MÉLISSE
Aétius, Orib.ise, etc., l'ont copié en cela, sans même, comme ils le font si souvent, changer les expressions du maître. Nous verrons bientôt que le marrube a une action toute différente delà Mélisse. Les autres usages de cette labiée rentrent dans les deux propriétés qui nous restent à examiner.
Si la qualification de céphaliqxie devait s'étendre à tous les médicaments qu'on peut employer dans les maladies de la tête, il faudrait l'exclure à jamais du langage médical ; mais si l'on veut bien la restreindre à quelques agents thérapeutiques qui, par la voie de l'olfaction, et plus rarement par la bouche, dissipent facilement et d'une manière instantanée et directe bon nombre de céphalalgies, mais surtout qui stimulent rapidement et agréablement le cerveau, en tant surtout qu'organe servant à la manifestation des facultés du principe pensant, cette qualification pourra être tolérée sans inconvénient.
Or, sans qu'ils aient jamais ainsi formellement énoncé l'espèce de propriétés que nous reconnaissons ici aux médicaments céphaliques, les • auteurs qui se sont servis de ce mot lui ont implicitement assigné le sens que nous venons de dire. Il est évident que, pour agir de cette façon, les céphaliques doivent être doués d'une odeur agréable et en même temps un peu diffusible et pénétrante ; c'est, en effet, par ces deux qualités que tous se distinguent, et, sous ce rapport, la Mélisse tient un des premiers rangs : l'immense réputation de la fameuse eau des Carmes en fait foi.
Nous avons dit que ces remèdes agissaient surtout parle sens de l'odorat, et alors ils le font de deux manières qui concourent au môme résultat. Cette double action s'exerce simultanément lorsqu'on aspire par le nez des poudres céphaliques, telles qne celles de marjolaine et de bétoine, etc. En effet, ces poudres, par leurs propriétés physiques et chimiques, font une impression irritante sur la membrane de Schneider en tant que douée de la sensibilité générale commune à toutes les membranes muqueuses, et on sait combien cette impression réveille les sensations et stimule tous les phénomènes cérébraux qui sont en rapport avec les fonctions intellectuelles. De plus, par leurs propriétés odorantes, vives et agréables, elles agissent sur la sensibilité spéciale et olfactive de cette membrane, et chacun a éprouvé lïnfluence puissante des émanations agréables sur les dispositions de l'esprit et sur la tournure des idées.
On dirait qu'à la première de ces dispositions appartient la simple stimulation du cerveau, et qu'à la seconde sont réservés ces effets particuliers doux et riants que les peuples orientaux sont avides de respirer partout. Ces deux actions isolées se rencontrent, la première, dans l'effet des titillations nasales, ou de l'odeur de l'ammoniaque pendant une syncope ; la seconde, dans l'impression voluptueuse qu'apporte aux sens une brise qui s'est embaumée en passant sur des roses, etc.. Celle-ci peut aller, surtout par l'odeur de certaines plantes balsamiques, jusqu'aux vertiges et à l'ivresse. Sous tous les rapports, le tabac à priser est un puissant céphalique.
Ce n'est plus guère le médecin, mais le parfumeur qui dispose de ces sortes de substances, bien plus au profit de la coquetterie que pour remplir des indications thérapeutiques. D'après ce que nous avons dit, on voit que ces indications sont du domaine vulgaire. Chacun y satisfait ave& les arômes de son goût. La Mélisse entre dans la composition d'une foule d'eaux de senteur céphaliques. Leur emploi interne rentre complètement dans ce qui a été émis sur le pareil mode d'administration des nervins. Si l'on rapproche ce que nous avons dit de l'efficacité des gommes fétides dans d'autres circonstances, de la vertu attribuée aux. céphaliques, il ne paraîtra pas déraisonnable de penser que les odeurs ou plutôt les émanations et les effluves dégagées de certaines substances puantes, désagréables, ont sur le système ganglionnaire des effels opposés à ceux que les odeurs agréables produisent sur le système cérébral. La médecine homœopathique a renouvelé l'emploi céphalique des médicaments, mais sous des conditions et avec dos prétentions tellement en dehors de notre thérapeutique, qu'il serait oiseux et peu grave de s'y arrêter.
