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MODE D ADMINISTRATION ET DOSES

Le Datura se donne en substance, en extrait, en infusion, en décoction, en teinture, et la Daturine en injections sous-cutanées. Toutes les parties de la plante ont une grande activité : les semences sont plus actives que tout le reste. La poudre et l'extrait de Datura se donnent à la dose de 5 à 30 centigrammes dans les vingt-quatre heures. En infusion et en décoction, pour l'usage interne, il est dangereux d'aller à plus de 1 gramme à 1 gramme et demi pour 230 grammes d'eau. La teinture se donne à la dose de 2 à 20 gouttes. Mais pour l'usage externe, il est impossible de préciser les doses, qui peuvent être considérablement augmentées sans aucun inconvénient grave, à moins qu'on ne les applique sur le derme dénudé ou sur une surface ulcérée.

La Daturine est le principe actif du Datura; elle cristallise facilement, elle se distingue, d'après M. Planta, en ce qu'elle n'est pas précipitée de ses dissolutions par le chlorure de platine, et en ce qu'elle précipite en blanc par le chlorure d'or.

La Daturine possède les mômes propriétés que l'atropine ; comme celle-ci, elle dilate la pupille, mais la dilatation n'est pas persistante : aussi la préfère-t-on lorsqu'on veut disposer l'œil à certaines opérations chirurgicales. En injections sous-cutanées, elle se donne à la dose de 1 à 5 milligrammes.

Le TaLac (iiicotiane, petun, lierbe ù la beaucoup dépassé par la corolle en enreine, licrbe à tons maux) est fourni au- tonnoir, régulière, quinquéfide aussi; jourd'hui par plusieurs espèces du genre sigmate émarginé; capsule ovoïde à deux nicotiana, originaires de l'Amérique mé- loges polyspermes. ridionale et cultivées en France. Ce sont Parties usitées. Les feuilles. les nicotiana longifolia, nicotiana pani- Posselt et Reimann ont également culata et nicotiana rustica. La première trouvé dans les feuilles du Tabac une espèce n'est autre que l'ancien nicotiana substance alcoloïde, qui paraît en être le tabacum, dont l'épithète était devenue un principe actif. Ils l'ont nommée mcoiiawme centre-sens. Elle se distingue, comme on ou nicotine Etudiée par MM. Henry et sait, par ses grandes corolles hypocraté- Boutron, elle offre les caractères suiriformes de couleur rose. La seconde es- vauts : Liquide, volatile, s'altérant facilepèce est voisine de la précédente. Enfin, ment et se colorant en brun au contact la troisième se reconnaît aisément à ses de la lumière ; soluble dans l'eau, dans feuilles plus courtes, et à ses fleurs d'un l'alcool et dans l'éther; se comibinant jaune un peu verdàlre. très-bien avec les acides. Elle dilate la

Du reste, les caractères génériques pupille au lieu de la contracter,

sont : un calice urcéolé quinquéfide, de Le Tabac est peu usité comme médi-

cament; ses propriétés irritantes sont chlorhydrate d'ammoniaque, un principe plus prononcées que dans les autres so- acre volatil nommé depuis nicotine, et lanées vireuses. On l'emploie en lotions qu'on prépare en distillant les feuilles de et fomentations, surtout en fumigations Tabac avec de la potasse et de la soude, et en lavements; ce sont les formes les La nicotine C^^Û'-'^Az^ (Riche) jusqu'à plus ordinaires. On compose aussi un si- ce jour n'a joué de rôle important qu'en rop et un vin de Tabac. L'emploi médi- toxicologie ; toutefois elle est quelquecal du nicotiana tabacum paraît devoir fois utilisée en fomentations ou en inacquerir un peu plus d'importance. Le jections. nicotiana rustica, qu'on trouve assez aljon-

damment dans nos campagnes, peut lui Teinture de nicotine (Gowc). servir de succédané.

