EXCITANTS BALSAMIQUES
MATIEKE MEDICALE.
On donne le nom de Térébenthine, Terehenthina, à un suc propre, résineux, volatile, qui découle spontanément ou à l'aide d'incisions, de plusieurs arbres de la famille des Térébinthacées, et surtout de celle des Conifères.
Les caractères principaux des Térébenihines, quelle que soit leur origine, sont d'être semi-liquides, visqueuses, transparentes, de couleur jaune verdâtre ou rougeàtre; d'une saveur amère, acre; d'une odeur forte et pénétrante (communiquant aux urines l'odeur de violelte) ; insolubles dans l'eau, solubles dans l'alcool, l'éther, les huiles fixes et volatiles.
On distingue dans le commerce plusieurs espèces de Térébenthine, qui différent entre elles suivant les arbres qui les produisent et les pays d'où on les tire :
1" La Térébenthine de la Mecque, baume de la Mecque, de Judée ou de Gilead, qui découle du balsamodendron opobalsamum ;
2'» La Térébenthine de Venise, de Briançon, ou du mélèze, fournie par le mélèze (l'iniis Lurix, Linné ; Ahies Larix, Lam. ; Larix Europœa, de Gand.), arbre qui croît sur les montagnes du midi de la France, de la Suisse et de l'Italie. Oette Térébenthine est la plus estimée,
mais elle est fort rare dans le commerce ;i l'état de pureté. Nous dirons aussi que, d'après les auteurs, ses caractères physiques ne sont pas bien distinctifs.
Pour l'obtenir, on perc • le tronc de l'arbre avec une tarière et on y adapte une écorce qui' conduit le suc dans des vases, d'oîi il est retiré pour être passé au tamis. Lorsque le trou ne laisse plus couler de résine, on le bouche et on le rouvre quinze jours après: il en donne alors de nouveau et en plus grande quantité. Chaque mélèze peut fournir 7 à 8 livres de Térébenthine par an;
30 La Térébenthine de Strasîjourg, des Vosges, ou du sapin, Terebenlhina abietina, produite par l'Abies taxifolia ou peclinata [Pinus picea, Linné), arbre trèsabondant en France et en Allemagne. On récolte beaucoup de cette Térébenthine dans les Vosges ; elle est transparente, très-fluide, peu colorée, et répand une odeur assez agréable que l'on a comparée au citron, ce qui lui a fait donner le nom de Térébenthine au citron. On l'extrait également en faisant de larges incisions au tronc de l'arbre;
40 La Térébenthine du pin Tœda, Térébenthine blanche de l'Amérique, de Boston ou de la Caroline;
SIÉDICAMENTS EXCITANTS.
5" La Térébenthine do ISordcaiix, ou iia pin, Tercbentltina pinea, qm découle du l'iniis maritima, espèce \oisine du Pinus siilvcstris. Elle est trè.s-colorée, épaisse, (l'une odeur désagréable, d'une saveur àci'e et nauséeuse. Ces caraclères physiques, parfaitement lraiiclu''s, distini(uent, comme on le voit, cette Térébentiiiiie des deux autres.
Elle a en outre luie propriété particulière qui ne permet pas de la confondri', c'est qu'elle se solidilie par la magnésie, et (•ue, ajoutée à du copahu, elle donne à celui-ci de la consistance. On n'obtient pas le même efîet avec la Térébenthine de Strasbourg.
Deux espèces commerciales sont aussi quelquefois employées en médecine, ce sont : l" la Térébenthine de Cliio (retirée du Pistachia Tcrebinthiis) ; 2» la Térébenthine du Canada, ou faux baume do Gilead (produit par VAbies balsamea), et que les Anglais font passer souvent pour le baume de la Mecque.
Les différentes Térébenthines ont été analysées avec soin par M. Caillot. La Téreboiilhine de Venise contient, d'après lui, 18 à 2i pour 100 d'huile essentielle; ce, le de Strasbourg, 23, celle de Bor- <leaux, 12. Il a trouvé en outre une résine insoluble, des résines acides solubles 'acides pinique et sylvique), une résine crist.allisée qu'il nomma abiéline, substance particulière aux Térébenthines fournies par les genres Abies, etc. M. Lecanu, de son côté, paraît y avoir démontré l'existence de l'acide succinique.
On peut dire que les acides pinique et sylvique sont le résultat de l'oxydation de riiuile essentielle. M. Laurent a trouvé dans la Térébenthine de Bordeaux un acide isomère avec l'acide sylvique, et qu'il nomme Phnarique.
Lorsque l'on soumet la Téiébenthine à la distillation, elle fournit environ un huitième de son huile essentielle, et le résidu est une matière solide, sèche, résineuse connue sous le nom de coiuphane, arcatison ou braisée
Disons aussi que le galipot, la résine ordinaire, la poix noire, jaune, blanche ou de Bourgogne, etc., sont ainsi que le goudron, le brai gras et le noir de fumée, des substances que l'on obtient en mélangeant ou faisant subir diverses jn-éparations aux produits do la Térébcn- Ihine.
La poix de Bourgogne est recueillie sur une espèce de sapin nommé vulgairement 'pesse ou epicia {Abies excelsa).
Voyons maintenant quels sont les prinpaux médicaments dans lesquels entre la Térébenthine. Elle fait partie d'une foule de préparations otTicinales, telles que le baume de Fioraventi (qui n'est qu'un alcoolat de Térébenthine composé), celui d'Arcaeus, de Leucatel, etc. Elle entre aussi dans les emplâtres adhésifs, le diabotanum, le diachylon, etc.
Sirop de Tdrdbenlhine.
Nous avons fait préparer deux sirops de Térébenthine.
i° Sirop de Térébenthine par digestion,
Pr. : Térébenthine au
citron 100 gram.
Eau .375 —
Faites digérer penc! ■• "eux jours, en ayant soin d'ajouter ;;i'.]ucmment, puis ajoutez :
Sucre blanc 730 gram.
Ce sirop no renferme guère qu'un soixantième ou même un centième do son poids d'essence, mais il possède une odeur aromatique très-suave, et une saveur très-agréable, qu'il doit à la présence d'une matière résineuse aromatique, do l'acide succinique ou benzo'i'que, etc.
2» Sirop d'essence de Térébenthine.
Pr. : Essence de Térébenthine au citron. . . 20 gram.
Sirop simple 230 —
Agitez souvent pendant huit jours; lo sirop se sera alors chargé de 5 grammes d'essence ; il ne s'agit plus que d'enlever l'excédant de celle-ci.
Ce sirop renferme un cinquantième de son poids d'essence de Térébenthine, mais il est beaucoup moins agréable que le précédent.
Il est bon de noter que la Térébenthine au citron des pharmacies contient environ 20 pour 100, en poids, d'huile essentielle.
Pilules de Térébenthine of/îcinalcs.
Pr. : Térébenthine de Bordeaux 28 part.
Magnésie calcinée. . 1 —
On fait le mélange, et au bout de douze heures la masse a acquis une consistance pilulaire; on divise en pilules pendant que la masse a encore assez de mollesse et on les conserve dans du lycopode. Si l'on tarde à diviser en pilules, il faut ramollir la masse avec de l'eau chaude pour la diviser; alors les pilules ont moins de transparence. (Fauré.)
Ces pilules ne réussissent bien qu'en employant la Térébenthine de Bordeaux, et non les autres, qui s'opposent à la solidification, parce qu'elles contiennent trop d'huile essentielle.
On trouve dans les pharmacies des pilules de Térébenthine cuite, c'est-à-dire privée par l'ébullition d'une partie de son huile; la résine seule est conservée. Ces pilules sont quelquefois administrées avec succès.
Pilules de Térébenthine magistrale. Pilules balsamiques de Gaubius.
Pr. : Térébenthine de Venise. . 1 part. p,.. ; Térébenthine 32 gram.
Magnésie blanche 1 — Poudre de rhubarbe. . K; —
F. s. a. Poudre de réglisse. . . q. s.
M. Mouchon Ris a reconnu que la Ma- ^- ^- ^- '^^^ l'i'ul'-'s de 20 centigrammes,
arnésie blanche donnait instantanément r „„ „-. i ,• .,■ , t-> tt
îlus de solidité à la Térébenthine que la .ont J s iuss 'aîec ^"''
magnésie calcinée. Si l'on emploie la Té- ^^""^ ''^""^^ ^"^^^ ^^^^ •
rébenthine de Bordeaux, il faut moins de Térébenthine 32 grammes.
magnésie pour donner la consistance. Poudre de réglisse. . . q. s.
On prépare aussi avec la Térébenthine gnes sont de 20 centigrammes. <les onguents digestils dont la chirurgie
fait un heureux usage. ^o^^^/t Térébenthine (Récamier).
Onguent digestif simple. Pr. : Essence de Térében-
Pr. : Térébenthine 2 part. . ^'""'^•,,- * ' ' ' ^'^ t;'''^'"-
Jaune d'oeuf \ - Jaune d œuf n» 2.
Huile d'hypericum. . q. s. birop de menthe. . . o'* gram.
■"^ ' — de ticurs d oran-
On mêle la Térébenthine et le jaune j'^*)' ^^ —
d'œuf par trituration, et l'on ajoute l'huile "" d ether 32 —
d'hypericum pour faire un onguent à Teinture de cannelle. . 2 —
moitié liquide. C^^g potio,^ est recommandée contre
Digestif animé. les névralgies, à la dose de trois cuillerées
Pr. : Digestif simple. . . 1 part. par jour. , ^, „ ^, . ^ .^ . ,
Styrax liquide . 1 L essence de Térébenthine fait egale-
>Ièlez • • • • ment partie de la mixture de Witt, du
* "" ' Diaestifomacé remède de Durande (élher térébenthine),
uigesui optace. j^, y^^^^ spiritueuse d'Anhalt, etc.
Pr.: Digestif simple. ... 8 part. J:^^ ^''^^'^"f tri-s-désagréable des prépa-
Laudanum liquide. . 1 - '''l'i""-^ ^.^ la Térébenthine a engage le
pliarmaciens a chercher un moyen daJ-
Melez. ministration qui ne répugnât pas au ma-
Essence de Térébenthine. ladc On l'a trouvé dans la forme de
perles, capsules ou petites ampoules de
L'essence de Térébenthine, huile essen- grosseur variable faites avec une matière
tielie de Térébenthine, est le produit de soluble (gélatine ou gomme et sucre) et
la distillation de la Térébenthine. Elle qu'eu emplit à volonté de Térében-
est liquide, incolore, d'une odeur forte et thme, etc.
pénétrante, inflammable ; elle est inso- Pour l'usage externe, les préparations lubie dans l'eau, soluble dans l'alcool d'essence de Térébenthine les plus usiconcentré ; elle dissout les résines, les téessont: baumes, le camphre, les huiles essentielles, etc.; traitée par l'acide chlorhy- Lavement térébenthine.
drique, elle s'v combine et donne nais- n,. . t?,c,„,i„^ -^i„ ti',.-! „„
^ x' " 1 i-f' ■ i^ 1 I 1 1 1 1 r. : JiiSsence de lereben-
.sance a un camphre artiliciel (chlorhydrate thine S"? rrmm
de térébène). j d'œuf " " * ' n » 1 ' *
L'essence de Térébenthine du com- 'p*^", "*^"' „" ^-
merce doit être rectifiée avant d'être em- p ; (Cross.-Récamiei'). " ^ '
ployeeenmedecine, parce qu elle contient ^ '
toujours une portion d'acide et de résine. Gargarisme de Geddings.
On la redistille alors avec de leau; ou " "^
bien, pour l'avoir tout à fait pure, on la Pr, : Huile volatile de Téré-
distille sur de la chaux d'abord, puis sur benthine 8 grani.
du chlorure de calcium. Mucilage léger de
On administre la Térébenthine sous gomme adragante. 230 —
beaucoup de formes, ?i l'intérieur et à Mêlez et aeitez l'extérieur.
Les principales préparations de la Té- On le conseille pour arrêter la sa'.iva-
rébenthine, pour l'usage interne, sont les vation mcrcurielle. suivantes :
Savon de Starkey.
Pilules de Térébenthine (Fauré).
^ ,„, ,, ,. , T^ Pr, : Carbonate de potasse
Pr. : Térébenthine de Bor- j^ien sec 1 pirt.
deaux 8 gram. Huile volatile de' Téré-
Magnesie calcinée. . q. s. benthine 1 —
F. s. a. des pilules de 30 centigrammes; Térébenthine de Ve-
b à 6 par jour. nise 1 —
Mêlez l'essence et le sel dans un mortier de marbre avec un pilon de verre, puis la Térébenthine ; porphyrisez^ ensuite ce mélange par portions, jusqu'à ce qu'il ait acquis la consistance du miel épais et homogène.
Eau hémostatique de Pagliari.
Benjoin 230 gram.
Sulfate d'alumine et de
potasse 500 —
Eau distillée 5,000 —
Faites bouillir pendant six heures dans un pot en terre vernissée, en agitant constamment et remplaçant l'eau évaporée par de l'eau bouillante ; fdtrez et conservez dans des flacons bouchés.
Eau hémostatique de Tisserand.
Pr. : Sandragon 100 grammes.
Térébenthine des
Vosges 100 —
Eau 1,000 —
Faites digérer pendant douze heures sur des cendres chaudes ; filtrez.
Eau hémostatique de Brocchieri.
Pr. : Copeaux de sapin. . 300 gram. Eau. 1,000 —
Faites macérer pendant douze heures et distillez pour obtenir 300 grammes de produit, abandonnez au repos et séparez par décantation l'essence qui surnage, à
prendre par cuillerées à bouche h l'intérieur et en lotions à l'extérieur.
Pr.
Eau hémostatique de Léchelle.
Feuilles de noyer et do thym ......
Feuilles de chardon bénit d'aigremoine )aa
Feuilles de roses et de soucis . . . ' .
aa 300 gram.
Feuilles d'eupatoire. l Feuilles d'arnica. . \ Feuilles de ronces de
aa 123 —
)aa 300 —
millepertuis. . . . f „„ ■ „„,, Écorcedechène,def°^^*^''^
grenade J
Feuilles de marum, ]
de menthe, de ca-|
lament
Racine de ratanhia,
de gentiane, de l
garance )
Feuilles de basilic, \
de sauge, de ro- i
marin >aa 1,000 —
Bourgeons de peu- i
plier, de sapin. . . /
Pulvérisez grossièrement toutes ces substances; faites macérer dans 100 litres d'eau pendant trente-six heures; on dispose les plantes sur la grille d'un alambic ; on ajoute le macératum et on distille, pour obtenir 32 litres et demi de liquide.
Cette eau a porté aussi le nom A'eau.
hémostatique de Memphis.
ACTION PHYSIOLOGIQUE
Nous confondrons ici les effets de la Térébenthine et de son huile essentielle, puisque c'est à celle-ci que la première doit son action en général, ainsi que ses effets spéciaux.
Immédiatement après avoir avalé 4 grammes d'huile essentielle de Térébenthine, on éprouve au pharynx et à l'estomac un sentiment de chaleur et d'âcreté, un peu d'anxiété, quelques nausées, rarement des vomissements, plus souvent des coliques avec tortillements d'entrailles, irritation considérable, météorisme ; puis bientôt, dans un grand nombre de cas, une excitation générale annoncée par une ardeur fébrile et une chaleur qui s'étendent à toute l'économie, un pouls dur et fréquent, de la céphalalgie, de la rougeur à la face, la soif et la sécheresse des membranes muqueuses, la dysurie, des urines rares, très-rouges, d'autres fois très-copieuses et plus pâles, exhalant dans l'un et l'autre cas une odeur de violette bien prononcée, des sueurs abondantes fortement imprégnées, ainsi que la transpiration pulmonaire, de l'odeur caractéristique de l'essence de Térébenthine, de l'anorexie, des pesanteur.-^
•d'estom.ic, et chez plusieurs personnes un état assez analogue à l'ivresse, enfin un peu de dévoiement.
Si on élève la quantité d'essence à la dose de 32 et de 64 grammes, il arrive : 1° ou bien que toute action de cette substance s'épuise à stimuler le tube digestif et détermine, outre les effets locaux indiqués plus haut, des vomissements dans la matière desquels on peut reconnaître le médicament ingéré, et bientôt de vives coliques suivies de nombreuses déjections alvines rappelant l'odeur de la Térébenthine et quelquefois mêlées à cette essence surnageant et encore reconnaissable, tous ces symptômes disparaissent rapidement et sans incommodité ultérieure, aussitôt que sont terminées les dernières évacuations. Dans ce cas, les urines offrent à peine l'odeur de la violette, et les autres liquides exhalés n'ont rien qui rappelle celle de la Térébenthine; 2° ou bien une ■grande partie et môme toute la dose d'essence passe dans les secondes voies ; et alors, indépendamment des signes qui annoncent une vive stimulation du canal alimentaire, excepté toutefois les déjections promptes, abondantes et multipliées, se manifestent éncrgiquement des phénomènes généraux attestant le transport de l'agent excitant à tous les appareils, puis des phénomènes spéciaux qui ne permettent pas de douter que certains organes ne soient plus particulièrement modifiés que d'autres, comme on va le voir.