Reste à parler de la propriété exhilarante attribuée à certains médicaments et à la Mélisse en particulier. Cette expression a encore plus vieilli que les deux précédentes. Elle porte avec elle sa définition, et équivaut à celle de médicaments réjouissants. Existe-t-il des agents autres que lesalcooliques capables de produire la gaieté, de dissiper l'ennui, d'ouvrir à l'imagination un avenir tout plein de délicieuses illusions, etc. ? Nous n'oserions pas le prétendre. Tous les remèdes qui soulagent ou rétablissent la santé sont bien suivis de ces heureux effets et rendent au malade la joie et l'espoir, mais il ne s'agit pas ici des moyens quelconques qui dissipent la tristesse en faisant cesser un état morbide qui l'avait produite. Pour mériter le titre à' exhilarant, un médicament doit réjouir l'âme directement, d'une manière comme spécifique, et lorsque les affections tristes, mélancoliques, sont, si l'on peut ainsi parler, essentielles,, idiopathiques. Ces remèdes seraient, par conséquent, principalement applicables au traitement des atrabilaires, des hypochondriaques.
Serait-ce en stimulant le cerveau de ces derniers qu'ils pourraient leur être utiles ; en animant cet organe et le transportant vers les choses extérieures, en le détournant de cette direction fatale qu'il a prise et par suite de laquelle il s'occupe des sensations, étudie des actions, épie des phénomènes que la nature a soustraits à son investigation et à sa puissance ?
Ou bien, trouveraient-ils leurs indications dans cette atonie du système gastro hépatique, dans cet état nerveux et spasmodico-flatulent des viscères du bas-ventre et des hypochondres qui, quoiqu'on en puisse dire, est presque toujours le point de départ des affections dont nous parlons? On peut admettre ces deux influences dans les cas où les exhilarants mériteraient de conserver une place spéciale dans la thérapeutique.
Quoi qu'il en soit, la Mélisse est annoncée par un grand nombre de très-anciens auteurs comme par beaucoup de plus modernes, pour un des meilleurs exinlarants. Sérapion prétend qu'elle ôle toutes inquiétudes et imaginations du cerveau, et principalement celles qui procèdent d'humeurs mélancoliques ; Avicenne, qu'elle réjouit le cœur et fortifie les esprits vitaux. Dioscoride la compte presque toujours au nombre des plantes qui ont le plus de pouvoir pour déboucher les conduits du cerveau et chasser les morosités causées par l'épaississement des fluides nerveux ; Fernel, bien autrement éclairé et digne de foi que les auteurs précédents, parle de la Mélisse en ces termes : Demulcet atrayn bilem ; confert ad timorés et tristitias quœ occasione nullâ ex atrâ bile suscitantur kelaque facit omnia, etc., etc. Nous ferons grâce d'une foule d'autres témoignages analogues, et dirons seulement que nous pourrions puiser ces témoignages dans Forestus, Rivière, Hoffmann, etc Ces auteurs ajoutent
qu'elle aiguise l'esprit et relève la mémoire affaiblie.
Il est au moins sans inconvénient de prescrire l'infusion de Mélisse ou quelques gouttes d'eau des Carmes dans un verre d'eau sucrée contre les divers accidents cérébraux ou hypochondriaques que nous venons de mentionner. On est bien heureux, quand on peut dissiper pour quelques instants les bizarres inquiétudes ou l'invincible mélancolie de ces derniers malades par un moyen aussi inoffensif, et qui, en définitive, peut bien ne pas être sans influence tant par ses qualités intrinsèques que par la confiance que sa grande renommée doit inspirer à un hypochondriaque. Nous croyons aussi, par analogie, pouvoir en recommander l'usage aux vieillards, dont les facultés intellectuelles vacillent et s'affaissent comme les membres, comme toutes les fonctions qui dépendent de l'encéphale. La Mélisse bâtarde, la Cataire, le Basilic, la Sariette, sont les Labiées les plus rapprochées de la Mélisse par leurs propriétés.
La Menthe poivrée, Mentha piperita, est fundibuliforme, à quatre divisions égales;
une plante de la famille naturelle des La- étamines didyuames, écartées les unes
Liées, genre Menthe. des autres.
