LABIÉES
Les Labiées composent une famille de plantes très-naturelle. Leur nom est dû à l'irrégularité de leur corolle qui offre presque toujours deux lèvres. Il est assez difficile de distinguer les genres de cette famille, dont les espèces sont extrêmement nombreuses. Ces plantes croissent ordinairement dans des parties assez chaudes jdu globe.
En générel les Labiées sont herbacées : leur odeur ne se perd pas par la dessiccation, et est commune à toutes les parties de la plante; cette odeur est aromatique, forte, agréable : leur saveur est amère, piquante, chaude. Ces qualités sont dues à une huile essentielle fort abondante contenue dans des glandes vésiculaires ; cette huile, dans presque toutes les espèces, contient plus ou moins de camphre. Quelques-unes contiennent en outre un principe amer assez développé pour constituer leur vertu médicamenteuse principale. Plusieurs d'entre elles sont employées comme cosmétiques et comme condiments.
Il existe un rapport assez remarquable et qui n'a pas encore été bien suivi entre les propriétés chimiques des Labiées et leurs propriétés thérapeutiques. Nous voyons, en effet, certaines de ces plantes n'avoir pour principe de leur activité qu'une plus ou moins grande quantité d'huile volatile, et en raison de cette simplicité de composition, produire des effets thérapeutiques simples aussi, c'est-à-dire toujours renfermés dans les limites d'une seule et même médication, attestant toujours les mêmes indications remplies.
Dans d'autres Labiées, et ce sont les plus nombreuses, les Labiées par excellence, une proportion souvent assez considérable de camphre est tenue en dissolution dans l'huile essentielle qui est le principe naturel et commum à toute cette famille de végétaux. La présence du camphre imprime à ces plantes des caractères thérapeutiques spéciaux qui les rendent applicables à d'autres états morbides et leur permettent de satisfaire à des indications auxquelles elles ne seraient probablement pas appropriées sans lui.
Puis viennent d'autres plantes de la même famille, toujours pourvues de leur huile essentielle et riches en outre, non plus de camphre, mais d'un principe amer assez développé qui leur assure toujours, indépen-
damment des propriétés dues à l'huile volatile aromatique, une action particulière du genre de celle qui appartient à tous les amers.
Enfin restent plusieurs Labiées excessivement actives, réunissant en elles et l'huile essentielle avec son arôme et ses qualités nervines, et le camphre avec ses vertus antispasmodiques et sédatives, et le principe amer avec son pouvoir tonique et fortifiant. Il semble, comme nous le verrons, que leur action thérapeutique résulte de la combinaison de toutes ces propriétés. Elles résument les facultés séparées de toutes les Labiées/ et celles-ci employées ensemble pourraient les remplacer, comme elles, réciproquement, suffiraient à développer l'action réunie de toutes les autres.
La Mélisse représente pour nous le premier groupe thérapeutique des Labiées, celui qui doit tous ses effets à l'huile essentielle sans mélange d'autres principes médicamenteux.
Le second a la Menthe pour type, et cette plante peut, mieux que toutes les autres Labiées, être rapprochée des antispasmodiques : elle mérite une grande considération.
Dans le troisième, la Germandrée, le Marrube, le Lierre terrestre, peuvent être indistinctement placés en première ligne, et nous nous bornerons à parler de l'un d'eux seulement.
Enfin les propriétés de la Sauge, une fois exposées, rendront inutile l'histoire des Labiées du quatrième et dernier groupe,
MELISSE,
La Mélisse, Melissa officinalis, est une à trois lobes. Ëtamines didynames, rassemplante de la famille des Labiées, genre Mé- blëes sous la voûte supérieure, lisse.
Caractères génériques. Calice tubuleux, Eau distillée de Mélisse.
bilabié, lèvre supérieure à trois dents, l'in- Mélisse '■ 1 p
férieure à deux; corolle à deux lèvres, la '
supérieure en forme de voûte, échancrée, Distillez à la vapeur pour retirer une parl'inférieure à trois lobes inégaux. tie de produit.
Caractères spécifiques. Tige dressée, rameuse, haute de 30 à 50 centimètres ; feuil- Alcoolat simple de Mélisse.
m\XA °lfeS' P^s^ntes courte- Sommités récentes de Mélisse, 1 p.
mentpetiolees. Fleurs blanches, verticillees. Ain„ni a «Aoni.rarti -ï r>
Calice évasé, tubuleux, à deux lèvres très- gau distillée de Méhsse 1 p!
marquées. Corolle bilabiée , tube grêle, Mu distillée de Mensse, i p.
cylindrique; limbe dilaté à deux lèvres, la Faites macérer pendant quatre jours, et
supérieure convexe, échancrée, l'inférieure distillez pour retirer 2 parties 1/2 d'alcoolat.