En même temps que le pouls est fréquent, serré et dur, que la peau est chaude et couverte de sueur, qu'une ardeur épigastrique très-vive, des anxiétés, des syncopes, des nausées et un peu de délire existent à des degrés qui varient avec la susceptibilité individuelle, les accidents spéciaux qui frappent le plus sont ceux qui se manifestent sur l'appareil urinaire ; en second lieu sur les membranes muqueuses, surtout celle des voies aériennes ; enfin, plus rarement, sur le système nerveux des membres.
Les premiers se révèlent par une douleur et une chaleur considérables de la région lombaire, principalement aux points qui correspondent aux reins, ainsi que de la région hypogastrique. Cette région est douloureuse à la pression qui détermine, comme dans la cystite aiguë, du ténesme vésical, des douleurs dans l'urètre et de la strangurie ; puis de l'ardeur en urinant, de la dysurie, une cuisson vive, quelquefois une véritable urétrite, des urines rares, rouges, sanguinolentes môme, des érections douloureuses comme dans la chaude-pisse dite cordée; assez souvent pourtant les urines, comme nous T'avons déjà dit, sont faciles, incolores et très-abondantes. Les membranes muqueuses se sèchent comme dans la première période d'une affection catarrhale ; elles sont injectées, turgides et chaudes ; il y a fréquemment un herpès labialis, des douleurs sous-sternales gravatives et des picotements de la trachée comme dans le commencement des bronchites ; on a vu des sujets rendre des crachats striés de sang ; la peau se trouve quelquefois soudainement rougic par des plaques érythémateuses, vésiculeuses ou papuleuses plus ou
moins éphémères, comme après l'ingestion de certains mollusques ou crustacés.
Quant à l'effet que nous avons dit être dans quelques cas éprouvé par le système nerveux des membres, il consiste en une sensibilité exquise, surtout dans les extrémités inférieures ; un endolorissement général de ces parties, mais existant plus spécialement sur le trajet des gros nerfs. Une céphalalgie des plus vives et persistant longtemps après la cessation de tous les autres effets est aussi un des résultats les plus constants de l'administration un peu prolongée de la Térébenthine. Ajoutons que sous ces phénomènes qui indiquent une action irritante particulière sur les systèmes désignés, sont d'autant plus marqués que ces systèmes se trouvent déjà dans un état de douleur et d'irritation. Sachons bien aussi que dans un assez grand nombre de cas, des individus n'ont éprouvéaucune espèce d'effet physiologique, ni local, ni général, ni spécial, de l'ingestion de 30, 60 et même 90 grammes d'huile essentielle de Térébenthine.
L'action physiologique de cette substance est digne d'être notée et prise en considération, attendu qu'une analogie assez raisonnable peut chercher à y découvrir la véritable manière d'agir de ce médicament énergique, et d'arriver par là à trouver de nouvelles indications de son emploi, à constater des faits et à établir des principes dont la pathologie et la thérapeutique générales peuvent profiter. Ceci deviendra plus clair dans quelques instants.
Les propriétés les plus importantes de la Térébenthine, celles quenotre expérience journalière nous force à lui attribuer, ont été approuvées et reconnues dès la plus haute antiquité. Ces deux passages d'Hippocrate en font assez foi : a Terebenthi fructus mcnses ciet [De Nat. muL). Is etiara, ex vino et aquà dilutus et potus, fluorem muliebrem sistit » {De Morb. muL, lib. II). Si la première de ces citations est vagueet caractérise peu l'action spéciale de la Térébenthine, ce que nous sommes loin de nier, puisque le père de la médecine n'a presque jamais parlé d'un remède exitant sans le déclarer emménagogue, la secoadeétablit clairement que ce grand observateur avait administré la Térébenthine dans les cas oti elle est le mieux indiquée, les flux muqueux et spécialement ceux des voies génito-urinaires. L'opinion de Diostoride sur cet agent thérapeutique confirme ou peut-être ne fait que constater l'observation pratique d'Hippocrate, mais aussi elle renferme des assertions qui n'ont pu résulter que de l'expérience. « Le fruit du Térébenthin échauffe, fait pisser et provoque à la luxure...* Toutes ces résines ont vertu de modifier, résoudre et mondifier. Prises simplement ou composées en forme de looch avec du miel, elles servent à la toux et aux phthisiques. Elles purgent lesmaiix de la poitrine, provoquent l'urine^.
TÉMBENTIIINE. 79i
digèrent les crudités, lâchent le ventre et font reprendre leur poil aux paupières qui l'ont perdu. S'en oignant avec vert-de-gris, vitriol et nitre, elles guérissent la gale. Mises dans les oreilles purulentes avec huile et miel, elles y font grand hien et servent aux démangeaisons des parties secrètes. En onctions et simplement appliquées, elles aident grandement aux douleurs de côté. » Dioscor., trad. par Matt., p. 58.)
Nous retrouvons dans ce passage, outre les faits attestés par Hippocrate : 1° l'action diurétique de la Térébenthine ; 2° ses propriétés dessiccatives et cicatrisantes ; 3° la formule de son mélange avec le miel, remise en honneur de nos jours ; 4° ses vertus contre les catarrhes pulmonaires et pour retarder la fonte tuberculeuse chez les phthisiqups ; 5° sa propriété laxative ; 6" son utilité dans les blépharophthalmies chroniques qui déterminent la chute des cils ; 7° ses avantages dans la gale, les maladies choniques de la peau, les affections eczémateuses et prurigineuses du scrotum et des grandes lèvres ; 8^ son emploi heureux dans les otorrhées ; 9° enfin son application topique si vulgaire et si souvent mise à profit contre les pleurodynies les rhumatismes musculaires.
Galien est allé plus loin, et peut-être serait-on autorisé à trouver la première idée de l'emploi intérieur de l'essence de Térébenthine contre les névralgies, dans l'éloge qu'il donne à la Térébenthine prise à Vintérieur à la dose de 32 grammes unie à trois labiées, l'yvelte, la sauge et le staechas, pour soulager les douleurs des Jointures. Il l'employait du reste beaucoup en liniment antipsorique et la faisait servir aux usages que lui avaient reconnus ses prédécesseurs. Il loue de plus ses avantages contre les tuméfactions de la rate, prétention qui a été renouvelée par quelques médecins de notre époque. Aétius, Oribase, Paul d'Égine, Alex, de Tralles, n'ont fait que le copier à ce sujet.
Tout ce que nous dirons ici s'applique également à la Térébenthine et à son huile essentielle ; notons seulement qu'au point de vue des doses, l'essence se donnera en quantités quatre fois moindres.
Nous n'avons guère à nous arrêter dans cette première partie, et pour ce qui est de l'usage interne de la Térébenthine, que sur les catarrhes chroniques de la vessie et des poumons, ainsi que sur quelques suppurations anciennes dont l'abondance peut-être diminuée par cette résine.
L'observation de l'action physiologique de la Térébenthine nous a appris que cette substance portait principalement son excitation sur le système des membranes muqueuses qu'elle irrite évidemment ; mais nous avons reconnu aussi que la membrane interne des voies urinaires était de toutes, celle qui ressentait le plus vivement et quelquefois exclusivement cette action irritative. C'est précisément contre les affections de cette membrane muqueuse que la Térébenthine a l'efficacité la plus incontestable. Nous verrons plus tard que l'huile essentielle a été employée dans le catarrhe vésical le plus aigu; bornons-nous maintenant à étu-
(lier le catarrhe chronique dans ses rapports avec la Térébenthine molle ou cuite.
Catarrhe tic la vessie. Le catarrhe de la vessie ou cystite chronique est rarement primitif chez les jeunes gens et les hommes d'un âge moyen; mais il est assez commun qu'il s'établisse d'emblée chez les vieillards.
Il atteint les premiers sous forme aiguë, et presque toujours alors il est le produit d'une métastase rhumatismale ou d'une affection de celte nature se fixant sur la vessie dès son début; ou bien de l'absorption du principe irritant des cantharides ; assez souvent aussi d'un coup porté sur l'hypogastre, ou d'une chute qui retentit vivement dans les organes de cette région; la propagation d'une blennorrhagie au col de la vessie et à sa cavité y donne aussi quelquefois lieu, ainsi que la présence d'un calcul raboteux et de tous les corps étrangers. Souvent il se lie aux affections de la moelle épinière, lorsque celles-ci ont amené la paralysie de la vessie ; car, en thèse générale, on peut dire que dans toutes les paralysies de la vessie, quelle qu'en soit la cause, le catarrhe de la vessie arrive presque nécessairement.
Les vieillards calculeux soulfi-ent plutôt du catarrhe chronique qui tourmente aussi les vieux goutteux et les hommes sédentaires occupés jusqu'à un âge avancé de travaux de cabinet, surtout lorsqu'ils ont eu des blennorrhagies dans leur jeunesse et qu'ils en conservent des rétrécissements de l'urètre.
L'indication de la Térébenthine se présente lorsque les malades ont traversé la période aiguë du catarrhe, ou bien lorsque cette affection a eu primitivement la forme chronique ; celle-ci se reconnaît à l'absence des symptômes fébriles (bien que souvent cette forme s'accompagne quelquefois, surtout chez les vieillards affaiblis, d'un léger mouvement fébrile sur le soir, avec chaleur de la paume des mains, rudesse de la peau, sécheresse de la langue, soif et assoupissement), de tuméfaction hypogastrique ; à la diminution du ténesme vésical et de la dysurie, et à ce qu'il ne reste que de la pesenteur dans le bassin et sur le rectum, et de la difficulté à expulser les premières gouttes de l'urine, etc., etc. . ., enfin, et c'est là le caractère pathognomonique de la maladie, à ce que ce liquide dépose au fond du vase une quantité plus ou moins considérable d'une matière albumineuse, filante, demi-transparente, semblable à du blanc d'œuf, adhérant fortement aux parois du pot-de-chambre même renversé, ou bien s'écoulant alors en formant une colonne non interrompue de mucus depuis le bord du pot jusqu'au fond de celui où l'on transvase l'urine. Tel est le produit du catarrhe muqueux. Si à cette couche visqueuse surnage une matière blanchâtre, trouble, bourbeuse, se mêlant à l'urine et offrant l'aspect du pus, le catarrhe est mucoso-purulent. Si enfin les urines sont troubles immédiatement après leur émission et se séparent bientôt en deux couches, l'une supérieure d'urine
limpide, se troublant aussitôt qu'on agite le vase, l'autre inférieure, formée par une matière blanchâtre, n'adhérant point au vase, et ressemblant à du souffre précipité des sulfures par des acides, le catarrhe est purulent, et c'est le cas le plus grave ; c'est alors que se présente l'indication de l'emploi de la Térébenthine.
On la prescrit à la dose de 4 à 15 grammes par jour, dans une émulsion ou bien en bols. Mais il est bien plus simple d'administrer les capsules gélatineuses qui renferment l'huile essentielle, soit les perles de Clertan, soit les capsules ordinaires. Les perles de Clertan se donnent à la dose de 8 et même de 12 par jour; et elles ne sont jamais mieux supportées que lorsqu'on les administre en môme temps que le malade prend ses repas. Si les malades ne peuvent supporter l'essence de Térébenthine administrée par la bouche, on la donne en émulsion dans un lavement.
L'efficacité de ce traitement dans le catarrhe chronique de la vessie est telle, qu'on peut dire sans témérité que, si l'administration sage et bien indiquée de la Térébenthine ne guérit pas toujours complètement cette maladie, elle améliore presque constamment l'état des malades.
Ce qui s'observe chez les sujets soumis à la médication que nous venons d'indiquer peut se réduire aux circonstances suivantes :
1° La Térébenthine développe toute son action physiologique, tous ses effets généraux et particuliers. (Voir plus haut quels sont ces pliénomènes.)
2" Son action reste incomplète et se passe tout entière sur le tube digestif qu'elle se borne à stimuler assez vivement, provoque des évacuations par le bas, avec la matière desquelles est rejetée la plus grande partie du médicament.
3° Le malade n'éprouve aucun des effets précédents. L'odeur de violette des urines est seule pour attester que le médicament a été absorbé.
Reprenons ces trois circonstances :
Voici ce qui se passe dans la première : dans les vingt-quatre heures qui suivent l'administration de la Térébenthine, outre les effets d'excitation générale qui sont les plus variables, excepté peut-être l'ardeur épigastrique, les nausées, les éructations et la céphalalgie, le catarrhe vésical semble revenir quelquefois momentanément à la forme aiguë. Le malade ressent de la chaleur dans la région des reins et des uretères, l'hypogastre est plus rénitent, quelquefois très-sensible à la pression ; les douleurs de la vessie s'exaspèrent en même temps qu'ont lieu, dans certains cas, de la diurèse, d'autres fois des urines plus rares, de la dysurie, de la strangurie, de l'ischurie, de l'ardeur dans l'urètre et une sécrétion plus abondante des produits du catarrhe, en un mot une véritable recrudescence de cystite aiguë. Puis bientôt, soit spontanément, soit en y aidant par la cessation du traitement, quelques bains, des boissons copieuses, émulsionnées et nitrées, cette irritation artificielle se Calme, et les matières catarrhales ou purulentes ne sont plus rendues,
70 i MÉDICAMENTS EXCITANTS.
OU rendues en quantité notablement moindre. Tout se passe, ou à peu près, comme si l'on avait injecté dans la vessie un liquide térébenthine.
Dans le second cas, il y a purgation ; les malades n'éprouvent pas de diminution dans les symptômes, et c'est tout au plus si l'effet révulsif de la Térébenthine a agi quelques instants au bénéfice du catarrhe. On observe pourtant dans quelques cas de cette seconde catégorie des effets curatifs qui prouvent que la Térébenthine agit spécialement ou développe ses propriétés spéciales indépendamment de l'absorption. Cela existe pour beaucoup d'autres médicaments qui sont réputés n'agir que par absorption, et semble prouver que les propriétés spéciales d'un agent thérapeutique ou d'un poison peuvent se transmettre au moyen du système nerveux.
Dans la troisième circonstance que nous avons établie, comme les deux précédentes, d'après l'observation d'un grand nombre de faits, il arrive que, même ayant pris de très-hautes doses de Térébenthine, les malades ne s'en sont pas aperçus, et que sans l'odeur caractéristique de leurs urines, et mieux encore la guéri son complète du leur catarrhe, on aurait pu mettre en doute une modification quelconque de l'économie, et supposer que dans ce cas la Térébenthine avait été absolument inerte. Mais il faut bien dire aussi que dans plusieurs de ces circonstances, et quoique l'odeur des urines ne permette aucun soupçon sur l'absorption du médicament, le catarrhe vésical ne reçoit pas plus d'influence que le reste de l'organisme.
On voit que les trois faits généraux dans lesquels nous avons cru pouvoir résumer tous les cas qui se présentent dans le traitement du catarrhe chronique de la vessie par la Térébenthine, se retrouvent dans l'action physiologique de cette substance, et qu'on est en droit de faire servir les premiers à l'explication des seconds. En effet, ceux-ci n'en diffèrent que par l'exaspération momentanée et la cessation des symptômes. Ce fait est en rapport avec l'état delà muqueuse vésicale chez l'individu affecté d'un catarrhe chronique. En effet, bien que modifiée par l'agent thérapeutique de la même manière que lorsqu'elle est sîiine, cette membrane répond autrement à la modification, et elle y répond comme, par analogie, on aurait pu l'attendre de toute surface muqueuse affectée de catarrhe, et qui vient à être irritée.
Nous assimilons donc l'action thérapeutique de la Térébenthine dans le catarrhe chronique de la vessie à l'action évidente et incontestable qu'elle exerce, lorsque, appliquée directement sur des surfaces muqueuses, siège d'un écoulement mucoso-purulent, ou des ulcérations cutanées suppurantes, elle en active la vitalité jusqu'à l'irritation, en accroît primitivement l'exhalation, et finit par amener ces parties à ne plus fournir de produits morbides ou à se cicatriser ; en un mot, nous croyons à un mode d'action de la Térébenthine, /jar irritation substitutive, même lorsque cette substance est prise intérieurement et ne va changer l'état des membranes muqueuses qu'en passant par les voies de l'absorp-
tion et de la circulation. L'identité de ce qui a lieu par ce mode d'administration de la Térébenthine et de ce qui s'observe par l'injection de cette substance dans la vessie, suffirait seule pour nous faire regarder cette opinion comme la plus vraisemblable. D'ailleurs nous serons obligés de revenir sur ce point à propos du traitement d'autres affections graves par la Térébenthine et son huile essentielle, ainsi que par d'autres balsamiques qui ont des propriétés très-analogues, et là nous développerons plus fructueusement notre manière de voir, en même temps que nous pourrons en déduire des conséquences et des applications plus larges.
Il nous reste à ajouter quelques remarques sur le traitement du catarrhe chronique de la vessie par la Térébenthine.
