S XI
ONÏQUES NÉWOSTHÉNIQUES.
On connaît sous le nom de Quinquina l'écorce de quelques arbres de la famille des Rubiacées, tribu des Cinckonées.
Le commerce en fournit un grand nombre d'espèces que nous séparerons d'abord en : l° Quinquinas vrais; 2° faux Quinquinas.
Nous allons dire quelques mots de ces derniers pour n'y plus revenir.
Faux Quinquinas. Ils ne contiennent aucun des alcaloïdes auxquels les écorces que nous étudions doivent leurs propriétés antipériodiques. Pourtant quatre espèces de faux Quinquinas sont fournies par des plantes du même genre que les Quinquinas vrais; ce sont : 1° le Quinquina blanc de Mutis rapporté au Cinchona ovalifolia (Mutis), Cinchona macrocarpa (0, C ) ; 2° le Quinquina nova donné par le Cinchona oblongifolia do Mutis : celui-ci sert à falsifier le Quinquina rouge; 3° le Quinquina faux Loxa, Quinquina Loxa inférieur (Guibourt), falsifiant le Quinquina Loxa vrai; 4° les Quinquinas blanc, de Loxa, d'Arica ou de Cusco et Jaen, qui sont peut-être tous trois fournis par le Cinchona ovata i,Ruiz et Pavon) et contiennent de VAricine. Les autres appartiennent au genre Exostema, caractérisé par la longueurde ses étamines (excluses), ce sont : 1° le Quinquina Piton ou de Sainte-Lucie [Exostema floribundum); 2° le Quinquina Caraïbe(Exostema Caraibseum); 3° le Quinquinabir.olore, Quinquina Pitaga ■ des Anglais; 4° le Quinquina Pitaga (Folchi et Peretti) renfermant d'après ces auteurs un alcaloïde particulier, la Pitayne; 5° et 6° les écorces de Y Exostema du Pérou et du
Brésil, et 7° enfin ce qu'on connaît sous le nom de Racine de Quinquina.
Quinquinas vrais. Les Quinquinas vrais, c'est-à-dire ceux qui, contenant de la Quinine et de la Cinchonine, jouissent à un degré plus ou moins élevé des propriétés antipériodiqueetfébrifuge,etsont tous fournis par des espèces du genre Cinchona dont voici les caractères.
Caractères génériques. Calice adhérent, limbe à cinq dents-, corolle monopétale, infundibuliforme, à cinq divisions, tube cylindracé et anguleux; cinq étamines incluses dans l'intérieur du tube ; capsule ovoïde, allongée, couronnée parles dents du calice, biloculaire, bivalve : loges renfermant plusieurs graines membraneuses sur les bords. Grands arbres à tige ligneuse, à feuilles et rameaux opposés, à fleurs disposées en panicules thyrsiformes.
Récemment le genre Cinchona a été partagé en deux sections par M. Endlicher, suivantquela capsule s'ouvre de bas en haut ou de haut en bas. Plus tard, M. Wedell, voyageur botaniste, qui a consacré plusieurs années à parcourir les régions intérieures de l'Amérique du Sud, a formé des deux sections établies par M. Endlicher deux genres distincts ; le premier de ces genres retiendrait le nom de Cinchona, le second prendrait celui de Cascarilla; cette distinction présente ce fait important que tous les Cinchonas sont fébrifuges, c'est-à-dire que seuls, comme nous l'avons déjà dit, ils renferment de la Quinine et de la Cinchonine, landisquetoutes les plantes comprises dans le genre Cascarilla seraient privées de ces
alcaloïdes et présenteraient par conséquent des propriétés nulles ou douteuses.
Pour faciliter l'étude desnombreuses sortes commerciales de Quinquinas, nous adopterons leur division, tout arbitraire, mais généralement usitée chez nous, en: 1° Quinquinas gris ; 2° Quinquinas jaunes ; 3° Quinquinas rouges. Les Quinquinas blancs ont été compris dans les faux Quinquinas.
Quinquinas gris. Nous n'en admettons que trois espèces principales, rejetant dans les faux Quinquinas le Quinquina Loxa inférieur (Guibourt), le Quinquina d'Arica et les deux sortes qui s'en rapprochent. Les Quinquinas gris se présentent en écorces souvent très-petites : chez eux la Cinchonine l'emporte en quantité sur la Quinine. Et même, au dire de M. Bouchardat, la Quinine ferait complètement défaut, circonstance qui devrait faire rejeter cette espèce de Quinquina du traitement des fièvres d'accès.
Quinquina Loxa (Bergen), gris brun de Loxa (Guibourt). Le commerce nous l'offre sous forme d'éeorces roulées, longues de 33 a 50 centimètres, épaisses de 1 à 4 millimètres, offrant des crevasses transversales, recouvertes d'un épiderme gris clair ou gris foncé, à cassure nette ou peu fibreuse, à coloration intérieure jaune pâle ou fauve rougeàtre qui s'avive par l'eau. 11 a une odeur particulière assez prononcée, unesaveur astringente et amère. Sa poudre est" fauve grisâtre. On en connaît i ne variété sous le nom de Gros Loxa qui ne s'en distingue que par le volume des écorces et leur saveur plus amère et moins astringente. Le Quinquina Loxa vrai estle plus riche enCinchonine, mais contient moins de Quinine que le Quinquina Calysaya.
Il est fourni parle Cinchona Condaminea (Humb. et Bonpl.), Cinchona officinalis (Linné), arbre de 5 à 6 mètres d'élévation, à feuilles oblongues, lancéolées, très-glabres, reluisantes, scrobiculées (munies de fossettes) en dessous dans l'aisselle des nervures principales; calice urcéolé à 5 dents courtes aiguës; corolle soyeuse en dehors à âlaciniures ovales aiguës ; capsules oblongues et dépourvues de côtes saillantes.
Quinquina Huanuco (Bergen), Quinquina Lima (Guibourt). 11 se distingue du précédent par sa coloration intérieure d'un jaune orangé ou un peu rougeàtre, par son odeur presque nulle et par son épiderme blanchâtre tantôt mince et uni, tantôt plus épais, un peu rugueux et comme crétacé, d'autres fois enfla très-épais et fongueux. Dans l'épidermeles auteurs comprennentprobablement une couche variable de lichens parasites.
On distingue en France trois variétés principales de ce Quinquina : 1° Quinquina gris fin de Lima ; 2° Quinquina gros Lima; 3° Quinquina Lima blanc.
Parfois le Quinquina Lima du commerce renferme du Quinquina Loxa. M. Guibourt y a trouvé en outre deux variétés à écorces très-grosses, à saveur amère et dont la couleur interneestcelleduQ.Calysaya.Ilnomme
l'une Quinquina gris Huanuco, et l'autre Quinquina gris imitant le jaune royal.
Le Quinquina Lima se rapproche du Q. Loxa par sa composition chimique. Il est un peu moins riche que ce dernier en alcaloïdes; mais comme il se distingue facilement des mauvais Quinquinas gris, c'est l'espèce adoptée dans les hôpitaux de Paris. Il est produit par le Cinchona lancifolia (Mutis), Cinchona lanceolata (Ruiz et Pavon), qui se distingue du Cinchona Condaminea par ses feuilles plus rétrécies à la base, non scrobiculées, son calice campanule, sa corolle à laciniures linéaires lancéolées, ses capsules pourvues de côtes saillantes.
Quinquina Huamalis (Bergen); Quinquina Havane (des droguistes français), mauvaise espèce Ses écorces toujours roulées ont une teinte d'un gris terreux due à l'épiderme, dont la nuance varie d'ailleurs entre le gris rosé ou ocreux et le gris noirâire. Les plus grosses présentent des verrues disposées par lignes longitudinales, comme quelques Quinquinas rouges. Lavarité dite Huamalis ferrugineux (Guibourt, Bergen) joint, à ce caractère de son épiderme une couleur de rouille qui la rapproche encore davantage des véritables Quinquinas rouges. Elle contient beaucoup de cinchonine. Le Q. Huamâlies donne une poudre presque blanche. Onlerapporteau Cinchona ovatifolia (H. et Bonp.), C. Humboldtiana (R. et Schl.) différent du C. ovalifolia (M.).
Quinquinas jaunes. C'est pour rester fidèles à notre définition que nous admettons dans ce groupe les Quinquinas Carthagène; car d'ailleurs ils sont tellement pauvres en alcaloïdes, qu'on devrait les reléguer parmi les faux Quinquinas. Les vrais Quinquinas jaunes se présentent sous forme d'écorces plus grosses que les Quinquinas gris. Ils renferment beaucoup de quinine unie à l'acide quinique, lequel est aussi en partie combiné à la chaux. C'est même à la présence de ces deux quinates que leur décoclum doit la propriété de précipiter la dissolution de sulfate de, soude.
Quinquina Calysaya, ou jaune royal. Il se présente so*us forme d'écorces dont la longueur varie de 1 décimètre à 1 demimètre, et l'épaisseur de 6 millimètres à 1 centimètre environ. A l'intérieur elles ont une coloration jaune fauve plus ou moins foncée, une texture fibreuse. Leur cassure présente sur la tranche des couches alternativement brunes et blanchâtres, dont l'association produit la couleurparticulière déjà indiquée. Leur saveur est très-amère et astringente, plus forte dans les couches externes. Leur odeur est presque nulle. Tantôt ces écorces sont mondées de leur épiderme.
Quinquina Calysaya mondé. Comme l'épiderme est inerte, cette variété commerciale a plus de valeur que toutes les autres.
D'autres fois elles ont conservé leur pellicule extérieure constituée non-seulement par l'épiderme proprement dit, mais aussi par le thallus crustacé, foliacé ou filamen-
MÉDICAMENTS TONIQUES NË'VROSTHÉNIQUES.
teux des lichens parasites. Dans les plus grosses écorces, cette couche est très-épaisse, profondément crevassée, d'un gris foncé; dans les plus petites, l'épiderme est mince, rugueux, brunâtre; les crevasses transversales qu'il présente correspondent à des empreintes semblables de l'écorce , ce qui n'existe pas pour les grosses.
Le Quinquina Calysaya est, entre tous, celui qui donne le plus de quinine, c'est-àdire du principe véritablement héroïque.
A ce titre il constitue aujourd'hui l'espèce commerciale la plus importante.
Quelques auteurs l'attribuent au Cinchonalancifolia, dont les écorces, plus jeunes, sont vendues sous le nom de Quinquina Huanuco; d'autres le rapportent aux Cinchona micrantha et Cinchona angustifolia.
D'après Delondre (Journal de pharmacie; octobre 1835), il faudrait distinguer plusieurs espèces fournies par des arbres différents :
1° Une jaune foncée ou brune, nommée par les Indiens Cascarilla Yana Tana, en espagnol Morena, et qui serait donnée par le Cinchona micrantha;
2° Une jaune pâle, appelée par les naturels Blanca ou Amarilaza, et qui est produite par un arbre dont l'espèce n'est pas déterminée d'une manière précise;
3° Enfin une dernière jaune {Awarilla des indigènes), fournie par une espèce voisine de la précédente. Ce serait le Cinchonapubescens d'après De Candolle.
Quinquina jaune orangé (Guibourt). Ses écorces récentes sont remarquables par la teinte rose des couches extérieures opposée à la coloration d'un jaune pur des couches internes. On peut en distinguer quatre variétés d'après leur âge. Les plus jeunes, de la grosseur du petit doigt et roulées, ressemblent assez à la cannelle de Ghine, d'où le nom de Quinquina cannelle qui leur est attribué.
De Candolle attribue le Quinquina orangé au C.lancifolia. Cependant un auteur croit le Quinquina cannelle produit par le Cinchona obtusifolia.
Quinquina jaune du roi d'Espagne. Par sa belle couleur jaune orange, par sa saveur plus agréable, et par son odeur pénétrante, il méritait la distinction qui le faisait réserver pour la consommation des rois, alors que le Quinquina s'administrait encore en nature. Jamais il ne s'est trouvé dans le commerce.
M. Guibourt croit qu'il est fourni par le Cinchona Condaminea; lesQuinquinasLoxa étantdus, suivant lui, aux Cinchona nitida et glandulifera.
Quinquina d'Antjioquia (Guibourt), 'v 'nquina Pitaija (commerce français).
C'est une des- espèces les plus riches en alcaloïdes, mais qui contient proportionnellement plus de Cinchonine que de Quinine.
Le Quinquina jaune fibreux (Bergen) n'en est qu'une variété. L'arbre producteur de ces écorces est inconnu.
Quinquina Carthagène. Ce sont de misérables espèces dans lesquelles l'analyse découvre à peine quelques traces d'alcalis et que nous nous contenterons d'indiquer.
1° Quinquina Carthagène jaune (Guibourt), voisin du Quinquina blanc de Loxa, etfourniparle Cinchona cor difolia (Mutis), qui est le même que le Cinchona pubescens (D.C.);
2° Quinquina Carthagène orangé ; , 3° Quinquina Carthagène brun.
Quinquinas rouges. Leur coloration est en général assez vive ; ils tachent en rouge le doigt qui les frotte, ils sont très-amers et très-astringents. Intermédiaires pour la composition chimique entre les Quiquinas gris et les Quinquinas jaunes, ils contiennent une proportion moyenne de Quinine et de Cinchonine, sans que la quantité de l'un de ces alcalis excède beaucoup celle de l'autre.
Plus que tous les autres, les Quinquinas rouges sont riches en tannin particulier, colorant en vert les sels ferriques. C'est parmi eux qu'on trouve les plus grosses écorces. Il y en a un grand nombre d'espèces que nous distinguerons en deux catégories :
1° Quinquinas rouges officinaux; 2° Quinquinas rouges inférieurs.
Les premiers sont au nombre de deux.
Quinquina rouge non verruqueux, quinquina rouge vrai des Allemands et des Anglais.
M. Guibourt en fait trois variétés d'après le volume des écorces. Les plus petites sont roulées, les plus grosses sont plates. L'épiderme est d'autant plus épais, plus rugueux, plus crevassé, qu'il appartient à des écorces plus âgées; il est blanc sur les plus jeunes, gris foncé sur les moyennes, envahi par les lichens sur les plus anciennes. La couleur varie du rouge pâle au rouge orangé ou au rouge assez vif.
La saveur est arnère, mais surtout astringente et unpeuaromatique,avec un arrière-goût sucré dans les petites écorces seulement.
Jusque dans ces derniers temps on a cru avec Mutis que ce Quinquina était produit par le Cinchona oblongifolia qui ne donne en réalité que le Quinquina nova. Faut-il le rapporter plutôt, avec De Candolle, au Cinchona magnifolia (R et Pav.)? Il y a quelques raisons de croire qu'il serait fourni par le Cinchona Condaminea aussi bien qua le Quinquina Loxa.
Quinquina rouge verruqueux. Son épiderme est remarquable par un grand nombre de points proéminents dans l'état frais, mais qui s'usant, par suite, du frottement, laissent voir l'écorce à nu. 11 est d'une belle couleur rouge.
M. Guibourt le divise, encore d'après la grosseur, en quatre sortes.
Les plus petites sont roulées, les plus volumineuses sont plates. L'épiderme plus ou moins épais et fendillé varie du gris rouge ou verdàtre au gris blanc.
La saveur de ce Quinquina est amèreastrinsente. Les Allemands et les Anglais
rapportent le Quinquina rouge verruqueux au Quinquina Huamalies, il serait donc également dû au Cinchona. llumboldtiana.
Quinquinas rouges inférieurs. M. Guibourt en reconnaît quatre espèces que nous nous contenterons d'énumérer : 1° Quinquina rouge de Lima, ou de Santa-Fé; 2" Quinquina rouge orangé, plat ; 3° Quinquina rouge pâle; 4° Quinquina rouge à épiderme blanc et micacé.
Le beau Quinquina rouge est aujourd'hui très-rare et d'un prix excessivement élevé; les droguistes de mauvaise foi en fabriquent en exposant à l'action des vapeurs ammoniacales du Quinquina jaune ; mais cette fraude est surtout opérée sur la poudre de Quinquina jaune. M. Réveil conseille, pour reconnaître cette sophistication, de soumettre la substance soupçonnée à l'action de la potasse caustique; on fait bouillir, et l'ammoniaque se dégage.
Malgré les nombreux travaux dont elle a été l'objet de la part d'hommes recommandables, l'histoire des Quinquinas est encore aujourd'hui fort obscure. Pourl'é- ' claircir, beaucoup d'obstacles se présentent; la synonymie relative aux dénominations des espèces botaniques, comme des sortes commerciales, est sans contredit une des principales difficultés.
Après une lecture attentive des auteurs, nous sommes demeurés convaincus que les écorces du même arbre, prises sur des branches de différents âges, constituent pour les droguistes des espèces différentes et k qu'ainsi un même Cinchona peut fournir à la fois un Quinquina gris, un Quinquina jaune et un rouge.
Ajoutons toutefois que M. Wedell, qui a été envoyé dans la Colombie et la Bolivie par le Muséum d'histoire naturelle, contredit l'opinion que nous venons d'énoncer et qui est soutenue depuis longtemps par M. Fée. M. Wedell nous a fait connaître de nouvelles espèces de Quinquina qui commencent à être répandues dans le commerce sous le nom de Quinquinas de la Bolivie ou de Carabaya. D'après les analyses de MM. O'Henry, Réveil. etc,,ces écorces renferment de 8 à 15 pour 1000 de Quinine, chiffre qui est bien au-dessous et moitié moindre de ce que fournit le beau Quinquina jaune ; il est vrai que ces Quinquinas de la Bolivie renferment de grandes quantités de Ginchonine, base organique dont on devrait faire beaucoup plus d'usage, car le sulfate de Quinine devient tous les jours de plus en plus rare;
Les Quinquinas vendus pour des Calysaya renferment aujourd'hui très-peu de Quinine : il est même certain que depuis longtemps les écorces traitées par l'acide chlorhydrique sont abondantes ; cettefraude est mise en usage pour enlever une portion de Quinine et de Cinchonine au Quinquina. Celui-ci bouilli dans l'eau distillée, le décoctum doit précipiter à peine par le nitrate d'argent ; si le précipité était abondant, on pourrait supposer alors que les écorces avaient été épuisées par l'acide chlorhydrique.
D'ailleurs, tout pharmacien consciencieux devra toujours essayer les Quinquinas qu'il emploie. M. Guillermond fils a indiqué pour cela un procédé prompt, commode et assez exact; il consiste à épuiser le Quinquina réduit en poudre dans l'appareil à déplacement par l'alcool à 32° Cartier ; la teinture ainsi obtenue est décolorée par un lait de chaux très-épais; la chaux se combine à l'acide quinique et à la matière colorante ; on sépare le précipité, on le lave à l'alcool, et les liqueurs alcooliques réunies sont distillées jusqu'à ce qu'il ne distille plus d'alcool ; le résidu est traité par l'eau acidulée, par l'acide sulfurique pour isoler la matière résineuse, et le sulfate de Quinine est ensuite séparé du sulfate de Cinchonine par des cristallisations répétées.
Voici, d'après M. Réveil, l'analyse de quelques Quinquinas du commerce. Ce tableau indiquera combien il serait important de prendre pour les Quinquinas la mesure que nous avons signalée à l'article Opium, de sorte que tout Quinquina jaune qui ne renfermerait pas 15 p. 100 de Quinine serait rejeté de la consommation et spécialement réservé à la préparation des alcalis organiques.
Analyse de quelques espèces de Quinquinas > du commerce.
Sulfate de Cincnonime, ponr 1000.
On voit, d'après ce tableau, que la moyenne de ces douze analyses serr.it environ de 12,50 pour le sulfate de Quinine.
Le dernier échantillon n° 12 a été livré pour du Quinquina gris; c'était une écorce dont la nature était inconnue et qui fut brûlée au Havre ; c'est ainsi qu'on devrait agir avec tous les médicaments de mauvaise nature sur l'action desquels le médecin ne peut pas compter.
Certains quinologues, par exemple, attribuent au Cinchona Condaminea, et le Quinquina gris de Loxa, et le Quinquina jaune du roi d'Espagne, et le Quinquina rouge officinal non verruqueux.
Le Cinchona lancipdia produirait le Quinquina gris Havane et le Quinquina jaune Calysaya.
Le Cinchona ovalifolia donnerait nonseulement le Quinquina gris Huamalies, mais aussi le Quinquina rouge officinal verruqueux.
Sulfate
de Quinine,
ponr 1000.
Quinquina Calysaya,
id. id.
id. id.
Quinquina Carabaya,
id. id.
id. id.
id. id.
id. id.
Quinquina gris.
id. Cusco.
id. rouge.
id. gris non dé-
terminé.
MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉNIQUES.
Sans nous porter garants pour ces cas spéciaux, nous pensons que les choses doivent être interprétées ainsi dans un bon nombre de cas. Ce qui nous le fait croire, c'est que, comme nous avons eu soin de le noter, les écorces appelées Quinquina gris appartiennent en général à des rameaux' très-jeunes, celles de Quinquina jaune à des rameaux moyens, et celles de Quinquina rouge souvent à de très-grosses branches; c'est que, sauf les modifications apportées par l'âge, on trouve parfois la plus grande analogie de caractères entre des écorces jetées dans des catégories différentes par rapport à leur couleur.
La diversité décomposition chimique ne serait pas une objection. La Cinchonine ne diffère de la Quinine que par 1 mol. d'oxygène et i mol. d'hydrogène en moins; or, à bien prendre, il lui suffirait de fixer une molécule d'eau pour se transformer en quinine. Peut-être cela se fait-il réellement par suite des progrès de la végétation. De cette façon s'expliquerait la prédominance de ce dernier alcali dans les Quinquinas jaunes. Une décomposition ultérieure ferai't disparaître l'excès de quinine, d'où l'équilibre des deux alcaloïdes dans les Quinquinas rouges, et la richesse médiocre de ces écorces.
Préparations pharmaceutiques du Quinquina.
Suivant l'analyse de MM. Pelletier et Caventou, elles contiennent du kinate de quinine, du kinate de cinchonine, rouge cinchonique soluble, rouge cinchonique insoluble, matière colorante jaune, matière colorante grasse verte, kinate de chaux, amidon, gomme, ligneux.
