MÉLISSE
Vin aromatique ( Vinum aromaticum).
Espèces aromatiques. . 100 grammes.
"Vin rouge 1,000 —
Teinture vulnéraire. . 100 —
Faites macérer les espèces aromatiques pendant dix jours dans le vin; passez avec expression; filtrez et ajoutez la teinture.
Teinture vulnéraire.
Eau vulnéraire rouge. Eau rouge.
{Tinclura vulneraria, vulgà vulnerarium.)
Feuilles fraîches de :
Absinthe, Menthe poivrée,
Angélique, Origan^
Basilic, Romarin,
Calament, Rue,
Fenouil, Sarriette,
Hysopc, Sauge,
Marjolaine, Serpolet,
Mélisse, Thym.
De chacune, 100 grammes.
Sommités fleuries de :
Hypericum 100 grammes.
Lavande 100 —
Alcool à 80 degrés. . 1,000 —
Incisez et faites macérer dix jours; passez et filrez.
Alcoolat vulnéraire. Eau d'arquebusade.
Eau vulnéraire spirilueuse.
Prenez les espèces vulnéraires employées pour la teinture vulnéraire, incisez-les, faites macérer six jours dans 4,500 grammes d'alcool à GO deyrés, distillez pour retirer 3,000 grammes d'alcoolat.
Eau de Cologne
{Alcoolaium fragrans, vulgà aqua coloniensis) .
Huile volatile de Bergamote. 100
— Cannelle . . 25
— Citron.. . . 100
— Cédrat. ... 100
— Lavande . . 50
— Fleurs d'o-
ranger. . 50
— Romarin. . 50
Alcool à 90 degrés 12,000
Alcoolat de Mélisse composé. 1,500
Alcoolat de Romarin 1,000
Faites dissoudre les huiles essentielles dans l'alcool, ajoutez les deux alcoolats; laissez en contact pendant huit jours.
Distillez au bain-marie jusqu'à ce que vous ayez recueilli les quatre cinquièmes du mélange employé.
MELISSE.
La Mélisse, Melissa officinalis, est une plante de la famille des Labiées, genre Mélisse, nommée aussi Cilronnelle, parce qu'elle rappelle faiblement l'odeur du citron.
Caractères génériques. Calice tubuleux, bilabié, lèvre supérieure à trois dents, l'inférieure à deux; corolle à deux lèvres, la supérieure en forme de voûte, éehancrée, l'inférieur à trois lobes inégaux.
Caractères spécifiques. Tige dressée, rameuse, haute de 30 à 50 centimètres; feuilles opposées, ovales, pubescentes, courtement pétiolées. Fleurs blanches, verticillées. Calice évasé, tubuleux, à deux lèvres très-marquées. Corolle bilabiée, tube grêle, cylindrique,: limbe dilaté à deux lèvres, la supérieure convexe, échancrée, l'inférieure à trois lobes. Etamines didynames, rassemblées sous la voûte supérieure.
Eau distillée de Mélisse.
Mélisse 1 partie.
Distillez à la vapeur pour retirer une partie de produit.
Alcoolat simple de Mélisse.
Sommités récentes de Mélisse. 1 part.
Alcool à 80 degrés 3
Eau distillée de Mélisse. ... 1
Faites macérer pendant quatre jours, et distillez pour retirer 2 parties et demie d'alcoolat.
L'alcoolat de Mélisse composé ou Eau de Mélisse des Carmes est plus souvent employé que l'alcoolat simple.
Alcoolat de Mélisse composé [Alcoolaium Melissœ compositum).
Mélisse fraîche en fleur. . 900 grara.
Zestes frais de citrons. . . 150 —
Cannelle de Ceylan 80 —
Girofles 80 —
Muscades 80 —
Coriandre 40 —
Racine d'Angélique 40 —
Alcool à 80 degrés 5,000 —
Coupez la Mélisse et les zestes de citrons, concassez les autres substances; faites macérer le tout dans l'alcool pendant quatre jours et distillez au baiamarie pour retirer toute la partie spiritueuse.
Le nom de Mélisse a été donné à cette labiée parce que l'abeille, |ji>acaa, la rccberche de préférence et y fait un abondant butin. L'auteur des Géorgiques conseille aux amateurs d'abeilles de répandre de la Mélisse pilée autour des lieux où ils veulent attirer ces insectes.
