DE LA FLAGELLATION
Flagellation {flagellntio). Mot dérivé de flagellum, fouet. Médication qui consiste à fouetter différentes parties de la pe»u avec un fouet ou tout autre instrument capable d'éveiller une douleur assez vive.
La Flagellation se fait, soit avec des verges, soit avec des lanières de cuir ou des cordelettes, soit avec des orties, soit avec une brosse rude, avec laquelle on frappe à plat, de manière à en faire pénétrer superficiellement les soies dans le derme.
T)E LA FLAOHl.LATIOX. H\,
Ce moyen, dont los libertins de tous les âges vl de tousles pays ont fait usage dans le but de réveiller leurs sens éteints, a été employé souvent dans un but médical, et souvent il nous arrive de le conseiller.
L'affaiblissement dos parties auxquelles l'extrémité de la moelle fournit des nerfs est heureusement combattu par la Flagelbition. Ainsi, l'ii:continence d'urine, la paralysie de la vessie, la constipation opiniâtre, l'impuissance ou plutôt la frigidité, les paraplégies anciennes et incomplètes se modifient avantageusement sous l'intluence de ce moyen. Il est bon de le combiner avec les préparations diverses de strychnos, avec l'électricité, le galvanisme, l'électro-puncture.
On peut, jusqu'à un certain point, se rendre compte du mode d'action delà Flagellation. On comprend, en effet, cominent une violente stimulation des extrémités nerveuses peut se communiquer à la moelle, qui réagit à son tour sur les parties auxquelles elle distribue la sensibilité t't le mouvement.
Le mode d'excitation que nous allons étudier, et les agents qui le pioduisent, n'ont pas de ressemblance avec les autres excitants qui exercent surtout leur influence sur le système vasculaire et sur la nutrition. Ces médicaments portent leur action sur les centres et sur les conducteurs nerveux qui président aux contractions des muscles de la vie animale et de la vie organique. C'est pour cela que nous avons cru devoir les nommer excitateurs , dénomination qui indique parfaitement leur mode d'action.
La Médication excitatrice s'obtient : 1" parles agents physiques calculables, dont l'action est immédiate, fugace, et n'a pas besoin de l'intégrité harmonique des organes. Ainsi l'électricité, le galvanisme, l'aimant, Félectro-puncture, le mouvement, sollicitent directement, immédiatement les nerfs et les fibres d'une partie, celle-ci fût-elle séparée du reste du corps et privée de la vie d'ensemble ou générale pour ne conserver que la vie individuelle ou isolée.
J^es autres, au contraire, tels que la noix vomique, l'ergot de seigle^ vont préalablement modifier les centres nerveux, et ce n'est qu'en vertu de cette modification que les contractions musculaires s'effectuent.
Enfin , les autres , tels que le massage et la flagellation , ont un mode d'action mixt sur lequel nous reviendrons un peu plus bas.
Ces agents d'une même médication ne doivent donc pas être ordonnés indifféremment, et, pour bien faire ressortir les indications de leur emploi, il est nécessaire d'exposer ici quelques vues sur la paralysie et sur les modes divers suivant lesquels cet état morbide peut se produire.
La cause la plus commune de la paralysie est une lésion profonde des centres nerveux, à la suite de laquelle les fibres médullaires ont été rompues. Dans ce cas, il n'existe plus de communications entre les filets nerveux de la périphérie et les parties centrales de l'axe cérébro-spinal : les impressions ne sont plus transmises, les volitions ne sont plus rapportées. Toutes les fois qu'une solution de continuité irréparable existera dans les fibres médullaires des centres de rinnervation, la paralysie sera complète et le plus souvent irremédial)le.
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Que cette solution de continuité ait eu lieu à la suite d'un épanchenient de sang, d"un ramollissement inflammatoire, de l'action d'im corps vulnérant, le résultat est, à peu de chose près, le même.
Si les mêmes lésions ont eu lieu dans les conducteurs nerveux, la paralysie s'observera nécessairement dans la partie où le nerf se distribuait. Une compression, quels qu'en soient d'ailleurs la cause et le mécanisme, produira de même la paralysie.
De toutes les formes de la paralysie, celle dont nous venons d'indiquer les causes est certes la plus irrémédiable ; elle ne l'est pourtant pas absolument.
On voit tous les jours des gens recouvrer le mouvement et la sensibilité qu'ils avaient complètement perdus, soit à la suite d'un épanchement sanguin dans le cerveau, soit à la suite de l'alTaissement des vertèbres, dont une incurable gibbosité atteste l'existence.
A coup sûr, la lésion est encore Là, et le thérapeutiste ne fera rien pour ressouder des fibres médullaires divisées; mais il y a une circulation nerveuse supplémentaire comme une circulation vasculaire après la ligature des vaisseaux, et c'est de ce mode de circulation qu'il importe de connaître et d'étudier les lois.
Toutes les fois qu'une rupture des libres nerveuses a lieu par un travail spontané, elle ne peut s'effu^ctuer sans qu'au préalable il s'établisse sur le point lésé une fluxion qui s'étend plus ou moins loin. Celte fluxion amène nécessairement un trouble grave dans les fonctions de la partie. Si la rupture a lieu par une violence extérieure, elle doit être suivie d'un travail morbide fluxionnaire au point malade. Or, la fluxion, qu'elle ait suivi ou précédé la lésion morbide, n'a néanmoins qu'une durée très-limitée, et, dès qu'elle a disparu, les tissus qu'elle avait envahis sont aptes à reprendre les fonctions qu'ils avaient perdues temporairement. Nous disons aptes à reprendre leurs fonctions, et c'est à dessein que nous employons cette expression.
Il y avait donc ici une double cause à la paralysie : d'a';ord la rupture des fibres médullaires, en second lieu la fluxion qui avait envahi les fibres môme non rompues. On comprend donc un amendement possible, sinon une guérisoa totale. Nous verrons s'il faut laisser à la nature seule le soin de ce qu'il est raisonnable d'espérer dans la guérison, et si l'art ne peut et ne doit pas intervenir.
Mais il y a encore quelqu:^ autre chose à considérer dans la paralysie dont nous nous occupons ici.
Un faisceau de fibres médullaires assez gros sert à transmettre à une partie du corps les ordres de la volonté et les mouvements qui en sont l'expression. 11 arrive lo plus souvent que le faisceau tout entier n'est pas détruit par l'épanchement sanguin, et cependant la paralysie peut être complète. A quoi cela tient-il? A l'état fluxionnaire dont nous avons parlé plus haut. Cette cause, nous avons essayé de l'apprécier ; et supposant pour un instant qu'elle n'existât pas, il s'en trouverait une autre
lOS MEDICATION EXCITATKICK.
plus puissante; la voici : Si, pour prendre une hypothèse, mille fibres servent à Faniination d'un muscle, et que, par une lésion quelconque, les neuf dixièmes cessent à tout jamais leurs fonctions, au premier abord les cent autres seront presque complètement insuffisantes pour transmettre les impressions et les volitions; la sensibilité sera presque complètement éteinte, et c'est à peine si, pendant les plus grands efforts, on sentira se raidir un peu les fibres musculaires au milieu des gaines aponévrotiques. Mais peu à peu ces fibres persistantes acquièrent une Kictivité supplémentaire, si nous pouvons nous servir de cette expression, et bientôt elles remplacent assez bien celles qui ne fonctionnent plus. On peut voir, comme l'avait dit Tiedmann, (|ue les parties divisées d'un nerf ou d'un centre nerveux se régénèrent par l'intermédiaire d'une matière évidemment d'une nature nerveuse qui devient elle-même un moyen (le transmission aussi certain que le tissu normal, en outre, l'cnergir nerveuse des parties persistantes est augmentée, et supplée à l'action des parties divisées, comme la circulation sanguine se rétablit par la dilatation des branches collatérales.
Or, que la paralysie ail lieu à la suite de la section complète du nerf principal d'un membre, ou par la déchirure de la plus grande partie des fibres centrales du cerveau ou de la moelle, il n'en reste pas moins un nombre assez considérable de parties nerveuses saines pour que l'on doive espérer le rétablissement plus ou moins complet de la sensibilité et du mouvement.
( Jr c'est aux moyens excitateurs que le thérapeutiste devra plus particulièrement recourir pour stimuler les fonctions des parties nerveuses encore saines.
A chaque élément organique, à chaque organe, à chaque appareil est départie une somme de fonctions normales ; mais si on les oblige h fonctionner davantage, peu à peu ils acquièrent plus de capacité fonctionnelle, et bientôt ils exécutent dix fois plus qu'ils n'exécutaient avan! l'exercice exagéré auquel on les a soumis. Ainsi, l'estomac du gourmand devient d'autant plus actif que la fonction est plus exercée ; l'oeil devient plus perçant quand on l'applique à l'étude des objets microscopiques; le loucher, l'odorat, prennent une perfection incroyable par l'exercice souienu ; la gymnastique décuple les forces : c'est que les organes se poriectionnent anatomiquement et fonctionnellement ; c'est que le volume des éléments organiques augmente en raison de l'activité des fonctions qu'on leur donne à exécuter. Les nerfs, les fibres épanouies dans des renflements nerveux, rentrent dans la règle commune que nous venons de tracer.
Voyons donc maintenant s'il est au pouvoir du médecin de donner aux portions nerveuses encore saines la capacité fonctionnelle requise pour qu'elles puissent suppléer les parties divisées.
De toutes les conditions, la plus propre à donner cette capacité fonctionnelle, c'est, ainsi que nous l'avons dit, l'exercice de l'organe chargé
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de la fonction. Or c'est précisément ici qu'est la difficulté : conuiieut transmettre aux filets nerveux, au)c portions situées entre la périphérie et la lésion de l'organe central, la modification en vertu de laquelle les portions restées saines seront obligées à des fonctions exagérées ? C'est évidemment par les moyens excitateurs que l'on remplit ce but.