Le nom de Mélisse a été donné à cette labiée parce que l'abeille, ixklvsaa, la recherche dé préférence et y fait un abondant butin. L'auteur des Géor- II. 30
giques conseille aux amateurs d'abeilles de répandre de la Mélisse pilét autour des lieux où ils veulent attirer ces insectes.
...... Hùo tu jussos asperge sapores
Trita melisphylla et cerinthx ignobile gramen.
Le genre Mélisse renferme plusieurs espèces parmi lesquelles l'officinale, Melissa officinalis, appelée aussi citronellé à cause de l'agréable odeur de citron qu'elle répand et dont les doigts s'imprègnent lorsqu'on la touche, est la plus connue et la plus employée. Son odeur, avons-nous dit, rappelle celle du citron; sa saveur est austère, chaude, piquante, aromatique. Elle contient une huile essentielle, blanche, à qui elle doit son efficacité. L'eau et l'alcool dissolvent ses principes actifs.
Nervin, céphalique, exhilarant, la Mélisse nous arrive de l'antiquité la plus reculée avec ces trois titres qui comprennent toutes ses propriétés thérapeutiques.
Ces expressions ont besoin d'être définies : ce n'est pas que nous voulions les conserver, ou plutôt les faire rentrer dans la pathologie; mais une fois pour toutes il faut dire quelles idées elles cachent, tant parce que ces idées n'ont rien de ridicule et restent fondées malgré l'abus, que parce que ces mots se rencontrent à toutes les pages dans les anciens auteurs, et qu'il est bon de connaître, pour l'intelligence de ces auteurs, le sens qu'ils y attachaient. D'ailleurs, en appliquant à la Mélisse les explications auxquelles nous sommes obligés à cette occasion, on aura une ample instruction sur tout ce qu'il est utile d'en savoir, ainsi que sur les médicaments qui sont réputés jouir des mêmes vertus.
Le vice du mot médicaments nervins consiste, dit-on, dans son extension illimitée. Il ne signifie rien pour avoir voulu signifier beaucoup trop.
Les antispasmodiques, surtout avec les restrictions que nous avons apportées à ce mot, ont, nous en convenons, un sens bien moins vague. Il ne faut pourtant pas croire que les médicaments nervins soient tous ceux qu'on peut employer dans les maladies qui affectent le système nerveux. Cette expression a toujours eu une valeur restreinte et spéciale : elle a constamment servi à désigner les agents qui refocillent directement et agréablement l'ensemble du système nerveux, ou plutôt encore quelque portion de ce système. Ce sont moins les névroses, l'élément spasme, qui en réclament l'emploi, que les débilités, les atonies des nerfs et surtout des nerfs en céphalo-rachidiens.
On sent que les progrès de l'anatomie pathologique, la plus grande précision apportée de nos jours dans le diagnostic local des maladies du système nerveux de la vie de relation, ont dû considérablement limiter le nombre des cas où l'usage des nervins paraissait autrefois indiqué. Ainsi, c'était surtout dans les paralysies des mouvements volontaires et des organes des sens qu'on administrait ces médicaments, et les recherches
modernes n'ont laissé à la plupart de ces paralysies que le rang de symptômes d'affections organiques le plus souvent inamovibles de l'encéphale.
Mais il ne faut pas s'autoriser de cet important progrès pour repousser d'une manière absolue les modificateurs du système nerveux. Heureusement, nous n'en sommes pas toujours réduits à constater, dans les maladies des centres nerveux ou de leurs dépendances, ces altérations matérielles dont le diagnostic fait encore plus le désespoir du vrai médecin que le mérite dé l'anatomo-pathologiste, et alors la thérapeutique peut avoir une immense influence à laquelle les nervins prennent quelquefois part. On pourrait même démontrer que leur emploi n'est pas aussi irrationnel qu'on le prétend dans les circonstances que nous venons de spécifier, et qui sembleraient placées au-dessus de leur pouvoir.
En effet, tous les individus dont le cerveau est organiquement lésé ne sont pas paralysés, et réciproquement tous ceux qui éprouvent des paralysies n'ont pas de lésions organiques du cerveau. Cette altération, dans Phémorrhagie cérébrale, par exemple, n'est donc pas la cause efficiente de la paralysie ; elle n'en est que la cause prochaine ou déterminante. Les excitants nervins agissent, eux, sur cette cause efficiente, c'est-àdire sur l'innervation, laquelle peut, à toute force, se rétablir dans les parties paralysées, en dépit de la lésion organique, surtout lorsqu'elle est peu étendue ou peu profonde. Cette idée sera plus longuement développée, lorsque nous parlerons des agents excitateurs, comme l'électricité, la noix vomique, etc.