Ce sont les feuilles de Tabac telles que Nicotine 1 grara.

la plante les fournit qui doivent être em- Alcool 50

ployées en médecine ; elle n'ont pas l'odeur acre, forte et particulière du Tabac ' Imbiber des compresses de cette teinpréparé; celui-ci s'obtient en humectant ture et les appliquer loco dolenti. les feuilles sèches avec une solution de

sel marin; quelques fabricants y ajoutent Injection de nicotine (Paresi). du sucre, de la mêlasse, une décoction

de figues ou du suc de réglisse; celui de Nicotine CO centig.

la régie n'est préparé qu'avec l'eau salée. Eau distillée 3fï0 gr.

Même préparation que pour la bella- Mucilage 30 '

doue.

D'après l'analyse de Vauquelin, les Avec 15 grammes d'abord, puis 30 gram-

feuilles de Tabac renferment de l'albu- mes de cette dissolution, faire des injec-

mine, du malate acide de clnuix, de l'acide fions dans la vessie contre la paralysie

acétique, du chlorure de potassium, du de cet organe.

HISTORIQUE

La découverte du Tahac ne date que du seizième siècle ; d'abord importée en Europe, oij son usage habituel devint un objet de mode, cette plante n'entra que plus tard dans le domaine médical.

A l'exemple de tous les auteurs qui nous ont précédés, nous distingons le Tabac des autres solanées vireuses, tant par ses propriétés toxiques que par ses qualités thérapeutiques. Nous ne saurions dire jusqu'à quel point cette distinction est bien fondée ; car, en lisant attentivement les travaux des toxicologistes et les histoires d'empoisonnements chez l'homme, en tenant compte des résultats thérapeutiques obtenus par l'administration du Tabac, nous sommes restés convaincus que le Tabac ne possédait réellement pas beaucoup plus de propriétés irritantes que la stramoine et la belladone, et qu'il pouvait être employé en médecine à peu près dans les mêmes circonstances. Ici pourtant nous devons faire une remarque importante, c'est que le Tabac, par les préparations qu'on lui fait subir dans les manufactures, acquiert des qualités irritantes qui lui sont étrangères ; mais nous ne voulons parler ici que des propriétés de la plante telle qu'on la recueille, et préparée comme elle l'est dans toutes les officines.

ACTION PHYSIOLOGIQUE DU TABAC

Que l'on fume des feuilles de Tabac, de stramoine ou de belladone, on éprouve des effets identiques, à la violence près. Vertiges, ivresse,

trouble de la vue, nausées, vomissements, souvent diarrhée ; l'infusion, la poudre, l'extrait de la plante, produisent encore des effets toxiques tellement semblables, qu'il serait impossible de les distinguer. C'est ce dont on peut se convaincre en lisant les détails des expériences d'Orfila, de Brodie, etc., etc.

Le Tabac employé, même comme agent thérapeutique, peut avoir des inconvénients graves et produire de véritables empoisonnements. Il faut surtout se défier des décoctions de Tabac administrées en lavement ; 8 grammes employés de cette manière ont causé la mort d'un enfant de de quatorze ans, et des doses de 30 à 60 grammes ont suffi pour faire périr des adultes. (Tardieu, Empoisonnement^ p. 778.)

Le môme fait s'est présenté, même avec du Tabac employé comme topique, soit h, la suite d'application de jus de Tabac sur un exanthème chronique du cou, et sur un ulcère teigneux. On a observé également des accidents, après avoir déposé du Tabac en poudre sur une plaie de la cuisse, après l'enveloppement des membres avec des linges imprégnés de décoction de Tabac, et enfin après des onctions faites sur la tête d'enfants avec un mélange de beurre et de Tabac destiné à tuer des poux. (Tardieu, id.)

Le Tabac à priser détermine sur la muqueuse olfactive non-seulement la sensalion de son odeur, qui est bien connue; mais il détermine une irritation suivie bientôt d'éternuments et d'une sécrétion abondante de mucus, et ce n'est qu'à la longue que l'on obtient la tolérance que présentent les priseurs.

