par ce moyen, nous n'avons pu calmer de douleurs sciatiques.

Le mode d'application auquel nous avons recours le plus souvent est le suivant : nous avons fait préparer de l'extrait de Belladone à consistance demi-liquide, en y ajoutant quelques gouttes d'eau, et nous en faisons frictionner la peau au point où la douleur se fait le plus vivement sentir, avec 10, 12 et jusqu'à 36 grains (50 centigrammes à 2 grammes). Dès que l'extrait se sèche par la chaleur de la peau, on l'humecte avec quelques gouttes d'eau. Cette friction est continuée pendant vingt minutes ou un quart d'heure. Cela fait , nous recouvrons la partie d'une compresse humide Sans enlever l'extrait. Nous recommençons cette opération toutes les heures jusqu'à ce que les douleurs soient calmées; puis nous laissons quatre, cinq et jusqu'à douze heures d'intervalle dès que les paroxysmes

60 MÉDICAMENTS STUPEFIANTS.

ont entièrement cédé. Il est important défaire deux fois par jour des frictions de ce genre, pour prévenir plus sûrement toute récidive. On réussit souvent aussi en appliquant des compresses imbibées de teinture alcoolique de Belladone.

Quand la névralgie occupe le rameau sus-orbitaire, et même les rameaux temporaux superficiels, ces frictions suffisent le plus ordinairement; mais quand elle a pour siège le tronc sous-orbitaire et les branches du maxillaire inférieur, il convient de faire frictionner les gencives et la face interne des joues. Il faudra recommander aux malades de ne pas avaler l'extrait dont ils se servent. Dans ce cas l'absorption à la surface de la membrane muqueuse est probablement plus immédiate et plus complète.

Lorsque la névralgie occupe le cuir chevelu, ce qui malheureusement est fort commun, il n'est pas possible d'appliquer l'extrait de Belladone sans raser la tête en totalité ou en partie, et peu de malades se décident à ce sacrifice. Nous avons recours alors au moyen suivant : nous faisons préparer une décoction de 30 grammes (1 once] de feuilles, de tiges ou de racine de Belladone dans 1 kilogramme (2 livres) d'eau; nous imbibons les cheveux de cette décoction, et nous recouvrons la partie douloureuse d'une compresse très-épaisse imbibée de la même manière; puis nous engageons le malade à envelopper sa tête d'un bonnet de toile cirée. Par cette médication si simple nous avons, chez plusieurs personnes, fait disparaître des douleurs névralgiques qui duraient depuis longtemps. La teinture de Belladone est aussi efficace.

Les moyens que nous venons d'indiquer réussissent quelquefois assez bien dans le traitement de la migraine ou de la céphalée, pourvu toutefois que ces maladies ne tiennent pas à une syphilis constitutionnelle, ou à quelque lésion organique de l'encéphale.

L'insuffisance de la Belladone appliquée sur la peau dans le traitement des névralgies profondes nous paraissait dépendre de la difficulté de l'absorption. Nous résolûmes alors de mettre l'extrait de la plante en contact avec le derme dénudé. Cet essai fut couronné du plus grand succès, et plusieurs sciatiques récentes traitées par ce moyen furent guéries en quelques jours. Quand cette névralgie datait de plusieurs mois, les douleurs ne se dissipaient pas entièrement, et nous eûmes alors recours au moyen suivant : entre le grand trochanter et l'ischion, nous faisions à la peau une incision qui pénétrait jusqu'au tissu cellulaire graisseux, et, dans cette espèce de cautère, nous introduisions, en guise de pois, des bols de grosseur variable qui contenaient de 5 à 25 centigrammes (1 à 5 grains) de poudre de Belladonne, à laquelle nous ajoutions une certaine quantité d'extrait d'opium, du mucilage de gomme adragant et un peu de poudre de Gayac: les bols étaient maintenus à l'aide d'un bandage approprié. Cette médication, la plus constamment utile que nous ayons employée dans le traitement de la sciatique, réunit les avantages du cautère et ceux des applications stupéfiantes.

La dose d'extrait de Belladone que l'on peut mettre sur la surface des

vésicatoires ne doit pas dépasser 30 centigrammes (G grains), et il convient de commencer par une moindre quantité; autrement, on voit survenir du délire et quelques-uns des accidents propres à l'intoxication par les solanées vireuses.

Il est une chose dont on doit prévenir les praticiens : c'est que l'application de l'extrait de Belladone sur le derme dénudé cause de très-vives douleurs. Pour y obvier, nous avons l'habitude d'enduire d'extrait un morceau de toile fine que nous appliquons du côté où nous n'avons pas mis l'extrait. Nous recouvrons le tout d'un morceau de sparadrap agglutinatif. L'extrait se dissout ainsi peu à peu et ne cause aucune douleur.

Colique de plomb. L'efficacité, bien constatée par Stoll, de la jusquiame dans le traitement de la colique de plomb, et l'identité d'action de cette plante avec celle de la Belladone, engagea M. le docteur Malherbe, de Nantes, à essayer la Belladone dans le traitement de cette affection si douloureuse, et les faits qu'il a publiés en 1850 dans le Journal de médecine et de chirurgie, rédigé par M. Malgaigne, démontrent l'efficacité de cet héroïque remède. — La Belladone peut, dans ce cas, être donnée à doses beaucoup plus élevées que dans des maladies non douloureuses. Sous l'influence de cet agent thérapeutique, le plus grand nombre des malades éprouvent du soulagement du premier au troisième jour; la guérison est obtenue du sixième au onzième. — On commence par 5 centigrammes d'extrait unis à 10 centigrammes de poudre de racines de Belladone; on augmente s'il n'y a pas d'effets toxiques ou thérapeutiques produits; on diminue dans le cas contraire. Conjointement on donne chaque jour un ou deux lavements avec 2 à 5 centigrammes d'extrait, et l'on fait des onctions sur le ventre avec une pommade belladonée.

La colique nerveuse des pays chauds, si fréquente sur les marins gui naviguent entre les tropiques, et sur laquelle M. le docteur Foussagrives a publié un travail fort intéressant dans les Archives générales de médecine (oct. 1852), a été traitée par lui à l'aide de la Belladone avec un succès qu'il ne saurait proclamer trop haut. Ce médicament précieux n'exclut pas d'ailleurs l'emploi des purgatifs, qui ne doivent être donnés que quand les douleurs sont calmées.

