HYSOPE. GERMANDRÉE. MARRUBE. LIERRE TERRESTRE
Sans compter sur les vertus antiasthmatiques et anticatarrhales de l'Hysope pour triompher des affections de poitrine contre lesquelles on l'a vantée outre mesure, on peut en faire l'excipient de potions qui renferment des agents plus héroïques, et l'administrer en infusion pour boisson ordinaire aux vieillards asthmatiques et sujets aux catarrhes.
La Marrube et le Lierre terrestre ayant presque toujours autrefois été loués dans le cas de phthisie, et les anciens praticiens ayant attribué à leur vertu la cicatrisation de cavernes pulmonaires, le dessèchement d'abcès scrofuleux des poumons, etc., ces observations exagérées ont mis en défiance et fait abandonner leur usage. Nous ajoutons peu de foi à tout ce qu'Alexandre de Tralles, Cœlius Aurelianus, Celse, disent de l'efficacité du Marrube dans la phthisie. Ce dernier auteur a établi sur le traitement de cette grave maladie des règles et des préceptes admirables. Il recommande le Marrube, mais combiné à des substances qui peuvent probablement revendiquer une grande part dans les effets obtenus. Il l'associait à la térébenthine, résine •térébenthine pars dimidia. Les cas les plus spéciaux qui réclament l'emploi du Marrube sont ceux où nous avons conseillé la Gomme ammoniaque, c'est-à-dire les cas d'asthme pituiteux dans lesquels la cessation de l'accès paraît subordonnée à l'évacuation de mucosités filandreuses et transparentes. Le Marrube a non-seulement cette affinité d'action thérapeutique avec la gomme ammoniaque ; il a aussi un peu de la fétidité de cette substance.
Le petite quantité de fer qui est contenue dans cette plante justifieraitelle le cas particulier qu'on en a fait dans l'aménorrhée et le scorbut? Il n'y a rien à dire aux observations de cancers du foie rapportés par Chomel et guéris au moyen du Marrube. Linné en parle comme d'un remède efficace dans le ptyalisme mercuriel.
Le Lierre terrestre est de toutes les Labiées amères celle qui a conservé le plus de vogue. Nous ne voulons pas redire tout ce qui a été écrit sur ses merveilleuses propriétés dans les maladies chroniques et les altérations organiques du poumon. Morton voulait que dans la phthisie hémoptoïque [phihisis ab hxmoptoe) on l'employât à hautes doses et longtemps. C'était le sirop de Lierre terrestre qu'il vantait beaucoup alors : Magis verô (saltem in hujus morbi iniiio et post recentem hsemoptoen) syrupo ex hederâ terrestri (quem in phthisi hsemoptoicâ prx cseteris omnibus commendatum vellem copiosè usurpandum), insistendum est. La circonstance des hémoptysies donne ici de la valeur au diagnostic, et par conséquent à la thérapeutique du célèbre auteur de la Phthisiologie . On devra employer de préférence le Lierre terrestre dans tous les cas que nous avons dit être en rapport thérapeutique avec les Labiées amères.
Indépendamment des eaux distillées et des infusions, il y a des sirops et des extraits de ces plantes. On les donne aussi en poudre à la dose de plusieurs gros. Les doses des autres préparations sont très-illimitées. Les infusions ont plus d'avantages que tous les modes d'administration que nous venons d'indiquer.
La Sauge officinale, Salvia officinalis, est brisseau à tige'quadrangulaire, pubescente,
une plante de la famille naturelle des La- rameuse; feuilles opposées, pubescentes,
biées, genre Salvia. ovales, lancéolées; fleurs violacées, dispo-
, , , . „ ,. . , sées en une sorte d'épi, formé de verticil-
Caracteres du genre Salvia. Calice tubu- Ies rapprochés ; chaque fleur accompagnée
leux, à quatre ou cinq dents, quelquefois d-une bractée cordiforme. Calice tubuleux,
bilabiée; corolle tubuleuse; tube dilate et strié. à cinq dents très-aiguës. Corolle bi-
comprimé latéralement a sa partie supe- ]abiée gorge de la corolle garnie d'une ran-
rieure comprimée, falcilorme; lèvre înte- oée de poils
rieure à trois lobes inégaux, le moyen plus s 0n lo| x f u, t , gomnités
grand et «rtî^etoB^Mnto- fleuries f la s e„es sont fortement
^ti.™^wjDmv^&jmewrtelwi aromatiques. Elles servent à préparer, par
portée a 1 extrémité d un très-long con- Masio* des bainSj des lotionpSj ges fumi.
ne •• gâtions de vapeur aromatique. La Sauge
Caractères spécifiques. Sauge officinale, entre dans la composition de la plupart des petite Sauge, Salvia officinalis. Sous-ar- eaux spiritueuses aromatiques.
La Sauge officinale est très-propre à donner l'idée des Labiées du dernier groupe. Nous avons caractérisé ce groupe en disant que l'action des Labiées qu'il comprend semble résulter de l'association de tous les principes médicamenteux qu'il nous a été donné de reconnaître dans le§ trois groupes précédents, savoir : l'huile essentielle, le camphre et le principe amer; la Sauge possède de plus des propriétés astringentes dues sans doute à une assez notable quantité d'acide gallique qu'elle contient. Si l'on ajoute à cela que les principes désignés y sont en plus considérable proportion que dans aucune autre Labiée, on concevra sans peine les propriétés actives, les vertus prononcées qui de tout temps ont été reconnues à cette plante. Le Teucrium Marium et le Teucrium Scordium peuvent être placés à la suite de la Sauge. Leur action est du même genre, quoique moins énergique.
