‹ Traité de thérapeutique et de matière médicaleChapitre 169 sur 312 · POIX DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

POIX DE BOURGOGNE

La famille des Conifères nous fournit encore, outre ceux que nous venons de décrire, beaucoup d'autres produits usités en médecine.

Nous parlerons d'abord de la Poix de Bourgogne. Cette résine s'obtient par les incisions faites au tronc de la pesse ou faux sapin {Abies excelsa, Lam.). Elle est opaque, blanchâtre ou jaunâtre, d'une odeur peu agréable; elle se ramollit à la chaleur de la peau et y adhère fortement.

La Poix de Bourgogne retient une certaine quantité d'huile volatile; elle entre dans la composition de la plupart des préparations onguentaires ou emplastiques.

Employée comme topique, elle est le plus souvent mêlée à de la cire jaune.

Emplâtre de Poix de Bourgogne.

Pr. : Poix blanche. . . 3 parties.

Cire jaune. ... 1 —

Faites liquéfier, passez et roulez en magdaléons.

On prépare une fausse Poix de Bourgogne, en faisant fondre ensemble de la poix noire, de la colophane et de la térébenthine, et brassant le tout avec de l'eau; elle se distingue facilement de l'autre par

son odeur désagréable de Poix noire et par la présence de l'eau qu'elle a retenue.

Les autres produits résineux tirés des pins, ou de la térébenthine elle-même, sont la Poix-résine ou Poix jaune, la la Poix noire, la Colo[)hane, etc.

Nous dirons seulement quelques mots de la Colophane, qui présente quelques applications thérapeutiques.

La Colophane (brai sec, arcanson) est la résine qui reste après que l'on a distillé la térébenthine pour en retirer l'essence. Elle se présente dans le commerce en morceaux friables, transparents, tl'un rouge brun ; son odeur est fort résineuse.

Réduite en poudre et placée sur de la charpie, la Colophane sert comme hémostatique.

La gemme ou galipot est la résine solidifiée sur les arbres : elle entre dans la composition de certains onguents.

La résilie jaune est un mélauge de Colophane et d'eau brassées ensemble.

Poudre hémostatique de Bonafoux.

Pr. : Colopliane en poudre. . 4 parties. Gomme arabique. ... 1 — Charbon 1 —

Mêlez.

La Poix de Bourgogne (qui n'est autre chose que la résine molle ou galipot, fondue dans l'eau et filtrée pour la délivrer de ses impuretés) est d'un usage très-fréquent et vulgaire. C'est un épispastique qui agit avec beaucoup de lenteur et finit, après avoir déterminé de vives démangeaisons et de la rougeur pendant plusieurs jours, par produire, non pas chez tous les individus, mais sur ceux à peau délicate et irritable, une éruption vésiculeuse et plus rarement de véritables phlyctènes. C'est la lenteur de cette action qui fait le caractère de son utilité. Son emploi, devenu populaire dans toutes les douleurs rhumatismales musculaires et principalement dans la pleurodynie et le lumbago, a mérité vraiment celte popularité. On en forme un emplâtre en l'étendant sur une plaque de peau, de linge, et mieux de diachylon. Cet emplâtre, appliqué entre les deux épaules, a aussi son utilité dans la dernière période des catarrhes pulmonaires et dans l'hémoptysie. Le bourreau de Lyon, réputé

pour la cure des névralgies sciatiques, entoure complètement la cuisse malade d un vaste emplâtre de poix de Bourgogne. Dans la sciatique nous nous sommes assurés de l'efficacité de la culotte du bourreau de Lyon, qu'on laisse appliquée jusqu'à la disparition des douleurs. Ce traitement est surtout applicable aux vieilles sciatiques qui ont résisté à l'emploi des vésicatoires et des sels de morphine administrés par la voie endermique. On trouvera exposées plus au long au chapitre des Médications révulsives et dérivatrices toutes les indications de l'usage épispastique des résines que nous venons d'étudier. Nous n'en parlons ici que comme de moyens, de matériaux dont les propriétés et le mode d'action rentrent dans l'important domaine des Médications auxquelles nous renvoyons..

BAUMES DE TOLU, DU PÉROU, DE LA MECQUE. BENJOIN. STYRAX, etc.

On donne rigoureusement le nom de Bannies aux réaiaes solides ou liquides qui contiennent de l'acide benzoïque (d'après M. Fi'émy, cet acide serait remplacé par l'acide cinnamique dans les Baumes de Tolu et du Pérou).

Les Baumes usités en médecine sont les suivants :

1" Le Baume de Tolu [Balsamum Tolufanum), qui découle du Myroxyluin Toluiferum , Rich. ( Myruspermum Toluiferum. De Cand.), arbre de l'Amérique méridionale et de la famille des Légumineuses. C'est une substance solide, d'une couleur rougeàtre, molle et pâteuse lorsqu'elle est récente, sèche et friable quand elle devient un peu ancienne ; d'une odeur balsamique agréable (rappelant celle du citron) ; d'une saveur chaude, quoique assez douce.

Le Baume de Tolu est composé, d'après M. Frémy : de résine, d'huile volatile, de cinnaméine et d'acide cinnamique.

Indiquons les diverses formes d'administration de ce médicament.

Ce sirop fait la base de la crème pectorale de Pierquin, ainsi composée:

Sucre blanc i part.

Sirop de Tolu 1 —

— de capillaire. ... 1 — Mêlez.

Tablettes de Baume de Tolu (Tabellœ citm balsamo Tolulano).

Baume de Tolu . .

Sucre blanc

Gomme adragante.

Eau distillée

Faites digérer au bain-marie, pendant deux heures, le Baume de Tolu avec le double de son poids d'eau en ayant soin de remuer souvent. Laissez refroidir et filtrez. Servez-vous de la liqueur aromatique pour préparer le mucilage avec la gomme adragante.

Faites des tablettes de i gramme.

Sirop de Baume de Tolu.

Pr. : Baume de Tolu. . . 1 part.

Eau commune. ... 4 — Sucre s. q.

On fait digérer le Baume de Tolu pulvérisé dans l'eau, à la chaleur du bain-marie, pendant douze heures, en agitant souvent; on passe, on filtre, on ajoute à la liqueur le double de son poids de sucre et l'on fait le sirop par solution ; on filtre le sirop au papier.

Teinture éthérée de Baume de Tolu.

Pr. : Baume de Tolu. .

Éther sulfurique.

J part.

Faites macérer pendant huit jours; décantez.

Cette teinture, mêlée avec de l'eau, est employée avec avantage en fumigations.

2" Le Baume du Pérou (Balsamum Peruviaiium) fourni par le Myroxylum ou Myrospermum Peruiferum, arbre du Pé-

l'ou, de la Colombie et des provinces du tient par la sublimation, sert à composer

Brésil. Il appartient aussi à la i'amille des les pilules balsamiques de Morton.

Légumineuses, à la décandrie mono- On se sert aussi de Benjoin en fumi-

gynie de Linné. gâtions aromatiques et excitantes.

^LGuibourt en distingue deux espèces: ,. , ^

1" Le Baume du Pérou en cocos, ainsi ^ ^o Le Styrax solide, Styrax calamité, ou nommé parce qu'il est reçu dans de pe- Storax {lialsamum Siyrax, baume iourni titcs coques de cocos, ou il s"épaissit Par le Styrax oflicmal, arbre (espèce d'aun peu. Ou le livre au commerce après liboufier) de la même famille que le Benavoir fermé les coques avec un mastic JOH', i^:t qm croit en Provence, en Italie, résineux. 11 est fort rare ; d'une couleur ^'^ Orient.

brune assez foncée, non transparent; il ^^- Guibourt propose de donnei ..^xclu-

a une saveur douce et une odeur fort sivement à ce Baume le nom de Shjrax,

a^-réable. iwxw le distinguer du Styrax liquide.

"a» Le Baume du Pérou liquide ou noir. ^^"s le commerce on le trouve : 1° en

11 a la consistance d'un sirop cuit; il est larmes, sous forme de grains transpa-

rouge brun très-foncé et transparent : il a rents, d'un blanc jaunâtre ou jaune rou-

une odeur plus forte que le précédent, et geàtre, à cassure résineuse et brillante,

une saveur acre et amère presque insup- se ramollissant par la cjialeur, d'une

jiortable, qui le distingue de l'autre. odeur henzoïque, et d'une saveur chaude

Ce dernier Baume ne vient pas du Pé- ^^ amère; 2" en pains secs, cassants,

rou, ainsi qu'on l'a cru pendant bien comme l'autre, de larmes agglutinées.

Ion-temps; il s'obtient en abondance et ^l'un brun rougeàtre ; sa cassure offre

seulement dans l'État de San-Salvador, quelques larmes amygdaloïdcs à l'inté-

république de Guatemala (Bazire et Gui- "''"'■• Son odeur est très-suave, analogue

bourt. Journal de pharmacie, t. XX). à celle de la vanille, plus douce que celle

Le Baume noir du Pérou se falsifie dans ^^ précédent et supérieure à celle de

le commerce avec l'alcool rectifié, diverses tous les autres Baumes; sa saveur est

huiles fixes, le Baume de Copahu, etc. tloi^ce et parfumée.

, ^ ,^ , , AT 1 T 1' L'un et l'autre de ces Baumes, traités

3» Le Baume de la Mecque, de Judée, p^r l'alcool bouillant, laissent, indépende Gdead, lourni par 1 An.yris opobasa- damment des impuretés, un petit résidu wîMm, arbre de la famdle des Terebm- bianc. insoluble, et la liqueur, fihree thacees, qui croit natureUement dans bouillante, se trouble en refroidissant. 1 Arabie lieureuse et dans 1 Lgypte. Cette (Guibourt^ oléo-résine qui a reçu à tort le nom de ^ ^gt ^,„core une foule d'autres sub- Baume, est tombée aujourd hui en de- stances balsamiques que nous passons suetude quant a son usage médical. On go^g gHcnce, tels sont le Stvrax liquide, lui avait attribue des propriétés merved- ,3 lobdanum, la résine élém'i, la myrrhe, euses;cenest, dans le fait, qu une tere- l'oUban, le bdelium, etc. (Ces quatre benthine tres-suave tonique et astrin- dernières ne contiennent pas d'acide gente ; on la falsifie souvent dans le benzoïque, mais à la place une huile escommerce, sentielle; elles sont donc plutôt des ré-

40 Le Benjoin {Balsamum benzomum, sines que des Baumes.)

seu Asa dulcis), qui provient, d'après les n ^ c

recherches récentes des botanistes, d'une Onguent de Slj/rax

espèce d'aliboufier, nommé Styrax Bm- {Unguentum cum Slyrace). join, appartenant à la famille des Ébé-

"iiacées ou Diospyrécs (Styracées, Rich.). Hude d'olive 130

Cet arbre croît à Sumatra, à Java, dans Styrax liquide. , . . 100

l'Amérique méridionale, etc. Colophane.. 180

On trouve deux espèces de Benjoin Résilie élémi 100

dans le commerce ; la première dite en Cire jaune 100

/armps, amygdaloide, est sous la forme Faites linnéfier la rolnnhme la rire et

de masses solides, de larmes blanches, , i^aites iiqueUer la colopn.ine, la are tt

fragiles, à cassure polie et brillante; la la .''csiiie elenii, a une douce chaleur;

seconde, ou Benjoin en sorte, dont la ''^'''^ ^^ ^.ff If ^"^ f*^"' ^J""^^^ •« ^ty-

cassure est d'un brun rougeàtre, et qui f'^-:^' 1'"'^ ^ h"»'*'' P^'^^^ ^ travers une

est mêlée d'impuretés. Le Benjoin a une ^O'.'.*; "^^ ^^™"^^ ^ «",8^^"^ ,i''^^'% «°

odeur très-suave, une saveur douce d'à- '1^^ '^ ««^^ P^'^^'ï"'^ entièrement reli ouli.

bord mais qui finit par irriter la gorge ; p,.;^,,^ ^^ ^^j^,.,^,^ il est soluble dans 1 alcool, et précipite par

l'eau et les acides. On en retire l'acide {Pihilœ D. Morton).

benzoïque par la sublimation. Cloport s pulvérérisés. . . OS

Le Benjoin entre dans la composition Gomme ammoniaque. . . 34

du Baume du Commandeur et dans celles Acide benzoïque 23

des clous fumants. On en fait aussi une Safran !!!'!! "4

teinture simple (Benjoin, 1 partie; alcool Baume de* 'To'lu. *.'.!"*' 4

à 80 degrés, 4 parties) qui, étendue d'eau, de soufre'. .' .* ' ,' .' "3

forme ce qu'on nomme le lait virginal.

L'auide benzoïque huilcn.x, que l'on ob- Failci des pilules de 20 centigrammes.

BAUiMES DE TOLU, DU PÉROU, DE LA MECQUE, ETC. 83.1

Ce que nous allons dire devra particulièrement s'entendre de toutes les substances que nous venons d'énumérer, et qui sont caractérisées Baumes par la présence de l'acide benzoïque. Les autres, en y comprenant le Styrax, sont ou tombées en désuétude ou affectées à l'usage externe. Le Baume de Tolu est parmi les premiers celui qui a conservé le plus de crédit, et qu'on emploie de préférence aux autres.

Tous ces agents thérapeutiques, k l'exception, comme on le conçoit très-bien, de ceux qui nous viennent du nouveau monde, étaient connus des anciens. Dioscoride parle beaucoup de leur usage tant interne qu'externe. Le Baume de la Mecque ou de Judée, ainsi que la myrrhe, leur étaient principalement familiers. Ils n'en bornaient pas l'usage, comme on l'a dit, au pansement des plaies et des ulcères-, ils les faisaient aussi servir au traitement d'un grand nombre de maladies chroniques viscérales qu'ils rapprochaient des ulcères, des tumeurs glanduleuses, des fistules, des écoulements externes, et les employaient surtout fréquemment en fumigations dans l'aménorrhée, la leucorrhée, l'hystérie, tous les flux muqueux, et les maladies chroniques du poumon catarrhales et nerveuses, ainsi que dans les affections du larynx produisant l'enrouement et l'extinction de la voix, raucedines et aphoniœ.

Les térébenthines et les baumes semblent se partager le privilège de modifier avantageusement les maladies catarrhales et ulcéreuses des téguments internes ; les premières de ces substances, comme on l'a vu, jouissant d'une action curative spéciale dans les affections de ce genre qui siègent sur la membrane muqueuse génito-urinaire ; les secondes, dont il nous reste à parler, manifestant particulièrement leurs vertus thérapeutiques dans les catarrhes et les phlegmasies chroniques de la membrane muqueuse gastro-pnlmonaire. Celle qui appartient aux organes respiratoires surtout offre aux divers baumes, dans les maladies que nous avons désignées, leur indication la plus formelle et la plus heureusement remplie par eux, malgré l'oubli oii de nos jours sont relégués ces puissants modificateurs ; et pour parler tout d'abord de notre propre expérience, nous affirmons qu'il est dans la Matière médicale bien peu d'agents aussi puissants pour combattre les catarrhes pulmonaires chroniqjies et les anciennes phlegmasies du larynx.

Notre opinion est encore ici parfaitement conforme à celle des anciens praticiens. Mais prétendons-nous comme eux, comme F. Iloirmann, et Morton surtout, guérir la phthisie tuberculeuse avec les balsamiques ? Bien loin de là; et pourtant ceci demande quelques éclaircissements.