Douleurs. Dans les maladies douloureuses, quelle que soit d'ailleurs leur nature, il est souvent fort important de calmer la douleur; et dès que ce symptôme a disparu, les autres accidents se dissipent sans peine. Ceci, par exemple, s'applique aux fissures de l'anus, aux crevasses hémorrhoï- ' dales. Une pommade composée de 4 grammes (1 gros) d'extrait de Belladone sur 8 grammes (2 gros) d'axonge ou de cérat, est le meilleur topique que l'on puisse employer dans ce cas. Mais si l'on croit convenable d'introduire dans le rectum des mèches enduites de ce médicament, la dose devra être fort modérée; autrement on courrait risque de voir se développer des symptômes cérébraux assez graves.

Dans l'arthritis aigu, dans la goutte, lorsque ces deux maladies ont leur siège dans une articulation environnée de peu de parties molles, nous

m MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS.

avons pu calmer les douleurs les plus atroces par l'application d'un cataplasme ainsi composé : mie de pain, quantité indéterminée; eau, quantité suffisante; quand le cataplasme est cuit, on y ajoute -40 à 400 grammes d'alcool camphré, et à la surface, on étend une couche de bouillie faite avec 10 grammes d'extrait de Belladone, 5 gram. d'opium, Ifrgram. de camphre en poudre. — Le cataplasme doit être tellement épais qu'il conserve, sur la table, la forme du vase dans lequel on l'a fait cuire; cette condition est de rigueur. Le cataplasme est enveloppé de flanelle et de taffetas ciré, et peut rester appliqué 8 à 10 jours sans s'altérer. Nous avons, par ce moyen, guéri en peu de temps des inflammations très-graves du geiiou qui avaient amené une flexion complète de la jambe sur la cuisse.

De simples cataplasmes faits avec la décoction de 30 grammes (1 once) de Belladone dans 1 kilogr. (2 livres) d'eau, et de la farine de graine de lin, soulagent efficacement les douleurs que causent les abcès superficiels, certaines affections de la peau, les cancers ulcérés, les phlegmasies du testicule, l'inflammation blennorrhagique du bulbe de l'urètre. Dans cette dernière maladie, on obtient plus d'avantages des frictions faites le long du canal avec l'extrait pur.

Nous avons pour habitude, dans les otalgies, de faire dans l'oreillle des injections avec une décoction de Belladone, et de faire porter ensuite un morceau de coton imbibé de baume tranquille : or, on sait que le baume tranquille n'est autre chose qu'une décoction de plantes vireuses dans l'huile. Dans les douleurs de dents, on soulage rapidement les malades en plaçant dans la dent cariée 2 centigrammes et demi (i demi-grain) d'extrait de Belladone. Des lotions avec la teinture de Belladone sont un moyen très-efficace pour calmer les douleurs que laisse l'application des sinapismes.

Les douleurs névralgiques de l'utérus sont très-avantageusement combattues par l'usage de petits tampons de coton renfermant une pilule de 5 à 10 centigrammes d'extrait de Belladone et portés jusqu'au fond du vagin; le fil qui entoure le petit tampon reste à la vulve, et le tampon introduit le soir est retiré de même.

Rhumatisme, goutte. Enfin, dans la goutte et dans le rhumatisme articulaire, maladies si cruellement douloureuses, plusieurs praticiens ont employé avec succès l'extrait de Belladone ou de datura stramonium à l'intérieur. Ils donnent 1 centigramme et quart (un quart de grain) d'extrait toutes les heures ; le délire apparaît ordinairement le deuxième jour; ils continuent nonobstant, et quelle que soit la violence des ac-' cidents cérébraux, ils insistent sur le médicament jusqu'à ce que la douleur et la tuméfaction soient entièrement dissipées. M. le docteur Lebreton, qui a souvent mis en pratique cette médication hardie, nous a maintes fois répété que les rhumatismes aigus cédaient dans l'espace d'une semaine, et que jamais il n'avait vu les désordres cérébraux avoir la moindre conséquence fâcheuse. Sur la foi de ce praticien, nous avons tenté cette médication, que d'ailleurs Munch et Ziegler avaient

jadis préconisée (Murray, App. med., t. I, p. 649). Dans notre hôpital et dans notre pratique, nous avons administré la Belladone en poudre ou en extrait à des malades atteints de rhumatisme articulaire aigu. Le premier jour nous donnons de 25 à 40 centigrammes (5 à 8 grains) d'extrait en huit pilules, dans le courant des vingt-quatre heures* Chaque jour la dose est augmentée jusqu'à ce qu'il survienne un peu de délire ; nous restons alors à la même dose pendant trois ou quatre jours, puis nous la diminuons graduellement. En même temps, et cette précaution est de la plus haute importance, nous administrons chaque jour une dose de calomel et de jalap ou tout autre purgatif, de manière à tenir toujours le ventre relâché.

Au bout de quelques jours, l'amendement est très-notable, et ordinairement le rhumatisme aigu est guéri après douze ou quinze jours de traite ment. Quelquefois pourtant nous avons vu cette médication échouer complètement ; mais, par contre, nous avons vu quelques malades entièrement guéris le troisième, quatrième ou cinquième jour du traitement.

Il convient, quand les douleurs ont disparu, de donner encore pendant quelque temps des purgatifs qui préviendront plus certainement la récidive.

Ce que nous disons ici de la Belladone dans le traitement du rhumatisme s'applique également au datura stramonium, dont les doses doivent être moins élevées que celles de la Belladone.

Névroses. Pendant la dernière moitié du siècle dernier, la Belladone fut regardée comme un spécifique de l'hydrophobie, et Murray (Apparat med., t. I, p. 639) nous a fait connaître le résultat de nombreuses expériences tentées à ce sujet. Il est malheureusement vrai qu'aucune de ces expériences n'est concluante, et que la plupart sont apocryphes. De nos jours on a acquis la triste conviction de l'inutilité des moyens divers vantés jusqu'ici dans le traitement de la rage.

Épilepsie. Quand on s'est rendu compte de l'extrême difficulté de la curation de l' épilepsie, on est peu disposé à accueillir les faits de guérison que Ton attribue à la Belladone, comme à tant d'autres substances. Ce scepticisme toutefois ne doit pas dépasser certaines bornes, et l'on ne peut se refuser à croire aux témoignages de médecins graves. Greding (voyez Murray, Apparat, med., t. I, p. 646) a plusieurs fois administré la Belladone soit en poudre, soit en extrait, à des malades atteints d'une épilepsie simple ou compliquée de manie ; il n'en a pas guéri, mais il a singulièrement amendé les accidents. M. Leuret, à Bicêtre, et M. Ricard ont publié vingt-deux observations qui confirment celles de Greding (Gaz. méd., 1838, n° 12). Mais les deux Mùnch ont vu quelques cas de complète guérison, chez des individus qu'une frayeur subite, que la suppression du flux menstruel avaient rendus épileptiques, chez lesquels, par conséquent, la maladie semblait liée à une lésion cérébrale moins grave.