Le Tabac fumé détermine une sécrétion abondante de mucus buccal, puis des nausées et des vertiges, et souvent des vomissements et un peu de diarrhée, qu'on évite rarement quand on commence à fumer. On dit même qu'il a suffi de plusieurs pipes fumées coup sur coup pour déterminer la mort. (Marshall-Hall, Gmelin.) Peu à peu la tolérance s'obtient et les fumeurs arrivent à ne plus ressentir ces effets et même à ne pluscracher. Toutefois, même chez les fumeurs les plus habitués, l'excès amène des troubles de la digestion, de l'anémie, des névroses multiformes, del'étouffement, des palpitations, des spasmes bronchiques, de la gastro-entéralgie (Praag) et, suivant Beau, l'angine de poitrine. M. Jolly prétend môme que cet excès amène une sorte de cachexie et uno véritable déchéance de l'espèce.

Le Tabac à chiquer amène également une irritation de la muqueuse buccale, et les chiqueurs ne se mettent à l'abri d'une intoxication réelle qu'en crachant continuellement, à mesure que la salive s'imprègne des principes du Tabac.

Le principe actif du Tabac est la nicotine. Cet alcaloïde paraît avoir été connu, il y a deux siècles, des Florentins, comme il ressort d'une citation très-intéressante faite par M. Tardieu (p. 778). « Quelques-uns, néanmoins, pour prouver qu'il est vénéneux, objectèrent l'expérience de certaine quintescence du Tabac, qui fut apportée de Florence à Paris,

il y a quelque temps, dont une seule goutte introduite dans une piqûre faisait mourir à l'heure même. » (Baillard, Discours du Tabac et de ses divers usages en médecine, 1693.)

Toutefois, la nicotine n'est bien connue que depuis les travaux de MM. Barrai, Schlœsing et Stas. C'est un poison des plus violents. Quelques gouttes de nicotine pure, une seule peut-être, instillées dans la bouche, donnent instantanément la mort. (Tardieu, p. 783.)

Analyse de r action de la Nicotine. Il faut remarquer tout d'abord que lorsqu'on emploie la nicotine à des doses assez faibles pour ne pas déterminer la mort, loin d'observer des accumulations de doses, on voit l'organisme être de moins en moins sensible à l'action de cette substance, et qu'il faut en augmenter progressivement la dose pour en obtenir les mêmes effets.

A petite dose, la nicotine active la respiration et rend les contractions du cœur plus énergiques et plus fréquentes. Ces actions se produisent par l'intermédiaire du pneumo-gastrique, car si l'on coupe ce nerf, l'excitation cardiaque disparaît. (Cl. Bernard.)

A dose forte, la nicotine produit encore l'excitation du cœur, mais cette excitation est bientôt suivie de la paralysie du cœur, des nerfs vasomoteurs et des centres nerveux, c'est-à-dire des centres d'origine des nerfs voso-moteurs. (Sée, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie, t. V, art. Asthme, p. 715, 1865.)

La nicotine ne paraît pas avoir sur la pupille la même action que les autres solanées. La dilatation de la pupille avait été signalée dans certains empoisonnements par Orfda, MM. Bernard et van der Corput. D'autres avaient constaté un rétrécissement, c'étaient van Praag et Braun. Reil avait été en quelque sorte éclectique; il avait signalé un rétrécissement suivi au bout d'une demi-heure de dilatation. Il fallait donc reprendre ces expériences à nouveau. C'est ce qu'a fait M. Hirschmann ; il a opéré sur des lapins, des chats, des chiens, des pigeons et des poules, en même temps qu'il a varié le mode d'administration, faisant pénétrer le médicament, tantôt par la conjonctive, tantôt par la bouche, tantôt par l'anus. Il déclare que, dans ses expériences, il a vu constamment la pupille se rétrécir, et que jamais il ne l'a vue se dilater. Voulant ensuite connaître le mécanisme de ce rétrécissement de l'ouverture pupillaire, il a institué une nouvelle série d'expériences, desquelles il croit pouvoir conclure que cette action de la nicotine sur la pupille est le résultat d'une paralysie du muscle dilatateur, produite elle-même par une paralysie de l'extrémité périphérique des nerfs qui s'y rendent, comme il l'admet pour l'action de l'opium et du curare. [Bulletin de Thérapeutique, 1863, t. II, p. 561.)

