SAUGE
Le Sauge officinale, Saivî'a officinalis, lacûcs, disposées en une sorte d'épi
est une plante delà l'amille naturelle des formé de verticilles rapprochés; chaque
Labiées, genre Salvia. fleur accompagnée d'une bractée cordi-
forme. Calice tubuleux, sliié , .à cinq
Caractères du genre Salvia. Calice tu- <lents très-aiguës. Corolle bilabiée; gorge
buleux, à quatre ou cinq dents, quelque- de la corolle garnie d'une rangée de
fois bilabiée; corolle tubuleuse; tube poils.
dilaté et comprimé latéralement à sa On emploie les feuilles et les sommités
])artie supérieure comprimée, falciforme, fleuries de la Sauge; elles sont fortement
lèvre inférieure à trois lobes inégaux, aromatiques. Elles servent à préparer,
le moyen plus grand est arrondi; deux par infusion^ des bains, des lotions, des
étamines seulement; anthères composées fumigations de vapeur aromatique. La
d'une seule loge portée à l'extrémité d'un Sauge entre dans la composition de la
très-long connectif distractile. plupart des eaux spiritueuses aromatiques.
CarcfC/èrps ."î2jec//î(j'Mes. Sauge officinale. Il existe une autre espèce de Sauge,
petite Sauge, Salvia officinalis. Sous- la Sauge sclarée, qui croit spontanément;
arbrisseau à tige quadrangulaire, pubes- elle est plus aromatique que la précé-
cente, rameuse; feuilles opposées, pu- dente, et très-employée en Allemagne et
bescentes, ovales, lancéolées; fleurs vio- en Angleterre.
ACTION PIIYSIOLOGIQrE.
La Sauge officinale est très-propre à donner l'idée des Labiées du dernier groupe. Nous avons caractérisé ce groupe en disant que l'action des Labiées qu'il comprend semble résulter de l'association de tous les principes médicamenteux qu'il nous a été donné de reconnaître dans les trois groupes précédents, savoir : l'huile essentielle, le camphre et le principe amer ; la Sauge possède de plus des propriétés astringentes dues sans doute à une assez notable quantité d'acide gallique qu'elle contient. Si l'on ajoute à cela que les principes désignés y sont en plus considérable proportion que dans aucune autre labiée, on concevra sans peine les propriétés actives, les vertus prononcées qui de tout temps ont été reconnues à cette plante. Le Teucinum Marum et le Teucrmm. Scordium peuvent être placés à la suite de la Sauge. Leur action est du môme genre, quoique moins énergique.
L'infusion d'une demi-once de feuilles de Sauge prise froide., au mois
SAUGE. Ui
de juillet, nous a procuré pendant plusieurs heures d'abondantes sueurs avec bouifées de chaleur insupportables, pouls un peu plus fréquent (six pulsations de plus qu'avant l'expérience), mais surtout plus plein et plus développé, agitation rendant le travail intellectuel difficile par l'excès de stimulation sanguine et le sentiment de chaleur générale, laquelle n'étai' pourtant pas appréciable au toucher d'une autre personne ; soif vive, sécheresse de la bouche, constipation extraordinaire; augmentation rapide de l'appétit, un peu d'insomnie qui nous semble devoir être expliquée par l'action de la Sauge.
Le nom latin de la Sauge {Salvia, de salvare) reste pour témoigner de la réputation prodigieuse dont elle a joui. On l'appelait aussi he7'be sacrée, au rapport d'Agrippaet d'après Aétius. L'école de Salerne a été le dernier écho de cette renommée inconcevable ; elle a consacré dans la Sauge un breuvage capable d'assurer à l'homme l'immortalité, ce qui, en raison de la forme poétique de l'adage, peut bien passer pour de la longévité : Cur moriatur homo oui Salvia crescit in horto ? Si nous pouvions, comme l'école de Salerne, proclamer que la Sauge est le meilleur médicament contre la mort, nous n'aurions rien à ajouter.