D'abord il est cà peine nécessaire de dire qu'on ne doit pas espérer, par cette médication, la guérison radicale des catarrhes symptomatiques de la gravelle, des calculs urinaires, des autres corps étrangers venus du dehors, des rétentions d'urine par paralysie de la vessie, ou par des rétrécissements considérables de l'urètre avec obstacle complet ou notable à l'émission de ce liquide. Il en est de môme lorsque existent des affections de la prostate qui irritent sympathiquement ou mécaniquement la membrane muqueuse vésicale, etc., etc. Dans tous ces cas, néanmoins, on ne doit pas abandonner l'usage de la Térébenthine ; car l'observation prouve que, même dans le catarrhe symptomatique de la pierre, ce remède est utile à titre de palhatif pour diminuer la quantité des produits morbides sécrétés parla vessie, sécrétion qui, à elle seule, finit par affaiblir considérablement les vieillards calculeux. C'est donc dans les catarrhes idiopathiques occasionnés et entretenus par les causes diverses que nous avons fait connaître plus haut, que sera surtout opportun et souvent héroïque l'emploi delà Térébenthine aux doses et delà manière que nous avons déterminées.
Malgré l'autorité des médecins anglais, nous regardons comme prudent de n'administrer la Térébenthine que dans la forme chronique ou suhaiguë du catarrhe vésical, et alors que presque toute la maladie consiste dans les produits pathologiques exagérés ou viciés. Il est vrai qu'on pourrait conclure de l'innocuité et mieux de l'efficacité du copahu dans. les blennorrhagies les plus aiguës, cà la probabilité d'obtenir les mômes avantages dans la blennorrhagie vésicale aiguë. Dans tous les cas, on fera sagement de ne commencer l'emploi de la Térébenthine qu'après celui des saignées générales ou plutôt locales proportionnées à l'intensité des accidents, et après avoir usé quelque temps des bains généraux prolongés, des fomentations émollientes, des boissons abondantes émulsionnées, camphrées et nitrées, etc., etc.. Pour ne pas risquer les accidents d'un emploi prématuré et périlleux de laTérébenthine, nous conseillerons aussi de tâter la susceptibilité des malades pour ce traitement, en commençant par leur prescrire quelques boissons qui aient une action analogue et moins énergique, et dont l'usage plus ou moins facilement supporté ou
plus ou moins avantageux avertira le praticien qu'il peut adopter cette nouvelle médication ou doit l'ajourner encore. Ces boissons seront indifféremment ou de l'eau de goudron, ou l'infusion de bourgeons de sapins du Nord, ou celles des baies de genièvre, succédanés et adjuvants de la Térébentbine que nous étudierons plus bas.
On se rappelle combien est variable l'aclion pbysiologiquc de la Térébenthine, puisque une faible dose détermine chez certains individus des effets assez violents, soit primitifs sur le tube digestif, soit se'condaires dans toute l'économie et sur certains systèmes en particulier, tandis que d'autres se trouvent guéris par d'énormes quantités sans avoir acheté ce résultat par les troubles physiologiques qui le précèdent ordinairement. Cette observation doit engager à débuter par de faibles doses qui peuvent suffire chez certains sujets, quitte à les élever selon le besoin. Cette pratique a encore l'avantage d'éviter que le remède pris en trop grande quantité ne sollicite vivement le tube digestif et ne provoque en pure perte des évacuations capables d'enlever à l'absorption des principes qui n'ont peut-être d'action qu'en passant par cette voie. Si l'état de l'estomac permet de juger à prmn qu'il ne supportera pas la Térébenthine avec quelque précaution qu'elle lui soit confiée, ou bien que le malade vomisse opiniâtrement ce qui est très-rare, il faut l'administrer en lavements, comme nous l'avons dit plus haut.
Une autre précaution importante est de ne pas en discontinuer l'usage dès que les urines ne contiennent plus de matières catarrhales ou purulentes, mais de poursuivre cet usage pendant plusieurs jours et même quelques semaines cà doses successivement décroissantes; car rien n'est plus commun que les récidives du catarrhe vésical, si ce n'est celles du catarrhe urétral.
Il est bien important de connaître les conditions qui favorisent si puissamment ces récidives.
Or, on sait combien toutes les affections catarrhales, tous les flux muqueux sont étroitement subordonnés aux variations barométriques de l'atmosphère, aux diverses constitutions de la température qui suffisent dans la plupart des cas pour les produire, à plus forte raison pour les entretenir. Les catarrhes des voies urinaires et principalement de la vessie subissent encore plus facilement ces influences que les autres maladies du même genre. Combien de fois n'avons-nous pas vu Dupuytren prédire des recrudescences ou des rechutes de ces catarrhes, ou bien leur amendement et leur cessation, par cela seul qu'il observait que la température passait du sec au chaud ou froid à l'humide chaud, mais surtout froid pour le premier cas, ou de ces dernières conditions aux premières pour le second cas ? Les vieillards affectés de cette maladie pronostiquent même h coup sûr les vicissitudes atmosphériques d'après l'inspection de leurs urines plus ou moins limpides, plus ou moins chargées de produits morbides. Le praticien doit donc être bien pénétré de cette circonstance pour diriger sagement l'emploi de la Térébenthine, ne pas lui faire honneur
de changements qui lui sont étrangers, comme ne pas lui imputer un défaut ou une insuffisance d'action qui ne sont dus qu'aux conditions défavorables qui coïncident avec le traitement. Est-ce à dire pour cela que l'efficacité de la Térébenthine soit illusoire et toute relative au temps qu'on choisit pour l'administrer? Ce serait mal nous comprendre.
L'action du quinquina n'est certainement pas une action illusoire, parce qu'il est souvent donné à des fébricitants que le seul repos, le seul changement de quelqu'une des choses non naturelles, l'éloignement des causes, etc., suffisent pour exempter de leur fièvre. Il n'est pourtant pas défendu de faire tourner au profit d'une médication tous les éléments de succès qu'elle peut réunir, d'aider l'efficacité de la Térébenthine par le concours d'une température favorable, et réciproquement. Ainsi de tous les traitements.
Pour neutraliser autant que possible les fâcheux effets du froid humide chez les gens affectés de catarrhe chronique de la vessie, et mieux juger par conséquent l'action propre de la Térébenthine, rien n'est plus avantageux que de porter de la tête aux pieds et immédiatement appliqués sur la peau des tissus de laine et en particulier de la flanelle, et d'éviter pardessus tout le froid et l'humidité des pieds.
Il peut arriver que l'exaspération momentanée que le catarrhe chronique de la vessie éprouve de l'action de la Térébenthine ne soit pas aussi passagère et aussi bornée qu'elle doit l'être ; que la période de rémission et de suppression du flux catarrhal ne succède pas promptement à l'acuité artificielle qui est souvent le moyen de guérison, ou même ne lui succède pas du tout. Le dernier cas surtout est rarement observé. Le premier, c'est-à-dire celui où l'accroissement des accidents paraît excessif, disproportionné et ne sait pas se terminer, exige qu'on suspende aussitôt l'usage de la Térébenthine et qu'on soumette le malade aux boissons émollientes, acidulés ou très-légèrement aromatiques, aux bains généraux et même aux applications de sangsues sur l'hypogastre. L'emploi graduel, opportun et ménagé des préparations de Térébenthine ou des agents analogues, suivant les règles que nous avons indiquées, expose rarement à ces inconvénients, qui d'ailleurs ne sont jamais graves et se dissipent avec facilité.
L'emploi de la Térébenthine n'est pas contre-indiqué par cela qu'on aurait acquis la grande probabilité que la membrane muqueuse vésicale est ulcérée, et que c'est de la surface de ces ulcères que s'écoule le pus qu'on retrouve dans les urines. Une observation directe et l'analogie de ce que produit la Térébenthine immédiatement appliquée sur les ulcérations qui nous sont apparentes dans d'autres régions de la peau et des membranes muqueuses, doivent assez nous persuader du peu de fondement de cette contre-indication. Il est beaucoup plus raisonnable de se demander jusqu'à quel point une affection des reins compliquant le catarrhe de la vessie apporte des obstacles à l'usage de la Térébenthine. L'odeur si singulière des urines de ceux qui, sains ou malades, pren-
798 MÉDICAMEN1S EXCITANTS.
Dent une quantité un peu nutalile de Térébenthine, ne permet pas de ùouter que cette substance ait une action puissante sur les organes sécréteurs de l'urine ; d'un autre côté, l'ardeur et les douleurs que ressentent ces individus dans la région des reins, l'hématurie et la diurèse qui s'ensuivent quelquefois, ne permettent guère de douter non plus que cette action ne soit de nature irritative. Voilà bien un élément du problème à résoudre, mais le plus indispensable nous manque, l'observation clinique. Nous n'avons jamais vu administrer et n'avons jamais administré nous-mêmes la Térébenthine dans de pareilles complications. Nous lisons ])ien dans une thèse de M. Avisard (Paris, d819), sur l'usage de la Téréjjenthine dans le catarrhe chronique vésical, thèse dont les matériaux ont été recueillis à la clinique chirurgicale de Dupuytren, « qu'en général lorsqu'on soupçonne la coexistence d'une affection des reins ou des uretères, on doit s'abstenir de l'usage de la Térébenthine, qui fréquemment ne fait qu'aggraver le mal; cependant, qu'elle a été quelquefois utile en pareil cas. »
Toutefois, cette assertion est bien vague et ne précise pas les maladies des reins oîi l'emploi de la Térébenthine est contre-indiqué, celles où elle ne l'est pas. On sait que la membrane muqueuse qui tapisse l'intérieur des calices et du bassinet est susceptible, quoique bien plus rarement que celle de la vessie, de catarrhe idiopathique, et si quelque chose ici peut être accordé à l'analogie, on serait en droit de penser que la Térébenthine doit avoir du succès dans ces cas; mais bien plus souvent aussi, ces sortes de catarrhes sont symptomatiques de la gravelle et des calculs néphrétiques, et alors, nous présumons qu'il y aurait imprudence à user de la Térébenthine, malgré l'apparente contradiction qu'on peut trouver entre ce précepte et celui oii nous avons recommandé de ne pas rejeter ce remède à titre de palliatif dans le catarrhe lié à la présence d'un calcul vésical.
Remarquons qu'ici les conditions sont bien autres : le rein est un organe parenchymateux : sa substance propre est sujette aux phlegmasies chroniques, aux suppurations, aux désorganisations diverses, etc., et le calcul néphrétique est la cause la plus commune de ces graves altérations, car un grand nombre de ceux qui sont affectés de cette maladie succombent à la phthisie rénale déterminée à la longue par l'irritation incessante du calcul. Il serait par conséquent à craindre que la stimulation imprimée à la muqueuse des cavités intérieures du rein par la Térébenthine, ne retentît dans le parenchyme, et que celle qu'elle porte aussi bien probablement sur ce tissu glanduleux n'agît au profit de la phlegmasie et des lésions désorganisatrices qui amènent la destruction de la partie et la mort du malade.
Si l'on croit pouvoir opposer à ce raisonnement le fait de l'avantagé des diurétiques ordinaires dans les affections dont nous venons de parler, nous répondrons qu'il n'y a aucune ressemblance à établir entre l'action de ces médicaments sur les reins et celle de la Térébenthine. Les prc-
TEREBENTHINE. 790
miers se bornent à rendre les urines plus abondantes, et cela sans déterminer dans les organes qui la sécrètent ces douleurs, cette vive ardeur, ces sortes de coliques néphrétiques qu'on voit quelquefois suivre l'usage de la Térébenthine. Les effets avantageux qu'Amatus Lusitanus raconte de la Térébenthine contre les calculs rénaux ne méritent guère notre confiance. Nous aurons à revenir sur ces propriétés anticalculeuses quand nous étudierons l'huile essentielle de cette résine.
Diabète. La Térébenthine a été essayée dans le Diabète. Les reins de presque tous les diabétiques qu'il nous a été donné d'ouvrir étaient exempts de phlegmasies, mais surtout généralement pâles, exsangues, mous et comme macérés. Aurait-on quelque chance en activant la vitalité, en modifiant la circulation et la nutrition de ces organes par l'action spéciale de la Térébenthine sur eux, de les rétablir dans leur sécrétion normale? Nous n'en répondrions pas, et d'ailleurs l'expérience a déjà répondu négativement. L'ensemble de la maladie et l'observation de reins de diabétiques trouvés dans la plus parfaite intégrité semblent bien prouver qu'il y a dans cette grave affection autre chose de plus primitif et de plus considérable qu'un dérangement pur et simple des fonctions uropoiétiques, comme serait, par exemple, une perversion particulière de la nutrition générale ou un vice de la chymification. Cette condition ne devrait pourtant pas être de nature à rendre tout à fait inutiles les moyens thérapeutiques dirigés dans le but de modifier les reins eux-mêmes et de changer leur mode de sécrétion. Nous appelions aussi dans notre première édition les essais des praticiens sur l'action que pourrait avoir la Térébenthine dans l'affection granuleuse de Bright. M. Rayer a fait infructueusement cet essai. Nous l'avons conseillée avec avantage dans la cliylurie (urines grasses ou laiteuses).
Les catarrhes des membranes muqueuses autres que celles des voies urinaires sont plus incertainement modifiés par la Térébenthine. Ainsi nous avons dans le copahu un moyen bien plus sûr de guérir les écoulements de l'urètre; c'est pourquoi nous réservons ce que nous avons à dire sur le traitement de ces maladies par les substances résineuses et balsamiques, pour l'étude du copahu dont l'usage leur est presque exclusivement affecté.
Catarrhe piiiinonaire. Les Catarrhes pulmonaires chroniques sont susceptibles d'être avantageusement modifiés par la Térébenthine. Les cas de cette nature où elle trouve volontiers son indication sont ceux de ces personnes affectées de bronchorrée mucoso-purulente dans lesquelles il n'est pas rare de voir la quantité des crachats s'élever jusqu'à plusieurs livres en un jour, sans toux notable, sans aucun symptôme d'irritation, avec une membrane muqueuse souvent épaissie, mais plutôt décolorée qu'injectée, une dilatation partielle ou générale des bronches, etc., etc.
Nous avons plusieurs lois observé cette forme de catarrhe pulmonaire si Lien fuite pour simuler la phthisie tuberculeuse la plus avancée, et qui a dû très-fréquemment induire en erreur de diagnostic les anciens médecins qui plaçaient à un rang distingué dans le traitement de la phthisie les substances balsamiques dont nous parlons. Disons aussi que malgré tous les perfectionnements de nos moyens de diagnostic local dans la phthisie pulmonaire, ces cas nous en imposent encore souvent, non-seulement à cause de la fonte purulente si effroyable qui semble alors se faire dans les poumons, à cause des sueurs nocturnes, du dévoiement et du marasme qui s'y joignent dans quelques cas, mais aussi parce que les dilatations bronchiques dont nous avons parlé peuvent fournir à l'auscultation et à la percussion plusieurs des signes réputés pathognomoniques de la phthisie tuberculeuse au troisième degré.
Le mode d'administration est le même dans ces circonstances que dans les catarrhes de la vessie. C'est dans de pareilles conditions que les balsamiques et en particulier la Térébenthine, l'eau de goudron sont en possession d'opérer des sortes de prodiges, en ramenant à la santé des malades qui semblaient marcher à une mort inévitable par tous les degrés de la consomption colliquative la plus rapide.
En terminant cet article, nous jetterons un coup d'œil général sur toutes les vastes suppurations qu'il est important de modérer ou de tarir, et nous les envisagerons sous le rapport des indications qu'elles peuvent présenter pour l'emploi des substances résineuses et balsamiques.
Diarrhées coiiiquatives. Des auteurs recommandables ont conseillé l'usage de la Térébenthine dans le dessein d'obtenir des effets en apparence opposés et qui pourtant n'ont rien de contradictoire. C'est ainsi que Cullen affirme, d'après son expérience, que cette substance « est un des plus certains laxatifs que l'on puisse employer dans les coliques et les autres cas de constipation rebelle ; » tandis que Baglivi et van Swieten s'en sont servis avec succès dans les dévoiements chroniques et colliquatifs. Voici comment s'exprime le premier de ces deux grands médecins dans son intéressant chapitre />e c^/arrAea et dysenteria : «Inveteratis alvi fluxibus, dysenteria, tenesmo, relaxatione ani, etc., excipiatur per inferiora vapor Terebenthinœ prunis ardentibus injectae, et sanabuntur. »
Nous aurions peut-être dû ne mentionner ce mode d'administration de la Térébenthine qu'en parlant de son usage externe, puisqu'il s'agit de fumigations dirigées vers l'anus; mais nous avons voulu rapprocher cette pratique de Baglivi de celle de van Swieten qui donnait aussi la Térébenthine dans les dévoiements colliquatifs dus à la résorption du pus chez les phthisiques arrivés au dernier degré de la fonte tuberculeuse des poumons : « In consummata phthisi, a pure resorpto, totum sanguinem corrumpi et sic dissolvi, ut per mesaraïca vasa elapsi humores putridissimam diarrheam faciant qua? et morbo et vitœ fînem brevi imponere solet, etc. » Rien ne lui paraît plus propre à calmer cette diarrhée et à
prolonger les jours du malade abrégés si souvent par cet accident, que les lavements préparés avec 4 grammes de Térébenthine bien purifiée, triturée avec un jaune d'œuf^ en y ajoutant 15 grammes de thériaque et 120 .-ranimes de lait. Ce lavement doit être gardé le plus longtemps possible. Rien d'étonnant que la Térébenthine soit donnée comme laxatif, puisque, dans l'examen de son action physiologique el thérapeutique, nous l'avons vue si fréquemment déterminer des déjections alvines. Rien d'étonnant non plus qu'elle puisse arrêt&r un flux muqueux de l'intestin, puisqu'elle le fait à l'égard de tant d'autres sécrétions morbides du même genre et que sa propriété dessiccative est ce qu'elle a de plus caractéristique.