Lorsqu'on lit le célèbre auteur de la Phthisiologîe, Richard Morton, compatriote et presque contemporain du grand Sydenham, proclamant en plusieurs endroits de son remarquable trait la guérison de la phthisie

(de celle surtout qu'il appelait scrofuleuse ou symptomatique de la diathèse de ce noiïi), à l'aide d'un traitement très-méthodique dont les balsamiques (unis aux eaux minérales et aux préparations martiales), et en particulier les fameuses pilules qui ont gardé son nom, constituaient la base, la première idée qui se présente avec grande raison, c'est que ce médecin, privé des lumières que nous ont fournies Tauscultation et l'anatomie pathologique, prenait pour phthisiques des malades simplement affectés de catarrhes pulmonaires chroniques, et surtout de catarrhes purulents qui peuvent s'accompagner, comme on le sait, de tous les signes rationnels de la véritable dégénération tuberculeuse. Nul doute qu'il n'en soit ainsi pour plusieurs des guérisons de Morton. Mais^ il est d'autant plus difficile d'admettre que toutes doivent être indistinctement ravies aux prétentions de ce praticien, qu'il n'était pas sans trèsbien connaître les causes, la marche, le sérieux pronostic et les lésions, organiques de la phthisie tuberculeuse. On peut même dire, qu'à l'exception des choses si importantes à la vérité, que nous a fait connaîtra? la découverte de Laennec, Morton n'ignorait rien de l'histoire de la phthisie ; qu'il avait parfaitement bien divisé le cours de cette terrilîle maladie en ses trois périodes naturelles fondamentales, division qu'il avait établie sur les degrés de formation, d'accroissement et de ramollissement de la matière tuberculeuse, etc. ; car de nombreuses autopsies lui avaient permis de constater et de décrire des faits et des particularités anaîomiques très-exacts, et pour ainsi dire prématurés et surprenants pour l'époque où il vivait.

Néanmoins, cet auteur si fécond en assertions générales sur la vertu des balsamiques dans la phthisie tuberculeuse, ne l'est pas assez en observations capables de donner de l'autorité à ses paroles Ce n'est pas que le traité en question soit pauvre de faits. Au contraire, Morton ne manque jamais de compléter et de fortifier ses descriptions par des observations très-détaillées et pleines d'intérêt ; mais elles laissent entièrement dans le doute sur l'efficacité de la médication que nous voulons juger. Parmi les espèces de phthisie si multipliées qu'il a admises, quelques-unes seulement méritent d'être considérées par nous ; car ce sont les seules qui répondent à la signification actuelle du mot phlhisie, et soient incontestablement des dégénérations tuberculeuses des poumons. Ainsi, nous pouvons accepter de Morton les cinq espèces suivantes, décrites sous ces titres : .

»• 1° De pkthisi pulmonari originali. Il appelait ainsi ces phthisies tuberculeuses développées chez des sujets exempts du reste de tO!:te diathèse tuberculeuse générale, non scrofuleux, et chez lesquels les poumons seuls sont voués à la dégénération qui nous occupe, sans que l'individu présente aucun autre signe d'altération constitutionnelle en rapport avec cet état organique, sans prédisposition autre que celle qui paraît bornée au parenchyme pulmonaire, et en fait le terme d'une désorganisation tuberculeuse sous l'influence de causes qui n'ont aucune

relation directe et nécessaire avec cette affection. Cette espèce est certainement dans la nature, et chacun l'a observée. C'est même la vraie phthisie, la phthisie pulmonaire par excellence. Plusieurs auteurs l'invoquent à l'appui de l'opinion que les tubercules pulmonaires ne sont pas une manifestation de l'état scrofuleux, et constituent une maladie essentiellement différente des affections tuberculeuses qui siègent dans d'autres lieux. Morton fait moins de cas des balsamiques dans cette espèce que dans la suivante.

2° De pJithisi scrofulosâ. C'est la phthisie tuberculeuse chez les sujets d'une constitution analogue, et affectés antérieurement ou simultanément de maladies analogues. Elle est, dit-il, de beaucoup la plus fréquente, et il en aurait plus guéri de cette espèce que de toutes les autres ensemble. Il loue avant toutes les autres préparations balsamiques les pilules célèbres qui portent son nom, et dont voici la formule : Acide benzoïque obtenu par sublimation, 24 grammes ; triturez dans un mortier avec de l'huile d'anis sulfurée, 24 grammes ; incorporez peu à peu ; cloportes en poudre, 1/2 kilogramme; gomme ammoniaque, 64 grammes ; safran, 4 grammes ; Baume de Tolu ou du Pérou, 4 grammes. Faites des pilules de 13 ou 20 centigrammes, à prendre jusquà dix par jour.

Istce pilulœ, ajoute-il, in scorbuticorum et scrofulosorum lentâ phthisi (quœ quidem sunt frequentissimœ p/ithises), ubi febris [si ulla est) est admodùm mitis et exsputum phlegma quadantenùs glutinosum, asthmaticorum ritu, curationem non tantùm in principio morbi, vet^ùm etiam in progressu insigniter promovent .

Mais il pose pour condition de succès d'en faire un usage prolongé et à titre de dièle^ c'est-à-dire de s'y habituer comme à une chose dont se compose le régime journalier : Hujus modi vero remédia copiosè degiutienda sunt, adeôque {quantum fieri potest) more diœtœ exhibenda, atque in eorum usu longo tempore persistendum.

Il est vraiment bien à regretter qu'après de si belles promesses, Morton ne juge à propos de tracer l'histoire de quelques-uns des malades qu'il a guéris ainsi. La seule oliservation qu'il rapporte à la suite de ce chapitre est terminée par l'autopsie, qui fait voir des tubercules pulmonaires à tous les degrés, et cela malgré les balsamiques.

3° L'espèce scorbutique {phthisis scorbutica) est encore de nature tuberculeuse, mais comphquée d'un état de relâchement, de sueurs abondantes, d'une expectoration ténue et très-copieuse, surtout le matin ; d'éruptions fréquentes à la peau, etc.; état que les anciens médecins assimilaient à quelque chose de scorbutique ; ce qui rend cette expression si commune dans leurs écrits et si rare dans les nôtres, puisque nous ne l'appliquons qu'à une maladie bien caractérisée et peu commune parmi nous. Morton y exalte infmiment la vertu des balsamiques, et des cinq observations qu'il cite, quatre sont terminées par la mort ; elles sont relatives à un individu et à ses trois fils, héritiers de la phthisie tu-

berculeuse de leur père. La veuve du dernier de ces fils, prise pour tuberculeuse par Morton, survit, et semble le devoir à un long usage du traitement composé principalement de ferrugineux. Tout porte à penser qu'elle n'était que cblorotique et affectée d'une toux calarrhale.

4" Il traite ensuite de laphthi.-<je asthmatique, de pht/iisi asthmaticâ, qui n'est autre chose qu'une phthisie tuberculeuse, dans laquelle, comme cela est si commun, le phénomène dyspnée a ouvert la marche des accidents, et a continué à être l'élément dominant de la maladie. Suivant trois observations, la première bien dessinée et non douteuse, le malade meurt nonobstant les balsamiques. Il en est de même de la deuxième. Dans la troisième, il s'agit d'un apothicaire de Londres, que Morton caractérise seulement ainsi : a per plurimos annos in statu phthiseos asthmaticae (emaciatus scilicet et debilis). » Il ajoute bien qu'il était souvent sujet à une fièvre péripneumonique, dépendant d'un état tuberculeux des poumons ; mais le rapprochement des diverses circonstances de la maladie, nous porte à croire que ce sujet était plutôt affecté d'un catarrhe chronique prenant de temps en temps la forme suffocante, car Morton le soulageait dans ses accès à l'aide des vomitifs.

5" Enfin, notre auteur décrit la phthisie hémoptoïque, phthisis ab Itemoptoe^ ainsi nommée parce que le phénomène hémoptysie précédant les autres symptômes, Morton établit une relation de cause à effet entre celui-là et ceux-ci. Après avoir plusieurs fois préconisé l'emploi des balsamiques dans l'histoire de cette espèce, il donne trois observations terminées par la mort. L'usage de cette médication n'y est seulement pas mentionné, et semble n'avoir pas fait partie du traitement.

Les cas de succès allégués au chapitre De phthisi à peripneumoniâ et pleuritide ortâ, sont sans valeur dans la thérapeutique de notre véritable phthisie ; car on n'y trouve que des exemples d'empyèmes de pus évacués par les bronches, de vomitiques passées plus ou moins rapidement de la cavité des plèvres dans l'intérieur du poumon à la suite de pleurésies aiguës. Toutes les autres espèces si variées, décrites par Morton, doivent être éliminées du cadre de la lésion tuberculeuse des poumons. Ce médecin, donnant au moi p/ithisie tout son sens étymologique, l'appliquait à l'universalité des maladies chroniques avec dessèchement^ marasme, dépérissement, fièvre hectique, évacuations colliquatives, de quelque nature que fussent les altérations organiques, les états morbides locaux ou généraux, qui entretinssent ce marasme, cette consomption. C'est ainsi que beaucoup de chloroses y prennent le nom de phthisies nerveuses (expression admirable) ; qu'il consacre d'intéressantes pages à développer l'histoire des maladies chroniques du foie, sous le titre : De phthisi icteritiâ seu hepaticu ; de la plupart des phlegmasies chroniques, del'hypochondrie, etc., et pour peu que ces affections se compliquent dans leur cours de douleurs thoraciques, de toux, de trouble, en un mot, dans les fonctions respiratoires, Morton affirme intrépidement que la phthisie pulmonaire s'est mise de la partie, et a

emporté le malade, ou bien qu'il a guéri malgré cette fatale complication. D'oii en grande partie, renommée des balsamiques qu'il était bien rare qu'il n'utilisât pas dans le traitement de ces divers états morbides.

Une chose reste à ajouter pour faire comprendre la difficulté et même l'impossibilité de tirer quelques conséquences un peu sévères de la pratique de Morton, c'est que ce grand praticien avait à un assez haut degré la manie polypharmacique et la prétention d'adresser une foule de médicaments cà une quantité prodigieuse d'éléments patliologiques bien souvent imaginaires ; enfin, que sa thérapeutique était infiniment composée; que dans le traitement de la phthisie, par exemple, il insistait beaucoup sur l'importance des eaux minérales et des remèdes ferrugineux, moyens assez actifs pour qu'on doive tenir compte de leurs effets et de la part qu'ils peuvent revendiquer dans toute médication qui s'en compose. L'habitation de la campagne, l'attention la plus scrupuleuse et la plus suivie h. faire garder l'observance des six choses non naturelles dirigées selon l'influence heureuse ou défavorable que ces puissants modificateurs pouvaient exercer sur l'état des malades, etc., formaient de plus une partie essentielle des ressources que Morton mettait en œuvre. 11 ne nous paraît, dans aucun cas, s'être borné à l'emploi des balsamiques, ce qui rend toute conclusion impossible à l'égard de ces agents thérapeutiques.

Morton traitait ses malades affectés de phthisie scrofuleuse comme des scrofuleux ; ceux atteints de phthisie scorbutique comme des scorbutiques, et cela avec méthode, surtout avec constance et opiniâtreté. Il modifiait son traitement suivant les saisons, et à l'imitation des pères de l'art, faisait la plus grande attention aux tempéraments, aux circonstances héréditaires, aux habitudes pathologiques de ses malades, aux périodes des âges et aux affections qui leur semblent attachées presque naturellement. C'est à cet ensemble de considérations vraies et capitales d'oii il tirait ses indications thérapeutiques, qu'il devait sans doute les succès qu'il a prônés avec trop d'entraînement et d'apparence de bonne foi, pour qu'il faille les nier absolument ; et c'est parce que nous sommes trop préoccupés des points de diagnostic local que l'anatomie pathologique et l'auscultation nous permettent d'étudier et de reconnaître avec une facilité et une stireté que nous serions presque tentés de dire fâcheuse, si l'abus seul n'était pas responsable des écarts qu'un usage légitime doit et peut changer en progrès ; c'est parce que nous concentrons toutes nos recherches sur des éléments de la phthisie, qui malheureusement servent peu à éclairer la thérapeutique de cette maladie, que peut-être Morton nous était supérieur à cet égard.

Loin que les découvertes modernes fassent dédaigner les principes consacrés par le temps, ajoutons les premières à ceux-ci. Ainsi, pour ce qui regarde la phthisie, c'est le seul moyen d'utiliser nos acquisitions récentes. Seules, nous voyons assez depuis vingt ans combien elles sont infécondes.

Revenons à nos balsamiques. Il est clair, d'après ce qui précède, que Morton est peu fondé à les regarder comme curatifs de la phthisie pulmonaire, et nous prouverions au besoin que tous ceux qui ont cru pouvoir reproduire ses assertions et les étayer de leur pratique, n'y étaient guère plus autorisés. Rayons donc les balsamiques du catalogue des antituberculeux ; mais insistons davantage sur leurs propriétés anticatarrhales, et sachons nous en contenter : c'est de cette manière seulement qu'on leur rendra un crédit mérité.

Nul doute néanmoins qu'on ne guérisse de véritables phthisies pulmonaires, ou mieux, que bon nombre de phthisies ne se guérissent, les unes définitivement, les autres pour un temps, souvent assez long, pendant lequel la santé a repris un cours satisfaisant, et capable d'en imposer pour une cure radicale. Nous pouvons affirmer avoir ainsi ajourné des terminaisons, pallié des accidents, enrayé la marche de la phtljisie à l'aide de médications dont les balsamiques, sous diverses formes, faisaient la base. Mais nous n'affirmons pas en avoir guéri ainsi une seule. On peut, dans ces phthisies, dans lesquelles la fonte tuberculeuse et l'état catarrhal des bronches qui y est presque toujours lié, ne sont pas trop hâtés par l'inflammation éliminatrice qui se développe autour des masses tuberculeuses et des cavernes, dans lesquelles le travail de ramollissement se fait sans fièvre hectique, sans points de côté, sans chaleur thoracique, sans soif, sans agitation; on peut, disons-nous, h l'aide des balsamiques, suspendre ou atténuer cette fonte purulente et cet état catarrhal, peut-être même, et nous ne serions pas éloignés de le croire, d'après le témoignage de notre expérience, favoriser ou hâter la cicatrisation de quelques cavernes ; mais nous ne répondons pas qu'on détruise ainsi cette diathèse qui, ayant présidé à la formation de cent petites masses tuberculeuses, continuera presque sûrement à en développer par milliers.

Nous ne considérons donc les balsamiques que comme de précieux moyens de ralentir momentanément les progrès de la dégénération tuberculeuse, par conséquent de conserver les forces et de prolonger la vie qui sont si rapidement minées lorsque les produits accidentels déposés dans le poumon parcourent sans désemparer leurs périodes successives. Si l'on peut espérer d'agir sur cette fameuse diathèse en même temps que sur la désorganisation qu'elle fait subir au parenchyme pulmonaire, c'est par une série et une combinaison de moyens hygiéniques et pharmaceutiques appliqués avec persévérance et en même temps opportun.