Ce qu'on a raconté des deux espèces de Teucrium que nous rassemblons ici n'est guère moins merveilleux. Pline rapporte ce qui suit au sujet du Marum : De ce temps même Teucer inventa le Teucrium. Le moyen comme cette herbe fut inventée est tel : Il arriva qu'une fois ayant jeté sur cette herbe le dedans d'une bête, on trouva que cette herbe s'était attachée à la rate et l'avait consumée : pour cette cause plusieurs l'appellent splenion. On dit qu'on ne trouve point de rate aux pourceaux qui auraient mangé la racine de cette herbe, etc.
Il faut avouer que si les propriétés résolutives et désobstruantes si exaltées du Teucrium Marum sont nées de ce conte, on peut se dispenser de les relever. Nous aimerions mieux croire que le conte a été bâti pour donner plus de crédit à ces propriétés déjà reconnues directement ou par analogie; car bien que nous ne puissions pas ajouter le témoignage de notre propre expérience à ceux qui, depuis le temps des premiers empiriques se sont soutenus jusqu'à nous, ces témoignages sont trop nombreux et trop respectables pour qu'on doive les rejeter absolument. Les propriétés physiques et chimiques du Marum sont du reste très-marquées, et il n'y a rien d'étonnant que ses propriétés médicales puissent aussi être utilisées dans les cas oii nous parlerons de l'emploi de la Sauge. Cullen, qui s'est appliqué à nier les vertus, spéciales au moins, de la plupart de ces plantes, accorde au Marum qu'il est le plus puissant céphalique et antispasmodique des verticillées. Ce que dit Gidien pour attester les vertus alexitères du Teucrium scordium est toutefois moins incroyable que la fable précédente ; il raconte (d'après des auteurs dignes
8" ÉD. — T. II. 4i
G-i2 MÉDICAMENTS EXCITANTS.
de foi) qu'après une bataille, les morts qui étaient tombes sur des plantes de Scordium. étaient moins corrompus que les autres, surtout du côté par lequel ces corps touchaient au Scordium,
Le Scordium a conservé assez de cette réputation de puissant alexipharmaque pour que, vers le milieu du seizième siècle, Fracaslor en ait fait la base de cette fameuse composition connue sous le nom de Diascordinm , dont la formule a été remaniée tant de fois depuis, qu'il est douteux que cet électuaire mérite encore son titre originaire. Maintenant, c'est presque uniquement en considération de l'opium qui y figure qu'on en fait usage. Nous en parlerons ailleurs.
Nous allons nous contenter d'indiquer les propriétés les plus spéciales et les moins équivoques de la Sauge et de ses analogues, parce que l'action générale que ces plantes partagent avec tous les excitants sera mieux développée et appréciée dans ses applications à l'homme malade, lorsque nous jetterons un rapide cor.p d'oeil sur la médication excitante.
On sait qyC alexipharmaque signifie chasse-poison, et que ce terme a servi autrefois à désigner tous les agents qui préservent des maladies putrides, contagieuses et infectieuses, et qui passent aussi pour guérir ces maladies. La Sauge occupait un rang important dans cette classe de médicaments. Pour nous, les propriétés que nous lui reconnaissons encore et qui rentrent dans ce genre, sont celles dont on peut tirer parti dans la forme muqueuse des fièvres typhoïdes, forme assez mal dessinée e^ existant assez rarement seule, mais plus souvent associée à un état de langueur et d'éréthisme qui la rapproche beaucoup de la fièvre lente nerveuse d'Huxham, circonstance qui est loin de contre-indiquer l'usage de la Sauge et qui le réclamerait bien plutôt. Cette forme tourne aisément à la putridité, et présente alors de grandes analogies symptomatologiques avec le typhus des hôpitaux et des prisons, même avec le typhus oriental. L'infusion de Sauge ou d'un des Teucrium dont il est question ici, imprime plus de résistance et de stabilité au système nerveux frappé de stupeur et d'ataxie, active en même temps la circulation et rend de la lièvre aux malades, fièvre nécessaire, indispensable dans une certaine mesure, sous peine de décomposition prématurée de l'organisme et de mort par empoisonnement miasmatique et défaut de réaction, ou sous peine de prédominance exclusive des accidents nerveux et de mort par réaction vicieuse. On peut aussi administrer l'infusion de Sauge dans la forme purement adynamique de ces fièvres. Le dévoiement qu'on pourrait craindre de provoquer ou d'entretenir dans ces cas oii il existe presque toujours, n'est pourtant pas à redouter : il y a mieux, c'est que la Sauge et les Scordium sont propres à le modérer. C'est à propos des fièvres graves qu'Hippocrate parlant de la Sauge dit : Salvia sicca est : alvum sistit. Cette action antidiarrhéique lui est commune avec la plupart des aromatiques. Du reste, ses qualités amères et astringentes peuvent encore y contribuer. L'avantage le moins contesté du Diascordium est de suspendre les flux intestinaux.