Lorsqu'une paralysie a eu lieu à la suite d'une commotion du cerveau ou de la moelle, d'une congestion ou d'une phlegmasie, ou bien encore de toute autre modification qui a persisté pendant quelque temps, les parties influencées nagufîre par la portion niiilade de l'un des centres ou du conducteur nerveux restent encore paralysées alors que l'organe inîiervateur est revenu à des conditions anatomiques telles, qu'il puisse remplir ses fonctions. Ici la cessation momentanée de rinfluence excitatrice du cerveau ou de la moelle a fait cesser l'aptitude fonctionnelle des nerfs périphériques ou de la moelle elle-même.
Si maintenant, pendant un plus long temps, les impressions ont cessé d'être transmises par les conducteurs nerveux, ceux-ci perdent encore leur aptitude fonctionnelle. Ainsi la cécité produite par la cataracte laisse quelquefois après elle une amaurose qui persiste alors même que la lentille cristalline a été enlevé ou déprimée.
Ainsi l'abus de la continence finit par produire l'impuissance et la frigidité.
A ces formes de paralysies, on oppose les excitateurs, avec un succès presque constant. La noix vomique, l'électricité, le massage, la flagellation, devront être employés successivement et combinés entre eux.
Dans cette même classe de paralysies, il faut ranger celles qui sont produites par l'action toxique des émanations saturnines ou mercurielles. Car ici, alors même que la cause de la paralysie est depuis longtemps éliminée, la paralysie persiste, et l'expérience a prouvé ce que, dans ces cas, on pouvait attendre des excitateurs.
Tout à l'heure nous voyons la paralysie produite par défaut d'excitants internes (l'influx du cerveau et de la moelle) ou externes (les impressions extérieures); maintenant, au contraire, nous verrons la paralysie succédera l'abus de la fonction. Ainsi l'impuissance vénérienne à la suite de l'excès dans les plaisirs de l'amour ; l'impuissance musculaire à la suite des fatigues excessives, et enfin l'impuissance sénile à la suite de l'exercice trop longtemps continué des organes.
Quant aux deux premières formes de paralysies, et ce sont de véritables paralysies, elles se guérissent ordinairement sans le secours de l'art, par les seuls efforts de la nature, dès que, par le repos et l'alimentation, l'incitabilité épuisée est rétablie. Mais ici encore reconnaissons l'utilité des excitateurs, du massage, soit par malaxation, soit par percussion, de la flagellation et des attouchements, ressources des libertins fatigués qui ne veulent pas attendre du repos l'aptitude qu'ils ont hâte de recouvrer. Mais, quand le repos et l'alimentation ne suffisent pas, les malades rentrent alors dans la classe des vieillards, et chez eux les excitateurs n'ont
no MÉDICATION EXCITATRICE.
qu'une action temporaire, mais pourtant évidente, action qui, chez des gens encore jeunes, peut quelquefois rendre pour ]on;^temps aux or^ines la capacité fonctionnelle qu'ils avaient perdue, pourvu toutefois que les efforts du médecin ne soient pas annihilés par des dépenses nerveuses excessives.
Il nous reste à parler, pour rendre ce tableau un peu plus complet, des paralysies que nous attribuons à l'aberration de l'influx nerveux.
Chez les femmes hystériques, chez les personnes que des déplélions sanguines exagérées ont mises dans un état de spasme grave, il n'est pas rare de voir survenir subiteuient des paralysies locales, qui quelquefois n'occupent qu'un rameau nerveux, quelquefois seulement les ramuscules périphériques. Les observateurs ont rapporté un grand nombre de pjralysies de ce genre. Ici encore, les excitateurs locaux, et en première ligne l'électricité faradique et la gymnastique, doivent jouer le principal rôle curatif. Dans les refroidissements partiels et dans les anesthésies qui s'observent assez souvent chez les hystériques, l'électrisntion par frictions ou par aigrettes sera plus particulièrement indiquée.
Jusqu'ici nous n'avons étudié la paralysie que dans les nerfs de la vie de relation et dans les muscles qu'ils animent; la paralysie des mouvements organiques intimes de nos parties ou Va/onie sera appréciée dans le chapitre sur la Médication excitante; à cette forme, en elîct, conviennent les excitants; mais les ganglions nerveux du trisplanchnique, les rameaux qui en émanent, les fibres musculaires dans lesquelles ils distribuent le mouvement, peuvent être le siège de modifications qui, pour n'être pas identiques à celles du système nerveux de la vie animale, ont cependant avec ces dernières une grande analogie. Ici, il faut en convenir, les excitateurs n'ont pas une induence aussi immédiate et aussi évidemment utile que dans les circonstances que nous avons indiquées plus haut ; cependant la vessie et l'utérus font exception à cette règle. En effet, la noix vomique dans les paralysies de la vessie, de l'œsophage, l'ergot de seigle dans l'inertie de la matrice, ont une efficacité au moins aussi grande que d'autres agents excitateurs sur les muscles de la vie de relation. Mais dans la paralysie de l'cstomnc et des iniestins, maladies dont le diagnostic est fort difficile, et qui ne se reconnaissent bien qu'à la production rapide des gaz qui distendent l'intestin outre mesure, la noix vomique et le massage trouvent une assez utile application.
Le choix dans les excitateurs est subordonné à certaines conditions relatives à la spécialité d'action de chacun d'eux, et au siège de la lésion nerveuse.
Ce que nous avons dit dans le courant de ce chapitre suffirait presque pour faire ressortir les indications spéciales de chacun des excitateurs. Nous avons vu en effet comment les slrychnos sont plutôt conseillés dans les paralysies dépendant d'une lésion des centres nerveux ; l'électriciié dans celles qui dépendent d'une maladie des conducteurs ou des extrémités nerveuses; la flagellation quand la paralysie affecte les or-
MÉDICATION RXCITATRICK. 111
ganes génilaiix; l'ergot de seigle quand il s'agit de stimuler l'utérus. Faisons observer toutefois que ceux des excitateurs que l'on emploie à l'intérieur, et qui, préalablement absorbés, vont porter dans touti's les parties de l'économie leur influence, peuvent, dans certaines circousfances, n'être que difficilement supportés, et éveillent d'ailleurs quelquefois dans des organes sains des stimulations d'autant plus énergiques que les doses ont besoin d'être plus fortes, afin d'éveiller la sensibilité endormie dans d'autres points. Cet inconvénient, peu grave en général, peut l'être dans quelques cas, et alors il faut recourir à ceux qui, comme l'électricité et la gymnastique, peuvent être dirigés à volonté sur une partie et sur cotte partie seulement.
CHAPlTPiE VUI.
MMIICRE MÉmCALi:.
Opium (opium). Suc concrète du pavut sonniifère, Papover nomniferum, L. 'var.
album), Papavéracées. Synonymie : [iyjxwv iMeconium) des Grecs; Amsiun des Arabes ; Ajflon des Perses, etc. Homère, d'après plusieurs commentateurs, le désigne sons le nom de vT|r:sv(iï,? {Iliade, Jiv. S;. Le nom d'opium vient de ôri;, suc.
Le pavot somnifère est originaire de l'Orient, où il croit en grande abondanc<.-; plante de culture facile, que Ion a pu avec succès naturaliser en Europe, et\ dont l'exploitation, bien dirigée, est de- \eviue une des branches importantes de noti'e industrie. — Les opérations à l'aide desquelles on retire l'Upium varient suivant les degrés de jjureté ou d'énergie que l'on veut réclamer du médicament.
La méthode d'extraction indiquée pai' Dinscoride, celle qui de nos jours est encore suivie et qui l'ournit l'Opium le plus pur, consiste \ inciser superficiellemenl les capsules encore vertes des pavots : on recueille les gouttes laiteuses qui s'échappent aussitôt qu'elles sont concrétées sur la plante, et l'on obtient ainsi un Opium roussâtre très-odoranl. C'est l'Opium des Orientaux.
Hérodote l'indique comme procédé usité de son temps. D'autres auteurs prétendent que l'Opium est un produit de l'incision et de l'extraction.
( iénéralement, les auteurs s'accordent à dire que l'Opium du commerce est obteiui par incisions faites aux capsules div Pavot. Dioscoride, Kœmpfer et Charles Texier font piler ou malaxer l'Opium, tandis qu'Olivier et Belon ne mentionnent pas cette opération et font sécher le suc directement.
L'Opium brut, tel qu'il nous est apporté de l'Orient, se présente en masses arrondies, aplaties, dont le poids varie de
ISJO à 300 granunes, parsemées de pellicules et enveloppées de feuilles de pavot, de fruits de rumex; rougeàtres à l'extérieur, d'un brun noirâtre à l'intérieur, dures, à cassure brillante et compacte, d'une odeur vireuse particulière, d'une saveur amère et nauséeuse, se ramollis saut sous les doigts par la ma taxation, et brûlant avec facilité en répandant une fumée épaisse : tels sont les caractères physiques de l'Opium.
Dans le commerce, on en connaU kois sortes principales : V Opium crÉuypte, VOpium de Conslanlinople. l'Opium de Smyrne ou d'Analol'e.
Il importe de les savoir distinguer les uns des autres, en raison de leur valeur. Us diffèrent beaucoup par la quantité de morphine qu'ils conliemi<>nt, et par leurs propi'iétés médicales. Aussi, comme ou peut facilement être induit en erreur en jugeant la qualité d'un Opium d'après ses caractères physiques, nous croyons devoir insister beaucoup jjIus sur les caractères cliimiques, qui, d'après l'excellent travail de M. Bertheniot (Journal de Ph. , n" IX, 1838), doivent seuls dénoter sa valeur médicale ou commerciale.
UOpitjm d'Egypte, celui qui est le moins répandu, est toujours expédié en petits pains orbiculaires, aplatis; il pré sente cet aspect et ces caractères extérieurs qu'on a coutume d'indiquer comme particuliers au bon O^jinm (cassure nette et luisante, couleur brun-foncé). Cependant cet Opium est de mauvaise qualité, la quantité de morphine y est beaucoup plus faible que dans les autres Opiums, et elle est mélangée de plus de narcotine. Il renferme 2 à 3 pour 100 de morphine. En outre, l'odeur vireuse particulière, caractéristique, y est beaucoup moins forte.
