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HYSOPE. GERMANDRÉE. MARRUBE. LIERRE TERRESTRE

individuellement l'une ou l'autre des quatre plantes quand il s'agira des indications particulières qu'on pense pouvoir être plus spécialement remplies par chacune d'elles.

Les maladies chroniques du poumon, principalement le catarrhe et la phthisie, ont donné lieu aux plus grands éloges des diverses préparations de Marruhe, de Lierre terrestre et d'Hysope. La merveilleuse facilité que la découverte de Laennec a mise à notre disposition pour le diagnostic différentiel des affections de poitrine, doit rendre très-réservé sur la foi à ajouter à tout ce qu'on a raconté de prodigieux touchant l'efficacité du Marruhe et du Lierre terrestre, surtout dans le traitement de la phthisie pulmonaire ou dégénération tuherculeuse des poumons. Toutefois, nous ne prétendons pas annuler tout ce qu'on en a dit et tout ce que l'expérience journalière apprend, sinon de curatif, mais d'utile ou de palliatif de la part de ces agents en pareil cas.

Si un fait n'est pas douteux pour nous, c'est que la phthisie pulmonaire, moins bien connue autrefois dans ses caractères, ses variétés et ses phases anatomiques, l'était en compensation beaucoup mieux dans son étiologie, ses variétés, ses phases pathologiques, ses indications thérapeutiques et son traitement.

Aujourd'hui, quand on a scrupuleusement constaté le degré de lésion pulmonaire, on croit avoir tout fait. Les balsamiques et les amers occupaient dans l'ancienne médecine un rang important parmi les remèdes opposés à la phthisie. Ne serait-il pas permis de présumer que les Labiées que nous étudions dans cette section doivent en partie leurs effets avantageux dans les catarrhes chroniques et la phthisie, surtout de l'espèce que Morton appelait scrofuleuse, à ce qu'elles sont caractérisées par la réunion d'un principe amer et d'un principe aromatique qui ne manque pas d'analogie avec la partie active des substances balsamiques réputées pectorales et antiphlhisiques ? Cette manière de voir nous semble un peu fondée. On sait aussi que le soufre et ses préparations ont dans les affections en question une efficacité incontestable et que nous appuierons fortement quand nous traiterons de ce corps. Il n'est donc pas sans intérêt de noter que l'Hysope, que tous les praticiens emploient dans ces cas, contient une assez grande proportion de soufre uni à l'huile essentielle et au principe amer, trois agents si souvent combinés avec succès dans la thérapeutique de la phthisie, et des catarrhes chroniques principalement. Ces Labiées seraient alors des pilules de Morton naturelles.

Quoi qu'il en soit de ces rapprochements, l'indication des excitants et des amers s'offre naturellement à l'esprit dans ces maladies oij l'organisme en général et les poumons en particulier sont sous l'empire d'une diathèse que développent toutes les causes affaiblissantes, et dont les effets et les produits sont d'autant moins rapides et abondants, que l'économie est entourée de conditions et d'influences qui font davantage prédominer une constitution contraire à celle sous laquelle naissent les maladies tuberculeuses. Or ces conditions et ces influences spéciales

impriment invariablement à l'économie un cachet de débilité, de pauvreté dans les forces assimilatrices, d'étiolement profond, etc., etc.

On ne fait aucune difficulté d'administrer les amers les plus puissants dans toutes les manifestations de la cause scrofuleuse siégeant ailleurs que dans les poumons ; et si, par le fait de cette diathèse, des produits pathognomoniques se déposent au sein de ces organes, le praticien s'arrête et change de moyens, comme si la maladie avait changé de nature. Empressons-'.îous d'ajouter que, si souvent on a tort, on a quelquefois raison.

Nous devons réserver pour une autre partie de l'ouvrage la discussion de l'opportunité du traitement antiscrofuleux dans la phthisie tuberculeuse, traitement qui n'est toutefois applicable qu'avec des modifications importantes, eu égard au foyer si délicat de la sécrétion morbide. Ce grave sujet trouvera sa place lorsqu'il sera question du soufre et des substances balsamiques.

Nous pouvons affirmer que, dans les catarrhes pulmonaires chroniques et lorsque les catarrhes aigus sont à leur déclin, se terminent lentement et comme pour affecter le caractère décidément chronique, les infusions et les sirops de Labiées amères ont une incontestable utilité. Il en est de même vers la dernière période des pneumonies, alors que, toute fièvre et tout aspect péripneumonique des crachats ayant cessé, il survit encore un peu de toux, d'expectoration catarrhale; alors que, l'auscultation laisse entendre des râles muqueux ou sous-crépitants, témoins ou d'une phlègmasie mal terminée, ou d'engouement ou d'œdème; en même temps aussi que les forces et l'appétit ne sont revenus qu'imparfaitement, comme on le voit surtout chez les vieillards, les individus affaiblis antérieurement, chez lesquels, à cause de la violence de la fièvre et de l'inflammation, on a été obligé de pratiquer d'abondantes émissions de sang.