Il est inutile que nous répétions à propos des balsamiques et des avantages certains qu'on en retire dans les catarrhes pulmonaires subaigus et chroniques, ce que nous avons dit à ce sujet en parlant de la térébenthine et de l'eau de goudron. Nous dirons seulement que les premiers, en raison de leur action moins irritante que la térébenthine, sont indiqués dans une foule de cas où nous avons signalé comme prématuré et

dangereux l'usage des résines. On peut donc les mettre à profit alors qu'il existe même un état aigu ; car nous avons ainsi coupé court, à l'aide du sirop de Tolu par exemple, à des bronchites intenses arrivées à la fin de leur premier septénaire, et qui, sans nul doute, auraient marché un mois et six semaines, comme cela est si commun, sans le secours de ce précieux moyen. Chez les enfants, pour qui le catarrhe pulmonaire aigu est si grave en comparaison de sa gravité chez l'adulte, le sirop de Tolu nous a été aussi très-souvent d'un immense avantage, presque au début de l'affection, ou plutôt lorsque l'état d'irritation, de sécheresse et de turgescence des m.embranes muqueuses étant apaisé, la sécrétion catarrhale commence à s'opérer et surtout lorsqu'elle persiste sans fièvre après l'administration des éméto-cathartiques.

Les anciens, qui appliquant des substances balsamiques sur des ulcères externes, en constataient les propriétés cicatrisantes et sarcotiques, c'està-dire propres à favoriser la réintégration des chairs, des tissus de nouvelle formation ; les anciens avaient transporté cette propriété à la cicatrisation des ulcères de la membrane muqueuse pulmonaire, parce qu'ils ignoraient la rareté d'un pareil état anatomique pour cette membrane, ils confondaient avec cet état les pertes de substance produites dans le poumon par la fonte des tubercules.

Mais cette sorte d'exemption cesse pour la membrane muqueuse du larynx. Là, les ulcérations sont malheureusement trop fréquentes, et elles paraissent l'être d'autant plus pour cette vaste portion du tégument interne, qu'on la considère plus à son origine, c'est-à-dire plus près do son ouverture supérieure, le larynx. Nous ne parlons pas des ulcérations tuberculeuses de cet organe ; car, puisqu'elles sont presque toujours inséparables de la phthisie pulmonaire, leur terminaison et leur thérapeutique partagent la fatalité et l'impuissance des terminaisons et de la thérapeutique de la maladie dont la coïncidence avec elle est devenue, par des recherches modernes, un fait pathologique des plus constants. Mais nous voulons appeler l'attention sur les ulcérations du larynx, consécutives aux phlegmasies chroniques simples de cet organe, et sur ces phlegmasies elles-mêmes non encore arrivées à l'état d'ulcération.

C'est dans ces cas que la puissance générale et topique des balsamiques est mise hors de doute par une expérience ancienne et de tous les jours, la nôtre en particulier. Ici, l'action locale de ces médicaments est plus efficace que leur action générale, et on comprend de suite qu'il est presque impossible d'exercer cette action autrement qu'en chargeant de principes balsamiques l'air qui doit traverser le larynx pour pénétrer dans les poumons. Ce sont donc des fumigations balsamiques, l'inspiration des vapeurs émanées de ces substances qui, ici, auront la préférence.

Nous n'avons pas besoin de recommander de ne recourir à ce moyen qu'alors que l'état aigu de la maladie a fait place aux symptômes de chronicité qui ne consistent guère que dans une douleur obtuse à la

840 ïilÊDICAMEiNTS EXCITANTS.

pression des cartilages, dans l'enrouement ou l'aplionie, un gonflement léger et quelquefois nul de la région hyoïdienne, le sifflement de la respiration, la gêne plus ou moins considérable de cet acte, et dans bien des cas seulement, à une simple altération du timbre de la voix, accompagnée d'un sentiment de picotement et du besoin de tousser et de se débarrasser d'un obstacle à la phonation. Mais très- souvent la phlegmasie du larynx débute par un état chronique ou par une suite de légères irritations qui n'en amènent pas moins avec le temps des désorganisations profondes de la membrane muqueuse et des pièces sous-jacentes.

Les lamigations dont nous avons parlé se font, soit en projetant sur des charbons ardents une certaine quantité d'un des baumes que nous étudions, mais plus particulièrement de ceux du benjoin et mieux encore de Tolu, et en remplissant ainsi de vapeurs l'espace où se trouve le malade, soit en en faisant dissoudre quelques grammes dans de l'eau bouillante, et en respirant les vapeurs qui s'en dégagent au moyen d'un flacon à deux tubulures, l'une placée dans la bouche du malade, l'autre plongeant d'une part dans le liquide, de l'autre étant en communication avec l'air atmosphérique. Nous préférerions volontiers le premier mode d'administration, parce qu'il est moins fatigant, exige moins d'apprêts, et surtout que le malade peut se tenir sans difficulté pendant des journées entières enveloppé d'une atmosphère balsamique. Des laryngites chroniques qui n'avaient éprouvé aucun amendement de l'application peu constante et souvent interrompue des vapeurs balsamiques, ont été guéries plus d'une fois par la persévérance et la longue continuité du passage incessant à travers les canaux respiratoires, d'un air mêlé à la fumée qu'on faisait dégager dans l'appartement en répandant difl'érents baumes sur des charbons ardents. On retirerait peut-être du second mode d'administration des effets plus certains si les malades avaient la force de s'y condamner pendant un temps suffisant. Ces fumigations réussissent aussi souvent à faire disparaître des catarrhes chroniques que l'administration des baumes sous d'autres formes n'avaient qu'incomplètement soulagés. On concentre plus ou moins l'activité de ces vapeurs suivant la tolérance qu'y apporte le malade et les effets qu'il en ressent. En affaiblissant les doses, il est quelquefois avantageux de les employer dans les phthisies pulmonaires qui se trouvent dans les conditions que nous avons spécifiées plus haut, et lorsque, sans s'accompagner d'état inflammatoire, aigu et môme subaigu du parenchyme qui entoure les produits accidentels, la fonte tuberculeuse et la sécrétion catarrhale sont néanmoins fort abondantes et colliquatives, comme nous l'avons observé quelquefois.

Les substances balsamiques dont nous traitons en ce moment sont d'un prix fort élevé et ne sont guère pour cela appropriées qu'à la thérapeutique des riches. Chez les malades qui craignent la dépense, on peut bien les remplacer, dans l'usage que nous venons de recommander, par des fumigations aromatiques composées avec la réunion de plusieurs

plantes labiées, telles que la sauge, le thym, le romarin, etc , et

mieux encore avec le goudron. Ce dernier produit est très-fréquemment employé de cette manière.

C'est ici le cas de dire que les vapeurs de goudron ont été singulièrement exaltées dans le traitement de la phthisie pulmonaire. C'est le docteur Crichton qui a proposé cette pratique, et elle s'est rapidement propagée en Angleterre et en Russie.

On met évaporer, à feu doux, une livre de goudron auprès du malade, en évitant qu'il ne bouille, parce que les vapeurs empyreumatiques lui seraient plus nuisibles qu'utiles, et augmenteraient la toux et la gêne de respirer. Le docteur Wall en a vu de bons effets. Les médecins de Berlin se sont assurés de son efficacité dans quelques cas. De cinquantequatre phthisiques, distribués en quatre salles de l'hôpital de la Charité de cette ville, dans lesquelles on évaporait quatre fois par jour une marmite de goudron, de manière à les remplir de vap.eurs épaisses, quatre furent guéris, six éprouvèrent une amélioration sensible, seize ne ressentirent aucun changement, douze devinrent plus malades, et seize moururent. Ce traitement est plus satisfaisant qu'aucun de ceux faits à la phthisie jusqu'ici; aussi s'en sert-on maintenant à l'hôpital de Berlin 011 plusieurs salles sont disposées à cet effet [Journ. de Hufeland, 18^20). Néanmoins le docteur Forbes {Revue médicale, X, 78) croit ces vapeurs contraires dans les véritables phthisies, et dit qu'elles hâtent la perte des malades (Mérat et de Lens). Sans rejeter absolument le résultat des praticiens de Berlin, nous penchons pour qu'on ne leur accorde qu'une confiance bien restreinte.

Si les affections catarrhales du poumon s'accompagnent de symptômes nerveux, et surtout de dyspnée qui soit disproportionnée avec le degré de la lésion pulmonaire, il y a indication plus positive encore de prescrire les balsamiques qui ne sont pas destitués d'une certaine action antispasmodique. On trouvera à l'article Gomme ammoniaque, sous ce rapport, plusieurs indications auxquelles s'appliquent assez bien les substances dont il est maintenant question.

L'administration intérieure des balsamiques, soit sous forme de sirop ou de piluleS;, soit plutôt en lavement, est appelée à rendre de bons services dans les entérites chroniques, principalement celles qui survivent aux fièvres typhoïdes et aux dysenteries, et qui sont entretenues par des ulcérations intestinales, celles aussi qui s'observent indépendamment de la préexistence de ces deux affections et finissent par amener de graves ulcérations.

Dysenterie. Ces maladies sont fort sérieuses ; et s'obstiner à les traiter par les antiphlogistiques et les émoUients, c'est souvent hâter la ruine des malades. Après les dysenteries, lorsque tout ténesme et môme tout dévoiement sont apaisés, nous avons bien des fois observé qu'il reste des garde-robes assez fréquentes, quoique moulées, mais envelop-

pées d'une couche épaisse de mucus et de quelques stries sanguinolentes. Ces sorces de matières se voient aussi chez les hémorrhoïdaires. Dans tous ces cas, el surtout dans ceux que nous avons spécifiés d'abord, au nombre des moyens topiques si souverainement utiles, il faut compter les balsamiques comme le tolu et le styrax donnés en lavement à la dose de 2 à 4 grammes dissous dans l'eau bouillante, en même temps qu'on prescrit le sirop de Tolu à la dose de i6 grammes dans des boissons appropriées. Hoffmann conseille pour remplir ces indications les lavements préparés avec le fameux baume de Locatelli, composé, comme on sait, d'huile de fleurs d'hypéricum, de vin d'Espagne, de santal rouge, de térébenthine de Venise et de Baume du Pérou.

Colique saturnine. Sydcnham avait grande confiance en l'action de cette dernière substance, le Baume du Pérou, dans le traitement de la colique des peintres; mais il la trouvait impuissante contre les diverses paralysies qui en sont si fréquemment la conséquence. Voici comment il s'exprime à ce sujet : « Hune dolorem atrocissimum sanat balsamum Peruvianum fréquenter ac in magna dosi exhibitura, nempè, si ejus guttœ XX, XXX vel LX sacchari albissimi cochleari uno instillentur, et bis vel ter in die dentur : at paralysis huic remedio haud cedit. »

Otorrliée. Nous avons employé avec avantage les injections de teinture de benjoin ou de solution aqueuse de cette substance dans les otorrhées purulentes consécutives aux fièvres éruptives chez les enfants, en même temps que nous donnions à l'intérieur le sirop de Tolu. Ces instillations balsamiques dans le conduit auditif ont été préconisées contre les surdités passagères et les otalgies.

Les baumes peuvent être rangés au nombre des médicaments nci^vins et céplialiques, et sont susceptibles par conséquent de servir aux indications auxquelles nous avons dit que répondaient les remèdes qui ont autr^itois porté ces noms, et sur lesquels nous avons donné quelques explications en traitant des plantes labiées, et en particulier de laméHsse.

Ce que nous avons dit de l'usage externe de la térébenthine, du goudron, etc., etc., peut nous dispenser de nous étendre sur celui des baumes. Le styrax, le Baume de la Mecque, sont ceux qui sont le plus employés à l'extérieur. Ils sont cependant tombés en presque complète désuétude. Détersifs, cicatrisants, bons pour apaiser les douleurs trop vives des plaies : leurs propriétés chirurgicales se résument, en ces trois qualités.

Mode d'administration et doses. De toUS les baumcs, celui de

Tolu mérite le plus d'être familier aux praticiens. On l'administre à la dose de 60 centigrammes à 2 et 4 grammes, soit en pilules, soit dans un électuaire, soit suspendu dans l'eau au moyen d'un mucilage. On prescrit la teinture depuis 2 jusqu'à 8 grammes. Une dos prépara-

lions les plus usitées est le sirop, avec lequel on édulcore trèsagréablement une foule de tisanes, de potions, et qu'on peut aussi prendre pur. Les tablettes, les pastilles au Tolu sont d'un usage vulgaire et réputé dans les rhumes. Il n'est pas de remèdes secrets contre les catarrhes qui ne contiennent de ce baume.

Celui du Pérou est moins agréable, et s'administre du reste de la même manière, ainsi que le benjoin.

L'acide benzoïque se donne à moitié dose.

Ces remèdes entrent dans la composition d'une foule de recettes et de formules anciennes et modernes qu'il serait fastidieux d'énumérer, comme Vemi générale, Vélixir de propriété, la thériaque, Vorviétan, la confection d'hyacinthe, etc., etc.

Le 1 aume ou plutôt l'oléo-résino de Gopaliu, oléo-resina Copahu, Copaivœ seu Copiiliiba balsannim, provient de plusieurs arbres de la famille des Léj^umiueuses du genre Copaifera, qui croissent au Brésil, aux Anlillcs, etc. C'est surtout, l'espèce Copaifera officinalis qui en fournit le plus.

Les autres espèces ou variétés qui laissent découler pai' incision cette oléo-résine, sont : le Copaifera Guyanensis, Copaifera Coriacea, Copaifera Cordifolia, etc. Un seul de ces arbres peut en fournir jusqu'à 12 livres dans î'ei-pace de quelques heures; Irois ou quatre incisions seulement sont pratiquées chaque année.

Le Copahu est de consistance huileuse, tianspar nt, d'une couleur jaun-'-oitron, d'une oleur forte et désagréable, d'une saveur acre, amère, repoussante. Il se dissout très-bien dans l'alcool rectifié et dans l'éther; la dissolution est ordinairement un peu laiteuse, et laiss,? précipiter par le repos un peu de résine ou d'Iiule fixe. Il se combine facilement aussi avec les alcalis. Tels sont les caractères du Copahu ordinaire du Brésil.

M. Guibourt mentionne le Copahu de Cayenne comme offrant un grau il avantage sur l'autre pour l'alministration intérieure. Il s'en distingue par une odeur assez agréable, analogue à celle du bois d'aloès, et une saveur non repoussajite et aussi moins persistante. Ce Copahu est d'un jaune foncé, transparent et d'une consistance un peu plus agréable que le Copahu or iinaire du cumiiierce.

Composition. D'api es les analyses de Gerber et Slolzo, le Copahu est composé de : huile volatile, 32 à 47 ; résine jaune, 38 à 25; résina visqueuse, 1,05 ii2,13.

La résine jaune est un acide auquel Schweitzer a plus tard donné le nom d'acide copahivique.

La composition résineuse du Copahu isolée a été employée en médecine.

L'iiuile essentielle a la même composition que l'essence de térébenthine.

Falsification. Si le Copahu est sophistiqué avec l'huile de ricin, c'est la falsification la plus ordinaire; on le fait bouillir dans l'eau pendant longtemps pour dissiper toute l'huile volatile. Le Copahu étant pur, il laisse une résine qui dcvienc sèche en se refroidissant; s'il contient do l'huile fixe, il reste mou.

Cette mé;hode est de MM. Henry et Delondre.

La fraude par toute autre huile fixe que celle de licin (s iluble dans l'alcool) s ra l'a'jile à r connaître par l'alcool r ctifi j à 95 di'grés, qui dissoudra le Copahu et non l'huile.

Une autr? méthode fort bonne et plus s'mple, in:liiure pa:- BerzHius, pei'.net aussi de reconuiiître la filsificilion du Copahu par l'huile d' ricin. On vers; une à deux gouttes de baumf sur du i apiertenuà quehjU' distance de charlîons allumés, ponr volatiliser l'I.uile; si le Copahu est pur, il reste un,' 1r ice homogène et translucide; s'il est mè é d'huile fixe, la tache est entourée d'une auréol' grasse.