Après avoir fait de nombreuses analyses
d'Opiums, M. Berthumot signale surtout la morphine comme étant l'objet principal de la falsification. C'est la narcotine qu'on y associe quelquefois en très-grande quantité. Il a trouvé dans des morphines provenant d'Allemagne jusqu'à 17 pour 100 de narcotine; dans d'autres, tirées de Marseille, jusqu'à, 50 pour 100.
h'Oitiuin de Con.slaniiii<jjilf est préféré au précédent. Il est moins dur et moins cassant que l'Opium d'Egypte, souvent même assez mou; son odeur est plus forte. On remarque aussi que sa dissolution dans l'eau est moins acide; l'extrait est plus abondant et contient plus de morphine; la matière résinoïde a aussi plus de ténacité (IJertliemol).
Il est en pains de 200 à 300 grammes, -et renferme 12 pour 100 de morphine.
UOiJium de Siiiynie est supérieur aux deux autres, c'est le plus riche en prin- ^'.ipes actifs. La morphine qu'on en obtient devient blanche avec plus de facilité et rristallise mieux. L'extrait conserve une odeur vireuse plus pénétrante que celle des Opiums d'Egypte et de Conslantinople.
Il est en masses de 100 à 130 grammes, déformées, a[)laties, couvertes de fruits tle liuniex palientia (ce qui n'a pas lieu or- <linairement pour les autres Opiums) ; d'abord mou et d'un brun clair, mais bientôt noircissant à l'air. Lorsqu'on le déchire avec précaution et qu'on l'examine à la loupe, on le voit formé de petites larmes blondes ou fauves, trausparentes et agglutinées.
Il renferme 13 à 14 pour 100 de morphine. C'est celui que le Codex indique comme l'Opium officinal.
Les pharmacologucs ont admis encore plusieurs autres espèces d'Opium, telles que V Opium de Perse, ÏOiiiuin de l' Inde, dont on distingue trois sortes, ceux de Patna, de Maltvael de lienarès ; mais ces espèces sont moins estimées pour l'usage médical.
On apprécie ordinairement l'Opium d'après la quantité de morphine qu'il donne à l'analyse, et l'on trouve, sous ce rapport, des différences considérables dans les produits répandus dans le commerce.
M. Bussy a analysé deux échantillons d'Opium de Smyrne, et il a obtenu de l'un 3g'',92a pour 100 de morphine, et de l'autre 4g'',l. Ce rendement paraît être généralement celui des Opiums de cette provenance.
D'un autre côté, le docteur Mouchead, attaché à la Compagnie des Indes, a établi que les Opiums de l'Inde, qui sont exportés pour la Chine, contiennent des quantités de morphine qui varient depuis un demi jusqu'à 2 pour 100. Mais ces Opiums ont été ramenés à ce titre par leur mélange avec divers extraits.
Des Opiums de qualité supérieure, qui arrivent rarement jusqu'à nous, ont fourni au même observateur 10s'",5 pour 100 de morphine. Cette richesse de certains Opiums de l'Inde a été constatée par M. Payen, qui a obtenu la même propor-
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tion de morphine (i0s'",7 pour 100) d'un produit ayant cette origine, et qui présentait la plus belle appai'ence commerciale. Des produits semblables réhabiliteraient promptement dans le commerce la réputation des Opiums de l'Inde, fort compromise par les Opiums destinés aux Chinois, qui se sont égarés quelquefois jusqu'à nous.
Des essais tentés en Algérie pour la récolte de l'Opium dans un climat qui rappelle celui de l'Anatolie, la terre classique de cette substance, ont donné des espérances que la pacilication complète de ce pays permettra sans doute un jour de réaliser. Des Opiums, envoyés à l'Académie des sciences par M. Hardy, en 1843 et 1844, ont été analysés par M. Payen, et ont fourni les uns, 5,02, les antres, 4,84 et 5,10 pour 100 de morphine. L'Opium qui avait fourni 4,84 avait été obtenu par un temps pluvieux.
Enfin des Opiums recueillis aussi en Algérie par M. Simon, en 1844, ont donné 3,70 et 3,84 de morphine. Un échantillon obtenu en 1843 et analysé à la pharmacie d'Alger aurait fourni 12 pour 100. Mais après des corrections faites par M. Payeu sur le produit qui n'avait pas été dosé dans un état de pureté assez complet, cette proportion a été réduite à 10,73.
M. Réveil a publié récemment un travail Intéressant sur les Opiums de Perse, qui ont paru sur quelques marchés anglais, et qui se présentent sous la forme de cylindres de la grosseur du doigt entourés de papier blanc ou rouge lustré.
Ces Opiums renferment de 5 à 12 pour 100 de morphine.
Ajoutons que M. Simon a donné à l'Opium récolté par lui à Alger une forme spéciale qui servirait à le caractériser dans le commerce : son procédé consiste à enfermer l'Opium dans des capsules de pavot.
Ajoutons encore que la variété de pavot somnifère cultivée par M. Hardy en Algérie était le pavot blanc à tête ronde; tout semble indiquer aussi que c'est la même variété qui a produit les Opiums de M. Simon, rendant 3.70 et 3,84. Mais les recherches dont il va être question donnent tout lieu de penser que c'est une autnvariété qui a donné l'Opium riche à 10,73 pour 100.
Disons toutefois que c'est Belon qui a conseillé le premier la culture du pavot et la préparation de l'Opium en Europe et surtout en France : en France M. Petit, de Corbeil, a obtenu de l'Opium qui renfermait de 16 à 18 pour 1 00 de morphine : le général Lamarque a obtenu, dans le département des Landes, un Opium en grumeaux agglomérés qui a fourni à M. Caventou 14 pour 100 de morphine ; mais un résultat très curieux, c'est que Pelletier n'a pas trouvé de narcotine dans l'Opium des Landes; enfin M. Dives père, pharmacien à Mont-de-Marsan (Landes).
a trouvé dans l'Opium récolté par lui, de la morphine combinée à l'acide sulfnrique
tandis qu'en général cet alcaioïde se trouve clans l'Opium combiné à l'acide méconique.
D'un autre côté, M. Aubergier, professeur ?i l'Ecole secondaire de médecine de Glermont, engagé par nous à diriger vers les papavéracées des recherches entreprises depuis plusieurs années sur les sucs laiteux de certains végétaux, s'occupait, dans la Limagne d'Auvergne, d'expériences sur ce sujet. Ces recherches permettent de rendre raison des diiïérences que nous venons de signaler dans les Opiums fournis par le commerce ou obtenus en Algérie par divers expérimentateurs. Elles conduisent aussi à cette conséquence déjà entrevue, que le climat est loin d'avoir sur la qualité de l'Opium cette influence exclusive qu'on lui attribuait autrefois. On peut obtenir, dans nos contrées, de l'Opium de qualité supérieure à celui que nous apporte le commerce étranger; et il est établi pour ce produit, comme on l'a déjà fait pour le sucre, que le travail libre et intelligent des nations civi isées peut suppléer aux conditions plus avantageuses qu'offrent ailleurs le climat, la valeur bien inférieure du sol et quelquefois le prix moins élevé de la main-d'œuvre.
M. Aubergier a cultivé plusieurs variétés du pavot somnifère, et il a pris soin do recueillir séparément les produits qui ont été obtenus de chaque variété à divers intervalles.
Le pavot blanc à tête ronde, que l'on cultive dans le midi de la France pour les besoins de la médecine, est la variété la I)lus productive. La richesse en morphine a varij dans les produits des diverses récoltes, et elle a paru diminuer à mesure que la capsule approchait davantage de sa maturité. Cette décroissance de la ujorphine, proportionnelle à l'état plus ou moins avancé de maturité, pour n'avoir pas été constatée par l'analyse, n'était pas pour cela tout à t'ait ignorée. On savait que les capsules vertes jouissent de propriétés bien phis actives que les capsules des pharmacies, que l'on ne cueille que lorsque les graines ont mûri, aux dépens des sucs du péricarpe. Quoi qu'il en soit, l'Opium de la première récolte a donné 6,G3 de morphine pour 100, celui de la seconde 0,53, et celui de la tro sième 3,27.
Un Opium provenant du mélange du suc laiteux du pavot blanc à tête ronde, et du suc du pavot blanc à tête longue, que l'on cultive dans le Nord pour les usages de la médecine, a donné à l'analyse 8,57 de morphine pour la première récolte, et les produits des récoltes suivantes ont été trouvés moins riches. Ce mélange des deux sucs avait été l'ait à une époque où l'auteur de ces observations croyait encore que d^'ux variétés qui ne diffèrent que par la forme de la capsule devaient fournir des Opiums identiques.
Jl n'en est pourtant rien, et la variété à tète longue donne un produit plus riche eu morphine. Contrairement aux idées
généralement répandues, les pavots longs que le Nord fournit à la médi-cinesontphis actifs que les pavots ronds du Midi.
Il résulte donc de toutes ces observations que la richesse de l'Opium en morphine dépend de l'époque à laquelle il a été récolté, et surtout de la variété qui l'a produit. Pour faire l'application de ces principes aux échantillons de l'Opium d'Algérie qui ont été analyses par i\L Payen, on peut dire que l'Opium de M. Hardy fourni par la variété à tête ronde, et dont le rendement en morphine a été d'environ 5 pour 100, a été obtenu dans de bonne» conditions; que, pour les Opiums de M. Simon, riclies à 3,70 et 3,8'i, les incisions ont été commencées trop tard, et qu'enfin l'échantillon qui adonné plus de 10 pour 100 de morphine a été produit par la variété à tête longue, ou mieux encore par quelque autre variété du pavot somnifère.
M. Dumas, dont le nom se présente toujours en première ligne lorsqu'il s'agit de recherches qui peuvent avoir un grand intérêt pour la science, constatait à Genève, que certaines variétés fournissent un Opium plus riche en morphine que celui du commerce. MM. Pelletier et Caventou ont également indiqué ce fait, que viennent confirmer les expériences de M. Aubergier.
En eflet une autre variété du pavot somnifère, le pavot brun pourpre, lui a donné des Opiums dont plusieurs échantillons ont rendu 11,23, 10,27, 10,09 de morphine.