M. Bretonneau est le médecin qui, de nos jours, a manié la Belladone

avec le plus de persévérance et de succès. Il a, comme Greding, employé souvent ce médicament dans le traitement de l'épilepsie, et il est parvenu assez souvent à enrayer le mal, et quelquefois à le guérir complètement. Aujourd'hui que nous sommes arrivés à un âge assez avancé; et que, depuis près de trente ans, nous avons pu expérimenter, dans le traitement de l'épilepsie, la méthode de M. Bretonneau , cette méthode nous a paru être la moins inefficace que nous ayons jamais tentée ou vu tenter. Nous avons obtenu un certain nombre de guérisons solides; nous avons vu survenir dans beaucoup de cas une amélioration que nous n'aurions osé espérer, mais le plus souvent, avouons-le, la médication par la Belladone a échoué complètement.

La Belladone n'est donc pas, il s'en faut de beaucoup , le spécifique de l'épilepsie; mais elle rend plus de services que les sels d'argent, de cuivre et de zinc; ce qui n'empêche pas que, lorsqu'elle a échoué, nous ne recourions quelquefois avec un certain avantage à ces substances minérales.

Mais nous ne saurions assez dire que dans le traitement de cette névrose si grave et si rebelle, la patience de la part dn médecin et de la part du malade, sont la condition capitale. Une année suffit à peine pour connaître l'influence de la Belladone ; mais si, l'année d'après, il y a quelque amendement, il faut insister encore deux, trois, quatre ans, de manière à maîtriser le système nerveux.

On fait préparer des pilules contenant 1 centigramme d'extrait de Belladone et autant de poudre. — Le premier mois on en donne une , le matin, si les accès ont lieu surtout pendant le soir, ou bien, le soir, si les accidents surviennent plus particulièrement la nuit. Chaque mois on donne une pilule de plus, et quelle que soit la dose, on l'administre toujours au même moment. On arrive ainsi à donner 5, 10, 15, 20 pilules chaque fois; en n'ayant d'autres limites que la tolérance du malade et l'influence que le médicament exerce sur la maladie. — Si la Belladone est difficilement supportée, on n'augmente la dose que tous les 2, 3, 4 mois ; il en est de même si la névrose a été fortement modifiée.

Convulsions. Nous avons eu bien souvent à nous louer de la Belladone dans le traitement des maladies convulsives, mais surtout dans celui de l'éclampsie des enfants et des femmes en couches : nous ne comptons guère sur ce moyen au début des convulsions; mais lorsqu'elles se renouvellent plusieurs fois par jour et plusieurs jours de suite, la Belladone administrée à faible dose amène quelquefois des résultats inespérés.

C'est surtout dans les convulsions épileptiformes unilatérales ou partielles, que nous avons obtenu de bons résultats de ce médicament, lors même que ces convulsions étaient symptomatiques d'une grave lésion organique.

Tétanos. Le docteur Lenoir a publié, il y a quelques années, quatre faits de guérison de tétanos traumatique obtenue par l'emploi de la saignée, suivie de celui des bains de vapeur et de la Belladone à dose élevée. Il commence par de vigoureuses saignées, ot, immédiatement après, il fait

prendre matin et soir un bain de vapeur de deux heures au moins. En même temps il administre, dans le courant de la journée, des doses de Belladone pour amener un peu de stupéfaction. Il prolonge cette médication jusqu'au moment où les spasmes ont entièrement disparu et encore quelques jours par delà.

Paralysies. Des succès que M. Bretonneau avait obtenus dans des maladies convulsives où il y avait eu même de la paralysie l'engagèrent à tenter le même moyen dans le traitement de certaines paralysies, lors même qu'elles ne se compliquaient d'aucun phénomène spasmodique. Il a obtenu dans plusieurs cas de paraplégie une guérison aussi inespérée que peu explicable, et nous avons été témoins de quelques résultats auxquels nous étions loin de nous attendre. Mais lorsqu'il s'agit d'une hémiplégie, à moins qu'il n'y ait en même temps spasmes convulsifs, il n'obtient rien en général.

Incontinence nocturne de l'urine chez les enfants. Cette triste infirmité dont la cause prochaine est généralement si difficile à apprécier, a été traitée avec un succès bien extraordinaire par M. Bretonneau, et plus tard, par nous-mêmes et par d'autres praticiens qui avaient eu connaissance de cette méthode.

Il suffit de donner le soir, une heure avant que les enfants se couchent, 1 à 4 centigrammes de poudre et d'extrait de Belladone; il est rare qu'après une semaine de traitement, il n'y ait pas un amendement notable : on continue jusqu'à ce que l'incontinence ait cessé. On suspend alors pendant huit jours pour reprendre pendant quinze, cesser de nouveau, et recommencer chaque mois pendant huit jours, quelques mois de suite. La longue durée du traitement que nous indiquons ici est ordinairement superflue, mais pour assurer la guérison, pour prévenir certainement les récidives, il vaut mieux pécher par excès que par défaut de précautions; et il est d'autant plus facile de soumettre les enfants à cette médication en apparence énergique, que les enfants n'ont et ne peuvent avoir aucune répugnance à faire usage de la poudre et de l'extrait de Belladone, qui, euxmêmes à peu près insipides, peuvent être mêlés à du sucre en poudre. Dans certains cas rebelles, il faut porter la dose d'extrait et de poudre à 45 et 20 centigrammes en une seule fois, au moment de se mettre au lit ; en même temps on fait sur l'hypogastre des frictions avec une mixture aqueuse d'extrait de Belladone.

Si maintenant on cherche à expliquer le mode d'action de la Belladone dans l'incontinence nocturne de l'urine, chez les jeunes enfants et chez les adolescents, on voit d'abord que, ainsi que nous l'avons dit plus haut en parlant de l'action physiologique du médicament, la Belladone, prise à doses assez élevées, diminue la contractilité des libres musculaires de la vessie, propriété qui a été surtout mise en lumière par les expériences que M. le docteur Commaille a faites sur lui-même.

Lorsque l'incontinence nocturne a duré longtemps et qu'elle s'observe chez un adolescent, le traitement n'est pas, à beaucoup près, aussi simple. Il faut quelquefois, pendant un à deux ans, insister sur le remède ; ii. 5

en augmenter chaque mois les doses, comme nous avons recommandé de le faire dans le cas d'épilepsie, et continuer longtemps après que les accidents nocturnes ont entièrement cessé. Trop souvent nous avons vu l'incontinence revenir alors que, depuis un, deux, quatre mois, la guérison semblait assurée. Souvent aussi lorsque, pendant les premiers mois du traitement, la Belladone a enrayé le mal, il est opportun d'en cesser l'usage et de la remplacer quelque temps par des préparations de noix vomique.