Le Copahu est aussi falsifié qu Iquefois par la térébenthine : dans ce ras, une goutte versée sur une plaque de fer rouge do;ine une odeur téréb nthinée et décèle la fraude.

Enfin le Copahu pur doit s'émulsionner avec l'ammoniaque et non se prendre en masse comme cela arrive souvent à celui du commerce (Réveil).

Préparation du Copahu. La matière qui

solidifie le mieux l'oléo-résine est, ainsi que uous l'avons dit ailleurs, la magnésie calcinée; aussi l'on s'en serl presque toujours jiour donner de la consistance aux pilules de Coiiahu.

Pilules magistrales de Copahu.

Pr.: Baume de Copahu. . 32 gram.

Magnésie calcinée. . 24 à 28 — Mêlez.

La solidification s'opère assez promptement. Si l'on employait la magnésie blanche, il faudrait tn augmenter un peu la dose.

Pilules officinales de Copahu.

Pr. : Copahu IC gram.

Magnésie calcinée. . 1 —

On mêle la magnésie au Copahu et l'on remue de temps en temps. Il faut huit à dix jours pour que la dissolution ait lieu (Mialhf).

Nous devons ajouter que le baume de Copahu se solidifie d'autant plus vite qu'il est plus ancien ; les Copahus récents ne se solidifient pas; M. Fauré, de Bordeaux, a proposé d'y ajouter de la térébenthine.

M. Thierry solidifie le Copahu au moyen de la chaux.

Les formules de pilules de Copahu ont eu dans ces derniers temps quelque importance, en raison de la difficulté à faire prendre aux malades, sans un extrême dégoût, une dose un peu forte de ce médicament. On a imaginé plusieurs procédés ingénieux, qui consistent h renfermer du Copahu dans de petites capsules faites av c de la gélatine, ou du gluten ou de la pâte de jujubes.

Cette forme médicamenteuse permet de prendre le Copahu sans ressentir sa saveur ; le seul reproche, assez grave du reste, qu'on pourrait lui faire, c'est que par c.' moyen il arrive quelquefois que des capsules ma' préparées ne soient point dissoutes et passent intactes.

Tels sont les inconvénients de certaines capsules dont l'emploi a été peut-ête un peu trop vanté.

M. Roy, pharmncien à Poitiers, a proposé, dans ini mémoire adressé à l'École de phaim.icie, nn procédé qui nous a piru préférai lie aux autres. Il a composé un oléo-saccharolé gommeux, pour recouvrir les pilules de Copahu ou de iout auti e médicament repoussant ; il est ainsi parvenu à en atténuer l'odeur et à en déguiser presque entièrement la saveur désagréable.

Voici sa formule :

Pr. : Sucre blanc 123 gram.

Gomme arabique en

pondre 32 —

Essence de citron ou de

menthe, ou de tout

au re 32 ccnt^

Pulvérisez le sucre après y avoir introduit l'essence, passez ?i travers un tamis de crin et mêlez à la gomme.

Cet oléo-saccharolé doit être conservé pour le besoin, dans un flacon bouché îi î'émeri. M. Roy en revêt les pilules d'après le proc'dé ordinaire.

Opial Copahu composé {Opiatum cum Copahu composi(um).

Baume de Copahu..

Cnbèbe pulvérisé. .

Cachou i)ulvérisé. .

Mêlez exactement le Copahu ave3 le cachou ; ajoutez par parties le poivre cubèije, et faites un élecluaire bien homogène.

Potion de Chopart.

Pr. : Baume de Copahu. ... C4 gram.

Alcool rectifié 04 —

Sirop de Tolu C4 —

Eau de menthe poivrée. 64 , —

— de fleur d'oranger.. 04 —

Alcool nitrique 8 —

On mêle l'alcool au Copahu dans la fiole même où la potion doit être coutenue; ou ajoute successivement le sirop, les eaux distillées, puis l'alcool nitrique.

Le Copahu fait aussi la base de la potion de Uelpech, ainsi formulée :

Eau de menthe

31 gram.

— de fleur d'oranger. .

Baume de Copahu

Sirop de Guimauve. . . .

Acide sulfurique

Gomme adragante

Il entre aussi dans la composition de la mixture brésilienne et de celle de Fuller.

Le Copahu s'administre assez souvent en lavement; en voici quelques formules:

Lavement de Copahu (Ricord).

Pr. : Copahu 24 gram.

Jaune d'œuf n» 1.

Extrait gommeux

d'opium 5 cent.

Eau 192 grara.

Lavement avec le Copahu.

Pr. : Copahu 16 gram.

Mêlez avec le jaune d'œuf. n» 1.

Ajoutez peu îi peu :

Décoction de guimauve. . 375 gram.

Laudanum de S.denham. 2 — Eau ". . 200 à 250 —

Le Copahu se donne également eu injections.

COPAIIU. 845

L'action physiologique du Gopahu diffère peu de celle de la térébenthine. Plus sûrement qu'elle pourtant, il donne lieu à des vomissements et à la diarrhée. Les effets généraux en sont aussi moins prononcés. L'action spéciale sur la membrane muqueuse génito-urinaire est moins marquée, moins constante, moins réelle et attestée par de nombreuses observations. Comme la térébenthine, il donne assez souvent lieu h d'opiniâtres céphalalgies et à diverses éruptions érytbémateuses et vésiculeuses très-fugaces.

Biennorrhagie. L'emploi du Copahu se borne presque à une seule maladie, et si la térébenthine passe pour le remède spécifique du catarrhe chronique de la vessie, le Copahu l'est encore, à beaucoup plus juste titre, de celui du canal de l'urètre, avec ce privilège de plus, que ce médicament n'est pas contre-indiqué par l'état môme le plus aigu de la blennorrhagie, et peut être administré dans toutes les périodes de cette difficile maladie.

Pour démontrer combien les à priori, les règles établies sur les pars raisonnements du physiologisme, le rationalisme superficiel de l'époque enfin, est funeste aux progrès de la thérapeutique, il n'y a qu'à jeter les yeux sur les idées que se faisaient les médecins des siècles passés de l'action du Copahu dans les blennorrhagies, et sur les recommandations pressantes qu'ils intimaient, de n'employer ce remède que dsns les écoulements chroniques, atoniques de l'urètre. Il faut voir en quels termes précis ils en proscrivaient l'usage dans la période aiguë et inflammatoire de cette affection, fondés qu'ils se croyaient sur les risques, bien plus, sur le danger certain qu'il y avait à exaspérer tous les symptômes, et h. entraîner une foule d'accidents par l'emploi prématuré de cette médication... Ils la réservaient, et à dose très-ménagée, pour l'époque où rien ne reste de la blennorrhagie qu'un simple flux muqueux bien ténu, bien blanchâtre ; enfin pour ce qu'ils appelaient une blennorrhée ou une gonorrhée. Qu'est-il arrivé depuis ? Que de nombreuses expériences dues, il est vrai, pour la plupart, h des circonstances fortuites ou h. un empirisme téméraire et blâmable en thèse générale, ont fait voir qne, dans la grande majorité des cas, l'administration du Copahu a de trèshautes doses et au début le plus violent des blennorrhagies les plus intenses, sans traitement tempérant et antiphlogistique préparatoire, qne le Copahu dans ces cas, disons-nous, non-seulement n'a pas accru la maladie, mais, tout au contraire, l'a énergiquement attaquée et en a débarrassé sans inconvénient les malades dans un espace de temps plus court qu'aucun autre moyen.

Il résulte encore autre chose de cette considération : c'est que les études historiques à ce point négligées font que quelques auteurs modernes

s'opiniàtrent à revendiquer la priorité de l'emploi du Copahu dans les catairhes urétraux, tandis que dès le dix-septième siècle il servait déjcà au traitement de ces maladies entre les mains de F. Hoiîmann, et qu'il n'a pas cessé jusqu'à nous d'être utilisé dans les flux muqueux des organes génito-urinaires et les catarrhes bronchiques. La Matière médicale est donc depuis très-longtemps en possession de cet agent dans tous les cas qui sont encore aujourd'hui de son domaine. Les règles de son emploi seules ont été modifiées sur quelques points par les praticiens de notre époque, et nous venons de dire en quoi.

Nous n'avons guère à nous occuper du Copahu que dans la blennorrbagie et la leucorrhée, ce que nous avons dit de l'action de la térébenthine dans les autres catarrhes, ceux de la vessie et du poumon spécialement, étant très-applicable au Copahu.

Sans parler de la pratique et des opinions de Hoffmann, Pringle, Fuller Valcarengh, Monro, de celle de Labat, de Hope, de Gullen, de l'illustre J. Hunter, de Chopart, de Swediaur, etc., etc., qui tous avaient, sur les propriétés médicales du Copahu et sur les conditions de son emploi dans les écoulements de l'urètre les idées que nous avons plus haut rapprochées de celles des modernes, arrivons de suite à l'époque où l'on a repris sérieusement et expérimentalement cette question.

C'est dans les dernières années du siècle passé que Jacquin, à qui l'on doit (1787) la connaissance et la description de l'arbre véritable qui produit le Copahu, donna quelques détails sur la manière hardie et empirique dont certains habitants de l'Amérique s'administraient le Copahu en injections dans l'urètre, et particulièrement l'infusion des feuilles du CopaZ/erao/y^cma/^s à l'intérieur dans la période aiguë des blennorrhagies. Un autre voyageur, Pison, rapporta aussi cette pratique. Dès lors on commença à braver les préceptes de prudence et de restriction, les craintes illusoires posées à priori dans la première méthode, celle de Hope, de Théden, de Chopart, de J. Hunter, on se mit à traiter d'emblée des blennorrhagies récentes avec le Copahu à de plus hautes doses. M. le docteur Ansiaux, médecin en chef des hospices civils de Liège, et M. Ribes père, surtout, proclamèrent les premiers la supériorité de cette méthode.

Le premier de ces médecins fit d'abord connaître six observations de succès décisif et rapide par la potion de Chopart administrée comme la prescrivait ce chirurgien (eau distillée de menthe, esprit-de-vin, baume de Copahu, sirop de capillaire, de chacun, 64 grammes ; esprit de nitre dulcifié, S'i grammes ; eau de fleurs d'oranger, 8 grammes. Mêlez et prenez deux cuillerées à bouche de cette potion le matin ; une à midi et une autre dans la soirée ; continuez-en l'usage pendant douze jours).

N'oublions pas que cette médication était adoptée dès le début. Dans toutes ces observations, M. Ansiaux a constaté la coïncidence de l'amendement avec l'action purgative de la potion ; celle-ci retardée ou nulle, colui-lcà se faisait attendre ou manquait complètement. Notons ceci;

COPAHU. 8i7

nous serons obligés d'y revenir. Suivent deux cas d'insuccès. Le premier est attribué à des écarts de régime, à l'ivrognerie du sujet, qui se trouve néanmoins guéri par certaines injections. Quant au second, l'auteur suppose qu'il est dû au défaut d'effet purgatif de la part du Copahu sous l'influence duquel, alors, l'écoulement augmentait. Cette fois aussi les injections le supprimèrent.

En 1812, le même auteur adressa un mémoire à l'Athénée de médecine de Paris. On y lit vingt-cinq observations, parmi lesquelles vingtdeux témoignent de l'efficacité certaine et prompte du remède en question. Des trois autres cas, l'un est noté comme n'ayant été en rien modifié par le traitement ; dans le second, l'action du Copahu est troublée, annulée par l'abus des boissons spiritueuses et les écarts de diète ; chez le vingt-cinquième sujet, l'irritation de l'urètre et le flux blennorrhagique s'exaspèrent beaucoup par l'usage de la potion résineuse.

Ce mémoire fut l'objet d'un rapport favorable fait à l'Athénée de médecine par M. Fizeau, qui déclara avoir employé le Copahu d'après les indications de M. Ansiaux, et avec le même bonheur que lui. M. Cullerier (l'oncle) en fit aussi l'éloge, en citant toutefois plus de cas d'insuccès que l'auteur et le rapporteur.

« J'ai vu cette médication, dit M. Ansiaux dans les réflexions dont il fait suivre les faits, augmenter l'irritation et la douleur, lorsque la blennorrhagie était très-intense; je l'ai vue, chez des individus d'une constitution nerveuse, déterminer des vertiges. Mais alors, il a suffi d'en suspendre et d'en modérer l'administration pendant quelques jours pour y revenir ensuite avec succès. » M. Ansiaux ne compte pas parmi les accidents et les contre-indications de ce traitement les coliques et le dévoiement; il les regarde au contraire comme indispensables à son efficacité et en fait le lien thérapeutique, le phénomène intermédiaire de l'existence ou de l'absence duquel dépend le succès ou l'insuccès du Copahu ; s'appuyant sur le principe général de Barthez : « Il faut imprimer aux forces de la nature des ensembles de mouvements qui tendent vers les organes éloignés , et qui soient perturbateurs des mouvements qu'affecte la fluxion. » Toutefois il convient a que le Copahu n'agit pas ici à la manière des autres purgatifs. »

M. Ansiaux, comme pour fortifier sa manière physiologique de concevoir l'action du Copahu dans la blennorrhagie etla rendre en tout point conforme aux principes établis par Barthez pour l'application des moyens dérivatifs et révulsifs, M. Ansiaux signale une particularité qui nous a échappé ainsi qu'à tous ceux qui ont écrit sur l'emploi du Copahu, savoir, que lorsque la blennorrhagie (la fluxion, dit-il) est parvenue à son état, la potion balsamique n'a plus les mêmes avantages, car le plus souvent alors, selon lui, l'écoulement diminue pendant l'action du remède pour reparaître ensuite avec la même force ; tandis que plus tard, dans la période de chronicité, cette médication retrouve sa vertu radicale. Cela est possible et nous ne le nions pas. C'est unpointde thérapeu-

8i8 MÉDICAMENTS EXCITANTS.

tique à éclairer- par l'observation. Nous prierons seulement ceux qui voudront ainsi le résoudre de taire attention aux remarques suivantes :

La blennorrhagie est supprimée par les agents thérapeutiques et en particulier par le poivre de Cubèbe et le Gopahu, avec d'autant plus de facilité et de promptitude, surtout avec d'autant moins de chance de récidives, qu'elle est traitée à une époque plus rapprochée de son invasion, ce qui est d'accord cette fois avec l'observation de M. Ansiaux, de laquelle il résulte qu'il y a eu un succès plus rapide et plus confirmé au début qu'à la période ôiétat de la maladie. Peut-être donc que si ce médecin eût persévéré plus longtemps dans l'administration du Copabu, alors que la maladie, plus profondément fixée, est rebelle à l'action des moyens thérapeutiques, alors qu'une membrane muqueuse changée dans sa vitalité a changé son mode de sécrétion et doit, selon la marche naturelle de la maladie, continuer ce nouveau mode de sécrétion pendant un temps déterminé et jusqu'à la transition à l'état chronique, peut-être, disons-nous, qu'en insistant alors sur la médication, il ne se fût pas exposé aux récidives qu'il signale dès qu'il suspendait la potion balsamique.