Les nervins ont été les premiers remèdes mis en usage. C'est déjà dire que leur emploi a commencé par être externe et chirurgical.
Les guerriers les plus renommés entre les mains de qui était remise la thérapeutique des camps, s'en servaient comme de vulnéraires (consolidantia) et d'antiseptiques (condientia), parce que ces plantes étaient usitées pour l'embaumement et la conservation des corps. L'aspect, l'odeur, les produits des plaies faisant naître ridée de mort et de décomposition partielles, on étendait tout naturellement à leur traitement les moyens qui réussissaient si bien à préserver les cadavres de la dissolution putride.
Il est vrai qu'ayant presque toujours à traiter alors des solutions de continuité simples, dépouillées de tout caractère spécifique et ne fournissant d'autre indication que la réunion, on contrariait la cicatrisation qu'on voulait favoriser en plaçant des corps étrangers entre les surfaces divisées; mais on était encore loin du temps où Hippocrate devait proclamer le grand fait de la nature médicatrice. Disons, toutefois, que les chirurgiens ont exagéré l'inconvénient qu'ils attribuent au pansement des plaies simples par des médicaments vulnéraires et sarcotiques.
Quoi qu'ils en disent, certaines fumigations de diverses huiles, des applications de baumes et de graisses balsamiques sur les coupures, les déchirures des chairs, les plaies par arrachement, etc., favorisent la cicatrisation d'une admirable manière, et produisent en cas pareils les merveilleux
effets du calorique méthodiquement appliqué au traitement des plaies. Alors, comme on le verra au chapitre où nous exposerons les propriétés thérapeutiques du calorique, les plaies se cicatrisent sans presque d'inflammation.
Lorsque, de la médecine militaire, l'usage de ces remèdes fut transporté dans la médecine civile, et que dans les carrefours et les temples on les eût appliqués à la guérison de plaies spontanées, des ulcères aux
jambes, des aphthes, des maux d'yeux, etc , comme on le trouve
inscrit sur la plupart des tables votives conservées dans les temples des prêtres médecins, on dut procurer alors de véritables cures, car de nos jours les lotions, les pommades, les collyres, les collutoires préparés avec quelques plantes aromatiques et excitantes sont employés heureusement dans une foule de cas analogues. Enfin, on les administra à l'intérieur, et Hippocrate connaissait et prescrivait la plupart des Labiées en infusion.
Les nervins sont donc des médicaments qui ont la propriété de réveiller et de maintenir l'action nerveuse des organes et des appareils de la vie de relation, et c'est surtout en les appliquant directement aux parties débilitées elles-mêmes qu'ils ont la réputation d'être utiles, bien que leur usage interne et les effets qu'ils produisent par l'intermédiaire de la circulation et de l'innervation, aient très-souvent été utilisés dans le même but. Leur emploi externe s'étend aussi à toutes les névralgies des membres et des organes des sens.
Voilà, *si nous avons bien compris les anciens thérapeutistes, toute la latitude d'action qu'ils accordaient aux médicaments en question, et il est injuste de dire avec Cullen et tous les sceptiques qui l'ont copié, que ce mot est trop général, et surtout qu'on doit le supprimer, parce que nous ne connaissons pas le mécanisme des fonctions du système nerveux, ce qu'on s'est empressé de répéter après lui. Les auteurs qui adoptent de pareils principes devraient, pour y être conséquents, ne pas écrire sur la thérapeutique.
Pour parler de quelques-uns des usages encore légitimes des remèdes nervins et de la Mélisse en particulier, nous indiquerons son emploi à l'intérieur, dans les débilités musculaires, les hébétudes des sens qui s'observent pendant les convalescences des longues maladies; dans les céphalalgies des gens délicats et nerveux, les obnubilations passagères, les bourdonnements d'oreille, les vertiges qui, chez les femmes ainsi que chez les hommes occupés de travaux intellecteuls, ne sont pas le résultat de la pléthore.
Des médecins recommandables disent en avoir conseillé avec succès l'usage le matin à jeun et en guise de thé aux vieillards gros et apathiques.