La variété désignée sous le nom deporol-œilli'ltf ou idi'ot iii.ir, que l'on cultive dans le Nord pour retirer l'huile de SCS graines, a donné un Opium plus riche encore en morphine. Le produit de la première récolte a rendu H, 83; celui de la seconde, 13,87, fait qui, pour le dire en passant, confirme ce que nous avons dit déjà de la décroissance de la morphine pendant la maturation de la graine. Mais la quantité d'Opiimi que l'on peut retirer de l'œillette est si faible, qu'on ne peut songer à le cultiver dans le but d'ea retirer ce produit pour le commerce. Il n'en est pas de même du pavot brun pourpre; ses produit sont, il est vrai, moins abondants que ceux du pavot blancà tète ronde, mais, comme ils sont deux fois plus riches en morphine, il s'établit une compensation qui est tout entière en leur faveur : cette sorte d'Opium devrait être employée dans la pratique médicale de préférence à l'extrait gommeux d'Opium, qui représente, on le sait, moitié du poids de l'Opium brut. On comprend facilement que le suc laiteux du pavot pourpre desséché au soleil doit l'emporter sur un extrait toujours plus ou moins altéré par l'action du feu. Ajoutons qu'en analysant cet Opium, on obtient du premier coup la morphine presque pure, et sans être salie par les matières résineuses qui accompagnent toujours celle que fournit l'Opium de pavot blanc, et dont on a
OFIUM.
Dour but de le débarrasser dans la préparation de l'extrait gommeux.
Toutefois MM. IJescliarmes, Benard, Renard, etc., ont extrait du pavot il œillette un Opium très-pur qui, analysé par MM.Acar, Miallie, Guibourt, Réveil, etc., a fourni jusqu'il 26 pour 100 de morphine; de sorte que cet Opium ne pourrait être employé en pharmacie comme trop riche, de 'même que l'on doit rejeter certains Opiums du commerce comme trop pauvres en alcaloïdes : un Opium bien choisi doit renfermer de 10 à 12 pour 100 de morphine.
Après avoir encouragé à leur début et suivi avec un constant intérêt les recherches de M. Aubergier, c'est pour nous une véritable satisfaction de pouvoir annoncer que ces recherches, exécutées avec une ai intelligente persévérance, viennent d'être délinitivement couronnées d'un succès complet.
Ainsi, à l'aide de procédés nouveaux qui sont exposés avec délail dans le Mémoire original, M. Aubergier est parvenu à économiser les deux tiers du temps employé jusqu'ici pour la récolte; il en résulte que la culture du pavot somnifère pour en retirer l'Opium est devenue possible en France au point de vue économique, et qu'éclairés par les données de la science, nous pouvons obtenir ce produit de meilleurs qualité que les peuples à demi barbares qui en ont conservé jusqu'ici le monopole.
M. Bouchardat, jugesi compétent dans ces matières, s'est appliqué depuis longtemps à étudier avec soin tout ce qui a rapport à cette nouvelle branche d'industrie, si digne d'être encouragée partons les amis du progrès; et l'exposé qu'il a doinié, dans son Annuaire, des résultats extrêmement remarquables obtenus par M. Aubergier, nous a paru d'un intérêt et d'une utilité tels, que nous n'avons pu résister au désir de lui donner place (51= édition).
Opium indigène. — Extrait d'affinm indigène de pavois pourpres (Aubergier).
Les nombreux travaux dont l'Opium a été récemmiiut l'objet, en faisant connaître les variations extrêmes que présente ce produit tel que nons le livre le commerce, méritent au plus haut degré d'attirer l'attention des praticiens. Ils prouvent que les anomalies dans faction de ce médicament, qu'où a cru pouvoir attribuer à l'état des malades, Ti leur idiosyncrasie, n'avaient le plus souvent d'autres causes que des différences dans la composition dont on était loin de soupçonner l'étendue.
On savait qu'aux lieux de production, chaque jour l'Opium était falsifié davantage, que souvent on mêlait l'extrait de la plante entière au produit obtenu par incisions; on pouvaitjusqu'à un certain point distinguer par les caractères physiques les Opiums ainsi altérés, mais ce qu'on ignorait, c'est que des Opiums préparés éga-
lementpar incisions avec le suc laiteux pur et sans mélange pouvaient présenter des variations comprises dans les limites effrayantes de 2 à 15 pour 100, ainsi que vient de le constater M. Aubergier, et de nature à ôter toute sécurité aux médecins; ce qu'on ignorait, c'est que la richesse de l'Opium diffère suivant la variété de pavots qui l'a fourni, et, pour une même variété, suivant l'époque plus ou moins avancée de maturité de la capsule au moment de la récolte. Il en résulte qu'en ayant toujours recours à la même variété, et en choisissant le moment le plus favorable pour la récolte du suc, on peut parvenir à resserrer désormais les différences dans la richesse en morphine dans des limites aussi insignifiantes... que celles constatées entre les divers Opiums du commerce étaient dangereuses. Parmi les variétés de pavots que Ion peut choisir pour la préparation de l'Opium, l'Académie a pensé que c'était celle qui pouvait fournir un Opium assez régulièrement riche à 10 pour 1.00, à laquelle il convenait de donner la préférence; que la proportion décimale dans la richesse en morphine, maintenue dans les formules à base d'Opium indigène présentées par M. Aubergier, permettait aux médecins de se rendre plus facilement compte de leur composition ; qu'il importait de distinguer ces nouvelles préparations des anciennes, à base d'Opium du commerce, qui ne présentent ni la même pureté, ni la même richesse, ni surtout la même uniformité de composition. Pour remp ir plus complètement les intentions de l'Académie h. cet égard, M. Aubergier propose de désigner son Opium indigène sous le nom d'afftuiii, qui est, en effet, son véritable nom.
Ou lit dans tous les ouvrages de matière médicale qu'aux lieux de production on désigne sous le nom à'alpmn les larmes laiteuses qui s'écoulent des incisions faites aux capsules du pavot; qu'on réserve ce produit précieux pour les familles riches et puissantes du pays, et qu'on ne livre au commerce que des produits inférieurs.
Ainsi, voilà un premier fait établi, et if est de la plus grande importance.
Pour ce qui se rapporte au choix de la variété à cultiver, les belles études de M. Aubergier ne laissent aucun doute. Le but principal que l'on doit atteindre pour un produit à la fois aussi utile et aussi énergique que l'Opium c'est de l'obtenir, autant que possible, dans les conditions les plus voisines de Viinlilé. Or, quand il s'agira de l'Opium destiné aux usages médicaux, la culture du pavot pourpre, dans l'état actuel de nos connaissances, devra toujours être préférée. iOn effet, de patientes analyses, renouvelées dans les conditions les plus diverses, pendant une suite d'années déjà satisl'aisante, nous ont montré que l'Opium extrait avec les précautions convenables des capsules du pavot pourpre, se rapproche infiniment de ce type de richesse en morphine de
MEDICAMENTS STUPEFiAiNTS
lO pour 100 que l'Académie consaci-e.
Poui" établir solidemcuit sur noire sol, où elle peut être surveillée, celte belle industrie de la fabrication de l'Opium indigène, M. Anbcrgier, qui s'est occupé avec tant de constance et de succès de cette question, a bien vu que si l'on voulait lutter avec la production de l'Asie Mineure, il fallait perfectionner le procédé minutieux des incisions.
Tout ce qu'a fait cet babile observateur peut servir de modèle. Procédé d'incision, méthode pour recueillir et dessécher le sue, utilisation des p:raines, il n'a rien laissé à désirer. Aussi nous pensons qu'il est indispensable d(! reproduire ici l'ensemble des moyens qu'il a si heureusement appropriés à la préparation économique de l'Opium.
Les incisions sont pratiquées avec un instrument qui porte quatre lames de •canif. Ces lames sont enchâssées dans un manche parallèlement, de telle façon que leur pointe ne fait saillie que de 1 ou 2 millimètres, et ne peut pénétrer dans l'intérieur de la capsule La préoccupation qu'entraîne la direction à donner à, l'instrument se trouve ainsi éc.iitée, le travail est plus facile, plus rajjide, il peut être confié à des mains inexpérimentées : avantage considérable lorsqu'il s'agit d'introduire une industrie nouvelle dans un pays.
Les observations de M. Réveil l'ont conduit II admettre qu'une seule incision suffit et que les incisions subséquentes donnent des quantités tellement faibles •de suc, que l'Opium qu'elles fournissent ne couvre pas les frais d'exploitation ; d'ailleurs, par une seule incision, on pourrait extraire des pavots cultivés en France, au point de vue de la graine, une quantité d'Opium vingt fois plus considérable que celle qui est consommée annuellement en France, et qui ne dépasse pas 10,000 kilogrammes.
Au lieu de laisser le suc, qui s'écoule à la suite d'incisions, se dessécher sur la capsule exposée aux poussières et à toutes les intempéries de l'atmosphère, il est de beaucoup préférable, pour la qualité de l'Opium à obtenir et poui' assurer la récolte, de le faire enlever immédiatement.
L'ouvrière qui fait les incisions est suivie, à quelques minutes de dislance, par une autre ouvrière qui en recueille le produit.
Le suc est ensuite exposé au soleil jusqu'à complète dessiccation.
Ce sont ces modifications, en apparence légères, qui cependant changent complètement l'économie du procédé par incision, de telle manière que le prix de la main-d'œuvre se trouve abaissé des deux tiers.
•^ Ce sont ces détails qui ont rendu exécutable ce problème de la fabrication de l'Opium indigène abordé par tant de bons observateurs qui n'ont pu le réaliser en grand (voyez Chevalier, noticej.
Ce n'est pas seulement Ji produire en Frame de l'Opium lunjour.s actif et toujours idi-nliquf que M. Aubergier a consacré dix aimées de recherches constantes et dispendieuses.
En adoptant fxdusivement deux fornuis pluirmaceutiques parfaitem:'nt étudiées, il peut satisfaire à toutes les exigences de la thérapeutique, et éloigner les vUances de CCS lala es d reurs qui ont tant de fois suivi L'adiitiiiistraliun de ces préparutioiis d'Opium qui étaient administrées pur gouttes.