ACTION THÉRAPEUTIQUE DU TABAC

En thérapeutique, le Tabac a été jadis beaucoup plus employé que de nos jours, et nous sommes convaincus que ce médicament n'a pas de

propriétés spéciales assez importantes pour occuper une grande place dans la matière médicale, si l'on y conserve les autres solanées vireuses; les praticiens en resteront probablement aussi persuadés que nous par la lecture de ce qui va suivre.

1° Maladies des centres et des conducteurs nerveux. Boerhaave conseillait les applications de feuilles fraîches de Tabac sur le front et sur les tempes dans les douleurs névralgiques ; le même moyen, ou mieux l'application de la décoction ou de l'extrait, est utile encore pour calmer les douleurs de la goutte ou du rhumatisme alors que la douleur est superficielle. Dans les odontalgies, les collutoires de décoction«fle Tabac, les frictions des gencives avec l'extrait de cette plante ont de grands avantages, et de plus grands que l'usage de la pipe et de la chique, conseillé également dans ce cas.

Quant aux affections des centres nerveux, elles ne sont pas combattues par le Tabac avec le même avantage, quoi qu'on ait pu dire des succès obtenus dans le traitement des paralysies, etc.

Le Tabac avait déjà été recommandé au dix-septième siècle, ainsi qu'on peut le lire dans l'ouvrage de Zvinger (1696) comme un moyen efficace dans le traitement des paralysies ; mais c'est surtout, dans ces derniers temps, M. Fischer {Hufeland Journal, 1838) qui a appelé l'attention des praticiens sur ce remède énergique. Il rapporte plusieurs observations qui lui paraissent prouver que le Tabac, à petites doses, et employé avec persévérance, a une action stimulante sur le cerveau, le cervelet et la moelle épinière, et qu'il réussit dans l'incontinence d'urine causée par la paralysie du sphincter de la vessie, comme dans la paralysie des membres inférieurs. Il serait important de répéter ces expériences. Toutefois les résultats auxquels est arrivé M. Bretonneau, dans les mêmes circonstances, avec la belladone, donnent lieu de penser que les assertions de M. Fischer seront confirmées par les travaux ultérieurs.

Nous ne croyons pas qu'on puisse conseiller ce médicament dans les affections soporeuses, sans courir le risque d'augmenter les désordres cérébraux. Mais si l'on s'en rapporte au témoignage de Thomas, confirmé par Anderson, le tétanos aurait quelquefois cédé à l'emploi du Tabac. Thomas ne conseillait que les lavements de fumée. Anderson appliquait les feuilles fraîches de Tabac sur les muscles qui étaient plus particulièment convulsés, en même temps qu'il faisait, sur la plaie, des fomentations avec la décoction de la plante. Il donnait aussi des lavements avec cette même décoction et avec la fumée.

Tout récemment, Haughton, Tyrrell, de Dublin, et Harrisson, de Liverpool, viennent d'obtenir de nouveaux succès, soit en appliquant sur la plaie une infusion feuilles, soit en administrant la nicotine à dose extrêmement petite, un trentième de goutte à la fois. [Bulletin de Thérap., 1865, t. II, p. 331, et 1867, 30 novembre.)

Dans certaines céphalalgies, celles surtout qui semblent liées à un état de sécheresse extrême de la membrane pituitaire, l'usageduTabac à priser a été conseillé, et tous les jours on peut constater l'utilité de cette médication; par contre, chez beaucoup d'autres personnes^ la déplorable habitude qu'elles ont prises d'introduire sans cesse de la poudre de Tabac dans le nez, entretient sur la membrane muqueuse un état d'hyperhémie et une céphalée qui en est la conséquence.