Action physiologique.
L'infusion d'une demi-once de feuilles de Sauge prise froide, au mois de juillet, nous a procuré pendant plusieurs heures d'abondantes sueurs avec bouffées de chaleur insupportables, pouls un peu plus fréquent (six pulsations de plus qu'avant l'expérience), mais surtout plus plein et plus développé, agitation rendant le travail intellectuel difficile par l'excès de stimulation sanguine et le sentiment de chaleur générale, laquelle n'était pourtant pas appréciable au toucher d'une autre personne; soif vive, sécheresse de la bouche, constipation extraordinaire; augmentation rapide de l'appétit, un peu d'insomnie qui nous semble devoir être expliquée par l'action de la Sauge.
Le nom latin de la Sauge (Salvia, de salvare) reste pour témoigner de la réputation prodigieuse dont elle a joui. On l'appelait aussi herbe sacrée, au rapport d'Agrippa et d'après Aétius. L'école de Salerne a été le dernier écho de cette renommée inconcevable ; elle a consacré dans la Sauge un breuvage capable d'assurer à l'homme l'immortalité, ce qui, en raison de la forme poétique de l'adage, peut bien passer pour de la longévité : Cur moriatur homo cui Salvia crescit in horto? Si nous pouvions, comme l'école de Salerne, proclamer que la Sauge est le meilleur médicament contre la mort, nous n'aurions rien à ajouter.
Ce qu'on a raconté des deux espèces de Teucrium que nous rassemblons ici n'est guère moins merveilleux. Pline rapporte ce qui suit au sujet du Marum : De ce temps même Teucer inventa le Teucrium. Le moyen comme cette herbe fut inventée est tel : Il arriva une fois qu'ayant jeté sur cette herbe le dedans d'une bête, on trouva que cette herbe s'était attachée à la rate et l'avait consumée : pour cette cause plusieurs l'appellent splenion. On dit qu'oïl ne trouve point de rate aux pourceaux qui auraient mangé la racine de cette herbe, etc.
Il faut avouer que si les propriétés résolutives et désobstruantes si exaltées du Teucrium Marum sont nées de ce conte, on peut se dispenser de les relever. Nous aimerions mieux croire que le conte a été bâti pour donner plus de crédit à ces propriétés déjà reconnues directement ou par analogie; car bien que nous ne puissions pas ajouter le témoignage de notre propre expérience à ceux qui depuis le temps des premiers empiriques se sont soutenus jusqu'à nous, ces témoignages sont trop nombreux et trop respectables pour qu'on doive les rejeter absolument. Les propriétés physiques et chimiques du Marum sont du reste très-marquées, et il n'y a rien d'étonnant que ses propriétés médicales puissent aussi être utilisées dans les cas où nous parlerons de l'emploi de- la Sauge. Gullen, qui s'est appliqué à nier les vertus, spéciales au moins, de la plupart de ces plantes, accorde au Marum qu'il est le plus puissant cêphalique *et antispasmodique des verticillées. Ce que dit Galien pour attester les vertus alexitères du Teucrium scordium est toutefois moins incroyable que la fable précédente; il raconte (d'après des auteurs dignes de foi) qù 'après une bataille, les morts qui étaient tombés sur des plantes de Scordium étaient moins co?Tompus que les autres, surtout du coté par lequel ces corpi> touchaient au Scordium,
Le Scordium a conservé assez de cette réputation de puissant alexipharmaque pour que, vers le milieu du seizième siècle, Fracastor en ait fait la base de cette fameuse composition connue sous le nom de Diascordium, dont la formule a été tant de fois remaniée depuis, qu'il est douteux que cet électuaire mérite encore son titre originaire. Maintenant, c'est presque uniquement en considération de l'opium qui y figure qu'on en fait usage. Nous en parlerons ailleurs.
Nous allons nous contenter d'indiquer les propriétés les plus spéciales et les moins équivoques de la Sauge et de ses analogues, parce que l'action II. 3i
m MÉDICAMENTS EXCITANTS.
générale que ces plantes partagent avec tous les excitants sera mieux développée et appréciée dans ses applications à l'homme malade, lorsque nous jetterons un rapide coup d'œil sur la médication excitante.
On sait qu'alexipharmaque signifie chasse-poison, et que ce terme a servi autrefois à désigner tous les agents qui préservent des maladies putrides, contagieuses et infectieuses, et qui passent aussi pour guérir ces maladies. La Sauge occupait un rang important dans cette classe de médicaments. Pour nous, les propriétés que nous lui reconnaissons encore et qui rentrent dans ce genre, sont celles dont on peut tirer parti dans la forme muqueuse des fièvres typhoïdes, forme assez mal dessinée et existant assez rarement seule, mais plus souvent associée à un état de langueur et d'éréthisme qui la rapproche beaucoup de la fièvre lente nerveuse d'Huxham, circonstance qui est loin de contre-indiquer l'usage de la Sauge et qui le réclamerait bien plutôt. Cette forme tourne aisément à la putridité, et présente alors de grandes analogies symptomatologiques avec le typhus des hôpitaux et des prisons, même avec le typhus oriental. L'infusion de Sauge ou d'un des Teucrium dont il est question ici , imprime plus de résistance et de stabilité au système nerveux frappé de stupeur et d'ataxie, active en même temps la circulation et rend de la fièvre aux malades, fièvre nécessaire, indispensable dans une certaine mesure, sous peine de décomposition • prématurée de l'organisme et de mort par empoisonnement miasmatique et défaut de réaction, ou sous peine de •prédominance exclusive des accidents nerveux et de mort par réaction vicieuse. On peut aussi administrer l'infusion de Sauge dans la forme purement adynamique de ces fièvres. Le dévoiement qu'on pourrait craindre de provoquer ou d'entretenir dans ces cas où il existe presque toujours, n'est pourtant pas à redouter : il y a mieux, c'est que la Sauge et les Scordium sont propres à le modérer. C'est à propos des fièvres graves qu'Hippocrate parlant de la Sauge dit : Salvia sicca est ; alvurn sistit. Cette action antidiarrhéique lui est commune avec la plupart des aromatiques. Du reste, ses qualités amères et astringentes peuvent encore y contribuer. L'avantage le moins contesté du Diascordium est de suspendre les flux intestinaux.