Son administration externe se fait surtout en frictions dans les douleurs rhumatismales apyrétiques, les névralgies vagues et peu intenses; sur les membres et autour des articulations longtemps condamnées au repos pour des fractures ou des luxations ; en lotions dans les faiblesses commençantes
de la vue; portée sur du coton dans le conduit auriculaire, elle peut calmer les douleurs otalgiques. Les tremblements des mains et de la tête sont aussi au nombre des affections que les nervins, et en particulier la Mélisse, ont la réputation d'empêcher ou de rendre moins fortes. C'est son huile essentielle qui doit être employée dans ces derniers cas. Il se pourrait bien que les frictions soulageantes qu'on pratique avec cette huile dans les cas de sciatique, de rhumatisme musculaire, etc., n'agissent que comme révulsives, car ces frictions rougissent assez facilement la peau. Dioscoride attribue à la Mélisse la vertu de guérir les piqûres de scorpion et les morsures d'animaux venimeux et enragés. On en lave encore vulgairement les piqûres d'abeilles et les morsures de couleuvres, puis on fait honneur à l'eau distillée de Mélisse dont on se sert alors, de l'amendement naturel qui suit de très-près ces légers accidents. Galien disait la Mélisse succédanée du Marrube, et en conséquence la rayait pour ainsi dire de la Matière médicale.
Aétius, Oribase, etc., l'ont copié en cela, sans même, comme ils le font si souvent , changer les expressions du maître. Nous verrons bientôt que le Marrube a une action toute différente de la Mélisse. Les autres usages de cette Labiée rentrent dans les deux propriétés qui nous restent à examiner.
Si la qualification de céphalique devait s'étendre à tous les médicaments qu'on peut employer dans les maladies de la tête, il faudrait l'exclure à jamais du langage médical j mais, si l'on veut bien la restreindre à quelques agents thérapeutiques qui, par la voie de l'olfaction, et plus rarement par la bouche, dissipent facilement et d'une manière instantanée et directe bon nombre de céphalalgies, mais surtout qui stimulent rapidement et agréablement le cerveau, en tant surtout qu'organe servant à la manifestation des facultés du principe pensant, cette qualification pourra être tolérée sans inconvénient.
Or, sans qu'ils aient jamais ainsi formellement énoncé l'espèce de propriétés que nous reconnaissons ici aux médicaments céphaliques, les auteurs qui se sont servis de ce mot lui ont implicitement assigné le sens que nous venons de dire. Il est évident que, pour agir de cette façon, les céphaliques doivent être doués d'une odeur agréable et en même temps un peu diffusible et pénétrante; c'est en effet par ces deux qualités que tous se distinguent, et sous ce rapport la Mélisse tient un des premiers rangs : l'immense réputation de la fameuse eau des Carmes en fait foi.
Nous avons dit que ces remèdes agissaient surtout par le sens de l'odorat, et alors ils le font de deux manières qui concourent au même résultat. Cette double action s'exerce simultanément lorsqu'on aspire par le nez des poudres céphaliques, telles que celles de marjolaine et de bétoine, etc. En effet, ces poudres, par leurs propriétés physiques et chimiques, font une impression irritante sur la membrane de Schneider en tant que douée de la sensibilité générale commune à toutes les membranes muqueuses, et on sait
combien cette impression réveille les sensations et stimule tous les phénomènes cérébraux qui sont en rapport avec les fonctions intellectuelles. De plus, par leurs propretés odorantes, vives et agréables, elles agissent sur la sensibilité spéciale et olfactive de cette membrane, et chacun a éprouvé l'influence puissante des émanations agréables sur les dispositions de l'esprit et sur la tournure des idées.
On dirait qu'à la première de ces dispositions appartient la simple stimulation du cerveau, et qu'à la seconde sont réservée ces effets particuliers doux et riants que les peuples orientaux sont avides de respirer partout. Ces deux actions isolées se rencontrent, la première, dans l'effet des titillations nasales, ou de l'odeur de l'ammoniaque pendant une syncope; la seconde, dans l'impression voluptueuse qu'apporte aux sens une brise qui s'est embaumée en passant sur des roses, etc.. Celle-ci peut aller, surtout par l'odeur de certaines plantes balsamiques, jusqu'aux vertiges et à l'ivresse. Sous tous les rapports, le tabac est un puissant céphalique.
Ce n'est plus guère le médecin, mais le parfumeur qui dispose de ces sortes de substances, bien plus au profit de la coquetterie que pour remplir des indications thérapeutiques. D'après ce que nous avons dit, on voit que ces indications sont du domaine vulgaire. Chacun y satisfait avec les arômes de son goût. La Mélisse entre dans la composition d'une foule d'eaux de senteur céphaliques. Leur emploi interne rentre complètement dans ce qui a été émis sur le pareil mode d'administration des nervins. Si l'on rapproche ce que nous avons dit de l'efficacité des gommes fétides dans d'autres circonstances, de la vertu attribuée aux céphaliques, il ne paraîtra pas déraisonnable de penser que les odeurs ou plutôt les émanations et les effluves dégagés de certaines substances puantes, désagréables, ont sur le système ganglionnaire des effets opposés à ceux que les odeurs agréables produisent sur le système cérébral. La médecine homœopathique a renouvelé l'emploi céphalique des médicaments, mais sous des conditions et avec des prétentions tellement en dehors de notre thérapeutique, qu'il serait oiseux et peu grave de s'y arrêter.