Il nous reste maintenant à étudier d'une manière spéciale les inductions de l'emploi de l'essence de Térébenthine prise à l'intérieur : 1° dans les névralgies; 2° contre les vers intestinaux et en particulier le ténia; 3° dans les coliques hépatiques symptomatiques de calculs biliaires; 4° enfin dans la péritonite puerpérale.
Névralgies. 1° Si l'on ne vcut pas considérer Galien comme le médecin qui ait le premier fait un usage intérieur de l'essence de Térébenthine dans les névralgies, fondé sur ce que le mot douleurs des jointures n'est pas assez précis, et sur ce que cet auteur ne se servait pas d'essence, mais de la Térébenthine elle-même, deux bien faibles motifs , il faut, pour trouver cette pratique explicitement recommandée, arriver à Home, Herz, Thillenius, Gheyne et Pitcairn, qui ont administré ce remède, comme il l'a été plus récemment en France par M. le professeur Récamier et d'autres médecins.
Murray en parle comme d'un moyen vulgairement connu : « Plebis domesticum est in malo iscbiadico et rheumatismis, melle excepto vel liquido quodam. » La formule était :
Huile essentielle de Térébenthine. ... 8 grammes. Miel 30 —
Prendre soir et matin une petite euillerée de ce mélanine.
Gheyne faisait distiller à plusieurs reprises l'huile de Térébenthine avec parties égales d'alcool. Il donnait ce composé depuis 4 grammes jusqu'à 16 grammes par jour. Ge praticien pensait qu'ainsi administrée, l'essence gardait toutes ses propriétés antinévralgiques et était dépouillée de ses inconvénients, ce que M. Martinet a nié de nos jours. M. le professeur Récamier se sert de la formule suivante dans le plus grand nombre des cas : essence de Térébenthine, 8 grammes; miel rosat, 120 grammes. On prend trois cuillerées de ce mélange par jour. Pour déguiser l'insupportable saveur de ce médicament, on peut l'unir à des sirops agréables, des eaux distillées aromatiques diverses; au laudanum dans le besoin, si le malade est trop disposé aux vomissements, etc., etc.. Il vaut mieux, ainsi que nous l'avons dit, faire prendre l'essence dans des capsules.
On peut avec avantage aider l'action de l'administration interne par des frictions loco dulenti avec le Uniment suivant :
Huile de camomille 00 grammes.
Essence de Térébenthine 30 —
Landanuni de Sydenham 4 —
Si an bout de huit ou dix jours on n'a pasî de résultat, il faut renoncer à la médication.
Les résultats obtenus par le célèbre praticien que nous avons nommé, et qui le premier en France a traité la sciatique par l'essence de Térébenthine, ont été d'abord enregistrés dans la thèse de M, le docteur Martinet (Paris, 1818). Celui-ci, en décrivant les elfets immédiats de l'essence de Térébenthine à la dose de 4, 8, 12 grammes dans les névralgies sciatiques, signale, outre les phénomènes que nous avons fait connaître, une chaleur accompagnée de sueur dans les membres abdominaux, particulièrement dans celui qui est le siège de la névralgie, et plus encore le long du trajet du nerf malade. Cullen avait déjà observé ce fait, et n'avait pas hésité à attribuer à cette particularité l'efficacité de l'essence de Térébenthine, qui avait déjcà été constatée par Cheyne et Pitcairn dans les affections névralgiques et rhumatismales des membres. Home, qui employait beaucoup en pareil cas cet agent thérapeutique, en attribue tous les effets à cette action qu'il nomme topique. Les premiers résultats consignés dans la thèse citée de M. Martinet sont ceux-ci ;
Guérison complète.
Né\Talgies sciatiques 7
Névralgies brachiales 3
Soulagement très-marqué.
(On cesse l'usage du médicamenl.)
Névralgies sciatiques 2
Névralgies traitées par les frictions. . S
Sûuligement léger.
(Ou su, prime le médicament )
Névralgies sciatiques. ........ S
Iniuccès.
Névralgies sciatiques 3
Total 20
Toutes ces névralgies dataient d'un temps assez long. Des trois derniers malades, l'un mourut au bout de dix-huit mois d'une maladie organique de l'articulation coxo-fémorale ; chez un autre la névralgie était à peu près générale et peu caractérisée ; enfin chez le troisième elle fut très-opiniâtre, rebelle à beaucoup d'autres moyens, et pouvait en partie^
vu certains symptômes, se rallier à une affection organique du nerf {Tlujyi citée). M. Martinet a fait de sa thèse augmentée un mémoire en 1824, et une seconde édition de ce mémoire en 1829. Ce dernier travail porte que sur soixante et dix sujets traités jusqu'alors, et y compris les cas rapportés dans sa thèse, cinquante-huit ont été guéris. Sur ce nomhre, cinquantecinq ont dû leur guérison à l'emploi intérieur de l'essence, trois seulement aux seules frictions.
Il est important d'exposer, d'après Fauteur, les conditions qui sont favorahles ou défavorables à l'emploi de l'essence de Térébenthine dans les névralgies :
l" C'est dans les névralgies sans altération du nerf que l'on obtient le plus de succès, ot particulièrement dans celles qui sont idiopathigues et permanentes ;
2o Toutes choses égales d'ailleurs, plus les caractères névralgiques sont bien dessinés, plus les douleurs sont vives, quels qu'aient été les manques de succès par d'autres moyens, plus les chances sont favorables;
3° C'est dans les névralgies des extrémités inférieures, et dans la sciatique plus particulièrement, que ce médicament semble confirmer sa supériorité ;
4° On voit que M. Martinet retranche des sciatiques susceptibles d'être heureusement traitées par l'essence de Térébenthine, celles qui sont rhumatismales, les névrites, les névralgies symptomatiques d'une compression par quelque tumeur ou autre lésion organique développée dans le névrilemme, etc..
La Revue médicale (août 1823) contient la relation de six guérisons sur sept malades par M. Dufour. Ce praticien n'a observé ni action purgative ni sudorifique, ni diurétique, produite par l'essence, et néanmoins les résultats ont été heureux et prompts.
A la même époque, M. Delaroque a cité à l'Académie de médecine douze ou quinze cas de réussite.
Nous convenons que la lecture des observations de M. Martinet est faite pour frapper les médecins et porter la conviction dans les esprits. A quoi sert de ne les accepter qu'à condition de les expliquer, comme pour se soulager de la répugnance qu'on éprouve à admettre des faits qui contrarient une idée arrêtée d'avance, idée qui se trouve tout à coup fortifiée de preuves nées pour la détruire ?
M. Raige-Delorme, par exemple, dans une analyse qu'il donne dans les Archives de médecine de l'année 1824, t. IV, p. 400, du premier mémoire de M. Martinet, fait rouler sur l'irritation du tube digestif produite par l'essence de Térébenthine, tous les effets immédiats et consécutifs de ce médicament, revendique tout par la révulsion, etc.. Remarquons que tous les praticiens qui ont eu à se louer du traitement en question, n'ont rien eu de plus pressé que d'appeler l'attention sur l'efticacité d'autant plus prompte et radicale de la médication, qu'elle s'accomplit plus en silence et sans provoquer d'évacuations alvines!... Il serait déraisonnable et
SOI .Mf-DICAMI-NTS EXCITANTS.
iinpt'iitlent .'ai.-:.-l ('IV-fl"iCL'i' ces faits par uiio iiégalion dure et sansformes.
Nous ne croyons piLs quUl y ail eu l'rancc de médecins qui, plus souvcul que nous, fassent, u.-a^rt;- de h. térébenthine, et si, dans bien des cas, nous avons pu constater l'enicacilé de l'essence de térébenthine dans le traitement des névralgies, i)iea souvent aussi nous avons vu ce médicament réussir dans des cas où tous les autres nioyens avaient échoué. Disons d'abord qu'invarialjlement nous donnons Tessence de Térébenthine en capsules, à des doses qui varient entre GO et 200 gouttes par jour; disons encore que toujours, et cette précaution est capitale, nous faisons prendre le médicament durant le repas. Or, nous déclarons que, dans le traitement des sciatiques que l'on peut appeler idiopathiques, en ce sens qu'elles ne dépendent ni d'une infection palustre ni d'une maladie organique des viscères contenus dans le bassin, ni d'une lésion osseuse, etc., on obtient à peu près invariablement un soulagement considérable, et le plus souvent la guérison.
11 ne nous a pas paru que les névralgies des membres supérieurs fussent moins utilement traitées par l'usage de l'essence de Térébenthine, et nous n'en exceptons ni les névralgies intercostales ni les névralgies qui occupent la tête.
Nous ne voulons pas dire qu'il faut s'en tenir toujours exclusivement à l'emploi de la Térébenthine, et que, dans un grand nombre de cas, l'usage préalable, simultané ou ultérieur de la belladone, du quinquina,, de l'opium ne soit appelé à rendre de grands services; mais l'essence de Térébenthine est un agent qui ne le cède en puissance à aucun de ceux que nous venons d'indiquer, et qui guérit dans des cas où ces derniers étaient restés complète m eut inutiles.
Quant aux névralgies viscérales, si rebelles, si communes, surtout chez les femmes, elles sont plus eflicacement combattues par l'essence de Térébenthine que par tout autre remède; et, chose singulière, les névralgies de l'estomac et de tous les viscères qui ressortissent plus particulièrement au plexus solaire, sont celles qui obéissent le mieux à l'action de cet agent puissant. Il est étrange de voir des femmes délicates supporter avec une facilité merveilleuse des doses considérables d'essence de Térébenthine, et bien rarement les névralgies, même les névralgies stomacales, sont augmentées par l'administration du remède. Dans ce cas, nous ne donnons la Térébenthine que six ou huit jours de suite, pour la reprendre après un repos de deux semaines à peu près. Assez souvent nous alternons avec l'usage du nitrate d'argent, que nous administrons en pilules de 1 centigramme, deux ou trois fois par jour, dans l'intervalle des repas , et cela pendant trois ou quatre jours seulement.
Dans des cas rares, si l'essence de Térébenthine est mal supportée, nous lui associons le laudanum de Sydenham, à la dose de i goutte, 2 gouttes au plus, chaque fois que l'on prend les capsules.
TÉRÉBENTHINE. 80o
Nous avons dit plus haut qu'invariablement, et déjà depuis plusieurs années, nous donnons l'essence de Térébenthine en capsules ; chez les personnes qui ne savent pas avaler les médicaments sous forme pilulaire, l'essence est prise avec du thé, du café, un mélange d'eau-de-vie et d'eau, ou bien avec quelque infusion aromatique ; mais ce mode d'administration a des inconvénients sur lesquels nous devons appeler l'attention. Le dégoût, les premières fois, n'est pas très-grand; mais, après quelques jours, il devient invincible et la simple odeur de la Térébenthine donne des vomissements. Chez ceux môme qui n'ont pas de dégoût, l'irritation topique que produit l'essence sur le pharynx et l'œsophage, cause une chaleur locale intolérable et des vomissements, tandis que prise en capsules, associée aux aliments, la Térébenthine irrite à peine la membrane muqueuse de l'estomac et n'irrite jamais celle du pharynx et de l'œsophage.
Vers intestinaux. 2° C'est aux médecins étrangers, et surtout aux Anglais, que nous sommes redevables des faits qui attestent les propriétés anthelmintiques en général, et ténifugos en particulier, de l'huile essentielle de Térébenthine à hautes doses. Avant de passer à ce titre dans la Matière médicale humaine, les vertus antivermineuses de cette substance ont été éprouvées sur les animaux. Chabert préconise beaucoup pour expulser les entozoaires des botes de somme, 30, 60 grammes de mélange d'une livre d'huile animale empyreumatique et de i kilogramme et demi d'huile essentielle de Térébenthine, distillées ensemble. C'est pourtant le hasard qui a présidé au premier cas de guérison du ver solitaire chez l'homme.
Un marin avait le ténia, et remarquait que chaque fois qu'il prenait beaucoup de genièvre il rendait quelque portion de l'animal. Or les hommes de mer anglais ont, dans leur liqueur au genièvre, remplacé les baies de cette plante par une certaine quantité d'huile essentielle do Térébenthine. Le marin attribuant avec raison les effets vermifuges de sa boisson spiritueuse à l'essence active qu'elle contenait, pensa se délivrer plus complètement de la cause de son mal en s'administrant pure et à plus fortes doses l'huile essentielle de Térébenthine. Le ténia fut tué et expulsé. Encouragé par ce fait, Jean Halle, en proie au même mal. prend le matin à jeun 96 grammes d'es-ence de Térébenthine. Mémo dose au bout de deux heures, la première n'opérant pas. Malaise, céphalalgie, ivresse, selle abondante où se trouve le cadavre entier de l'entozoaire. Pas de récidive. Le docteur Jean-Ralph Fenwich, de Durham, rapporte six cas de guérison de la même maladie par le même remède. 11 administre l'huile essentielle pure le matin à jeun, à la dose de 6-i grammes ; puis bientôt après 32 autres grammes qui agissent comme purgatif, et déterminent l'expulsion du ténia mis à mort par la première potion. Sur ces six malades, quatre ont été d'une première fois débarrassés de leur ennemi, qui ne s'est jamais reproduit ; deux ont eu des
80r> MÉDICAMENTS EXCITANTS.
récidives dont un second traitement les a entièrement préservés pour l'avenir.
M. Cross, de l'intéressant mémoire duquel ces observations sont tirées [Journal de méd. de Leroux^ t. XXXV, p. 147), rapporte de sa propre pratique un fait très-concluant en faveur de l'usage de l'essence de Térébenthine contre le ténia. Dans ce cas, une foule de drastiques et d'anthelmintiqnes avaient été pendant longtemps employés en vain, efc n'avaient jamais procuré que l'évacuation de quelques anneaux détachés du ver. Les symptômes persistaient. Le remède aux doses ci-dessus fut employé avec un tel succès, que depuis huit ans que le ténia a été rendu sous l'action de l'essence de Térébenthine, nulle récidive ne s'est fait sentir.
M. Chaumeton, dans une analyse qu'il fait du mémoire de M. Cross (journ. cit.), raconte un cas de guérison semblable de la pratique de M. le docteur Marc, et que lui a communiqué ce praticien. La prescription fut celle-ci : Huile essentielle de Térébenthine, 32 grammes ; sirop de gomme, 32 grammes ; eau distillée de menthe, 230 grammes. M. Crcss mélange aussi l'huile essentielle à deux fois son poids de sirop. Ce médecin assure connaître nombre de guérisons par ce remède de malades tourmentés de cruelles démangeaisons de la fin du gros intestin par les ascarides vermiculaires. Dans ces cas, il suffit de donner l'essence en lavements, mêlé à un mucilage. MM. Feschier et Maunoir, do Genève, ont constaté les propriétés vermifuges de l'essence de Térébenthine. Le docteur Kennedy en a cité cinq ou six cas fort curieux et bien détaillés, qu'on lit dans le tome troisième des y4rchives de médecine. Il mélange souvent l'essence à l'huile de ricin.
Il est inutile que nous dressions la liste de tous les praticiens anglais qui, dans ces cas, se sont toujours avec efficacité servis de l'agent énergique que nous étudions. MM. Mérat et de Lens disent l'avoir employé deux fois contre le ténia, et les deux fois cet animal a été réduit et rendu en putrilage. Ils ajoutent que cette méthode de traitement est aujourd'hui peu suivie : \° parce qu'elle n'est pas toujours efficace; 2° parce qu'elle donne lieu à des accidents parfois graves ; 3° parce qu'on possède dans la racine de grenadier un ténifuge plus assuré. Ces motifs de proscription nous semblent vagues, peu péremptoires, insuffisants pour discréditer l'usage vermifuge de l'huile essentielle de Térébenthine ; et cela est d'autant plus frappant, que les conclusions de ces auteurs suivent immédiatement l'énoncé de deux succès complets, après lequel il est permis de les trouver peu conséquentes.
Calculs biliaires. On connaît depuis bien longtemps la fréquence des calculs biliaires, leur importance. Les grands maîtres des siècles derniers y ont parfaitement rattaché toute la série et la variété d'accidents que l'anatomie pathologique moderne a démontré leur appartenir. Nous sommes môme persuadés qu'Ettmuller, Blanchi, F. HofFman, Boerhaave,
vanSwieten,Baglivi,Lentiliiis, Valisnieri, Heberden,Durande, etc., etc., ont écrit sur ce point de la pathologie du foie des choses plus vraies, plus complètes, plus médicales qu'on ne l'a fait de nos jours. Presque tous ces praticiens avaient eu la pensée de chercher un dissolvant des pierres biliaires, et jeté les yeux pour atteindre ce but difficile, sur des liquides spiritueux, volatils, depuis Ettmuller, qui regardait l'esprit de nitre dulcifié comme capable d'agir un peu sur ces pierres, Poultier qui attribuait la même propriété à l'alcool pur, jusqu'à Boerhaave, qui employa à cette fin l'huile essentielle de Térébenthine sans aucun mélange ; Withe et Valisnierie, qui combinèrent ces deux liquides spiritueux, essayés isolément jusqu'à eux, et enfin Durande , qui dès l'année 1773 (et non 1782, comme l'indique Sprengel dans son Histoire de la médecine), substitua l'éther sulfurique à l'alcool, et publia, en 1782, dans les semestres de l'Académie de Dijon, son mémoire sur les coliques hépatiques, et leur traitement par le fameux mélange qui dès lors a porté son nom.