Une chose qui choque dans l'histoire de la Sauge, c'est'que cette Labiée qui est douée de propriétés sudorifiques très-actives, souvent mises à profit lorsque après une exposition imprudente au froid on ressent un malaise, des frissonnements quelquefois précurseurs de phlegmasies ou de douleurs rhumatismales musculaires, et qu'on veut juger cette fièvre commençante par d'abondantes sueurs, que cette Labiée, disons-nous, soit aussi préconisée pour arrêter les sueurs immodérées et débilitantes. Ce fait n'a pourtant rien de contradictoire, car il faut prendre garde que les circonstances où on prescrit la Sauge comme sudorifique et comme propre à combattre les sueurs exagérées, sont parfaitement opposées, et que c'est précisément parce qu'elle produit tel effet dans telle de ces circonstances, qu'elle produit l'effet contraire dans l'autre.
Van Swieten prescrivait ' avec succès le vin de Sauge contre les sueurs nocturnes qui affaiblissent si fâcheusement les individus convalescents de fièvres. Cette indication se présente souvent à remplir à la suite des maladies aiguës graves. La Sauge dans ces cas, au rapport de Van Swieten aussi, diminue la fréquence du pouls. Il dit ne l'avoir jamais vu manquer l'effet qu'il voulait en obtenir et ne pas faire cesser cette faiblesse générale et ces sueurs relâchantes qui en sont un symptôme. Ce grand praticien l'employait dans les galactorrhées qui persistent après l'allaitement et amènent souvent chez les femmes une véritable fièvre hectique, un marasme auquel quelques-unes succombent. La Sauge aurait cette propriété commune avec la Menthe, mais à un degré plus sûr, sans doute à cause de son action tonique et astringente.
Les vertus cicatrisantes delà Sauge sont indubitables, et nous avons fu plusieurs fois les ulcères atoniques des jambes se fermer, se couvrir d'un tissu cutané nouveau par l'application de compresses imbibées de vin cuit avec la Sauge et le miel, et même d'une simple décoction de Sauge. Les pansements ainsi faits sont aussi fort utiles aux ulcères scrofuleux des joues. Il est encore très-certain qu'il suffit de toucher les aphthes des enfants, des femmes grosses, avec un pinceau trempé dans une décoction vineuse de Sauge, pour les voir disparaître.
Rosen assure qu'on triomphe bien plus sûrement chez les enfants de cette maladie fâcheuse, en donnant à l'intérieur quelques cuillerées d'infusion de Sauge en même temps qu'on l'emploie topiquement sur les ulcérations aphtheuses. Cette infusion est aussi bonne en collutoire dans les mollesses et les saignements de gencives.
Enfin la Sauge, et à des degrés un peu moins prononcés, le Marum et le Scordium, résumant, comme nous l'avons déjà dit, les propriétés isolées des autres groupes de Labiées, constituent une espèce de Thériaque naturelle et nous paraissent très-bien faits pour remplacer ce vieil électuaire dont nous avons parlé en son lieu. Ces formules générales suppriment une foule de particularités qu'il nous resterait à exposer sur cette dernière section des Labiées.
La Sauge s'administre comme toutes les autres plantes de la même famille.
Nous avons réservé pour la fin ce qui concerne un emploi des Labiées assez commun et dont on peut tirer un assez bort parti; et si nous n'en avons parlé à propos d'aucune en particulier, c'est que ce mode d'administration se fait ordinairement avec un mélange de plusieurs, mais principalement des plus aromatiques, comme la Sauge, la Menthe, la Lavande, le Romarin, le Thym, etc. Il est question de leur usage sous forme de bains locaux et généraux, et sous celle de sachets appliqués sur la peau ou encore de litière destinée au coucher de certains malades. Ces deux façons de mettre à profit les propriétés excitantes et toniques des Labiées sont applicables aux mêmes circonstances, et si l'on préfère quelquefois la forme sèche, c'est que bien des malades, dans les cas qui présentent cette
indication à remplir, ne peuvent supporter les bains, et que la forme humide prolongée combat, par le relâchement qu'elle procure, les effets fortifiants qu'on veut en obtenir.