Caractères génériques. Calice cylindri- Selon M. Gubler, la menthe poivrée
que à cinq dents presque égales; corolle possède au plus haut degré les propriétés
un peu plus longue que le calice, à qua- organoleptiques de labiéesaromatiques ;
tre lobes obtus presque égaux; fleurs dis- odeur pénétrante, saveur camphrée et
posées en verticilles très-serrés ou en comme poivrée, suivie d'une sensation
épis. de fraîcheur et même de refroidisse-
Caractères spécifiques, Menlha piperita. ment, plus marquée lorsqu'un courant
Tige quadrangulaire, dressée, rameuse, d'air atmosphérique arrive au contact
haute de 30 à 50 centimètres, légèrement de la muqueuse buccale, ainsi que d'une
velue ; rameaux opposés ; feuilles ovales, anesthésie notable, mais momentanée,
pétiolées, dentées en scie, un peu pubes- quand l'impression a été trop forte. La
centes; fleurs violacées, formant un première partie de ces phénomènes est
épi court, ovoïde, très-serré ; calice tu- ressentie également dans l'esLomac, et
buleux, à cinq dents aiguës; corolle in- l'excitation qui en résulte, retentissant
sur le reste de l'économie, donne lieu Pastilles de Menthe.
svmpathiquement aune stimulalion très-
généralisée, indépendamment de 1-exui- Sucre blanc. . ......... -«OO yr.
tation diiïusp qui pourra résulter plus Essence de Menthe poitrce. . . 1
tard de l'absorption de l'essence aroma- Eau de Menthe poivrée q.s.
tique et de son passage à travers les pa- Faites selon 1 art.
renchymes servant de voies d'élimina- jj ^aul mieux préparer ces pastilles
tioa. Î3ans ce trajet, l'huile volatile de pg^^ j^, procédé de M. Garot qui consiste
menthe poivrée se comporte comme ses >^ arroser des pastilles de sucre avec une
congénères, et agit sur les formations dissolution d'essence de Menthe dans
épithéliales et sur les sécrétions. l'éther.
Au résumé, la Menthe poivrée stimule tablettes. l'estomac, active la digestion provoque
la contraction du ventricule , l'expul- Pastilles de Menthe anglaises
sion des gaz par les voies inférieures et (Tahellœ cum Menthâ pipcrilâ.) supérieures ; excite le système nerveux
par action réflexe 3 accélère la respiration. Sucre hlanc ; 1,000 gr.
élève la température, resserre néanmoins Huile volatile de Menthe rectifiée. 10
le réseau capillaire sanguin des émonc- INIucilage de gomme adragante. 90
toires que baigne son essence, diminue Faites une pâte à la manière ordinaire,
la sécrétion muqueuse et la genèse epi- ^^gç j^^ précaution de n'ajouter qu'en
théliale, ainsi que la sécrétion lactée, ac- dernier lieu l'huile essentielle préalable-
croît au contraire quelquefois la diurèse j^ent mêlée à la dixième partie du sucre
et la transpiration cutanée. [Commen- Divisez la pâte en tablettes de 1 gramme. iaires thérapeutiques du Codex, p. 199.)
Eau distillée de Menthe.
Oleosaccharnm de Menthe. Menthe poivrée fraîche ... 1 partie.
Distillez à la vapeur pour en retirer T, j AI XI , ,, une partie de produit.
Essence de Menthe. . . 1 goutte. l^ Menthe poivrée peut-être supplée
Sucre blanc 4 grammes. ^.^^ g^g congénères les Meutha viridis.
Mêlez. M. Sylvestris, M. Pulegium, etc.
Les espèces du genre Ment/m de la famille des Labiées sont très-nombreuses. Trois d'entre elles sont surtout connues dans la matière médicale, ce sont la Menthe poivrée, la Menthe crépue et la Menthe pouliot. La première est la plus généralement employée : c'est le type thérapeutique du genre.
Le saveur de cette labiée est très-aromatique, chaude, poivrée et camphrée : laissant dans la bouche une sensation de frais très-prononcée et fort agréable; son odeur est très-diffusible, balsamique, intense, et cette propriété lui reste entière après la dessiccation. La Menthe poivrée contient une huile essentielle extrêmement abondante et une quantité considérable de camphre qui se dépose à la longue; ce que connaissait déjà très-bien Gaubius. La distillation de celte plante a de môme rendu du camphre.
ACTION PHYSIOLOGIQUE
L'influence d'une demi-once de feuilles de Menthe poivrée dans deux verres d'eau, bue à la température de l'atmosphère, a rendu notre pouls un peu plus vif et fréquent, la chaleur plus répandue et plus uniforme, notre appétit très-vif, en même temps qu'elle a dissipé un mal de tète que nous ressentions avant de la prendre.