Nous laissons Durande lui-même exposer le mode d'administration de son remède, les précautions et les conditions qu'exige son emploi, puis nous tâcherons d'apprécier la valeur de ses assertions et l'utilité de la médication qu'il a tant exaltée.
Durande fait l'histoire complète et très-satisfaisante des calculs biliaires, s'étend sur leurs dangers, leur pronostic, leur diagnostic différentiel, etc., discute les avantages de quelques secours accessoires comme la saignée, les alcalins,, les bains, etc., puis il ajoute :
<( Après un long usage d'humectants et de délayants (six semaines à deux mois), d'apéritifs doux, on donne le dissolvant des pierres biliaires, à la dose de 4 grammes tous les matins, en faisant prendre par-dessus une écuelle de petit-lait, ou d'eau de veau avec la chicorée, ou de sirop de violettes avec de l'eau pure. Si ce remède agite, s'il échauffe trop les malades, si la région du foie devient douloureuse, on saigne et l'on continue les bains. On joint au contraire les apéritifs et les toniques les plus doux à ce remède, si l'on s'aperçoit que le foie se gonfle avec très-peu de douleur, que les malades soient plutôt appesantis qu'échauffés. On insiste plus ou moins sur ce remède, suivant l'ancienneté et l'opiniâtreté de la maladie ; mais assez généralernent les malades doivent prendre 500 grammes de mélange d'éther sulfurique et d'huile volatile de Térébenthine. Lorsqu'il n'y a plus de jaune ni sur le visage ni dans les yeux, lorsque la douleur de l'hypochondre cesse de se faire sentir, que le malade n'éprouve aucune anxiété, même après le repas et l'exercice on conçoit que la santé se rétablit, que le cours de la bile est libre, et qu'il est temps d'employer les purgatifs doux, qui pour lors agissent utilement, sans causer la moindre douleur à ceux même qui, avant l'usage du dissolvant, avaient été le plus fatigués par l'usage de ces remèdes.
«On doit ensuite s'attacher à prévenir le retour des coliques, et em-
pécher la bile de se corigulei' de miinièrc à former de nouvelles concrétions. Les moyens capables de rendre la circulation du sang plus libro dans les vaisseaux de la veine porte, préviendront l'épaississement de la bile. Sous ce point de vue, les apéritifs doux ont leur utilité ; mais le plus généralement la chaleur du foie, l'acrimonie et l'abondance de l'humeur bilieuse sont les causes de ces retours de maladie. Tout ce qui rend les urines jaunes et pénétrantes, la bouche mauvaise, l'haleine forte, doit être proscrit comme irritant : aussi les graisses, les salures, l'excès de nourritures animales, les boissons spiritueuses ; les épices, les plantes amères, acres ou échauffantes, telles que le cresson, les asperges, les artichauts ; l'usage trop fréquent des purgatifs, les fatigues, les veilles sont très-contraires à ces malades. Mais un régime doux et modéré avec les viandes, surtout les volailles bouillies ou rôties ; les herbages, les farineux, les fruits bien mûrs ; les boissons délayantes, telles que le petit-lait, la limonade, le citron et l'orange ; le tartrite acidulé de potasse, les eaux minérales, les saignées faites à propos, le lait d'ânesse, m'ont paru sufflsants pour prévenir le retour de cette maladie, surtout lorsqu'on y joint, à des intervalles très-éloignés, de petites doses du dissolvant des pierres bilieuses, ou que l'on peut même substituer la dissolution du jaune d'œuf dans l'éther, qu'a imaginée M. Morveau, et qui paraît suffisante pour prévenir la formation des pierres biliaires, ou même pour les dissoudre dans le principe. Ce dernier remède aura l'avantage d'être moins désagréable aux malades. »
Le mélange de Durande était d'abord composé de parties égales d'éther snlfurique et d'essence de Térébenthine; plus tard,- il diminua d'un tiers la proportion de celle-ci, et le forma avec trois parties d'éther et deux d'essence.
L'auteur fait suivre son mémoire de vingt observations à lui propres, et de quelques autres qui lui furent communiquées par Marey, Lavort et Hoin ; toutes attestant l'elTicacité du mélange en question.
Nous ne disputons à ces observations ni l'exactitude de leurs détails, ni l'importance de tous leurs éléments, ni leur au+henticité, ni la précision du diagnostic pour un certain nombre au moins, ni même les avantages qu'ont retirés les malades du traitement employé. Il n'y a qu'une chose sur laquelle elles nous laissent dans le doute, et cette chose est précisément celle que Durande s'est obstiné à établir à si grands frais; cette chose, c'est la propriété dissolvante du mélange d'éther et d'essence de Térébenthine. Car, comment démontrer ce genre d'action? Rien n'est plus difficile. Il ne faudrait rien moins que le concours de plusieurs circonstances qu'on ne peut rassembler que bien rarement ; peut-être même ne l'ont-elles jamais été au degré nécessaire pour déterminer une conviction. Il faudrait : 1° avoir nettement constaté dans la région correspondant au siège de la vésicule biliaire une tumeur offrant au palper une résistance inorganique, si nous pouvons ainsi parler, une résistance pierreuse, une tumeur qui, comprimée ou percutée, laissât percevoir au
toucher ou à l'oreille une sensation ou un bruit semblable à ceux que produisent, comme l'a observé J.-L. Petit, des noisettes qu'on froisserait dans un petit sac; 2° puis que, dans de telles conditions, le mélange de Durande eût été pendant quelque temps administré, et que la tumeur eût disparu plus ou moins lentement, sans qu'il ait été possible de trouver des concrétions biliaires dans les matières évacuées par le malade. Il faudrait que de pareils phénomènes se répétassent un grand nombre de fois chez plusieurs individus, il faudrait suspendre le traitement et le reprendre, voir si la maladie ou plutôt sa cause matérielle sa conformerait à ses alternatives, etc.... Hors de ces circonstances presque impossibles h réunir, il ne peut y avoir que doute et tout au plus vraisemblance, interprétation arbitraire, manière de voir.
Combien pourtant les observations de Durande manquent de ces éléments indispensables de solution! Qu'y voit-on? Des malades sujets à des dérangements fréquents de la digestion, pris de coliques hépatiques plus ou moins vraies, de vomissements, de jaunisse pour la plupart ; cette série d'accidents se renouvelant par intervalles et chez le plus petit nombre, s'accompagnant de quelques concrétions biliaires dans les selles, rendues avant le traitement.
Celui-ci fut institué selon les principes exposés plus haut ; la médication classique ou rationnelle, comme on dit, précède, accompagne et suit rigoureusement la médication prétendue spécifique et dissolvante, c'està-dire l'administration du mélange éthéré et térébenthine ; les malades sont notablement soulagés ou radicalement guéris.... N'est-ce donc pas assez? Pourquoi ne pas se bornera constater cet effet, l'attribuant, comme cela peut être juste, à l'action du traitement, sans prétendre saisir l'intermédiaire entre le médicament donné et le résultat obtenu ? Ce sage empirisme n'est-il pas préférable à une explication probablement erronée, explication qui n'a peut-être servi qu'à mettre en défiance contr< les avantages du moyen proposé, parce que nécessairem^ent on a dû souvent confondre le fait avec la théorie, et rejeter celui-là, parce que celle-ci paraissait fausse et absurde. Si le moyen est utile, et nous ne le nions pas, pourquoi ne pas se contenter de poser les conditions de cette utiljle, au lieu d'avoir la vanité de trouver celles de son action intime, sans autre fruit que de discréditer ce moyen, en l'associant au sort éphémère de toute explication ?
Durande se fonde principalement sur ce que les calculs biliaires mis en contact dans un vase avec son mélange, ou simplement exposés aux vapeurs qui s'en dégagent, deviennent bientôt friables, puis se dissolvent entièrement. 11 n'est pas besoin d'insister sur le vice et l'insuffisance de l'analogie que ce fait le porte à établir. L'éther ou l'alcool seuls sont incapables, assure-t-il, de dissoudre ainsi les pierres hépatiques, et cependant plusieurs médecins avant lui, ceux que nous avons désignés plus haut, se sont vantés d'obtenir avec ces liquides des résultats semblables aux siens.
Mais une chose plus frappante encore dans les observations de Durnnde, c'est la rapidité d'action du remède et le caractère de l'élément de la maladie contre lequel cette action paraît surtout se manifester. En effet, c'est au symptôme colique que le remède en question s'attaque principalement, c'est ce symptôme qu'il est en possession de mieux calmer qu'aucun autre moyen. Or se peut-il concevoir que la vertu dissolvante du mélange de Durande se développe en aussi peu de temps qu'il lui en faut pour dissiper la douleur hépatique . Une action altérante de ce genre (en la considérant comme possible dans l'espèce) suppose une opération lente, insensible, moléculaire, toutes conditions incompatibles avec l'instantanéité qu'on remarque dans la disparition d'un phénomène nerveux sous l'influence de l'éthcr térébenthine.
Nous savons bien que Durande, en vertu de l'idée qu'il s'est faite du mode d'influence de son remède, prescrit de le continuer pendant longtemps ; mais indépendamment de ce que cela ne prouve rien, puisque quelques-uns de ses malades qui n'ont pas suivi ce conseil n'ont pas essuyé de récidives^ à plusieurs autres il ne faisait prendre que l'éther avec le jaune d'œuf, et nous apprenons de lui que l'éther n'a pas la propriété de dissoudre les pierres biliaires.
Enfin de ces malades, les uns ont rendu des calculs, et chez ceux-là il n'a pas le droit d'invoquer l'action dissolvante du remède; les autres n'en ont pas rendu, bien que plusieurs d'entre eux présentassent une série d'accidents qu'il était assez naturel de rattacher à l'existence de pierres biliaires ; mais ici que d'obscurité!
Des individus après des éruptions, des sécrétions accidentelles, des fonctions supplémentaires supprimées :; certains vieillards bilieux, mélancoliques, sont pris de symptômes d'indigestion, de langueur générale, de cachexie atrabilaire , de douleurs épigastralgiques ou hypochondriaques, de vomissements, de constipation ou de selles décolorées, d'urines lixivielles, d'ictère, etc.. ; on les soumet pendant un très-longtemps à une diète délayante et comme on disait autrefois altérante, aux lavements laxatifs, aux boissons minoratives, apéritives, savonneuses, alcalines,
aux eaux minérales de Seltz, de Vichy, au petit-lait, etc , puis on
leur donne le mélange volatil, et ils sont rétablis après une plus ou moins longue administration de cette médication achevée par des purgatifs et le retour par intervalles au fameux mélange, etc Comment
démontre-t-on alors son effet dissolvant ? Parce que le cours de la bile s'est établi, que les selles du malade sont colorées, ou qu'il rend une bile noire et épaisse qu'on prétend être la matière du calcul redevenu fluide.
Nous accordons, d'après notre propre observation, qu'il est certains dérangements des fonctions biliaires caractérisés par des ictères inopinés et qu'on ne peut rattacher à aucune lésion hépatique appréciable ; par une langueur profonde de tout l'organisme et des actes digestifs en particulier, une constipation opiniâtre, un découragement mortel, quelque-
fois le sentiment d'une barre épigastrique, d'une pesanteur dans la région du foie ; enfin par la morl dans quelques cas, sans que l'autopsie fasse découvrir d'altération en rapport avec la gravité de la maladie (ce sont les maladies atrabilaires des anciens auteurs). Mais ces affections semblent plutôt pouvoir être attribuées à une inertie de l'appareil sécréteur et excréteur de la bile, à une atonie de la circulation et de l'innervation de cet important système, etc , qu'à toute autre cause; et
l'expérience a prouvé que le régime et les agents thérapeutiques qui ont la propriété de fluidifier nos humeurs, telles sont celles énumérées plus haut et que Durande employait en quantité et longtemps chez ses malades, et que les purgatifs et tout ce qui peut réveiller la sensibilité du tube digestif et stimuler les sécrétions, que l'exercice à pied, en voiture,
à cheval, etc , l'expérience a prouvé, disons-nous, que ces ressources
hygiéniques et médicamenteuses combinées sont utiles dans les cas que nous venons de signaler. VoiLà de quelle manière nous interprétons les succès de Durande et de ceux qui se sont conformés à lui dans leur pratique.
Quant à la propriété incontestable qu'al'éther térébenthine de calmer les coliques atroces et les vomissements dont s'accompagnent fréquemment les calculs biliaires et certaines névralgies hépatiques, nous la. considérons comme purement antispasmodique, et ce n'est pas un fait nouveau. Durande, après tout, a le mérite d'avoir bien connu les maladies produites par les pierres biliaires, et de leur avoir appliqué une bonne méthode de traitement.
Péritonite puerpérale. Il nous reste à juger une question thérapeutique bien autrement grave encore que celle qui vient d'être examinée.
Quelle confiance méritent les travaux des médecins anglais qui tendent à prouver l'insigne efficacité de l'huile essentielle de Térébenthine contre la péritonite puerpérale ? Nous posons la question dans ces termes pour laisser de suite entrevoir notre défiance envers la valeur et la solidité de ces travaux, et pour prévenir que nous ne leur concéderons que ce qu'il nous sera rigoureusement impossible de leur refuser. C'est entre eux et nous une pure question de diagnostic ; et, nous devons le dire par avance, les motifs de nos doutes résultent de l'insuffisance des détails capables de caractériser la maladie, résultent du merveilleux et de l'incroyable des effets racontés aussi bien que de l'habitude oii nous sommes de ne presque jamais pouvoir vérifier sur nos malades ce que les médecins anglais observent dans leurs hôpitaux.
Au mois de décembre 1812, il régna à l'hôpital des femmes en couche de Dublin une épidémie de péritonite puerpérale à laquelle aucune malade n'échappait, quel que fût le traitement employé, jusqu'à ce que le docteur Brenan se mît à essayer l'huile essentielle de Térébenthine. Ce médecin rapporte six observations dans son ouvrage imprimé à Londres,
en 1814, sous ce titre : Thouglits on puerpetml fever and ifs cure by spirit of turpentine. Brenan décrit ainsi en peu de mots l'aspect général de la maladie : (( J'ai en général trouvé qu'après l'accouchement le plus favorable, les Femmes devenaient malades dès le troisième ou le quatrième jour, et présentaient co que les gardes-malades appellent fièvre puerpérale éphémère. Il y avait un frisson violent, suivi de douleurs vives dans l'abdomen et les intestins; l'estomac était exclusivement irritable; il survenait des vomissements ; le ventre se tuméfiait et devenait très-sensible à la pression : la maladie se terminait en peu de jours par la mort. »
Ce dernier trait est sans doute celui qui contribue le plus fortement à caractériser la maladie ; car, bien que l'ensemble des premiers phénomènes appartienne à la péritonite puerpérale, on pourrait à la rigueur les attribuer à quelques autres maladies dont nous parlerons plus bas ; mais il faut avouer que ces mots : la maladie se terminait en peu de jours par la mort ; que cette circonstance ainsi répétée : aucune femme n'échappait quel que fût le traitement employé., etc , expriment une rapidité
et une fatalité de terminaison dont n'est susceptible aucune des affections des femmes en couche; et si l'on ajoute à cela la nature épidémique de la maladie, caractère qui ne s'observe guère pour les maladies puerpérales qu'avec la péritonite et au milieu des conditions que nous trouvons ici, nous voulons dire la réunion dans un même lieu d'un grand nombre de nouvelles accouchées ; si l'on pèse toutes ces conditions, il sera permis de croire qu'en effet les femmes traitées par le docteur Brenan étaient bien affectées de péritonite puerpérale. Poursuivons néanmoins et discutons la valeur des faits allégués.
La première de ces observations n'atteste pas un succès, et pourtant die prouve quelque chose. Tout fait croire qu'il y a un épanchement dans le ventre; sensibilité exquise à la moindre pression. Après deux saignées de quinze onces chacune, état de dissolution telle, qu'aucune malade n'avait été guérie dans un cas semblable. On administre l'essence de Térébenthine. L'abdomen, de tendu et de très-douloureux, devient
flasque et indolore. La malade crache du pus et meurt Ce fait suggère
bien des réflexions; mais comme elles sontcommunes à plusieurs autres observations, et que toutes peuvent être considérées d'un point de vue unique, continuons à présenter les plus intéressantes, en réservant pour la fin notre opinion générale.
La seconde est en tout semblable à la précédente, seulement la mort n'est pas annoncée par un crachement de pus. L'essence est employée à l'intérieur et en frictions sur le ventre.
Dans la troisième : céphalalgie, sensibilité de l'abdomen, nausées, plaintes, gémissements. Une cuillerée à soupe d'essence de Térébenthine et un peu d'eau après. Quinze minutes à peine écoulées, la malade se porte bien; l'amélioration s'affeniiit.