Si "maintenant on considère que, ainsi que l'a constaté M. Bretonneau, ainsi que nous l'avons constaté nous-mêmes, la plupart des malades atteints de cette incontinence pissent, pendant le jour, avec une roideur extrême, tout en restant parfaitement capables de retenir leurs urines, on comprend que, pendant le sommeil, le sphincter vésical venant à se relâcher, alors que la vessie conserve une tonicité extraordinaire, les urines s'échappent involontairement, et la Belladone agit utilement ici précisément en diminuant cette tonicité exagérée du plan musculaire de la vessie.

Remarquons aussi que la Belladone, si efficace dans le traitement de l'incontinence nocturne de l'urine, est inutile et souvent même nuisible dans l'incontinence à la fois diurne et nocturne; aussi observe-t-on que, le plus souvent, chez les malades de cette dernière catégorie, le jet de l'urine est flasque, contrairement à ce que l'on voit chez ceux qui urinent seulement pendant le sommeil. Chez eux, les préparations de noix vomique sont plus particulièrement indiquées.

Gastralgie, entéralgie, constipation. Les préparations de Belladone sont encore bien souvent employées dans le traitement des gastralgies et des entéralgies. On doit surtout à M. Bretonneau d'avoir plus nettement que personne formulé l'indication de ce remède dans le cas qui nous occupe. Il proscrit la Belladone toutes les fois qu'il y a tendance à la diarrhée, et alors il lui préfère l'Opium; au contraire, lorsqu'il y a constipation, et c'est le cas le plus ordinaire, il fait prendre une très-petite quantité de Belladone, soit en mangeant, soit au moment où le malade se couche.

C'est de la même manière qu'il traite souvent la constipation, celle surtout que l'on observe chez les hypocondriaques et chez les femmes nerveuses .

Il est remarquable que certaines personnes dont les entrailles ne peuvent être émues que par les purgatifs les plus énergiques, sont sollicitées à aller chaque jour à la garde-robe par les doses de Belladone les plus minimes. Une, deux, quatre pilules contenant chacune 1 centigramme d'extrait et autant de poudre sont ordinairement suffisantes.. Quelquefois une simple cuillerée à café d'huile de ricin ou de magnésie, prise le soir, en sus de la Belladone, complète l'effet que l'on n'obtenait.pas avec celle-ci.

Lorsque les garde-robes sont régularisées et que chaque jour en se présentant, à la même heure, à la chaise, le malade obtient une évacuation, on suspend l'emploi de l'huile de ricin et successivement on diminue la dose de la Belladone, puis on en cesse l'usage.

On sait que bien des gens ne peuvent obtenir de garde-robes qu'après avoir fumé une pipe ou un cigare ; est-ce par le principe solanique commun que le tabac et la Belladone agissent contre la constipation?

Folie. L'espèce de parenté qui existe entre la rage et la folie engagea, dit Murray, à essayer la Belladone dans le traitement de cette dernière maladie. On fit des tentatives réitérées, et plusieurs auteurs ont proclamé d'assez nombreux succès; l'analogie, ce guide si sûr en thérapeutique, devait conduire à user de ce moyen dans le traitement de la folie, par cela même que la Belladone, prise à une dose plus élevée, produit une folie passagère ; car l'expérience a prouvé qu'une multitude de maladies étaient guéries par des agents thérapeutiques qui semblent agir dans le même sens que la cause du mal auquel on les oppose.

De nos jours, en effet, quelques expérimentateurs affirment s'en être bien trouvés, notamment dans les monomanies accompagnées d'hallucinations fixes. C'est de la même manière que M. Moreau (de Tours) a employé le datura stramonium (V. infrà).

Maladies des yeux. On avait facilement constaté que toutes les solanées vireuses avaient une propriété commune, celle de dilater la pupille. Cette dilatation, qu'il fallait attribuer au relâchement de l'iris, fut bientôt mise à profit par les chirurgiens dans les maladies des yeux, d'abord pour faciliter l'opération de la cataracte par abaissement ou par extraction, et ensuite pour s'opposer aux coarctations douloureuses de l'iris dans certaines ophthalmies. On peut aussi, par ce moyen, empêcher les bords de la plaie de l'iris de se réunir lorsque l'on avait pratiqué une pupille artificielle, et Himly propose l'emploi de la Belladone pour s'assurer si l'iris est adhérent, et pour empêcher cette adhérence, en suspendant de temps en temps son administration, afin de produire des resserrements et des dilatations alternatifs de l'iris (Mératetde Lens, Dict. de mat. méd., t. I, p. 492). Pour parvenir au but qu'ils se proposent , les chirurgiens emploient la Belladone de diverses manières : tantôt ils se bornent à faire sur la paupière et sur le sourcil de l'œil malade des frictions avec l'extrait, tantôt ils appliquent sur l'œil un cataplasme fait avec une décoction de Belladone; quelques-uns préfèrent instiller dans l'œil même de l'extrait ou du suc de la plante dissous dans de l'eau ; enfin d'autres aiment mieux donner dans un julep l'infusion de 50 à 75 centigrammes (10 à d5 grains) de feuilles. Ce dernier moyen est peut-être le plus sûr, et il n'est pas moins rapide que les autres. Parmi les remèdes employés pour combattre l'iritis, un de ceux auxquels la plupart des ophthalmologistes accordent une grande efficacité, c'est la Belladone ou le datura stramonium employés de la manière que nous venons d'indiquer,

D'autre part, M. A. Bérard et M. Tonnelle (de Tours) ont fait une trèsheureuse application de ce moyen au traitement de la cataracte. Non-seulement, à l'exemple de plusieurs chirurgiens , ils emploient la Belladone avant l'opération , mais encore ils en font usage lorsque l'opération est exécutée; et par là, outre qu'on agrandit le champ de la vision, on prévient

l'inflammation et les adhérences de l'iris, si communes et si fâcheuses après l'extraction ou l'abaissement du cristallin.

C'est principalement dans certaines affections de l'iris qui tendent à oblitérer la pupille, et à la suite de l'opération de la cataracte, que la Belladone, appliquée de cette façon, a produit les effets les plus remarquables.

Dans l'iritis membraneux, les adhérences étendues sous forme de rayons du bord de la pupille au centre du cristallin s'allongent peu à peu sous l'influence du remède, et'à des degrés qui varient selon leur consistance, et leur ancienneté.

La petite circonférence de l'iris devient inégale, anguleuse ; il s'y fo*me de petites courbes rentrantes, comme autant de petites pupilles partielles.

Les extrémités de ces courbes retenues par les adhérences membraneuses offrent alors, et quelquefois pendant un temps très-long, des saillies anguleuses qui peu à peu s'amincissent et disparaissent progressivement, tantôt par suite d'une sorte d'usure, tantôt par un véritable décollement.