2" Appareils des sens. Ce que nous venons de dire fait assez voir à combien d'accidents s'exposeraient ceux qui, ayant déjà une affection chronique des narines, continueraient l'usage du Tabac en poudre. Quelquefois, dans nos hôpitaux, nous voyons les dartres rongeantes du nez et de la face ne pas reconnaître d'autres causes déterminantes

D'un autre côté, l'usage du Tabac peut être utile pour augmenter les sécrétions nasales, les ramollir et faciliter la respiration par le nez. Quelques personnes ont toujours la voix nasonnée quand elles ne font pas usage de Tabac.

Le larmoiement qui tient à l'endurcissement du mucus de la partie inférieure du canal nasal peut encore être avantageusement combattu par le Tabac à priser ; c'est de cette manière qu'il faut entendre ce proverbe que le Tabac éclaircit la vue. Le médecin doit encore conseiller cette médication comme moyen révulsif utile dans certaines ophthalmies chroniques. Le mal est à côté du bien, car chez les gens que la poudre de Tabac irrite trop, il peut survenir des maladies des fosses nasales, comme nous l'avons dit plus haut, qui, se communiquant aux voies lacrymales, finissent par amener des tumeurs ou des fistules.

Les catarrhes de la trompe d'Eustache et ceux du tambour sont quelquefois avantageusement modifiés par la fumée du Tabac. Le malade remplit la bouche et le pharynx d'une grande quantité de fumée, puis, fermant le nez et la bouche, et faisant un grand effort d'expiration, i chasse à plusieurs reprises la fumée dans l'intérieur de l'oreille.

C'est un usage vulgaire dans les campagnes, de traiter la gale des animaux domestiques, leurs diverses affections pédiculaires, et les maladies chroniques uont leur peau peut être le siège, par des lotions faites avec une décoction de Tabac, ou bien encore par des pommades dans lesquelles le Tabac sn poudre entre en grande proportion. Cette médication est évidemment utile, et les gens du peuple, appliquant à eux-mêmes une pratique que l'expérience avait sanctionnée chez les animaux, traitent souvent par les mêmes moyens, et avec succès, la gale et certaines dartres. Ils détruisent de la même manière et avec la même facilité les poux et les morpions. Mais lorsqu'on applique sur tout le corps une forte décoction de Tabac, ou de la pommade dans laquelle la poudre de cette plante entre pour une grande proportion, il peut en résulter, par le fait de l'absorption, des accidents redoutables d'empoisonnement. Ces accidents surviennent principalement quand le derme est dénudé, comme dans les teignes,

dans les gales accompagnées de pustules. On lit dans Stoll, dans le Journal de Vandermonde, dans l'histoire de la Société royale de médecine, des observations qui doivent nous rendre prudents sur l'emploi du Tabac appliqué sur la face cutanée.

3° Maladies de l'appareil respiratoire. Dans l'asthme nerveux, l'usage de fumer du Tabac est souvent aussi utile que l'emploi du datura suivant le même mode. L'extrait de cette plante a encore été conseillé dans la toux férine, dans la coqueluche; mais évidemment, dans tous ces cas, le datura stramonium et la belladone sont préférables.

M. Szerlecki a constaté, par un grand nombre d'expériences, l'efficacité du Tabac dans l'hémoptysie active.

M. Bauer a aussi observe les plus heureux effets de l'emploi de la teinture de nicotiane dans le traitement de cette maladie.

C'est, d'un côté, par son effet sédatif sur la circulation (expériences de Schubart) ; de l'autre, par la dérivation sur les plexus nerveux, gastriques (analogue à l'action de l'ipécacuanha à petites doses), que le Tabac peut être très-salutaire dans l'hémoptysie.

Asphyxie. La fumée du Tabac en lavement a été particulièrement conseillée dans le traitement de l'asphyxie, et surtout dans celui de l'asphyxie par submersion. C'est vers la fin du siècle dernier que les travaux de Pia, échevin de Paris, et que les discussions acerbes qui s'élevèrent à ce sujet donnèrent aux lavements de Tabac une importance extrême dans le traitement des noyés. En vain Portai donna-t-il d'excellentes raisons pour prouver non-seulement l'inutilité, mais encore le danger de ces lavements; sa voix ne fut pas écoutée, et de nos jours encore les lavements de Tabac sont employés pour secourir les noyés. Nous partageons, à cet égard, entièrement l'avis de Portai, et nous pensons qu'avant de préconiser un moyen certainement dangereux, il eût été convenable de faire quelques expériences comparatives, ce qui n'a jamais été fait.

