CHLORATE DE POTASSE (CHLORAS POTASSIGUS) CLO%KO
MAl'IÈRE MÉDICALE.
Le Chlorate de potasse est un sel cris- courant de Chlore dans une solution
tallisé en lames brillantes, anhydres, inal- contenant 1 équivalent de carbonate de
térables à l'air, incolores ; d'une saveur potasse et 5 équivalents d'hydrate de
lu'ineuse détonant par le choc ; il est chaux. On chauffe d'abord à 50 degrés
lusible à 400 degrés et soluble dans 20 par- et quand le tout est bien saturé de
ties d'eau froide. Cette solubilité aug- chlore on chauffe à l'ébullition, puis ou
mente à chaud, mais alors il se dépose fdtre; le Chlorate de potasse cristallise
par le refroidissement. Le Chlorate de par le refroidissement, potasse se prépare en faisant passer un
Gargarisme de Chlorate de potasse Tablettes de Chlorate de potasse
(Codex) {Tabellœ cum chlorate potassico) .
(Gargarisma cum Chlorate potassico). Chlorate de potasse pul-
Chlorate de potasse. . . 10 ^ vérisé. 100 gamm.
Eau distillée 250 Sucre blanc 900 -
Sirop de mûres 50 Carmm. 50 centgr.
Gomme adragante. ... !10 — Faites dissoudre le Chlorate do potasse Eau aroniatée au baume
dans l'eau; fdtrez et ajoutez le sirop à la deTolu 90
liq"'^"'"- Faites des tablettes du poids de
1 gramme, dont chacune contieut 10 centigrammes de Chlorate de potasse.
HISTORIQUE
Le Chlorate de potasse a été découvert en 1786 par BerthoUet. Précoconisé et abandonné tour à tour; tantôt considéré comme un agent excessivement actif ou regardé comme à peu près insignifiant, ce médicament peut être cité comme un curieux exemple des vicissitudes thérapeutiques. Depuis quelques années, comme chacun le sait, le Chlorate de potasse a de nouveau fixé l'attention publique; on peut même dire qu'il a été pendant quelque temps l'objet d'une vogue ridiculement exagérée, qui d'ailleurs commence à se calmer un peu.
Quelques travaux importants ont été publiés sur les propriétés de ce médicament; parmi ces travaux nous distinguerons particulièrement la thèse de M. Isambert, qui nous servira ici de principal guide.
Ce fut vers l'année 1796 que le Chlorate de potasse entra dans la thérapeutique sous l'empire d'une théorie chimique qui faisait jouer un très-
grand rôle aux acides et aux oxydes sur l'organisme, théorie complètement illusoire, et qui ne trouva nullement dans le muriate suroxygéné de potasse les avantages qu'elle croyait devoir en attendre.
Depuis lors, on essaya d'utiliser ce sel contre la syphilis; ensuite on l'employa h titre de stimulant dans un certain nombre de maladies de nature asthénique, telles que le scorbut, l'angine maligne, et puis contre certaines aflections nerveuses, entre autres contre l'ictère spasmodique.
A une époque plus rapprochée de nous, en 1819, Chaussier reprit l'étude de ce médicament, et au moyen d'expériences faites sur lui-même, il lui fut facile de reconnaître que le Chlorate de potasse n'avait nullement l'énergie qu'on lui avait jusqu'ici supposée très-gratuitement, et montra qu'on pouvait l'administrer sans inconvénient à des doses élevées. Ajoutons d'ailleurs qu'il le recommanda comme vulnéraire dans les chutes, les contusions et les coups violents.
Au milieu du discrédit à peu près général dans lequel il était tombé, il faut dire pourtant que le Chlorate de potasse avait toujours conservé des partisans dans quelques médecins anglais et allemands. Ainsi, en 1845, Tedeschi l'employait en lotions sur un ulcère cancéreux; en 1847, M. Hunt s'en servait contre la gangrène de la bouche chez les enfants; M. West et le docteur Henoch contre la stomatite ulcéreuse. Enfin, en 1853, M. Babington en fit usage également dans une épidémie de gangrène de la bouche. A Genève, ce remède était resté aussi dans la pratique de quelques médecins qui l'employaient notamment contre l'ictère et contre certaines stomatites. D'autre part, lors de l'avant-dernière édition de cet ouvrage, en 1855, nous mentionnions quelques essais qui avaient été faits dans le rhumatisme articulaire aigu, par le docteur Socquet, de Lyon, qui avait cru reconnaître à ce médicament des propriétés contro- stimulantes et altérantes.
Enfin, en 1855, M. le docteur Herpin, de Genève, appela fortement l'attention des médecins de Paris sur ce médicament, à peu près inusité parmi nous, et démontra expérimentalement son efficacité dans la stomatite mercurielle. Bientôt M. Blache en étendit l'usage à la stomatite ulcéro-membraneuse ; nous-mêmes, nous répétâmes ces expériences sur cette même maladie et sur les affections diphthéritiques. M. Isambert, alors interne de M. Blache, suivit avec soin et intelligence les nombreux essais qui se faisaient à l'hôpital des Enfants, et de plus, il fit sur luimême un très-grand nombre d'expériences à l'aide desquelles il parvint à mieux déterminer l'action physiologique de ce médicament. Nous allons consigner ici les résultats les plus importants de ces expériences.