M. Aubergier nous semble avoir complètement résolu un problème des plus importants, celui d'administrer l'Opium avec sûreté et sécurilé.
C'est en granules de 1 cenligramnu', contenant, par conséquent, 2 milligrammes de morphine, que l'extrait d'affiuni a été administré soit par M. Rayer, soit par M. Grisolle. Deux pilules ont presque constamment suffi pour déterminer le sommeil Les avantages de ce mode d'administration sur l'emploi des solutions, telles que les diver> laudanums, n'échapperont à personne. Ces pilules se dissolvent très-facilement dans l'eau.
Ainsi avec les granules d'extrait d'affium de M. Aubergier, rien n'est pi us facile que de composer des polions calmantes contenant une dose précise d'Opium, des lavements apiurés dont la puissance narcotique est toujours identique, et l'on n'a plus à craindre ces erreurs trop fréquentes où les nombres des gouttes des laudanums sont comptés d'une manière inexacte, soit dans les lavements, soit dans les potions.
Pour remplacer les liniments ou frictions opiacés, la teinture d'affiutn de pavots pourpres de AL Aubergier remplit touti^s les indications ; elle contient le centième de son poids d'extrait d'affiuni de pavot'; pourpres.
Voici les formules proposées par M. Aubergier et adoptées par l'Ac;»démie :
Affium indigène de pavots pourpres.
Faites des incisions longitudinales légèrement inclinées aux capsules du pavot pourpre, lorsqu'eltes ont atteint leur développement complet, et avant qu'elles passent de la couleur verte à lacouleiu' jaune; recueillez immédiatement avec l<doigt, dans un verre, le suc laiteux (jui s'écoule; répétez ces incisions par intervalles jusqu'à ce qu'elles aient embrassé toute la circonférence de la capsule.
Réunissez le produit de la récolte dans de larges vases à fond plat; exposez-le au soleil jusqu'à ce qu'il ait acquis une consistance assez ferme pour pouvoir être divisé en pains de 50 grammes. Laissez les pains exposés au soleil et à l'air jusqu'à ce qu'ils puissent être enveloppés dans des feuilles de papier huilé sans «'y attacher.
Cet A.ffuim contient !e dixième cie son poids de morphine.
Extrait d'affium indigène de pavots pourpres.
Coupez 500 grammes d'affium de pavots de pourpres par tranches : versez dessus 6 litres d'eau distillée froide ; au bout de douze heures malaxez l'Opium, et après douze nouvelles heures de macération, passez et exprimez. Soumettez le marc à une nouvelle macération dans 6 parties d'eau froide et passez encore avec expression. Décantez les liqueurs et évaporez-les au bain-marie en consistance d'extrait. "Versez sur cet extrait 4 litres d'eau distillée froide, agitez de temps en temps pour faciliter la dissolution, passez les liqueurs et faites évaporer en consistance d'extrait pilulaire.
Cet extrait contient un cinquième de son poids de morphine.
Vin d'af^um de pavots pourpres.
Vin de Madère SOOgramni.
Affium de pavots pourpres. 50 —
Faites macérer huit jours et filtrez.
Si vous ne retirez pas une dose de vin équivalente à celle employée, lavez le résidu avec une quantité de vin suffisante pour compléter 500 grammes.
Teinture d'affium de pavots pourpres.
Extrait d'affium de pavots pourpres. 10 gr. Alcool à, 560 centésimaux 1 kil.
Faites dissoudre l'extrait d'affium de pavots pourpres dans l'alcool et filtrez la solution.
Pour obtenir une teinture solide à froid, propre exclusivement à l'usage extérieur, diminuez de 120 grammes la quantité d'alcool employé et remplacez-la par un poids égal de savon animal que vous ferez dissoudre au bain-marie.
Sirop d'affium indigène de pavots pourpres.
Affium de pavots pourpres. Is^jO
Eau 500 gram.
Sucre blanc 1,000 —
Faites dissoudre l'affinni de pavots pourpres dans l'eau, filtrez la solution ; faites-y dissoudre le sucre, et filtrez le sirop au papier.
10 grammes ou deux cuillerées à café de ce sirop contiennent 1 centigramme d'affium indigène et 1 milligramme de morphine.
Ce sirop, que l'on pourrait aromatiser soit avec l'eau de laurier-cerise, soit avec toute autre eau aromatique, est destiné
à remplacer le sirop de pavots blancs et ;i être administré à, la place des potions à base de sirop d'Opium et dont l'actioa est aussi incertaine que celle des éléments qui entrent dans leur composition.
La composition du sirop de pavots blancs, la quantité de morphine qu'il contient est nécessairement variable comme celle de l'extrait de pavots qui en est la base, et dans lequel divers observateurs ont trouvé depuis 1/2 jusqu'à 3 pour 100 d(morphine On comprend quelle incertitude doit régner sur la composition d'un sirop préparé avec un tel extrait. Lorsqu'il a pour base un extrait contenant 1 pour 100 de morphine, il renferme un dix-millième de cet alcaloïde ; c'est précisément la quantité que contient constamment le sirop d'affium de pavots pourpres. On aurait donc une préparation équivalente, mais bien plus constante dans sa composition et, par conséquent, dans ses ctfets : conmie elle est souvent employée dans la médecine des enfants, c'est surtout, en pareil cas, qu'il importe de pouvoir compter sur la régularité de composition et d'effet.
Toutes les sophistications de l'Opium se résument, on peut le dire, en une soustraction du principe actif ou une addition de matières dont l'aspect imite celui de l'Opium, et dont la valeur réelle (^st d'ailleurs beaucoup moindre. Quelquefois les deux fraudes se réunissent pour diminuer la quantité de morphine.
Mais comme, d'un côté, les substances ajoutées sont inertes et non pas nuisibles, et que d'ailleurs aucun intérêt ne s'attache à l'extraction des principes autres que la morphine, qui est seule d'un usage étendu, il s'ensuit que faire l'essai d'un Opium supposé frelaté, c'est rechercher la proportion de morphine qu'elle renferme.
Or, on s'en fait une idée approximative en traitant la dissolution aqueuse du médicament par l'ammoniaque affaiblie. Le précipité est formé par de la morphine impure ; son abondance indique la richesse du produit soumis à l'examen.
Le procédé suivant olîre toute la précision désirable. L'Opium coupé en tranches minces macère durant vingt-quatre heures dans sept fois son poids d'eau distillée; après ce séjour, il est trituré finement, jeté sur un filtre, et épuisé par l'eau qui doit passer enfin incolore.
A cette dissolution filtrée, on ajoute un excès de chaux hydratée, on porte le mélange à l'ébullition pendant cinq minutes, et l'on filtre.
Cela fait, on traite par l'acide chlorhydrique, puis on ajoute de l'ammoniaque.
La morphine précipitée est recueillie, sur un filtre et lavée d'abord à l'alcool faible, puis à l'alcool à 33° bouillant; enfin on termine par un lavage à l'éther, on fait dessécher et l'on pèse.
Ce procédé est long, et nous devons ajouter que, pour obtenir des résultats
exacts, il faut opérer sur une assez grande quantité d'Opium; le piucedc suivant, indiqué par M. Guillermond, de Lyon, modifié par M. Réveil, est plus prompt; il donne des résultais suffisants pour un essai et présente l'immense avantage de n'exiger qu'une petite quantité de matière. Voici comment il est décrit par M. Réveil. On prend 15 grammes d'Opium; après l'avoir coupé en [)etils morceaux, on le dessèche à l'étuve, jusqu'à ce que deux pesées successives, laites à une heur(> d'interva'le, donnent le même résultat ; la perte de poids indique la quantité d'eau que renferme l'Opium ; le résidu sec est traité par 75 grammes d'alcool à So" centésimaux : on broie dans un mortier, de manière à obtenir une bouillie homogène que l'on passe avec expression à travers un linge (in et serré, le résidu est repris par 23 grammes du même alcool : on passe de nouveau et l'on ajoute aux liqueurs réunies quantité suflisante d'ammoniaque liquide. Après vingt-quatre heures de repos, il se dépose de beaux cristaux de morphine mêlés de narcoline; on les sépare par décantation et on les lave à l'eau distillée d'abord, à l'éther ensuite pour séparer la narcotine ; on fait sécher les cristaux et on les pèse. On peut, pour plus de sûreté, ajouter 1 gramme d'ammoniaque aux eaux mères, qui souvent laissent déposer une nouvelle quantité de morphine que l'on réunit à la première.
Nous avons déjà dit quelques mots de la falsification de l'Opium ; mais les fraudes se sont tellement multipliées depuis quelque temps, les Opiums factices, c'està-dire préparés avec le marc d'Opium des exiraits de divers végétaux, et surtout celui de la grande chélidoine {Clielidonium niajiii<), du pavot cornu (Chflidonium gla'icinn), sont tellement l'épandus dans le commerce, que nous nous faisons un devoir de signaler ces adultérations aux praticiens; il serait indispensable que le gouvernement pi'ît des mesures rigoureuses pour punir et empêcher ces fraudes qui compromettent d'une manière si grave la santé publique.
M. Chevallier, professeur à l'Ecole de pharmacie, a publié un excellent travail sur les falsifications en général etsurcelles de l'Opium en particulier; il a trouvé que cette substance si précieuse renfermait souvent des quantités tellement considérables d'eau fjusqu'à 50 pour 100) et si peu de morphine, que l'action thérapeutique devait être considérablement diminuée, et presque nulle dans un grand nombre de cas.
Le Codex recommande aux pharmaciens de n'admettre que de l'Opium titré à 10 pour 100 de morphine au moins.
Nous donnons, d'après Guibourt, la
Quantité moyenne de morphine contenue ans divers Opiums :
Qunnlilé moyenne de nuir^ihine.
l'onr 100 d'npinm : Elat mou. Eiat ntr.
