INDICATIONS THERAPEUTIQUES DU MASSAGE ET DE LA GYMNASTIQUE
Ancmic. La Gymnastique est un dos meilleurs remèdes de l'anémie; il est devenu populaire. Il doit être seulement proportionné aux forces des malades et commencer par des exercices sans force et sans secousse, pour ne pas activer les palpitations si faciles chez ]es anémiques. Si les exercices sont mal supportés, on fera mieux de commencer par le Massage.
Con^fcstinns. Dans l'état apoplectique des nouveau-nés, le Massage, surtout le Massage par percussion, est d'un usage vulgaire.
Chez les adultes ou chez les vieillards, le Massage est un moyen utile. En activant les résorptions interstitielles, on supprime un obstacle à la. circulation capillaire et l'on diminue la tension des vaisseaux des centres nerveux. Les frictions et autres moyens de stimuler la peau forment encore une dérivation utile. Le seul exercice qu'on doive conseiller «st la marche.
Fpanciicments sanguins. On lit dans le Journal de Médecine et de Chirurgie j)ruliques, t. IX, Paris, i8i8 : « Telle collection sanguine qui demande six semaines pour se résoudre sous l'influence exclusive des topiques, peut être guérie en deux jours par l'écrasement. En comprimant avec les pouces la collection sanguine, M. Yelpeau a forcé le sang à s'infiltrer dans les mailles du tissu cellulaire; or, on sait que le sang infiltré, extravasé.se résorbe bien plus rapidement que le sang formant dépôt, et il suffit, en effet, pour achever la guérison, de quelques applications résolutives, dont à la rigueur on pourrait se passer. L'écrasement, ou plutôt le Massage forcé, auquel on a recours dans ce cas, est donc véritablement un remède salutaire et dépourvu d'inconvénients. Il est un peu doulou-
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reux, il est vnii, mais au bout d'une demi heure toute sensation pénible" a cessé. hNous renvoyons le lecteur, pour plus de détails, au paragraphe où nous avons décrit le Massage du tissu cellulaire sous-cutané.
Varices, héniorrhoïilcs » eiigopgeincnts lyini>hati<|ucs , scicréine.
Le même Massage y fait merveille. Il a été conseillé depuis longtemps dans ces cas, par Ardouin (Thèse, 1815) ; M. Daily (Thèse, 1839; Lancy, Pelit-Radel, Piorry {Dict.. des sciences médicales, art. Massage); I.epage (Thèse, 1813); M. Estradère [ioc. cil.).
directions organiques ciii cœur. Le Massage, eu venant faire cesser les iniiltrations séreuses, est un remède précieux. Galien le conseillait déjà ; mais, suivant Georgii, on pourrait stimuler les contractions du cœur en t'xerçant une sorte de vibration sur la poitrine en môme temps qu'on développe la cavité thoracique en portant la poitrine en avant.
Engorg;ements du l'oie et <Ie la rate. Percy et Laurent racontent qui' le proverbe « se battre les flancs » vient de l'usage où l'on fut autrefois d'exercer, soit avec les mains, soit avec une pièce de cuir épais, soit avec, une palette quelconque, des percussions en tous sens sur les hypochondres, dans les engorgements du foie et delà rate. (M. Estradère, p. 135.)
Il y a dix ans, nous avons vu ce procédé réussir dans l'établissement de Gymnastique médicale du docteur Haupt, à Nassau, où nous avons suivi pendant près d'un mois les exercices de la Gymnastique de Ling.
Plilej^swasies, coryza, bronchite, pleurésie. Quand, au début de ces affections, on se livre à un exercice actif jusqu'à transpiration, on peut faire cesser, suivant Cabin Saint-Marcel (Thèse, 1853), les frissons, les douleurs contusives des lombes et des membres, ainsi que la céphalalgie et l'anorexie. Dans le cas de laryngite et de bronchite chronique, Georgii indique des frictions sur le cou, avec les mouvements de tremblement, dont on se serait très-bien trouvé à l'institut de Stockholm, succès qui s'expliquerait peut-être parce fait que, quand on fait agir certains muscles, on développe en môme temps les muscles voisins qui reçoivent le sang des mêmes vaisseaux. Il est certain, en outre, que, dans les affections thoraciques, le vomitif n'agit souvent que comme un moyen de masser les poumons.