SAUGE. 6i3
Une chose qui choque dans l'histoire de la Sauge, c'est que celte labiée, qui est douée de propriétés sudorifiques très-actives, souvent mises à profit lorsque après une exposition imprudente au froid on ressent un malaise, des frissonnements quelquefois précurseurs de phlegmasies ou de douleurs rhumatismales musculaires , et qu'on veut juger cette fièvre commençante par d'abondantes sueurs, que cette labiée, disons-nous, soit aussi préconisée pour arrêter les sueurs immodérées et débilitantes. Ce fait n'a pourtant rien de contradictoire, car il faut prendre garde que les circonstances où on prescrit la Sauge comme sudorifique et comme propre à combattre les sueurs exagérées, sont parfaitement opposées, et que c'est précisément parce qu'elle produit tel effet dans telle de ces circonstances, qu'elle produit l'effet contraire dans l'autre.
Van Swieten prescrivait avec succès le vin de Sauge contre les sueurs nocturnes qui affaiblissent si fâcheusement les individus convalescents de fièvres. Cette indication se présente souvent à remplir à la suite des mialadies aiguës graves. La sauge dans ces cas, au rapport de van Swieten aussi, diminue la fréquence du pouls. Il dit ne l'avoir jamais vu manquer l'effet qu'il voulait en obtenir et ne pas faire cesser cette faiblesse générale et ces sueurs relâchantes qui en sont un symptôme. Ce grand praticien l'employait dans les galactorrhées qui persistent après l'allaitement et amènent souvent chez les femmes une véritable fièvre hectique, un marasme auquel quelques-unes succombent. La Sauge aurait cette propriété commune avec la menthe, mais à un degré plus sûr, sans doute à cause de son action tonique et astringente.
Les vertus cicatrisantes de la Sauge sont indubitables, et nous avons vu plusieurs fois les ulcères atoniques des jambes se fermer, se couvrir d'un tissu cutané nouveau par l'application de compresses imbibées de vin cuit avec la Sauge et le miel, et même d'une simple décoction de Sauge. Les pansements ainsi faits sont aussi fort utiles aux ulcères scrofuleux des joues. Il est encore très-certain qu'il suffit de toucher les aphthes des enfants, des femmes grosses, avec un pinceau trempé dans une décoction vineuse de Sauge, pour les voir disparaître.
Rosen assure qu'on triomphe bien plus sûrement chez les enfants de cette maladie fâcheuse en donnant à l'intérieur quelques cuillerées d'infusion de Sauge en même temps qu'on l'emploie topiquement sur les ulcérations aphtheuses. Cette infusion est aussi bonne en collutoire dans les mollesses et les saignements de gencives.