Depuis Stesser, qui a publié à la fin du dix-septième siècle un livre où il décrit un grand nombre d'appareils fumigatoires pour introduire de la fumée de Tabac dans le rectum, jusqu'à nos jours, une multitude de machines plus ou moins ingénieuses ont été successivement essayées et abandonnées. L'instrument le plus simple de tous est certes celui de Gaubius : c'est un soufflet de cuisine dont le tuyau est garni de cuir pour ne pas blesser l'intestin, et à l'âme duquel on adapte un entonnoir. La fumée de Tabac est reçue dans l'entonnoir, introduite dans l'appareil par l'écartement des valves du soufflet, et poussée ensuite doucement dans le rectum.

siai^dies de l'appareil digestif. A l'époque 011 les lavements de fumée de Tabac avaient acquis une faveur si grande, on ne les conseilla pas seulement dans le traitement des asphyxiés, mais encore dans celui de

plusieurs maladies très-graves du canal intestinal. Ainsi l'iléus, la bernie étranglée, la colique de plomb, la tympanite, la dysenterie, furent soumises aveuglément à la même médication.

Déjà Sydenham avait préconisé les lavements de fumée de Tabac dans l'iléus ; Martens et Schœffer vinrent ensuite ajouter leur témoignage à l'imposante autorité de Sydenham : ce moyen, conservé jusqu'à nos jours, semblera bien insuffisant à qui connaît les causes mécaniques et si souvent inamovibles qui donnent le plus souvent naissance aux symptômes dont la réunion a reçu le nom d'iléus. Toujours est-il que si l'iléus reconnaît pour cause un pincement de l'intestin ou une contraction spasmodique d'une portion du tube digestif, la fumée ou la décoction de Tabac, administrées en lavements, pourront avoir quelquefois les mêmes avantages que dans la hernie étranglée.

Schœffer est le premier, que nous sachions du moins, qui ait conseillé dans la hernie étranglée les lavements de fumée de Tabac. Les auteurs du siècle dernier se sont tous accordés sur ce point, que le Tabac était utile dans ce cas. Pott, au lieu de fumée, donnait en lavements l'infusion de 4 grammes de feuilles de Tabac pour 500 grammes d'eau. Dehaen conseillait plutôt la fumée. Souville parle, dans le Journal de Vandermonde, des heureux effets qu'il obtint dans deux cas de hernie étranglée, la première fois par un lavement fait avec la décoction de 30 grammes de Tabac dans 1 kilogramme d'eau ; la seconde par une infusion théiforme de la même plante, qu'il administra en potion. Avant de passer outre, nous protesterons contre les doses énormes indiquées pur Souville : l'infusion de 30 grammes de feuilles de Tabac, conservée dans l'intestin, donnerait certainement lieu à des accidents mortels.

Tous ces praticiens donnaient alors le Tabac surtout comme purgatif, dans le but d'accélérer le mouvement pcristaltique de l'intestin, et parla de dégager de l'obstacle la portion du tube digestif qui était étranglée ; mais évidemment le Tabac agissait comme agit la belladone et le datura, qui sont seuls aujourd'hui employés en pareil cas et avec bien plus d'avantage, et qui font parfois cesser le spasme, soit des muscles, soit des anneaux fibreux qui serrent l'intestin.

La colique de plomb a été attaquée aussi par le Tabac. Gravel appliquait sur le ventre des fomentations faites avec une décoction de Tabac, et les y laissait jusqu'à ce qu'il survînt des garde-robes, et alors il administrait des purgatifs drastiques. C'est par ces mêmes fomentations aidées de minoratifs doux, que, dans ces derniers temps, on a voulu combattre la dysenterie.