L'emploi local des deux manières que nous avons indiquées est résolutif dans tous les engorgements chroniques, dont il aide la fonte et la disparition, et cela surtout dans les tumeurs scrofuleuses et les abcès froids; dans les roideurs articulaires avec ou sans gonflement, suites de rhumatismes; sur les membres infiltrés passivement dans les convalescences et dans l'anasarque essentielle consécutive à certains exanthèmes, aux fièvres intermittentes, etc. Les bains de Labiées aromatiques et les litières composés avec ces plantes, sont utiles aux enfants scrofuleux chez lesquels les signes de la diathèse strumeuse dominent les accidents locaux, chez fes enfants aussi dans les convalescences des exanthèmes qui les laissent si souvent plongés dans le dépérissement et les cachexies les plus difficiles à effacer. On peut se servir aussi de ces modes d'administration dans les cas de tumeur blanche, de carie des vertèbres, etc., en un mot dans tous les états de l'organisme caractérisés par la faiblesse générale et le relâchement des solides, l'imperfection des fonctions assimilatrices, que ces états soient spéciaux, comme la diathèse scrofuleuse, etc., ou qu'ils n'aient pas de cachet spécial et soient survenus par le fait de toutes les causes qui peuvent imprimer profondément aux forces nutritives une atonie à laquelle toutes les fonctions prennent part. Les bains dont nous venons de parler sont très-faciles à préparer. On fait 4 à 5 kilogrammes (8 à -10 livres) de décoction de plusieurs Labiées des plus aromatiques, et on jette ce liquide dans le bain.
Quant aux litières, on les compose avec le même assortiment. Il faut que les plantes soient sèches, ce qui, comme on le sait, n'ôte rien à leurs qualités aromatiques. C'est un caractère propre aux Labiées.
Camomille, Camomille romaine, Anthe* seulefieur; feuilles courtes, irrégulièrement
mis nobilis, Chamgemelum Romanum , bipinnées, pubescentes; fleurs solitaires à
plante yivace de la famille des Synanthé- disque jaune et à rayons blancs; involucre
rees, tribu des Corymbifères, genre Anthe- presque plane ; réceptacle très-convexe et
Wl?/ , proéminent.
Caractères génériques. Involucre hémi- Les capitules ou les fleurs de la Camo-
spnenque, composé d'écaillés imbriquées mille romaine sont seules usitées. Telles
scaneuses sur les bords; fleurs radiées? qu'on les trouve dans les pharmacies, elles
fleurons du centrehermaphrodites, fertiles ; sont blanches, desséchées,
demi-ileurons femelles et fertiles ; récepta-* Leur arôme est fort, et un peu analogue
cle convexe , garni de paillettes; fruit cou- à celui du coing; leur saveur d'une amer-
ronneparunemembranecontinueetdentée. tùme assez prononcée.
Caractères spécifiques. Anthémis nobilis, Les fleurs de Camomille doivent leurs
Plante indigène, vivace, tige de 20 à 25 cen- propriétés à un principe amer, soluble dans
timctres (8 à 10 pouces), couchée, ra- T eau et dans l'alcool, et à une huile essen-
meuse, redressée; rameaux portant une, tielle visqueuse, remarquable par sa cou-
leur bleu foncé, lorsqu'elle est conservée à Cet extrait retient tout le principe amer, l'abri du contact de l'air. mais il a perdu presque toute la matière
Extrait de Camomille.
volatile.
Huile de Camomille.
Fleurs de Camomille, 1 part.
Eau tiède, 2 Fleurs de Camomille sèche, i part.
Huile d'olive, 8
On pulvérise grossièrement les fleurs de
Camomille, et on les traite par l'eau tiède, Faites chauffer pendant quelques heures
ou encore par lixiviation; la liqueur en- au bain-marie, passez avec expression et
suite est évaporée à consistance d'extrait, filtrez.
THERAPEUTIQUE.
A ceux qui se piqueraient d'établir une classification non arbitraire des médicaments, on pourrait demander où ils placent la Camomille. Est-elle antispasmodique à la manière dont nous avons défini cette qualité, ou bien est-elle stimulante proprement dite, ou enfin tonique? Il y aurait d'excellentes raisons pour la répartir à la fois dans ces trois classes d'agents, et nous profitons de cette latitude pour en parler ici. Nous en avons d'autant plus le droit, que les états morbides qui en réclament l'usage sont en partie les mêmes, en partie analogues à ceux que nous avons signalés à propos des Ombellifères et des Labiées.
C'était le quinquina de l'antiquité, et maintenant que la Matière médicale possède un fébrifuge beaucoup plus sûr, elle nous reste avec des propriétés excitantes spéciales, dont la plus intéressante et la moins incontestable est la propriété stomachique,
Cette qualification n'appartient pas, comme on l'a dit, à tous les médicaments propres à guérir les maladies de l'estomac. La saignée, le vésicatoire, une affusion froide, etc., ne mériteront jamais le titre de stomachiques, qui n'est applicable qu'aux remèdes qui, administrés par la bouche, sont capables d'imprimer directement aux forces du ventricule le degré d'énergie suffisant pour l'accomplissement de ses fonctions , lorsque ces forces sont dans une inertie idiopathique constituant essentiellement la maladie, ou bien encore lorsqu'elles partagent la débilité générale de l'organisme, et que cette débilité présente des indications pour les médications tonique ou excitante. Si nous nous abstenons de discuter ici la nature et l'importance de ces indications, c'est qu'elles rentrent dans celles que peut remplir la médication excitante. Nous ne devons nous occuper maintenant que des propriétés de la Camomille qui lui sont propres et ne résultent pas nécessairement de son action stimulante.