Enfin la Sauge, et à des degrés un peu moins prononcés, le Marum et le Scordium, résumant, comme nous l'avons déjà dit, les propriétés isolées des autres groupes de Labiées, constituent une espèce de thériaque naturelle et nous paraissent très-bien faits pour remplacer ce vieil électuaire dont nous avons parlé en son lieu. Ces formules générales suppriment une foule de particularités qu'il nous resterait à exposer sur cette dernière section des Labiées.
La Sauge s'administre comme toutes les autres plantes de la mêmefamille.
Nous avons réservé pour la fin ce qui concerne un emploi des Labiées assez commun et dont on peut tirer un assez bon parti ; et si nous n'en avons parlé à propos d'aucune en particulier, c'est que ce modt; d'administration se fait ordinairement avec un mélange de plusieurs, mais principalement des plus aromatiques, comme la Sauge, la menthe, la lavande, le romarin, le thym, etc. Il est question de leur usage sous forme de bains locaux et généraux, et sous celle de sachets appliqués sur la peau, ou encore de litière destinée au coucher de certains malades. Ces deux façons de mettre à profit les propriétés excitantes et toniques des Labiées sont applicables aux mômes circonstances, et si l'on préfère quelquefois la forme sèche, c'est que bien des malades, dans les cas qui présentent cette indication à remplir, ne peuvent supporter les bains, et que la forme humide prolongée combat, par le relâchement qu'elle procure, les effets fortifiants qu'on veut en obtenir.
L'emploi local des deux manières que nous avons indiquées est résolutif dans tous les engorgements chroniques, dont il aide la fonte et la disparition, et cela surtout dans les tumeurs scrofuleuses et les abcès froids; dans les roideurs articulaires avec ou sans gonflement, suites de rhumatismes ; sur les membres infiltrés passivement dans les convalescences et dans l'anasarque essentielle consécutive à certains exanthèmes, aux fièvres intermittentes, etc. Les bains de Labiées aromatiques et les litières composés avec ces plantes, sont utiles aux enfants scrofuleux chez lesquels les signes de la diathèse strumeuse dominent les accidents locaux, chez les enfants aussi dans les convalescences des exanthèmes qui les laissent si souvent plongés dans le dépérissement et les cachexies les plus difficiles à effacer. On peut se servir aussi de ces modes d'administration dans les cas de tumeur blanche, de carie des vertèbres, etc., en un mot dans tous les états de l'organisme caractérisés par la faiblesse générale et le relâchement des solides, l'imperfection des fonctions assimilatrices, que ces états soient spéciaux, comme la diathèse scrofuleuse, etc., ou qu'ils n'aient pas de cachet spécial et soient survenus par le fait de toutes les causes qui peuvent imprimer profondément aux forces nutritives une atonie à laquelle toutes les fonctions prennent part.
Les bains dont nous venons de parler sont très-faciles à préparer. On fait 4 à o kilogrammes de décoction de plusieurs Labiées des plus aromatiques, et on jette ce liquide dans le bain.
Quant aux litières, on les compose avec le même assortiment. Il faut que les plantes soient sèches, ce qui, comme on le sait, n'ôte rien à leurs qualités aromatiques. C'est un caractère propre aux Labiées.
Camomille, Camomille romaine. Anthémis nubilis , Chiimœiuplum Romanum , plante vivace de la famille des Synanthérées, tribu des Coryrabit'ères, genre Anthémis.
Caractères génériques. Invnlucre hémisphérique, composé d'écaillés imbriquées scarieuses sur les bords; fleurs radiées ; fleurons du centre hermaphrodites, fertiles; demi-fleurons femelles et fertiles ; réceptacle convexe , garni de paillettes; fruit couronné par une membrane continue et dentée.
Caractères spécifiques. Anthémis nobilis. Plante indigène, vivace, tige de 20 îi 25 centimètres, couchée, rameuse, redressée; rameaux portant une seule fleur ; feuilles courtes, irrégulièrement bipinnées, pubescentes; fleurs solitaires à disque jaune et à rayons blancs ; involucre presque plane; réceptacle très-convexe et proéminent.