Hue lu jussos asperge sapores
Trita melisphylla et cerinthae ignobile gramen.
Le genre Mélisse renferme plusieurs espèces, parmi lesquelles l'officinale, Melissa officinalis, appelée aussi citronnelle à cause de l'agréable odeur de citron qu'elle répand et dont les doigts s'imprègnent lorsqu'on la touche, est la plus connue et la plus employée. Son odeur, avons-nous dit, rappelle celle du cilron; sa saveur est austère, chaude, piquante, ■aromatique. Elle contient une huile essentielle, blanche, à laquelle elle doit son efficacité. L'eau et l'alcool dissolvent ses principes actifs.
Neî'viii, cèphalique, exhilarant, la Mélisse nous arrive de l'antiquité la plus reculée avec ces trois titres, qui comprennent toutes ses propriétés thérapeutiques.
Ces expressions ont besoin d'être définies : ce n'est pas que nous voulions les conserver, ou plutôt les faire rentrer dans la pathologie; mais, une fois pour toutes, il faut dire quelles idées elles cachent, tant parce que ces idées n'ont rien de ridicule et restent fondées malgré l'abus, que parce que ces mots se rencontrent à toutes les pages dans les anciens auteurs et qu'il est bon de connaître, pour l'intelligence de ces auteurs, le sens qu'ils y attachaient. D'ailleurs, en appliquant à la Mélisse les explications auxquelles nous sommes obligés à cette occasion, on aura une ample instruction sur tout ce qu'il est utile d'en savoir, ainsi que sur les médicaments qui sont réputés jouir des mêmes vertus.
Le vice du mot médicaments nervim consiste, dit-on, dans son extension illimitée. Il ne signifie rien pour avoir voulu signifier beaucoup trop.
Les antispasmodiques, surtout avec les restrictions que nous avons apportées à ce mot, ont, nous en convenons, un sens bien moins vague. Il ne faut pourtant pas croire que les médicaments nervins soient tous ceux qu'on peut employer dans les maladies qui affectent le système nerveux. Cette expression a toujours eu une valeur restreinte et spéciale: elle a constamment servi à désigner les agents qui refocillcnt directement et agréablement l'ensemble du système nerveux, eu plutôt encore quelque portion de ce système. Ce sont moins les névroses, l'élément spasme, qui en réclament l'emploi, que les débilités, les atonies des nerfs, et surtout des nerfs encéphalo-rachidiens.
On sent que les progrès de l'anatomie pathologique, la plus grande
MÉLISSE. eiT
précision apportée de nos jours dans le diagnostic local des maladies du système nerveux de la vie de relation, ont dû considérablement limiter le nombre des cas où l'usage des nervins paraissait autrefois indiqué. Ainsi, «'était surtout dans les paralysies des mouvements volontaires et des organes des sens qu'on administrait ces médicaments^ et les recherches modernes n'ont laissé à la plupart de ces paralysies que le rang de symptômes d'affections organiques le plus souvent inamovibles de l'encéphale.
Mais il ne faut pas s'autoriser de cet important progrès pour repousser d'une manière absolue les modificateurs du système nerveux. Heureusement, nous n'en sommes pas toujours réduits à constater dans les maladies des centres nerveux ou de leurs dépendances, ces altérations matérielles dont le diagnostic fait encore plus le désespoir du vrai médecin que le mérite de l'anatomo-pathologiste, et alors la thérapeutique peut avoir une immense influence à laquelle les nervins prennent quelquefois part. On pourrait même démontrer que leur emploi n'est pas aussi irrationnel qu'on le prétend dans les circonstances que nous venons de spécifier, et qui sembleraient placées au-dessus de leur pouvoir.
Les nervins ont été les premiers remèdes mis en usage. C'est déjà dire que leur emploi a commencé par être externe et chirurgical.
Les guerriers les plus renommés entre les mains de qui était remise la thérapeutique des camps, s'en servaient comme de vulnéraires [consolidantia) et d'antiseptiques (condientia), parce que ces plantes étaient usitées pour l'embaumement et la conservation des corps. L'aspect, l'odeur les produits des plaies faisant naître l'idée de mort et de décomposition partielles, on étendait tout naturellement à leur traitement les moyens qui réussissaient si bien à préserver les cadavres delà dissolution putride.