Dans le Quinquina gris, la cinchonine est beaucoup plus abondante que la quinine; c'est le contraire dans le Quinquina jaune. En tenant compte de la quantité des deux alcalis, le Quinquina jaune est deux fois plus riche que le gris. Dans le Quinquina rouge, la quinine et la cinchonine sont à peu près dans la même proportion. Cette espèce est un peu moins riche que le Quinquina jaune.
Nous étudierons d'abord les préparations pharmaceutiques de Quinquina; ensuite nous passerons à l'examen des produits immédiats de cette écorce.
Disons d'abord que, par une inexplicable inadvertance, les auteurs du dernier Codex ont exclusivement prescrit d'employer le Quinquina gris, excepté pour la préparation de la quinine, bien qu'ils connussent à merveille l'analyse des Quinquinas, respect presque, puéril pour les vieilles Pharmacopées où le Quinquina gris était considéré comme officinal. Il serait à souhaiter que, dans la prochaine révision du Codex, on fit disparaître cette anomalie.
Préparations qui contiennent toute la substance du Quinquina.
Poudre de Quinquina. Râpez un peu les
écorces pour en séparer les lichens ; réduisez en poudre fine. Quand on pulvérise le Quinquina jaune royal, qui est sans écorce, tout se met au pilon.
Cependant, ainsi que pour le Quinquina rouge, on conseille de rejeter les dernières portions comme étant trop fibreuses et qu'on met en réserve pour extraire les principes immédiats.
Tablettes de Quinquina.
Pr.: Poudre de Quinquina, 60 gr. (2 onces). Poudre de cannelle, 8 (2 gros). Sucre pulvérisé, 330 (14 onces).
Mucilage de gomme adragante, q. s.
Faites des tablettes de 1 gramme (20 grains) qui contiennent à peu près 10 centigrammes (2 grains) de poudre de Quinquina.
Électuaire fébrifuge de Desbois, de Rochefort.
Pr. : Poudre de Quinquina, 30 gr. (1 once). Carbonate de potasse, 4 (1 gros).
Émétique, 1 (20 grains).
Sirop d'absinthe, 100 (3 dnces).
Cet électuaire n'est pas vomitif, l'émétique étant décomposé par le tannin de Quinquina et par le carbonate de potasse.
Bolus ad quartanam.
Poudre de Quinquina, 30 gr. (1 once). Émétique, 1 (20 grains).
Sirop d'absinthe, q. s.
Dans ce cas, comme dans l'électuaire précédent, l'émétique est décomposé par le tannin du Quinquina. Pour ces deux préparations, on emploie de préférence le Quinquina jaune.
Poudre antiseptique.
Quinquina rouge en poudre fine, 10 gr. Charbon de bois finement pulvérisé, 10 Camphre en poudre, 4
très-employée pour le pansement des plaies gangreneuses.
Produits par l'eau.
Suivant que l'on traite le Quinquina par macération, par infusion ou par décoction, les produits que l'on obtient par l'eau ne sont pas identiques.
L'infusion et la macération ne dissolvent qu'une très-petite partie de la cinchonine et de la quinine contenues dans l'écorce; aussi ne jouissent-elles pas des propriétés fébrifuges. Tandis que la décoction dissout tous les principes fébrifuges, celle-ci, transparente quand elle est chaude, laisse dé-
poser, par le refroidissement, du tannin combiné avec l'amidon et le rouge cinchonique, aussi doit-elle être administrée trouble, les clarifications devant en séparer quelques principes actifs. Si l'on veut donner à la décoction une activité plus grande, il convient d'y ajouter un acide qui décompose le sel cinchonique insoluble, et forme, avec la cinchonine et la quinine, un sel soluble et très-actif.
Tisane de Quinquina. Les doses de Quinquina, le mode de traitement par l'eau doivent toujours rester soumis à la prescription du médecin, qui les varie suivant les effets qu'il se propose d'obtenir.
Extrait sec de Quinquina, ou sel essentiel de Lagaraye.
Pr. : Quinquina gris en poudre
demi-fine, q. s.
Eau pure à 25 ou 30°, q. s.
Faites macérer la poudre dans la moitié de son poids d'eau pendant deux heures. Tassez ensuite dans l'appareil à déplacement et traitez par l'eau. On évapore les liqueurs en consistance sirupeuse; on étend sur des assiettes avec un pinceau, et on fait sécher à l'étuve. 11 se détache en écailles qui, attirant fortement l'humidité de l'air, doivent être conservées dans des vases bien clos. Cet extrait ne contient que peu de quinine, et ne doit être donné que comme tonique.
Tablettes d'extrait de Quinquina.
Pr. -. ExtraitsecdeQuin-
quina, 15 gram. (4 gros).
Sucre blanc, 120 (4 onces).
Gannellepulvérisée, 2 (1/2 gros).
Mucilage dégomme
adragante, q. s.
On en fait des tablettes de 50 centigrammes (10 grains), qui contiennent à peu près 5 centigrammes ( i grain) d'extrait sec.
Extrait mou de Quinquina.
Quinquina gris concassé, Eau commune,
part.
Faites bpuillir pendant un quart d'heure, passez; faites bouillir de nouveau; passez et évaporez en consistance d'extrait.
Cet extrait, préparé par décoction, est éminemment fébrifuge et contient tous les principes actifs du Quinquina.
Sirop de Quinquina.
Quinquina gris, 100 gr. (3 onces 2 gros 1/2). Eau, 1000 (2 livres).
Sucre blanc, 500 (1 livre).
Faites bouillir le Quinquina dans l'eau pendant un quart d'heure, passez ; évaporez les liqueurs à moitié, ajoutezlesucre ; faites
cuire à consistance de sirop, et filtrez le sirop quand il sera refroidi ; 30 grammes (1 once) de sirop contiennent le produit de 4 grammes (1 gros) d'écorce.
Produits 'par l'alcool.
L'alcool peu concentré, 50° (22° Cart.), est un très-bon menstrue pour le Quinquina : il dissout facilement les kinates de quinine et de cinchonine et les combinaisons du rouge cinchonique avec des bases.
Teinture alcoolique de Quinquina.
Quinquina gris en poudre grossière, 1 part. Alcool à 56° (21° Cart.), 4
Faites macérer pendant quinze jours ; passez avec expression; filtrez.
Extrait alcoolique de Quinquina.
Quinquina gris en poudre., q. v.
Alcool à 56" (21° Cart.), q. s.
On humecte la poudre de Quinquina avec la moitié de son poids d'alcool ; puis on traite dans l'appareil à déplacement avec trois nouvelles parties d'alcool. On s'arrête dès que la liqueur qui coule fait naître un trouble dans les premiers produits ; on distille les liqueurs alcooliques, et Ion évapore à consistance d'extrait. Cet extrait contient toutes les parties actives du Quinquina. Quand on veut avoir un extrait trèsactif et très-fébrifuge, il convient de prendre du Quinquina jaune.
Saccharolé de Quinquina.
1 part.
Teinture de Quinquina, Sucre en poudre,
Versez la teinture sur le sucre, mêlez, séchez à l'étuve et pulvérisez.
Teinture de Quinquina en poudre (Vin d'TIuxham).
Pr. : Quinquinarouge, 60 gr. (2 onces).
Ecorcc d'orange
amère, 50 (1 once 1/2).
Serpentaire de Virginie, 12 (3 gros).
Safran, 4 (1 gros).
Cochenille, 3 (50 grains).
Alcool à 36° (21°
Cartier), 1000 (2 livres).
QUIMUM.
Le Quinium , ou extrait alcoolique de Quinquina à la chaux, est une préparation nouvelle qui a été introduite tout récemment dans thérapeutique par M.A.Labarraque.
L'auteur de cette préparation a eu prin ci paiement pour but :
1° D'utiliser tous les Quinquinas qui contiennent de la quinine et de la cinchonine
330 MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉNIQUES.
en notable proportion, et ce sont les plus nombreux ;
2» De conserver tous les produits utiles des Quinquinas en éliminant seulement les matières inertes qui s'opposent à la facile absorption des principes actifs et qui fatiguent l'appareil digestif;
3° De fixer un rapport en quinine et en cinchonine comparable à celui que l'on trouve dans le Quinquina que l'expérience médicale a montré être le plus efficace : le Quinquina rouge vif, qui est à peine employé aujourd'hui à cause de son prix trèsélevé ;
4« D'arriver à l'uniformité du produit par un dosage facile et rigoureux des alcaloïdes fébrifuges ;
5° De simplifier les opérations de manière qu'il n'y ait rien de perdu, et qu'on puisse livrer le meilleur fébrifuge au plus bas prix possible.
Voici la formule de la préparation de M. A Labarraque, telle qu'elle a été adoptée par l'Académie de médecine :
Extrait alcoolique de Quinquina à ta chaux.
Prenez des écorces de Quinquina dont la composition vous sera connue.
Mêlez ces écorces en quantités telles que la quinine s'y trouve, relativement à la cinchonine, dans la proportion de deux parties de quinine sur une de cinchonine.
Broyez ces écorces ; mêlez la poudre avec moitié de son poids de chaux éteinte par l'eau.
Traitez ce mélange par l'alcool bouillant jusqu'à épuisement.
Recueillez par la distillation la majeure partie de l'alcool. Achevez l'évaporation.
Le résidu est l'extrait alcoolique de Quinquina à la chaux.
4 grammes 50 centigrammes de cet extrait doivent donner par les procédés connus:
Sulfate de quinine., Sulfate de cinchonine,
1 gram.
50 centig.
Pilules de'Quinium. 15 centigrammes de Quinium en une pilule repi'ésentent 5 centigrammes d'alcaloïde fébrifuge. Trente pilules suffisent dans le plus grand nombre des cas pour guérir une fièvre intermittente ; on en administre de 5 à 10 dans les vingt-quatre heures. Après chaque prise, boire un demi-verre de vin.
Vin de Quinium. Le vin qui peut rendre de grands services comme tonique, comme fébrifuge, et pour prévenir le retour des fièvres intermittentes rebelles, est'préparé par M. A. Labarraque suivant la formule suivante :
Juinium,
4 gram. 50 centig.
Faites dissoudre dans douze fois le poids d'alcool à 3G° Cart. Mélangez à
Vin blanc généreux, i litre.
Filtrez. Le vin renferme 1 gram. 50 centig.
des deux alcaloïdes pour 1000 grammes.
Comme tonique, la dose sera de i0 à 100 grammes par jour, etcomme fébrifuge, de 100 à 200 grammes.
Produits par le vin.
Vin de Quinquina.
Quinquina gris concassé, l part.
Vin rouge de Bourgogne, 16
Alcool à 5G° (21° Cart.), 2
On verse l'alcool sur le Quinquina, on laisse macérer pendant vingt-quatre heures, on ajoute le vin, et après huit jours de macération on passe et on filtre.
Le vin ainsi préparé est celui qui est le plus souvent employé ; l'alcool renfermé dans le vin et celui qu'on ajoute contribuent avec les acides du vin à dissoudre les principes actifs ; mais on a remarqué que le Quinquina décolore le vin; c'est parce que cet effet se produit surtout avec les gros vins rouges du Midi, que M. Henry conseille l'emploi du vin de Bourgogne; mieux vaudrait encore se servir du vin blanc généreux ; on ne sait pas positivement quelle est la nature du précipité, qui se forme dans le vin de Quinquina, on suppose qu'il est produit par le tannin qui, combiné auxalcalisorganiques, entraînerait les matières colorantes. '
Vin de Quinquina au Madère.
Quinquina gris, 1 part.
Vin de Madère, 16
Alcool à 56° (21° Cart.), 1
On verse l'alcool sur le Quinquina concassé; après vingt-quatre heures, on ajoute le vin; on fait macérer pendant quinze jours ; on passe et on filtre.
Sirop vieux de Quinquina.
Extrait mou de Quinquina, 30gr. Cl once). VindeLunel, 500 (1 livre).
Sucre blanc, 750 (1 liv. 1/2).
On fait dissoudre l'extrait dans le vin ; on filtre; on ajoute le sucre que l'on fait fondre à une douce chaleur en vase clos.
30 grammes (1 once) de sirop contiennent CO centigrammes (12 grains) d'extrait de Quinquina.
Bière de Quinquina.
Quinquina gris, Bière.
1 part.
Faites macérer pendant deux jours, et passez.
De toutes les préparations que nous venons de passer en revue, la plus active est évidemment l'extrait alcoolique de Quinquina.
M.Soubeiranafait, à notre demande, des
expériences comparatives dont voici le résultat :
1 kilogramme de Quinquina jaune Calysaya, de bonne qualité, traité par l'alcool à 86°, a donné 250 grammes d'extrait, soit le quart, lesquels ont fourni 30 grammes de sulfata de quinine.
Produits immédiats du Quinquina.
Nous n'examinerons ici que la quinine et la cinchonine, laissant aux traités de chimie organique le soin de décrire les procédés d'extraction des autres principes qui ne sont pas employés en médecine.
La Quinine se prépare de la manière suivante :
Sulfate de Quinine,
Eau, Ammoniaque
100 gram. (3 onces).
(2grosl/2j.
3000 (6 livres).
rez la liqueur à clair, ci faites subir au résidu deux autres décoctions en employant le reste de l'acide et de l'eau.
Réunissez lès décoctions dans un vase étroit ; ajoutez-y la chaux délayée dans cinq ou six fois son poids, de manière à former un lait clair ; le mélange doit se faire à chaud, et la chaux doit être ajoutée jusqu'à précipitation complète de la quinine ; lavez par décantation le dépôt formé, mettez-le à égoutter sur des toiles, comprimez-le fortement et desséchez-le à l'étuve ou sur des plaques chauffées à la vapeur; traitez-le ensuite par l'alcool bouillant à 33° Cart. (8.5 cent.). Cinq ou six traitements semblables sontnécessaires pour dépouiller ce précipité calcaire de toute la quinine qu'il contient. L'opération doit être faite dans un alambic, afin de perdre le moins possible d'alcool. Réunissez ensuite toutes les liqueurs alcooliques, distillez-les au bainmarie: le résidu de cette distillation sera la quinine brute.
Ainsi obtenue, la quinine a l'aspect d'une • résine; sa couleur est le brun fauve plus ou moins foncé, suivant qu'elle retient plus ou moins de matière colorante : en cet état, elle sert à faire quelques sels, ou elle est. directement employée en médecine : son poids s'élève à 53 environ pour 1000 du Quinquina employé.
Pour convertir la quinine en sulfate, on la place dans une bassine avec
Eau distillée, environ 1000 gram. (21ir.).
On porte l'eau à l'ébullition, et l'on y ajoute la quantité d'acide sulfurique nécessaire pour dissoudre l'alcali végétal . La dissolution opérée, on y projette :
Faites dissoudre le sulfatedansl'eau bouillante. La dissolution opérée, laissez tomber l'ébullition et versez dans la liqueur une quantité suffisante d'ammoniaque liquide pour décomposer entièrement le sulfate :1a Quinine mise à nu se précipite, on la recueille sur un filtre, et on la lave avec de l'eau tièdepour enlever tout le sulfate d'ammoniaque qui s'est formé,
La Quinine ainsi obtenue est blanche, friable, poreuse, très-amère. Elle est légèrement soluble dans l'eau bouillante, se dissout très-bien dans l'alcool et dans l'éther sulfurique.
Sulfate de quinine, sulfate neutre de quinine. Noir d'os en poudre (lavé), 30 gram.
Le sulfate de quinine contient 74 p, 100 de quinine ; il est blanc, soyeux, très-léger ; à l'air, il s'effleurit et tombe en poussière en perdant une partie de son eau de cristallisation. 11 faut le conserver dans des vases bien bouchés et à l'abri de la lumière, qui le colore en jaune. 11 demande, pour se dissoudre, environ 740 parties d'eau froide et '30 d'eau boui'lante; il est entièrement soluble dans l'alcool et insoluble dans l'éther sulfurique : calciné, il ne laisse aucun résidu. Lorsqu'il ne présente pas tous ces caractères, on peut être certain qu'il contient des matières étrangères.
Le Codex le prépare de la manière suivante :
Pr.: Quinquina Galy-
saya, 1000 gram. (2 livres).
Acide chorhydri-
que, 60 (2 onces),
Eau de rivière, 12,000 (24 livres). Chaux vive, 190(6 onc.2grosl/2).
Après avoir réduit le Quinquina en poudre grossière, faites-le bouillir avec le tiers de la quantité d'acide et d'eau prescrite ; ti-
Après deux minutes d'ébullition, on filtre la liqueur : par le refroidissement, le sulfate cristallise et se prend en masse.
Si, par l'addition de la quantité de noir d'os indiquée, l'acide sulfurique se trouvait entièrement saturé, il faudrait aciduler trèslégèrement la liqueur avant la filtration; si, au contraire, le papier de tournesol employé pour l'essai, aulieu de prendre ur;e teinte légèrement, vineuse, devenait rouge cerise, il faudrait remettre une nouvelle quantité de noir d'os pour absorber l'excès d'acide.
Le sulfate obtenu de la première cristallisation n'est pas encore au degré de pureté et de blancheur convenables; pour l'y porter, il faut séparer les eaux mères et redissoudre le sulfate dans une suffisante quantité d'eau bouillante, légèrement acidulée avec de l'acide sulfurique, ajouter un peu de noir d'os, filtrer et faire cristalliser de nouveau le sel. 11 est quelquefois nécessaire de faire subir une troisième cristallisation au sulfate de quinine pour l'avoir d'une blancheur parfaite. Le sulfate de quinine, séparé de ses eaux mères, doit être desséché entre des feuilles de papier Joseph
MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉNIQUES.
dans une étuvedontla température ne doit pas dépasser 30 degrés.
Les eaux mères retenant toujours des quantités notables de sulfate de quinine, doivent être décomposées par l'ammoniaque ou le carbonate de soude. La quinine que l'on en obtient, traitée de nouveau par l'acide sulfuriqueétenrîu etpardu noir d'os, donne encore une cristallisation de sulfate de quinine qu'on réunit à la première. Les eaux mères qui en proviennent peuvent être traitées de la même manière ou être conservées pour être employées dans une opération subséquente. La quantité de sulfate obtenue pour 1000 de Quinquina doit être de 29 à 30.
Les eaux mères provenant de la préparation du sulfate de quinine peuvent fournir des quantités très-variables de sulfate decinchonine; mais malheureusement dans le commerce on prend peu de soin pour opérer cette séparation, et même depuis quelques années on trouve souvent des sulfates de quinine renfermant des quantités considérables de sulfate de cinchonine qui y a été frauleusement ajouté : or le sulfate de quinine ne doit jamais renfermer plus de 2 à 4 p. 100 de sulfate de chinchonine. Cependant M. Réveil y en a trouvé des quantités variant de 4 à 45 p. 100. Quelle confiance peut - on avoir dans un pareil médicament? Souvent même ce sel si précieux est mélangé à des substances dont le prix et l'action thérapeutique sont nuls ; aussi croyons-nous bien faire en indiquant en peu de mots les moyens à employer pour reconnaître ces diverses falsifications.
1° La gomme, la fécule, les sulfates de chaux, de magnésie ou de soude effleuries, la magnésie calcinée, sont séparés par l'alcool chaud à 20°, qui isole le sulfate de quinine ;
2° L'alcool froid à 35° sépare le sucre;
3° L'eau de baryte précipite la quinine en même temps qu'il se forme du sulfate de baryte insoluble, et le sucre et la mannite restent en dissolution;
4° L'eau acidulée laisse pour résidu les acides gras; et l'acide sulfurique colore en rouge coquelicot le sel de quinine lorsqu'il contient de la salicine ou de la phloridine;
5° Par une dessiccation ménagée, en reconnaîtra la quantité d'eau de cristallisation qui ne devrait pas aller au-dessr* de 10 p. 100, mais le sel du commerce en renferme souvent jusqu'à 15 p. 100.
Quant au sulfate de cinchonine qui, nous le répétons, est renfermé souvent en grande quantité dans le sulfate de quinine, MM.Liebig et O. Henry ont donné chacun un procédé 1res -exact pour en détermin'er la quantité.
Le sirop de sulfate de Quinine se prépare de la manière suivante ;
Sulfate de Quinine, LOS gram. (3G cr ).
Sirop simple blanc, 500 (i liV.).
Eau distillée, 8 (2 gros).
Alcool sulfurique, 8 goult , 0,03."
Opérez comme il a été dit pour le sirop d'acétate de morphine. Voyez page 8.
Pommade de sulfate de Quinine.
du docteur Doudin.
Sulfate de Quinine, 5 grammes.
Dissolvez dans \ q. suffisante pour Alcool à 35°, | que la solution
Acide sulfurique,
soit complète.
Ajoutez à cette solution, dans un mortier de marbre préalablement chauffé,
Axonge liquéfiée,
20 grammes.
On applique cette pommade sur l'aine ou sur l'aisselle, préalablement rasées. On la couvre d'un taffetas gommé,et l'on maintient le tout avec du sparadrap de diachylum.
Le sulfate acide de Quinine ou bisulfate de Quinine est un sel qui cristallise en prismes à quatre pans, à sommets dièdres, transparents, beaucoup plus soluble dans l'eau que le sulfate neutre. En raison de cette grande solubilité, il est plus rapidement absorbé par les voies digestives, et son action passe pour être plus prompte et plus énergique à dose égale. Dans la pratique, onest dans l'usage de préparer le sulfate acide de Quinine d'une manière extemporanée, en ajoutant à la potion qui contii nt le sulfate neutre quelques gouttes d'acide sulfurique, ou bien encore en faisant avaler au malade quelques gorgées de limonade sulfurique immédiatement après l'ingestion de la préparation de sulfate neutre administré sous la forme pulvérulente ou pilulaire.
Le Chlorhydrate de Quinine se préparc de la manière suivante :
Pr. : Sulfate de Quinine, 100 gr. (3 onces)
(2 gros 1/2).
Chlorure de barium
cristallisé, 100 gr. (3 onces)
(2 gros 1/2).