Quant à l'action plus facile et plus sûrement curative du Gopahu dans l'état chronique de la blennorrhagie, dans la gonorrhée proprement dite, que dans la période à'état dont nous venons de parler, nous sommes forcés de n'y pfis croire et par les faits qui nous sont propres, et par le nombre et l'unanimité des faits étrangers qui déposent contre cette assertion. Qui ne sait la tendance souvent invincible de tous les vieux catarrhes à récidiver, à se reproduire sous la moindre influence ? Les affections catarrhales du poumon et de la vessie ne s'identifientelles pas, pour ainsi dire, avec la constitution de certaines gens, les vieillards surtout, sans que l'art ait d'autre privilège que celui de les abréger, pour se contenter encore du même avantage à la première rechute ?

Les écoulements chroniques de l'urètre sont loin de faire exception à cette loi : ils la confirment bien plutôt. Il est des gonorrhées, dit Chopart, qui doivent s'user par elles-mêmes et mourir de vieillesse.

En 1824, le hasard mit M. le docteur Ribes sur la voie d'un traitement bien plus inusité et aussi bien plus héroïque, non-seulement contre la blennorrhagie elle-même à toutes ses périodes, mais encore contre les accidents graves et variés qu'entraîne si souvent sa suppression.

Ce praticien recommandable donnait des soins à un jeune homme affecté de blennorrhagie. Il lui prescrivit vingt gouttes de Gopahu à prendre tous les matins dans un verre de tisane de fraisier et de chiendent. Le malade comprit mal l'ordonnance, et avala en un jour la dose de 32 grammes. Peu après, coliques, superpurgations. Cessation complète et définitive de l'écoulement.

Pour ce qui concerne le peu d'inconvénients de porter à des quantités

COPAHU. 8i9

très-élevées la dose de Copahu, M. Uibes cite un cas où, pris à celle de 64 grammes en une fois, non-seulement il n'a c lusé aucun accident, mais a produit une prompte et solide guérison. Les faits recueillis par M. Ribes tendent surtout h démontrer l'incomparable efficacité du baume de Copahu dans le traitement des accidents inflammatoires si aigus et si douloureux qui se déclarent fréquemment, et coïncident avec la suppression complète ou incomplète de la blennorrbagie. Le plus vulgaire de ces accidents métastatiques est le testicule vénérien ou chaude-pisse tombée dans les bourses.

Il est d'usage d'attaquer cette orcbite blennorrhagique par les saignées générales, les applications réitérées de sangsues en grand nombre sur le scrotum et le trajet du cordon testiculaire ; quelques praticiens s'efforcent en même temps de rappeler l'écoulement par des injections irritantes, et le plus souvent par l'introduction de sondes ou de bougies dans le canal ; enfin, quand l'état aigu est dissipé par ces moyens, et qu'il ne reste plus qu'un gonflement plus ou moins considérable avec induration du testicule et surtout de l'épididyme et de la naissance du cordon, on a ordinairement recours à des topiques, des emplâtres résolutifs, la suspension longtemps continuéedes parties, etc., etc. ..M. Ribes, négligeant cette série successive et classique de moyens dits rationnels, convaincu que si par cette méthode les malades échappent assez rapidement à l'état aigu, les indurations et les engorgements du testicule ou de l'épididyme survivent assez souvent à cet état pour attester dans une foule de cas l'insuffisance d'une pareille médication, s'imagina de traiter ces complications par l'agent spécifique qui guérit si bien l'affection principale, et administra de hautes doses de Copahu dans une orchite blennorrhagique double et très-aiguë. Un succès prompt et évident répondit à sa tentative, et ce résultat heureux se répéta un nombre de fois assez grand pour qu'il lui fût, en toute sagesse, permis de transporter ce nouveau procédé thérapeutique à la cure des autres formes métastatiques de la blennorrbagie aiguë.

Ainsi, des ophthalmies, des arthrites, des bronchites intenses, des catarrhes aigus de la vessie, des céphalées, des otalgies, des inflammations de la prostate et des reins, la forme dite cordée de la chaudepisse, les engorgements lymphatiques de l'aine consécutifs, etc., vinrent tout naturellement, entre ses mains, subir l'influence curative du Copahu à hautes doses. Des observations bien caractérisées, frappantes même, suffisant, en un mot, à concilier l'attention et le crédit des praticiens, surtout quand est connue la sûreté de leur source, et qu'on peut les confirmer par celles d'autres médecins honorables et éclairés, sont citées par M. Ribes à l'appui des assertions précédentes.

Les résultats généraux de la pratique de M. Ribes, sur le point de thérapeutique qui nous occupe, sont assez importants pour que nous ne regrettions pas de le laisser parler ici lui-même : « Dc^puis seize ans, je ne fais plus mettre de cataplasme ni même de suspensoir aux malades qui 8"= ÉD. — T. n. 5-4

ont le testicule vénérien. (M. le docteur Rossignol, qui affirme dans les Annales cliniques de la Société de médecine de Montpellier, avoir traité par le Copahu, à la dose de 8 grammes en vingt- quatre heures, plus de trois cents individus dans la période inflammatoire de la blennorrhagie, ne les astreint à aucun régime sévère, et ne défend pas même alors l'exercice du cheval.)

« A la troisième ou quatrième dose de Copahu, la douleur et l'intlammation du testicule diminuent et le dégorgement commence à s'opérer visiblement. J'ai observé cela non-seulement dans le cas de fluxion, suite d'une gonorrhée supprimée, mais encore dans les fluxions testiculaires, suite de toute autre cause. On n'a qu'à continuer l'usage du baume de Copahu pendant douze ou quinze jours, et l'on parvient à faire résoudre des engorgements même très-considérables tant du testicule que de l'épididyme. Les premières doses agissent toujours promptement sur le testicule, et l'on voit diminuer l'engorgement d'une manière sensible; mais ensuite il semble rester stationnaire pendant quelques jours, puis la diminution devient apparente et très-rapide. Avec le Copahu, on est sûr d'arrêter l'augmentation du gonflement et d'opérer le dégorgement, ce qu'on n'obtient pas toujours aussi sûrement par les autres moyens. J'ai plusieurs observations de testicules vénériens qui ont résisté aux moyens ordinaires, tels que saignées, cataplasmes, bains, diète, purgatifs, onctions mercurielles, et qui ont cédé au baume de Copahu, même très-rapidement.

« Je détruis la gonorrhée le plus promptement possible, parce que je la regarde, ainsi que les chancres et les bubons, comme un foyer d'infection toujours renaissante. Je fais continuer l'usage du baume de Copahu pendant dix à douze jours après que l'écoulement est arrêté, sans quoi la gonorrhée reparaît quelquefois. Le Copahu fait cesser les érections nocturnes, la douleur et l'inflammation gonorrhoïques aussi bien et souvent mieux que les antiphlogistiques ordinaires. J'ai observé que, dans presque tous les cas de suppression spontanée de la gonorrhée, il reste un très-léger suintement qui se fait remarquer surtout le matin. Le sommet du gland et l'orifice de l'urètre offrent une sorte d'auréole d'un rouge plus ou moins vif, ce qui annonce encore l'existence du mode d'action gonorrhoïque que le Copahu fait ordinairement disparaître. Si les baumes ne réussissent pas toujours à détruire complètement l'écoulement, j'assure que lorsque je les ai donnés cà forte dose, ils n'ont jamais échoué contre les accidents déterminés par la suppression spontanée de la gonorrhée, particulièrement lorsque ces accidents s'étaient développés peu de temps après la suppression de l'écoulement et que le remède a été immédiatement employé. »

Nous avons dit que M. Ribes n'était pas le seul qui eût reconnu la vertu curative du Copahu dans les affections dues à la suppression de la blennorrhagie. Il est vrai que dans ce cas il ne nous est pas possible de juger les expériences de ce médecin par les nôtres propres, car quoique

nous ayons bien souvent et avec avantage combattu la blennorrhagie pai* le Copahu, il ne nous est jamais arrivé d'en faire usage dans les circonstances que nous venons de signaler. Mais assez de praticiens instruits et dignes de foi ont obtenu les mêmes résultats que M, Ribes, pour que, nous le répétons, cette médication prenne rang dans la thérapeutique, et qu'il ne soit pas téméraire de chercher à l'utiUser, le cas échéant.

Parmi les médecins qui en ont aussi proclamé des avantages (toujours dans les complications en question), nous citerons particulièrement Laennec, M. Blaud, de Beaucaire, et le professeur Delpech.

En traitant du Cubèbe, nous avons déjà rendu compte des résultats heureux que ce poivre avait donnés au célèbre chirurgien de Montpellier dans le blennorrhagie. Le Copahu ne lui a pas moins réussi dans la même maladie. Une masse de plus de quatre cents cas sert de fondement aux règles thérapeutiques et aux convictions de Delpech sur ce point. Voici comment il procédait :

Si l'inflammation était si excessive qu'il y eût lieu de redouter sa propagation à toute l'épaisseur des parois du canal et du tissu cellulaire environnant, avec passage à la suppuration et abcès au périnée, il débutait avec des saignées générales et locales, suivant le besoin, puis il prescrivait le Copahu, sans qu'il fût nécessaire pour cela que la période suraiguë de la blennorrhagie fût achevée, de même qu'il l'employait d'emblée dans tous les cas qui ne se présentaient pas avec cette profonde intensité d'accidents phlegmasiques, qu'il tâchait préalablement d'abattre par les antiphlogistiques ; c'est-à-dire qu'il y avait recours tout d'abord dans les blennorrhagies qui se déclaraient avec un appareil inflammatoire renfermé dans les bornes ordinaires; ce qui est le cas le plus commun.

Delpech, dans son mode d'administration du Copahu, arrivait progressivement à en donner 8 grammes par jour, 4 le matin et 4 le soir. Parvenu à la dose curative, il y persistait pendant huit jours; puis, au lieu delà suspendre brusquement, la diminuait insensiblement, et descendait ainsi jusqu'à la quantité d'où il était parti. Sa potion ordinaire était ainsi ordonnée :

Eau de menthe j

— de fleurs d'oranger '

Baume de Copalm (

Sirop de limon '

Acide sulfurique 4 —

Gomme adragante q. s.

A prendre une cuillerée matin et soir.

Dans le cas de vomissements, de diarrhée, d'intolérence en un mot, de la part des voies digestives, il faisait ajouter de 8 à 13 gouttes de laudanum.

On dit qu'à l'hôpital militaire de Montpellier, on faisait prendre le Copahu d;ins du vin ou de la tisane commune. Delpech formulait souvent des pilules de Copahu incorporé au savon blanc et à l'iris, pour les esto-

macs qui ne pouvaient pas le digérer sous d'autres formes. Il signale ce que nous avons bon nombre de fois observé, savoir, que l'amélioration du premier moment est bien plus difficile à soutenir qu'à produire, et puis qu'après quelques jours de l'administration du remède, bien des malades commencent a ressentir de la cardialgie, des chaleurs d'estomfic, de l'inappétence, des digestions pénibles, des vomissements même» et souvent aussi de la diarrhée. L'acide sulfurique lui semble alors un des meilleurs adjuvants capables de faciliter la digestion du Copahu.

C'est pour obvier à ces inconvénients, et empêcher le discrédit où ils auraient pu faire tomber un utile médicament, que M. le professeur Velpeau, d'après le conseil de M. Bretonneau, essaya d'administrer le Copahu par le rectum. On a déjà vu les heureux résultats que ce professeur avait retirés des lavements avec le cubèbe dans la maladie qui nous occupe. L'action antiblennorrhagique du Copahu ne s'est pas non plus démentie sous cette nouvelle forme d'ingestion.

Dans un mémoire publié en 1827 dans les Archwes générales de médecine^ et dans lequel M. Velpeau a réuni ses expériences sur les deux spécifiques si connus delà blennorrhagie, le cubèbe et le Copahu donnés en lavements, il est question de trente cas relatifs à cette dernière substance.

Voici ce qu'on est en droit d'en conclure :

Le baume de Copahu donné par l'anus diminue à peu près constamment les écoulements blennorrhagiques, soit chez l'homme, soit chez la femme. Dans beaucoup de cas, il les supprime complètement au bout de quatre, cinq, sept ou huit jours; plus souvent il les réduit au tiers ou à la moitié de leur abondance ; et, règle générale, après le huitième ou dixième lavement, son action devient nulle, s'il n'a pas complètement réussi II faut en augmenter graduellement la dose, en commençant par 8 grammes et s'élevant progressivement jusqu'à 32 grammes. On le suspend dans le jaune d'œuf ou dans un mucilage quelconque, la gomme, la guimauve, le lin. Si le rectum est très-irritable, on ajoute 5 centigrammes d'extrait aqueux d'opium, et dans le cas de douleurs excessives de l'urètre, d'érections pénibles, etc., on y môle quelques centigrammes de camphre. L'état le plus aigu de la chaude-pisse ne contre-indique pas le Copahu, à qui M. Velpeau n'a jamais vu produire d'accidents. Le lavement devra être pris sous le plus petit volume possible et gardé longtemps. On aura bien soin, en injectant le clystère, de ne pas humecter les spincters avec le contenu de la seringue, car le contact de ce liquide sur l'extrémité du rectum cause des épreintes cuisantes qui peuvent provoquer l'expulsion trop prompte du remède.

Nous aurions à parler encore d'une foule d'autres travaux sur le Copahu dans la blennorrhagie aiguë et chronique ; mais ils ne nous apprendraient rien qui n'ait été constaté par les observateurs à la pratique desquels nous nous sommes plus particulièrement arrêtés. Tout ce qu'il est bon de savoir, c'est qu'ils sont puissamment confirmatifs des

résultats énoncés dans ceux-ci. D'ailleurs, le Copahu, dans la blennorrhagie, a acquis une réputation maintenant assise et bien méritée. 11 n'est pas de médecin qui ne sache par lui-même à quoi s'en tenir à cet égard.

Pour ce qui nous concerne, si jusqu'ici nous n'avons fait qu'exposer les observations et les travaux des autres, sans trop y mêler le tribut de notre propre expérience, ce n'est pas qu'elle soit nulle sur cette matière ; mais c'est qu'étant arrivés par elle aux mêmes résultats (quant à ce qui regarde la blennorrbagie au moins ; car nous avons déjcà avoué que notre observation personnelle ne nous avait rien appris touchant le traitement des complications métastatiques de cette affection par le Copahu) que les auteurs dont nous avons, par ce motif, adopté la relation, nous nous sommes réservé, une fois pour toutes, de déclarer à la fin de cet exposé, que nous pouvons ratifier cliniquement et d'une manière générale tout ce qu'ils ont établi d'essentiel sur la question de thérapeutique que nous traitons en ce moment. Cela soit dit surtout à l'égard de tous les travaux que nous avons fait connaître dans ce chapitre, à l'exception toutefois de ce qui a été noté par M. Ansiaux, sur la nécessité de l'action purgative du Copahu pour que ce médicament développe sa vertu antiblennorrha- .gique ; et en cela nous sommes d'accord avec MM. Ribes, Delpech, Velpeau, Rossignol, Guillon, et, nous ne craignons pas de le dire, avec tous les praticiens qui, n'ayant pas d'intérêt systématique à sauver d'une ruine ou d'une objection embarrassante, ont vu les faits à l'œil nu ; or tous ceux-là ont, au contraire, été amenés par l'observation à désirer pour condition favorable à l'action complète et efficace du Copahu, sa tolérance, sa digestion les plus parfaites. Il n'y a qu'cà voir si les purgatifs réussissent aussi merveilleusement que les résines dans les catarrhes en général, et principalement le Copahu dans la blennorrhagie. Presque tous les médecins s'efforcent d'assurer cette tolérance par des narcotiques, des substances astringentes, antiémétiques. Nous n'insistons pas davantage sur ce fait, maintenant presque universellement admis. De ce que nous n'admettons pas que ce soit par son action purgative qu'agisse le ■Copahu, il ne s'ensuit pas que ce médicament ne manifeste ses propriétés spéciales que lorsqu'il ne purge pas. Il faut supposer alors ou qu'il agit ■comme purgatif tout spécial, ou que son action évacuante n'empêche pas le développement de sa vertu anticatarrhale, et surtout antiblennorrhagique.