Il est vrai qu'ayant presque toujours à traiter alors des solutions de continuité simples, dépouillées de tout caractère spécifique et ne fournissant d'autre indication que la réunion, on contrariait la cicatrisation qu'on voulait favoriser en plaçant des corps étrangers entre les surfaces divisées ; mais on était encore loin du temps où Hippocrate devait proclamer le grand fait de la nature médicatrice. Disons, toutefois, que les chirurgiens ont exagéré l'inconvénient qu'ils attribuent au pansement des plaies simples par des médicaments vulnéraires et sarcotiques.
Quoi qu'ils en disent, certaines fumigations de diverses huiles, des applications de baumes et de graisses balsamiques sur les coupures, les déchirures des chairs, les plaies par arrachement, etc., favorisent la cicatrisation d'une admirable manière et produisent en cas pareils les merveilleux effets du calorique méthodiquement appliqué au traitement des plaies. Alors, comme on le verra au chapitre où nous expliquerons les propriétés thérapeutiques du calorique, les plaies se cicatrisent sans presque d'inflammation.
Lorsque, de la médecine militaire, l'usage de ces remèdes fut transporté dans la médecine civile, et que, dans les carrefours et les temples on les eût appliqués à la guérison de plaies spontanées, des ulcères aux
jambes, des aphthes, des maux d'yeux, etc., comme on le trouve inscrit sur la plupart des tables votives conservées dans les temples des prêtres médecins, on dut procurei- alors de véritables cures ; car, de nos jours, les lotions, les pommades, les collyres, les collutoires préparés avec quelques plantes aromatiques et excitantes sont employés heureusement dans une foule de cas analogues. Enfin on les administra à l'intérieur, et Hippocrate connaissait et prescrivait la plupart des Labiées en infusion.
Les nervins sont donc des médicaments qui ont la propriété de réveiller et de maintenir l'action nerveuse des organes et des appareils de la vie de relation, et c'est surtout en les ap[)liquant directement aux parties débilitées elles mêmes qu'ils ont la réputation d'être utiles, bien que leur usage interne et les effets qu'ils produisent par l'intermédiaire de la circulation et de l'innervation aient très-souvent été utilisés dans le même but. Leur emploi externe s'étend aussi à toutes les névralgies des membres et des organes des sens.
Pour parler de quelques-uns des usages encore légitimes des remèdes nervins, et de la Mélisse en particulier, nous indiquerons son emploi à l'intérieur dans les débilités musculaires, les hébétudes des sens qui s'observent pendant les convalescences des longues maladies; dans les céphalalgies des gens délicats et nerveux, les obnubilations passagères, les bourdonnements d'oreille, les vertiges qui, chez les femmes ainsi que chez les hommes occupés de travaux intellectuels, ne sont pas le résultat de la pléthore.
Des médecins recommandables disent en avoir conseillé avec succès l'usage le matin à jeun et en guise de thé aux vieillards gros et apathiques.
Son administration externe se fait surtout en frictions dans les douleurs rhumatismales apyrétiques, les névralgies vagues et peu intenses, sar les membres et autour des articulations longtemps condamnées au repos pour des fractures ou des luxations; en lotions dans les faiblesses commençantes de la vue; portée sur du coton dans le conduit auriculaire, elle peut calmer les douleurs otalgiques. Les tremblements des mains et de la tête sont aussi au nombre des affections que les nervins, et en particulier la Mélisse, ont la réputation d'empêcher ou de rendre moins fortes. C'est son huile essentielle qui doit être employée dans ces derniers cas. 11 se pourrait bien que les frictions soulageantes qu'on pratique avec cette huile dans les cas de sciatique, de rhumatisme musculaire, etc., n'agissent que comme révulsives, car ces frictions rougissent assez facilement la peau. Dioscoride attribue à la Mélisse la vertu de guérir les piqûres de scorpions et les morsures d'animaux venimeux et enragés. On en lave encore vulgairement les piqùrt'S d'abeilles et les morsures de couleuvres, puis on fait honneur à l'eau distillée de Mélisse dont on se sert alors de l'amendement naturel qui suit de très-près ces légers accidents. Galien disait la Mélisse succédanée du marrube et, en conséquence, la rayait pour ainsi dire de la matière médicale.