lKDICAMENrS STUI'tFIAMS
félicitt'S surnaturelles. Cependant, \er3 la fin de leur vie, ces malheureux, au milieu d'un état de torpeur, sont tourmentés par des douleurs atroces et une faim continuelle. Ils sont déformés par de nombreuses périosloses, perdent leurs dents et sont agités d'un tremldement continuel.
L'Opium lui-même est devenu impuissant à calmer leurs douleurs et à les tirer, comme autrefois, de l'état d'anéantissement dans lequel les fumeurs sont tombés. Longtemps avant d'être morts, ils sont des cadavres.
Les recherches qui précèdent ont surtout porté sur la morphine ; mais les substances qui entrent dans la composition de l'Opium diffèrent essentiellement les unes des autres par la nature de leur action sur Véconomie animale. 11 est donc rationnel, dans l'intérêt de la thérapeutique, d'administrer isolément chacune de ces substances.
M. Claude Bernard a déjà constaté sur les alcaloïdes principaux une différence très-marquée entre le pouvoir soporifique, le pouvoir convulsivant et le pouvoir toxique. (Académie des sciences, 1864.)
Propriétés soporifiques des alcaloïdes de l'Opium. Les expériences de M. Claude Bernard ont porté sur les six alcaloïdes suivants : morphine, narcéine, codéine, narcotine, papavérine, thébaïne.
De CCS six alcaloïdes, trois seulement possèdent la propriéié de faire dormir; ce sont la morphine, la narcéine et la codéine. Les trois autres, la narcotine, la papavérine et la thébaïne, sont dépourvus de vertu soporifique; de sorte qu'à ce point de vue, ce sont non-seulement des substances étrangères dans l'Opium, mais encore des matières dont l'activité propre peut contrarier ou modifier l'effet dormitif des premières.
Chacune de ces substances, morphine, narcéine, codéine, fait dormir à sa manière, en procurant un sommeil caractéristique :
« La durée et l'inîcnsité du sommeil morphéique sont naturellement en rapport avec la dose de la substance absorbée ; mais ce qu'il importe ^l'examiner ici, c'est la nature du réveil, qui est caractéristique. Les chiens, en se réveillant, ont constamment le même aspect : ils sont souvent effarés, les yeux hagards, le train postérieur surbaissé et à demi paralysé, ce qui leur donne la démarche tout à fait analogue à celle d'une hyène. Quand on appelle les chiens dans cet état, ils se sauvent comme effrayés; ils ne reconnaissent pas leur maître et cherchent à se cacher dans les endroits obscurs. Ces troubles intellectuels des animaux ne durent pas moins de douze heures, et ce n'est qu'après ce temps que l'animal est revenu à son humeur normale.
« Si nous comparons maintemnt le sommeil de la codéine à celui de la morphine, nous verrons qu'ils diffèrent essentiellement l'un de l'autre. Cinq centigrammes de chlorhydrate de co-Zt-me injectés sous la peau peuvent également suffire pour endormir un chien de taille moyenne. Si les ohiens sont adultes ou plus grands, il faut également augmenter la dose
OPIUM. lao
pour obtenir le même elfet. Mais, quelle que soit la dose, on ne parvient jamais à endormir les chiens aussi profondément par la codéine que par la morphine. L'animal peut toujours être réveillé facilement, soit parle pincement des extrémités, soit par le bruit qui se fait autour de lui. Quand on met le chien sur le dos dans la gouttière à expérience, il y reste tranquille; mais cependant l'animal a plutôt l'air d'être calmé que d'être véritablement endormi. 11 est très-excitable; au moindre bruit, il tressaille des quatre membres, et si l'on frappe fortement et subitement sur la table où il se trouve couché, il ressaute et s'enfuit. Cette excitabilité n'est que l'exagération d'un état semblable que nous avons déjcà vu dans la morphine; comme elle, on la voit disparaître par les excitations répétées.
a La codéine émousse beaucoup moins la sensibilité que la morphine, et elle rie rend pas 1ns nerfs paresseux comme elle ; d'où il résulte que, pour les opérations physiologiques, la morphine est de beaucoup préférable à la codéine. Mais c'est surtout au réveil que les effets de la co- <léine se distinguent de ceux de la morphine. Les animaux codéines, à dose égale, se réveillent sans effarement, sans paralysie du train postérieur, et avec leur humeur naturelle; ils ne présentent pas ces troubles intellectuels qui succèdent à l'emploi de la morphine.