Une chose bien remarquable, constatée par nous comme par Delpech €t M. Ricord, c'est l'immense distance qui sépare la blennorrhagie de la femme de celle de l'homme, sous le rapport de l'infiuence qu'exerce sur elle le Copahu. Cette substance est aussi peu efficace chez la femme qu'elle l'est chez l'homme, dans les limites toutefois qu'ont signalées Delpech et M. Velpeau ; et cela est surtout vrai de l'élat aigu de la blennorrhagie chez la première, car dans la leucorrhée qui se confond avec la blennorrhagie chronique, le Copahu semble retrouver sa puissance curative, à un moindre degré, il est vrai, que chez l'homme. '"

8ji MÉDICAMENTS EXCITANTS.

Mais, particularité encore plus étonnante! on sait que la blennorrhagie de la femme n'est pas limitée à l'urètre, et qu'elle envahit souvent, en même temps que ce canal, des portions plus ou moins étendues de la muqueuse vulvaire, vaginale, et même utérine; que quelquefois elle se borne à l'une de ces régions ; qu'elle peut, en un mot, les envahir toutes séparément, comme toutes simultanément. Or ici reparaît l'analogie, l'identité même d'action du Copahu dans les blennorrhagies des deux sexes, analogie qui tout à l'heure avait semblé rompue.

Si la blennorrhagie de la femme n'occupe que l'urètre, notre agent spécifique réussit, tandis qu'il est le plus souvent impuissant quand l'écoulement prend sa source sur quelques parties de la muqueuse vulvoutérine sur sa totalité. Cette différence est si marquée, que lorsque la blennorrhagie occupe à la fois et l'urètre et le vagin, ou d'autres parties de la muqueuse génitale, et qu'on administre le Copahu, on voit celles-ci rester affectées, alors que l'écoulement urétral a tout à fait cessé d'avoir lieu. On ne peut, dans ce cas, s'empêcher d'expliquer cette action exceptionnelle et circonscrite par le passage des urines charriant avee elles une certaine quantité de Copahu.

Des expériences récemment faites à l'hôpital Saint-Louis par M. Hardy, mettent aujourd'hui la théorie hors de doute. Ce médecin a injecté dans le vagin blennorrhagique de femmes à qui il administrait du Copahu leurs propres urines chargées de cette oléo-résine, et la blennorrhagie vaginale a cédé, tandis qu'avant, l'écoulement urétral seul avait été modifié. Dans ce dernier cas les injections d'urines copahiques étaient faites par la vessie ; dans le premier, parle médecin. Ars imitatio naturœ.

Quand un malade prend du Copahu, dit M. Gubler [Bull, de la soc. de thérap , V^ série, p. xvi), il rend dans ses urines une matière coagulable par l'acide nitrique, que l'on a prise pendant longtemps pour de l'albumine. Yalentin, Reiss et d'autres avaient déjàpensé que ce pouvait être une résine. Mais, en ajoutant de l'alcool, on redissout le précipité et l'on démontre par laque la matière précipitée n'est pas de l'albumine. Cette substance est sans doute une matière résineuse, peut-êtr& l'acide copahivique. Il passe en outre une substance, coagulable aussi, par l'acide nitrique et soluble dans l'éther, c'est sans doute une substance ternaire. Pourtant, en la traitant par l'acide sulfurique et le bichromate de potasse, on devrait obtenir du sesquioxyde de chrome et ce résultat ne s'obtient pas ici. M. Gubler en conclut que la résine s'est oxydée et que c'est une substance plus oxydée qui passe dans l'urine.

On sait en outre que, quand on donne aux malades des balsamiques,, les essences et les résines, c'est-à-dire les substances binaires et ternaires, suivent une migration différente dans l'organisme.

Les essences sont éliminées par certains émonctoires, c'est-à-dire les glandes sudoripares et les voies aériennes. C'est pour cette raison que

COPAHU. 8Sd

l'haleine prend l'odeur du Gopahu et que l'élimination par la peau amène des éruptions qui varient de l'érythème à la vésicule. Les substances résineuses, ternaires et non volatiles, passent par les urines à l'état d'acides ou de sels.

On peut donc éviter aux malades une partie des inconvénients du Copabu, c'est-à-dire l'odeur de l'baleine et les éruptions cutanées, en leur donnant la résine de Copabu seulement, c'est-à-dire du baume de Copabu privé de son essence.

Cette préparation se trouve toute faite dans le commerce, les parfumeurs emploient l'essence de Copabu comme support de toutes les substances odorantes volatiles et font cette séparation. Aussi vendent-ils, au prix de 2 francs le kilogramme, cette résine parfaitement préparée.

M. Gubler emploie cette résine, au lieu du baume de Copabu, depuis plusieurs années et s'en trouve bien.

Les contre-indications du Copabu ne se tirent guère que de l'élat des voies digestives. Il serait à coup sûr peu sage de l'administrer lorsque quelque portion de la surface gastro-intestinale présente des points de pblogose ou d'irritation. Un des inconvénients qui en résulteraient, indépendamment du risque que l'on courrait d'exaspérer la maladie du tube alimentaire, serait l'intolérance du Copabu, et conséquemment la nullité de son action.

L'exanthème milliaire ou érytbémoïde, le gonflement du testicule, phénomènes qui se remarquent quelquefois pendant l'administration du Copabu, ne sont d'aucun poids dans la considération des motifs qui peuvent contre-indiquer ce remède. Delpech dissipait rapidement le premier de ces effets par un purgatif ; mais il cesse ordinairement de luimême au bout de deux ou trois jours, sans qu'il soit besoin de discontinuer le Copabu, et n'est jamais fébrile. Quant à l'orchite artificielle qui s'ensuit beaucoup plus rarement, il ne faut pas non plus s'y arrêter. L'usage poursuivi du Copahu, loin de l'accroître, y met fin trèspromptement.

Catarrhe vésical. Le docteur Souchier, de Romans, a constaté la spécificité du Copahu dans le traitement des catarrhes chroniques vésicaux. - L'injection du Copahu a été pratiquée par lui cinq fois, et de la manière suivante : après avoir injecté (c'est M. Souchier qui parle) un» suffisante quantité d'eau d'orge dans la vessie pour la remplir, je l'en relirai quelques minutes après. Je réitérai cette injection simple afin de nettoyer aussi entièrement que possible le réservoir malade et favoriser d'autant mieux le contact immédiat du remède. Ensuite, j'injectai 60 grammes de baume de Copahu, mêlé à une égale quantité d'eau d'orge, et je la laissai dans la vessie ; voilà pour les deux premiers jours. Au troisième, les urines coulèrent naturellement, toujours par un jet plus volumineux. Je réussis ce jour-là, sans peine pour moi et sans

aucune douleur pour mon malade, à faire mes injections sans le secours delà sonde. Comme j'injectai l'eau d'orge tiède, en l'aiguisant dès le troisième jour avec un douzième de miel rosat, je fus étonné de voir que le malade trouvât brûlante l'impression du baume de Copahu que j'injectai cependant froid. Cette sensation avait lieu dans toute l'étendue du canal, mais principalement dans toute la région sous-pubienne qui, du reste, opposait le plus de résistance au passage de l'injection. Je voulais savoir si cela tenait à une action particulière au baume de Copahu ou à la perversion de la sensibilité causée par l'état pathologique. J'injectai à cet effet, à la même température, un mélange à parties égales d'eau et de vin ; il produisit absolument la même sensation. Cette sensibilité exagérée persistait encore- au moment des dernières injections, malgré les progrès rapides que faisaient les organes vers la consolidation de leur guérison.

Il est juste cependant d'ajouter que l'idée de combattre le catarrhe vésical à l'aide des injections de substances résineuses appartient à Dupuytren. Indépendamment des pilules de térébenthine de Venise, que ce chirurgien administrait intérieurement, il injectaitla vessie catarrheuse avec de l'eau de goudron. Nous conservons dans nos cahiers les détails de plusieurs faits que nous recueillîmes à l'Hôtel-Dieu en 1828 et 1829, concernant ces sortes d'injections.

Voici comment Eupuytren procédait :

Il faisait infuser à froid, pendant une nuit, 500 grammes de goudron dans 5 kilogrammes d'eau de fontaine ; il la faisait fdtrer et chauffer avant de s'en servir. Cette eau était jaunâtre comme de l'orangeade cuite, et exhalîiit fortement l'odeur de la résine. Il introduisait une grosse sonde de gomme élastique dans la vessie et y injectait tous les matins deux grosses seringues. La sonde était immédiatement retirée, et le malade engagé ta ne pas uriner pendant un quart d'heure. Au bout de ce temps, le malade rendait l'eau et une quantité considérable de mucus. Ce mucus diminuait déplus en plus les jours suivants. Nous avons vu des catarrhes vésicaux guérir de la sort" dans l'espace de douze à quinze jours [Gazette médic, 1837).

Nous ajouterons que M. Devergie aîné a publié, sur le traitement du catarrhe chronique de la vessie par les injections de Copahu, des travaux assez concluants. Il suspend la résine dans une émulsion de guimauve ou de graine de lin. La quantité du Copahu est, suivant l'irritabilité de la vessie, de 2 à 4 grammes, pour un litre de décoction de l'une des plantes émollientes et mucilagineuses en question.

Nous avons réussi par ce traitement à guérir complètement un des plus graves catarrhes de la vessie qu'il nous ait jamais été donné d'observer.

En déflnitive, le Copahu est un remède utile dans les cas que nous avons spécifiés. Toutefois, il échoue encore trop souvent dans le traitement des blennorrhagies. Nous avons l'habitude de l'abandonner après

COPAHU. 8o7

peu de temps de son emploi, lorsque porté d'emblée à une dose assez énergique, il n'a pas sensiblement modifié l'écoulement. De jour en jour, cette résine devient plus rare et moins pure, et nous ne sommes pas sans attribuer à cette circonstance les insuccès que depuis quelques années nous subissons dans son application à la cure des blennorrhagies.

Disons aussi que lorsqu'on s'opiniàtre dans son emploi, les malades finissent quelquefois par contracter des dyspepsies et même des ga'^trites d'une curation très-difficile. Il ne s'agit plus d'une simple irritation de cause externe cédant facilement au repos des organes digestifs, mais à une véritable diathèse inflammatoire spéciale, artificiellement créée par cette drogue, et qui infecte et détériore l'économie. Les malades atteints de blennorrhagie, qui prennent pendant longtemps du Copahu, maigrissent, pâlissent, et conservent bien souvent des traces trop durables de cette sorte d'intoxication.

Ainsi donc, n'abusons pas du Copahu ; employons-le sagement, et n'ayons pas la prétention de le mettre au rang d'un spécifique qui doit guérir tôt ou tard. Sachons le repousser et l'invoquer à propos.

Enfin, pour terminer ce qui regarde l'emploi du Copahu dans la blennorrhagie, nous ne saurions trop recommander la graduation des doses en commençant par 2 à -4 grammes au plus, puis s'élevant progessivement jusqu'à la quantité curative qui dépasse rarement 15 grammes en vingt-quatre heures. 11 n'est pas moins important de persister plusieurs jours dans cette dose et de n'abandonner la médication qu'après être graduellement descendu au point d'où on était parti. Les récidives sont presque infaillibles si l'on s'arrête lorsqu'on voit l'écoulement supprimé. Il faut, lorsqu'on est certain d'avoir obtenu un amendement, nous ne nous lasserons pas de le répéter, poursuivre l'administration du remède pendant au moins une huitaine de jours.

Nous ne ferons qu'indiquer les avantages qui ont été reconnus au Copahu dans le traitement d'autres affections catarrhales que celles de l'urètre.

Catarrhe pulmonaire. Le catarrhe pulmonaire chronique est encore dans ce cas. M. Bretonneau a merveilleusement utilisé alors les lavement de Copahu. Il a dû à celte médication la guérison d'un catarrhe pulmonaire chronique qui avait longtemps passé pour une véritable phthisie avec fonte tuberculeuse. Le docteur Laroche a rapporté dans un recueil américain (iVoWA American médical and surgical journal, 1826) sept observations concluantes de catarrhe chronique de la poitrine où le Copahu a produit des guérisons certaines. Ce praticien prescrit 25 gouttes de Copahu dans une boisson aromatique. Halle cite, dans son édition des œuvres de Tissot, un cas de la même maladie ayant succédé à une pleurésie rhumatismale et où le Copahu a parfaitement réussi. Une foule d'auteurs, qu'il est inutile de nommer, ont préconisé ses excellents effets dans la leucorrhée chronique. Nous renvoyons, pour ce qui

est de toutes ces indications, à ce que nous en avons dit à propos des autres baumes et résines (voyez l'article Cubèbe).

Les maladies de cause externe, les lésions produites par des violences extérieures, ont dû, dans les premiers âges du genre humain, précéder les dérangements spontanés de l'organisme, les affections internes, ou, pour ainsi dire développés sous l'influence d'une cause interne constitulionnelle. La chirurgie a précédé la médecine. L'usage extérieur des agents thérapeutiques a précédé leur usage intérieur ; puis l'analogie remarquée entre les caractères, la marche, la terminaison de quelques maladies internes et de plusieurs de celles qui frappaient les yeux et qu'on traitait d'une manière déterminée, a conduit à employer dans les premières les moyens qu'on avait vu réussir dans celles-ci. C'est bien là, en effet, l'histoire médicale des substances résineuses et balsamiques.

De la conservation des chairs mortes dans les embaumements, ces substances ont été transportées, par esprit de rapprochement, à la restauration des chairs vivantes dans le pansement des plaies et des ulcères. Puis comme elles desséchaient les cadavres, les réduisaient à leur trame solide, les momifiaient, elles devaient aussi tarir chez Thomme vivant les sécrétions, les exhalations trop abondantes, dessécher les membranes et les tissus : de là leurs propriétés dessiccatives, détersives, antipurulentes, dans les plaies, ^les ulcères cutanés dont la cicatrisation était retardée ou empêchée par la formation exagérée du pus.

Les baumes et les résines ainsi acquis à la thérapeutique externe, l'analogie n'avait pas une grande distance à franchir pour appliquer ces substances à la curation des ulcérations internes, des sécrétions muqueuses et purulentes qui avaient leur siège sur des surfaces splanchniques. On commença ce progrès par leur emploi tonique sous forme naturelle ou sous forme de fumigations dans celles de ces affections accessibles à de pareils modes d'administration, comme, par exemple, dans la bouche et tous les orifices des cavités intérieures tapissées par des membranes muqueuses. L'œil, les fosses nasales, le conduit auditif, la vulve, le vagin, le rectum, traités ainsi avec succès dans les lésions de leurs membranes muqueuses qui offraient le plus de correspondances avec celles de la peau et avec l'état morbide des surfaces accidentellement divisées dans les plaies, furent donc de cette manière les voies intermédiaires qui firent passer les agents dont nous parlons de la thérapeutique chirurgicale à la thérapeutique médicale; et bientôt, tous les flux muqueux et purulents du tégument interne furent combattus comme d'abord l'avaient été ceux du tégument externe.