Les capitules et les fleurs de la Camomille romaine sont seules usitées. Telles qu'on les trouve dans les pharmacies, elles sont blanches, desséchées.
Leur arôme est fort, et un peu analogue à celui du coing; leur saveur d'une amertume assez prononcée.
Les fleurs de Camomille doivent leurs propriétés à un principe amer, soluble dans l'eau et dans l'alcool, et à une huile essentielle visqueuse, remarquable par
sa couleur bleu foncé, lorsqu'elle est conservée à l'abri du contact de l'air.
Eau distillée de Camomille.
{Hijdrolatum Anthemidis nobilis).
Fleurs de Camomille. . . 1,000 gram. Eau q. s.
Distillez à la vapeur jusqu'à 4,000 gr. de produit.
Extrait de Camomille.
Fleurs de Camomille 1 partie.
Eau tiède 2 —
On pulvérise grossièrement les fleurs de Camomille, et on les traite par l'eau tiède, ou encore par lixiviation ; la liqueur ensuite est évaporée à consistance d'extrait. Cet extrait retient tout le principe amer, mais il a perdu presque toute la matière volatile.
Huile de Camomille.
[Oleum de floribus Anthemidis.)
Fleurs sèches de Camomille
romaine 100 gram.
Huile d'olive 1,000 —
Faites digérer pendant deux heures dans un bain-marie couvert, en agitant de temps en temps ; passez avec expression et flltrez.
A ceux qui se piqueraient d'établir une classification non arbitraire des médicaments, on pourrait demander où ils placent la Camomille. Estelle antispasmodique à la manière dont nous avons défini cette qualité, ou bien est-elle stimulante proprement dite, ou enfin tonique ? Il y aurait d'excellentes raisons pour la répartir à la fois dans ces trois classes d'agents, et nous profitons de cette latitude pour en parler ici. Nous en avons d'autant plus de droit, que les états morbides qui en réclament l'usage sont en partie les mêmes, en partie analogues à ceux que nous avons signalés à propos des Ombellifères et des Labiées.
C'était le quinquina de l'antiquité, et maintenant que la Matière médicale possède un fébrifuge beaucoup plus sûr, elle nous reste avec des propriétés excitantes spéciales, dont la plus intéressante et la moins incontestable est la propriété stomachique.
Cette qualification n'appartient pas, comme on l'a dit, à tous les mé-
dicaments propres à guérir les maLidies de l'estomac. La saignée, le vésicatoire, une affusion froide, etc., ne mériteront jamais le titre de stomachiques, qui n'est applicable qu'aux remèdes qui, administrés par la bouche, sont capables d'imprimer directement aux forces du ventricule le degré d'énergie suffisant pour l'accomplissement de ses fonctions, lorsque ces forces sont dans une inertie idiopathiqiie constituant essentiellement la maladie, ou bien encore lorsqu'elles partagent la débilité générale de l'organisme, et que cette débilité présente des indications pour les médications tonique ou excitante. Si nous nous abstenons de discuter ici la nature et l'importance de ces indications, c'est qu'elles rentrent dans celles que peut remplir la médication excitante. Nous ne devons nous occuper maintenant que des propriétés de la Camomille qui lui sont propres et ne résultent pas nécessairement de son action stimulante.
La plus importante de ces propriétés est la propriété fébrifuge. Nous avons déjà fait sentir qu'avant la découverte de l'écorce du Pérou, on se servait beaucoup de la Camomille pour suspendre les accès des fièvres intermittentes. Bien que ni Hippocrate ni Celse ne mentionnent cette plante, on voit que ses vertus fébrifuges ont été très-anciennement connues, car Galien rapporte que les sages de l'Egypte qu'on appelait Mages la dédièrent au soleil à cause de son insigne efficacité contre les fièvres. De son côté, Dioscoride recommande de pulvériser les fleurs de Camomille, et d'administrer cette poudre pour ôter les accès de fièvre. Suivant Aétius, un Égyptien nommé Néchepson, le même sans doute que Matiole appelle Nichessor, veut, pour guérir les fièvres, qu'on frotte le malade de la tête aux pieds avec de l'huile de Camomille. Mais la condition qu'il exige, de le bien couvrir ensuite et de provoquer d'abondantes sueurs, infirme la conséquence qu'on pourrait tirer ici en faveur des qualités fébrifuges de la Camomille, puisque les bains de vapeurs et les puissants sudorifiques ont été quelquefois prescrits avec succès pour détruire des fièvres intermittentes qui avaient résisté à tous les autres remèdes.