L'auteur qui rapporte ces observations (Fernandès, Thèse inaug.y
TEREBENTHINE. 813
Paris, 1830), dit que celle qu'on vient de lire n'a pas besoin de commentaire !
La quatrième est insignifiante, et fait grand tort aux autres, en prouvant la légèreté du diagnostic et des conclusions de Brenan.
iSous rapportons la cinquième en entier, parce qu'elle est plus importante. Accauchement le 12. Le 15, fièvre très-violente, toux très-forte et qui porte à crier, à cause des douleurs du ventre qui est excessivement sensible à la pression. (Essence de Térébenibine appliquée sur Fabdomen ; on en donne intérieurement une cuillerée à soupe dans de l'eau sucrée). Le 16, point de douleur, appétit ; la malade prend des aliments. Elle est aussi mal que jamais. (Essence de Térérentbine intérieurement et extérieurement.) Soulagement, nouvel écart de régime. Les symptômes prennent une très-grande intensité jusqu'au 21 ; le cas est désespéré : on considère la malade comme moribonde. Vomissements de bile verte. (Une once d'essence de Térébenthine, répétée une heure après ; on l'applique aussi sur le ventre.) Le 22 au matin, amélioration ; on la trouve à dormir. (Huile de castoréum ou de ricin, teinture de séné et 8 grammes d'essence de Térébenthine.) Plusieurs selles. Le 23 et le 24, la malade se porte mieux, prend des aliments et se lève. Le 27, elle s'en va chez elle.
Dans le sixième, on se borne à dire qu'après un travail difficile, suivi de l'accouchement de jumeaux, la femme se porte très-mal. Elle est guérie par l'usage interne et externe de l'essence.
Voici quelques garanties morales en faveur de l'authenticité des observations du docteur Brenan :
1" Ce médecin avait déjà observé plusieurs cas de péritonite puerpérale, et avait été témoin de l'horrible épidémie qui attaquait les femmes en couche ;
2° D'autres médecins ont observé les mêmes malades, et n'ont point réfuté ses observations. Brenan s'exprime ainsi à ce sujet :
(c Je mentionnerai ici quelques cas que j'ai traités avec l'essence de Térébenthine, qui peuvent être considérés comme étant de quelque valeur, parce que leur authenticité ne saurait être mise en doute à cause du lieu où ils ont été observés. Il est bien évident que toute fausse assertion faite devant une aussi nombreuse et aussi respectable corporation que celle de l'établissement de l'hôpital des femmes en couche de Dublin, serait bientôt réfutée; »
3° Les contestations que Brenan a eues avec ses adversaires servent plutôt à prouver la vérité des observations que leur fausseté. Son mépris des égards réciproques que se doivent les gens de l'art l'a engagé dans des disputes personnelles avec ses collègues. La discussion qui a eu lieu entre lui et les hommes placés de la manière la plus avantageuse pour découvrir ce qu'il y avait de faux dans ses observations, a fini par tourner à son avantage, puisqu'on n'a pu le prendre en défaut. (Fernandès, Thèse citée.) Nous veirons dans un instant que rien n'est moins difficile.
Le docteur James Macabc, partisan des émissions sanguines dans la maladie dont il s'agit, rapporte quatre faits pour démontrer l'efficacité de l'essence de Térébenthine. De ces quatre faits, un seul nous semble appartenir à la péritonite puerpérale. Il est semblable aux deux premiers de ceux r.ipportés par Brcnan ; c'est-à-dire que, sous l'induence de l'essence de Térébenthine, le ventre gonflé et très-douloureux s'affaisse, devient indolent, et la malade meurt. Dans deux autres cas, les malades nous paraissent avoir été affectées de ces constipations qui, chez les femmes en couche, déterminent des tumeurs slercorales, et quelquefois des douleurs et un gonflement de l'abdomen simulant la péritonite. La Térébenthine a agi en purgeant vivement, et les malades ont été guéries. An sujet de ces quatre observations, Macabe écrit à Brenan une lettre où on lit ce qui suit : « Si ces cas sont pour vous de quelque intérêt, je croirais manquer de candeur et de sincérité en ne vous communiquant pas mon opinion sur la découverte d'un médicament qui semble, lorsqu'il est raisonnablement appliqué, être le meilleur de tous ceux qui ont été employés jusqu'à pr 'sent dans la fièvre puerpérale, et que par conséquent l'essence de Térébenthine est une addition très-précieuse à la matière médicale. »
Un onzième fait du docteur Alkinson doit être rangé dans cette dernière classe, quoiqu'il semble fort bien caractérisé, et qu'il soit revendiqué comme un des plus éclatants en faveur de la médication préconisée. Les détails précieux et suffisants qu'il renferme nous autorisent à affirmer que ce succès est entièrement dû aux déjections alvines procurées par l'essence de Térébenthine, les purgatifs et les lavements laxatifs qu'on y associait, seule médication qui triomphe aisément des constipations rebelles si fécondes en accidents graves, et pouvant simuler la péritonite chez les femmes puerpérales.
Une douzième observation du docteur Henry Payne, exposée avec tous les détails désirables, est un exemple type de l'espèce de maladie que nous venons de rappeler. La guérison est entièrement due à l'action purgative de l'essence de Térébenthine et des mixtures salines dont on aidait son effet.
La treizième observation, de Richard Edgel, est incapable de prouver quelque chose.
La quatorzième, de George Parkman, rentre dans les cas précédents. Douleur abdominale et tympanite symptomatiques d'une tumeur stercorale ; sels neutres, essence de Térébenthine décidant des évacuations rapides et abondantes, guérison subite.
Quatre observations, dues au docteur Isaac Johnson, pour ne pas mériter d'être placées, pour la nature des cas, à côté de celles que nous venons de passer en revue, n'en sont pas plus susceptibles de figurer parmi des péritonites puerpérales véritables; il n'y est question, comme signe peu important, que de l'extrême sensibilité du ventre et de son gonflement; les malades ont été rétablies, soit par l'essence de Térében-
TÉRÉBENTHINE. 81 o
thme purgative, soit, il est vrai, sans cette circonstance; nnais alois la maladie n'est rien moins que caractérisée. Dans d'autres cas, le traitement se compose de l'essence de Térébenthine, puis du calomel, des frictions mercurielles, de juleps camphrés, de vésicatoires sur l'abdomen, de lavements laudanisés, etc., de sorte qu'une conclusion quelconque est interdite à un esprit tant soit peu rigoureux, et par la nature équivoque de la maladie, et par la variété des moyens énergiques et réputés, concurremment rais en usnge. Enfln, nous ne citerons plus qu'une observation du docteur Wader. Nous sommes fort disposés à admettre que, dans ce cas, il s'agissait bien d'une péritonite et peut-être d'une phlébite utérine. La guérison paraît due à la Térébenthine, qui a donné lieu à des effets d'autant meilleurs qu'elle a mieux purgé et qu'elle a été associée à des purgatifs communs.
Maintenant, il est de notre devoir de communiquer quelques documents qu'on a considérés comme capables d'imprimer aux faits précédents un peu de l'autorité et du crédit dont ils ont tant besoin.
John Douglas, qui exerce la médecine à Dublin dans un des plus grands hôpitaux de l'Europe, s'exprime ainsi dans une lettre écrite à Brenan : « J'ai présents à ma mémoire différents cas dans lesquels j'ai administré l'essence de Térébenthine avec les résultats les plus satisfaisants. Je puis même positivement assurer que je ne l'ai jamais ordonnée à aucune malade qui n'ait recouvré la sfinlé par suite de son administration. Si quelqu'un supposait que mes sens ont pu me tromper, je le renverrais au témoignage de personnes, dont quelques-unes seraient en état de certifler, comme moi, à quel médicament elles doivent leur guérison. » Ces vagues attestations sont sans poids dans la question toute spéciale qui nous occupe ; car, qui nous dit que les faits d'où elles sortent ne sont pas frappés de nullité comme la plupart de ceux que nous avons mis sous les yeux des lecteurs ?
Le même praticien, faisant sept ans après un rapport sur la fièvre puerpérale, parle ainsi : « J'ai vu souvent l'application externe de l'essence de Térébenthine sans son usage interné, ou sans le secours des saignées, être entièrement efflcace dans le traitement de la péritonite, n Plus loin il ajoute : « Je penserais être injuste envers la société, si je n'affirmais positivement que je considère l'essence de Térébenthine, quand elle est judicieusement administrée, comme le remède le plus généralement convenable et le plus efficace de tous ceux qui ont été proposés jusqu'à présent. Je puis assurer que j'ai vu des femmes recouvrer évidemment leur santé par son influence dans des cas presque désespérés, et après avoir perdu certainement tout espoir de guérir par le traitement ordinaire. » Douglas dit encore qu'elle peut être employée dans toutes les variétés de cette maladie, et qu'il a observé quelquefois que quinze à vingt minutes après son administration externe, elle a produit le plus grand soulagement sans donner lieu à des évacuations alvines.
8ir, MÉDICAMENTS EXCITANTS.
Le docteur Kinneir s'exprime ainsi : «D'après mon opinion et celle de quelques-uns de mes amis, l'essence de Térébenthine est le plus précieux médicament dont on ait usé jusqu'ici dans la péritonite puerpérale. » Un autre praticien anglais, après l'avoir employée, vu les insuccès de toutes les autres médications et la fatalité de toutes les terminaisons, déclare que la découverte de Brenan est une des plus importantes de la médecine. En mars 1823, à l'est de Londres, non loin de la rivière dite Farre^ régna une épidémie très-meurtrière de péritonite puerpérale. Un praticien perdit sept malades; un autre quatre, et un troisième onze sur treize. Il n'y eut que deux femmes sauvées par l'essence de Térébenthine et sans l'emploi des saignées. [The Lond. med. andsurg. Journ., vol. III, p. 29.) Nous nous abstenons de l'allégation d'une foule d'autres témoignages avantageux à l'usage du remède que nous étudions. Deux médecins seulement, Joseph Glarke et Hamilton, ont déposé contre les éloges exagérés qui lui ont été accordés.
Les faits énoncés plus haut forment, pour nous, trois catégories bien distinctes. La première renferme les cas, sinon incontestables et acquis à la thérapeutique, au moins douteux et assez frappants pour qu'il ne soit pas déplacé de s'y arrêter. La seconde se compose des observations qu'on peut et qu'il faut admettre, sauf à les interpréter autrement que ne l'ont fait ceux qui les ont publiées. Dans la troisième, on est forcé de reléguer ceux qui ne prouvent rien pour vouloir trop prouver, et ceux dont il est impossible de tirer la moindre conclusion à cause du défaut absolu de caractères et de détails.
Les premiers sont au nombre de quatre. Trois d'entre eux sont bien remarquables; et parmi ceux-ci, deux surtout cités par Brenan, et observés pendant l'épidémie si meurtrière de 181 2. Raisonnons dans l'hypothèse que le docteur anglais avait réellement affaire à des péritonites puerpérales avec suffusion purulente dans la cavité du ventre. L'issue toujours funeste de la mal:' die et son caractère épidémique nous donnent le droit de le supposer. Que voyons-nous?
De malheui-euses femmes arrivées au dernier degré de l'infection purulente, dont le ventre plein de pus devient tout à coup indolent, flasque, et qui succombent peu de temps après qu'on leur a administré l'essence de Térébenthine... On a vu que Macabe rapporte un fait semblable. Dans le premier, cité par Brenan, la malade crache du pus, €t meurt en môme temps que son ventre s'affaisse... Ou bien c'est Icà le mode de terminaison naturelle de la péritonite puerpérale, ou bien la Térébenthine a eu part dans cette issue promptement fatale. La première opinion est bien vraisemblable, car c'est assez souvent de cette manière que finissent les victimes de la péritonite puerpérale épidémique. Aux approches de la mort, les vaisseaux absorbants entrent dans une activité funeste, et par cette voie les flots de pus accumulés dans le péritoine passent rapidement dans le système circulatoire, comme cela a lieu dans les mêmes circonstances pour la sérosité épanchée dans les cavités sans ouvertures. Les
malades mourraient par rinfectioii, si cette résorption en masse n'était (léjcà plus le signal d'une mort prochaine.
Faut-il au contraire attribuer ces effets à l'action de l'essence de Térébenthine? Faut-il, guidé par l'analogie, penser que dans ces maladies où la diathèse pyogénique est si prononcée qu'cà peine la fluxion intlammatoire s'est-elle portée sur un tissu, celui-ci exhale une quantité disproportionnée de pus, et que les membranes séreuses en particulier deviennent le siège d'une sorte de catarrhe purulent ? faut-il penser que, dans ces cas, l'essence de Térébenthine jouit d'une action semblable à celle que nous l'avons vu manifester dans les flux pathologiques des membranes muqueuses, et qu'elle supprime les premiers comme ceux-ci; qu'elle corrige cette disposition à exhaler du pus sous l'influence du moindre stimulus phlegmasique, disposition qui forme un des caractères les plus remarquables des fièvres puerpérales?... Les faits que nous discutons n'encouragent guère à se fier à cette explication ; car, après tout, les malades sont morts; et puis, avec ce raisonnement, pourquoi la résorption rapide des produits morbides? Nous n'avons jamais rien rencontré de pareil dans nos observations sur les flux proprement dits. La membrane muqueuse cesse d'exhaler anormalement, elle sèche, mais ne résorbe pas ses produits... Peut-on concevoir que des faits aussi contraires à une opinion aient été publiés pour la soutenir ?
Quel cas ferons-nous de la cinquième observation, la quatrième de cette catégorie? Aucun : parce que indépendamment de ce que sa nature de péritonite puerpérale n'est rien moins qu'établie, elle reste seule, et qu'ainsi, équivoque et isolée, elle ne mérite la confiance de personne. Nous savons trop la difficulté et même l'impossibilité où sont les médecins anglais de faire des autopsies, pour leur reprocher une néghgence qui, réparée, eût levé tout nos doutes sur l'exactitude de leur diagnostic. Ainsi donc, voilà les seules observations un peu sérieuses réduites à ne rien prouver en faveur du traitement si pompeusement loué...
Quant aux faits de la seconde catégorie, nous les prenons pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire, comme nous l'avons indiqué à propos de chacun d'eux, pour des cas semblables à ceux que nous avons si souvent traités à l'Hôtel-Dieu par des purgatifs énergiques plusieurs fois répétés. Ce sont des constipations, des engouements stercoraux du cœcum ou de la portion sigmoïde du colon, qui s'accompagnent de douleurs vives, de gonflement ■du ventre, de rénitence dans une des régions inguinales, et peuvent, si l'on n'en débarrasse promptement les nouvelles accouchées, amener des entérites phlegmoneuses, des abcès dans le tissu cellulaire qui unit aux deux fosses iliaques les deux portions d'intestin que nous avons nommées, et même causer des péritonites partielles, rarement générales. Aussi, voit-on que dans tous les cas de prétendue péritoine puerpérale que nous avons assimilés à cette maladie, les femmes sont soulagées en raison directe de la rapidité et de l'abondance des évacuations alvines provoquées par de fortes doses d'essence de Térébenthine et de divers
purgatifs qu'on lui associait. L'auteur de la quatorzième observation, George Parkman, nous dit en effet : « Je ne sais pas pourquoi, dans des cas semblables, un purgatif prompt est de beaucoup préférable à un autre .. » La réponse est aisée à faire.
Il est aussi curieux de remarquer que toutes les femmes qui font le sujet de ces observations étaient habituellement constipées, ce qui, d'après nos propres recherches, est une des conditions prédisposantes les plus favorables au développement de l'état morbide en question. Chez presque toutes encore, on note des récidives, et on ne vient à bout d'une cure définitive qu'en insistant à plusieurs reprises sur la médication purgative par la Térébenthine, à dose capable de produire cette action ou par d'autres calhartiques. Rien de conforme à ce que nous voyons tous les jours.
Reste à interpréter le dernier cas, celui qui de tous nous a semblé le plus authentique quant à la nature de la maladie. Nous accordons l'exactitude du diagnostic ; c'est une vraie péritonite puerpérale, soit. Mais faisons attention que l'essence de Térébenthine a agi en purgeant ; et pour qui est-ce une chose nouvelle que l'utilité de la médication purgative dans ces cas surtout lorsque, comme dans celui-ci, la maladie n'est pas épidémique? Or, s'il en est ainsi dans ce cas, on ne peut plus le citer à l'appui d'une action spécifique de l'essence de Térébenthine. (Voir sur ce point de thérapeutique un article clinique de l'un de nous, Journal des conn. wêd.-chirur . , juillet 1836, p. 22 et suiv.)
Nous avons suffisamment apprécié les faits de la troisième catégorie, en disant plus haut qu'ils sont vides des plus simples détails capables de les caractériser, et que, de plus, le nombre des moyens énergiques, concurremment employés avec l'essence de Térébenthine, ne permet pas de démêler la part que les uns et les autres ont pu prendre à la guérison.