« Le sommeil produit par la narcéine participe à la fois du sommeil de la morphine et de la codéine, en même temps qu'il en diffère. La
NARCÉINE EST LA SUBSTANCE LA PLUS SOMNIFERE DE l'oPIUM. A doSCS égales,
avec la narcéine les animaux sont beaucoup plus profondément endormis qu'avec la codéine; mais ils ne sont pas abrutis comme avec la mot'phine. Leurs nerfs de sensibiUté, quoique émoussés, ne sont point frappés d'une paralysie très-appréciable, et les animaux manifestent assez vite les sensations douloureuses à la suite du pincement des extrémités. Mais ce qui caractérise plus particulièrement le sommeil narcéique, c'est le calme profond et l'absence d'excitabilité au brait que nous avons remarqués dans la morphine et trouvés au summun d'intensité dans la codéine. Au réveil, les animaux endormis par la narcéine reviennent très-vite à leur état naturel. Ils ne présentent qu'à un beaucoup moindre degré la faiblesse du train postérieur et l'effarement, et en cela le réveil de la narcéine se rapproche de celui de la codéine. »
Propriétés toxif/ues des alcaloïdes de l'Opium. Les six principes de rOpium étudiés par M, Claude Bernard (morphine, codéine, narcéine, narcotine, papavérine, thébaïne) sont tous des poisons; mais il n'y a aucune relation à établir entre leurs propriétés toxiques et leur action soporifique. La morphine est l'un des alcaloïdes les moins toxiques de l'Opium, et la thébaïne est le plus dangereux. Pour donner une idée de la différence qui existe entre ces deux alcaloïdes, M Claude Bernard fait observer que dix centigrammes de chlorlujdi aie de thèhaine dissous dans 2 centimètres cubes d'eau distillée et injectés dans les veines d'un chien du poids de 7 à 8 kilogrammes le tuent en cinq minutes; tandis qu'il a pu
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injecter jusqii'cà deux grammes de chlor^iydnde de mor[jhine dans les veines d'un animal de même taille, sans amener la mort. Après la thébaïne, arri\e, pour la toxicité, la codéine, qui est également beaucoup plus dangereuse que la morphine. Si les médecins ont cru le contraire jusqu'à présent, cela tient à ce que la morphine produit très-vite, et bien avant qu'on ait atteint une dose toxique, des accidents tels que la céphalalgie et les vomissements; tandis que la codéine, qui endort peu, ne produit pas ces accidents au même degré, quoique beaucoup plus toxique. La dose de chlorhydrate de codéine, qui, injectée dans les veines, tue un chien, est bien inférieure à la dose de chlorhydrate de morphine, qui peut être injectée de même sans amener la mort.
Mais les principes de l'Opium sont à la fois toxiques et convulsivants, c'est-à-dire qu'ils amènent la mort avec des convulsions tétaniques violentes. Ces convulsions sont suivies pour quelques-uns d'entre eux, et particulièrement pour la thébaïne, de l'arrêt du cœur et d'une rigidité cadavérique rapide, comme cela se voit pour les poisons musculaires. La narcéine fait seule exception , elle n'est point excitante ni convulsivante ; portée à dose toxique, les animaux meurent dans le relâchement.
En résumé, il y a trois propriétés principales dans les alcaloïdes de l'Opium :
1° Action soporifique; 2" action excitante ou convulsivante; 3" action toxique.
On peut résumer l'intensité d'action de chacun de ces alcaloïdes en les classant de la manière suivante :