Faitesdissoudrelc sulfate deQuinine. dans unequantitésuffisante d'eau distillée bouillante; ajoutez le chlorure de barium également dissous; sur-le-champ il se formera un précipité de sulfate de baryte; filtrez; évaporez la liqueur à une douce chaleur jusqu'à ce qu'il apparaisse quelques points cristallins à sa surface. Portez-la alors dans un lieu frais, et le chlorhydrate de Quinine cristallisera par le refroidissement.
Le chlorhydrate de Quinine est plus soluble que le sulfate; il cristallise en aiguilles nacrées.
Le nitrate de Quinine se prépare de la même manière, en remplaçant le chlorure de barium par le nitrate de baryte.
Stéarate de Quinine.
MM. Icannel et Monsel , de Bordeaux, dans un mémoire sur l'émulsionnementdes corps gras par les carbonates alcalins, et
sur les corps gras considérés comme véhicules des bases minérales et organiques, viennent de proposer une nouvelle préparation de Quinine sous le nom de stéarate de Quinine. Ce composé est solide à la température ordinaire; il est presque insipide, l'arrière-goùt seulement, est amer; il fond à 45° et se dissout dans les huiles. Appliqué en pommadesur le derme dénudé, il ne produit d'abord qu'une faible irritation.
D'après les expérimentations qui ont été faites par un ceriain nombre de médecins de Bordeaux, le stéarate de Quinine a paru agir comme le sulfate de Quinine, à une dose plus forte seulement d'un quart, bien qu'il contienne quatre fois moins de principes actifs.
M. Dannecy, pharmacien en chef des hôpitaux civils de Bordeaux, a préparé en grand le stéarate de Quinine par la dissolution directe de la Quinine dans l'acide stéarique. (Union médicale, 5 nov. 1857.)
Au dire des inventeurs, le stéarate de Quinine, comme tous les sels gras, offrirait, au point de vue thérapeutique, un avantage considérable, celui d'envelopper l'agent actif, ou l'alcaloïde, dans une combinaison qui reste inerte dans l'estomac, et qui, parvenue dans l'intestin, s'y dissout sans décomposition, s'y émulsionne et y est absorbée sans produire de symptômes locaux.
C'est à l'expérience de vérifier ces assertions et de prononcer sur la valeur de cette nouvelle préparation de Quinquina.
Quinine brute. Pour préparer la Quinine brute, on traite le Quinquina par l'acide hydrochlorique, la chaux et l'alcool, comme si l'on voulait préparer du sulfate de Quinine; mais, au lieu d'aciduler la liqueur alcoolique, on la distille sans cette addition. Le produit est une masse plastique, de consistance ferme, qui est formée par un mélange de Quinine, de cinchonine, de matière grasse et des parties colorantes. Elle n'est pas sensiblement amère ; 50(X grammes (1 livre) de bon Quinquina Calysaya donnent à peu près 15 grammes (4 gros) de Quinine brute.
Cinchonine.
Le procédé qu'il convient de suivre pour
obtenir la Cinchonine diffère peu de celui que nous venons d'indiquer à l'article sulfate de quinine pour obtenir la quinine brute; seulement il faudra employer le Quinquina gris au lieu du Quinquina jaune.
Le précipité calcaire sera traité avec de l'alcool plus fort (à 38° Cart., 92 cent.); l'alcool chargé de cinchonine sera, après chaque traitement , filtré bouillant. Une partie de la cinchonine cristallisera par le refroidissement. Par l'évaporation de l'alcool aux4/5, on obtiendra une seconde cristallisation de cinchonine unpeu moins pure que la première; enfin, en évaporant totalement l'alcool, on aura le reste de la cinchonine mélangé de quinine.
La séparation de ces deux alcaloïdes se fera facilement en mettant la masse à macérer dans l'alcool froid à 2b" Cart., G5cent., qui dissoudra la quinine sans attaquer sensiblement la cinchonine.
Enfin, pour avoir la cinchonine très-pure et très-blanche, on la fera redissoudre dans l'alcool bouillant, en ajoutant un peu de noir animal; on filtrera la solution bouillante, la cinchonine cristallisera par le refroidissement.
La cinchonine pure doit être blanche, en aiguilles Cristallines dures; sa saveur est amère; elle est entièrement soluble dans l'alcool et dans les acides étendus; elle est presque insoluble dans l'éther : elle ne doit point laisser de résidu lorsqu'on la brûle.
Le sulfate de cinchonine se prépare de la manière suivante :
Cinchonine pure, Acide sulfurique,
100 gram.
Délayez la cinchonine dans de l'eau distillée bouillante, ajoutez-y l'acide trèsétendu d'eau jusqu'à ce que la liqueur présente une légère réaction acide au papier de tournesol.
La liqueur filtrée sera évaporée lentement dans une étuve-, le sulfate de cinchonine cristallisera en prismes à quatre pans durs et transparents.
On prépare d'une manière semblable presque tous les autres sels de cinchonine.
THERAPEUTIQUE,
Historique. Les propriétés médicales du Quinquina furent tout à fait inconnues en Europe et en Amérique même, jusqu'en 1638. Ainsi cent cinquante ans à peu près s'écoulèrent entre la découverte du Nouveau- Monde et celle des propriétés du Quinquina. On a dit et on a répété que longtemps avant l'expédition de Golomb, de Cortez et de Pizarre, les Péruviens connaissaient les propriétés fébrifuges du Quinquina, mais qu'ils avaient voulu les tenir cachées à leurs oppresseurs. On comprend jusqu'à un certain point que deux ou trois familles s'entendent pour ne pas révéler
334 MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉNIQUES ,
un secret, et que ce secret soit gardé pendant quelques mois; mais que tout un peuple sache une chose, et que tous le cachent pendant un siècle et demi, en haine d'hommes dont ils avaient embrassé la religion, dans la famille desquels ils vivaient, et auxquels ils étaient mêlés par des mariages légitimes ou illégitimes; imaginer que pas un prêtre espagnol n'eût reçu une pareille confidence par l'ascendant de la peur et du confesionnal ; que pas un chef de famille atteint de fièvre ne fût parvenu à surprendre par les menaces, par les supplices ou par la ruse, le secret de ses malades ou de ses domestiques, qui sous ses yeux se guérissaient de la fié-* vre intermittente ; c'est là une de ces idées qui répugnent au bon sens, et on ne comprend pas comment des gens d'ailleurs graves ont pu l'admettre un instant.
Quant à cette autre idée que les Indiens ont été instruits des vertus fébrifuges du Quinquina par des lions atteints de fièvre qui sont venus instinctivement s'abreuver et se guérir dans des mares où gisaient renversés des cinchonas, le lecteur nous permettra d'attendre, pour examiner de pareilles inepties, qu'on ait d'abord bien constaté l'existence des lions dans* le Pérou et jusqu'à quel point ces animaux ont jamais éprouvé la fièvre tierce ou quarte.
Il est beaucoup plus probable que Pécorce du Quinquina aura été essayée contre les fièvres, au même titre que les autres amers conseillés par tous les médecins dans ces maladies, que l'expérience aura démontré l'heureuse influence de ce moyen qui, d'abord connu de quelques personnes, a acquis bientôt une grande notoriété.
Joseph de Jussieu, frère d'Antoine et de Bernard, qui fut envoyé en Amérique, en 1735, avec la mission d'étudier l'histoire naturelle du pays, et d'envoyer ses plantes au Jardin du Roi, désigne positivement les Indiens du village de lîalacatos, à quelques lieues au sud de Loxa, comme les premiers qui aient possédé la connaissance des propriétés du Quinquina. Il jeta sur le papier, à ce sujet, lors de son voyage à Loxa, en 1739, une note qui fait partie d'un mémoire sur le Quinquina écrit en latin et resté inédit. Nous allons ici reproduire le texte de cette note qui se trouve consigné dans le travailsur les trois règnes de la nature de M. Lemaout, p. 121.
« Certum est quipriùs notitiiam virtutis et efficacise hujus arboris habuere, fuisse. [ndos, vici Malacatos. Ilîs, cum, ob calidum simul et hvmidum et inconstantiam temperamenti ac inclementiam , febribus intermittentibus maxime essent obnoxii , remedium tant importuni morbi quxsivissc cessum fuit; et cùm, regnaniibus Ingas, fuerunt Indi botanices pend, et virtutum herbarum indagatores acerrimi, factâ variarum plantarum ex- ■ perieniiâ, tandem Kinakinx corticem ultimum ac fere unicum febrivm intermittentium specificum remedium invenère. Nec alio nomine arbor apud illos nota quant ab effectu. Vocârunt Yara-Chucchu, Cava-Chucchu : Tara idem est ac arbor, Gava idem est ac cortex; Chucchu horror, frigus, febris horripilatio; quasi diceres arbor febrium intermittentium, Ayac-Cava vocârunt, quasi diceres corticem amarum. — Forte fortunâ tum unus ex
societate Jesu lier habuerai per vicum Malacatos, is laborans febri intermittente. Misericordiâ commotus Indorum dux, quem Cacique vocanl, cognito reverendi patris morbo : Sine paululùm, inquit, et ad sanitatem perfectam te restituam. Hoc dicto, exilit ad montent Indus, corticem dictum attulit, et decoctum ipsias patri propina.vit. Sanatus et ad perfectam sanitatem restituais Jesuita, perquisivit quod genus medicamenti applicaverat Indus. 1 Cognito cortice , hujus non exiguam quantitatem collegit Jesuita , et, ad patriam redux eâdem virtute ac in Pemvio.nâ regione pollere expertus est , indè notus primo fuit cortex Pulveris Jesuitici nomine, etc., etc.s>
On dit aussi, et cette anecdote est probablement controuvée, que l'épouse du vice-roi du Pérou, le comte d'El-Cinchon, atteinte à Lima d'une fièvre intermittente opiniâtre, fut guérie par le Quinquina. Ce remède lui avait été indiqué par le corrégidor de la ville, que la clameur publique avait instruit des propriétés de cette écorce.
La vice-reine, par reconnaissance, se fit protectrice du nouveau remède, et le distribua elle-même à tous les fébricitants. De là le nom de Poudre de la comtesse, sous lequel le Quinquina fut d'abord connu : et comme les jésuites de Lima, dans un esprit de charité, se mirent à donner le Quinquina aux pauvres malades, il fut bientôt connu plus particulièrement sous le nom de Poudre des Jésuites ou des Pères. Cependant ceux-ci en envoyèrent à Rome au général de l'ordre, qui en remit une certaine quantité au cardinal de Lugo, d'où le nom de Poudre Cardinale, qui fut donné aussi au Quinquina.
Cependant en 1640, le comte et la comtesse d'El-Cinchon , revenus en Espagne, vantèrent et popularisèrent ce remède, et on en fit venir tout de suite une telle quantité d'Amérique, que les écorces manquèrent, et que les négociants du Pérou trouvèrent plus simple d'y substituer de mauvaises écorces, ce qui, pour un instant, jeta de la défaveur sur le Quinquina.
Le nouveau remède trouva de nombreux détracteurs. Il fut proscrit par des facultés, et des médecins qui osèrent en expérimenter les effets furent l'objet des persécutions. C'était au point que Frassoni , médecin à Rome, qui croyait aux propriétés fébrifuges du Quinquina, n'en put trouver chez les apothicaires qui n'osaient pas en vendre, et qu'il se vit forcé d'adresser ses malades à des religieuses qui leur vendaient ou qui leur donnaient -du Quinquina. (Torti, Therap. spécial., p. 3.) Le Quinquina était déjà en honneur en Angleterre en 1660, suivant le témoignage de Sydenham. Cortex peruvianus, cujus Pulvis Patrum vulgo nomine insignitur, annis abhinc quinque et viginti (1660) "(si benè memini) apud Londinenses nostros , in exterminandis febribus intermittentibus , maxime quart anis, primo cœpit inclarescere (Syd. epist. ad Rob. Brady, 1685). Mais un alderman de Londres et un capitaine étant morts dans un accès, au début duquel ils avaient pris du Quinquina, et la mauvaise administration du remède chez quelques malades n'ayant point empêché les récidives, le Quinquina tomba dans un discrédit dont il ne fut relevé que quelques années plus tard par Sydenham, vers 1670. En 1679, un empirique anglais,
338 MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉNIQUES.
Tabor, Talbor, Talboth ou Talbot (car son nom est écrit de diverses manières par les contemporains), Talbot , disons-nous, qui devait connaître les travaux de Sydenham, guérit Louis XIV d'une fièvre intermittente très-rebelle à l'aide d'un remède secret, qui déjà avait rappelé à la santé un grand nombre de personnes. Le roi lui acheta son secret 48,000 livres, lui fit une pension viagère de 2,000 fr., et f éleva à la dignité de chevalier. Ce remède fut publié par ordre du roi en 4682. [Le remède anglois pour la guérison des fièvres, publié par ordre du roi, par M. de Blegny, à Paris, 1682.) Ce n'était autre chose qu'une teinture vineuse de Quinquina trèsconcentrée.
La puissance de Louis XIV, la haute considération dont il entoura Talbot, la munificence des largesses dont il le combla, l'exemple qu'il donna à son peuple, les ordres qu'il intima aux facultés de médecine du royaume, donnèrent en un instant une vogue inouïe au Quinquina. L'Europe suivit immédiatement le ton donné par la France, et, peu d'années après la publication du secret de Talbot, l'écorce du Pérou était devenue un remède populaire. Mais les travaux de Badus, de Sydenham, de Morton, de To.rti, de Lancisi, de Werlhoff, etc., etc., consacrèrent par les témoignages scientifiques les plus graves la grande puissance du Quinquina et son importance thérapeutique. Quelques voix s'élevèrent, il est vrai, contre ce précieux médicament, et l'on regrette de compter parmi les antagonistes du Quinquina, Ramazzini et Baglivi; mais ces deux praticiens rougiraient peut-être aujourd'hui de ce qu'ils ont écrit sous l'influence de quelques mauvaises passions.
A la fin du siècle dernier, et au commencement de celui-ci, la doctrine de Brown donna au Quinquina, dans le traitement de presque toutes les maladies, une vogue que l'expérience a démentie.
Mais en 1820, MM. Pelletier et Caventou, appliquant au Quinquina les procédés chimiques que Sertuerner avait appliqués à l'opium, découvrirent la quinine, comme celui-ci avait découvert la morphine, et l'administration du Quinquina n'en devint que plus facile.
Action physiologique du Quinquina.
L'action du Quinquina sur l'homme en santé n'est pas toujours aussi innocente qu'il avait plu à quelques thérapeutistes de le proclamer. A dose modérée, la poudre de Quinquina n'offense d'abord que le goût à cause de son amertume extrême ; et son ingestion cause un sentiment de chaleur incommode et de pesanteur dans la région de l'estomac. Chez les personnes un peu irritables, il ne peut être digéré et il provoque des vomissements; le Quinquina rouge a surtout cette fâcheuse propriété. Rarement il cause de la diarrhée. Quelques heures après qu'il a été reçu dans l'estomac, il survient ordinairement des bourdonnements d'oreille, des tintouins, quelquefois de la surdité, des éblouissements et un mal de tête avec sentiment de resserrement des tempes. A la longue, il donne lieu à
des douleurs d'estomac qui prennent chez certaines personnes une intensité remarquable. Ces douleurs, qui persistent pendant un temps assez long, bien qu'on ait cessé l'usage du médicament, cèdent difficilement, et doivent en général détourner les médecins de l'emploi trop longtemps continué du Quinquina dans le traitement des gastralgies qui réclament l'emploi des toniques.
Mais comme en définitive les effets fébrifuges du Quinquina ne sont dus qu'à la quinine et à la cinchonine, il importe d'étudier l'action de ces principes et notamment ceux de la quinine, que l'on doit considérer comme type.
Ces effets sont ceux du Quinquina en poudre exagérés. Mais il faut surtout insister sur les phénomènes cérébraux qui surviennent quand on donne le sulfate de quinine à haute dose. Nous avons vu, à l'hôpital de Tours, une jeune religieuse rester folle pendant un jour pour avoir pris en une dose 125 centigrammes (25 grains) de sulfate de quinine. Un jour, par notre conseil, un malade prit en une fois 3 grammes (60 grains) de sulfate de quinine, pour se guérir d'un asthme qui revenait tous les jours à heure fixe. Quatre heures après l'ingestion du médicament il éprouva des bourdonnements d'oreille, des étourdissements, des vertiges et d'horribles vomissements; nous le vîmes sept heures après l'administration de la quinine, il était aveugle et sourd, délirait, et ne pouvait marcher, tant étaient grands les vertiges qu'il éprouvait; à chaque instant il vomissait; en un mot, il était sous l'influence d'une véritable intoxication. Ces accidents, auxquels d'ailleurs nous n'opposâmes aucune médication active, cédèrent spontanément dans le courant de la nuit. Quand au lieu de donner une dose aussi grande que celle qui avait été prise par ce malade, on en peut donner une moins forte, 75 à 150 centigrammes (15 à 30 grains) dans la journée, on n'évite pas encore tous les accidents; il en est un surtout dont se plaignent la plupart des malades, c'est un obscurcissement de l'ouïe qui va souvent jusqu'à la surdité, il leur semble qu'ils entendent dans le lointain. Nous avons si souvent observé ces phénomènes, et, avant nous, M. Bretonneau, de Tours, les avait si bien indiqués dans ses leçons cliniques, que nous ne concevons pas comment M. Bally déclare n'avoir jamais trouvé le plus léger inconvénient à donner jusqu'à^ grammes (1 gros) de sulfate de quinine par jour. Il faut ou que les malades de M. Bally l'aient trompé, ou que lui-même n'ait pas apporté dans l'examen des faits toute l'attention désirable. L'observation de chaque jour, dit M. Bretonneau, prouve que le Quinquina donné à haute dose détermine, chez un grand nombre de sujets, un mouvement fébrile très-marqué. Les caractères de cette fièvre et l'époque à laquelle elle se manifeste varient selon les individus. Le plus souvent des tintements d'oreille, la surdité et une sorte d'ivresse précèdent l'invasion de cette fièvre, un léger frisson s'y joint; une chaleur sèche, accompagnée de céphalalgie, succède à ces premiers symptômes, s'éteint graduellement et se termine par de la moiteur. Loin de céder à de nouvelles et à de plus fortes doses de ce médicament, la fièvre causée par l'absorption du prinii. 22
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cipe actif du Quinquina ne manque pas (Têtre exaspérée [Journ. des conn. méd.-chir., t. I, page 136).
Ces effets physiologiques du Quinquina signalés dans les termes mêmes que l'on vient de lire, dans la première édition de notre Traité de thérapeutique, avaient été méconnus et niés par la plupart des médecins de notre pays; mais, depuis quelques années, des travaux d'abord à l'étranger et ensuite en France, ont été faits sur cette matière, et bien que les auteurs se soient attribué l'honneur d'une découverte qui appartient tout entière à M. Bretonneau, et que nous avions consignée dans un ouvrage devenu classique, leur témoignage n'en est que plus précieux, et aujourd'hui il n'est pas de médecin, un peu attentif, qui n'ait tous les jours l'occasion de constater les faits sur lesquels nous venons d'insister.
La surdité ordinairement passagère que cause l'ingestion d'une assez forte dose de quinine, peut, dans quelques cas, devenir plus inquiétante et plus durable. Le docteur Ménière, médecin de l'institution des Sourds- Muets de Paris, et qui a fait de si intéressantes recherches sur les troubles de l'ouïe, a vu des individus qui, après l'usage longtemps continué du sulfate de quinine à hautes doses, ont conservé des tintouins pendant plusieurs années; il cite également le fait d'un enfant qui devint sourd immédiatement après l'administration du sulfate de quinine, et chez qui la surdité resta complète durant plusieurs années et ne put pas être entièrement guérie.
Si le sulfate de quinine cause moins souvent le vomissement que le Quinquina en poudre, il provoque plus fréquemment la diarrhée. On peut même affirmer, et c'est encore un résultat expérimentai indiqué et parfaitement constaté par M. Bretonneau, que beaucoup de fébricitants sont purgés par 60 centigrammes à 1 gramme (42 à 20 grains) de sulfate de quinine pris en une seule dose. Nous savons qu'il n'en est pas généralement ainsi à Paris; mais nous parlons ici de gens atteints de fièvres intermittentes légitimes et bien caractérisées, et non de ces fièvres intermittentes, légères et éphémères, qui s'observent en si grand nombre dans nos hôpitaux. Cette action purgative du sulfate de quinine mérite une attention d'autant plus sérieuse que le médicament, s'il purge, n'exerce pas une action fébrifuge aussi énergique. D'où le précepte de l'associer à de faibles doses d'opium, d'abord pour neutraliser son action purgative, en second lieu pour l'empêcher d'irriter l'estomac et de provoquer ces gastralgies qui s'observent souvent à la suite de l'ingestion du Quinquina, et plus souvent encore après celle du sulfate de quinine.
Les effets que le sulfate de quinine produit sur le système nerveux sont parfaitement indépendants de l'action irritante topique qu'il exerce sur la membrane muqueuse du tube digestif. Ce qui le prouve, c'est qu'il irrite quelquefois très-violemment le canal intestinal sans occasionner d'effets généraux, et que d'autres fois il donne lieu à des accidents nerveux assez intenses, sans que des actes de la digestion en aient été troublés.
Nous venons de parler de l'action irritante topique du sulfate de quinine .*
elle a été niée par quelques cliniciens; nous n'aurons à leur opposer que les faits suivants : Chez deux femmes auxquelles nous ne pouvions sans inconvénient administrer le sulfate de quinine par la bouche, nous résolûmes de l'appliquer sur le derme préalablement dénudé avec les cantharides. Nous mîmes donc sur le chorion 50 centigrammes (10 grains) de sulfate de quinine. Cette application produisit une très-véhémente douleur et causa une escarre de près d'une demi-ligne de profondeur. Ce n'est pas à dire que de pareils accidents se présentent toutes les fois que l'on emploie le sulfate de quinine par la méthode endermique, mais toujours au moins les malades se plaignent d'une douleur locale, et il se manifeste des signes peu équivoques d'inflammation.
La poudre de Quinquina est loin de donner lieu à de pareils accidents : c'est que d'abord le principe actif est combiné à Técorce, qui ne le cède que lentement; et qu'ensuite il est corrigé par la grande quantité de principe astringent qui lui est associé.