Il n'est pas rare d'en voir les débris flotter au centre de la pupille, jusqu'à ce que l'absorption les ait complètement détruits. Nous avons vu quelquefois, dans ce cas, les points d'insertion de ces membranes à la capsule du cristallin, présentant déjà un commencement notable d'opacité, reprendre peu à peu leur transparence, et la vue se rétablir complètement.

Dans d'autres cas plus graves, où la pupille était presque entièrement oblitérée par des produits membraneux, M. Tonnelle a pu rétablir peu à peu cette ouverture, et, avec elle, la vision.

Dans ce cas, tantôt il se fait une petite dilatation partielle de la pupille dans un point de la petite circonférence de l'iris, d'où résulte une sorte de pupille annexe qui s'agrandit progressivement ; tantôt la toile membraneuse paraît s'amincir peu à peu vers son centre ; elle s'use , puis se déchire , ou bien se dissipe et se fond en quelque sorte graduellement comme un nuage.

C'est le plus souvent de cette façon que les choses se passent pour les fausses membranes qui surviennent à la suite de l'opération de la cataracte, et c'est aussi dans ce cas que M. Tonnelle obtient les succès les plus complets. Conduit par l'observation à reconnaître que la cataracte secondaire, qui rend si souvent infructueuse pour le malade l'opération la plus heureusement pratiquée, n'est toujours que le résultat de l'iritis membraneux et le produit même des fausses membranes propres à ce genre d'affection, il a appliqué la Belladone, selon la méthode indiquée plus haut, au traitement de cette maladie, et presque toujours avec un succès complet, si le remède est appliqué à temps. Ce moyen doit être employé dès le quatrième jour, époque où se forment ordinairement les produits membraneux.

Pour cela il importe beaucoup que l'opérateur se fasse une règle d'examiner avec soin, dès le quatrième jour, les malades qu'il a soumis à l'opération. Il n'est pas nécessaire d'exposer les yeux à une lumière vive qui pourrait nuire à la vue; il suffit de les faire ouvrir dans un demi-jour. Si le malade voit, il est inutile d'insister; mais s'il ne voit pas nettement, sur-

tout après l'extraction, et qu'il n'existe point de gonflement inflammatoire de l'œil, il y a presque certitude qu'il existe une cataracte secondaire, et il n'y a aucun inconvénient à s'en assurer par un examen prompt et avec toutes les précautions possibles.

Plus on s'éloigne de l'invasion du mal, plus la destruction des membranes est lente et difficile. Toutefois M. Tonnelle est parvenu à les détruire au huitième, quelquefois au douzième jour.

Il arrive assez souvent que les membranes ne se détachent que d'un côté ; il ne faut point s'en inquiéter. Si la Belladone est continuée suffisamment, l'absorption détruit peu à peu celles qui restent, et on les voit se réduire à un petit liséré qui borde tout ou partie du bord pupillaire.

Dans le cas où les préparations de Belladone, employées comme il a été dit, ne parviennent pas à détruire les membranes développées soit à la suite de l'iritis, soit à la suite de la cataracte , elles ont encore l'immense avantage de s'opposer à l'oblitération de la pupille, qui ne manquerait pas de se rétrécir peu à peu et de se réduire à un point grisâtre : circonstance qui ne laisse plus que la chance aventureuse de la pupille artificielle.

M. Tonnelle combine alors l'emploi simultané de la Belladone et de l'aiguille, de manière que ces deux moyens se prêtent un appui mutuel.

Dans le cas où il reste quelques rayons membraneux, il introduit une aiguille étroite, légèrement courbe sur son plat, tranchante sur les côtés, dans la chambre antérieure, par la cornée, en dirige la pointe entre l'iris et le cristallin, et coupe rapidement les adhérences.

Il est quelquefois nécessaire de revenir à deux ou trois reprises à cette petite opération, qui est sans douleur pour le malade et toujours sans aucun inconvénient, si elle est faite convenablement. La Belladone doit du reste être continuée immédiatement après pour prévenir de nouvelles adhérences; le succès n'est certain qu'à cette condition.

Dans le cas de cataracte secondaire, lorsque les membranes ont pris trop de consistance, lesquelles sont réfractaires à la Belladone, le même procédé doit être mis en usage et les produits membraneux largement détachés; mais c'est dans ce cas surtout que la Belladone doit être mise en usage; c'est ici surtout qu'elle est indispensable pour prévenir une nouvelle adhésion qui ne manquerait pas de se produire.

Au moyen de la Belladonne, au contraire, le lambeau reste constamment flottant, et l'absorption ne tarde pas à le détruire.

On peut affirmer que de cette façon on parvient à triompher presque constamment de l'affection qu'on a appelée cataracte secondaire, et qui est une des causes les plus fréquentes de tous les insuccès de l'opération de la cataracte par extraction.

Dans les cas les plus graves et les plus rebelles, M. Tonnelle a été quelquefois dans la .nécessité de faire deux et trois introductions d'aiguilles et d'employer la Belladone pendant six semaines ou deux mois. Jamais il n*a •remarqué que l'emploi prolongé de ce moyen ait diminué en quoi que ce soit la sensibilité de l'œil.

On conçoit, d'après ce qui précède, comment certains praticiens ont pu croire qu'ils avaient guéri des cataractes sans opération, alors qu'il ne s'agissait que de simples produits membraneux développés à la suite de l'iritis.

M. Tonnelle emploie encore avec succès les préparations de Belladone d'une manière continue dans toutes les blessures qui intéressent l'iris; l'effet de ces lésions étant constamment de déterminer le resserrement, et par suite l'oblitération de la pupille, il a recours à ces préparations dès que l'inflammation a été suffisamment amortie par l'eau froide; de cette façon il prévient presque toujours les adhérences membraneuses, et dans les cas rares où il ne peut y parvenir, il maintient la pupille dans un état de dilatation suffisant pour que la destruction de ces membranes au moyen de l'aiguille ne présente plus de difficulté; il se sert aussi de ce moyen dans le cas d'opération de cataracte par broiement. On évite ainsi les adhérences qui s'établissent trop souvent entre les débris de la capsule et l'iris, et on accélère beaucoup la résorption de ces débris en les mettant largement en contact avec l'humeur aqueuse. L'observation prouve que l'emploi de la Belladone dans ce cas est d'une utilité telle, qu'il peut seul assurer le succès.

Quant à l'usage qu'un grand nombre de praticiens font de ce moyen pour disposer les malades à l'opération de la cataracte, M. Tonnelle le réserve pour l'abaissement ; mais il le proscrit d'une manière absolue par l'extraction.