La plus importante de ces propriétés est la propriété fébrifuge. Nous avons déjà fait sentir qu'avant la découverte de l'écorce du Pérou, on se servait beaucoup de la Camomille pour suspendre les accès des fièvres intermittentes. Bien que ni Hippocrate ni Celse ne mentionnent cette plante, on voit que ses vertus fébrifuges ont été très-anciennement connues, car Galien rapporte que les sages de l'Egypte qu'on appelait Mages la dédièrent
au soleil à cause de son insigne efficacité contre les fièvres. De son côté, Dioscoride recommande de pulvériser les fleurs de Camomille, et d'administrer cette poudre pour ôtcr les accès de fièvre. Suivant Aétius, un Égyptien nommé Néchepson , le même sans doute que Matiole appelle Nichessor, veut, pour guérir les fièvres, qu'on frotte le malade de la tête aux pieds avec de l'huile de Camomille. Mais la condition qu'il exige, de le bien couvrir ensuite et de provoquer d'abondantes sueurs, infirme la conséquence qu'on pourrait tirer ici en faveur des qualités fébrifuges de la Camomille, puisque les bains de vapeurs et les puissants sudorifiques ont été quelquefois prescrits avec succès pour détruire des fièvres intermittentes qui avaient résisté à tous les autres remèdes.
Ce qu'il y a de bien singulier dans l'histoire de quelques fébrifuges indigènes et de la Camomille en particulier, c'est qu'ils manifestent leur puissance dans les cas où l'antipériodique par excellence , le quinquina , a complètement échoué. On aurait tort de conclure de ces faits exceptionnels que la Camomille et ses analogues combattent plus énergiquement les fièvres d'accès que le quinquina, et doivent lui être préférés; mais il faut avouer que certains organismes ou certaines fièvres ne sont pas modifiables par cet agent thérapeutique et ne résistent pas à tel ou tel , la Camomille par exemple; non que celle-ci soit plus héroïque, mais parce qu'elle est autre, et que l'inertie apparente du quinquina n'est ici que relative à une idiosyncrasie, de même que l'activité apparente de la Camomille n'est relative qu'à cette même idiosyncrasie. C'est ainsi qu'un simple changement d'habitation, une légère émotion morale, font cesser une habitude fébrile que n'avaient pu atteindre les plus fortes doses de sulfate de quinine.
11 est intéressant de remarquer que ces fièvres si réfractaires et si bizarres, quant à l'agent thérapeutique spécial qui a pouvoir sur elles, ne sont guère celles qui se développent sous l'influence des émanations marécageuses, mais bien plutôt les fièvres des grandes villes et des personnes nerveuses. Un grand nombre d'habitants des campagnes où régnent endémiquement les fièvres intermittentes, s'en préservent et s'en débarrassent pourtant assez bien à l'aide de poudres et de décoctions amères et excitantes : mais les moyens singuliers dont nous venons de parler, et qui sont hors du domaine de la Matière médicale, échouent contre les fièvres miasmatiques et ne sont guère heureux que contre celles qui naissent indépendamment de cette influence , et qui sont d'autant moins régulières qu'elles s'é' oignent davantage des conditions étiologiques qui produisent les premières.
Des auteurs graves et versés dans la connaissance des fièvres intermittentes ont obtenu avec la Camomille la guérison parfaite de pyrexies périodiques bien caractérisées. Nous traversons , parce qu'elles pourraient paraître peu authentiques, une foule de relations de ces cures opérées depuis les premiers essais faits avec la Camomille jusqu'au temps où la découverte du Quinquina a appelé plus attentivement les observateurs vers
l'étude des fièvres intermittentes , et nous arrivons à l'illustre R. Morton, qui, comme tous les praticiens de la fin du dix-septième siècle, vivant, si nous pouvons ainsi dire , sur les limites du règne des anciens fébrifuges et des premiers succès du nouveau spécifique, a dû fréquemment se servir de l'un et de l'autre. Il raconte qu'un de ses collègues, Elysha Coyth, lui affirma avoir souvent éprouvé l'insigne efficacité des fleurs de Camomille finement pulvérisées, qu'il regardait comme aussi sûres dans le traitement des fièvres intermittentes que le Quinquina lui-même. Pour son propre compte, il avoue ne jamais avoir employé ce remède seul et pur, mais en avoir obtenu de remarquables avantages en l'associant à d'autres substances d'après leaiproportions suivantes :
Florum Chamsemeli substilissimè pulverisatorum (plus minus pro setate) scrupulum unum ; Antimoni Diaphoretici , sed absynthii, ulriusque scrupulum dimidium ; pulvis sumendus in haustu ptisanse vel cujuscumque julapii temperati; aut in formant boli cum syrupo caryophyllorum , vel in formam pilularum cum mucilagine redactus, sextâ quâque horâ per biduum vel triduum repetendus,
Ainsi administrée, la poudre de fleurs de Camomille a procuré à Morton des cures que n'avait pu produire l'écorce du Pérou; il en cite trois exemples frappants , dignes d'être notés surtout à cause de la circonstance de l'impuissance bien constatée du Quinquina (postquam diu et ad nauseam usque vires corticis peruviani irritas experts fuissent) ; et Morton , dont la conviction était bien arrêtée sur l'incomparable efficacité de sa chère écorce du Pérou, se faisait un devoir de n'user de succédanés qu'après avoir suffisamment reconnu son inertie tout exceptionnelle.