Reste à parler de la propriété exhilarante attribuée à certains médicaments et à la Mélisse en particulier. Cette expression a encore plus vieilli que les deux précédentes. Elle porte avec elle sa définition, et équivaut à celle de médicaments réjouissants. Existe-t-il des agents autres que les alcooliques capables de produire la gaieté, de dissiper l'ennui, d'ouvrir à l'imagination un avenir tout plein de délicieuses illusions, etc. ? Nous n'oserions pas le prétendre. Tous les remèdes qui soulagent ou rétablissent la santé sont bien suivis de ces heureux effets, et rendent au malade la joie et l'espoir, mais il ne s'agit pas ici des moyens quelconques qui dissipent la tristesse en faisant cesser un état morbide qui l'avait produite. Pour mériter le titre d' exhilarant, un médicament doit réjouir l'âme directement, d'une manière comme spécifique, et lorsque les affections tristes, mélancoliques, sont, si l'on peut ainsi parler, essentielles, idiopathiques.
Ces remèdes seraient par conséquent principalement applicables au traitement des atrabilaires, des hypocbondriaques.
Serait-ce en stimulant le cerveau de ces derniers qu'ils pourraient leur être utiles; en animant cet organe et le transportant vers les choses extérieures, en le détournant de cette direction fatale qu'il a prise et par suite de laquelle il s'occupe des sensations, étudie des actions, épie des phénomènes que la nature a soustraits à son investigation et à sa puissance?
Ou bien, trouveraient-ils leurs indications dans cette atonie du système gastro-hépatique, dans cet état nerveux et spasmodico-fiatulent des vis- ! cères du bas-ventre et des hypochondres qui, quoi qu'on en puisse dire, est presque toujours le point de départ des affections dont nous parlons? On peut admettre ces deux influences dans les cas où les exhilarants mériteraient de conserver une place spéciale dans la thérapeutique.
Quoi qu'il en soit, la Mélisse est annoncée par un grand nombre de trèsanciens auteurs comme par beaucoup de plus modernes, pour un des meilleurs exhilarants. Sérapion prétend « quelle ôte toutes inquiétudes et imaginations du cerveau, et principalement celles qui procèdent d'humeurs mélancoliques ; Avicenne, qu'elle réjouit lecœur et fortifie les esprits vitaux. » Dioscoride la compte presque toujours au nombre des plantes qui ont le plus de pouvoir pour déboucher les conduits du cerveau et chasser les morosités causées par l'épaississement des fluides nerveux; Fernel, bien autrement éclairé et digne de foi que les auteurs précédents, parle de la Mélisse en ces termes : Demulcet atram bilem ; confert ad timorés et tristitias quse occasione nullâ ex atrâ bile suscitantur Isetaque facit omnia, etc., etc. Nous ferons grâce d'une foule d'autres témoignages analogues , et dirons seulement que nous poumons puiser ces témoignages dans Forestus, Rivière, Hoffmann, etc Ces auteurs ajoutent qu'elle aiguise l'esprit et relève la mémoire affaiblie.
Il est au moins sans inconvénient de prescrire l'infusion de Mélisse ou quelques gouttes d'eau des Carmes dans un verre d'eau sucrée contre les divers accidents cérébaux ou hypocbondriaques que nous venons de mentionner. On est bien heureux quand on peut dissiper pour quelques instants les bizarres inquiétudes ou l'invincible mélancolie de ces derniers malades par un moyen aussi inoffensif, et qui, en définitive, peut bien ne pas être tout à fait sans influence tant par ses qualités intrinsèques que par la confiance que sa grande renommée doit inspirer à un hypochondriaque. Nous croyons aussi , par analogie , pouvoir en recommander l'usage aux vieillards dont les facultés intellectuelles vacillent et s'affaissent comme les membres, comme toutes les fonctions qui dépendent dé l'encéphale. La Mélisse bâtarde, la Cataire, le Basilic, sont les Labiées les plus rapprochées de la Mélisse par leurs propriétés.
La Menthe poivrée, Mentha piperita, est Pastilles de Menthe.
une plante de la famille naturelle des Labiëes, genre Menthe. Sucre blanc, 400 gram. (13 onces).