Affections du tissu cellulaire sous-eutané. tDdcine des nouveaunés, iiydrnpisies localisées, anasarque, polysarcie. Ccs affections .sont améliorées d'une manière remarquable par le Massage, et cela si promptement qu'elles font le succès de tous les empiriques, et cela d'autant mieux que leur traitement par la Matière médicale est long, pas toujours suivi de succès, et que souvent même on ne le tente pas, tandis, que le Massage rendant en très-peu de jours aux parties la souplesse,
la légèreté etlos formes normales, les empiri(|ues passent bien vite pommes sorciers. Il est presque inutile de rappeler que le Massage est le mode ^imployé par tous les chirurgiens pour réduire le paraphymosis. i
AfTection des muscles. Contusions, raiptures musculaires, coui'bnturcs, lumbago, rliumatismes musculaires. C'est à ces affectious que
répond le Massage musculaire aidé de l'étuve et de Fhydrothérapie. C'est surtout ce que procurent les bains égyptiens et maures. En voici le modus faciendi, tel que l'a raconté Savary, dans sa onzième lettre sur les bains <lu grand Caire.
« Le premier appartement que l'on trouve en allant au bain est une, grande salle en forme de rotonde ; elle est ouverte au sommet, alin que l'air pur y circule librement. Une large estrade couverte d'un tapis €t divisée en compartiments, règne alentour; c'est là qu'on dépose ses vêtements. Au milieu de l'édillce, un jet d'eau qui jaillit d'un bassin récrée agréablement la vue.
« Quand on est déshabillé, on se ceint les reins d'une serviette, on prend des sandales et l'on entre dans une allée étroite où la chaleur commence à se faire sentir. La porte se referme. A vingt pas, on en trouv!' une seconde et l'on suit une allée qui forme un angle droit avec la première. La chaleur augmente ; ceux qui craignent de s'exposer sul)itemeni à une plus forte dose s'arrêtent dans une salle de marbre qui précède le bain proprement dit. Ce bain est un appartement spacieux et voûté. Il est pavé et revêtu de marbre. Quatre cabinets l'environnent. La vapeur sans cesse renaissante d'une fontaine et d'un bassin d'eau chaude s'y mêle aux parfums qu'on y brûle.
u Les personnes qui prennent ce bain ne sont point emprisonnées, comme en France, dans une espèce de cuvier où l'on n'est jamais bien à ^on aise. Couchées sur un drap étendu, la tète appuyée sur un petit ■coussin, elles prennent librement toutes les postures qui leur conviennent. Cependant un nuage de vapeurs odorantes les enveloppe et pénètre •dans tous les pores.
« Lorsqu'on s'est reposé quelque temps, qu'une douce moiteur s'ct! 4'épandue dans tout le corps, un serviteur vient, vous presse mollement, vous retourne, et quand les membres sont devenus souples et flexibles, il fait craquer les jointures sans effort. U masse et semble pétrir les chair -^ sans qu'on éprouve la plus légère douleur.
« Cette opération finie, il s'arme d'un gant d'étoffe et vous frotte longtemps. Pendant ce travail, il détache du corps du patient tout en nage, des espèces d'écaillés, et enlève jusqu'aux saletés imperceptibles qui bouchent les pores. La peau devient douce et unie comme le satin. 11 vous conduit ensuite dans un cabinet, vous verse sur la tète de l'écume de savon parfumé et se retire.
(c Le cabinet où l'on a été conduit offre un bassin avec deux robinets, l'un pour l'eau froide, l'autre pour l'eau chaude. On s'y lave soi-z''icme.