Opium (le Ccinslanlinoplr,.. . 12 35 14,78
Opium de Siiiyriio ii.'ij 14,74
Opium d'Kn) pie ,.. » >, 8,2«
Opium de 'Imle ^., » » 6,50
Opium «le Perse >. » 11,37
/ AU'trii; » » » »
I Ues Landes, (jéiiéml la-
I marque » » 18,00
A Pavcl blanr de I,oir-el-
c\ Clier de Morgan 14,09 17,22
.^^ Pavot pourpre, Aulier-
gi.T « » 14,96
Pavol œillplle. Benarii.. » » 17.22
l'avol œilleile O lei H . ■ » » 21.00
l'avol œillelle, Rennrd.. » » 22. 8S Pavot oDiUelle, de Mi.r-
gan 15 09 17,30
Pavot œillelle , Lepage
V de Gisors 13,79 15,46
Quant à la narcotine et à la codéine, leur quantité varie aussi beaucoup dans l'Opium; l'Opium est regardé par les pharmaciens comme étant de bonne qualité quand il donne 50 pour 100 d'extrait gommeux ; mais c'est là certainement une très-mauvaise appréciation.
II est superflu de constater les caractères de la morphine en présence des divers réactifs.
La cuiniiosilion chimique de l'Opium esl fort compliquée. Derosne, le premier, s'en occupa avec soin : ])uis, après lui, Séguin, Sertuerner, Robiquet, Pelletier, Couerbe, etc., qui en donnèrent plusieurs analyses successives. Il résulte de ces recherches diverses que l'Opium ne contiendrait pas moins d'une vingtaine de principes, dont six cristallisables, azoté» et plus ou moins alcalins, ont reçu lef noms de murphinf, CiKléine, p^mcloiiiorplmifj parainori.hini' (thébaïne), narcotine, narcci'.e ; un antre également cristallisable, non azoté, nommé niëcaiiine ; deux acides, les acides inécuniiine et acétique: une huile fixe, une huilr volatile, une résine, du ca.uirhdiir, une matière extractive, de la gomme, des sullates de potasse et de chaux, etc.
Voici, d'une manière générale, la composition chimique de l'Opium :
Alcalis furis.
Morphine 10,00 p. 100
Codéine 0,03 —
Thébaïni' 0,13 —
Cryptopine 0,0020 —
Alcalis faibles.
Narcotine 0,00 —
Papavérine 1,00 —
Principes neutres.
Narcéine 0,004 —
Méconine 0,02fi —
Acites forts.
A. méconique 4,00 —
A. thébo.aclique . . . 1^50 —
Il serait peu profitable de faire l'histoire de tous les [ii'incipes de l'Opium ; nous nous contenterons de signaler et de décrire ceux qui sont les plus importants sous le point de vue médical. — Nous mettrons eu première ligne la niorp'iine et la c déiii", puis la narrolinp, qui jusqu'ici a été fort peu employée.
Morphine (Morphina), C3m'9A30«,2ag.
Principe immédiat de nature alcaline, découvert par M. Sertuerner, en 1810.
Cette substance est cristallisée en aiguilles blanches prismatiques, rectangulaires; inodore, presque insipide à cause de son insolubilité, mais très-amère lorsqu'elle est dissoute ; inaltérable à l'air.
La morphine est composée de : carbone, 72,28; hydrogène, 6.74; oxygène.
1G,18, et azote, 4,80. Elle est soluble dans les huiles fixes et volatiles, presque insoluble dans l'eau froide; l'eau bouillante en dissout un quatre-vingt-douzième de son poids; l'éther en dissout à peine; c'est l'alcool qui est son meilleur dissolvant. Chauffée doucement, la morphine fond et cristallise en masses rayonnées. Elle jouit des propriétés alcalines, verdit le sirop de vio'ette et rougit le curcunia : se combine aux acides pour former des sels stables, et néanmoins elle se dissout dans les alcalis caustiques. Ses principaux caractères chimiques sont de prendre une belle couleur rouge par l'acide nitrique concentré, de se colorer en bleu par des sels de fer au maximum d'oxydation, et de réduire l'acide iodique: tout cela en vertu de son pouvoir désoxygénant.
Préparalon. Le procédé que nous avons conseillé pour l'essai de l'Opium est en même temps un très-bon moyen de préparer la morphine.
Il y en a plusieurs autres dont nous allons indiquer les principales particularités.
Dans tous les cas, on commence par se procurer la dissolution dans l'eau de tous les principes de l'Opium solubles dans ce véhicule. C'est sur cette dissolution que l'on a^ïl ultérieurement, car elle renferme le méconale de morphine.
Après cette opération préliminaire, les uns précipitent immédiatement la morphine à l'aide d'une base plus puissante. Sertuerner, les auteurs du Codex et Hottot emploient l'ammoniaque. Robiqud, préfère à tort la magnésie. Les autres font préalablement passer la morphine ;i l'état de chlorhydrate, et traitent aussi par la chaux : ce n'est qu'en dernier lieu qu'ils précipitent par l'ammoniaque.
Ici encore deux variétés, suivant que l'on fait iigir d'abord la chaux, puis l'acide chloi hydrique, ou bien que l'on emploie directement le chlorure de calcium, comme le fait Grégory, La chaux a pour but de précipiter les acides et les matières colorantes.
La morphine obtenue par un de ces procédés, quel qu'il soit, retient un peu de matière coloran e et de la narcotine. On la décolore par le charbon animal, et on la prive de narcotine par des lavages à l'alcool et à l'éther.
Le pi'océdé do Grégory est généralement adopté.
La morphine a été rarement employée pure; ou la donne ordinairement sous forme de sel combiné avec les acides acétique, sulfurique et chlorhydrique.
Acétate de morphine [ucftas vmrphicus). C'est un sel neutre qui résulte de l'action de l'acide acétique sur la morphine.
Il est blanc, inodore, d'une saveur trèsamère.
Ce sel est maintenant presque proscrit de la matière médicale, quoiqu'il ait joui naguère d'une grande réputation. Ce sel est soluble; mais il perd tacitement une grande quantité de son acide et par là sa solubilité.
Chlorhydrnie de morphine.
G34Hî9AsO«,HC/,CHO = 373,;
{Chlorhydras morpliicus).
Morphine 100 gramiu.
Acide chlorhydr. à 1.17 ( TT^.Tii fllctlll/.r. . . ?4- ^•
Eau distillée.
Réduisez la morphine en poudre fine; délayez-la dans une petite quantité d'eau chaude, et ajoutez de l'acide chlorhydrique étendu de son volume d'eau, en quantité suffisante pour obtenir une solution complète. Concentrez ensuite la liqueur au bain-marie jusqu'à cristallisation, et abandonnez-la h elle-même dans un lieu frais.
Le chlorhydrate de morphine cristallise en fibres soyeuses : il se dissout dans 20 parties d'eau froide et dans moins de son poids d'eau bouillante. H est coloré en bleu par la solution de perchlorure de fer. 100 parties de chlorhydrate de morphine cristallisé renlerinent 75,9 parties de morphine. Le chlorhydrate de morphine doit être employé de préférence h l'acétate de morphine, qui est moins stable. Quant au siil,ati- df inorpldn", on le prépare comme le chlorhydrate, en substituant l'acide sulfurique à l'acide chlorhydrique.
Sirop de chlorhydrate de tnorpliine.
Sirop de moryhine. Syrupus cum chlorhydrate morphico.
Chlorhydrate de morphin.'. Os^OS
Eau distillée 2 gramm.
Sirop de sucre incolore. . 98 —
Dissolvez le chlorhydrate de morphine dans l'eau distillée et mélangez la dissolution avec le sirop de sucre.
20 grammes de ce sirop contiennent 1 centigramme de sel de morphine.
Préparez de la môme manière le sirop de suU'ate de morphine. (Codex.)
On prépare encore un citrate de morphine, mais il est inusité
Codéine {codeina). C^m'-^ AzO^, "ioq. Alcaloïde découvert dans l'Opium en 1833 par M. Robiquetj cristallisableen prismes rhomboïdaux droits; inodore; d'une saveur très-amère; soluble dans l'eau et dans l'alcool; ti'ès-soluble aussi dans l'éther, ce qui distingue cette substance de la morphine ; insoluble dans les alcalis caustiques; ne se colorant pas en bleu par les sels de peroxyde de fer, ni en rouge par l'acide nitrique.
Préparaliim. On l'obtient en décomposant une solution d'Opium par le ciiiorure de calcium ; il reste dans les liqueurs du chlorhydrate de morphine et de codéine : mais en décomposant ce chlorhydrate par l'ammoniaque, la morphine est précipitée. En évaporant les eaux mères, on obtient la codémp, qui se purifie par plusieurs cristallisations,
La codéine doit être essayée par les pharmaciens : en a signalé sa falsification au moyen de Carséniale de soude qui cristallise comme elle.
On prépare en Angleterre un sel double de morphine et de codéine (sel de Gregory, chlorhydrate double de morphine et de codéine) que beaucoup de praticiens ont reconnu préférable à la codéine, quant à l'emploi thérapeutique.
La codéine peut s'employer en pilules ou en dissolution, dans un looch ou dans un julep. Le chlorhydrate de codéine paraît être plus actif.
On prépare un sirop de codéine, dont voici la formule :
Sirop de Codéine {sirupus ciim Cvdvina).
Pr. : Codéine pulvérisée. . . . Osr^SO
Eau distillée 34 gram.
Sucre très-blanc 66 —
Faites dissoudre à chaud la codéine dans l'eau distillée; ajoutez-y le sucre, faites fondre et laissez refroidir; si le produit obtenu ne pèse pas 100 grammes, ajoutez la quantité d'eau nécessaire pour compléter ce poids et filtrez.
20 grammes (une cuillerée à bouche) de ce sirop contiennent 4 centigrammes de codéine ; 5 grammes (une cuillerée à café) en contiennent 1 centigramme. (Codex.)
Narcntine (sel de Derosne). Autre principe immédiat contenu dans l'Opium.
Cette substance a été découverte par Derosne en 1803, puis étudiée avec beaucoup de soin par Ptobiquet. Elle cristallise en aiguilles déliées ou en prismes rhomboïdaux; elle est peu soluble dans l'alcool froid, plus soluble dans l'alcool chaud, se dissolvant facilement dans l'éther sulfurique, à l'aide de la chaleur;
elle s'unit dillicilemcnt aux acides pour former des sels.