C'est probablement aussi au principe astringent qu'il contient que le Quinquina en poudre doit de préserver pendant un certain temps les tissus animaux de putréfaction, au même titre d'ailleurs que l'écorce de chêne employé dans l'art du tanneur.
Les notions précédentes sur l'action physiologique du Quinquina seraient peut-être considérées comme insuffisantes, si nous ne les complétions par l'exposé, au moins très-sommaire , des résultats nouveaux dont la science est redevable à quelques médecins de notre époque, et particulièrement à M. le docteur Briquet.
On sait en effet que cet observateur exact et consciencieux, reprenant pour ainsi dire à nouveau la question jadis si controversée de l'action physiologique du Quinquina , s'est appliqué à déterminer, tant à l'aide de l'expérimentation sur les animaux que de l'observation sur les individus malades, l'influence exercée par cet agent sur les différents appareils organiques. Parmi les résultats les plus importants de ses recherches, tant sous le rapport des conséquences théoriques que des applications pratiques, nous signalerons surtout les résultats relatifs à l'action du Quinquina sur le système nerveux encéphalo-rachidien , et plus spécialement encore sur l'appareil de la circulation; et bien que certaines conclusions générales de l'auteur ne s'accordent pas toujours avec nos propres opinions, nous n'hésiterons pas à reconnaître que ses recherches , telles que nous les trouvons exposées dans l'excellente Monographie du Quinquina qu'il a publiée en 1853, sont du plus haut intérêt, et méritent de fixer à la fois l'attention des physiologistes et des pathologistes.
Nous avons cru devoir mentionner plus haut la part importante qui revenait à M. Bretonneau dans le signalement de quelques-uns des principaux phénomènes physiologiques produits par le Quinquina, et nous avons fait ressortir surtout ceux qui témoignent de son action toute spéciale sur les fonctions de l'encéphale.
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Nous devons ajouter que des observations analogues avaient été faites par d'autres médecins contemporains.
C'est ainsi que M. Bally qui, plus que personne peut- être, s'était habitué à manier le Quinquina à haute dose, avait constaté que cette substance jouissait de la propriété de calmer le système nerveux; que plus tard Mérat et Delens, et Guersent ensuite, lui avaient attribué une vertu narcotique très-manifeste; c'est ainsi enfin que M. Jacquot, qui en sa qualité de médecin militaire s'était trouvé en position d'administrer souvent ce médicament à dose très-élevée, lui reconnaît très-expressément une vertu stupéfiante.
D'autre part, l'influence si remarquable exercée par le Quinquina sur le système circulatoire n'avait pas échappé à un certain nombre d'observateurs. Nous pouvons citer Giacomini et quelques autres médecins de l'École italienne, et en France Baudelocque, Guersent, MM. Pereira, Rillet et Barthez, Legroux et bien d'autres médecins de Paris, et avec eux MM. Dupré et Favier, de Montpellier, et un grand nombre d'autres encore, qui tous avaient signalé le ralentissement très-notable du pouls sous l'influence du Quinquina pris à haute dose, soit dans l'état de santé, soit dans le cours de diverses maladies fébriles.
Cette action hyposthénisante du Quinquina sur l'ensemble du système nerveux, et notamment sur l'appareil circulatoire, était donc un fait explicitement reconnu; et pourtant, il faut bien le dire, ce fait avait de la peine à se faire accepter généralement comme chose parfaitement démontrée et définitivement acquise à la science, par la raison peut-être qu'on n'avait pas su montrer toutes les conséquences pratiques qu'il pouvait receler.
Or il faut rendre à M. Briquet justice à cet égard : c'est à lui qu'on doit d'avoir, dans ces dernières années, mis en complète évidence cette propriété hyposthénisante du Quinquina, notamment sur l'appareil circulatoire, et d'avoir, grâce à ses expériences et à ses observations nombreuses, porté la lumière et la précision sur beaucoup de points qui restaient encore entourés de vague et d'obscurité; ajoutons enfin qu'à lui surtout revient le mérite d'avoir été le principal promoteur de quelques applications nouvelles du Quinquina qui, réglées par une sage expérience, doivent constituer une des plus précieuses conquêtes de la thérapeutique.
Action du Quinquina sur V appareil encéphalo-rackidien. — Des expériences sur les animaux répétées de diverses manières, soit au moyen d'injections dans les artères et les veines, soit au moyen de l'introduction des sels de quinine dans l'estomac ; et d'autre part, des observations extrêmement nombreuses, faites sur des personnes saines ou malades, ont conduit M. Briquet à démontrer d'une manière incontestable ce premier fait, savoir : que les alcaloïdes du Quinquina ont une action directe et presque instantanée sur l'axe cérébro-spinal.
Mais relativement à cette action, il établit une distinction capitale qui permet d'expliquer des résultats en apparence contradictoires, dont jusqu'ici on n'avait pas exactement apprécié la véritable cause. En d'autres
termes, en même temps qu'il décompose l'expérience ou la médication en deux périodes, il fait voir que les effets sont très-variables suivant la différence des doses.
Ainsi dans la première période, si le sel est donné à petite dose, il y a excitation des fonctions cérébrales; dans la seconde, au contraire, si l'on en continue l'emploi et si l'on en élève les doses, il y a sédation des mêmes fonctions. M. Briquet montre ensuite que la période d'excitation est d'autant plus prononcée que le sel de quinine a été introduit brusquement, directement, et pour ainsi dire en masse dans le cerveau (il s'agit ici d'expériences sur les animaux), mais qu'elle est presque toujours d'une durée assez courte.
La période de sédation, au contraire, apparaît d'autant plus promptement et plus sûrement, et elle a une durée d'autant plus longue que les sels de quinine ont été mis en rapport avec l'encéphale indirectement, lentement, et pour ainsi dire molécule à molécule, lorsque, par exemple, ils ont été introduits par la voie de l'absorption stomacale, et donnés à doses progressives et graduées.
Chez l'homme, l'observation donne exactement les mêmes résultats que l'expérimentation chez les animaux. Ainsi le sel de quinine, à petite dose, produit également ici une excitation de courte durée, tandis qu'à dose élevée, mais fractionnée et continue, il donne lieu à une sédation plus prolongée et plus longtemps soutenue.
Or c'est précisément cette sédation plus ou moins durable et prononcée qui, aux yeux de l'auteur, constitue le véritable mode d'action du médicament, celui qui lui servira à peu près exclusivement pour rendre compte de ses effets thérapeutiques.
A chacune de ces périodes correspond un ensemble de phénomènes dont l'auteur fait un tableau des plus détaillés- et des plus complets. C'est ainsi qu'on voit ces phénomènes, se déroulant dans une sorte de progression continue, exactement en rapport avec la dose graduellement croissante du sel de quinine, débuter par un simple embarras de la tête, un peu de céphalalgie, des bourdonnements d'oreille, quelques vertiges, une titubation légère, arriver peu à peu à un état d'engourdissement général, à la somnolence, à un commencement de stupeur, à la dureté de l'ouïe, l'obscurcissement de la vue, pour aboutir bientôt à la perte absolue de la vue et de l'ouïe, à l'insensibilité de la peau, à l'immobilité et à la prostration, et finalement à l'anéantissement à peu près complet de toutes les fonctions cérébrales. Ajoutons encore qu'il se joint parfois à ces phénomènes du délire, des convulsions et même des accidents de véritable méningite; et disons enfin que dans quelques cas rares, si la dose a été poussée à l'extrême, on a vu la scène se terminer par le collapsus général, le coma et la mort.
Action du Quinquina sur l'appareil circulatoire. — Le Quinquina produit sur cet appareil une double action à effets opposés, tout à fait analogue à celle que nous venons de constater sur le système encéphalo-rachidien, et subordonnée également à la dose à laquelle il est administré.
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Ainsi le sel de quinine donné à petites doses et à intervalles assez éloignés (15 à 30 centigrammes en plusieurs fois) a pour effet immédiat d'imprimer plus d'énergie aux battements du cœur, et d'augmenter la force et • la fréquence du pouls.
Mais donné à plus haute dose, et toujours d'une manière progressive (c'est-à-dire depuis 1 gramme jusqu'à 2, 3 et même -4 grammes dans les vingt-quatre heures), le sel de quinine produit une sur-sédation sur l'appareil cardiaco-vasculaire, qui se manifeste à la fois par un ralentissement et un affaiblissement des plus notables dans les battements du cœur et du pouls.
Outre cette action hyposthénisante sur le système circulatoire, le sel de quinine à haute dose exerce une influence également dépressive sur la calorification. Ainsi en même temps qu'il diminue la force et la fréquence du pouls, il abaisse d'une manière très-marquée la température de la peau. Selon M. Briquet, cette réfrigération serait le résultat direct du ralentissement de la circulation, et se trouverait toujours en rapport avec ce phénomène.
N'oublions pas d'ajouter que l'usage du sel de quinine, s'il est un peu prolongé, ne tarde pas à modifier le sang lui-même plus ou moins profondément. Ainsi, selon quelques observateurs modernes, et entre autres MM. Mêlier, Monneret et Legroux, le Quinquina a pour effet ordinaire d'augmenter primitivement la ténuité et la fluidité de la masse sanguine. Pour M. Briquet au contraire, dans le principe, la quantité de fibrine augmente dans une proportion notable, en même temps que les globules diminuent. Mais plus tard, si les doses ont été excessives et prolongées, le Quinquina, en ralentissant la circulation générale et en troublant, les fonctions de respiration et d'hématose, amène une stagnation du sang dans les vaisseaux, et par suite lui fait perdre la propriété de se coaguler, et lui donne une couleur noirâtre et un aspect diffluent.
Mais, chose digne de remarque ! tandis que les sels de quinine exercent une action débilitante et dépressive sur les organes dans lesquels ils pénètrent par voie d'absorption, on les voit produire un effet tout diUérent sur les parties avec lesquelles ils sont dans un contact direct et prolongé. Ainsi, lorsque le tube digestif est dans l'état normal, le sulfate de quinine y détermine une excitation modérée, qui se traduit le plus souvent par une simple augmentation d'activité dans les fonctions de cet organe. Que si le tube digestif se trouve dans un état pathologique, ou si la dose est trop élevée, ou bien encore si l'usage du médicament est trop prolongé, cette excitation se change facilement en irritation inflammatoire à tous ses degrés et avec toutes ses conséquences, soif, vomissements, douleurs locales, diarrhée, etc., etc.
Nous faisons observer d'ailleurs que cet effet du sulfate de quinine est exactement analogue à celui que nous présentent l'éther, le chloroforme, l'acide cyanhydrique, qui irritent plus ou moins fortement la partie avec laquelle ces agents sont mis en contact direct, tandis que, s'ils sont ab-
sorbes par l'estomac ou inhalés par les voies respiratoires, ils vont produire sur le système nerveux une action anesthésiante ou stupéfiante.
N'oublions pas non plus, en terminant, de dire que le sulfate de quinine, introduit dans l'économie, va passer rapidement, et en assez grande quantité, par les voies urinaires, et que son contact avec la membrane muqueuse des reins et de la vessie a souvent pour effet d'y produire de l'excitation, quelquefois des douleurs et même de la phlogose, avec les différents symptômes de la cystite, et parfois même de la rétention d'urine. Notons enfin qu'il est facile de suivre les progrès de l'absorption des sels de quinine et de constater la présence de ces sels dans l'urine au moyen d'un réactif d'une sensibilité extrême, le biiodure de potassium, qui en s'unissant à la quinine donne lieu à un précipité ayant la couleur de la poudre de Quinquina orangé. C'est à M. Bouchardat qu'on doit la découverte de ce précieux réactif.
En résumé, après avoir étudié successivement l'action du Quinquina ou de ses alcaloïdes sur les différents appareils organiques, et avoir constaté une diminution très-manifeste de la puissance nerveuse dans ces principaux appareils, M. Briquet se trouve conduit à dénier à ces alcaloïdes toute propriété tonique, qu'il réserve exclusivement au Quinquina en nature, ou pour mieux dire, aux parties extractives et surtout au tannin contenus dans cette écorce.
Au lieu de cette vertu tonique qu'il regarde comme complètement usurpée, M. Briquet ne yeut plus voir dans le sulfate de quinine que la faculté d'exercer une action sédative et hyposthénisante sur l'ensemble du système nerveux, et plus spécialement sur la portion du système ganglionnaire qui préside aux fonctions de circulation et de calorification ; et sous ce rapport, il croit devoir lui assigner sa place à côté de l'opium et de la digitale, dont il semble réunir la vertu stupéfiante et sédative.
Ajoutons que la propriété tonique du sulfate de quinine se trouvant supprimée, l'auteur n'est nullement embarrassé à faire dériver de son action hyposthénisante tous ses effets thérapeutiques anciennement reconnus ou nouvellement constatés, et qu'il n'hésite même pas à faire rentrer dans ce vaste système d'explication les propriétés fébrifuge et antipériodique du Quinquina. Toutefois , il lui reste un scrupule. Nous avons vu que , contrairement à l'opinion de quelques observateurs qui attribuent au sulfate de quinine administré à haute dose la propriété d'agir comme dissolvant sur la masse sanguine, M. Briquet reconnaît à cet agent la propriété précisément inverse d'élever de prime abord le chiffre de la fibrine et de donner au sang plus de plasticité. Or cette particularité qui, pour le dire en passant, ne paraît pas se concilier facilement avec l'idée d'un médicament qui serait essentiellement antitonique, suffit néanmoins à l'auteur pour l'empêcher de considérer le sulfate de quinine , avec l'École italienne , comme un véritable contro-stimulant, et avec quelques autres, comme un pur antiphlogistique. Aussi louerons-nous M. Briquet de cette sage restriction, par la raison que, comme praticien, il aura le bon esprit den tirer
plus d'une fois des motifs de contre-indication dans des cas où ce médicament ne peut qu'être essentiellement nuisible.
Quoi qu'il en soit, des expériences et des observations les plus probantes, il ressort un fait, aujourd'hui définitivement acquis à la science, c'est que le Quinquina à haute dose possède une action sédative et hyposthénisante sur l'ensemble du système nerveux , et que cette action s'exerce d'une manière pour ainsi dire élective sur la sensibilité générale , et plus spécialement encore sur l'appareil circulatoire. Ajoutons qu'à ce titre le sulfate de quinine a pu être, mieux que la digitale elle-même, qualifié d'opium du cœur, s'il est vrai qu'il déprime plus profondément sa force contractile, et qu'il ait le pouvoir non-seulement de ralentir, mais d'affaiblir les battements de cet organe , tandis que la digitale , tout en les ralentissant, leur donne, primitivement au moins, une plus grande énergie.
Maintenant, de quelle manière doit-on entendre cette action sédative du Quinquina? est-elle primitive ou secondaire, directe ou indirecte? et puis en présence d'un fait si important et à peine entrevu , fait qu'il venait de travailler avec tant de soin à mettre en lumière, M. Briquet n'a-t-il pas été entraîné à lui faire théoriquement une part trop exclusive et à tomber à cet égard dans l'esprit de système et peut-être même dans le paradoxe? c'est ce que nous n'avons pas à rechercher ni à discuter en ce moment , ces questions devant se présenter plus loin au chapitre de la médication névrosthénique. Mais une autre tâche va nous rester à remplir : c'est d'indiquer quelques-unes des applications qui se rattachent à la découverte de ce fait nouveau, et de faire connaître le rôle important, mais parfois abusif, que le sulfate de quinine a joué depuis quelques années dans la thérapeutique de beaucoup de maladies fébriles et inflammatoires.
Action thérapeutique du Quinquina.
Fièvres intermittentes. S'il est, dans la matière médicale, une action médicamenteuse démontrée , c'est celle du Quinquina dans les fièvres intermittentes. Aussi ne discuterons-nous pas un fait aujourd'hui irréfragable; nous étudierons seulement les divers modes d'administration du Quinquina dans ces fièvres.
Faut-il donner le Quinquina avant, pendant ou après l'accès?
A quelle dose faut-il le donner?
A quels intervalles les doses doivent-elles être répétées, 1° pour guérir; 2° pour prévenir ?
Par quelles voies convient-il d'administrer le Quinquina?
Quelles modifications les règles que nous poserons doivent-elles subir suivant la nature, le caractère de la fièvre intermittente; suivant le lieu dans lequel elles sont contractées? Faut-il un traitement préalable, et quelle est l'influence de ce traitement?
A. Faut-il donner le Quinquina avant, pendant ou après l'accès?
La méthode romaine, la première qui fut connue en Europe , et qui
avait été enseignée par les jésuites de Lima à ceux de Rome, voulait que l'on donnât le Quinquina immédiatement avant l'accès. Si la fièvre était double-tierce, on administrait le médicament au début de l'accès le plus violent, afin de détruire plus sûrement le paroxysme du lendemain qui était naturellement plus faible. Cette méthode était généralement adoptée en Italie ; c'était celle que Torti tenait de son maître, celle qu'il suivait dans les fièvres intermittentes ordinaires. (Therap. specialis, cap. VIII.)
Sydenham, au contraire, voulait que l'on commençât à donner le Quinquina à la fin du paroxysme, et jamais au début, et toutes les quatre heures il en faisait prendre une nouvelle dose jusqu'à l'heure présumée de l'accès qui devait suivre.
Cette méthode, dite méthode anglaise, que Torti ne blâmait pas, bien qu'il ne voulût pas la suivre, fut hautement adoptée et proclamée par Sydenham , qui se l'appropria et qui fit sentir les inconvénients qu'il y avait à donner le Quinquina au début du paroxysme; Morton suivit en cela la pratique de Sydenham.
Cullen, dans sa matière médicale, revint à l'opinion de Torti et la soutint opiniâtrement; mais de nos jours M. Bretonneau, de Tours, expérimenta comparativement ces divers modes d'administration, et se rangea pleinement à l'opinion de Sydenham. Il vit, ce que d'ailleurs Sydenham avait parfaitement indiqué, il vit, disons-nous, qu'en donnant le Quinquina immédiatement avant le paroxysme, le médicament était souvent vomi: ce qu'avait reconnu Torti lui-même, qui, pour celte raison , consentait à le donner quelquefois après l'accès : Exhibendo videlicet drachmas duas chinachinae , invadente paroxysmo, vel, simavis, eodem déclinante ; siquidem in principio accessionis metus est, ne vomitu, tune temporis, facile rejiciatur. (Torti, Therap. spec. , cap. VII, p. 58.) Il constata que le paroxysme était plus violent, plus douloureux pour le malade quand le Quinquina avait été administré avant l'accès ; que pourtant l'accès suivant n'en était pas moins supprimé ou singulièrement atténué ; qu'en outre on obtenait cet heureux résultat tout aussi sûrement lorsqu'on faisait prendre l'écorce du Pérou immédiatement après le paroxysme; que par conséquent il n'y avait que de l'inconvénient et nul avantage à suivre le mode adopté par Torti. Nous verrons plus bas comment, dans le traitement des fièvres pernicieuses, il convient de s'écarter de cette règle.
En résumé, M Bretonneau , après Sydenham , formule sa pratique en ces termes : Administrez le Quinquina le plus loin possible de l'accès à venir. (Journ. des connais, méd ,-chiriirg . , t. I, p. 435.)
La raison de ce précepte est toute simple. Le Quinquina n'agit pas par un principe volatil et diffusible qui , absorbé immédiatement , soit mis rapidement en contact avec tous les tissus de l'économie ; son principe actif est absorbé assez "lentement, et il lui faut un certain temps pour modifier puissamment l'organisme. Ce temps, quand la dose de Quinquina n'excède pas les limites ordinaires, est au moins de dix-huit ou vjngt-quatre heures. Quand la dose au contraire est plus forte, six, huit, douze heures suffisent.
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Si donc on donne le Quinquina au commencement de l'accès , quel but peut-on se proposer? De supprimer ce même accès? La chose est impossible. De supprimer le suivant? Mais pourquoi avoir laissé au malade un paroxysme de plus, lorsque, en donnant le fébrifuge au moment où finissait l'accès précédent, on avait assez de temps pour que le Quinquina fût absorbé ?
Nous devons dire toutefois que le sulfate de Quinine n'a pas besoin d'être donné aussi longtemps avant l'accès que le Quinquina ; cependant jamais un accès de fièvre ne sera prévenu, même par le sulfate de Quinine, aussi sûrement que si le médicament a été administré très-longtemps avant l'invasion du paroxysme.
B. A quelles doses faut-il donner le Quinquina? Sydenham et Morton administraient le Quinquina en nature ou l'incorporaient dans un opiat ; mais ils le faisaient prendre à doses peu fortes, répétées plusieurs fois par jour et continuées pendant un certain temps. Mais Torti , qui suivait la méthode romaine, voulait qu'on donnât en une fois une forte dose, estimant qu'on obtenait par ce moyen bien plus qu'en fractionnant et en divisant en plusieurs jours une quantité de Quinquina beaucoup plus considérable.
« Six scrupules de poudre de Quinquina pris successivement dans l'es- » pace de six jours, bien qu'égaux en poids à deux gros , sont bien loin » d'avoir la même activité, que ces deux gros pris en un seul coup. Ceci » est d'une vérité et d'une importance pratique capitales. D'où il suit » qu'avec six gros ou une once de Quinquina , tel médecin guérira une » fièvre intermittente qui déjà a duré longtemps, et même en préviendra » le retour ; tandis que tel autre n'en viendra pas à bout avec trois ou » quatre onces de la même poudre. Le premier aura donné, du premier » coup, deux gros, ce qui suffira pour supprimer immédiatement l'accès; » puis, après un intervalle d'un ou deux jours, il donne encore un gros » en une fois, et autant, le jour suivant : il laisse alors un intervalle de » huit jours à peu près , et , durant une semaine , il administre un demi- » gros chaque jour; de cette manière il a empêché toute récidive : le se- » cond, au contraire , n'a pas guéri , en donnant chaque jour un scrupule, » et en employant en tout trois onces de Quinquina. » Neque enim sex scrupuli v. g. pulveris , per sex successivos dies assumpti , équivalent activitati, licet œquivaleant ponderi duarum drachmarum uno haustu assumptarum : quod, ut maxime verum est , ita maxime notandum in praxi. Hinc est, quod unus medicus , cum drachmis sex , vel unciâ unâ chinachinx} quamlibet febrem intermittentem diuturniorem sanet, et etiam prsecaveat, alter vero cum unciis tribus vel quatuor, vix ac ne vix quidem id assequatur; si videlicet primus drachmas dicas prima vice porrigat (quibus solis febrem immédiate supprimit), dein, post unam vel altérant diem, drachmam unam iterum propinet , ac , sequenti die , alteram similiter drachmam, demumque, interposito octo circiter dierum spatio, semi drachmam quotidie per alios octo dies continuos exhibeat, quâ methodo omnis fere semper info-
betur récidiva : alter vero très uncias, ad scrupuluni unum quotidie, prope inutiliter, impendat. [Loco cit., p. 55.)