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Bientôt le serviteur revient avec une pommade t'^pilatoire qui dans un instant fait tomber les poils aux endroits où on l'applique. Quand on est bien lavé, bien purifié, on s'enveloppe de linges chauds et l'on suit le guide à travers les détours qui conduisent à l'appartement extérieur. Ce passage insensible du chaud au froid empêche qu'on n'en soit incommodé. Arrivé sur l'estrade, on trouve un lit préparé. A peine y est-on couché, qu'un enfant vient presser de ses doigts délicats toutes les parties du corps, afin de les sécher pnrfaitement. On change une seconde fois de linge et l'enfant râpe légèrement avec la pierre ponce les calus des pieds. Il apporte ensuite la pipe et le café moka. »
M. Savary s'étend ensuite sur l'esp^-ce de volupté qu'on éprouve au sortir de ces bains.
En Afrique, les bains maures sont une imitation des bains égyptiens, avec moins de luxe et de raffinement.
« Quel est le touriste, dit M. Séré [Echo de la presse, Iw'ûIqX, et septembre 18G2), quel est le colon ou le militaire qui, dans nos possessions d'Afrique, n'ait visité ce qu'on appelle les bains maures, et ne se soit livré, au moins une fois, aux mains d'un indigène, habile masseur, qui, plongé avec son baigneur dans une atmosphère de vapeui' chaude, l'étend sur une table, et tout en gambadant et chantant sa chanson nasillarde, se livre sur son corps, dont les tissus sont distendus par la température ambiante, à des frictions rapides et graduées et à des torsions agiles des articulations? »
Bonnet, de Lyon, indique le Massage comme étant le meilleur remède aux ruptures musculaires. 11 rappelle h. ce sujet des cas de guérison rapportés par Lieutaud, Pouteau, Martin aîné (de Lyon) et A. Petit.
Il raconte, entre autres, un trait destiné à bien fixer dans la mémoire les avantages du Massage dans le lumbago. M. Martin se trouva un jour auprès d'un malade atteint de lumbago, en même temps qu'un officier de santé. M. Martin proposa de faire le Massage, et l'officier de santé, qui voulait au contraire appliquer des vésicatoires. refusa, laissa au malade ses emplâtres et se retira en haussant les épaules. M. Martin ne trouva l'ipn de mieux, pour répondre à son confrère, que de débarrasser presque instantanément le malade de son lumbago par un Massage, et au bout de dix minutes le patient put aller lui-même reporter les emplâtres à l'officier de santé ébahi.
MM. Bouvier, Depaul (Thèse agrégfition, 18 ii), ont conseillé le Massage contre le torticolis, et nous-mcme l'avons fait pratiquer dans des cas d'atonie musculaire et d'œdème consécutifs à des fractures.
Entorse. Le Massage n'a peut-être pas de plus beaux succès h offrir que ceux qu'il fournit dans l'entorse. Il permet de réduire immédiatement les tendons luxés et placés de champ, il fait cesicr presque instantanément les douleurs produites par les déchirures musculaires. En outre, il permet de faire résorber très-promptement les épanchements sanguins
et séreux qui manquent rarement de se produire. Aujourd'liui, ce moyeu commence à ne plus être l'apanage des rebouteurs et fait partie des ressources thérapeutiques de la plupart des médecins. Quant au procédé opératoire, on le trouvera décrit dans la Thèse de M. Estradère et les nombreux articles rapportés par M. Bérenger-Féraud [Bulletin de Thérapeutique, d8G7).
Maladies chroniques du tube digestif. Dans ces maladies-là, il arrive souvent que la couche musculaire sous-muqueuse, frappée d'atonie ou d'une sorte de semi-paralysie, amène des dyspepsies stomacales ou intestinales ainsi que des constipations opiniâtres. On y remédie, il est vrai, avec avantage par les préparations de noix vomique ; mais le Mas- .sage peut être d'un grand secours, et Georgii, ainsi que Percy et Laurent, relatent de ces guérisons par le Massage.