Pour se procurer la narcotine, on prend le marc d'Opium épuisé par l'eau, provenant de la préparation de la morphine ; on le fait bouillir avec l'acide acétique à deux ou trois degrés, on passe, on filtre les liqueurs, et on précipite par l'ammoniaque. On purifie lauarcotine qui se précipite en la dissolvant à chaud dans de l'alcool auquel on ajouteun peu de charbon animal ; on filtre bouillant, et la narcotine cristallise par le refroidissement.
La narcotine est fort peu usitée ; elle n'est jusqu'ici connue, en thérapeutiquf, que par quelques expériences.
L'Opium sert à préparer une foule de médicaments composés. Nous allons passer en revue la plupart des préparations dont il est la base.
Pour procéder avec ordre, nous admettons la division suivante :
1" Préparations obtenues par l'action de l'eau sur l'Opium ;
2° Par l'action de l'alcool ;
3° Par l'action du vin ;
4° Par l'action de l'acide acétique.
Nous dirons d'abord que l'Opium eu lier est peu usité; ou le réduit en poudrr après l'avoir fait sécher, et cette poudre sert quelquefois îi saupoudrer les cataplasmes.
Les produits par l'eau sont les suivants :
1° Extrait d'Opium {e.rtraclum Opii).
Extrait fhébaïque.
La préparation indiquée par le Codexest la suivante :
Pr. : Opium choisi.
Eau distillée. .
1,000 gram.
Coupez l'Opium par tranches trèsminces, et versez dessus 8 kilogrammes d'eau distillée froide; au bout de douze heures, malaxez l'Opium avec les mains; et, après douze nouvelles heures de ma cération, passez sur une toile et expri mez; soumettez le marc à une nouvelhv macération dans 4 kilogrammes d'eau distillée froide, pendant douze heures, et passez encore avec expression ; décantez les liqueurs et évaporez-lrs au bainmarie jusqu'en consistance d'extrait ; versez sur cet extrait dix parties d'eau froide, agitez de temps en temps pour faciliter la dissolution; laissez déposer les parties insolubles; passez les liqueurs et failes-les évaporer jusqu'en consistance d'extrait pilulaire.
2» Extrait d'Opium privé de narcotine {exiraciurn UiAi fiôàijiie narculina;.
Pr. : Extrait d'Opium q. s.
Eau froide. . q. s.
Délayez l'extrait d'Opum dans del'eait
OPiUM.
de manière à lui donner la consistance d'un sirop; introduisez cette liqueur dans un flacon de verre et versez-y huit fois NOn volume d'éther sult'urique, bouchez le flacon, agitez vivement et de temps à autre pendant un ou deux jours; décantez l'élher, ajoutez-en une nouvelle quantité égale à la première, et renouvelez l'agitation ; au bout de deux jours, décantez cette liqueur éthérée, et remplacez-la par une nouvelle dose d'éther, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'éther ne laisse aucun résidu par l'évaporation ; laites alors évaporer la dissolution aqueuse jusqu'en consistance pilulaire.
On peut eussi préparer cet extrait en pistant l'opium avec de la poix, qui contracte avec la narcotine une combinaison que l'eau ne dissout pas (Limousin-Lamothe).
Magendie désignait le marc d'Opium épuisé par l'eau sous le nom d'exirait d'Opium sans moriiliine. 11 est tout à fail sans action et inusité.
3» Sirop d'extrait d'Opium (sirvpus mm extrada Opii). Sirop thébaïque.
l'r. : Extrait d'Opium 2 gram.
Eau 8 —
Sirop de sucre 990 —
20 grammes de ce sirop contiennent 4 centigrammes d'extrait d'Opium.
En ajoutant à 100 grammes de ce sirop d'Opium 50 centigrammes d'esprit volatil de succin, on obtient la préparation connue sous le nom de sirop de Karabé.
(Codex.)
i» Pilules de cynoglosse opiacées {jpilulœ cum cynuglosso).
Pr. : Écorce sèche de racine
de cynoglosse 10 gram.
Semences de jusquiame 10 — Extrait gommeux d'Opium 10 —
Mvrrhe 15 —
Oliban 12 —
Safran 4 —
Castoréum 4 —
Sirop de miel 35 —
On pulvérise ensemble les semences de jusquiame et la racine de cynoglosse, et séparément chacune des autres substances ; on ramollit l'extrait d'Opium avec un peu de sirop, et l'on y incorpore les poudres
Faites des pilules de 20 centigrammes, qui contiennent chacune 2 centigrammes d'extrait d'Opium.
5» Teinture d'extrait d'Opium. Teinture lUébaïque [linctura cum exlracto Opii).
Pr. : Extrait d'Opium aqueux. 10 gram. Alcool à 60» centigr. . . 120 —
Faites dissoudre par une macératiou suflisamment prolongée; filtrez.
Produits par l'alcool.
!<» Teinture d'Opium ammoniacale [élixir parégorique).
Pr. : Opium choisi 8 granu
Fleurs de benjoin ... 12 —
Safran. ..... ... 12
Huile volatile d'anis . . 2 —
Ammoniaque liquide. . 150 — Alcool à 8(Jo centigr.
(340 Gart.) ....'.. 3.S8 —
Faites macérer pendant huit jours,, filtrez.
2" Teinture d'Opium camphrée {Tinctura cum exlracto Opii camphorata).
Pp. : Extrait d'Opium . . 3 gram.
Acide benzoïque . . 3 —
Huile volatile d'anis. 3 —
Camphre 2 —
.\lcool à 60» centigr. 050 —
Faites macérer huit jours, filtrez.
10 grammes de cette teinture renferment 5 centigrammes d'extrait d'Opium.
Produits par le vin.
Le vin dissout tous les principes de l'Opium que l'on peut dissoudre; en outre, par l'alcool et les parties acides qu'il contient, le vin est plus propre que l'eau à se charger de la narcotine, de l'huile et de la résine.
Les plus importantes préparations sont :
1° Vin d'Opium composé {laudanum liquide de Sydenkatn. Vinum Opii composituni).
Pr. : Opium de Smyrne
coupé en morceaux. 200 gram.
Safran incisé 100 —
Cannelle de Ceylan. . 15 — Girofles concassés.. . 15 —
Vin de Malaga.
l.liOO
Mêlez le tout dans un matras, faites macérer pendant quinze jours; passez, exprimez fortement et filtrez.
4 grammes de ce laudanum valent 50 centigrammes d'Opium ou 25 centigrammes d'extrait.
A la longue, le laudanum de Sydenham se décolore sans rien perdre de ses propriétés; il s'y forme un dépôt de matière colorante de safran privée d'huile volatile : celle-ci reste dans la liqueur.
On a proposé de remplacer l'Opium brut par l'extrait d'Opium, dont on met moitié poids. Prévoyant la falsification de l'Opium, Virey avait conseillé de préparer le laudanum avec les sels de morphine. (Virey, Traité de Pharmacie, t. I, p. '.32.)
MÉDICAMENTS STUPEFIANTS.
20 Vin d'Opium obtenu par la fonTientation (Oiiiiim ou liwlunum de Ruusstuu, Opium secuiidum lluusseau).
Pr. : Opium de Smyrne . . 200 grani.
Miel lilaiic GOO —
Eau cliaude 3,000 —
Levure de bière Iraîrim 40 — Alcool à tiO" centigr. . 200 —
Divisez rO|)ium et faites-le dissoudre dans l'eau cliaude, ajoutez le miel, puis la levûie de bière ; laissez à une température de So» à 30°, jusqu'à ce que la fermentation soit terminée ; filtrez, évaporez au bain-marie jusqu'à réduction à GOO grammes ; laissez refroidir, ajoutez-y les 200 grammes d'alcool, et, après vingt-quatre heures, filtrez de nouveau.
4 grammes de laudanum de Rousseau valent 1 gramme d'Opium ou 50 centigrammes d'extrait.
Produits par V acide acétique.
l» Gouttes noires anglaises.
lUaik dnj\)s.
Guttœ nigiœ brdannicce.
Opium de Smyrne .... 100 gram.
"Vinaigre distillé (!00 —
tSafran 8 —
Muscades 25 —
Sucre 50 —
Divisez l'Opium ; pulvérisez grossièrement les muscades et incisez le safran.
Met(ez le tout dans un ballon avec les trois quaris du vinaigre ; faites macérer pendant dix jours, en agitant de temps en temps. CliaufTezaii baiu-marie pendant une demi-heure; passez; exprimez fortement. Ajoutez sur le marc la quatrième partie du vinaigre; après vingt-quatre heures de contact, exprimez de nouveau h la presse. Réunissez le liquide écoulé au premier produit; filtrez; ajoutez le sucre et faites évaporer au bain-marie jusqu'à réduction à 200 grammes; la liqueur doit marquer environ 1,25 au densimètre f29» Baume).
La goutte noire, ainsi préparée, représente la moitié de son poids d'Opium, ou le quart d'extrait d'Opium , c'est-à-dire qu'une partie équivaut à deux parties de laudanum de Rousseau et à quatre parties de laudanum de Sydenham.
2° Extrait acétique d'Opium (extrait d'Opium de La'otiette) qui s'obtient par l'évaporation jusqu'à consistance d'extrait du vinaigre d'Opium.
Nous citerons aussi la liqueur du docteur Porter, de Bristol, employée aux Etats-Unis, avec une grande vogue, pour remplacer les gouttes noires {b'a( k diups). "Voici la formule du docteur Porter :
Pr. : Opiimi 125 gram.
Incisez et faites digérer pendant vinglquatre heures dans :
Acide citrique f.4 gram.
Eau bouillante 500 —
Filtrez.
Magendie remplaçait cette opératii'u par la solution de citrate de morphine.
Tels sont les médicaments importants qui ont pour base l'Opium.
Nous ne devons pas cependant oublier la puudie df. Ouiufr vi \aiikpii(njUP, médicaments qui avaient autrefois une assez grande importance en thérapeutique.
La préparation de la poudre de IJower (pulvis liKivi'ii), poudre d'ipécacuanli.i opiacée, est la suivante :
Pr. : Poudre de sulfate de
potasse. . 40 gram.