Caractères génériques. Calice cylindri- fcSf^reéede i gram (20 erains,
que à cinq dents presque égales ; corolle un E^Menthenoivrée l § s a
peu plus longue que le calice, à quatre lo- uauoeMentne poivrée, s. q.
tes obtus presque égaux; fleurs disposées Faites selon l'art, en verticilles très-serrés ou en épis.
Caractères spécifiques, Mentha piperita. Tablettes de Menthe.
Tige quadrangulaire, dressée, rameuse, «, ., ,ft0 (Mivrrt
haute de 30 à 50 centimètres, légèrement rSsence de Menthe A Iram gros '
velue ; rameaux opposés ; feuilles ovales, gg» ^ragaS,' 8 Iram! 2 g?3
petiolees, dentées en scie, un peu pubes- M"mmp arab?aue « Lm o arosï
centes; fleurs violacées, formant un épi fe"1?1^ wlffl * pnora^' r% H"
court, ovoïde, très- serré ; calice tubuleux, Eau de Menlhe' 60 §ram- (2 §ros)-
à cinq dents aiguës; corolle infundibuli- Faites des pastilles de 60 centig.(l 2 grains), forme, à quatre divisions égales; étamines
didynames, écartées les unes des autres. Eau distillée de Menthe.
Menthe poivrée fraîche, 1 p.
Oléosaccharum de Menthe. ■ „ , ,
Distillez à la vapeur pour en retirer une
Essence de Menthe, 1 goutte. partie de produit.
Sucre blanc, 4 grammes(i gros). LaMenthe poivrée peut être suppléée par
ses congénères les Mentha viridis, M. Syl- Mèlez. vestris, etc.
THERAPEUTIQUE.
Les espèces du genre Mentha de la famille des Labiées sont très-nombreuses. Trois d'entre elles sont surtout connues dans la Matière médicale, ce sont la Menthe poivrée, la Menthe crépue et la Menthe pouliot. La première est la plus généralement employée : c'est le type thérapeutique du genre.
La saveur de cette Labiée est très-aromatique, chaude, poivrée et camphrée : laissant dans la bouche une sensation de frais très-prononcée et fort agréable; son odeur est très-diffusible, balsamique, intense, et cette propriété lui reste entière après la dessiccation. La Menthe poivrée contient une huile essentielle extrêmement abondante et une quantité considérable de camphre qui se dépose à la longue; ce que connaissait déjà très-bien Gaubius. La distillation de cette plante a de même rendu du camphre.
Action physiologique.
L'infusion d'une demi-once de feuilles de Menthe poivrée dans deux verres d'eau, bue à la tempétature de l'atmosphère, a rendu notre pouls un peu plus vif et fréquent, la chaleur plus répandue et plus uniforme , notre appétit très-vif, en même temps qu'elle a dissipé un mai de tète que nous ressentions avant de la prendre.
Historique et action thérapeutique.
La Menthe est une de ces plantes qui , par la nature de leurs qualités physiques très-sensibles et très-évidentes, ont dû être connues et employées dès les temps les plus reculés. Hippocrate la connaissait et paraissait s'en être servi à titre d'excitant, car dans son traité du régime dans les maladies aiguës il dit : Mentha calefacit et urinam ciet. Il lui attribue ensuite une propriété sur laquelle nous reviendrons. Dioscoride atteste aussi son action stimulante : la Menthe, dit-il , a la vertu d'échauffer, de resserrer et de dessécher. »
C'était surtout comme aphrodisiaque que Galien la vantait , ce qui est d'autant plus surprenant que beaucoup d'auteurs la considèrent comme très-propre à émousser le stimulus des organes générateurs. Vint calidam habet, dit Aetius, qui ne plaçait pourtant la Menthe que dans le troisième ordre des substances chaudes. Les propriétés excitantes de la Menthe résultent de tous les témoignages; toujours aussi on a été d'accord sur la spécialité de son action et sur les indications les moins équivoques qui en commandent l'emploi. Sa vertu carminative, par exemple, était si bien constatée à Rome que Martial la caractérise par cet attribut et l'appelle Mentham ructatricem. C'est en effet contre les maladies spasmodico-flatulentes que sa puissance est saillante et très-indubitable. De plus elle jouit de certains avantages que nous n'avons pas reconnus aux ombellifères aromatiques. Les Labiées ne partagent avec celle-ci que les propriétés antiflatulentes et anticoliques, mais elles ont de plus que ces dernières une action excitante diffusible qui les rapproche du Camphre et des Éthers.