Paralysies. Voici comment on procède pour la guérison des paralysies partielles, d'après M. Méding [De la (njninastique médicale suédoise, 1862, p. 40) : « Lorsqu'il y a encore une trace de mouvement dans le membre affecté, la répétition assidue et graduellement augmentée d'efforts ou de résistance du gymnaste viennent à bout de corroborer la puissance motrice. On se contente d'abord d'exciter un seul groupe de muscles ou même un seul muscle, toujours en localisant avec une résistance double des mouvements synergiques, et l'on invite fréquemment le malade à de puissants efforts de volonté. Jamais il ne faut aller jusqu'à une grande fatigue.
« Mais, quand il n'y a plus aucune trace de pouvoir moteur dans le membre paralysé, on lui imprime d'abord les plus simples mouvements passifs pendant une heure tous les jours, avec les intervalles habituels de cinq minutes et des inspirations profondes en usage entre chaque mouvement. On passe ensuite à des mouvements passifs de groupes de muscles, et finalement à ceux du membre entier. Pendant ces opérations, on engage le malade, à chaque mouvement, à vouloir fermement exécuter ce qu'on lui prescrit de faire.
« Dans la deuxième ou troisième semaine, le malade commence à sentir un premier effet du traitement : il vous assure qu'il sent un mouvement; mais il est seul à s'en apercevoir. Ce mouvement accusé par le malade devient ordinairement palpable vers la fin de la cinquième ou de la sixième semaine. Après ces quelques semaines de secousses fibrillaires, on sent tout à coup une légère mais véritable contraction musculaire, et alors le pronostic devient très -favorable; caries progrès vont ordinairement en croissant, et trois mois terminent souvent la cure.
«Il faut surtout ne pas fatiguer le malade par des incitations trop pressantes à l'effort de volonté ; car alors se produit souvent une douleur, soit sourde, soit aiguë, dans la tête. Cette douleur est une contre-indication pour la suite du traitement, qui ne saurait être repris qu'après un
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entier changement et une amélioration notable dans réconomio du malade. »
Crampe des écrivains. Au dire de ceux qui ont écrit sur la Gymnastique suédoise, la Gymnastique localisée est souveraine contre la crampe des écrivains. Pour obtenir ce résultat, on fait exécuter au malade une série de mouvements passifs, actifs ou excentriques, c'est-à-dire des tractions exercées par le gymnaste avec résistance du malade, en exerçant les muscles des membres supérieurs du centre à la périphérie.
Si ce moyen ne suffit pas, nous en indiquerons un autre tout empirique, que nous avons va réussir : il consiste en ceci, que le malade place dans le creux de sa main, au moment où il veut écrire, une balle él.istique en caoutchouc qui comble la cavité de la main et oppose par son élasticité une résistance suffisante à la contraction musculaire. Le niîtlade se trouve ainsi avoir la main en équilibre et écrit facilement.
Scoliose. Les déviations de la colonne vertébrale sont les maladies les plus fréquentes qu'on rencontre dans les nombreux établissements gymnastiques du nord de l'Europe. Ce sont elles également qui ont fourni à la Gymnastique ses meilleurs succès. Nous espérons que cette méthode ne tardera pas cà se généraliser en France.
Chorce. M. Blaclie, dans son mémoire à l'Académie (1853), rapporte qu'il a guéri un certain nombre de chorées chez des enfants, en faisant faire le Mas&agc par M. Laisné, professeur de gymnase à l'hôpital des Enfants. Il fuit exécuter d'abord le Massage musculaire général , puis des frictions. Une séance de cette nature dure environ une heure, et on la répète pendant trois ou quatre jours de suite. Chaque fois, on constate un amendement dans le désordre des contractions; l'enfant témoigne qu'il en éprouve beaucoup de bien-être , et, s'il était complètement privé de sommeil, il peut enfin dormir d'une manière plus calme. Les jours suivants, sans interrompre complètement le Massage, on commence par faire exécuter des mouvements très-réguliers et parfaitement rhythmés.