Le passage où il fait cette déclaration est assez curieux et assez grave pour que nous nous décidions à le donner ici : Fateor equidem , me nunquàrn (quôd scio) in quocumque alio febre intermittente laborante hujus ■ remedii periculum fecisse, quippe vix unquàm (si rectè meminerim), prœterquàm in hisce tribus œgrotantibus , antidotus illa herculea, cortex peruvianus spem meam fefellit , proindèque nec licitum nec décorum esse duxi in humano corio experiundi gratiâ ludere, et certo atque experto remedio magis incertum et minus exploratum prseferre. Utcumque formulant ejus describere, in gratiam curiosorum operse pretium duxi, ut ii possint , modo velint^ experiri , nùm hoc etiam sit cërtum febrifugum, vel saltem, nùm [ut mihi evenit) vires corticis déficientes supplere queat.
Ces paroles de Morton peuvent servir de règle de conduite dans l'appréciation des nombreux antipériodiques et de leur valeur thérapeutique relative à celle du Quinquina, ainsi que dans l'opportunité de leur administration contre les fièvres intermittentes ; aussi F. Hoffmann nous paraît-il plutôt tomber dans une inconcevable exagération , résultat d'une observation superficielle, qu'émettre le fruit d'une expérience solide, lorsqu'il prononce, dans sa dissertation de Mille folio, que la Camomille l'emporte sur le Quinquina dans le traitement des fièvres rebelles, longe tuiiùs quàm ipsa taniopere commendata China quse ex remoto Peruviano regno
ab aliquot indè jàm annis tanto pretio redempta fuit. Hoffmann est ici dans l'erreur de ceux qui croient que tel antipériodique mérite plus de confiance que le Quinquina, parce que celui-ci s'est montré infidèle dans des cas où un succédané a suffi pour remplir l'indication. Nous ajoutons que ce grand médecin est quelquefois d'un enthousiasme et d'une crédulité impardonnables.
Un fait bien remarquable , c'est que tous les auteurs qui ont vanté les vertus fébrifuges de la Camomille ont constamment indiqué la poudre des fleurs de cette plante comme la préparation la plus efficace. Rappelons-nous que Dioscoride, après avoir énuméré plusieurs modes d'administration de cette plante, tels que l'infusion comme anticolique, emménagogue et diurétique, les fomentations avec la décoction comme résolutives, les onctions avec l'huile de Camomille comme cicatrisantes, sous forme de collutoires contre les ulcères de la bouche, etc., etc., etc., finit par dire : on les réduit en poudre pour ôter les accès de fièvre.
Mais les particularités qui sont le plus à noter sont l'activité de cettte poudre dans le cas d'insuccès du fébrifuge ordinaire (quandô cortex frus~ trà fuerit tentatus), activité manifestée surtout alors que les accès sont peu réguliers, que la fièvre n'est pas née sous l'influence miasmatique des pays marécageux, etc...., telles sont beaucoup de fièvres vernales, surtout dans les grandes villes et chez les personnes nerveuses. On voit que cette dernière circonstance n'est que la première expliquée, ou, pour mieux dire, retournée; car ce sont principalement les lièvres intermittentes ainsi caractérisées qu'on voit, quoique rarement, résister aux préparations de quinquina. Schulz a cité le cas d'une fièvre quarte durant depuis trente-six mois, et cédant à la Camomille après avoir été longtemps vainement combattue par des fébrifuges ordinairement beaucoup plus sûrs. «Pitcairn, dit Cullen, pensait que les fleurs de Camomille données en poudre avaient dans le traitement des fièvres d'accès autant de vertu que le quinquina en substance. Hoffmann, continue-t-il, paraît les avoir regardées comme un remède efficace et sans danger : cela m'a déterminé à en faire usage, et ces fleurs données en poudre à plusieurs reprises suivant la méthode d'Hoffmann, pendant le temps de l'intermission, depuis 2 grammes jusqu'à 4 grammes (un demi-gros jusqu'à 1 gros) et plus, ont guéri les fièvres intermittentes; mais elles ont l'inconvénient de passer facilement par les selles lorsqu'on les donne en grande quantité; ce qui fait manquer l'objet qu'on se propose, de prévenir le retour des paroxysmes, et j'ai remarqué qu'il n'était pas communément facile d'en faire usage, à moins de les joindre à un narcotique ou à un astringent. » L'infusion des fleurs de Camomille est emménagogue dans les circonstances où nous avons loué les bons effets du Camphre, du Castoréum,etc..., ainsi que dans les coliques du genre de celles que nous avons aussi dit être soulagées par ces deux antispasmodiques. Mais nous reviendrons amplement sur ce point. Nous devons pourtant ici faire une Observation qui pourrait nous échapper plus tard, c'est que, d'après Cullen, la qualité
dont jouit la Camomille de procurer la liberté du ventre la rend souvent utile, non-seulement dans les coliques venteuses et spasmodiques, mais aussi dans la dysenterie, et qu'au contraire elle est nuisible dans la diarrhée. Cette remarque du célèbre nosologiste confirme hautement ce qu'ailleurs nous avons établi des premiers, savoir, que la diarrhée et la dysenterie se répugnent, que lorsque la première cesse, la seconde commence, et vice versa; opposition bien propre à fonder l'indication rationnelle des purgatifs dans la dysenterie.