En effet, la dilatation artificielle de la pupille, inutile pour favoriser l'issue du cristallin, expose l'iris, pendant l'opération, au tranchant de l'instrument, et, après l'opération, à des adhérences vicieuses de la cornée.

Dans les ophthalmies des enfants qui s5accompagnent si souvent- d'iritis, l'emploi simultané du calomel à doses fractionnées et de la Belladone appliquée en frictions autour de l'orbite, rend les plus utiles services. La Belladone toutefois doit être continuée aussi longtemps que l'œil reste sensible à l'action de la lumière.

Coarctation des sphincters. Si la Belladone mettait ainsi dans le relâchement le muscle de l'iris, elle devait agir de même sur les autres muscles. L'analogie conduisit donc à faire usage de la Belladone dans la constr ction de l'anus, dans celle de l'urètre, et enfin dans celle du col de l'utérus. Ce fut Ghaussier qui eut cette dernière idée : chez les primipares et chez les autres femmes dont le col ne se dilatait pas après de violentes et longues contractions utérines, il enduisait l'orifice utérin avec l'extrait mou de Belladone associé au cérat. Cet exemple, suivi par Mandt,(/fos2'*- Magazine, t. XIX, p. 350), l'a été également par beaucoup d'autres praticiens, et plus récemment Spath a publié plusieurs faits qui témoignent ■ de l'extrême utilité de ce moyen thérapeutique (Gaz. méd., 1838, n° 2). En même temps il convient quelquefois de donner l'ergot de seigle afin d'augmenter l'énergie des contractions utérines, pendant que la Belladone fait cesser la rigidité du col.

Le cérat que l'on emploie dans cette circonstance, comme dans toutes

celles où l'on veut unir l'extrait de Belladone à un corps gras, doit être préparé avec du cérat.sans eau que Ton incorpore selon l'art avec de l'eau tenant en dissolution la quantité d'extrait que l'on veut employer. Il convient que la quantité d'eau soit la même que celle que l'on prend pour la confection du cérat de Galien. La proportion d'extrait de Belladone varie depuis un quart jusqu'à un huitième de la masse totale.

Constriction de V urètre', iléus; hernies. Le docteur Holbrook prescrivait des lavements avec l'infusion de quelques grains de feuilles de Belladone, et des injections de même nature, aussi bien que des fomentations sur le périnée, pour combattre la constriction spasmodique ou inflammatoire du canal de l'urètre (Bulletin des sciences méd., t. I, p. 362); et Will, chirurgien des dispensaires de Londres, a proposé, dans la même maladie, d'introduire dans le canal des bougies enduites d'un peu d'extrait de Belladone (Journal des progrès, t. I, p. 97). Enfin, des chirurgiens ont dit s'être servis avec avantage de lavements de Belladone et d'applications topiques d'extrait étendu sur des cataplasmes pour opérer un relâchement dans les fibres des aponévroses abdominales, dans le cas de hernie étranglée. Ainsi Rollon de Sainte-Foix a publié dans le Bulletin de thérapeutique (t. X, 1836) l'histoire d'une hernie étranglée difficilement réductible, et dont on put opérer aisément la réduction après application sur la tumeur d'un épithème d'extrait de Belladone. On lit aussi dans la Gazette médicale (1838, n° 8) l'histoire de quatre cas d'étranglements intestinaux, guéris après l'usage de lavements composés avec l'infusion de 4 grammes (1 gros) de racine de Belladone et 30 grammes (1 once) de fleurs de camomille.

Paraphymosis. Le docteur Mazade d'Anduze (ibid., 1834, t. VII) a eu l'idée d'utiliser les propriétés relâchantes de la Belladone dans le traitement du paraphymosis. Toutes les trois heures, il fit recouvrir le gland et le point où siégeait l'étranglement avec 2 grammes (1/2 gros) d'extrait de Belladone, et, après quatre ou cinq applications, le gland se réduisit avec la plus grande facilité.

Douleurs utérines, dysménorrhée, rétention du flux menstruel.' Lorsque les douleurs utérines dépendent d'une névralgie, ce qui est assez commun chez les femmes chlorotiques, ou bien d'une fluxion inflammatoire, d'un déplacement, les injections vaginales faites avec une forte décoction de Belladone (15 à 60 grammes), une demi-once à deux onces pour un litre et demi (3 livres d'eau), et répétées deux ou trois fois par jour, sont en général fort utiles ; on atteint encore le même but en injectant dans le rectum une petite quantité d'eau à laquelle on ajoute 10 à 20 gouttes de teinture de Belladone. Nous employons encore un autre procédé dont nous avons parlé plus haut, surtout quand les douleurs utérines s'accompagnent de leucorrhée et d'ulcérations superficielles du museau de tanche : nous faisons un plumasseau avec de l'ouate de coton, dans lequel nous enfermons une pilule de 5 à 10 centigrammes d'extrait de Belladone et 30 à 40 centigrammes de tannin en poudre; le plumasseau

72 iMËDiCAMENTS STUPÉFIANTS.

est lié avec un fil double auquel on laisse au moins 10 à 15 centimètres de longueur, et ce petit tampon est porté avec le doigt jusqu'au col de l'utérus. Ce pansement, que les femmes apprennent à faire elles-mêmes sans difficulté, est répété chaque soir après une injection destinée à bien nettoyer le vagin et le col de l'utérus. Le lendemain, au réveil, on retire aisément le tampon au moyen du fil dont l'extrémité est restée entre les lèvres de la vulve. Ce pansement fort simple a le double avantage de guérir des phlegmasies du col utérin, pour lesquelles on emploie souvent un traitement fort énergique, et de dissiper les douleurs quelquefois si vives dont la matrice est le siège. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que le spéculum est ici tout à fait inutile.

Mais il est un genre de douleurs utérines qui tient évidemment à la rétention du flux menstruel, et que l'on combat efficacement par des applications de Belladone. Les femmes éprouvent tous les signes de la menstruation : savoir, de .la céphalalgie, du gonflement des seins, de l'inappétence, quelquefois de la diarrhée, etc., etc. A ces symptômes se joint une pesanteur hypogastrique considérable, puis de vives douleurs revenant par paroxysmes comme celles de l'enfantement. Bientôt le sang paraît et s'écoule en caillots; les douleurs alors diminuent, et le flux san- , guin est remplacé par un écoulement puriforme, ayant quelquefois la fétidité des lochies. Cependant si l'on a pratiqué le toucher au moment où les douleurs avaient le plus d'intensité, on a trouvé l'utérus très-volumineux, l'ouverture du col resserrée. Que si, huit jours plus tard, on s'assure de nouveau de l'état de la matrice, on la trouve revenue à son volume normal. M. Bretonneau, qui a parfaitement suivi cette évolution pathologique et qui a insisté avec soin sur les erreurs de diagnostic auxquelles pouvait donner lieu la maladie que nous venons de décrire, a pensé que la rigidité du col utérin s'opposait à l'écoulement du flux menstruel, que le sang s'accumulait dans la cavité de la matrice, distendant douloureusement le viscère, et que la médication la plus utile consistait à porter surle col de l'utérus de l'extrait de Belladone; en même temps que l'on fait prendre à la malade quelques grammes d'acétate d'ammoniaque.