La vertu si exaltée par Douglas de l'application sur le ventre de l'essence de Térébenthine prouve-t-elle une action spécifique de cette substance dans la grave maladie qui nous occupe ? Nullement, car l'emploi avantageux qui a été souvent fait dans ce cas d'un large vésicatoire sur l'abdomen, alors que, la période inflammatoire terminée, on veut agir contre l'épanchement comme dans la pleurésie, fait assez voir qu'un épispaslique aussi énergique que l'huile essentielle de Térébenthine promet les mêmes résultats qu'un vésicatoire ordinaire.
La longue discussion à laquelle nous venons de nous livrer, et les conclusions négatives qu'elle nous force d'adopter donnent la mesure du crédit à accorder aux déclarations, aux témoignages spécieux, à la relation des succès inouïs publiés par les médecins anglais, et que nous avons dû, pour être justes, consigner dans cet article. Nous nous sommes ainsi étendus, parce que nous croyons qu'il n'est pas moins important de relever les erreurs que de signaler les vérités et les pratiques utiles. Quel tort n'est-ce pas faire à la thérapeutique que de se
contenter, comme cela se pratique dans certains ouvrage, de placer aveuglément à la file les uns des autres tous ces témoignages, sans plus les peser et les épurer que s'il s'agissait d'un vain détail de botanique ? De pareils livres devraient avoir la discrétion de ne prendre que le titre Matière médicale, sans prétendre à celui de Thérapeutique.
Nous avons voulu nous-mêmes savoir à quoi nous en tenir sur ces faits, et nous en avons appelé à l'expérience clinique. Dans les épidémies de fièvre puerpérale, malheureusement si nombreuses, que nous avons traversées à Paris depuis vingt ans, nous avons essayé l'essence de Térébenthine. Nous devons déclarer que si, dans le plus grand nombre des cas, nous avons échoué, cependant dans quelques cas, malheureusement trop rares, l'action du médicament a été rapide et évidente, et plus puissante que celle d'aucun agent thérapeutique que nous ayons employé. Dans deux circonstances surtout où des femmes étaient atteintes d'infection purulente, traduite par des abcès multiples, par des dépôts purulents dans les articulations, la guérison a été obtenue par la Térébenthine contre toute espérance. Toutefois nous devons dire que dans la péritonite puerpérale partielle, lorsque la forme n'a pas un caractère foudroyant, on est moins malheureux que dans les cas d'infection purulente.
11 va sans dire que l'essence de Térébenthine a été employée contre le tétanos, l'épilepsie et les fièvres intermittentes. C'est encore aux Anglais que nous devons cette découverte, qui ne mérite guère plus que la précédente d'attirer la confiance des praticiens.
Pour les malades pauvres, et que jetterait dans des dépenses excessives l'usage des balsamiques, généralement préférés dans le traitement des catarrhes pulmonaires chroniques, il nous est souvent arrivé de faire préparer une masse pilulaire obtenue avec l'huile essentielle de Térébenthine solidifiée par la magnésie, et d'en administrer 75 centigrammes à 1 gramme par jour avec succès.
Hémorrhagies. La Térébenthine forme la base de la plupart des eaux hémostatiques dont nous avons donné la formule au commencement de cet article. Ces eaux ont été surtout employées avec succès contre l'hémoptysie.
L'essence de Térébenthine est d'une administration si difficile , qu'on doit chercher à varier les préparations et les véhicules de ce précieux médicament. Nous recommandons sous ce rapport une préparation nouvelle, commode et efficace, le sirop de Térébenthine, dont nous nous sommes servis plusieurs fois avec succès dans tous les cas où l'usage interne de cet agent thérapeutique nous semblait indiqué. Ce sirop se donne h. dose édulcorante.
Nous aurions bien encore quelques réflexions à soumettre aux praticiens sur l'usage intérieur de la Térébenthine et de son essence ; mais comme elles sont applicables aussi aux substances résineuses et balsa-
iniques qui nous restent à étudier, nous ne nous y livrerons qu'apios avoir épuisé l'examen de ce groupe d'agents thérapeutiques.
En 1829, Garmicliaël, de Dublin, et un peu plus tard Guthrie {London mec. Gaz., t. IV, p. 509), préconisèrent l'huile essentielle de Térébenthine dans les inflammations lentes de Vii^is et de la choroïde.
M. Flarer, professeur d'oculistiqueà Pavie, commença à l'expérimenter en 1834 ; voici les résultats qu'on peut déduire du résumé bisannuel du docteur Trinchinetti, agrégé à la clinique. Après que les autres moyens avaient échoué, la Térébenthine a réussi dans quatre cas d'iritis primitives, de forme subaiguë et chronique, et des causes soit rhumatismale ou arthritique, soit traumatique; dans le dernier il y avait simultanément glaucome ; il a été amélioré et la vue en partie rendue au malade. Elle a également réussi dans huit cas d'iritis chroniques consécutives à des opérations de cataracte par scléroticonyxis, comme par keratonyxis, sur des personnes d'âge et de tempéraments divers. Ces inflammations profondes de l'œil étaient plus d'une fois accompagnées soit de kératite, soit d'hypopyon. Sur un autre malade, l'huile essentielle de Térébenthine échoua ; l'inflammation tenait à une autre cause mécanique persistante, c'est-à-dire à la présence du cristallin déplacé et branlant, qui venait heurter contre le cercle pupillaire.
L'essence de Térébenthine, d'après les expériences de MM. Flarer et Trinchinetti, abat la douleur locale, calme l'état général de l'organisme, diminue la congestion oculaire et le larmoiement, et favorise l'absorption du pus ou du sang épanché dans les lames de la cornée ou dans la chambre antérieure.
Au lieu de produire un efl'et purgatif, somme l'indiquent la plupart des pharmacologues, elle a le plus souvent constipé ; elle a aussi exercé une action marquée sur l'estomac; ainsi, elle a quelquefois entraîné des aigreurs et amené cet état qu'on nomme gastrisme (gastrismo).
Il a paru que la meilleure manière de l'administrer était de la donner suspendue dans une cmulsion d'amandes ; la dose varie de 2 à 16 grammes pour 187 à 250 grammes de véhicule, à prendre en trois fois dans la journée. Voici la formule de Carmichaël :
Pr. : Huile essentielle de Térébentliinc. . IG grammes. •Jaune d'œuf n° 1.
Mêlez. Ajoutez peu à peu :
Émulsion d'amandes 123 grammes.
Sirop d'écorce d'orange G't —
Essence de cannelle 3 ou 4 gouttes.
A prendre par cuillerées dans la journée.
Quant aux aigreurs, l'expérience a appris que l'addition de 0,20 de sous-carbonate de soude était le meilleur moyen de prévenir le gastrisme;
cotte modificalion est à introduire dans la formule. [Bull, de thérap.^ t.Xlll, nov. 1837.)
Récemment, M. le docteur Laugier a loué l'emploi de l'essence de Térébenthine sous forme de collyre dans certaines oph thaï mies etblépharo;)hthalmies. Ces essais, répétés par d'autres chirurgiens, n'ont pas toujours donné des résultats aussi satisfaisants. On conçoit pourtant que de pareils collyres puissent être utiles dans tous les cas où sont indiqués les topiques irritants et substitutifs.
M. le docteur Elliotson, de Londres, a employé avec succès dans quelques cas d'aménorrhées rebelles l'huile de Térébenthine en lavement. Cette substance lui paraît jouir d'une propriété emménagogue prononcée, mais néanmoins il ne la donne pas comme infaillible.
La méthode de traitement qu'il emploie est la suivante :
Si le sujet est bien portant, si le ponls offre de la résistance, il commence toujours par une saignée de 3 10 à 373 grammes, puis chaque jour il donne le lavement suivant :
Pr. : Essence de Térébenthine IG grammes.
Décoction d'orge 500 —
Chez plusieurs jeunes filles de seize à dix-huit ans, chez lesquelles l'aménorrhée existait depuis quatre mois, il est parvenu à rappeler les règles du quatrième au cinquième jour. {Bull, de thérap., 1836, t. X. 1" liv.)
L'emploi externe et chirurgical de l'huile volatile de Térébenthine et de la résine elle-même, nous occupera en même temps que celui de quelques autres substances qui en sont tirées, ou bien qui sont des produits des conifères, analogues sous le rapport médical, et qui ne reçoivent pas d'autre mode d'administration que celui-là. Nous devons, avant de commencer ce qui regarde ces divers agents, parler en peu de mots du Goudron, non qu'il ne soit pas un des produits en question, mais parce que le plus souvent il est prescrit à l'intérieur et se lie ainsi au sujet que nous venons de quitter, de môme que par le caractère de ses propriétés médicales.
Le Goudron, Pix liquida, est un produit Le Goudron est brun noirâtre, mou,
résineux qu'on obtient en brûlant les bois tenace ; son odeur est forte, empyreuma-
de pins qui ne donnent plus d'huile essen- tique ; sa saveur est acre, désagréable, tielle. C'est un mélange, d'après M. Sou- (3n l'emploie en médecine, à l'extérieur
beiran, de résine de pin non altérée, avec et à l'intérieur.
de la résine colophane, des résines pyro- Le Goudron distillé avec de l'eau donne
gênées (pyrétines) combinées h l'iicide un mélange brun, d'une odeur désa-
acétique, de l'huile de térébenthine et gréable, connu dans le commerce sous
des huiles pyrogénées (pyroléines et py- le nom d'huile de cade, et nui est composé
rostéarines). d'iuiile essentielle de térébenthine, de
SIÉDTCAMENTS EXCITANTS.
beaucoup (riiuilc pyrogéiiéc et d'un peu de pyrétine. Mais la véritable huile de c.ade est obtenue par la combustion du Juniperits oxicedrus, L., ou cade.
Eau de Goudron Aqua picea (Codex).
Goudron purifié. . . 1^000 Eau distillée ou eau
de pluie 3,000
Laissez en contact pendant vingt-quatre heures, dans une cruche de grès, en agitant souvent avec une spatule en bois; rejetez cette première eau, et ajoutez-en une nouvelle. Laissez en contact do nouveau pendant huit à dix jours en ayant soin d'agiter souvent; décantez et filtrez.
Si l'on employait de l'eau commune ou de l'eau sélénitcuse, le produit ne se conserverait pas et contracterait une odeur d'hydrogène sulfuré.
M. Adrian, dans un travail très-intéressant {Bidl. de thérap., t. LXXII, p. 407), a montré que les alcalis, comme les acides, modilient les qualités résineuses et balsamiques du Goudron au point de dénaturer presque complètement la nature du médicament.
M. Lefort {Bidl.de thérap., 15 nov. 1808) est arrivé aux mêmes conclusions, de plus il a établi :
1° Que le Goudron de Norwége ou du Nord et le Goudron des Landes cèdent à l'eau des quantités presque identiques de matières solubles;
2° Que pour la préparation de l'eau de Goudron médicinale, il est indifférent de se servir de Goudron exotique ou de Goudron indigène ;
3" Hue le Goudron demi-liquide est préférable au Goudron épais ;
4" Que l'eau de Goudron, préparée ii chaud en vases clos, représente mieux les principes naturels du Goudron et est plus constante dans sa composition que l'eau obtenue h froid îi la suite d'une longue macération au contact de l'air;
5» Que l'eau de Goudron obtenue à chaud renferme en moyenne 2 grammes de principes fixes et volatils par litre;
60 Que l'eau de Goudron est constituée principalement par de l'huile de térébenthine pyrogénée, de la Créosote, des principes résinoïdes volatils ; par un ou plusieurs des acides pinique, sylvique et pimarique; enfin par des acides acétique et oxyphénique ;
7" Que 1 iode se dissout dans la proportion de 75 centigrammes à 1 gramme par litre d'eau de Goudron, et que le liquide qui en résulte, tout en conservant ses pr ipriétés physiques, contient des acides phonique et oxyphénique iodés ;
8" Que l'eau de Goudron iodée ne laisse apercevoir par les réactifs aucun îles caractères qui appartiennent à l'iode libre ou aux iodures.
Sir-pp de Goudron.
Pr.: Goudron 1 partie.
Eau de rivière. . 1 —
Faites digérer au bain-mari'^ pendant douze heures, en agitant de temfis en temps ; laissez refroidir, décantez et filtrez; ajoutez à la liqueur le double de son poidri de sucre, et faites fondre à une demi-chaleur.
Une cuillerée il bouche de sirop représente un verre d'eau de Goudron.
Sève de pin maritime.
La scve de pin maritime est un liquide lactescent un peu plus lourd que l'eau; sa saveur est balsamique et térébenthinéo, fraîche, persistante : son odeur rappelle celle de la résine du pin.
On emploie la sève de pin à l'état naturel k la dose d'un ou deux verres par jour, et on élève progressivement la dose jusqu'à six verres à boire dans l'intervalli! des repas; pour les enfants on le donne par cuillerées à bouche jusqu'à deux verres. On en fait un sirop par simple solution.
Pommade de Goudron.
Pr. : Axonge 4 parties.
Goudron 1 —
Mêlez.
On emploie aussi avec succès le Goudron en fumigations et en injections.
Glycérolé de Goudron.
Pr. : Goudron. .... 1 à 4 gram.
Glycérine 8 —
Mêlez.
Résineone de Goudron.
La résineone de Goudron est une huile essentielle liquide, incolore, obtenue par la distillation du Goudron, elle distille entre 78 et 148 degrés, tandis que la résineone passe à la distillation vers 70 degrés et la résinéine vers 250 degrés.
Glycérolé de Goudron.
Pr. : Glycérine 30 gram.
Goudron purifié. . 2 —
Ajoutez à chaud : poudre d'amidon quantité sufïiante, pour une pommade peu consistante et bien homogène.
A l'intérieur, c'est l'eau de Goudron qui est principalement usitée.
Les circonstances où on l'emploie ne diffèrent guère de celles qui réclament l'usage de la térébenthine. L'eau de Goudron agit moins puissamment, moins rapidement que celle-ci, et sans donner lieu à des effets physiologiques appréciables. Elle lui sert d'adjuvant très-efficace, comme nous l'avons déjà indiqué pour le catarrhe chronique de la vessie. Mieux que la térébenthine ou son essence, elle peut être administrée dans les catarrhes pulmonaires, surtout lorsque ces affections ne sont pas encore exemptes de l'élément inflammatoire capable de conire-indiquer la térébenthine pure, et parce qu'avec l'eau de Goudron, on ne risque pas l'action physiologique irritative des membranes muqueuses, action qui n'est utile que dans ces bronchorrhées atoniques et coUiquatives dont il a été question plus haut. C'est certainement une des boissons les plus recommandables dans tous les flux muqueux et mucoso-purulents, principalement dans ceux de la membrane trachéo-bronchique, on peut même dire dans toutes les phlegmasies chroniques des membranes muqueuses, ulcératives ou non ; mais ceci regarde plus particulièrement les applications topiques qu'on peut en faire ; nous en parlerons bientôt. Hors de la classe d'affections que nous venons d'indiquer, on ne trouve guère d'autres indications pour l'usage de l'eau de Goudron. Dans des ouvrages récents, elle est conseillée dans les dyspepsies, la cachexie scorbutique. (]e qu'il y a de bien certain, c'est qu'elle augmente l'appétit et pousse aux urines. Il n'est pas impossible d'utiliser ces propriétés. Un évèque irlandais, George Bericeley, a écrit dans le siècle dernier un livre où sont gratuitement attribuées cà l'eau de Goudron les vertus les plus nombreuses et souvent les plus opposées.
- Il suffit de citer, entre autres extravagances, la faculté revendiquée par le crédule évèque, pour l'eau de Goudron, de prévenir le développement de la variole et de toutes les fièvres infectieuses. Il nous semble puéril de discuter devant nos lecteurs les assertions sans fondements prodiguées dans ce livre extraordinaire, car nous pensons avec Murray que le célèbre évèque s. singulièrement contribué à discréditer l'eau de Goudron et à faire oublier ce que peut produire d'utile ce remède, par la responsabilité dont il l'a chargé : « Dolendum ob prseconia nimia in morbis naturà suà valde diversis, ut solet fieri, in desuetudinem abiisse utilissimam medicinam. »
Les fumigations, les liniments, les pommades et les injections son^ aussi des modes d'administrer le Goudron qui rencontrent assez souvent 1 !ur opportunité. C'est dans les maladies chroniques du larynx, des bronches et du poumon lui-même, que les fumigations sont louées, et cà juste titre, pour quelques-unes de ces maladies. La thérapeutique des laryn-
gites chroniques et des lésions organiques variées qui les produisent ou sont produites par elles, compte ses ressources les plus énergiques parmi les agents qui peuvent être directement portés sur les parties malades. Or le mode le plus avantageux qu'on puisse choisir pour atteindre ce but, est évidemment l'inspiration de vapeurs médicamenteuses. L'expérience des autres et la nôtre en particulier s'est prononcée en faveur des vapeurs aromatiques ; les infusions des plantes labiées pour les premières, la combustion des substances résineuses et balsamiques pour les secondes, fournissent les meilleurs matériaux pour le dégagement de ces gaz médicamenteux. Devant revenir cà ce mode d'emploi des substances balsamiques à propos du tolu, du benjoin, nous ferons alors la part des fumigations de Goudron.