Les Anglais se servent quelquefois d'une forte décoction de Camomille, bue chaude et coup sur coup, pour faire vomir. Il est peu de boissons ainsi prises qui ne déterminent le même effet. Son usage externe n'est guère reçu, malgré les grandes qualités résolutives qui lui ont été attribuées, que contre les diverses espèces de météorisme, celui surtout de fièvres graves, où, craignant de donner à l'intérieur des substances excitantes, on veut rendre néanmoins aux intestins leur contractilité et leur tonicité. Dans ces cas on pratique sur le ventre des embrocations avec l'huile de Camomille camphrée. L'utilité de ce moyen nous semble équivoque, et dans les cas de tympanite, où on n'a pas à redouter l'emploi interne des excitants, la Camomille prise en infusion ou en lavements a une bien autre efficacité que les embrocations.
L'infusion et la décoction des fleurs de Camomille sont les manières les plus simples et les meilleures d'administrer cette plante. On a vu pour quels cas on devait réserver l'emploi de la poudre. Un des modes d'administration les plus avantageux dans les affections atoniques des organes de la digestion (circonstances nombreuses et variées qui offrent presque à elles seules toutes les indications thérapeutiques auxquelles satisfait trèsbien la Camomille), consiste à faire à froid une infusion de huit à dix heures, et à prendre quelques tasses, pour toute boisson, de cette eau de Camomille. On administre aussi dans des potions l'huile essentielle de Camomille. Son eau distillée peut servir d'excipient dans une foule de cas. En lavements on se sert de la décoction des fleurs ou de l'huile de Camomille. Celle-ci est la préparation employée pour l'usage externe.
Nous ne parlons pas de la Matricaire (Matricaria Camomilla) ; elle a des propriétés trop semblables à la Camomille romaine, quoique pourtant moins marquées.
Dans la même famille, dans la même flosculeuses ; involucres globuleux, compo-
tribu que la Camomille, se trouve le genre ses d'écaillés imbriquées. Fleurons du cen-
Absinthium, qui fournit l'Absinthe offici- tre hermaphrodites, fertiles, à cinq dents ;
nale, Absinthium officinale, Artemisia ab- fleurons du disque femelles tubuleux, à
sinlhium. deux dents; fruits dépourvus d'aigrettçs
Caractères du genre Absinthium. Fleurs (Richard).
Caractères spécifiques de l'Absinthe officinale. Racine vivace : tige herbacée, cotonneuse; feuilles inférieures tripinnatifides,les supérieures presque simples. Fleurs petites, globuleuses, jaunâtres, formant des épis simples. Réceptacle convexe, garni de poils longs et soyeux.
Parties usitées. Les feuilles et les sommités fleuries.
L'Absinthe exhale une odeur pénétrante très-prononcée; sa saveur estamère et aromatique.
L'analyse a donné à M. Braconnot : huile volatile, matière, résiniforme très-amère, matière animalisée très-amère, chlorophylle, albumine, fécule particulière, matière animalisée, peu sapide, des sels.
Préparations pharmaceutiques qui ne contiennent que l'huile essentielle.
Ces préparations sont : 1° l'huile essentielle d'Absinthe, dont l'extraction ne diffère en rien de celle des autres huiles volatiles, et 2° l'eau distillée d'Absinthe, qui se fait en prenant une partie d'Absinthe fraîche et en distillant à la vapeur, de manière à retirer 2 parties d'eau distillée.
Préparations qui ne contiennent que les principes fixes.
Extrait d'Absinthe.
Sommités sèches d'Absinthe, q. v.
Pulvérisez grossièrement l'Absinthe, humectez-la avec moitié de son poids d'eau, traitez par déplacement, évaporez les liqueurs à consistance d'extrait.
sinthe, Eau bouillante,
4à8gram.(là2gros).
1000 gram. (1 litre).
Faites infuser pendant une heure et pas-
sez.
Sirop d'Absinthe.
Sommités d'Absinthe, Eau bouillante, Sucre,
1 part.
Faites infuser l'Absinthe, passez avec expression, laissez déposer, ajoutez à la liqueur le double de son poids de sucre, et faites le sirop par simple solution au bainmarie fermé.
Vin d'Absinthe.
Feuilles sèches d'Absinthe, Vin blanc généreux, Alcool à 86° (31° Cart.),
1 part.
■ Coupez l'Absinthe, versez dessus l'alcool, et après- vingt- quatre heures, ajoutez le vin blanc; laissez macérer deux jours, passez avec expression et filtrez.
Teinture alcoolique d'Absinthe.
Sommités sèches d'Absinthe, 1 part.
Alcool à 50» (21° Cart.), 4
Faites macérer pendant quelques jours, passez avec expression, filtrez.
Huile d'Absinthe.
Préparations qui contiennent à la fois le Sommités sèches d'Absinthe, principe amer et l'huile essentielle. Huile d'olive,
1 part.
Tisane d'Absinthe.
Sommités sèches d'Ab-
Faites digérer au bain-marie, passez avec expression et filtrez.
THERAPEUTIQUE.
L'Absinthe possède à un plus haut degré toutes les propriétés de la Camomille, et de cette exagération résultent, pour la première, des indications auxquelles la seconde ne pouvait pas répondre, en même temps que des contre-indications dans les cas où suffit l'action moins stimulante et plus spéciale de la Camomille. Indépendamment des vertus stomachiques que l'Absinthe partage avec elle et sur lesquelles nous nous taisons ici pour en parler en son lieu , cette plante doit surtout sa réputation à l'action emménagogue et anthelmintique dont elle jouit. Comme ces deux actions thérapeutiques auront leur place, la première dans une des sections de la médication excitante, l'autre dans un chapitre tout à fait à part, nous ne faisons ici qu'indiquer l'Absinthe comme pouvant les
déterminer, nous réservant d'apprécier avec soin aux chapitres généraux les indications de cette stimulation spéciale par laquelle on cherche à provoquer le flux menstruel, ainsi que les moyens de satisfaire à L'indication anthelmintique : alors nous rappellerons l'Absinthe et fixerons les conditions de son emploi dans ces deux circonstances. Nous ne devons maintenant signaler qu'une action spéciale attribuée à l'Absinthe, parce qu'elle ne peut trouver aucun chapitre général susceptible de la renfermer : il s'agit de son action fébrifuge.