Le tampon belladone, sans addition de tannin, appliqué seulement pendant la nuit, a ici une grande efficacité; mais on peut tout simplement porter avec le doigt, et laisser sur le col de la matrice un petit bol de 5 à 10 centigrammes d'extrait de Belladone.

La forme de dysménorrhée que nous venons de décrire appartient plutôt aux femmes déjà arrivées à l'âge mur, qu'à celles qui entrent dans l'adolescence. Toutefois, et c'est un point sur lequel les bons observateurs sont d'accord, la dysménorrhée si commune à l'époque de la puberté, reconnaît les mêmes causes que celles que nous venons d'indiquer ; savoir, une fluxion utérine et la rétention du flux dans la cavité de la matrice subitement distendue et se contractant avec énergie pour se débarrasser d'un produit étranger. On comprend que chez les jeunes filles les injections vaginales ou anales avec la Belladone sont seules convenables, les appli-

J3ELLAU0JNE. 73

calions directes faites avec le doigt ou le spéculum doivent être proscrites pour des motifs dont il est inutile d'indiquer la convenance.

Vomissements pendant la grossesse. M. Bretonneau, frappé comme tous les praticiens de l'extrême difficulté que l'on éprouvait quelquefois à arrêter les vomissements des femmes enceintes, fut conduit par la théorie à opposer la Belladone à ces accidents. Il pensa que les vomisements étaient dus à une résistance spasmodique de l'utérus qui refusait de se laisser distendre par le produit de la conception. Cette résistance, douloureuse dans quelques cas, devenait par sympathie la cause des vomissements. Cette idée à laquelle on pourrait faire sans doute de légitinies objections, et à laquelle son auteur n'attache lui-même qu'une importance très-secondaire, l'engagea à essayer des frictions de Belladone sur la peau de la région hypogastrique, et cette médication réussit au delà de ses espérances. A son exemple, nous avons employé cette médication, et nous en avons souvent obtenu d'heureux résultats.

• M. Bretonneau emploie une mixture faite avec l'extrait de Belladone ramolli et rendu demi-liquide à l'aide d'une petite quantité d'eau. Il préfère de beaucoup cette préparation à un mélange d'extrait et de graisse. La malade fait, deux ou trois fois par jour, une friction sur la peau de la région hypogas trique, en ayant soin de mouiller son doigt quand la mixture se sèche. La friction dure huit à dix minutes. Quand elle est terminée, on recouvre les parties avec une compresse mouillée, et par-dessus on place un morceau de taffetas ciré. Il est rare que plusieurs jours se passent avant que les vomissements aient cessé, ou qu'ils aient singulièrement diminué.

Mais, dans certains cas plus graves, et ces cas ne sont malheureusement pas rares, la Belladone reste impuissante comme tous les autres moyens, et il ne reste souvent que la triste et regrettable ressource de l'avortement provoqué.

Dans une circonstance où cette opération allait être pratiquée pour sauver la femme, M. Cazeaux, qui avait essayé vainement la Belladone suivant la méthode de M. Bretonneau, pensa qu'il obtiendrait un effet plus sûr en appliquant sur le col même et dans la cavité du col une grande quantité d'extrait de Belladone, et cette petite opération qu'il répéta une fois, plusieurs jours de suite, amena une guérison rapide et inespérée.

Coqueluche. L'analogie a encore conduit Buchhave (Murray, App. med., t. I, p. 648) à administrer la Belladone dans la coqueluche. On croyait voir dans cette maladie un spasme des bronches, de la glotte et des muscles respirateurs. Que cette opinion sur la nature de cette maladie soit juste ou non, toujours est-il que dès que la période convulsive de la coqueluche est commencée, l'usage de la Belladone est suivi de résultats fort avantageux. M. Bretonneau administrera poudre de Belladone invariablement en une seule dose, soit le matin, soit le soir; il commence par 1 centigramme d'extrait et augmente tous les deux jours d'un centigramme jusqu'à ce que la toux soit très-notablement amendée. Si, après quelques jours le mal reste stationnaire, il augmente encore de manière toutefois à ne jamais

produire d'effets toxiques. Si, avec la même dose, il voit le mal rétrocéder, il diminue graduellement, et ne cesse entièrement que lorsque la coqueluche est réduite aux termes d'un simple catarrhe. Nous avons pu nousmêmes constater bien souvent la remarquable efficacité de ce moyen ; mais nous sommes dans l'habitude de donner concurremment quelques vomitifs, lorsque la Belladone n'agit pas avec assez de rapidité. D'autres associent ce médicament de la manière suivante : poudre de Belladone, 20 centigrammes (4 grains) ; extrait aqueux d'opium, 20 centigrammes (4 grains) ; extrait de valériane, 2 grammes (1 demi-gros) pour seize pilules; en prendre de une à quatre par jour. Pour les enfants qui répugnent à prendre des pilules, nous faisons composer le sirop suivant : extrait de Belladone, 20 centigrammes (4 grains); faites dissoudre dans sirop d'opium et de fleurs d'oranger, de chaque 30 grammes (i once); en prendre dans les vingtquatre heures depuis une jusqu'à huit cuillerées à café. Cette méthode nous a paru beaucoup moins efficace que celle que M. Bretonneau a conseillée.

Mais si la Belladone administrée soit dans la coqueluche, soit dans divers catarrhes qui s'accompagnent de symptômes nerveux, procure souvent la sédation que l'on attend; d'autre part, il arrive que bien souvent elle cause une insomnie contre laquelle il convient de lutter, soit avec l'opium, soit avec la valériane; et c'est cette considération surtout qui nous engage à prescrire» quelquefois ces deux médicaments en même temps que la Belladone.