Les lavements de décoction de Tabac, les infusions de Tabac prises en potions, des applications de feuilles cuites sur le ventre, sont rangés parmi les moyens les plus propres à favoriser la destruction des vers intestinaux.

Enfin, il est presque d'un usage vulgaire parmi les médecins de donner des lavements de Tabac dans les constipations opiniâtres, médication que

nous n'avons jamais vue amener des résultats que nous n'eussions pu obtenir beaucoup plus vite et plus sûrement par d'autres moyens.

Maladies de l'appareil génito-urînaire. Fowler, à la On du siècle

dernier, vanta singulièrement la teinture de Tabac dans le traitement de la dysurie calculcuse; le témoignage un peu suspect de ce praticien se trouve confirmé de nos jours par celui de Henri Larle et de Shaw. Ces deux auteurs, en effet, traitaient et guérissaient la rétention d'urine et le spasme de l'urètre par des lavements de fumée ou de décoction de Tabac, et Larle mettait, dans le même cas, des suppositoires dans la composition desquels entrait, pour une grande partie, l'extrait de la même plantes Des travaux plus récents ont démontré que la stramoine et la belladone, opposées aux mêmes accidents, avaient des effets beaucoup plus certains.

Hydropisie. Déjà au dix-septième siècle, le Tabac a été préconisé contre l'hydropisie, et notamment contre l'ascite. M;ignenus assure qu'une décoction de nicotiane avait agi, entre ses mains, si Tortement chez un de ses malades, qu'il avait été obligé d'en supprimer l'emploi. Plus tard, Fowier reroui'^iande l'infusion suivante comme un remède souverain contre l'hydropi.^ie

Pr. : Feuillos sèches de Tabac 30 f^ivimmos.

Ean bouillante oOO —

Laissez macérer pendant une heure dans un vase clos et au bain-marie; exprimez ensuite 120 grammes de cette infusion, et ajoutez alcool rectifié 60 grammes.

Cette teinture se prend deux fois par jour à la dose de 40 gouttes.

Fowler a porté la dose successivement jusqu'à 200 gouttes, en augmentant par 5 ou 10 gouttes; il rapporte vingt-deux cas différents d'hydropisie, dont la plupart ont été combattus par le Tabac.

MM. Garnett, Augustin, J.-R. Schmitt, ont également employé le Tabac avec succès dans l'hydropisie générale.

On a aussi recommandé l'emploi du Tabac à l'intérieur contre r/i?/û?rothorax, mais nous sommes loin de recommander cette pratique.

Goutte. Dans la goutte aiguë, plutôt pour prévenir que pour calmer les attaques, quelques empiriques conseillent la médication suivante :

Tous les mois, pendant une semaine, le malade prend un bain de pieds, préparé avec l'infusion de 30 grammes de Tabac à priser, en poudre. Puis, après avoir bien essuyé les pieds, il les expose pendant 10 minutes à la fumée de feuilles de Tabac à fumer, que l'on brûle sur un réchaud. Quand les pieds sont bien secs, on les recouvre d'un bas de laine bien sec dans lequel on a également introduit de la fumée de Tabac.

Nous avons été témoins du succès de cette médication que nous n'avions

pas conseillée, et dans qnelques cas nous avons eu à nous louer de l'avoir suivie ctiez quelques-uns de nos malades.

Maladies diverses. C'est encore par ses vertus stupéfiantes analogues h celles des autres solanées vireuses que le Tabac a été utile dans les engorgements douloureux des ganglions lymphatiques et des glandes.

Parlerons -nous maintenant de la fumée de cette plante employée comme moyen purificateur ? Diemerbroeck, qui la conseille pour se préserver de la peste, pense que l'usage de la pipe est un moyen prophylactique excellent, parce qu'il force à ne pas avaler sa salive ; mais Martens fit voir que cette habitude n'avait été d'aucune utilité dans la peste de Moscou, et, à ce sujet, Murray fait judicieusement observer que parmi les Orientaux qui font un usage continuel de la pipe, la peste fait des ravages presque incessants.