Ce qu'il y a de bien singulier dans l'histoire de quelques fébrifuges indigènes et de la Camomille en particulier, c'est qu'ils manifestent leur puissance dans les cas où l'antipériodique par excellence, le quinquina, ■i complètement échoué. On aurait tort de conclure de ces faits exceptionnels que la Camomille et ses analogues combattent plus énergiquemcnt les fièvres d'accès quele quinquina, et doivent lui être préférés; mais il faut avouer que certains organismes ou certaines fièvres ne sont pas modifiables par cet agent thérapeutique et ne résistent pas à tel ou tel, la Camomille par exemple ; non que celle-ci soit plus héroïque, mais parce qu'elle est autre, et que l'inertie apparente du quinquina n'est ici que relative à une idiosyncrasie, de même que l'activité apparente de la Camomille n'est relative qu'à cette môme idiosyncrasie. C'est ainsi qu'un simple changement d'habitation, une légère émotion morale font
cesser une habitude fébrile que n'avaient pu atteindre les plus fortes doses de sulfate de quinine.
• Il est intéressant de remarquer que ces fièvres si réfractaires et si bizarres, quant à l'agent thérapeutique spécial quiapouvoir sur elles, ne sont guère celles qui se développent sous l'influence des émanations marécageuses, mais bien plutôt les fièvres des grandes villes et des personnes nerveuses. Un grand nombre d'habitants des campagnes oii régnent endémiquement les fièvres intermittentes s'en préservent et s'en débarrassent pourtant assez bien à l'aide de poudres et de décoctions amères et excitantes ; mais les moyens singuliers dont nous venons de parler, et qui sont hors du domaine de la Matière médicale, échouent contre les fièvres miasmatiques et ne sont guère heureux que contre celles qui naissent indépendamment de cette influence, et qui sont d'autant moins régulières qu'elles s'éloignent davantage des conditions étiologiques qui produisent les premières.
Des auteurs graves et versés dans la connaissance des fièvres intermittentes ont obtenu avec la Camomille la guérison parfaite de pyrexies périodiques bien caractérisées. Nous traversons, parce qu'elles pourraient paraître peu authentiques, une foule de relations de ces cures opérées depuis les premiers essais faits avec la Camomille jusqu'au temps oii la découverte du quinquina a appelé plus attentivement les observateur» vers l'étude des fièvres intermittentes, et nous arrivons à l'illustre R. Morton, qui, comme tous les praticiens de la (in du dix-neuvième siècle, vivant, si nous pouvons ainsi dire, sur les limites du règne des anciens fébrifuges et des premiers succès du nouveau spécifique, a dû fréquemment se servir de l'un et de l'autre. Il raconte qu'un de ses collègues, Elysha Coyth, lui affirma avoir souvent éprouvé l'insigne efficacacité des fleurs de Camomille finement pulvérisées, qu'il regardait comme aussi sûres dans le traitement des fièvres intermittentes que le quinquina lui-même. Pour son propre compte, il avoue ne jamais avoir employé ce remède seul et pur, mais en avoir obtenu de remarquables avantages en l'associant à d'autres substances d'après les proportions suivantes :
Florum Chamœmeli subtilissime pulverisatorum {plus minus pro œtate) scrupnlum unum; antimoni diaphoretici, sed absynthii, utriusque scrupu. lum dimidium : pulvis sumendus in haustu ptisanœ vel cujuscumquejulapii temperati ; aut in formam boit cum syrupo caryophyllorum, vel in formam pilularum cum mucilagine redactus, sextâ quoique liorâ per biduum vel triduum repetendus.