Il est nécessaire que nous distinguions fidèlement les variétés bien particulières d'états morbides ou d'éléments pathologiques qu'on peut combattre avec les plantes Labiées et la Menthe principalement. Ces choses une fois établies à propos de la Menthe, nous n'aurons qu'à indiquer les autres Labiées succédanées, en mentionnant toutefois à chacune d'elles , lorsqu'elle le méritera , les vertus spéciales qu'elle possède indépendamment des propriétés générales de toute la famille.
Nous avons annoncé la Menthe comme pouvant représenter le groupe thérapeutique des Labiées qui semblent devoir leurs propriétés au Camphre qui est contenu dans leur huile essentielle. Quand on parle dans la Matière médicale des plantes de cette famille, c'est à cette section qu'on rapporte toutes les généralités sur leurs vertus; et, bien que nous convenions que les qualités chimiques et médicinales qui distinguent celte section appartiennent au plus grand nombre des Labiées et se retrouvent dans une multitude d'autres genres qui possèdent en outre des principes actifs auxquels il faut attribuer une part dans l'action spéciale dont ils jouissent , nous croyons notre division légitime et naturelle; il sera impossible de le nier en comparant les groupes que nous avons établis.
La Menthe poivrée est de toutes les espèces du genre celle qui a les
propriétés les plus décidées. Sa diffusibilité la rend applicable à plusieurs états morbides où nous avons déjà loué l'emploi des Éthers et du Camphre. Nous citerons en particulier les vomissements nerveux , les gastrodynies spasmodiques, les coliques de même nature et qui ont pour siège l'hypochondre droit et la région des reins. L'infusion de Menthe poivrée réussit aussi à merveille dans ces cas que nous avons indiqués à propos du Castoréum et du Camphre, et qui consistent en une menstruation douloureuse et difficile qui s'accompagne de frissonnements, de pandiculations, de spasmes divers et surtout de coliques utérines déchirantes. Cette agréable boisson détermine la répartition la plus égale de la chaleur, procure une douce moiteur et fait fluer les règles d'une manière continue et paisible.
Les jeunes filles chlorotiques sont sujettes, surtout immédiatement après le repas, à des gastralgies et plus tard à des entéralgies fort vives : l'infusion de Menthe bue en place de thé les prévient ou les dissipe. Prise quelque temps avant le repas, elle provoque un appétit naturel et que les malades aiment mieux satisfaire avec des aliments légitimes et réparateurs qu'avec les crudités et les acidités dont sont ordinairement avides les chlorotiques. Les palpitations de cœur, les tremblements nerveux, les hoquets, les céphalalgies et les migraines légères, sont, chez ces dernières malades et la plupart des femmes vaporeuses, assez bien calmés par la Menthe en infusion chaude. Nous avons déjà parlé de sa vertu carminative : c'est surtout dans les flatulences et les météorismes nerveux des sujets que nous venons de spécifier, qu'il convient de l'employer.
Comme tisane ou boisson ordinaire, elle jouit d'une réputation méritée dans les fièvres nerveuses primitives ainsi que dans les fièvres typhoïdes revêtant la forme nerveuse. Il faut en dire autant pour les fièvres catarrhales, lorsque domine un élément d'atonie générale et surtout des membranes muqueuses. Cette boisson habituelle est aussi indiquée dans les fièvres typhoïdes qui prennent la forme muqueuse, telles que celles observées par Rœderer et Wagler. D'excellents observateurs ont assuré que les boissons excitantes s'opposaient à ce que cette forme des fièvres grasses contractât vers les dernières périodes le caractères putride et nerveux.
L'infusion théiforme de Menthe est de même une boisson ordinaire trèsutile aux femmes anémiques qui sont alors tourmentées, comme pendant les convalescences des graves maladies, par une foule d'accidents nerveux, d'insomnie, d'inappétence, de dyspepsie, etc.
Nous n'avons jamais fait usage d'une autre boisson dans la période de concentration du choléra asiatique, et elle est parfaitement indiquée dans tous les flux excessifs qui paraissent être dominés par un état spasmodique et nerveux grave et profond, et au milieu desquels surviennent rapidement la réfrigération, la petitesse et l'irrégularité du pouls, une grande inertie des fonctions respiratoires , l'extinction de la voix , le sentiment d'une chaleur brûlante concentrée dans quelque cavité splanchnique , des contractures ou des convulsions partielles , etc. , car ces symptômes ne sont pas seulement propres au choléra asiatique , mais à tous les flux exa-
gérés , ainsi qu'à certaines espèces de fièvres intermittentes pernicieuses.