« 12 grammes (3 gros) et même 8 grammes (2 gros) de Quinquina jaune royal suffisent ordinairement pour supprimer un accès de fièvre intermittente légitime; mais cette dose doit être administrée en un seule fois. La même quantité fractionnée ne produit plus le même effet. 60 grammes. (2 onces) du même Quinquina ont été donnés dans l'espace de cinq à six jours, dans les intervalles apyrétiques, sans que la fièvre ait été supprimée, tandis que 15 grammes (4 grqs) administrés en une seule fois ont eu les résultats accoutumés. » [Journ. des connaiss. méd.-chirurg., t. I, p. 135.) Il ne faut pas cependant entendre, suivant la lettre judaïque, ce précepte deTorti et de M. Bretonneau. Nous avons souvent entendu ce dernier expliquer ce qu'il entendait par une seule dose. Il veut que, dans un espace de temps très-court, une, deux , trois heures au plus, la quantité prescrite de Quinquina soit ingérée; car on conçoit qu'il est des malades qui ne supporteraient pas aisément d'avaler d'un coup 15 grammes (1 demi-once) de poudre de Quinquina. Ceci s'applique aussi au sulfate de quinine.
En formulant, nous dirons : Le Quinquina doit être administré à la dose de 8 à 15 grammes (2 à 4 gros) en une seule fois ou à des intervalles trèsr approchés.
La plupart des médecins, dans l'administration du Quinquina ou du sulfate de quinine, refusent d'adopter le mode conseillé par Torti et par M. Bretonneau. Très-certainement ils guérissent la fièvre, mais à plus de frais et avec plus d'inconvénients que les autres.
C. A quels intervalles les doses doivent-elles être répétées pour guérir, pour prévenir la fièvre ?
Nous venons de voir que le Quinquina devait toujours être donné d'abord dans un intervalle apyrétique et le plus loin possible de l'accès à venir, c'est-à-dire à la fin d'un paroxysme; nous avons vu ensuite qu'il fallait en donner une forte dose pour supprimer un accès.
Sans doute, et nous en avons vu mille exemples, quand on administre le Quinquina en temps et aux doses convenables, l'accès suivant est supprimé; mais il ne l'est pas si nettement que le malade n'en éprouve encore quelques légers souvenirs : ce sont ou une chaleur plus vive accompagnée de malaise, ou, ce qui est bien plus ordinaire, des sueurs abondantes qui se reproduisent aux jours où le paroxysme devrait avoir lieu. La fièvre alors n'est véritablement pas guérie, et si l'on cesse brusquement le médicament fébrifuge, on voit bientôt reparaître les accès, d'abord plus faibles et moins tranchés, bientôt avec leurs caractères les plus nets et les plus positifs. D'où le précepte admirable énoncé par Torti dans le passage que nous citions tout à l'heure; précepte qu'il tenait lui-même de ses maîtres et des médecins romains qui les premiers avaient donné le Quinquina. Cette méthode avait été adoptée par Sydenham, qui dans ses ouvrages l'a reproduite avec tant d'insistance, qui l'a motivée par tant de raisons pra-
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tiques, qu'elle a pris le nom de ce grand homme, et qu'elle est connue dans tous les écrivains du siècle dernier sous le nom de méthode de Sydenham. Sydenham pensait que la récidive tenait à ce que le sang n'était pas assez saturé du fébrifuge; et pour la prévenir, il comprit qu'il fallait donner une nouvelle dose avant que l'influence de la précédente fût entièrement annulée. Récidiva ex eo videbatur nasci,guod sanguis non satis exsaturaretur virtute febrifugi, quod utut efficax, unâ tamen vice morbo penilùs exterminando par non fuit : idcircô autumabam nihil ad eam prsecavendam xque posse conducere atque methodum repeiendi pulveris, etiam devicto ad prsesens morbo, justis semper intervallis, antequàm scilicet vires prxcedentis dosis prorsùs elanguescerent . {Epist. ad Rob Brady.)
Sydenham y met plus d'insistance; il spécifie avec cette minutie des bons praticiens qui ne croient jamais qu'un détail soit de trop. « Si, dit-il, je suis appelé le lundi auprès d'un malade atteint de fièvre quarte, et que son accès doive venir ce jour même, je ne fais rien; je lui fais seulement espérer la guérïson de l'accès ultérieur. Alors pendant les deux jours d'intermission, savoir le mardi et le mercredi, je donne de quatre heures en quatre heures une dose selon la formule suivante : Poudre de Quinquina, 1 once (32 grammes) ; sirop de roses ou d'œillet, quantité suffisante pour un électuaire que l'on divise en douze doses (chaque dose contenant 2 grammes et demi de Quinquina). Le malade prend une dose toutes les quatre heures, immédiatement après l'accès, et un peu de vin par-dessus. Au lieu de l'électuaire. on prendra du vin de quinquina préparé avec 1 once (32 grammes) d'écorce, par deux livres, 1 kilogramme de vin rouge. La dose sera de huit à neuf cuillerées (100 à 150 grammes) de quatre en quatre heures. Le jeudi, jour présumé de l'accès, le malade ne prend rien; il a d'ailleurs fini le Quinquina. Mais pour éviter les récidives, le huitième jour juste après l'administration de la dernière dose, je recommence exactement de la même manière ; et quoique, en général, cet emploi deux fois répété du Quinquina suffise le plus souvent pour anéantir la fièvre, cependant le malade ne sera en sûreté que si le médecin revient à la même médication une troisième et une quatrième fois.
» La même méthode me réussit dans les fièvres tierces et quotidiennes; je les attaque immédiatement à la fin du paroxysme, je les poursuis par l'administration du remède donné aux intervalles que j'ai indiqués tout à l'heure, avec cette différence toutefois que si entre deux accès de quarte i il faut distribuer 1 once (30 grammes) de quinquina, 6 gros (24 grammes) suffiront dans les fièvres tierces etquotidiennes. »
Ad segrum quartanâ febri laborantem accersitus (die lunse, verbi gratiâ), | si paroxysmus eodem die sit invasurus, nihil prorsùs moveo, sedid tantum ago ut sperare faciam eum à proximè venturo liberatum iri. Ac proindè binis diebus intermissionis (Martis scilicet et Mercurii), corticem exhibeo hune in modum. Corticis Peruviani pulverat., unciam unam; cums. q. syrupi caryophyllorum, vVl de rosis siccis. Fiat electuarium, dividendum in duodecim partes^ quarum unam capiat} quarto, quâque horâ, incipiendo
immédiate post paroxysmum, superbibendoque haustum vint cujuslibet. Sed minori cum molestiâ, eodem tamen fruciu, hujus pulveris una unica admisceri poterit libris duabus vini clareti, atque ejas cochlearia octo vel novem exhiberi iisdem quse dicta sunt temporis intcrvallis. Die Jovis, quo metuitur paroxysmus, nihil impero. Verum enimvero, ne morbus denuo recrudescat, die octavo pjrsecisè à quo postremam dosin œger asswnpsit eamdem prsefati pulveris quantitatem, eâdem quâ priks methodo, certo certiùs exhibeo. Quamvis autem repetita hoc modo semel medicatio persœpè morbum confîciat, non tamen prorsus in tuto collocatur œger, nisi medico ter quaterve eamdem methodum eodem temporis intervallo iteranti.
Dicta methodus usu mihi venit in cœteris febribus intermittentibus. Sive tcrtianis, sive quotidianis ; vtrasque enim statim à finito paroxysmo aggredior, et repetito per jàm commemorata paroxysmorum interstitia medicamine urgeo atque à tergo premo ; hoc tamen discrimine, quod cum quartana rarissime nisi unicâ unâ in doses dispey^titâ, reliqux sex drachmis possint expugnari. (Ibid.)
La méthode adoptée par Torti, comme on peut le voir, diffère à peine de celle de Sydenham. Stoll, Van Swieten, avaient reconnu l'utilité pratique des conseils de l'Hippocrate anglais, et, de nos jours, M. Bretonneau a constaté, par de nouvelles expériences, l'excellence de cette méthode.
Essayons de résumer brièvement les diverses méthodes curatives de la fièvre. Elles peuvent se réduire à trois.
Méthode de Torti ou méthode romaine.
Méthode de Sydenham ou méthode anglaise.
Méthode de Bretonneau ou méthode française.
Méthode de Torti. Deux gros (8 grammes) de Quinquina, en une seule dose, ou immédiatement avant l'accès, ou au déclin de l'accès. — Un ou deux jours d'intervalle, puis, deux jours de suite, un gros (4 grammes) en une seule fois. Huit jours de repos, puis un demi-gros (2 grammes) huit jours de suite.
Méthode de Sydenham ou méthode anglaise. Une once (30 grammes) ou six gros (24 grammes) de poudre de Quinquina, distribuée de quatre en quatre heures, par doses de 2 scrupules (2 grammes et demi) à partir de latin de l'accès. Huit jours après le début du traitement, reprendre la même médication, et y revenir deux foisencore aux mêmes intervalles et exactement de la même manière.
En évaluant en sulfate de quinine, nous avons 3 grammes de sulfate de quinine, distribués de quatre en quatre heures par doses de 15 centigrammes.
Méthode de Bretonneau ou méthode française. Quinquina, 8 grammes (2 gros) ou sulfate de Quinine 4 gramme (20 grains) en une seule dose, ou en deux doses très-mpprochées, le plus loin possible de l'accès à venir, cinq jours d'intervalle, même dose, huit jours d'intervalle, même dose; et de huit jours en huit jours la même dose, pendant un mois. Si la fièvre dure depuis très- longtemps, il continue, mais il peut élever davantage les
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doses; il met alors des intervalles successifs de 10, 15, 20, 25, 30 jours; et, de cette façon il prévient sûrement les récidives, ce qu'on n'obtenait pas, à beaucoup près, avec la même certitude, en s'en tenant rigoureusement à la méthode de Sydenham.
Méthode de Bretonneau modifiée par nous. Pendant trois années que nous avons passées à l'hôpital de Tours, suivantlacliniquedeM. Bretonneau, nous n'avons jamais vu qu'une fois cette méthode ne pas guérir une fièvre intermittente; mais depuis que nous sommes nous-même à la tête d'un service d'hôpital à Paris, il nous est arrivé assez souvent, tout en adoptant exactement les formules de notre illustre maître, de ne pas couper nettement des fièvres intermittentes d'ailleurs parfaitement légitimes. Le premier accès qui suivait l'administration du Quinquina était reculé, singulièrement atténué et quelquefois même supprimé; mais le second ou tout au moins le troisième reparaissait, plus ou moins modifié. C'était là un inconvénient assez grave. Nous y avons paré par la méthode suivante :
Immédiatement après l'accès, 8 grammes de Quinquina calysaya ou i gramme de bon sulfate de Quinine.— * Un jour d'intervalle, même dose : deux jours d'intervalle, même dose : trois jours d'intervalle, même dose : quatre jours d'intervalle, même dose, — Le reste suivant la méthode indiquée par M. Bretonneau.
La méthode du médecin de Tours ne manque que bien rarement son effet lorsque les fièvres ne durent pas depuis longtemps, et surtout lorsque la mauvaise administration du Quinquina n'a pas blasé l'économie sur ce précieux médicament; mais lorsque le malade a eu de nombreuses récidives de fièvres, lorsqu'il a déjà pris souvent du Quinquina ou du sulfate de Quinine, il faut recourir au mode d'administration que nous avons indiqué, si l'on veut en finir vite avec la maladie; et mieux encore à la méthode de Sydenham, en s'en tenant rigoureusement aux doses indiquées par cet illustre praticien.
Nous voulons faire ici une importante remarque qui fera mieux ressortir encore l'excellence de la méthode de Sydenham et de M. Bretonneau, c'est que, si, après l'administration la mieux entendue du Quinquina, on cesse brusquement de donner le remède, la fièvre revient, et alors il faut recommencer sur nouveaux frais exactement de la même manière qu'au début du traitement.
Les avantages que présente la méthode de Sydenham et de M. Bretonneau sont d'abord d'être certainement plus curative que les autres; mais elle est exempte encore de quelques graves inconvénients sur lesquels nous devons appeler l'attention de nos lecteurs.
Lorsque, par d'autres méthodes, on donne tous les jours une dose faible de Quinquina, la fièvre est modifiée et guérie quelquefois, mais plus difficilement et moins sûrement; il survient bientôt de vives douleurs d'estomac, sous quelque forme qu'on l'administre. Si donc la fièvre reparaît, on ne peut plus la guérir. Mais si de fortes doses sont renouvelées chaque jour et continuées pendant longtemps, outre les douleurs d'esto-
mac dont nous venons de parler, il se manifeste une espèce de fièvre parfaitement indiquée par M. Bretonneau, et qui affecte un type intermittent quand le Quinquina est donné d'une manière intermittente. Cette fièvre est une espèce de cercle vicieux dans lequel tournent très-souvent des médecins inexpérimentés, ignorants de l'action du Quinquina; ils redoublent les doses du médicament et jettent le malade dans un état qui peut être fort grave.
Un autre inconvénient, c'est celui qui résulte de l'accoutumance, s'il nous est permis de nous servir de cette vieille expression. Les malades, à force de prendre du Quinquina, finissent par être insensibles à son action, et la fièvre se renouvelle malgré les doses que l'on donne chaque ' jour. On comprend que, dans la méthode de Sydenham, ces inconvénients sont évités.
Parmi les accidents attribués au Quinquina, il en est qui certainement ne lui sont pas imputables : nous voulons parler de l'engorgement de la rate. Dès les premiers temps de la découverte de l'écorce du Pérou, ce grief fut un des plus graves qu'on lui reprochât, et de nos jours encore il se trouve des médecins qui renouvellent cette vieille querelle. La question est assez complexe, et voici pourquoi : quand la fièvre intermittente dure depuis longtemps, il est ordinaire que les malades aient pris du Quinquina; la rate, dans ce cas, est toujours engorgée : faut-il attribuer cet engorgement à la maladie ou au médicament ? Au lieu d'accuser le Quinquina, comme le faisaient et comme le font encore les détracteurs de cette précieuse substance, il faut rechercher avec soin, dans les pays où règne endémiquement la fièvre intermittente, des individus qui n'aient jamais pris de Quinquina, et qui souffrent de la fièvre depuis cinq ou six mois; chez eux on trouvera presque invariablement la rate hypertrophiée; et cet engorgement de la rate peut même être constaté parla percussion après cinq ou six accès; et M. Bailly, de Blois, l'a souvent reconnu à l'autopsie, dans les fièvres intermittentes pernicieuses, chez des malades qui n'avaient pas pris de Quinquina. D'un autre côté, il est facile de s'assurer que la rate conserve son volume normal chez les personnes qui, pour une affection névralgique ou autre, ont eu souvent recours au
Nous avons vu comment le Quinquina devait être administré dans les fièvres intermittentes simples, et nous avons longuement insisté sur les avantages de la méthode de Sydenham ; mais cette méthode, préférable à tous égards dans les cas simples, doit être modifiée dans le traitement des fièvres pernicieuses.
Mercatus, de l'aveu de Torti lui-même, est le premier qui ait bien décrit la fièvre pernicieuse; mais il ne l'a pas traitée avec bonheur. Sydenham en avait entrevu quelques cas et avait indiqué les avantages que l'on pourrait retirer de l'administration du Quinquina; mais Morton formula plus explicitement l'heureuse influence du Quinquina dans ces fièvres, sans pourtant indiquer une méthode à l'aide de laquelle on pût en
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triompher presque toujours. C'est à Torti vraiment que l'on doit d'avoir fixé le traitement de ces fièvres redoutables. Le premier, il fit comprendre que la méthode de Morton, qui consiste à donner toutes les trois ou quatre heures 4 grammes (1 gros) de Quinquina, est vicieuse en tous points, à moins qu'on n'ait à traiter une quarte pernicieuse qui laisse une longue apyrexie ; mais quand la fièvre est tierce subintrante, ou seulement rémittente, comme il arrive souvent, il est évident qu'une méthode aussi molle ne peut convenir.
Torti, le premier, comprit qu'il fallait gagner de vitesse l'accès qui allait venir, et, pour cela, donner une dose triple ou quadruple de celle qu'il administrait dans les fièvres intermittentes simples. Il faisait donc prendre au malade d'un seul coup 15 à 24 grammes (4 ou 6 gros) de Quinquina. Mais il faut, dit ce praticien, que le médicament soit administré au moins douze heures avant le prochain accès, et le plus loin possible de ce paroxysme. «Siquidem necesse est, bonam quantitatem intra brève tempvs hausisse, et hausisse, longe ante horam, quantum fieri potest, futuri paroxysmi.» (Torti, Ther. spec, lib. m, c. 3, p. 146.) Il donnait le Quinquina, non pas au moment de l'intermission, car une intermission complète souvent n'a pas lieu dans les fièvres pernicieuses, mais à l'époque où les accidents du paroxysme précédent commençaient à diminuer un peu, et, en un moj, au début de la période de rémission.
Cette méthode, infiniment supérieure à celle de Morton, n'est pourtant pas elle-même exempte de reproches. On ne peut se dissimuler que, dans les fièvres tierces, pernicieuses, subintrantes, l'intervalle entre la rémission de l'accès qui précède le début de celui qui suit ne soit souvent trop court pour permettre au Quinquina d'être absorbé et d'agir utilement.
M. Bretonneau, pénétré de la gravité de cette objection, modifia la méthode de Torti en ce sens qu'il commence l'administration du Quinquina au milieu du paroxysme et dès qu'il en a constaté les caractères pernicieux. De cette manière, il se ménage au moins vingt-quatre ou trente-six heures avant le début de l'accès suivant, et il arrive toujours à temps pour le prévenir. Il n'est pas effrayé par l'idée d'augmenter l'intensité de l'accès pendant lequel il donne le Quinquina, car l'expérience lui a appris que le médicament n'agit que plusieurs heures après avoir été administré, et par conséquent à l'heure où la rémission va commencer. Comme il a devant lui un espace de temps fort long, il n'est pas forcé de donner du premier coup une dose aussi forte que celle de Torti ; ainsi il conseille pour la première dose 12 grammes (3 gros), et il fait répéter cette quantité toutes les trois heures, jusqu'à ce que le malade ait ingéré 35 grammes (9 gros) de poudre de Quinquina.
La méthode de M. Bretonneau est certes la plus pratique et la plus efficace, et nous n'hésitons pas à la placer au-dessus de celle de Torti, dont elle n'est d'ailleurs qu'une modification.
Du moment que l'accès pernicieux a été supprimé ou beaucoup atténué, il n'est plus nécessaire de continuer le Quinquina à des doses aussi élevées
que celles qui ont été indiquées tout à l'heure. Il conviendra cependant de donner, quelques jours de suite, 8 à 12 grammes (2 à 3 gros) de Quinquina, pour reprendre ensuite la méthode de Sydenham telle que nous l'avons modifiée.
Avant de cesser de parler de la fièvre intermittente dans ses rapports avec l'emploi du Quinquina, il est bon de nous arrêter quelques instants sur une question qui a beaucoup occupé nos devanciers et qui mérite de nous occuper encore. Cette question est la suivante : Combien de temps après le début de la fièvre faut-il administrer le Quinquina?
Hippocrate a dit : Tertiana exquisita quinque aut septem periodis ad summum judicatur (aph. 5, sect.9). Judicatur ad summum nono (coac. 148). Cette sentence d'Hippocrate, qui est loin d'être vraie,*a dominé pourtant la thérapeutique des écoles, et, dans l'espoir de voir se juger spontanément la maladie, on attendait jusqu'après le septième accès, de peur de troubler les efforts salutaires de la nature. Souvent, sans doute, pour les fièvres intermittentes vernales, les prévisions du père de la médecine se réalisaient; mais dans les fièvres tierces d'automne on attendait vainement le jugement annoncé par Hippocrate.
Le divin vieillard ne respectait pourtant pas lui-même ce travail de la nature jusque-là qu'il s'interdît absolument toute intervention médicale avant le septième accès ; bien loin de là, nous le voyons conseiller des purgatifs après le troisième accès : Cum tertiana febris detinuerit, siquidem impurgatus seger tibi videatur, quarto die medicamentum purgam exhibeto. (Lib. De affec.)
Boerhaave insiste également sur la nécessité de n'administrer le Quinquina que lorsque la fièvre a déjà duré un certain temps, morbusjam aliquo tempore durwit (aphor. 767, t. II, p. 508). Et Van Swietcn, son commentateur, renchérit encore sur le dire du maître : Maximi momenti hsec régula est, quâ neglectâ, mors quandoque, sœpius autem dira et anomala penitus symptomata secuta fuerunt, ipsa certè longe pejora (ibid., p. 511). Sydenham n'était pas moins explicite. Curandum est ante omnia, ne prsematurè nimis hic cortex ingeratur, ante scilicet quàm morbus, suo se marte aliquantisper protriverit. (Op. omn., sect. 1, cap. 5, p. 112.) Il est peu de praticiens qui n'approuvent la justesse du précepte de Boerhaave et de son commentateur ; mais il est essentiel d'en comprendre et d'en étudier les motifs.