L'analogie a, dans ce cas, servi si fidèlement, que les baumes et les résines sont mieux restés en possession du traitement des maladies in ternes oii ils n'ont été employés que par extension, que de celui des maladies externes qui a fondé leur réputation et a été le point de départ d'oii on s'est élevé pour les appliquer à des affections plus cachées.

L'espoir d'atteindre et de modifier les surfaces muqueuses catarrhales el les ulcérations de ces surfaces, en donnant à l'intérieur les substances que nous étudions, cet espoir n'a guère pu découler que de l'idée conçue par les anciens de la possibilité, pour ces substances, d'être absorbées et transportées aux membranes muqueuses par voie de circulation, et ensuite de la pensée où ils étaient qu'ainsi mises en contact avec ces tissus malades, elles agiraient sur eux comme elles le faisaient quand on les appliquait immédiatement sur des points accessibles aux topiques. Or les anciens s'étaient très-bien rendu compte du mode d'action des baumes et résines dans le traitement des ulcérations, des suppurations, des catarrhes externes qu'ils pansaient ou touchaient avec ces topiques.

Il faut donc admettre qu'ils ont été guidés, dans leur extension des remèdes en question, du traitement externe au traitement interne, far l'opinion que nous avons établie sur le mode d'action de ces remèdes pris à l'intérieur, savoir que, mêlés au sang, puis au fluides exhalés par les membranes muqueuses ou déposés sur elles (comme l'urine pour son appareil excréteur), nos agents font éprouver à ces surfaces une modification irritative qui se substitue, pour ainsi dire, à leur irritation morbide, ou bien ramène les catarrhes chroniques à un état aigu artificiel qui suspend la sécrétion pathologique pour bientôt cesser rapidement lui-même.

En effet, cette manière de voir était celle de la plupart des anciens pathologistes, bien qu'aucun ne l'ait exprimée dans les termes dont nous nous sommes servis. Elle s'est successivement empreinte de leurs théories sur l'action intime des médicaments, sur la composition chimique qu'ils leur supposaient, ainsi que sur les intluences et les combinaisons qu'ils croyaient s'opérer entre leurs éléments et ceux des humeurs ou des solides ; mais au fond et en résultat, c'était la même idée.

Maintenant, nous avons à nous demander s'il ne serait pas légitime et raisonnable de retourner l'induction analogique des anciens , et de chercher cà savoir par l'expérience jusqu'à quel point on pourrait changer, par l'usage intérieur des baumes et des résines, l'état des surfaces suppurantes autres que les membranes muqueuses, modérer ou suspendre, en un mot, la sécrétion purulente de tous les tissus, de toutes les surfaces pyogéniques accidentellement développées par le travail inflammatoire et qui exhalent une quantité de pus disproportionnée et interminable. Nous pensons que de pareils essais ne seraient ni téméraires, ni indignes d'attention.

Il est certain, d'une part, que les substances résineuses et balsamique directement appliquées sur des membranes muqueuses, sources d'un flux muqueux exagéré, mucoso-purulent ou purulent, modifient ces membranes de manière à les ramener à leur sécrétion normale. Il n'est pas moins incontestable, d'autre part, que prises h l'intérieur et appliquées indirectement à ces membranes muqueuses dans les mômes conditions morbides, ces médicaments produisent des eff'ets thérapeutiques

identiques, très-probablement suivant le même mode d'action que dans le premier cas.

Mais il est aussi d'observation, que l'application directe de ces moyens exerce une influence antisuppuratoire et cicatrisante sur les surfaces des solutions de continuité des membres et du tronc qui fournissent une suppuration de mauvaise nature ou surabondante et ne tendent pas à une prompte et louable cicatrice, soit que ces solutions de continuité aient été produites par l'art ou par accident, soit que leur formation ait été spontanée comme dans les ulcères proprement dits. Les applications directes ont aussi des avantages analogues, faites par injection ou par introduction de mèches ou de plumasseaux de charpie, etc., qui en sont enduits, dans des trajets fistuleux, des clapiers, des abcès vides de leurs collections, dont les parois, comme organisées à la manière des membranes muqueuses, reproduisent incessamment du pus, ou bien sont douées de trop peu de validité, en un mot, sont privées des conditions nécessaires pour une bonne inflammation adhésive et la cicatrisation qui doit s'ensuivre.

Pourquoi donc dans ces dernières circonstances les résines et les baumes pris à l'intérieur, et appliqués indirectement à toutes ces parties malades, ne les modifieraient-ils pas, comme lorsqu'on les y applique topiquement, quand nous venons de voir que cette analogie d'action existe si bien pour les affections catarrhales des membranes muqueuses?

Il est vrai que nous avons reconnu que les substances en question exercent sur ces membranes une influence physiologique et thérapeutique spéciale qui se fait, de plus, particulièrement sentir sur colle des voies urinaires, et nous avons essayé de rechercher pourquoi. Mais cette influence, pour être incontestablement plus marquée sur ces tissus, ne porte plus exclusivement sur eux. Les éruptions cutanées, les douleurs céphaliques et celles qui se répandent avec un sentiment de chaleur dans

les membres et tout le long des troncs nerveux, etc , témoignent

assez d'une action générale, quoique plus concentrée sur les muqueuses, ensuite sur la surface cutanée.

En rappelant cette propriété des résines prises à l'intérieur, de produire sur la peau certaines formes d'éruptions, nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que cette circonstance est un argument à ajouter aux autres en faveur de notre opinion sur le mode d'action thérapeutique de ces substances. En effet, ces éruptions cutanées artiQ- «ielles ressemblent beaucoup et sont très-souvent identiques cà celles que détermine sur la peau l'application directe des résines et des emplâtres agglutinatifs qui en contiennent.

Les agents thérapeutiques que nous examinons mériteraient peut-être aussi d'être utilisés dans certains cas d'infection purulente générale et de disposition à des suppurations nombreuses, disséminées et indéfinies. Il est, comme on sait, des individus qui suppurent pour rien, qu'on appelle vulgairement venimeux, et qui, sous l'influence de la moindre

cause, de la plus légère blessure, etc.„., éprouvent des séries de petits phlegmons qui passent presque d'emblée à la suppuration, ce que nous avons surtout remarqué aux doigts. Une fois un premier point de suppuration établi, il y a chez ces sujets une désespérante tendance à la reproduction interminable, à la dilTusion générale de ces points suppurants, et si au milieu de cette disposition, ils viennent à être frappés de quelque phlegmasie parenchymateuse ou des membranes séreuses, ces affections sont exposéesà se terminer rapidement par la suppuration. Les exutoires, toutes les suppurations artificiellement produites dans un but dérivatif, etc., peuvent être la source de cette diathèse pyogénique.

D'autres individus voient, au printemps surtout, une succession de furoncles et d'anthrax bénins pulluler spontanément et sans fin sur les joues, à la nuque, dans la région dorsale et fessière, aux membres, et chacun sait couibien ces éruptions sont pénibles et douloureuses, combien la cause qui y préside est difficile à atteindre et à détruire, d'autant plus que l'efïet devient lui-même cause à son tour.

Nous le répétons, l'emploi des résines nous paraît susceptible d'être mis à profit dans ces circonstances ainsi que dans ce qu'on nomme aujourd'hui les résorptions purulentes, qui, prenant leur source dans un vaste foyer de suppuration, vont remplir de pus toute l'économie et semer les parenchymes, les poumons, le foie, la rate, le cerveau en particulier, d'innombrables abcès, d'infiltrations de pus, accidents presque toujours mortels. Nous en dirons autant des phlébites accidentelles ou spontanées qui, suivant des théories un peu iatro-mécaniques, il est vrai, s'accompagnent des mêmes résultats. On a tenté dans ces graves altérations une foule de moyens assurément moins légitimés par l'analogie que ceux sur l'expérimentation desquels nous appelons l'attention des médecins. Ce ne sont là, il est vrai, que des conjectures; mais elles n'ont rien de trop hasardé, et comme on peut sans danger juger de leur valeur par l'expérience, nous n'avons pas cru déplacé de les proposer.

Nous nous sommes déjà prononcés sur la réserve qu'il fallait apporter dans l'application des baumes et résines à la phthisie tuberculeuse des poumons. Ici, les abcès, les vastes suppurations ne sont pas toute la maladie, Il y a derrière eux un principe qui se renouvelle incessamment; et si les résines et les baumes sont capables d'atténuer ces suppurations, de favoriser la cicatrisation des cavernes, de modérer cette expectoration purulente et catarrhale qui jette les malades dans une si rapide colliquation, il est à craindre que par le stimulus qu'elles portent au poumon, elles n'activent et ne favorisent la sécrétion tuberculeuse qui est la cause de toutes ces altérations consécutives.

Nous pensons en effet, avec l'illustre auteur de V Examen des doctrines, que l'irritation est un appel puissant fait dans les tissus à la disposition de la matière tuberculeuse chez les personnes qui sont disposées à ce vice de nutrition. Il ne faut donc se servir de ces moyens que dans les circonstances que nous avons spécifiées dans nos chapitres particuliers.

Nous devons ajouter toutefois que les substances balsamiques et l'eau de goudron sont susceptibles d'être employées avec avantage dans un très-grand nombre de pbthisies tuberculeuses, et que ce qui précède concerne surtout les substances résineuses.

Il est bien singulier que la plupart des auteurs de la Matière médicale, tout en attribuant aux résines l'effet de supprimer les flux muqueux et purulents du tégument interne, aient pourtant professé que dans le catarrbe pulmonaire, par exemple, l'action des substances balsamiques n'était pas la même; qu'au lieu de tarir la sécrétion bronchique, elle la favorisait au contraire, et était alors utile à la manière des expectorants. Nous pensons que cette distinction ne doit pas être faite, et qu'en iléfinitive les baumes, pour avoir une action moins active, moins irritante que les résines, n'en sont pas moins susceptibles de leur être assimilés sous le rapport de leur mode d'influence. Ces auteurs ont été du reste en contradiction avec eux-mêmes, en n'établissant pas cette distinction dans la manière d'agir des résines et des baumes, lorsqu'ils ont conseillé ceux-ci au môme titre et comme succédanés et analogues .de celles-là dans la leucorrhée, la gonorrhée, les flux mucoso-purulents des oreilles, et le pansement des plaies.

Les baumes sont des médicaments tout à la fois résineux et aromatiques. Par la première de ces propriétés ils se rapprochent des résines, et quelques-uns de leurs effets thérapeutiques se confondent avec ceux de ces premières substances. On connaît ces efl'ets. Par la seconde de leurs propriétés, ils ont de l'analogie avec les labiées, etc., dont ils reproduisent plusieurs des vertus médicinales, la sudorifique, l'expectorante, par exemple. Cette distinction met, comme on le voit, d'accord les deux opinions, en apparence contradictoires, qui régnent sur le compte des agents thérapeutiques.

Ces considérations générales, cette manière d'envisager les substances que nous venons d'étudier, dans leurs rapports possibles et probables avec des affections qui jusqu'ici ne les ont pas comptées dans la liste de leurs modificateurs thérapeutiques, tout cela nous a paru utile pour compléter cet important sujet.

BUCHU (DÎOSMA CRENATA).

Les feuilles de Bucliu sont extrême- Elixir de Buchu. ment employéis au cap de Bonne-Espérance contre .es maladies de la vessie et pj. . peuilles de Buchu. . . 100 grara. des voiei urinaires. Eau de-vie à CO degrés

^ ,. ,-iij j D I, centigrades 300 —

Eau disliUée de Buchu. °

, ... , T^ , „„„ Faites macérer huit jours, passez et

Pr. : feuilles de Buchu. . 500 gram. aionlez -i froir) •

Eau C,000 —

ajoutez à froid :

Sucre blanc 100 gram.

Laissez macérer douze heures et dis-

lilk'z pour obtenir un kilogramme d'eau Faites fondre et filtrez, à prendre un

flistillée très-odoranle. On doit séparer petit verre à bordeaux tous les matins

l'i'ssence, qui est très-énergique. contre la prostatiteet les urétrites.

Infusion de Buchu.

Pr. : Feuilles de Bachu. . . 30 gi-am. Eau bouillante 500 —

Faites digérer deux heures en vase clos et passez. 30 à 60 grammes par jour.

Le Soufre est un corps simple, métalloïde, qui se trouve abondamment dans la nature, soit à l'état natif, soit à l'état de combinaison. Il est très-répandu, surtout à l'état de sulfure et de sulfate. Uni à l'hydrogène et au sodium, il fait la base des eaux minérales sulfureuses. Il entre aussi comme élément dans plusieurs végétaux (crucifères , dans quelques matières animales, etc.

Ce corps est solide, de couleur citrine, insipide, inodore, mais acquérant un peu d'odeur par le frottement; il entre en fusion à 108 degrés environ. Il est insoluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool, soluble dans l'essence de térébenthine ; si on l'enflamme, il passe à l'état d'acide sulfureux.

Le Soufre est fourni par le commerce sous deux états : 1" en bâtons cylindriques, cassants, friables: c'est le Soufre en canons ; 2" sous la forme de poussière cristalline, jaune : c'est le Soufre sublimé ou Ik'urs de Soufre. Dans ce dernier état, le Soufre contient toujours de l'acide sulfnrique ou sulfureux; pour l'usage médical, on le prive de ces acides par le lavage; il forme alors les fleurs de Soufre lavées; 3° enfin, en pharmacie on emploie sous le nom de magistère de Soufre un précipité blanc jaunâtre qu'on obtient en traitant le persulfure de potassium par l'acide chlorhydi'ique ; ce produit, autrefois employé eh médecine, est aujourd'hui à peu près abandonné ; quelques chimistes l'ont considéré comme un soussulfure d'hydrogène SH^.

Nous renvoyons aux traités de chimie pour l'extraction de ce corps.

Le Soufre fait la base d'un très-grand nombre de préparalious. A l'intérieur, on Tadministre en substance sous forme de tablettes, de pastilles, de pilules, etc. A l'extérieur, on le prescrit uni aux graisses, avec lesquelles il forme des pommades, des cérats ou onguents.

Voici quelques formules :

Tablettes de Soufre {Tabellœ cum sulfure).

Soufre sublimé et lavé. . 100 gr.

Sucre blanc 900

Gomme adragante 10

Eau de fleurs d'oranger. . 90

Faites des tablettes du poids de

1 gramme dont chacune contient 10 centigrammes de Soufre.

Pour l'usage externe, au contraire, on préfère employer les fleurs de Soufre non lavées qui agissent mieux contre les affections cutanées en raison des acides qu'elles contiennent.

Pommade soufrée.

Pr. : Fleurs de Soufre. . 1 part.

Axonge 3 —

Mêlez.

Le Soufre fait la base d'un grand nombre de pommades antipsoriques ; il fait partie principale de la pommade d'Alibert, de celle d'Helmerich, de la pommade sulfo-savonneuse, etc.

Pommade antipsorique d' ticlirierich.

Suif 0- alcaline.

Pr. : Fleurs de Soufre. . 2 part.

Carbonate de potasse sec 1 —

Axonge 8 —

Mêlez.

Pommade hydro-sulfurée de Jadelot.

Uniment savonneux hydro-sulfurd

de Jadelot.

Pr. : Huile blanche. . . 2,000 part.

Savon blanc. . . . 1,000 — Sulfure dépotasse. 18 —

Essence de thym. 8 —

Mê ez.

Pommade sulfo-savonneuse.

Pr. : Savon blanc 1 part.