Asthme. Dans l'asthme dit essentiel, nous voulons parler de celui qui ne s'accompagne d'aucune altération organique appréciable du cœur ou du poumon, sauf quelquefois de l'emphysème pulmonaire, et qui souvent est tout à fait intermittent, on retire quelque avantage de l'administration de la Belladone à l'intérieur ; mais ces bons résultats ne peuvent se comparer à ceux que l'on obtient en faisant fumer la feuille sèche mêlée à du tabac ou seule. Nous avons vu deux fois des dyspnées intermittentes, durant depuis longtemps et revenant chaque nuit avec une opiniâtreté désespérante, céder complètement par l'usage de la fumée de Belladone ou de datura stramonium. Souvent encore nous avons, sans guérir parfaitement le malade, proSuit une amélioration qu'aucune autre médication n'avait obtenue,

M. Bretonneau, l'homme que nous connaissions qui manie le mieux les médicaments, se loue au contraire beaucoup de l'usage interne de la Belladone dans le traitement de l'asthme nerveux. Pendant l'accès, il compte plutôt sur les cigarettes de Belladone ou de stramoine ; mais il a surtout recours à l'emploi intérieur de la Belladone pour prévenir le retour de la maladie.

Il prescrit aux malades pendant plusieurs mois, et même plusieurs années de suite, en laissant des intervalles d'autant plus grands que les effets obtenus sont plus satisfaisants, il prescrit, disons-nous, en une seule dose, comme pour la coqueluche, de 1 à 10 centigrammes de poudre de

racines de Belladone, unis à moitié moins d'extrait de la même plante. Il n'attache pas beaucoup d'importance à ce que l'on prenne de fortes doses, pourvu que l'économie reste d'une manière permanente sous l'influence du médicament, ce qui se constate par un léger sentiment de sécheresse de la gorge, par la dilatation habituelle des pupilles, et par des garde-robes en général plus copieuses et plus faciles.

Pendant longtemps des cigarettes préparées par un certain Espic3 de Bordeaux, ont joui d'une grande renommée dans le traitement de l'asthme essentiel et des catarrhes pulmonaires compliqués d'accidents nerveux. Elles se préparent de la manière suivante :

Pr. : Feuilles choisies de Belladone. . . . . 30 centigr.

dejusquiame 45 »

de stramoine. ...... . 15 »

de phellandre aquatique. 5 »

Extrait gommeux d'opium 13 milligr.

Eau de laurier-cerise. ..:.... Q. S.

Les feuilles, séchées avec soin et mondées de leurs nervures, sont hachées et mélangées exactement. L'opium est dissous dans Q. S. d'eau de laurier-cerise; le solutum est réparti également sur la masse.

Le papier qui sert à confectionner les cigarettes est préalablement lavé avec le maceratum des plantes ci-dessus décrites, dans l'eau distillée de laurier-cerise et séché convenablement.

Fumer deux à quatre cigarettes par jour.

Hémoptysie. Schœder, dans l'hémoptysie, a conseillé de faire respirer la fumée de feuilles de Belladone brûlées sur des charbons. Il affirme que l'hémorrhagie pulmonaire s'est toujours arrêtée presque immédiatement après l'emploi de ce remède.

Scarlatine. Il nous reste à parler de la propriété remarquable qu'aurait la Belladone de préserver de la scarlatine. Hufeland est celui qui a le plus contribué à accréditer cette idée qui d'ailleurs appartient à Hahnemann; il affirme qu'en administrant la Belladone aux personnes soumises à la contagion de la scarlatine, elles ne la contracteront pas dans le moment. Les journaux allemands fourmillent de faits qui semblent confirmer cette singulière idée. Quelque imposantes que soient les autorités qui vantent la vertu prophylactique de la Belladone dans le cas qui nous occupe, nous avouerons que nous ne pouvons que rester dans le doute, attendu que nous ne savons jusqu'à quel point les praticiens, dont nous récusons ici presque entièrement les conclusions, avaient justement apprécié tous les effets des influences épidémiques. La Belladone administrée dans ce but se donne à la dose de 1 centigramme (un cinquième de grain) plusieurs fois par jour, soit en poudre, soit en extrait.

Modes d'administration et doses.

La forme la plus simple et la plus convenable d'administrer la Belladone à l'intérieur serait la poudre de racines ou de feuilles, si la poudre était toujours fraîche : on devrait commencer par 1 à 25 centigrammes (de 1/5 à 5 grains) le premier jour, et il est rare de pouvoir la porter plus haut que 60 centigrammes ou 1 gramme (12 ou 18 grains) sans déterminer des phénomènes cérébraux assêfc violents. Les feuilles et les tiges en infusion seront prescrites à la dose de 30 centigrammes à un gramme et demi (6 grains à 30 grains), et nous insistons d'autant plus sur ces doses, que s beaucoup d'auteurs, qui probablement se sont servis de feuilles altérées, conseillent de prendre l'infusion de & grammes (1 gros) de la plante : or nous avons déterminé plusieurs fois le délire, la diarrhée, et une énorme dilatation des pupilles avec l'infusion de 60 centigrammes (12 grains). En décoction, pour l'usage interne, la dose sera la même que pour l'infusion; l'extrait a une activité un peu moindre que celle de la poudre ; la teinture alcoolique se prend à la dose de 6, 12, 2-4 et même 36 gouttes. Pour l'usage externe on n'emploie guère que l'extrait, la teinture alcoolique et la décoction. Les doses ne peuvent pas être indiquées, car elles varient suivant les circonstances. Les décoctions dont nous nous servons souvent, pour l'usage externe, sont faites ordinairement avec 30 ou 60 grammes (1 ou 2 onces) de la plante pour un à deux litres d'eau. Le suc des baies de Belladone ne s'emploie guère que dans les maladies des yeux; on en instille une ou deux gouttes entre les paupières.

M. le docteur Lusanna a publié, en 1851, dans la Gazetta medica Lombarda, un travail fort intéressant sur l'emploi thérapeutique de l'Atropine, principe actif des solanées du genre Atropa. Il répéta d'abord les expériences toxicologiques de Quaglino et Manzolini, et les essais thérapeutiques de Brookes, Bouchardatet Stuart Cooper. Il put constater que, bien que cet agent fût fort énergique, il n'était pourtant pas aussi dangereux pour l'homme que l'avaient prétendu les observateurs dont nous venons de citer les noms, et il s'enhardit jusqu'à donner 5 fois par jour, jusqu'à 3 centigrammes d'atropine sans produire d'autres effets que ceux qui appartiennent à de fortes doses de Belladone. %

Il applique ce remède au traitement des névralgies , de la danse de Saint-Guy, de l'épilepsie avec un certain succès. Quand on lit attentivement les observations, d'ailleurs très-détaillées qu'il donne, on se convainc aisément que, entre les effets de l'atropine et ceux de la poudre de Belladone, il n'y a pas la plus légère différence, que les closes seules doivent changer, et que, en un mot, il en est de l'atropine relativement à la Belladone, comme de la morphine relativement à l'opium, comme de la digitaline relativement à la digitale. Il était intéressant sans doute, au point de vue chimique, de découvrir ces principes immédiats, comme en général tous les principes immédiats qui constituent les parties éminemment actives des médicaments. Mais le bénéfice qu'a retiré la thérapeutique de

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