Beaucoup de fièvres continues débutent par des accès qui simulent une fièvre double-tierce légitime, rarement une tierce, jamais une quarte. Cela peut s'observer dans tous les climats, dans toutes les saisons; mais c'est un fait très-ordinaire dans les pays où la fièvre intermittente règne endémiquement, et surtout à l'automne. Si donc une pleurésie latente, une phlegmasie profonde et obscure, une dothinentérie, prennent, à leur début, le type intermittent tierce ou double-tierce, il est bien évident que les accidents seront généralement aggravés par le Quinquina, et alors on accusera le médicament quand il faudrait accuser le médecin qui a commis une erreur de it. 23
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diagnostic, en prenant une phlegmasie ou une pyrexie avec symptômes intermittents pour une fièvre intermittente légitime. C'était ce qu'avait parfaitement compris Boerhaave, qui complète de la manière suivante l'aphorisme que nous citions tout à l'heure : Si autem febris autumnalis vehemens morbusjàm aliquo tempore duravit, neque signa adsint internée inflammationis, neque collecti alicubi puris , neque obstructi admodum hujus illiusve visceris, cortice peruviano abigetur, etc. Le médecin devra donc, au début d'une fièvre intermittente, s'attacher à constater si la fièvre est symptomatique d'une lésion viscérale quelconque; et si, après un examen attentif, si d'après les antécédents du malade, il acquiert la certitude que la fièvre est légitimement intermittente, il peut, sans attendre les sept accès d'Hippocrate, l'attaquer sans crainte, et ce sera toujours avec avantage. Mais comme l'erreur est à toute force possible, même pour le médecin le plus attentif, il y aura prudence à attendre, si toutefois il ne survient aucun symptôme pernicieux.
Il est d'ailleurs un signe assez précieux à l'aide duquel, au début des fièvres, on peut distinguer si la fièvre est symptomatique ou essentielle. Ce signe se tire de l'examen comparatif des paroxysmes. Quand une fièvre intermittente légitime débute, il arrive souvent que l'apyrexie ne soit pas parfaitement tranchée pendant les six ou sept premiers jours, et que la lièvre, plutôt rémittente qu'intermittente, semble symptomatique d'une phlegmasie viscérale; mais on remarque que la rémission devient de plus en plus tranchée, que le début de chaque paroxysme se dessine par un frisson de plus en plus fort, de sorte que le doute déjà ne subsiste plus au quatrième ou au cinquième accès. Et au contraire, dans la fièvre symptomatique, il n'est pas rare de voir, au début, une intermittence complète; mais, à mesure que la maladie fait des progrès, l'intermittence se change en rémission; les frissons deviennent de plus en plus courts, et finissent par disparaître complètement avant la fin du premier septénaire, de sorte qu'on peut résumer ainsi ce que nous venons de dire : Ce qui distingue dans leur début la fièvre intermittente simple de la symptomatique, c'est que la première, à mesure qu'elle avance, prend plus nettement le caractère intermittent, et que la seconde, au contraire, le perd en avançant.
Nous avons pratiqué quelque temps dans des pays marécageux, où, par conséquent, la fièvre intermittente était endémique, et là nous avons pu nous convaincre d'un fait capital dans l'histoire médicale du Quinquina, savoir que pendant un temps quelquefois fort long, un, deux et même trois mois, un malade peut éprouver une affection presque continue et qui ne présente autre chose à noter que des exacerbations à peu près régulières; et celte maladie cède parfaitement au Quinquina. Et, dans les mêmes pays, on rencontre des individus atteints de pleurésie chronique, par exemple, chez lesquels la fièvre affecte le type tierce ou double-tierce le mieux tranché ; et le sulfate de quinine, loin de guérir un pareil état, l'aggrave ordinairement.
Il ne faut donc pas dire que le Quinquina est seulement un antipério-
dique, mais qu'il est le médicament le plus propre à guérir cet état de l'économie dans lequel sont jetés ceux qui ont été exposés aux émanations marécageuses. Or, comme cet état .s'accompagne presque toujours d'accidents périodiques, le Quinquina détruit la cause de la périodicité, et partant la périodicité elle-même ; mais si la périodicité ne se rattache pas à cette cause, le Quinquina échoue souvent. Ainsi s'expliquent les nombreux insuccès que l'on éprouve chaque jour dans le traitement d'une multitude d'affections qui, bien que périodiques, ne peuvent évidemment se rattacher aux causes qui donnent ordinairement lieu à la fièvre intermittente. Cette question sera du reste amplement traitée dans le chapitre de la Médication tonique.
Voies d'introduction du Quinquina. Le Quinquina peut être administré parla bouche, par le rectum, ou bien enfin on peut l'appliquer sur la peau qui devra absorber les principes fébrifuges de l'écorce.
La voie d'introduction la plus ordinaire est celle de la bouche; mais il est des cas où il faut l'abandonner. Certains malades ne peuvent avaler le Quinquina, d'autres le vomissent dès qu'ils l'ont ingéré. Les enfants en bas âge consentent quelquefois difficilement à prendre une substance aussi amère. Enfin, dans certaines fièvres pernicieuses, la cardialgique, la cholérique, les vomissements qui caractérisent la maladie ne permettent quelquefois pas que l'on administre la moindre dose de Quinquina.
Il est encore des cas où il faut renoncer à le donner par la bouche : c'est lorsque, administré depuis longtemps de cette manière, il a causé une gastrite ou une gastralgie violente.
Il faut bien alors se décider à le donner par une autre voie , et c'est par le rectum qu'on l'introduit avec le plus de facilité. Les doses de Quinquina que l'on donne en lavement doivent être un peu moindres que celles que l'on prescrit en potion , et cela parce que l'absorption se fait plus vite et mieux dans le gros intestin que dans l'estomac. Mais si le rectum retient mal le Quinquina, il faut alors en renouveler les doses de manière à en faire absorber autant qu'il est nécessaire.
Les cataplasmes vineux de poudre de Quinquina sont encore employés avec beaucoup d'avantage chez les malades qui ne peuvent supporter le médicament m en lavement ni en potion, Ces cataplasmes doivent être fort larges, et sont maintenus pendant huit ou dix heures. On les applique sur le ventre, que l'on a eu l'attention de faire savonner avec soin auparavant.
Mais l'absorption cutanée n'est pas toujours assez active quand le chôrion est revêtu de î'épiderme. M. Lembert a indiqué aux thérapeutistes une nouvelle voie d'introduction des médicaments, celle de la peau dépouillée de son épiderme. Le Quinquina en substance ne peut guère être administré par cette voie ; mais il n'en est pas de même du sulfate de quinine, qui ., appliqué sur le derme dénudé avec les précautions que nous indiquerons plus bas , peut guérir quelquefois la fièvre intermittente avec autant de certitude que lorsqu'il est donné par la bouche ou par le rectum. Enfin il
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est une voie indirecte que Rosenstein a indiquée : lorsqu'un enfant à la mamelle est atteint de fièvre intermittente, ce praticien conseille de donner le Quinquina à la nourrice. On trouve, dans le Journal de médecine de Vandermonde (t. XXXV, p. 415), un exemple remarquable de ce mode d'administration.
C'est ici le lieu de parler du sulfate de quinine , et de ses applications dans la thérapeutique des fièvres intermittentes.
Le sulfate de quinine remplit-il toutes les indications du Quinquina? Comme fébrifuge, oui , le plus souvent; comme tonique, non. Nous verrons ailleurs pourquoi.
On ne peut contester les propriétés fébrifuges du sulfate de quinine ; elles sont aussi évidentes que celles du Quinquina lui-même ; mais ce sel est beaucoup plus irritant que le Quinquina, d'abord à cause de sa plus grande solubilité, et ensuite parce qu'il n'a pas le correctif qui se trouve dans l'écorce du Pérou, savoir le tannin. Aussi provoque-t-il des gastrites chroniques et de la diarrhée beaucoup plus souvent que le Quinquina. Mais on pare à ces accidents en associant au médicament certaines substances dont nous parlerons plus bas. Et l'on conçoit que, dans les fièvres intermittentes simples, mais surtout dans les pernicieuses, la facilité de l'administration du sulfate de quinine, et en même temps son extrême activité, lui donnent sur le Quinquina une certaine prééminence.
L'analyse chimique permet de retirer ordinairement du Quinquina jaune trois pour cent de sulfate de quinine. D'où il suit que, pour donner une dose de sulfate de quinine équivalente à la quantité de Quinquina nécessaire pour guérir une fièvre intermittente simple, il faudra donner autant de fois 12 centigrammes (2 grains 1/2) que l'on donnait jadis de gros.
Il résulterait de ce calcul que l'on devrait guérir tout aussi sûrement une fièvre intermittente avec 25 centigrammes de sulfate de quinine qu'avec 2 gros (8 grammes) de Quinquina jaune en poudre. C'est là une conclusion que la clinique ne peut ratifier.
Nous avons expérimenté comparativement (et M. Bretonneau avait fait cette expérience avant nous) 5 grains (25 centigrammes) de sulfate de quinine et 2 gros (8 grammes) de Quinquina. Or, 2 gros d'écorce sont très-efficacement fébrifuges , et, pour produire le même résultat , il faut 15 à 20 grains (75 centigrammes à 1 gramme) de sulfate de quinine, c'est-àdire l'équivalent de 32 grammes (1 once) de Quinquina jaune en poudre.
A quoi tient cette sorte de désaccord entre les résultats cliniques et les analyses chimiques? Probablement à ce que la quinine n'est pas le seul élément fébrifuge de l'écorce du Pérou; peut-être à ce que le sulfate de quinine passant rapidement dans les urines , n'exerce pas sur l'économie l'influence que le Quinquina, plus lentement absorbé , plus difficilement éliminé, a tout le temps d'exercer.
Appelons donc de tous nos vœux le moment où les médecins, ceux surtout qui exercent dans les campagnes ou qui pratiquent chez les pauvres, comprendront la nécessité de recourir à l'écorce de Quinquina, qui, à
dose curative, coûte quatre fois moins cher que le sulfate de quinine (1).
L'objection tirée de la difficulté de l'ingestion du Quinquina n'est pas très-fondée. Souvent, le sulfate de quinine est donné dissous dans un véhicule; si, dans les cas où l'on veut obtenir une action très-prompte, ce mode d'administration peut être préférable, on ne peut disconvenir que le sulfate de quinine, sous cette forme, ne soit plus désagréable à prendre que le Quinquina délayé dans de l'eau ou du vin.
En mêlant la poudre de Quinquina avec un peu de sirop, on en fait une pâte molle, de consistance d'électuaire, que l'on réduit en bols et que l'on avale aisément dans du pain à chanter. Le sulfate de quinine n'a d'autres avantages ici que de se prendre sous un moindre volume.
Dans notre hôpital, nous avons l'habitude d'administrer, et dans notre pratique , nous administrons presque exclusivement le Quinquina en poudre. En le délayant avec de l'infusion de café chaude et sucrée , la poudre fébrifuge perd sa saveur amère et les enfants la prennent sans répugnance , et souvent même avec plaisir. Pour les adultes, nous faisons de même , et nous ne saurons jamais dire assez haut combien facilement le Quinquina est supporté lors qu'il est administré de cette manière, et combien le sulfate de quinine lui est inférieur à cet égard. Il est vrai qu'en faisant dissoudre ce sel dans l'infusion de café, il perd presque entièrement sa saveur amère ; mais il reste avec les inconvénients réels que nous avons signalés plus haut.
Dès l'abord, MM Pelletier et Caventou préconisèrent le sulfate de quinine à l'exclusion de toute autre préparation , et ce sel est resté seul en possession de remplacer le Quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes; mais, de toute évidence, il est bien inférieur au quinium et à la quinine brute, et nous allons indiquer les motifs de cette préférence.
La quinine brute, ne diffère de la quinine pure précipitée du sulfate de quinine, que parce qu'elle contient encore la cinchonine et quelques principes colorants extractifs. D'autre part, elle diffère peu du médicament récemment introduit par MM. Delondre et Labarraque sous le nom de quinium. Le quinium et la quinine brute sont aussi activement fébrifuges que le sulfate de quinine ; de plus, ils ont sur ce dernier certains avantages, ainsi \° ils sont presque insipides, tandis que le sulfate de quinine est d'une extrême amertume. Cette insipidité est d'un grand prix dans la thérapeutique des enfants, car on peut leur administrer ces médicaments avec la plus grande facilité et sans qu'ils s'en aperçoivent. 29 Ils ont une consistance résineuse, et ils se ramollissent à la chaleur des doigts, de
(1) Lorsque le très-bon Quinquina jaune coûte 15 fr. le kilogramme, le sulfate de quinine ne peut pas valoir moins de 1 S fr. les 30 grammes. Si donc , d'après ce que nous avons établi tout à l'heure, 10 grammes de Quinquina jaune guérissent plus sûrement la fièvre qu'un gramme de sulfate de quinine, il en résulte qu'une dose dont le prix de revient est de 1G centimes produit autaut d'effet que celle qui en coûte GO, c'est-à-dire quatre fois davantage. Le prix du Quinquina est donc abordable pour les pauvres, si les pharmaciens se contentent d'un bénéfice raisonnable ; celui du sulfate de quinine ne peut jamais l'être.
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manière qu'on peut les réduire en petites pilules d'une ténuité extrême que l'on mêle au potage des enfants, et qu'ils avalent sans difficulté.
Il ne faut pas croire que l'insipidité de la quinine brute et du quinium, et par conséquent leur insolubilité dans la salive, soient un obstacle à l'absorption stomacale. Ils trouvent dans l'estomac des acides qui les dissolvent immédiatement, et partant ils sont absorbés aussi aisément que le sulfate.
Si maintenant on croit devoir les dissoudre dans une potion ou dans un lavement, il suffira d'ajouter au véhicule quelques gouttes d'acide acétique ou d'acide sulfurique.
Quant à la quinine pure, comme on l'obtient en la précipitant du sulfate de quinine par l'ammoniaque, elle est beaucoup plus chère que celui-ci et d'ailleurs tout aussi amère, et ne présente aucun des avantages que nous avons attribués à la quinine brute. Elle se donne d'ailleurs à doses un peu moindres que le. sulfate de quinine et que la quinine brute.
Outre la quinine, avons-nous dit au commencement de cet article , on a encore extrait du Quinquina de la cinchonine, que l'on a obtenue pure, ou que l'on a convertie en sulfate. Cette substance, d'après les expériences les plus récentes, jouit, comme la quinine, de propriétés fébrifuges évidentes. On la donne à doses deux fois plus considérables que la quinine. Ses effets sont d'ailleurs les mêmes.
Nous ne devons pas omettre de parler île l'extrait alcoolique de Quinquina jaune, que nous n'hésitons pas à mettre au-dessus des préparations de quinine , et qui doit se donner à dose double du sulfate de quinine. Nous pouvons en dire autant du quinium. (Voir la Matière médicale.)
Le Quinquina, le quinium, la quinine brute, le sulfate de quinine, et l'extrait de Quinquina jaune, non-seulement peuvent guérir la fièvre intermittente, mais encore la préviennent avec facilité. Nous avons vu des individus décolorés, avec un gonflement considérable de la rate, et qui pendant plusieurs années avaient eu déjà des fièvres intermittentes, nous les avons vus, disons-nous, rester impunément au milieu des émanations marécageuses , en ayant eu la précaution de prendre tous les huit ou dix jours 40 centigrammes (8 grains) de sulfate de quinine en une seule dose.
Fièvres larvées ; névralgies. Si le miasme producteur de la fièvre dcnne lieu à une affection fébrile dans laquelle aucun organe, à l'exception de la rate, ne paraisse lésé, la fièvre est dite simple; s'il se manifeste par une lésion locale qui débute , se développe et se termine avec le paroxysme, la fièvre est dite larvée, parce qu'elle a pris le masque, revêtu la forme d'une autre maladie; que s'il s'attaque à un organe essentiel à la vie, tel que les centres nerveux, le cœur, le poumon, ou qu'il donne lieu à des désordres dont la gravité peut devenir cause de mort, la fièvre est dite pernicieuse. Que la fièvre soit simple, larvée ou pernicieuse, elle se guérit toujours par le même médicament, le Quinquina. Ce n'est donc plus ici qu'une question de diagnostic.
La fièvre larvée affecte le plus ordinairement le caractère névralgique.
et, dans ce cas, elle se guérit aisément par le sulfate de quinine ; mais toutes les névralgies ne sont pas des fièvres larvées.
Déjà en traitant de l'emploi thérapeutique du fer, nous avons indiqué les névralgies comme un des accidents les plus communs de la chlorose, et nous avons vu que les préparations martiales, en guérissant la chlorose, guérissaient la névralgie plus efficacement qu'aucun autre moyen, parce qu'elles en prévenaient le retour. Nous avons, en passant, fait comprendre que, pour combattre les paroxysmes douloureux, il fallait le plus souvent recourir à des moyens qui eussent un résultat immédiat, parce que, en définitive, on eût laissé souffrir les malades pendant plusieurs mois, si plusieurs mois étaient nécessaires à la curation de l'affection principale. De même aussi le miasme producteur de la fièvre cause des névralgies qui ne diffèrent presque pas, extérieurement au moins, de celles qu'il faut rapporter à la chlorose.
Enfin le rhumatisme apyrétique affecte ordinairement les rameaux nerveux, et, dans ce cas encore, la maladie diffère seulement par quelques caractères extérieurs de la fièvre intermittente larvée névralgique et de la névralgie chlorotique.
Quant aux autres formes de la névralgie, ce n'est pas le lieu de nous en occuper ici.
A quelque cause que soit due la névralgie, lorsqu'elle est franchement intermittente, et que l'intermittence, d'abord équivoque, est devenue de plus en plus tranchée, il faut l'attaquer par le Quinquina; mais les doses ne doivent pas être les mêmes que dans une fièvre simple, il faut les doubler, les tripler même, et les répéter plus souvent si l'on veut obtenir la guérison. Ainsi il ne faudra pas moins de 20 à 24 grammes (5 à 6 gros) de Quinquina, de \ gramme à 4 gramme et demi (20 ou 30 grains) de quinine pris plusieurs jours de suite, pour juger de l'influence du fébrifuge sur les névralgies.
D'un autre côté, il est des névralgies, et nous en avons souvent rencontré de ce genre, qui, irrégulières dans leur type, presque continues, et se manifestant quatre, cinq fois par jour par des paroxysmes inégaux et inattendus, se modifiaient sous l'influence de la quinine plus aisément que celles dont le type était le plus régulier.
Enfin certains individus, des femmes surtout, sont affectés de névralgies vagues migrant avec une singulière facilité des nerfs de la vie organique sur ceux de la vie animale. Le Quinquina, dans ce cas, et surtout le sulfate de quinine à haute dose, rendent, associés ou non à l'huile essentielle de térébenthine, d'incontestables services.
N'oublions pas de faire observer que l'opium associé au Quinquina et notamment aux sels de quinine est un auxiliaire très-utile qui seconde avantageusement l'action sédative de ces sels, et qui de plus permet d'en diminuer très-notablement les doses.
L'expérience démontre en outre que, de toutes les névralgies, celles qui siègent à la face et au cou se guérissent plus aisément par le Quinquina
3bO MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉNIQUES.
que celles qui occupent les membres, la sciatique par exemple : et pourtant la sciatique elle-même est quelquefois avantageusement modifiée par Técorce du Pérou, lors même qu'elle n'affecte pas le type intermittent.
D'où le précepte thérapeutique que nous avons souvent exprimé dans nos leçons cliniques, que l'on doit tenter par le Quinquina la guérison des névralgies, quelque siège qu'elles occupent, quelque type qu'elles affectent. Cette médication ne peut avoir aucun inconvénient, et il suffit qu'elle soit souvent utile pour que ce soit un devoir de l'essayer.
Toutefois il est à noter que les névralgies d'origine rhumatismale sont peut-être celles qui se trouvent généralement le mieux de la médication par le Quinquina.
Névroses. La médication par le Quinquina est utile dans un grand nombre de névroses, en raison de deux éléments qui s'y associent trèssouvent, à savoir : l'intermittence et la débilité générale. Ainsi toutes les fois qu'on peut constater une intermission un peu marquée dans une affection nerveuse, on peut dire qu'il y a, sauf contre-indication spéciale, opportunité et souvent avantage à recourir au Quinquina. De même pour ranimer les forces digestives, et pour restaurer tout l'organisme en donnant une impulsion nouvelle à la nutrition, le Quinquina en nature rend journellement trop de services dans un grand nombre, soit d'états nerveux indéterminés ou d'affections nerveuses parfaitement établies, pour qu'il soit nécessaire d'insister longtemps sur ce sujet. Notons encore que quelques névroses, par le seul fait qu'elles ont pour siège telle ou telle portion du système nerveux, semblent réclamer de préférence l'usage des sels de quinine. Ainsi il est d'observation que si les névroses cérébrales s'accommodent généralement assez mal de cette médication, il en est tout autrement de celles qui ont leur point de départ dans les nerfs des poumons et du cœur. Ainsi, suivant la judicieuse remarque de M. Briquet, le sulfate de quinine qui a dans l'état physiologique une action sédative pour ainsi dire élective sur l'appareil nerveux de l'appareil respiratoire et circulatoire, manifeste la même action dans l'état pathologique; et c'est sans doute à ce titre qu'il excerce une influence favorable des plus notables sur certaines dyspnées, sur les asthmes essentiels, et sur les toux convulsives; nous-mêmes nous avons eu bien des fois l'occasion de vérifier la justesse de cette observation, et nous pourrions citer entre autres un cas de toux spasmodique des plus rebelles, à forme aboyante, qui céda promptement au sulfate de quinine administré à assez haute dose. De même les névroses du cœur avec surexcitation de cet organe sont celles dans lesquelles les sels de quinine ont l'efficacité la plus marquée. Les résultats, dans certaines palpitations, sont tellement remarquables, qu'on a été jusqu'à dire que le sulfate de quinine étaitle véritable opium du cœur. Mais ce médicament se trouve au contraire formellement contre-indiqué (à dose sédative bien entendu) dans les cas de lésions organiques graves et chez les individus sujets aux irrégularités et aux intermittences du pouls et surtout aux défaillances. C'est alors qu'il convient de préférer à la quinine
les préparations de digitale qui ont l'heureuse propriété de rendre au cœur de l'énergie et en même temps d'en régulariser les battements.