Eau 3 —

Faites dissoudre et ajoutez:

Fleurs de Soufre. . . 1 — Mêlez.

Toutes ces pommades sont plus spécialement employées contre la gale.

Le docteur J. Hannon a tout récemment préconisé le Soufre dans l'état moléculaire spécial qu'il appelle à l'état brun et visqueux.

Le Soufre à l'état sous lequel nous l'indiquons ici peut être obtenu de diverses manières.

Si l'on fait un mélange tle deux parties de nitrate de potasse et de deux parties de chlorure de sodium, et que l'on y ajoute une partie de sulfure de cuivre, obtenu directement ou par précipitation, il se formera du Soufre visqueux en ajoutant au mélange de l'acide sulfurique jusqu'à ce qu'il ne se produise plus d'eiîervescence.

Le Soufre visqueux vient surnager à la surface du liquide, sous forme de globules plus ou moins gros.

De l'eau régale se forme pendant cette réaction, celle-ci réagit sur le sulfure de cuivre, le transforme en chlorure et met le Soufre en liberté. Si l'on ajoute un excès d'acide sulfurique, il se forme de l'acide chlorhydrique et du sulfate de cuivre. Cela ne nuit point à l'opération; du reste, on obtient dans tous les cas la même quantité de Soufre visqueux.

En traitant directement le sulfure de cuivre par l'eau régale, on obtient également du Soufre visqueux. Il convient d'ajouter de l'eau régale jusqu'à ce que tout le cuivre soit dissous et transformé en chlorure.

Ce Soufre visqueux, lavé et recueilli sur un filtre, est plus actif que le Soufre obtenu par le procédé suivant :

Le Soufre entre en fusion h ■+■ 108 degrés, il est alors d'un jaune clair et transparent, il est jaune jusqu'à -4- 140 degrés; s'il se refroidit alors, il redevient ce qu'il était avant d'avoir été fondu; mais si le Soufre fondu est chauffé davantage, + 160 degrés, il devient brun et visqueux; à -1-250 degrés, il est noir et perd sa fluidité; dans cet état, si on le place sous l'eau, il reste pendant longtemps à l'état pâteux, et conserve sa couleur foncée, surtout lorsqu'il est resté exposé pendant une demi-iieure à la même température.

Le Soufre jaune et solide et le Soufre brun et visqueux sont deux états allotropiques d'un même corps, ils ont sous ces deux états, tout en ayant la même composition chimique, des propriétés physiques, chimiques et thérapeutiques différentes.

Le Soufre brun et visqueux prend toutes les formes, il ressemble à de la gutia-percha ramollie par l'eau bouillante. Rien de plus facile par conséquent que de le façomier comme on le veut et d'en faire des pilules.

Le Soulre brun s'administre à l'intérieur à des doses variées suivant l'effet que l'on veut en obtenir. A l'extérieur, il peut, comme le Soufre jaune, être employé sous forme de pommades, d'onguents, etc., dans le traitement de la gale et des dartres.

Comme purgatif, il ne doit jamais être employé; le Soufre jaune est infiniment préféra,ble sous ce rapport, parce que ce dernier est moins attaquable dans le tube digestif et moins excitant.

La véritable indication de l'emploi du Soufre brun est de l'administrer comme stimulant.

Il convient alors de le precrire en pilules de 10 centigrammes. Trois ou quatre de ces pilules produisent un effet égal à 1 gramme de Soufre jaune.

Le Soufre mou, précipité en faisant réagir l'eau régale sur le sulfure de cuivre est plus actif encore. Deux pilules de 10 centigrammes suffisent.

Une condition essentielle pour que l'action du Soufre brun soit efficace est que sa préparation soit récente. En effet, au bout d'un certain temps, le Soufre brun redevient dur, cassant, jaune, et sa densité s'élève à 2,03; sous cette forme, le médicament agit comme le Soufre ordinaire.

Il en est de même lorsqu'on veut l'administrer à l'extérieur.

1° A l'inlérieur. — On peut à l'intérieur administrer soit le Soufre brun précijjité, soit le Soufre brun obtenu par fusion.

Il convient, dans le premier cas, de mêler le Soufre brun au baume de Tolu, lequel jouit de la propriété de conserver pendant assez longtemps le Soufre à l'état particulier sous lequel nous le recommandons.

Dans le second cas, il suffît tout simplement de faire les pilules d'après le procédé ordinaire employé par les pharmaciens pour diviser les masses pilulaires. Comme diaphorétique, le Soufre brun précipité se prescrit à la dose de 23 centigrammes à 1 gramme; le Soufre brun obtenu par fusion à la dose de 1 gramme à 2 grammes et demi.

Pilules par le Souffe brun précipité.

Pr. : Soufre brun précipité.. . 8 gram.

Baume de Tolu q. s.

Pour faire des pilules de 20 cent.

Chaque pilule contient 17 centigrammes et demi de Soufre. La dose en est de deux à quatre par jour dans l'eczéma chronique, les affections sqiiammeuses, les affections psoriques et dans les bronchites chroniques.

Pilules de Soufre brun obtenu par fusion.

Pr. : Soufre brun obtenu par

fusion. 8 gram.

Div. s. a. en pilules de 20 cent.

La dose en est de cinq par jour dans les cas précités.

Ces deux préparations peuvent remplacer tous les autres modes d'administration du Soufre à l'intérieur.

20 A l'extérieur, — Le Soufre brun précipité doit être préféré au Soufre brun en fusion lorsqu'il s'agit de l'administrer en onguent ou en pommade.

11 a une action très-vive sur la peau, beaucoup plus vive que celle du Soufre jaune.

Cérat au Soufre hrun précipité.

Pr. : Soufre brun précipité. . 2 gr.

Cérat simple 8

Baume de Tolu 1,50

Mêlez.

Pour frictions contre les dartres.

Pommade au Soufre brun précipité.

Pr. : Soufre brun précipité. . 8 gram.

Baume de Tolu 2 —

Axonge 30 —

Mêlez.

Onguent au Soufre brun précipité.

Pr. : Soufre brun précipité. . 4s''

Baume de Tolu -1 ,50

Axonge 15

Mêlez.

Ces pommades agissent plus promptement et plus sûrement que toutes les autres pommades soufrées indiquées jusqu'à ce jour, comme il est facile de s'en convaincre par des expériences comparées.

Quant à la raison pour laquelle le Soufre brun et visqueux exerce une action plus grande sur l'organisme que le Soufre ordinaire, il est facile de l'expliquer : de deux corps, le plus actif est celui qui présente le moins de cohésion ; or, le Soufre brun présentant moins de cohésion que le Soufre jaune, le premier est nécessairement plus actif que le second.

Acide sulfureux.

L'Acide sulfureux est gazeux, incolore, d'une odeur vive et piquante ; soluble dans l'eau, qui en dissout trente-sept fois son poids; sa densité est de 1,033.

Cet acide n'est employé en médecine qu'à l'état de gaz; à cet effet, on l'obtient par la combustion du Soufre au contact de l'air, et l'on expose le malade à l'action du gaz qui se forme, au moyen d'appareils disposés de manière qu'il puisse en respirer.

Ces fumigations ont, dans certains cas, une assez grande valeur thérapeutique.

L'Acide sulfureux liquide étant inusité, nous n'en décrirons pas le mode de préparation.

Acide sulfurique.

(Voira l'article des irritants la description de cet acide).

Acide hydrosulfurique (Acide sulfhydrique, hydrogène sulfuré).

L'hydrogène sulfuré est gazeux, incolore, d'une odeur fétide, analogue à celle des œufs pourris. Il est soluble dans feau, il noircit la plupart des métaux, et précipite un grand nombre de dissolutions salines en formant des sulfures métalliques. Sa densité est de 1,19.

On ne l'emploie en médecine que sous forme de dissolution aqueuse. Il entre dans la composition de plusieurs eaux minérales; c'est le principe le plus actif des eaux sulfureuses. On le prépare en faisant réagir 4 parties d'acide chlorhy-

drique sur 1 partie de sulfure d'antimoine en poudre.

On prépare avec cet acide l'eau liydrosulfurée qui coutient deux fois sou volume de gaz, et qui sert à préparer quelques eaux minérales. On l'emploie aussi comme réactif.

Sulfures alcalins.

Le Soufre, qui se combine à la plupart des métaux et surtout avec ceux de la première section, forme avec ceux-ci des sulfures très-solubles remarquables par leur action médicale énergique; ce sont: les sulfures de potassium, de sodium, do calcium. On les rencontre souvent sous cet état, dans les eaux minérales.

Ces différents sulfures peuvent se combiner avec de nouvelles quantités de Soufre et forment des polysulfurcs, les seuls qui soient usités en médecine.

Ceux-ci sont solides ou liquides, d'une couleur brune, mêlée de rouge et jaune, d'où le nom de foi<^ de Soufre ; ils dégagent de l'hydrogène sulfuré par les acides et donnent un dépôt de Soufre hydraté.

Sulfure de potassium (K. S.).

(Trisulfure de potassium impur, sulfui'O de potasse, foie de soufre, Trisulfurelum potasxicum).

Carbonate de potasse. . 2,000 Fleur de Soufre J,000

Mêlez très-exactement dans un mortier, faites fondre le mélange dans im vase de terre cuite muni de sou couvercle.

Maintenez la même température tant qu'il y aura tuméfaction; lorque la matière commencera à s'affaisser, augmentez un peu le feu pour la liquéfier complètement. Retirez ensuite le vase du feu et brisez-le lorsqu il sera refroidi ; divisez le produit en fragments, et conservez-le dans des pots de grès bien bouchés.

Les sulfures de potasse liquides (foies de Soufre liquides, polysulfure et persulfure de potassium liquides du Codex; s'obtiennent soit par la dissolution du sulfure de potasse sec dans l'eau, soit par l'ébullilioii du Soufre avec une dissolution de potasse caustique à 35 degrés.

Nous devons ajouter que les sulfures de potasse du co nmerce sont extrêmement impurs, il est donc indispensable que les pharmaciens les préparent eux-mêmes.

Indiquons les préparations pharmaceutiques dans lesquelles le sulfure de potassium entre comme élément principal.

Sirop de sulfure de potasse.

(Sirop de foie de Soufre).

Pr. : Sulfure de potasse. . 0sr,43

Eau distillée 0 ,90

Sirop simple 32

Faites dissoudre le sulfure dans l'eau et mêlez la dissolu ion au sirop.

On prét)are les bains sulfureux, eu f::i-

sant dissoudre dans l'eau du sulfure de j)olas3e sec ou liquide ; la dose doit varier avec la quantité d'eau que l'on emploie et la force que l'on veut donner au bain.

La dose ordinaire est de 15 à 30 grammes de sulfure sec.

9 Bain gélatino- sulfureux.

Pr. : Colle de Flandre. . 1,000 gram. Sulfure de potasse

liquide 30àti0 —

Eau q. s.

Faites d.ssoudre la colle de F'iandre à chaud dans une suffisante quantité d'eau, et mélangez, en même temps que le suliure de potasse, avec l'eau destinée au bain (hôpit. de Paris).

Uniment hydrosulfuré de Jadelot.

(Pommade do Jadelot.)

Pr, : Huile d'œillette. . . . 1,000 gram.

Savon blanc oOO —

Sulfni'e de potasse en poudre 100 —

On ramollit le savon aubain-marie avec un peu d'eau, on ajoute l'huile par parties, et ensuite le sulfure.

Sulfure de sodium.

Le sodium a, comme le potassium., plusieurs degrés de sulfuration.

Le protosulfure de sodium (hydrosnlfate de soude) est incolore à l'état pur ; il est déliquescent, très-soluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool, se change à l'air en hyposulfite.

Ce sel est fort ])eu usité en médecine, il n'est employé (ju'à la préparation des eaux minérales sulfureuses et des bains sulfureux.

Pendant longtemps les bains sulfurés artificiels ont été préparés avec du sulfure de potassium désigné vulgairement sous le nom de svlfure de potasse qui est un mélange de jientasulfure de potassium, d'hyposulfite et de sulfate de potasse; souvent aussi, on y trouve de la chaux en assez grande quantité ; d'un autre côté il n'existe pas dans la nature d'eaux sulfureuse;; renfermant du sulfure de potassium : pour toutes ces causes, on a en raison de remplacer dans les eaux sulfurées artificielles le sulfure de potassium par le sulfure de sodium.

Le quintisulfure de sodium se prépare d'après M. Boudet de la manière suivante :

Protosulfure de sodium

cristallisé 125 gram.

Fleurs de Soufre (50 —

Eau distillée 100 —

Le Sulfure de sodium et l'eau distillée sont placés dans un matras ; lorsque la dissolution du sel est achevée on y ajoute

le soufre et on chauffe à une douce chaleur au bain de sable, on jette la solution sur un filtre et, on la reçoit dans des vases de 300 à 400 grammes.

Cette dose est mise dans l'eau d'un bain ordinaire.

Le protosulfure de sodium cristallisé, celui que l'on trouve dans les eaux sulfurées des Pyrénées, renferme neuf équivalents d'eau de cristallisation Na S, 9 HO. C'est lui qui sert à préparer les eaux sulfurées artificielles.

Certaines eaux sulfurées deviennent lactescentes au contact de l'air : telle est la Reine, de Ludion; on imite ce phénomène en préparant un bain de la manière suivante :

Solution n<> 1.

Quintisulfure de sodium liquide 100 gram.

Eau 300 —

Solution n° 2.

.\cide chlorhydrique concentré 18 granu

Eau 100 —

On mêle ces deux solutions dans un grand bain, et on obtient ainsi à peu de chose près le balneum hepaticum de Plenck.

Enfin sous le nom de bain sulfuré blanc ou incolore, on emploie le mélange suivant :

Pr. : Protosulfure de sodium cristallisé. .

Eau distillée

40 à 50 gram.

Pour un grand bain que l'on désignera sous le nom de bain de Sulfure de sodium. ou de sulfhydrate de soude.

Sulfure de calcium.

Il existe trois combinaisons de calcium avec le Soufre. Deux de ces sulfures sont employés en médecine, l'un est solide à l'état sec, l'autre est liquide.

Le sulfure de chaux sec (foie de Soufre calcaire) est en masses jaune rougeàtre, poreuses et friables, se dissolvant en partie dans l'eau qui le transforme en hydrosulfate non sulfuré.

Ce sulfure sert à composer des pommades antipsoriques et antidartreuses. Il est employé contre la gale sous le nom de poudre de Pihorel, à la dose de 2 grammes délayés dans un peu d'huile ; on en frictionne le creux des mains malin et soir. On l'emploie aussi en bains, associé à un peu de colle de Flandre.

Le sulfuie de chaux liquide est jaune orangé, d'une odeur d'œufs gâtés; il est employé, comme les autres alcalins, pour la préparation des bains sulfureux.

8fi7

aj

rz

CD

Cb

ro

Sï n

> rs

Ûi

Cfl

et

0 oj -

rj.

MJ

Ji

rt

^ <2 vj;

te

re-

sa

rô'

re

on

re-

ce

ir.

CA

fcl

OO

Tî

OT

lO

C 2 Cl

Si-

rë"

CT

oo

re

en.

to

co

ïo

re-

PI

ca

1 rr

Z 'Z to .B 'C ■■" •■" ■-

— cr cr ï

-o -^ -rs -3 — j

rs "a iz:

tn «S" •* 3-1 G-l <N ■*

<N U, 00 Cl fe lô — . Ô !i<

• -OJ

Page 1