Les liniments et les pommades au Goudron méritent une mention dans le traitement de quelques affections cutanées. Le prurigo est une de celles où ces préparations sont les plus usitées et les plus utiles, sous la forme i^uivante : Goudron, une partie ; laudanum de Sydenham, un huitième; nxonge, quatre parties. La gale, la teigne granulée, l'herpès, l'eczéma, ces deux dernières maladies surtout, pour lesquelles le praticien doit avoir à sa disposition une si grande variété de moyens, sont susceptibles d'être heureusement modifiées par le Goudron, sous la forme que nous venons d'indiquer ou sous toute autre. On le trouve conseillé par les anciens auteurs contre les affections lépreuses qui sont le psoriasis des médecins anglais et de M. Biett. Gullen parle d'un mode d'administration bien bizarre du Goudron. « On fait rôtir, dit-il, un gigot de mouton qu'on arrose avec du Goudron au lieu de beurre, et l'on introduit fréquemment dans la substance du mouton une petite broche pour en faire sortir le jus ; l'on se sert du mélange de Goudron et de jus qui se trouve dans la lèchefrite, pour en oindre le corps deux ou trois fois de suite le soir, et pendant tout ce temps le malade garde la même chemise. On prétend que ce remède est utile dans plusieurs espèces de lèpres ; je l'ai vu employer avec beaucoup de succès dans l'espèce appelée ichthyosis; mais pour des raisons aisées à saisir, je n'ai pas eu occasion de réitérer ce moyen. »
Sans avoir recours au gigot de mouton et à la lèchefrite, car c'est la singularité de ce moyen qui a sans doute détourné Gullen de l'emploi suivi du Goudron dans les maladies cutanées, on peut bien tout simplement unir cette substance à l'axonge, comme nous l'avons indiqué plus haut.
Les injections d'eau de Goudron se font surtout dans la vessie affectée de catarrhe chronique, et c'est un moyen que nous conseillons dans les cas où échoue la térébenthine prise à l'intérieur. Nous nous en sommes souvent servis avec un avantage certain. Faites dans les conduits fistuleux qui donnent passage à une suppuration abondante et fétide et sont entretenus par des caries ou des névroses; dans les clapiers purulents résultant d'abcès profonds qui ont consumé le tissu cellulaire interstitiel
NAPHTIIALINE. 82r>
des muscles, entre la peau décollée et les tissus sous-jacents dans certains ulcères scrofuleux, etc., ces injections sont on ne peut plus favorables, ainsi que dans le condint auditif externe, siège de ces otorrhées interminables que laissent apr^s elles, chez les enfants surtout, les fièvres éruptiveset principalement la scarlatine. Ce court exposé des cas où peuvent convenir l'emploi interne et externe de l'eau de Goudron et du Goudron en substance, joint aux développements que nous avons déjà donnés et que nous donnerons encore sur les résines et les baumes, principes médicamenteux dont il partage les propriétés, suffira pour que les praticiens en étendent l'application aux circonstances qu'un bon esprit d'analogie leur indiquera comme susceptibles d'être rapprochées de celles sur lesquelles nous avons spécialement appelé leur attention à propos de la térébenthine.
NAPHTHA MÉDICINAL.
Les Anglais ont beaucoup vanté contre la phthisie pulmonaire ce produit qu'ils regardent comme bien préférable au Goudron, mais il est difficile de savoir quel est le composé chimique qu'ils désignent sous le nom de Médicinal Naplitha, d'autant plus que les Anglais désignent, d'après M. le docteur Hastings, sous le nom de Naphthe plusieurs produits qui n'ont d'autres caractères communs que leur volatilité et leur combustibilité.
M. Durand-Fardel a obtenu de bons résultats du Médicinal Naphtha dans le traitement des catarrhes des vieillards, mais il ajoute que cette substance est très-diflicile à se procurer en France. Il n'en serait rien si, comme le dit M. Hastings, on désigne sous ce nom le méthyle-acétyle ou acétone.
L'huile de Naphthe ou Naphtha des Anglais est un bitume liquide, fluide, transparent, d'un jaune clair, d'une odeur forte et très-inflammable, c'est la substance ou une analogue à ce que l'on connaît sous les noms à' asphalte, pétrole^ bitume, malthe, etc., etc.
Toutes ces substances peuvent être rangées dans les stimulants généraux ; elles sont d'ailleurs très-peu employées; nous en dirons de même de la naphtaline autrefois préconisée par M. Dupasquier contre la phthisie.
NAPHTHALINE.
La Naptithaline, Naphthalène, ou hy- soute dans l'éther elle cristallise en crisdrure de Naphtliile se forme dans la dis- taux très-nets et très-gros : elle possède tillation des houilles, dans celle du ben- une odeur goudronneuse, une saveur zoate de chaux, dans la préparation du acre, brûlante, aromatique; elle ne disnoir de fumée, etc.; elle cristallise en sont pas dans leau froide, peu dans l'eau lames rhomboïdales incolores, minces, bouillante ; elle est soluble dans l'alcool, ressemblant k de l'acide borique; -dis- surtout dans l'éther et les huiles essen-
tielles. Son point, de fusion est ;i 79 de- mine la toux, et produit un vif sentiment
grés,. elle bout à 217 ; elle est représentée de chaleur dans la bouche et le plia-
par C2oi|s l'vnx. On l'emploie îi la dose de 30 centi-
Mise sur la langue elle a une saveur grammes à 1 gramme dans un looch. ûcre, cliaude et désagréable; elle déter-
HUILE DE NAPHTHE.
On confond souvent l'asphalte, le pé- volatiles. Avant d'employer l'huile de
trole, leNaphthe, le bitume, le maltbe,etc. Naphthe il faut la purifier. Un l'agite dans
L'iiuile de Naphthe proprement dite est un flacon avec une solution de carbonalc
un liquide bitumineux, très-fluide, trans- de potasse concentrée; i)uis on lave. Ou
parent, jaune clair, d'une odeur très- l'administre en potions à la dose de 10
forte, très-inflammable ; elle est soluble îi 20 gouttes contre les catarrhes, 1 à
dans l'alcool, l'élher et les huiles fixes et 4 gouttes comme anlisnasmodique.
GOUDRON DE HOUILLE ou COALTAR.
Le Goudron de houille ou Coaltar a été préconisé dans ces derniers temps comme un désinfectant d'une très-grande puissance. Nous n'avons pas h nous occuper ici des applications que l'on peut faire de ce produit comme désinfectant à l'hygiène et à l'agriculture, mais nous devons dire que le mélange de plâtre et de Goudron de houille désigné par MM, Corne et Demaux sous le nom de Coaltar ne mérite pas, à notre avis, les éloges excessifs qu'on s'est plu à lui prodiguer. Nous reconnaissons toutefois qu'il est des cas où ce mélange ou d'autres analogues peuvent rendre de très-utiles services, comme moyens de désinfecter et d'assainir des plaies fétides et de mauvais caractère. A ce titie, nous indiquerons les principales formules qui servent à préparer ces mélanges :
Coaltar (Corne et Demaux).
Pr. : Plâtre pulvérisé 97 grammes.
Goudron de houille 3 —
Mélange désinfectant (Renaud).
Goudron de bois 3 à 6 grammes.
Goudron pulvérisé 97 à 94 —
Coaltar snponiné (Lebeuf et Lemaire',
Teinture d'écorce de quillnye [Sapindus
saponariu) 90 grammes. .
Coaltar (Goudron de houille) 4 —
Mêlez.
Cette teinture ne s'emploie que mélangée à l'eau dans des propDrtions qui varient de 5 à 20 pour 100.
Liquide désinfectant (Réveil).
Eau de laurier-cerise 90 grammes.
Teinture d'écorce de quillaye 10 —
Nitro-benzine 10 gouttes
BOURGEONS DE SAPIN. GENIEVRE
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BOURGEONS DE SAPIN. GENIEVRE
Lps Bourgeons de sap\n,Gemmœ. Aliefis, employés en médecine, sont le plus ordiiiairenïent fournis par l'Abies peclinnta (Pimis picea, Linné), genre de la famille des Conifères. Ils sont composés de cincf à dix bourgeons disposés à la base d'un bourgeon terminal plus développé.
Les bourgeons de sapin nous viennent principalement du Nord, et surtout de la Russie; ils paraissent devoir leurs propriétés excitantes à la térébenthine qu'ils contiennent dans leurs écailles.
Tisane de Bourgeons de sapin.
Pr. : Bourgeons de sapin
du Nord 20 gram.
Eau bouillante. . . . 1,000 —
Faites infuser trois heures, passez et ilécantez.
Tisane diurétique.
8 gram.
Pr. : Bourgeons de sapin. .
Faites infuser dans:
Eau 1,000 —
Passez et ajoutez :
Vin blanc âoO —
Nitrate de potasse.. . 1 —
Les Bourgeons de sapin entrent aussi dans la composition de la bière antiscorbutique ou sapinette.
Sirop de Bourgeons de sapin.
Bourgeons de sapin. . 100
Alcool à GO degrés. . . 100
Eau 1,000
Sucre blanc q. s.
Mettez les Bourgeons de sapin avec l'alcool pendant douze heures, versez dessus l'eau bouillante, laissez infuser en vase clos pendant six heures, passez avec légère expression, filtrez la liqueur ; ajoutez le sucre dans les proportions de 100 parties pour 100 de colature, et faites un sirop par simple solution en vase clos à la chaleur du bain-marie.
Genièvre.
On nomme improprement baies de Genièvre, baccœ Juniperi (ce sont les seules parties usitées), les fruits du Genévrier, Juniperus communis, Linné, arbrisseau de la famille des Conifères, croissant abondamment dans le nord de !a France et dans les Pays-Bas.
Ce fruit est globuleux, pisiforme, d'u'.i brun noirâtre à l'état mûr, et contient trois petites semences osseuses qui sont environnées d'une pulpe aromatique, résineuse, un peu sucrée. On relire de cette pulpe une eau-de-vie par la fermentation, une huile volatile par la distillation, et un esprit par l'infusion ou la décoction.
Tisane de Genièvre.
Pr.
Baies de Genièvre
brisées
Eau bouillante. . .
8 gram.
Faites infuser pendant deux heures Extrait de Genièvre composé.
Pr. : Baies de Genièvre. .
Semences de fenouil. \ — de carvi. . J
190 gram.
aa 8 —
Faites macérer pendant deux ou trois jours dans :
Alcool 1,690 gram.
puis distillez au bain-marie.
Cette formule est empruntée à la pharmacopée d'Edimbourg.
Extrait de Genièvre {Extraclum Juniperi).
Baies de Genièvre récemment séchées 1,000
Eau distillée à 30 degrés. . 0,000
Contusez légèrement les baies de Genièvre dans un mortier de marbre : faitesles macérer dans la moitié de l'eau pendant vingt-quatre heures ; passez avec une légère expression, versez la seconde moitié de l'eau sur le marc ; passez après douze heures de macération. Filtrez séparément les liqueurs à travers une étoîfe de laine. Concentrez au bain-marie la première solution, ajoutez la seconde après l'avoir réduite à l'état sirupeux, et évaporez jusqu'en consistance d'extrait mou.
L'extrait de Genièvre est un très-bon excipient, et que l'on emploie souvent lorsqu'il s'agit d'admin strer des préparations toniques énergiques.
On emploie aussi les baies de Genièvre en fumigations excitantes. On les met (250 grammes environ) dans une bassinoire garnie de charbons ardents, et l'on bassine le lit des malades.
L'infusion des premiers s'emploie absolument dans les mêmes circonstances que l'eau de goudron; et il est certain qu'elle jouit d'une action antiscorbutique justement célèbre. Ses propriétés diurétiques ne sont pas moins fondées. La bière sapinette ou antiscorbntiquedansla composition de laquelle entrent ces bourgeons fait suffisamment foi de cette qualité précieuse. L'infusion des baies de Genièvre et leur extrait sont plus spécialement appropriés cà faciliter la sécrétion de l'urine dans les hydropisies et à fortifier l'estomac. Nous aurons occasion de rappeler cette double action dans les sections du chapitre de la Médication excitante où sera exposé ce qui, dans cette médication, est relatif au scorbut et à l'indication d'activer les fonctions uropoiétiques. Les fumigations faites avec les baies de Genièvre jetées sur les charbons ardents, les frictions pratiquées avec des liqueurs dont ces baies balsamiques et térébenthinées forment la base, sont éminemment utiles dans les douleurs de rhumatisme musculaire, le lumbago, la courbature, et dans les anasarques ou les œdèmes partiels.
En distillant le bois du Genévrier, on obtient une huile pyrogénée nommée huile de Cade, dont l'odeur est forte, résineuse, analogue à celle du goudron ou mieux de la viande fumée. M. Serre, d'Alais, a récemment préconisé l'emploi de cette huile en topique dans les maladies sécrétantes de la peau, dans les ophthalmies scrofuleuses. On l'applique à l'aide d'un pinceau sur les parties de peau affectées. M. Devergie a répété à l'hôpital Saint-Louis les essais de M. de Serre, et sans partager l'enthousiasme de ce praticien, il a cru pouvoir affirmer que l'huile de Cade était une bonne ressource de plus dans le traitement des dartres sécrétantes et dans les ophthalmies scrofuleuses. Il arrive même quelquefois que ces applications topiques suppriment trop brusquement la sécrétion morbide des surfaces enflammées. On applique l'huile de Cade à l'aide d'un pinceau sur la conjonctive ulcérée.
Les formes sous lesquelles s'emploient les résines à l'extérieur sont ; la térébenthine de Venise pure et son essence, telles que nous les avons décrites ; la résine ou poix-résine et la poix, surtout celle dite de Bourgogne. Appliquée sur la peau, la térébenthine agita la manière desépispastiques, c'est-à-dire qu'elle y détermine de la rougeur, de la douleur, puis le soulèvement de l'épiderme par une abondante exhalation de sérosité. L'huile essentielle agit bien aussi de cette manière, mais, chose remarquable, moins énergiquement. Ces deux substances s'emploien* pourtant rarement seules dans un but épispastique. La térébenthine est Je plus souvent utilisée sous forme d'onguents et de divers mélanges, de digestifs animés pour aviver les plaies atoniques, diminuer les suppurations trop abondantes, favoriser les cicatrisations difficiles à s'achever, panser les solutions de continuité, les surfaces amputées et affectées
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de pourriture l'hôpital. Percy recommande même de plonger ces parties dans l'huile essentielle bouillante. On sait qu'Ambroise Paré s'opposa très-bien à l'aide des topiques de térébenthine aux accidents locaux d'une saignée qui menaçaient dangereusement le roi Charles IX. C'est cette propriété cicatrisante bien constatée de la térébenthine qui a conduit les, anciens praticiens à ]a prescrire dans tous les cas d'ulcères internes ; nous avons vu que l'analogie les avait heureusement servis pour les maladies de ce genre qui affectent la vessie ; mais ils l'avaient étendue iusqu'au traitement des ulcérations ou plutôt des cavernes que produit dans le parenchyme pulmonaire la fonte des tuberbules dans la phthisie. Nous nous occuperons de ce point de thérapeutique lorsque nous forons l'histoire des baumes proprement dits.
Nous avons déjà vu les frictions pratiquées avec l'essence de térébenthine être utiles loco dolenti dans toutes les névralgies, spécialement la sciatique et le tic douloureux de la face ; elle mérite aussi d'être employée de cette manière dans les rhumatismes musculaires, quelquefois sur les tumeurs blanches, sur les abcès froids, autour des articulations restées gonflées et immobiles à la suite de rhumatismes articulaires aigus, etc. Il serait peut-être permis de trouver une analogie entre la vertu antinévralgique de la térébenthine et la grande confiance que lui accordaient les anciens chirurgiens dans les plaies des nerfs. Ils manquaient rarement, dans ces plaies si douloureuses et si fécondes en graves accidents des centres nerveux, le tétanos, par exemple, de se servir d'onguents préparés avec la térébenthine qu'ils regardaient comme trèspropres à apaiser les atroces douleurs des plaies par arrachement et par déchirement dans lesquelles les nerfs sont intéressés avec si grand péril. On l'utilise encore pour produire une vésication extemporanée en imbibant un plumasseau d'étoupes, une rondelle de linge ou même de papier auxquels on met le feu et qu'on laisse brûler jusqu'à extinction, sur la partie qu'on veut dépouiller de son épiderme. Il est mieux dans ce cas de former le liquide inflammable avec parties égales d'alcool et d'essence de térébenthine. M. Petit, de l'Hôtel-Dieu, appliquait tout le long du rachis de ses cholériques des bandelettes de flanelle trempées dans un mélange de 120 grammes d'huile essentielle de térébenthine ci 4 grammes d'ammoniaque, puis il en parcourait toute l'étendue avec un for chaud promené légèrement. La vive stimulation qui se communiquait probablement à la moelle épinière n'était pas sans influence sur le développement de la réaction fébrile caractérisée par une plus grande production de calorique organique, et les contractions du cœur plus fréquentes et plus énergiques. Or on sait quel lien étroit unit ces phénomènes à l'innervation rachidienne.
La résine, substance qui coule des pins, se dessèche aussitôt, et qu'on pourrait appeler térébenthine solide, ne s'emploie pas à cet état. Elle sert à la confection de nombre d'emplâtres, comme celui de diachylon^ d'André de la Croix, du sparadrap, clc.