Hémorrhagies . L'hémorrhagie nasale peut dans quelques cas, et chez les adolescents surtout, être assez fréquemment répétée pour donner lieu à une anémie consécutive plus ou moins fâcheuse et à d'autres accidents quelquefois fort graves. Pour arrêter le flux au moment où il se produit, le Quinquina sans doute ne peut rien, mais comme moyen de remédier à la disposition organique en vertu de laquelle ces hémorrhagies tendent à se renouveler sans cesse, il a une incontestable puissance, et nous pouvons certifier que bien souvent nous en avons obtenu les meilleurs résultats. Dans ce cas, on devra plus compter sur le Quinquina en poudre que sur le sulfate de quinine : cette poudre sera donnée à la dose de 2 à 4 grammes par jour en plusieurs fois.
Dans la ménorrhagie qui ne dépend pas de quelque maladie organique de l'utérus, le Quinquina en poudre donné deux ou trois fois dans l'intervalle des règles tempère très-efficacement l'hémorrhagie.
Toutefois nous n'ignorons pas que le sulfate de quinine a eu lui-même des succès entre les mains d'autres praticiens; mais nous pensons qu'alors il s'agissait surtout de ces hémorrhagies revenant à intervalles plus ou moins éloignés, mais assez régulièrement périodiques, et qui sous ce rapport se rapprochent de ces diverses affections locales (lièvres larvées, névralgies) qui cèdent généralement si bien aux sels de quinine. A part ces cas particuliers, nous croyons qu'on doit accorder la préférence au Quinquina en nature, parce qu'il est plus astringent et plus tonique, et qu'il a l'avantage de remplir, chez les.jeunes malades que nous avons ici particulièrement en vue, plusieurs indications importantes.
Rhumatisme articulaire aigu. Le Quinquina à haute dose avait autrefois été beaucoup employé en Angleterre pour combattre le rhumatisme articulaire aigu, et il paraît avoir eu des succès marqués entre les mains d'un assez grand nombre de célèbres praticiens de ce pays, parmi lesquels on voit .figurer Richard Morton, Hulse, Saunders, Fordyce, et plus récemment Haygarth, qui, pendant une longue pratique de quarante-cinq années, eut à se louer infiniment de cette médication.
Mais depuis longtemps elle était tout à fait tombée en désuétude, ou pour mieux dire tous les auteurs qui traitaient du rhumatisme n'en faisaient mention que pour la condamner et la proscrire.
C'est à M. Briquet qu'on doit d'avoir introduit de nouveau dans la thérapeutique cette médication, et de lui avoir donné une place qu'elle ne peut plus perdre désormais.
Nous avons vu que M. Briquet s'était livré, plus que personne peutêtre, à des expériences suivies sur le sulfate de quinine à haute dose, dans diverses maladies et notamment dans les fièvres continues. Frappé des effets si remarquables de sédation opérés par cette substance sur le cœur et sur le système nerveux, il lui vint la pensée de l'appliquer au traitement du rhumatisme articulaire aigu. Eu considérant que cette maladie
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présente comme caractères prédominants un appareil fébrile très-intense et des lésions locales multiples, généralement superficielles et mobiles, où les éléments fluxion et douleur jouent un si grand rôle, et que cette maladie en outre offre généralement dans son cours des phénomènes de rémission et d'exacerbation très-marqués, il conçut l'espoir d'obtenir de bons effets d'un médicament qui, outre son action presque spécifique sur l'intermittence, a encore la propriété de modérer la fièvre et de calmer la surexcitation des centres nerveux. Cette attente ne fut point déçue. En effet, si M. Briquet échoua ou n'obtint que des résultats douteux dans ses tentatives contre diverses maladies inflammatoires ou dans les pyrexies, il en fut tout autrement dans le rhumatisme articulaire aigu, où il obtint du sulfate de quinine des succès incontestables.
Dans le principe, et à la période d'expérimentation, M. Briquet donnait le médicament à des doses très-élevées (2, 4 et même 5 grammes), en poudre ou dissous dans de l'eau acidulée. Il en continuait l'usage jusqu'à ce que les douleurs et la fièvre eussent entièrement cédé. Il affirmait que cette médication faisait cesser la douleur et la fièvre en peu de jours, et qu'elle était exempte d'inconvénients.
Toutefois, quelques médecins, et M. Briquet lui-même, eurent à se repentir quelquefois d'avoir donné d'emblée d'aussi fortes doses de sulfate de quinine. En effet, plusieurs malades succombèrent avec des symptômes de méningite ou avec des accidents d'adynamie et de collapsus, qu'on fut autorisé à regarder comme les résultats d'une véritable intoxication.
Cependant en soumettant ces faits à une analyse impartiale, nous conviendrons volontiers que plusieurs sont susceptibles de recevoir une interprétation moins défavorable que celle qui dans le premier moment leur avait été assez généralement attribuée, et nous ajouterons que ces malheurs, d'ailleurs très-rares, devaient être imputés bien moins à la médication elle-même qu'à l'inexpérience des premiers expérimentateurs.
Quoi qu'il en soit, ces fâcheux accidents eurent pour effet d'effrayer pour un instant les médecins et de jeter des doutes dans les esprits. Cette puissante médication courait donc risque d'être compromise. Mais bientôt MM. Andral, Monneret, Legroux, et nous-mêmes reprenant ces expériences que M. Briquet lui-même poursuivait de son côté plein de confiance, nous pûmes constater l'heureuse influence que la quinine a fort souvent sur le rhumatisme aigu.
Les doses que pour notre compte nous administrions furent notablement moindres, 1,2,3 grammes au plus par jour, dos'e à laquelle nous arrivions graduellement et en la divisant par petites fractions. De cette manière, nous avons pu éviter les accidents redoutables qui avaient épouvanté les premiers imitateurs de M. Briquet.
M. Monneret (Journal de Médecine, 1844) expérimenta le sulfate de quinine à doses plus élevées que M. Briquet lui-même, et il arriva à des conclusions généralement peu favorables à cette médication , et auxquelles nous ne pouvons souscrire. Voici ces conclusions :
4° Le sulfate de quinine exerce une influence incontestable sur les symptômes locaux du rhumatisme et spécialement sur la douleur.
2° Dans un très-petit nombre de cas, cette action est durable et efficace: le plus ordinairement elle ne guérit le rhumatisme ni plus sûrement ni plus vite que bien d'autres médications proposées.
3° Il ne prévient pas le développement de la phlegmasiede l'endocarde.
4° Il ne jouit d'aucune propriété antiphlogistique évidente.
Notons encore que M. Monneret signala chez un assez grand nombre de ses malades des accidents typhiques graves, et des symptômes prononcés de gastro-entérite. Mais il importe de faire remarquer que ces résultats doivent être imputés aux doses excessivement élevées qu'il employait, ainsi qu'à l'usage peut-être trop prolongé du médicament.
M, Legroux attribue au sulfate de quinine un rôle beaucoup plus important. Le témoignage de M. Legroux avait cela de grave, que ce praticien recommandable avait été jusqu'ici fortement partisan de la médication antiphlogistique, et qu'il était en quelque sorte vaincu par l'évidence des faits. M. Legroux [Journal de médecine, 1845) arriva à des résultats différents de ceux de M. Monneret. Il est juste de dire aussi qu'il employa le médicament avec beaucoup plus de réserve. Il y a, entre ses recherches et celles de M. Monneret, la différence qui sépare l'essai circonspect du médecin de l'expérimentation du physiologiste.
Il constata d'abord que la médication par le sulfate de quinine était la plus rapide dans ses effets , que la douleur et la fièvre cédaient avec une grande rapidité; que le sang devenait moins couenneux sous l'influence du médicament , sans qu'on eût recours à aucun autre moyen ; que l'endocardite était moins fréquente. Il reconnut toutefois que la récidive du rhumatisme se montrait tout aussi souvent après l'usage du sulfate de quinine que par les autres médications.
Nous sommes arrivés nous-mêmes aux mêmes conclusions que M. Legroux, avec cette différence, cependant, que nous ne croyons pas comme lui à la facilité des récidives. Si notre opinion diffère en ce point de la sienne, c'est aussi que notre pratique n'est pas tout à fait celle qu'il a suivie. Le sulfate de quinine doit être continué après la guérison apparente du rhumatisme exactement de la même manière que nous le donnons encore après la cessation des accès d'une fièvre intermittente.
Nous donnons donc, comme MM. Briquet et Legroux, le sulfate de quinine plusieurs jours de suite, à la dose de 1, 2 et quelquefois 3 grammes, en huit ou dix prises, dans le courant des vingt-quatre heures. Nous continuons ainsi deux jours au delà du moment où les douleurs et la fièvre ont cessé. Puis, pendant deux ou trois jours, nous administrons seulement 1 gramme par jour ; ensuite 1 gramme tous les deux jours durant deux semaines au moins, alors même que le malade mange et commence à sortir. De cette façon, on évite presque certainement les récidives.
Aujourd'hui la cause du sulfate de quinine est définitivement gagnée, et
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l'expérience a placé cette médication au rang de celles qu'on peut opposer avec le plus de succès au rhumatisme articulaire aigu.
Toutefois le sulfate de quinine n'est pas applicable à tous les cas indistinctement, et il importe de signaler les circonstances principales qui paraissent en indiquer ou en contre-indiquer l'emploi.
Ainsi cette médication convient surtout chez les individus lymphatiques, naturellement délicats, ou accidentellement affaiblis par des maladies antérieures ou par des émissions sanguines employées préalablement et qui n'auraient pas empêché l'affection rhumatismale de marcher. Une des conditions les meilleures de son succès, c'est que les lésions articulaires soient multiples, superficielles et mobiles.
Tout au contraire cette médication a beaucoup moins d'efficacité chez les rhumatisants doués d'un tempérament pléthorique, qui présentent un appareil inflammatoire très-intense, avec pouls dur, plein, développé; et chez ceux qui ont une grande susceptibilité cérébrale et qui sont prédisposés aux congestions ou raptus sanguins du côté de l'encéphale ; elle a surtout peu d'action si le rhumatisme est mono-articulaire, ou même si affectant plusieurs articulations, la lésion est fixe, intense et caractérisée par les signes qui annoncent une arthrite avec épanchement considérable.
Toutefois, même dans ces formes les moins favorables, la médication par le sulfate de quinine rendra encore d'utiles services , mais ce sera à condition de lui donner pour auxiliaires, soit le calomel à doses fractionnées, soit la vératrine, soit la digitale, soit les émissions sanguines générales qui auront pour effet de modifier préalablement l'orgasme inflammatoire général, et en même temps il conviendra de faire des applications de sangsues et de ventouses scarifiées pour dégorger les articulations fortement envahies.
La médication par le sulfate de quinine n'est nullement contre-indiquée dans les rhumatismes avec complications phlegmasiques du côté du cœur, des plèvres et des poumons. Mais, ici encore, il est très-utile de lui associer la médication antiphlogistique et révulsive dont l'expérience a consacré les bons résultats dans ces conditions pathologiques. Le plus souvent même il sera bon, dans ces cas, de commencer le traitement par les émissions sanguines générales et locales qui prépareront avantageusement la voie à l'action sédative du sulfate de quinine.
Ajoutons que s'il existait accidentellement, ou comme complication, une phlegmasie bien constatée des voies digestives, on devra s'abstenir du I sulfate de quinine qui agit comme irritant direct.
M. Briquet, qui a si bien appris à manier le sulfate de quinine, fait observer avec grande raison que la méningo-céphalite et les névroses du cerveau qui compliquent quelquefois le rhumatisme aigu repoussent absolument l'emploi de cette médication, attendu, dit-il, qu'avec ces complications les sels de quinine deviennent seulement des excitants de l'encéphale, et n'ont pas le temps de- déployer leurs propriétés calmantes.
On en peut dire tout autant pour les phlegmasies des reins et de la
vessie; on sait en effet que la quinine est promptement éliminée par ces organes et va agir sur eux comme irritant direct.
Disons, en terminant, que ce qui recommande surtout la médication par le sulfate de quinine et ce qui tend à lui assurer la prééminence sur la plupart des autres méthodes, c'est que, d'une part, elle ne débilite pas l'organisme comme les émissions sanguines, et que, d'autre part, elle n'a pas d'influence fâcheuse sur les organes digestifs comme certains autres agents contro-stimulants , tels. que la vératrine et le tartre stibié. Il en résulte que les convalescences sont généralement plus promptes, plus rapides, plus sûres, et plus à l'abri de ces accidents divers qu'on voit si souvent survenir chez les sujets qui ont été rendus anémiques par les émissions sanguines, ou fatigués par les superpurgations.
Ajoutons, enfin, que chez les rhumatisants en état de récidive, surtout après la médication antiphlogistique qui a amené à sa suite l'anémie, la médication par le sulfate de quinine reste souvent la seule praticable, et devient, dans ces cas difficiles, une ressource des plus précieuses.
Goutte. On ne peut contester que, au début d'une attaque de goutte aiguë, le sulfate de quinine donné à forte dose ne conjure les douleurs et n'abrège l'accès, au moins aussi sûrement que ces drogues, pernicieuses, connues sous la dénomination de sirop de Boubée, de pilules de Lartigue, de Laville, etc., etc. ; mais il ne faut pas avoir longtemps vieilli dans la pratique pour comprendre, par de tristes exemples, avec quel soin il faut respecter les attaques de goutte aiguë, combien de dangers courent ceux qui cherchent un soulagement rapide et prématuré. Mais si, dans la goutte aiguë et régulière, nous proscrivons le Quinquina comme tous les autres médicaments vantés dans cette circonstance, il n'en est plus de même au déclin de la maladie, ou bien quand la goutte est devenue vague et viscérale, caractérisée alors par l'asthme, par des dyspepsies, par des troubles divers du côté des appareils de l'innervation, de la respiration, de la digestion, de la circulation. Alors il devient utile de donner de temps en temps le Quinquina de la même manière que dans les fièvres ; et ce moyen convient surtout quand le malade , à la suite de la goutte anomale, est tombé dans une cachexie profonde.
Fièvre intermittente symptomatique. Nous avons déjà dit que souvent les phlegmasies aiguës, à leur début, ainsi que les phlegmasies chroniques, s'accompagnaient de symptômes fébriles intermittents. Le Quinquina échoue sans doute dans cette circonstance, à moins que le malade n'ait eu antérieurement des fièvres d'accès ou qu'il n'existe actuellement une véritable complication, ce qui n'est pas rare dans les pays où la fièvre règne endémiquement. Nous avons tenté en 1834, à l'Hôtel-Dieu, une série d'expériences pour constater l'influence du sulfate de quinine sur la fièvre hectique. Dans les deux tiers des cas, à peu près, nous pûmes faire disparaître le frisson, et l'accès fut évidemment moins long; mais au bout de peu de jours, le fébrifuge restait complètement inefficace et provoquait
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même bientôt de légers accidents qui nous mettaient dans la nécessité de ne plus l'administrer.
Fièvres continues. Le Quinquina était à peu près généralement abandonné dans le traitement des fièvres graves, lorsqu'en 1840 le docteur Broqua (du Gers) adressa à l'Académie de Médecine un mémoire dans lequel il exposait les bons résultats qu'il prétendait avoir retirés du sulfate de quinine, employé comme moyen curatif de la fièvre typhoïde.
A la suite de cette communication, et pour répondre à l'appel qui leur avait été adressé par M. Louis, rapporteur du travail de M. Broqua, on vit un certain nombre de médecins des hôpitaux de Paris s'empresser de soumettre cette médication à de nouvelles recherches.
Nous n'avons pas à citer ici tous les chefs de service qui se livrèrent à ces expérimentations, ni ceux de leurs élèves qui en publièrent les résultats, soit dans des thèses, soit dans des articles de journaux; mais pourtant nous croyons devoir une mention particulière à M. Martin-Solon qui prit l'initiative de ces essais, et surtout à MM. Blache et Briquet qui s'appliquèrent à recueillir de concert des observations aussi nombreuses que précises , dans le but d'éclairer cette grave question de thérapeutique.
Ajoutons qu'en province il y eut aussi quelques médecins qui adoptèrent le sulfate de quinine comme base du traitement de la fièvre typhoïde, et qui firent grand bruit des succès qu'ils disaient en avoir obtenus.
Et d'abord nous commencerons par déclarer que nous ne comprenons pas très-bien comment un agent qui, comme le sulfate de quinine à haute dose, agit en stupéfiant si énergiquement le système nerveux, puisse convenir, comme médication générale, dans une maladie dont le caractère essentiel semble consister dans un état asthénique, une dépression des forces radicales, bien qu'accessoirement et transitoirement il puisse s'y joindre un élément inflammatoire et des complications phlegmasiques plus ou moins dominantes.
Ajoutons que nous comprenons moins encore que la fièvre typhoïde, cette affection multiforme, si différente d'elle-même suivant les temps, les pays, les constitutions épidémiques , suivant les individualités même, puisse s'accommoder d'une méthode de traitement une et identique, que celte méthode repose sur le sulfate de quinine ou sur tout autre agent de la matière médicale.
Mais cette réserve faite, nous sommes tout disposés à admettre que le sulfate de quinine, au même titre que la saignée ou que tout autre remède, peut être appelé, en raison de ses propriétés toutes spéciales, à rendre des services dans le traitement de la fièvre typhoïde, en aidant le médecin à satisfaire à quelques-unes des indications particulières plus ou moins importantes, que présente souvent cette maladie si complexe. — Nous laisserons donc maintenant les questions de principe pour ne plus écouter que les faits et les résultats de l'expérience.
A cet égard nous croyons ne pouvoir prendre de meilleur guide que M. Briquet, qui à bon droit fait ici autorité.
Or, tout d'abord, rendons-lui cette justice, c'est que malgré la prédilection d'ailleurs fort naturelle qu'il a vouée à un médicament qui a fait l'objet tout spécial de ses études depuis de longues années, il a eu le bon esprit de ne pas s'en laisser imposer par quelques avantages particuliers, si importants qu'ils pussent être à ses yeux, et qu'il s'est bien gardé de présenter le sulfate de quinine, nous ne dirons pas comme le spécifique, mais même comme un moyen réellement curatif de la fièvre typhoïde.
Pouvait-il d'ailleurs en être autrement lorsque, après avoir soumis à un examen consciencieux les données fournies par sa propre expérience, et avoir fait l'analyse rigoureuse des observations publiées par les autres, 'M. Briquet se trouve conduit à faire cette déclaration, savoir : que les faits recueillis jusqu'à ce jour ne peuvent autoriser à conclure que le sulfate de quinine exerce une influence plus favorable que tout autre traitement, soit sur la durée, soit sur la mortalité de la fièvre typhoïde.
Mais cette déclaration faite, le même observateur se croit en droit d'être plus afiirmatif, relativement à quelques autres effets thérapeutiques de cette médication : et après avoir passé en revue les diverses conditions morbides dans lesquelles cette médication lui a paru utile et même efficace, il formule son jugement définitif dans un certain nombre de propositions générales, que nous essayerons de résumer aussi succinctement que possible. Et d'abord, hâtons-nous de le dire, loin de constituer pour M. Briquet une méthode générale et banale de traitement de la fièvre typhoïde, la médication par le sulfate de quinine ne lui paraît admissible que comme un moyen de combattre soit certaines formes de la maladie, soit certains accidents prédominants.
Il est un premier fait qu'on peut regarder comme positivement démontré, savoir : que l'action sédative du sulfate de quinine s'exerce d'une manière notable sur la circulation, sur la calorification et sur les fonctions de l'encéphale.
Ainsi dans l'affection typhoïde, lorsque la fièvre offre une très-grande intensité, que le pouls est très-fréquent, la chaleur de la peau excessivement acre et brûlante, le sulfate de quinine donné pendant plusieurs jours, à la dose de 1 à 2 grammes (10 centigrammes seulement à la fois de deux en deux heures), a pour résultat presque constant d'abattre le mouvement fébrile, d'abaisser la température de la peau, et par suite de diminuer l'un des symptômes les plus incommodes pour les malades, et surtout, ajoute l'auteur, de prévenir les congestions et les phlegmasies viscérales qui sont assez ordinairement la conséquence d'un appareil fébrile trop intense et trop prolongé.
Il en résulte que cette médication devra être réservée à peu près exclusivement pour les cas où la fièvre, par son intensité ou son excès, demandera à être atténuée et réprimée.
Après la modification sur la circulation et sur l'appareil fébrile, nous signalerons l'influence également très-notable exercée par le sulfate de quinine sur les troubles de l'encéphale.
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Ainsi la plupart des observateurs qui ont expérimenté le sulfate de quinine à haute dose dans la fièvre typhoïde s'accordent à reconnaître qu'il amène assez promptement une sédation très-remarquable sur les principaux phénomènes morbides provenant de la lésion du système nerveux , et M. Briquet affirme que, dans les fièvres typhoïdes de forme dite ataxique, ce moyen réussit assez généralement à calmer la céphalalgie, l'agitation nocturne, le délire, les convulsions, la roideur du cou, etc.; au contraire, quand il y a prostration, stupeur, somnolence, état comateux, il importe de s'abstenir du sulfate de quinine qui aggraverait presque immédiatement ces accidents.
Notons qu'une des formes de la lièvre typhoïde où le sulfate de quinine paraît le mieux convenir est celle qui s'accompagne de rémissions et d'exacerbations- très-prononcées et régulières. Sous ce rapport ces fièvres semblent se rapprocher des véritables fièvres intermittentes et rémittentes.
Bien que le sulfate de quinine' soit généralement assez bien supporté par les voies digestives dans les cas les plus ordinaires, on devra ne l'administrer qu'avec une extrême prudence dans les cas de fièvre typhoïde où il existe des signes positifs de phlegmasie intense du tube digestif. En effet, on a vu ce médicament administré d'une manière intempestive donner lieu à des accidents graves, et même produire des escharres dans l'estomac ou l'intestin.
Quant aux doses, voici les conseils donnés par M. Briquet : dans les cas peu graves, on se contentera de donner de 1 gramme à 1 gramme 50 centigrammes par jour; dans ceux qui le sont plus, on doit porter la dose de 45 décigrammes à 20 décigrammes, et enfin, dans les cas les plus graves, élever la dose à 3 et même 4 grammes par jour.
Comme le sulfate de quinine manifeste en général son action thérapeutique dans les premiers jours de son emploi, il devra être continué tout au plus pendant une huitaine de jours. Au delà, son administration nonseulement devient inutile, mais ne peut qu'être nuisible et dangereuse.