L'état que nous venons de décrire est fort commun, et on le voit assez bien cesser par l'usage du vin, d'une bonne alimentation et des amers.

Les plus actives des Labiées toniques et pectorales sont le Marrube et le Lierre terrestre. L'Hysope a plus d'avantages dans l'asthme et les affections nerveuses des organes respiratoires, peut-être parce qu'elle se rapproche plus par sa composition des labiées du groupe précédent.

Quant à la Germandrée, c'est plutôt contre les maladies chroniques du foie, les hydropisies, la cachexie des fièvres intermittentes prolongées, les atonies du tube digestif, qu'elle est administrée. Dioscoride la préconise dans les duretés de la rate, les difficultés d'uriner et les hydropisies qui commencent à venir ^ etc. Cela est d'accord avec ce qu'en dit Fernel : Viscera , prœcipue jecur expurgat, obstructionibus libérât. . . ictericis auxilio est. . . On la désignait très-anciennement en Italie sous un nom qui signifie herbe aux fièores. En Angleterre, elle jouit encore d'une grande réputation fébrifuge. Lazare Rivière rapporte que des paysans des environs de Montpellier se sont très-bien guéris des fièvres quartes avec la poudre de Germandrée. Il y a probablement quelque rapport entre cette pro-

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priété qu'elle partage avec d'autres plantes arriéres, telles que la camomille, la petite centaurée, etc., et ce que les auteurs grecs, puis arabes, ont toujours raconté sur son action désobstruante des viscères, et surtout de la rate : Lienem absumit chamœdrys .

M. le professeur Ghomel administre assez souvent l'infusion de Germandrée dans la convalescence des fièvres typhoïdes qui ont eu la forme adynamiquè, de même que sur la fin de toutes les maladies aiguës qui sont suivies d'un état de langueur et de détérioration des fonctions organiques.

Sans compter sur les vertus anliasthmatiques et anticatarrhales de l'Hysope pour triompher des affections de poitrine contre lesquelles on l'a vantée outre mesure, on peut en faire l'excipient de potions qui renferment des agents plus héroïques et l'administrer en infusion pour boisson ordinaire aux vieillards asthmatiques et sujets aux catarrhes.

Le Marruhe et le Lierre terrestre ayant presque toujours autrefois été loués dans le cas de phthisie, et les anciens praticiens ayant attribué à leur vertu la cicatrisation des cavernes pulmonaires, le dessèchement d'abcès scrofuleux des poumons, etc., ces observations exagérées ont mis en défiance et fait abandonner leur usage. Nous ajouterons peu de foi à tout ce qu'Alexandre de Traites, Caelus Aurelianus, Celse, disent de l'efficacité du Marrube dans la phthisie. Ce dernier auteur a établi sur le traitement de cette grave maladie des règles et des préceptes admirables. Il recommande le Marrube, mais combiné à des substances qui peuvent probablement revendiquer une grande part dans les effets obtenus. Il l'associait à la térébenthine, résinée terebenthinœ pars dimidia. Les cas les plus spéciaux qui réclament l'emploi du Marrube sont ceux où nous avons conseillé la gomme ammoniaque, c'est-à-dire les cas d'asthme pituiteux dans lesquels la cessation de l'accès paraît subordonnée à l'évacuation de mucosités filandreuses et transparentes. Le Marrube a non-seulement cette affinité d'action thérapeutique avec la gomme ammoniaque ; il a aussi un peu de la fétidité de cette substance.

La petite quantité de fer qui est contenue dans cette plante justifieraitelle le cas particulier qu'on en a fait dans l'aménorrhée et le scorbut? Il n'y a rien \ dire aux observations de cancers du foie rapportés par Ghomel et guéris au moyen du Marrube. Linné en parle comme d'un remède efficace dans le ptyalisme mercuriel.

Le Lierre terrestre est de toutes les Labiées amères celle qui a conservé le plus de vogue, nous ne voulons pas redire tout ce qui a été écrit sur ses merveilleuses propriétés dans les maladies chroniques et les altérations organiques du poumon. Morton voulait que dans la phthisie hémoptoïde (phthisis ab hœmoploe) on l'employât à hautes doses et longtemps. C'était le sirop de Lierre terrestre qu'il vantait beaucoup alors : Magis verd{saltem in hujus morbi initia et post recentem hœmoptoen) syrupo ex hederâ terrestri) quem inphthisi hœmoptoicâprce cœteris omnibus commendatum vellem, copiosè usurpandum), insistendum est. La circonstance

des hémoptysies donne ici de la valeur au diagnostic, et, par conséquent, à la thérapeutique du célèbre auteur de la Phthmologie. On devra employer de préférence le Lierre terrestre dans tous les cas que nous avons dit être en rapport thérapeutique avec les Labiées amères.

Indépendamment des eaux distillées et des infusions, il y a des sirops et des extraits de ces plantes. On les donne aussi en poudre à la dose de plusieurs grammes. Les doses des autres préparations sont très-illimitées. Les infusions ont plus d'avantages que tous les modes d'administration que nous venons d'indiquer.

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