Empoisonnement par la strychnine. Les SUCCès obtenus par l'emploi du Tabac dans le tétanos ont engagé le docteur Chevers à employer ce médicament dans un cas d'empoisonnement par la strychnine. Il s'agit d'une jeune fille de onze ans qui, dans l'intention de se suicider, avait avalé, après un repas, 15 centigrammes de strychnine. Une demi-heure après l'ingestion, de fortes convulsions tétaniques se produisirent. On administra, sans succès, les remèdes ordinaires : l'émétique, le noir animal mélangé à du lard fondu. On fit ensuite une infusion de Tabac à 3 grammes par litre, que l'on administra à petites doses (8 grammes de l'infusion) jusqu'à production de vomissements qui se montrèrent trois heures après. A partir de ce moment, les convulsions cessèrent; les vomissements se reproduisirent plusieurs fois dans la nuit et laissèrent, le lendemain^ un sentiment de brûlure à l'épigasLre. Cinq jours après l'accident, la malade entrait en convalescence, et sortait guérie huit jours après l'empoisonnement. De son côté, le docteur O'Reilly, ayant à soigner un homme qui avait avalé 30 centigrammes de strychnine, administra d'abord un émétique, puis 30 grammes d'infusion de Tabac donnés à doses fractionnées. (fi«//e^m de Thérapeutique, 1867, 15 janvier.)

Substances synergiques du Tabac. Ce SOnt les Lobelia inflata et

syphilidca, l'aconit, les solanées vireuses et les renonculacées toxiques.

Substances antagonistes. Le café, l'alcool et les autres stimulants, sont les antagonistes du Tabac; de là vient l'habitude de fumer après le dîner.

MODE d'administration ET DOSES.

Le Tabac s'emploie en infusion, pour l'usage interne, à la dose de 1 à 2 grammes pour 500 grammes d'eau ; en décoction de 2 à 60 grammes,

222 MÉDICÂMENS TTSUPÉFIANTS.

suivant que la décoction est pour l'usage interne ou pour l'usage externe. Les feuilles sèches peuvent se donner à une dose double de celle des feuilles préparées dans nos manufactures. L'extrait s'emploie à la dose de 25 centigrammes à l gramme à l'intérieur, soit en pilules, soit pour faire des suppositoires. La teinture de Fowier peut être employée à la dose de 40 à 200 gouttes.

La nicotine, étant trop vénéneuse, ne doit pas être prescrite.

JUSQUL\ME.

MATlÈliE .MÉDICALE.

Jusquiame noire (fîyocyamws niger, L), • d'un vert terne, son odeur fétide et nau-

plfiiile indigène, bisannuelle, très-com- séeuse, sa saveur d'abord fade, puis acre

mune dans les lieux incultes. et désagréable.

Brandes, en analysant les graines, y a

Parties usitées. Toute la plante et les découvert un principe actif qu'il a nommé

semences. hyoscyatnine. Cette substance est blanche, cristallisée en aiguilles soyeuses,

Caractères botaniques. Tige rameuse, très-soluble dans l'eau. Elle est précipi-

couverte de poils, d'un à deux pieds de tée par le chlorure d'or en blanc jauuà-

hant ; feuilles alternes, profondément si- tre ; mais le chlorure de platine ne la

nuées sur les bords, velues et très-vis- précipite pas.

queuses; fleurs jaunâtres avec des stries, Les Jusquiames blanche et dorée (hyosd'un rouge vineux, presque sessiles, en cyamus albus et H. aureus) sont des esépi unilatéral ; calice tubuleux, subcampa- pèces annuelles du Midi qui possèdent des niformes ; corolle infundibuliforme; 5 éta- propriétés un peu moins actives. Uhyosmines; fruit, capsule allongée, bilocu- cyamus dalura est cette espèce décrite laire, s'ouvant par le sommet (pixide), et par Forska, dont les peuples de l'Asie contenant dos graines réniformes, épis- font un fréquent usage, perme chagriné. Les préparations sont les mêmes que

La couleur de la plante fraîche est celles de la belladone.

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