Ces conclusions, où se trouvent signalées quelques-unes des principales indications et contre-indications de l'emploi du sulfate de quinine dans les fièvres graves, témoignent sans aucun doute du sens pratique et de l'esprit sage et mesuré de leur auteur.
Toutefois comme, personnellement, nous ne possédons pas les donnée.' cliniques suffisantes pour nous prononcer sur la validité de ces conclu sions, si réservées qu'elles soient, nous suspendrons à cet égard notrt jugement.
Faisons d'ailleurs des vœux pour que l'expérience ultérieure vienne con firmer les résultats annoncés par M. Briquet.
Que s'il en était ainsi, il resterait un fait important acquis à la science en faveur du sulfate de quinine. En effet, sans avoir la faculté d'arrêter 1 fièvre typhoïde dans sa marche, ni même d'exercer sur elle une actio directement curative, ce serait assurément un rôle encore fort beau, si en la débarrassant de phénomènes morbides prédominants, et de compli
cations plus ou moins graves, cette médication permettait à la maladie, ainsi allégée et simplifiée, de tendre sans trop de difficultés et de dangers vers sa terminaison naturelle. Mais de ce résultat, si considérable qu'il puisse être, il y aurait bien loin encore à cette inqualifiable prétention de ces médecins qui s'en vont prônant le sulfate de quinine comme un remède infaillible, avec lequel ils se font fort de juguler en 4 ou 8 jours les fièvres typhoïdes les plus graves.
En résumé, si utile que puisse être le sulfate de quinine dans tel ou tel cas donné, notre pensée est que loin de constituer jamais la médication générale de la fièvre typhoïde, il n'est appelé qu'à remplir le rôle plus modeste d'adjuvant et d'auxiliaire. Hâtons-nous*encore d'ajouter que lors même que certaines indications très-positives sembleront en légitimer le mieux l'emploi, il importera de se souvenir toujours que le mode d'action du sulfate de quinine à haute dose est en opposition directe avec le fond de la maladie qui, nous l'avons dit, est essentiellement asthénique. C'est pourquoi la prudence commandera de surveiller avec soin cet agent si énergiquement sédatif et stupéfiant, car en cherchant à maîtriser un excès de réaction de la part des organes circulatoires, ou à combattre quelques complications congestives ou phlegim\siques du côté des centres nerveux, on aura toujours un danger à craindre, à savoir : de déprimer trop profondément l'innervation générale, et par suite de mettre l'organisme dans l'impuissance de conduire à bonne fin une maladie d'une solution généralement si longue et si difficile.
Fièvre puerpérale. Nous connaissons tous cette terrible pyrexie qui, dans certaines années, fait de si affreux ravages dans les hospices où l'on reçoit les femmes en couches. Nous savons combien sont insuffisantes les médications les plus diverses et les plus énergiques, et chaque jour, après de nouveaux essais, il n'est aucun de nous qui n'en soit réduit à confesser son impuissance et qui ne se sente plus profondément découragé.
Nous devons toutefois signaler une nouvelle et puissante tentative qui vient d'être faite pour lutter contre ce redoutable fléau. Naguère M. Piedagnel, médecin de l'Hôtel-Dieu, a proclamé l'utile influence du sulfate de quinine associé au carbonate de fer, à la dose d'un gramme de chacun, plusieurs jours de suite, chez les femmes récemment accouchées, comme moyen de prévenir l'invasion du typhus puerpéral. M. Beau, médecin de l'hôpital Cochin, a été plus loin; il a prétendu que, dès que la fièvre puerpérale débutait, on pouvait en conjurer le danger en donnant chaque jour 2, 3 et jusqu'à -4 grammes de sulfate de quinine, de manière à tenir constamment le malade dans l'ivresse quinique. Ajoutons, pour être juste, que M. Beau ne faisait que confirmer, à cet égard, des résultats qui avaient été signalés antérieurement par MM. Lecomte, d'Eu, et Leudet, de Rouen.
Mais malheureusement, des expériences faites en grand, par MM. Danyau et Delpech à la Maternité de Paris, sont venues démontrer l'inutilité du sulfate de quinine comme moyen prophylactique. D'autre part, M. Del- II. 24
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pech reprenant les expériences de M. Beau, et nous-mêmes les répétant dans un service d'accouchement que nous avons eu pendant deux mois à l'Hôtel-Dieu, nous n'avons pu obtenir les heureux résultats proclamés par l'honorable médecin de l'hôpital Cochin. De son côté, M. Depaul déclare qu'à l'hôpital de la Clinique ce même traitement a échoué complètement entre ses mains. Nous ajouterons même que pour expliquer des résultats aussi contradictoires, M. Depaul n'hésite pas à révoquer en doute le diagnostic porté par MM. Lecomte et Beau, et à rapporter les cas de succès obtenus par eux, non à la véritable fièvre puerpérale, mais à de simples accidents phlegmasiques, survenant chez de nouvelles accouchées. Quoi qu'il en soit, et bien que les faits cités en faveur de l'efficacité de cette nouvelle médication soient loin d'être probants, ces faits, tels qu'ils sont, nous paraissent mériter d'être pris en considération. Aussi, en raison de l'intérêt puissant qui s'attache à cette grave question de l'action, tant curative que préservatrice, du sulfate de quinine dans la fièvre puerpérale, on est en droit d'espérer que les choses n'en resteront pas là, mais que les médecins, placés à la tête de services de femmes en couches, s'empresseront de poursuivre les expériences entreprises par un certain nombre d'observateurs recommandables, et de soumettre cette importante médication à la vérification la plus sérieuse et la plus approfondie.
Phlegmasies diverses. On sait qu'en Italie sous le règne des doctrines rasoriennes, le Quinquina à haute dose était employé à titre d'hyposthénisant dans un grand nombre de phlegmasies, et notamment dans la pneumonie aiguë. Dans ces dernières années, des expériences ont été reprises en France sur le sulfate de quinine considéré comme antiphlogistique, et un certain nombre de médecins, surtout de l'École de Montpellier, ont affirmé en avoir retiré des avantages marqués dans les maladies inflammatoires du poumon et de l'encéphale.
M. Briquet, se basant sur les effets observés par lui dans le traitement des rhumatismes et des fièvres continues, est porté à accorder plus de confiance au sulfate de quinine dans les phlegmasies de l'encéphale que dans les phlegmasies du poumon. Ainsi il faut remarquer que tandis que le sulfate de quinine, en raison sans doute de son action sédative en quelque sorte élective sur les centres nerveux, lui donnait généralement d'excellents résultats contre les complications congestives ou inflammatoires du côté de l'encéphale dans la fièvre typhoïde, ce même moyen se montrait insuffisant lorsqu'il s'agissait de combattre les mêmes complications du côté du poumon, et qu'il était presque toujours dans la nécessité d'avoir recours alors aux émissions sanguines.
Les observations faites par M. Briquet sur l'efficacité du sulfate de quinine dans le traitement de certains accidents inflammatoires venant compliquer les affections rhumatismales et les fièvres graves, concordent d'ailleurs avec les résultats obtenus par d'autres médecins dans les phlegmasies idiopathiques des centres nerveux; ainsi dans la méningite cérébro-spinale qui a régné épidémiquement dans ces derniers temps, le sulfate de qui-
nîne à haute dose a eu quelquefois des succès là où les émissions sanguines échouaient le plus généralement; et dans ces circonstances ce médicament a présenté, sous le rapport de son mode d'action et de ses résultats, une analogie frappante avec L'opium à dose élevée, qui à titre de sédatif du système nerveux, a eu, entre les mains de quelques observateurs, une efficacité incontestable, ainsi que nous l'avons établi en traitant de l'opium.
Notons encore que le sulfate de quinine paraît avoir été administré avec avantage dans certaines maladies avec pyogénie : ainsi on a cité des cas d'arthrites très-inflammatoires, avec épanchement du pus, où ce moyen avait réussi à calmer assez promptement des douleurs articulaires atroces ayant résisté aux antiphlogistiques proprement dits, et de plus à éteindre ou à diminuer très-notablement les symptômes fébriles si intenses qui accompagnent le plus souvent cette grave maladie.
Ce n'est point ici le lieu de discuter les conditions dans lesquelles le Quinquina et les toniques en général doivent être administrés dans les maladies aiguës: ce point important de thérapeutique sera examiné à fond dans le chapitre général qui traitera de la médication tonique névrosthénique.
Dans le même chapitre, on étudiera l'action du Quinquina en tant qu'amer, comme moyen de hâter les convalescences, de ranimer les fonctions digestives, et de rendre aux fonctions nerveuses de la vie organique ie ressort qu'elles avaient perdu.
Usage externe. Les propriétés antiseptiques du Quinquina, indiquées par Sloane en 1709 (Transact. philosoph., traduct. franc., 1732, page 265), hautement proclamées peu de temps après par Rushworth (Proposai for the improvement of surgery^ 1731), furent depuis mille fois expérimentées et mille fois constatées par les chirurgiens et par les médecins, soit que la gangrène procédât de cause interne, comme cela est si commun dans certaines fièvres typhoïdes, soit qu'elle procédât de cause externe, comme il est si commun d'en rencontrer des exemples en chirurgie. Quand la gangrène procédait d'une cause interne, le Quinquina était en même temps donné à l'intérieur et appliqué sur la partie mortifiée; quand, au contraire, on ne devait l'imputer qu'à une lésion locale, c'était sur le lieu malade qu'on appliquait, soit des décoctions vineuses de Quinquina, soit de la poudre de Quinquina, soit des pommades dans lesquelles entrait l'écorce du Pérou. Sous l'influence de ce moyen, les tissus qui commencent à s'œdématier se raffermissent, les parties mortifiées se durcissent et se momifient en quelque sorte, et la démarcation entre le mort et le vif ne tarde pas à s'effectuer.
Mais, pour obtenir ce résultat, il faut ne pas craindre d'élever les doses de Quinquina, et l'on doit porter le médicament fort au delà des parties mortifiées ou menacées de mortification.
La quinine et la cinchonine, si puissantes comme fébrifuges, ne sont presque d'aucun secours dans le cas dont, nous venons de parler; il est
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très -probable que le principe fébrifuge est pour peu de chose dans l'action antiseptique du Quinquina, et que celle-ci réside principalement dans le tannin dont abonde l'écorce du Pérou. Ce qui le ferait croire, c'est que les écorces et les extraits qui contiennent beaucoup de tannin sont aussi et plus efficaces que le Quinquina dans le traitement externe de la gangrène.
Modes d'administration et doses.
Le Quinquina a été tourmenté de mille manières par les médecins et par les pharmaciens, et le nombre des préparations de Quinquina est vraiment immense. Nous nous bornerons à indiquer l'usage des principales.
Poudre. C'est la préparation la plus simple. On donne la poudre de Quinquina, comme tonique, à la dose de 20 à 50 centigrammes (4 à 10 grains) deux ou trois fois par jour; comme fébrifuge, à la dose de 8 à 30 grammes (2 à 8 gros), suivant la nature de la fièvre, suivant la méthode que l'on a adoptée. La poudre se prend sous forme sèche, enveloppée dans un pain azyme, mêlée à de l'infusion de café sucré, à de l'eau, à du vin, sous forme de bols ou d'électuaire, en l'incorporant à du miel, à du sirop, à divers extraits, etc., etc.
Infusion et décoction. L'infusion de Quinquina s'emploie comme tonique, jamais comme fébrifuge, à la dose de 25 à 30 grammes (6 à 8 gros) de Quinquina pour 500 à 1,000 grammes (1 ou 2 livres) d'eau. La décoction préparée en faisant bouillir l'écorce concassée dans la proportion de 15 à 30 grammes (1/2 à 1 once) pour 500 grammes (1 livre) d'eau, se donne comme fébrifuge. La vertu fébrifuge est augmentée si l'on a soin de mêler à l'eau, avant la décoction, 60 à 100 grammes (2 ou 3 onces) de fort vinaigre, sans doute parce que l'acide acétique s'empare de la quinine et de la cinchonine.
Sirops de Quinquina, Le sirop vineux est le plus usité; il ne contient qu'une petite proportion de principe actif du Quinquina, et son amertume est fort tolérable : on le donne à la dose de 30 à 60 grammes (1 à 2 onces) par jour, dans les convalescences, dans les débilités d'estomac. Il agit alors comme tonique.
Vin de Quinquina. Ce n'est en définitive autre chose qu'une dissolution de quinine et de cinchonine dans de l'alcool étendu. Comme tonique, il se donne, au moment du repas, à la dose de 15 à 30 grammes (1/2 à 1 once); comme fébrifuge, à la dose de 120 grammes (4 onces) en un jour.
Teinture de Quinquina. On l'emploie étendu d'eau pour faire des potions toniques ; jamais on ne doit la donner comme fébrifuge. La dose est de 4 à 15 grammes (1 à 4 gros) par jour.
Extraits de Quinquina. Ces extraits sont de trois espèces, qui diffèrent par leur composition et leurs propriétés.
1° L'extrait sec, ou sel essentiel de Lagoraye, ne contenant qu'une
très-faible proportion d'alcalis végétaux, ne peut servir utilement dans la médication fébrifuge et sédative ; mais comme tonique, c'est un remède précieux qui rend journellement des services de la plus haute importance.
2° U extrait mou ou Y extrait aqueux contient au contraire une assez forte proportion de quinine et de cinchonine mêlée à un peu de tannin et autres principes amers. Il a une action physiologique analogue à celle de ces alcaloïdes, et il peut être utilisé à titre d'hyposthénisant du cœur et de l'encéphale ; et comme il est en même temps tonique, cette propriété mixte peut lui mériter la préférence dans quelques cas spéciaux.
3° L'extrait alcoolique. Quand on le prépare avec le Quinquina jaune, il contient une très-notable proportion d'alcaloïdes, et l'expérience l'a placé au premier rang des préparations fébrifuges; dans ce cas, on doit le donner à une dose double de celle du sulfate de quinine.
Quinine brute. Avec l'extrait alcoolique de Quinquina jaune, nous la regardons comme une des plus utiles préparations de Quinquina. Comme fébrifuge, elle se donne à la dose de 00 à 150 centigrammes (12 à 30 grains), à peu près comme le sulfate neutre de quinine, soit en potions, soit en pilules. Quand on la met en potion, il faut avoir soin de la faire dissoudre dans un peu d'eau aiguisée de quelques gouttes d'acide sulfurique, chlorbydrique ou acétique. Nous avons dit quel avantage on retirait de la quinine brute dans la médecine des enfants, en raison de son peu d'amertume.
Quinine pure. Aussi amère que le sulfate de quinine, elle n'a sous ce rapport aucun avantage sur ce dernier. Elle se donne à une dose un peu plus forte que la quinine brute et que le sulfate de quinine.
Sulfate de quinine. Il y en a de deux espèces, qui méritent d'être distinguées en raison de la différence dans leur activité.
1° Bisulfate de quinine. Il est sans contredit le plus actif de tous les sels qui ont pour base la quinine; et son énergie s'explique par la proportion plus forte d'alcaloïde qu'il contient. L'usage de cette préparation tend à se généraliser de plus en plus dans la pratique. On compose extemporanément le bisulfate en faisant dissoudre le sulfate bibasique ordinaire, et en ajoutant au véhicule quelques gouttes d'acide sulfurique pour faciliter la solution. Ce sel est très-soluble et excessivement amer : l'absorption en est généralement très-rapide. C'est la préparation la plus puissante et la plus sûre, dans les cas où l'on veut obtenir une action hyposthénisante prompte et énergique.
2° Sulfate neutre de quinine. Il est moins soluble que le précédent et par conséquent moins amer : il est aussi moins actif. On a calculé que sa puissance d'action est à peu près de moitié moindre que celle du bisulfate. Administré en suspension, sa saveur est assez facile à masquer, et, sous ce rapport, il est quelquefois préféré au sulfate acide, mais alors il faut en élever la dose.
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Dans ces derniers temps, on s'est appliqué à composer un très-grand nombre de sels ayant pour base la quinine. Mais il en est peu dont la thérapeutique puisse tirer grand avantage.
A cet égard, nous ne mentionnerons que pour mémoire le chlorhydrate, Yazotate, le carbonate, le citrate et Y acétate de quinine, qui à dose égale ont une puissance d'action inférieure à celle du sulfate de quinine.
On a beaucoup vanté à l'étranger le phosphate de quinine, ainsi que Y hydrocyanate ferrure ou ferrocyanate de quinine; mais les expériences qui ont été faites en France n'ont pas confirmé les avantages dont on s'était plu à doter ces composés.
Le lactate de quinine a été recommandé comme ayant une action plus douce sur les voies digestives, en raison de son acide organique. Il a une saveur moins amère que le sulfate, et, néanmoins, il est très-soluble. Cette double qualité serait de nature à lui mériter la préférence dans les cas où les sulfates pourraient offenser la susceptibilité de l'estomac et offrir au goût une trop grande répugnance, surtout chez les enfants.
Le valérianate de quinine a été composé dans l'intention de combiner les propriétés antispasmodiques de la valériane avec celles de la quinine. Ce sel a été préconisé par quelques médecins dans les fièvres intermittentes et dans les névralgies. Mais M. Briquet objecte que l'acide valérianique, étant très-faible et un composé instable, doit très-peu neutraliser la quinine; que, de plus, le sel qu'il forme avec la quinine n'est pas toujours comparable à lui-même, et qu'en somme, c'est un médicament sur la valeur duquel on ne peut pas compter, surtout dans les fièvres intermittentes un peu graves. Dans les cas légers, toutefois, il peut avoir son utilité, surtout chez les enfants ou chez les personnes délicates.
Pour ce qui concerne le tannate de quinine, nous renverrons à l'article Tannin, t. I, où nous avons signalé quelques-uns des avantages de ce composé assez nouvellement introduit dans la thérapeutique.
Cinchonine et sels de cinchonine. Nous n'avons que peu de chose à dire de la cinchonine et des sels de cinchonine, qui jouissent, à n'en pas douter, de propriétés fébrifuges, sédatives et toniques, mais à un degré très-inférieur aux préparations de quinine. On devra donner des doses deux fois plus considérables pour arriver aux mêmes résultats.
Dans ces derniers temps, on s'est appliqué à rechercher les moyens de corriger' ou de dissimuler l'extrême amertume du sulfate de quinine, qui, dans bien des circonstances, constitue un véritable inconvénient.
A cet effet, M. Desvouves a proposé d'administrer ce médicament dans une infusion de café. On a adressé à ce véhicule divers reproches.
Ainsi, M. Dorvault et plus tard M. Quévenne ont constaté que l'infusion de café noir masque très -incomplètement la saveur du sulfate de quinine, lorsqu'il est donné à l'état de sulfate acide, c'est-à-dire en dissolution parfaite, bien qu'il produise dans la liqueur un trouble du à la formation
d'une certaine quantité de tannate insoluble, qui lui fait perdre une partie de son action.
De son côté, M. Briquet propose, comme moyen de corriger l'amertume du sulfate de quinine, de mêler à la solution du sel un sirop acide quelconque, et notamment le sirop tartrique. Ainsi, il a constaté que 10 grammes de ce sirop masquaient assez complètement la saveur amère de 3 centigrammes de sulfate acide de quinine, el que 100 grammes d'un mélange de sirop tartrique et de sirop de fleurs d'oranger diminuaient trèsnotablement la saveur d'un gramme de ce sel. Ce mélange aurait l'avantage sur le café de ne pas communiquer à la solution de quinine une action stimulante tout à fait en opposition avec l'action sédative qu'on voudrait obtenir, et, de plus, de ne pas diminuer l'énergie d'action du sulfate de quinine, en faisant subir à ce sel une décomposition qui le rend en partie inerte.
Ces reproches peuvent être fondés au moins en partie. Toutefois,, dans les cas ordinaires où l'on n'a pas besoin de demander au sulfate de quinine son summum d'action, et surtout lorsqu'on a affaire à des enfants ou à des personnes très-susceptibles, on trouve un véritable avantage à se servir de l'infusion de café comme véhicule; seulement il convient de doubler la dose de sulfate de quinine, pour compenser la partie décomposée.
M. Briquet, après avoir fait des expériences comparatives nombreuses sur les divers modes d'administration du sulfate de quinine, accorde la préférence à la solution , dans tous les cas où Ton veut obtenir une action prompte et énergique. En effet, c'est sous cette forme que l'absorption s'opère le plus rapidement et le plus sûrement. La forme pulvérulente et la forme pilulaire lui paraissent généralement défectueuses, et il leur reproche de ne se prêter que lentement et incomplètement à la dissolution et à l'absorption , et , en outre , d'adhérer souvent à une portion de la membrane muqueuse et d'y déterminer une irritation locale. Il est donc porté à condamner ce mode d'administration comme lent, incertain, et même comme infidèle, surtout dans les cas où on veut obtenir une action puissante, et il ne le conseille que lorsque la répugnance des malades est telle qu'on ne peut en employer d'autre ; et alors il recommande d'augmenter la dose d'un tiers au moins, et de donner immédiatement, à l'exemple de M. Legroux, une boisson acide. Enfin, ce mode d'administration, passable pour les cas où il n'est pas nécessaire de fortes doses, ne peut guère servir pour les doses élevées.
Quand on veut employer la méthode endermique, M. Briquet recommande encore de déposer sur la plaie du vésicatoire le sulfate de quinine en dissolution, parce que sous cette forme il a l'avantage de ne déterminer qu'un picotement très-léger et peu d'irritation locale.
Il fait voir, au contraire, que si l'on dépose sur la surface dénudée ce même sel à l'état pulvérulent, il en résulte une cuisson vive, une douleur plus ou moins intense , et même si cette poudre est appliquée plusieurs
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jours de suite, elle peut agir comme caustique, et donner lieu à une escharre et par suite à une ulcération, ainsi que nous-mêmes l'avions déjà parfaitement démontré depuis longtemps.
M. Briquet fait observer avec raison que cette différence entre l'action irritante de la solution et celle de la poudre de sulfate de quinine, dans la méthode endermique, peut servir à expliquer la différence qu'il a notée entre l'effet de la solution et celui des pilules, ou de la forme pulvérulente, sur la membrane muqueuse de l'estomac.