Les enfants sont assez sujets pendant .l'allaitement et surtout après des sevrages prématurés à des vomissements d'une nature souvent très-fâcheuse. Ce symptôme n'annonce ordinairement qu'une atonie gastrique avec spasme, lorsque les petits nourrissons ont été privés trop tôt de leur aliment naturel. D'autres fois, les vomissements opiniâtres dont il s'agit, annoncent un commencement de ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac. Dans ces deux cas, l'eau distillée de Menthe, le sirop de Menthe, nous rendent tous les jours de précieux services. On ne saurait trop se hâter de calmer ces vomissements chez les enfants allaités, parce que si on les traite par la diète, les émollients, etc., on ne fait qu'accroitre la disposition vomitive, et qu'alors les enfants tombent très-vite dans une cachexie féconde en phlegmasies et en ramollissements rapidement désorganisateurs.
La propriété antilaiteuse delà Menthe ne nous est pas connue. Dioscoride l'atteste déjà, et de nos jours, un homme fort judicieux, Desbois, de Rochefort, la signale encore. Cette propriété consisterait surtout en ceci, que chez les nouvelles accouchées, la Menthe prisé en infusion et appliquée en fomentations sur les reins empêcherait une nouvelle sécrétion de lait, neutraliserait la diathèse laiteuse de l'économie, et s'opposerait aux accidents qui lui sont attribués. Ces assertions mille fois répétées depuis Dioscoride ne reposent pas sur une observation bien sévère. Le père de la Botanique médicale dit que les feuilles de Menthe jetées dans le lait V empêchent de cailler et de se mettre en fromage. C'est de ce fait sans doute qu'on s'est autorisé pour prescrire la Menthe aux femmes dont on veut faire passer le lait. Ce qu'il y a au moins de certain et ce que nous avons expérimenté, c'est que la coagulation du lait est retardée lorsqu'on y dépose quelques feuilles de Menthe, et en cela nous sommes d'accord avec Laewis qui signale ce fait dans sa Matière médicale. Nous ne saurions contredire Linné et une foule d'autres auteurs qui affirment que les vaches qui mangent de la Menthe dans les pâturages ont un lait beaucoup plus séreux.
Hippocrate a noté une particularité des effets de la Menthe que la présence d'une assez grande quantité de Camphre dans cette plante porterait à admettre; il s'agit d'une influence anaphrodisiaque. Il s'exprime de la manière suivante dans le traité De vict. rat. in ac. : Si guis eam {Mentha) sœpè cumedat, ejus génitale semen ita colliquescit ut effluat , et arrigere prohibet, et corpus imbecillum reddit. Aristote a témoigné de la même action, peut-être sur la parole d'Hippocrate, et plus tard cependant Dioscoride a parlé de la Menthe comme a d'un breuvage qui incite au jeu d'amour; » ce que Galien a répété peut-être aussi sur la foi de Dioscoride.
Après avoir pris une forte infusion de Menthe, nous n'avons pas, il est vrai, ressenti ces effets énervants de l'appareil sexuel dont parle Hippocrate; mais il faut remarquer que nous n'avons pas rempli pour les éprouver la condition exprimée par lui : Si quis eam sxpè comedat, etc. Les effets opposés ne se sont pas montrés non plus.
Les autres espèces du genre Mentha ne nous offrent maintenant rien de bien important à signaler. La Menthe crépue, Mentha crispa, est moins active que la Menthe poivrée, Mentha piperita, dont nous venons de faire l'histoire. La Menthe pouliot, Mentha pulegium, a, dit-on, une action particulière qui en rend l'emploi avantageux dans les toux convulsives et principalement la coqueluche. C'est des Anglais que lui vient cette réputation. On peut sans risque, sur ces documents, en faire le véhicule des potions qu'on est dans le cas d'administrer aux enfants atteints de coqueluche, et la prescrire même pour boisson.
C'est l'infusion théiforme qui est le mode le plus facile et le meilleur d'administrer la Menthe. Son huile essentielle à la dose de deux à quatre ou cinq gouttes dans un liquide sucré peut remplacer l'infusion. L'eau distillée peut entrer avec avantage dans une foule de potions excitantes et antispasmodiques. Les bonbons connus sous le nom de pastilles de Menthe suppléent assez bien les préparations que nous venons d'indiquer.
Les autres plantes labiées susceptibles d'être rangées dans ce groupe sont le Romarin, la Lavande, le Stœchas, le Thym, le Serpolet, etc. Mais nulle d'elles n'a des propriétés thérapeutiques aussi marquées que la Menthe ; leur saveur est aussi plus forte et moins agréable. C'est l'art culinaire qui les revendique surtout.
HYSOPE. GERMANDRÉE. MARRUBE.