Ainsi administrée, la poudre de fleurs de Camomille a procuré à Morton des cures que n'avait pu produire l'écorce du Pérou ; il en cite trois exemples frappants dignes d'être notés surtout à cause de la circonstance de l'impuissance bien constatée du quinquina [postquam diu et ad nauseam usque vires corticis peruviani irritas expertœ fuissent) ; et Morton, dont la conviction était bien arrêtée sur l'incomparable efficacité de sa
chère écorce du Pérou, se faisait un devoir de n'user de succédanés qu'après avoir suffisamment reconnu son inertie tout exceptionnelle.
Le passage où il fait cette déclaration est assez curieux et assez grave pour que nous nous décidions à le donner ici : Fateor equidem, me nunquam [quod scio) m quocumque alio fcbre intermittente laborante hujus remedii periculum fecisse, quippe vixiinquam [si recte meminerim), prœterquam in hisce tribus œgrotantibus, antidotus illa herculea^ cortex peruvianus spem meam fefellit, proindeque nec licitum nec decoimm esse duxi in humano coino experiundi gratiâ luda^e, et certo atque experto remedio magis incertum et minus exploratum prœferre. Utcumque formulam ejus describere, in gratiam curiosorum operœ pretium duxi. ut ii possint, modo velint^ experiri, num hoc etiam sit certum fehrifugum, vel saltem num [ut mihi evenit) vires corticis déficientes supplere queat.
Ces paroles de Morton peuvent servir de règle de conduite dans l'appréciation des nombreux antipériodiques et de leur valeur thérapeutique relative à celle du quinquina, ainsi que dans l'opportunité de leur administration contre les fièvres intermittentes; aussi F. Hoffmann nous paraît-il plutôt tomber dans une inconcevable exagération, résultat d'une observation superficielle qu'émettre le fruit d'une expérience solide lorsqu'il prononce, dans sa dissertation de Mille folio, que la Camomille l'emporte sur le quinquina dans le traitement des fièvres rebelles, longe tutius quam ipsa tantopere commendata China quœ ex remolo Peruviano regno ab aliquot indejam annis tanto pretio redempta fuit. Hoffmann est ici dans l'erreur de ceux qui croient que tel antipériodique mérite plus de confiance que le quinquina, parce que celui-ci s'est montré infidèle dans des cas où un succédané a suffi pour remplir l'indication. Nous ajoutons que ce grand médecin est quelquefois d'un enthousiasme et d'une crédulité impardonnables.
Un fait bien remarquable, c'est que tous les auteurs qui ont vanté les vertus fébrifuges de la Camomille ont constamment indiqué la poudre des fleurs de cette plante comme la préparation la plus efficace. Rappelonsnous que Dioscoride, après avoir énuméré plusieurs modes d'administration de cette plante, tels que l'infusion comme anticolique, emménagogue et diurétique, les fomentations avec la décoction comme résolutives? les onctions avec l'huile de Camomille comme cicatrisantes, sous forme de collutoires contre les ulcères de la bouche, etc., etc., etc., finit par dire : on les réduit en poudre pour ûler les accès de fièvre.