Les propriétés fébrifuges de l'Absinthe sont plus énergiques que celles de la Camomille et peuvent se manifester dans des conditions que n'atteint pas celle-ci. Nous avons dit, en effet, que la première de ces synanthérées ne possédait guère de puissance fébrifuge que contre les fièvres intermittentes nerveuves, peu légitimes et surtout nées indépendamment de causes miasmatiques. Il n'en est pas tout à fait ainsi de l'Absinthe qui peut réussir, surtout à titre de remède préventif, contre les espèces où le quinquina jouit de toutes ses prérogatives. A cet égard l'Absinthe partage l'action thérapeutique de tous les amers; surtout quand il s'y joint, comme chez elle, une qualité astringente, qualité déjà reconnue par Galien; et il faut convenir qu'elle est un des meilleurs fébrifuges indigènes. Sa puissance s'étend quelquefois jusqu'aux fièvres automnales opiniâtres et déjà accompagnées d'engorgements spléniques et hématiques, d'œdème et d'ascite. Ses propriétés toniques fort actives (car l'Absinthe aurait pu très-légitimement être placée dans la classe des médicaments toniques) la recommandent aussi dans les cachexies et les lésions organiques diverses qui suivent les fièvres intermittentes prolongées ; et c'est aussi à ce titre qu'elle est utile dans le traitement de la chlorose, de l'aménorrhée, etc.. On trouve dans les diverses sections de la médication tonique beaucoup de généralités qui se rapportent à ce sujet.
Les praticiens feront bien de se souvenir de l'Absinthe dans le cas où l'administration du quinquina leur serait interdite de quelque manière que ce fût. Elle a rendu fréquemment de bons services à Pinel et à Alibert; nous n'analyserons pas toutes les autorités et tous les faits qui établissent cette vertu : il nous arrivera assez souvent de le faire pour d'autres fébrifuges succédanés. L'Absinthe est un agent trop négligé : nous renvoyons, pour en étudier les indications, aux divers développements thérapeutiques que doivent suggérer les médicaments de la classe que nous passons maintenant en revue, ainsi qu'à ceux qui se rattachent aux médicaments toniques. On trouve quelquefois à utiliser les propriétés diurétiques de l'Absinthe.
Ce n'est peut-être" pas si à tort qu'on l'a dit, que des propriétés vireuses et un peu narcotiques ont été attribuées à la plante qui nous occupe. 11 est certain au moins que la liqueur connue sous le nom d'eau ou de crème d'Absinthe enivre très-facilement, produit des vertiges et un état nauséeux qui n'appartient pas alors à l'alcool, mais à l'Absinthe ; cet état retrace à un faible degré et incomplètement une légère intoxication par quelque substance narcotico-âcre.
Cullen veut qu'on préfère les feuilles de l'Absinthe à ses sommités fleuries à cause de l'amertume plus prononcée des premières. On en retire une huile essentielle qui entre, à la dose de plusieurs gouttes, dans certaines potions excitantes. L'infusion, préparation des plus usitées, se fait avec 16 à 32 grammes (une demi-once à 1 once) de la plante pour une pinte d'eau.
La poudre se prend depuis 8 à 16 grammes (2 gros à une demi-once). Le vin d'Absinthe est une des préparations les plus employées, surtout lorsqu'on veut obtenir un effet diurétique ou emménagogue, et c'est de vin blanc qu'on se sert alors. Il y a aussi une conserve et un extrait, une eau distillée, etc...., qui s'administre depuis 4 jusqu'à 12 à 16 grammes (1 à plusieurs gros).
Il nous paraît superflu de consacrer un article particulier à l'Armoise (Artemisia vulgaris), plante de la même famille et du même genre que la précédente. Elle a joui d'une immense réputation emménagogue, et de nos jours encore elle est très-fréquemment employée dans ce but. Toutes les indications particulières que l'Armoise est appelée à remplir seront étudiées lorsque, dans les médications excitantes spéciales, nous rencontrerons celle qui a pour objet la stimulation des fonctions catéméniales.
L'Absinthe maritime {Artemisia maritime/), l'Absinthe pontique (A. ponticà), l'aurone ou citronnelle (A. abrosanum), jouissent des mêmes propriétés que l'Absinthe officinale. La tanaisie (tanacetum vulgare) est surtout employée comme vermifuge.
A mesure que nous avançons dans l'exposition des agents excitants, nous les rencontrons de plus en plus purs, de moins en moins doués de propriétés spécifiques qu'on ne puisse rattacher à leurs vertus exclusivement stimulantes; c'est pourquoi désormais nous ne ferons, pour les agents qui vont suivre, qu'indiquer ce qui de leur histoire appartient à la Matière médicale, nous réservant, au chapitre de la Médication excitante générale, de développer leur influence thérapeutique commune. A quelques-uns seulement qui ont été utilisés dans des circonstances particulières, moins à titre d'excitants que d'agents spécificités, nous consacrerons des articles thérapeutiques séparés.