Poudre de nitrate de
potasse . 40 —
Poudre d'ipécacuanha. 10 —
Poudre de réglise. . , 10 —
Extrait d'Opium sec et pulvérisé 10 —
Faites sécher exactement et mélangiv,.
1 gramme de cette poudre vaut 9 centigrammes d'extrait d'Opium.
Quant à la préparation de la thériaque, elle est trop conij) iquée et trop informe pour que nous puissions l'indiquer. Elbrenferme presque toutes les drogues autrefois connues.
L'Opium entre aussi dans la préparation du diasrordiiini, électuaire encore fréquemment emp'oyé.
1 gramme de diascordium correspond à G milligrammes d'extrait d'Opium.
Nous ne terminerons pas cet article sui' l'Opium et ses alcaloïdes sans faire remarquer que la plupart des sirops dits ]ierio>iiii.c vendus par les spécialistes ont pour base rO[>ium ou la niinpii'iii', et que, par conséquent, il y aurait grand danger à employer chez les enfants ces sirops h dose élevée.
PLANTES QUI CONTIENNENT DE l'OI'IUM.
Papavérace'es.
Cette famille naturelle renferme un grand nombre de plantes qui contiennent de l'Opium. Elles croissent et sont cultivées dans tous les pays de l'Kurope. Les caractères de cette famille sont les suivants :
Plantes herbacées, à suc propre blanc ou rouge jaune. Les feuilles sont alternes, sessiles; les fleurs soliiaires. Elles ont le p!us souvent le calice à deux folioles caduques; la corolle formée de quatre pétales; les étamines ordinairement très-nombreuses, insérées sur le réceptacle. L'ovaire simple, slipié, à stigmate sessile, rayonné, se change en une capsule à une seule loge polysperme.
Oi'lUAl.
Les principaux genres de cette famille dont les produits sont employés en médecine sont les genres pavot [^Pa^aver) et chélidoine {('hrlKloiinini),
Le genre l'apaci-r renferme des espèces P. oriniiup, .•tuninifviuin, rltœas, argemone et dubium.
Pajiiiver onentalp, L. (pavot oriental).
C'est cette belle espèce cnltivée dans les jardins. ^L Petit, pharmacien à Corbeil, en a extrait une grande quantilé d'Opium, qu'il appelle Opium iwiniéiu-, mais qui a des propriétés quatre fois moins actives que l'Opium exotique.
Il faut dire cependant que, d'après les recherches de i\l. Petit, confirmées par MM. Caventoii et Pelletier, le pavot oriental serait plus avantageux pour en retirer de l'Opium indigène, puisque celui qu'il donne contient plus de morphine que le pavot somnifère venu en France, et à plus forte raison que le coquelicot (P. rhasas).
P. somniferum (pavot somnifère, pavot d'Opium). Cette plante est d'une couleur glauque remarquable; ses tiges sont fortes, peu rameuses; ses feuilles sont larges, sessiles, glabres, pinnalifides; les fleurs terminales, grandes, caduques. On distingue deux variétés très-tranchées: l'une, Papaver suninjfcnnn allmin , est ainsi nommée, parce qu'elle a les fleurs et les graines blanches. Ses capsules sont ovoïdes, très-grosses, et ne perdent point leurs semences, c'est-à-dire que le fruit est indéhiscent.
L'autre, Papaver soi)ini''prvm niqrum, a les pétales rouges marqués d'une tache noirâtre à la base. Les capsules sont plus petites, globuleuses, et s'ouvrent par des pertuis au-dessous du stigmate.
C'est cette dernière variété, et plus spécialement une sous-variété à pétales pourpres, qui paraît fournir le plus d'Opium.
Pourlant ce sont les capsules du pavot blanc (fruits, têtes de pavot, pa)iaveris capsulœ) qu'on emploie en médecine.
Elles sont ovoïdes, univalves, indéhiscentes, glauques d'abord, puis grisâtres étant sèches, inodores, légères, avec un renflement à la base, et au sommet un évasement rayonnant qui est le stigmate persistant; à l'intérieur, on distingue des commencements de cloisons longitudinales qui se réunissent de bas en haut.
Pour jouir de toutes leurs propriétés, les capsules du pavot devraient être récoltées avant la maturité des graines, lorsqu'elles sont encore très-succulentes. Les capsules du commerce sont récoltées trop tard, lorsque les graines ont mûri aux dépens des sucs du péricarpe ; aussi des accidents graves ont été produits par la substitution des fruits verts et succulents du pavot aux ca|3sule3 sèches du commerce (Ph. de Soubeiran).
On fait avec l'extrait d'Opium un sirop connu sous le nom de siit)i> diacode, de i.à, atec, etxii'îiov, tète de pavot. C'est donc
par erreur que beaucoup de médecins écrivent sirop de diaiode.
Sirop diacode.
Sirupus de l'apavere albo.
Extrait d'Opium 0g'',50
Eau distillée 4,50 grain.
Sirop de sucre 995 —
Faites dissoudre l'extrait d'Opium dans l'eau distillée, et filtrez la dissolution, que vous mêlerez avec le sirop.
20 grammes de ce sirop contiennent 1 centigramme d'extrait d'Opium. (Codex. ^
Ce sirop remplace le sirop de pavot blanc du précédent Codex.
Les capsules de pavot contiennent de la morphine et jouissent des mêmes propriétés que l'Opium.
Elles sont aussi employées avec beaucoup de succès en lavement, d'après la formule suivante :
Tètes de pavnl 20 gram.
Eau bouillante 500 —
Ouvrez les têtes de pavot, rejetez les semences, et divisez le péricarpe en petites parties, versez dessus l'eau bouillante, laissez infuser pendant deux heures, et p.issez.
On délaye dans ce lavement IG grammes d'amidon en poudre, et l'on a le lavement de pav<ii el d' amidon, très-employé dans les hôpitaux.
Les semences du pavot somnifère ne renferment pas les principes de l'Opium, et fournissent une huile grasse de bonne qualité connue sous le nom d'Iunle d œillet le (olivetto ou olietto, petite huile) et d'huile blanche.
P. rltœas (coquelicot, pavot rouge), plante annuelle fort commune dans nos moissons, a de grandes fleurs d'un beau rouge (ce qui l'a fait comparer à la couleur de la crête de coq, d'où coquetirut : Mérat et Delens). Cette fleur a une odeur faiblement vireuse et une saveur légèrement amère. Elle doit être séchée, pour l'usage médical, dans un grenier trèschaud ou dans une étuve. Après son entière dessiccation, on la crible pour en séparer les étamines et les œufs d'insectes, et on la renferme dans un endroit bien sec.
La tisane et le sirop de coquelicot sont d'un usage assez fréquent en thérapeutique.
Les fleurs de coquelicot sont placées avec celles de la mauve, de la guimauve et de la violette, au nombre des espèces pectorales; mais on y ajoute souvent le tussilage et le pied-de chat, et le mélange porte alors le nom de mi le fÏPiirs, ou llfurs perliiralfS. C'est ce que l'on connaît vulgairement sous le nom de quatre fleur s.
Le Papaver dubium et le Papaver arge-
mom jouissent exaclcinent des mêmes jusqu'ici trop peu employé, ses applicapropriétés que le P. rhœns. lions tliérapeutiquc-s ne sunt pas encore lueurs capsules conliennent une très- assez nombreuses pour que nous puispetite quantité d'Opium, et ont par cou- sions en faire l'histoire, séquent des propriétés beaucoup moins Nous dirons seulement que le suc proactives que le P. orientale et le P. somni- prc de ces plantes doit ses qualités ficres ferum. '>■ des alcaloïdes analogues à la thébaïne, . Le genre chélidoiiie (CVididonmm) acte par exemple.
HISTORIQUE
Parmi les médicaments que possède la matière médicale, l'Opium est l'un de ceux dont l'utilité, dont la nécessité est le moins contestée, et l'on peut dire de cette substance, comme de quelques autres, en très-petit nombre, le mercure, le quinquina, la belladone, le fer, etc., que sans elle la médecine serait impossible.
L'Opium était connu d'Hippocrate, qui ne l'a peut-être jamais employé, car le Père de la médecine a certainement désigné une euphorbe et non le pavot sous le nom de ij.V.wv. Les vertus hypnotiques du pavot n'étaient pourtant pas ignorées de l'antiquité, et les attributs que l'on donne à Morphée en sont la preuve évidente. Il est même extraordinaire que cet important agent ait eu tant de difficulté à prendre dans la matière médicale le rang qu'il y occupe aujourd'hui, lorsque le hasard tout seul devait mettre sur la voie de ses propriétés médicamenteuses.
Diagoras, contemporain d'Hippocrate, connaissait l'influence que l'Opium exerçait sur les fonctions cérébro-spinales, et c'est pour cette raison qu'il l'avait proscrit. Cependant Sérapion et Héraclide de Tarente ne craignirent pas d'en faire usage quelquefois ; mais l'Opium tomba de nou veau dans l'oubli, à l'époque oii les médecins grecs vinrent s'établir à Rome et dans l'Italie. C'est à peine si Celse le conseille. Dioscoride et Galien n'en parlent que bien peu, et, après eux , Aétius d'Amide . Alexandre de Tralles et Paul d'Égine n'en font presque jamais mention dans leurs écrits. Néanmoins l'Opium entrait déjà comme un élément dont l'importance n'était pas soupçonnée dans de fameuses préparations officinales, telles que le mithridate de Damocrate tant vanté par Pline; la thériaque d'Andromachus, médecin de Néron, que Galien lui-même prépara souvent ; la masse de cynoglosse, dont Alexandre de Tralles imagina la composition; mais on peut dire que ce furent les Arabes, Rhazès, Avicennes, Avenzoar, qui placèrent réellement l'Opium au rang qu'il mérite d'occuper.
A une époque plus rapprochée de nous, Théophraste Paracelse et le grand Sydenham rendirent à l'Opium toute l'importance qu'il avait perdue pendant les siècles de barbarie; et, de nos jours, la découverte des diverses substances contenues dans l'Opium a ouvert un champ encore plus vaste aux applications thérapeutiques de l'Opium.
OPIUM. m