Mais les particularités qui sont le plus à noter sont l'activité de cette poudre dans le cas d'insuccès du fébrifuge ordinaire {quando cortex frustra fiierit tentatus), activité manifestée surtout alors que les accès sont peu réguliers, que la fièvre n'est pas née sous l'influence miasmatique des pays marécageux, etc., telles sont beaucoup de fièvres vernales, surtout dans les grandes villes et chez les personnes nerveuses. On voit que cette dernière circonstance n'est que la première expliquée, ou, pour mieux dire, retournée ; car ce sont principalement les fièvres intermit-
tentes ainsi caractérisées qu'on voit, quoique rarement, résister aux préparations de quinquina. Schulz a cité le cas d'une fièvre quarte durant depuis trente-six mois, et cédant à la Camomille après avoir été longtemps vainement combattue par des fébrifuges ordinairement beaucoup plus sûrs. « Pitcairn, dit Cullen, pensait que les fleurs de Camomille données en poudre avaient dans le traitement des fièvres d'accès autant de vertu que le quinquina en substance. Hoffmann, continue-t-il, paraît les avoir regardées comme un remède efficace et sans danger : cela m'a déterminé à en faire usage, et ces fleurs données en poudre à plusieurs reprises suivant la méthode d'Hoffmann, pendant le temps de l'intermission, depuis 2 grammes jusqu'à 4 grammes et plus, ont guéri les fièvres intermittentes; mais elles ont l'inconvénient de passer facilement par les selles lorsqu'on les donne en grande quantité; ce qui fait manquer l'objet qu'on se propose, de prévenir le retour des paroxysmes, et j'ai remarqué qu'il n'était pas communément facile d'en faire usage, à moins de les joindre à un narcotique ou à un astringent. »
L'infusion des fleurs de Camomille est emménagogue dans les circonstances où nous avons loué les bons effets du camphre, du castoréum, etc., ainsi que dans les coliques du genre de celles que nous avons aussi dit être soulagées par ces deux antispasmodiques. Mais nous reviendrons amplement sur ce point. Nous devons pourtant ici faire une observation qui pourrait nous échapper plus tard, c'est que, d'après Cullen, la qualité dont jouit la Camomille de procurer la liberté du ventre la rend souvent utile, non-seulement dans les coliques venteuses et spasmodiques, mais aussi dans la dysenterie, et qu'au contraire elle est nuisible dans la diarrhée. Cette remarque du célèbre nosologiste confirme hautement ce qu'ailleurs nous avons établi des premiers, savoir que la diarrhée et la dysenterie se répugnent, que lorsque la première cesse, la seconde commence et vice versa ; opposition bien propre à fonder l'indication rationnelle des purgatifs dans la dysenterie.
Les Anglais se servent quelquefois d'une forte décoction de Camomille, eue chaude et coup sur coup, pour faire vomir. Il est peu de boissons ainsi prises qui ne déterminent le même efl'et. Son usage externe n'est guère reçu, malgré les grandes qualités résolutives qui lui ont été attribuées, que contre les diverses espèces de météorisme, celui surtout de fièvres graves, où, craignant de donner à l'intérieur des substances excitantes, on veut rendre néanmoins aux intestins leur contractilité et leur tonicité. Dans ces cas, on pratique sur le ventre des embrocations avec l'huile de Camomille camphrée. L'utilité de ce moyen nous seml^le équivoque, et dans les cas de tympanite, où on n'a pas à redouter l'emploi interne des excitants, la Camomille prise en infusion ou en lavements a une bien autre efficacité que les embrocations.
L'infusion et la décoction des fleurs de Camomille sont les manières les plus simples et les meilleures d'administrer cette plante. On a vu pour quels cas on devait réserver l'emploi de la poudre. Un des modes
d'administration les plus avantageux dans les affections atoniques des organes de la digestion (circonstances nombreuses et variées qui offrent presque à elles seules toutes les indications thérapeutiques auxquelles satisfait très-bien la Camomille), consiste à faire à froid une infusion de huit à dix heures, et à prendre quelques tasses, pour toute boisson, de cette eau de Camomille. On administre ciussi dans des potions l'huile essentielle de Camomille. Son eau distillée peut servir d'excipient dans une foule de cas. En lavements, on se sert de la décoction des fleurs ou de l'huile de Camomille. Celle-ci est la préparation employée pour l'usage externe
Nous ne parlons pas de la Matricaire [Mntricaria Camomilln) ; elle a des propriétés trop semblables à la Camomille romaine, quoique pourtant moins marquées.