CHAPITRE XI
MÉDICAMENTS TONIQUES NÉYHOSTHÉNIQUES.
On connaît sous le nom de Quinquina l'écorce de quelques arbres de la famille des Hubiacées, tribu des Cinchonées.
Le commerce en fournit un grand nombre d'espèces que nous séparerons d'abord en : 1° Quinquinas vrais ; "l^faux Quinqvinas.
Nous allons dire quelques mots de ces derniers pour n'y plus revenir.
Faux Quinquinas. Ils ne contiennent aucun des alcaloïdes auxquels les écorces que nous étudions doivent leurs propriétés antipériodiques. Pourtant, quatre espèces de faux Quinquinas sont fournies par des plantes du même genre que les Quinquinas vrais; ce sont : l» le Quinquina blanc de Mutis rapporté au Cinchona ovaVfolia (Mutis) Cinchona macrocarpa (D. G.) ; 2" le Quinquina nova donné par le Cmchona oblongifolia de Mutis : celui-ci sert à falsifier le Quinquina rouge ; 3» le Quinquina faux Loxa, Quinquina Loxa inférieur (Guibourt), falsifiant le Quinquina Loxa vrai; 4» les Quinquinas blanc, de Loxa, d'Arica ou de Cvsco et Jaen, qui sont peut-être tous trois fournis par le Cinchona ovata (Ruiz et Pavon) et contiennent de l'^ncùje. Les autres appartiennent au genre Exostema, caractérisé par la longueur de ses étamines (excluses), ce sont : 1" Quinquina Piton ou de Sainte-Lucie {Exostema floribundum : 2» le Quinquina Caraibe {Exostema Caraibœum) ; 3° le Quinquina bicolore. Quinquina Pilaya des Anglais ; 4o le Quinquina Pilaya (Folchi et Peretti) renfermant, d'après ces auteurs un alcaloïde particulier, la Pilayine ; 5» et 6» les écorces de V Exostema du Pérou et du Brésil, et 7" enfin ce qu'on connaît sous le nom de racine de Quinquina.
Quinquinas vrais. Les Quinquinas vrais c'est-à-dire ceux qui, contenant de la Quinine et de la Cinchonine, jouissent à un degré plus ou moins élevé des pro-
priétés antipériodique et fébrifuge, et sont tous fournis par des espèces du genre Cinchona dont voici les caractères.
Caractères génériques. Calice adhérent, limbe à cinq dents ; corolle monopétale, infundibuliforme, à cinq divisions, tube cylindracé et anguleux; cinq étamines incluses dans l'intérieur du tube ; capsule ovoïde, allongée, couronnée p;ir les dents du calice, biloculaire, bivalve : loges renfermant plusieurs graines membraneuses sur les bords. Grands arbres à tiges ligneuse, à feuilles et rameaux opposés, à fleurs disposées en panicules thyrsiformes.
Récemment le genre Cinchona a été partagé en deux sections par M. Endlicher, suivant que la capsule s'ouvre do bas en haut et de haut en bas. Plus tard, M. Wedell, voyageur botaniste, qui a consacré plusieurs années à parcourir les régions intérieures de l'Amérique du Sud, a formé des deux sections établies par M. Endlicher deux genres distincts ; le premier de ces genres retiendrait le nom de Cinchona, le second prendrait celui de Cascarilla ; cette distinction présente ce fait important que tous les Cinchonas sont fébrifuges, c'est-à-dire que seuls, comme nous l'avons déjà dit, ils renferment de la Quinine et de la Cinchonine, tandis que toutes les plantes comprises dans le genre Cascardla seraient privées de ces alcaloïdes et présenteraient par conséquent des propriétés nulles ou douteuses.
Pour faciliter l'étude des nombreuses sortes commerciales de Quinquinas, nous adopterons leur division, tout arbitraire, mais généralement usitée chez nous, en : 1° Quinquinas gris ; 2o Quinquinas jaunes ; 30 Quinquinas rouges. Les Quinquinas blancs ont été compris dans les faux Quinquinas.
MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉNIQUES.
Quinquina gris. Nous n'en admettons que trois espèces principales, rejetant dans les faux Quinc 'ii;is le Quinquina Loxa inférieur (Guibourt), le Quinquina d'Arica et les deux sortes qui s'en rapprochent. Les Quinquinas gris se préseulent en écorces souvent très-petites : chez eux, la Cinchonine l'emporte en quantité sur la Quinine. Et même, au dire de M. Bouchardat, la Quinine ferait quelquefois complètement défaut, circonstance qui devrait faire rejeter cette espèce de Quinquina du traitement des fièvres d'accès.
Quinquina Loxa (Bergen) gris brun de Loxa (Guibourt). Le commerce nous l'offre sous forme d'écorces roulées, longues de 33 à 50 centimètres, épaisses de 1 à 4 millimètres, offrant des crevasses transversales, recouvertes d'un épiderme gris clair ou gris foncé, ?i cassure nette ou peu fibreuse, à coloration intérieure jaune pâle ou fauve rougeàtre qui s'avive par l'eau. Il a une odeur particulière assez prononcée, une saveur astringente et amère. Sa poudre est fauve grisâtre. On en connaît une variété sous le nom de Gros Luxa qui ne s'en distingue que par le volume des écorces et leur saveur plus amère et moins astringente. Le Quinquina Loxa vrai est le plus riche en Cinchonine, mais contient moins de Quinine que le Quinquina Caiysaya.
Il est fourni par le Cinchona Condaminea (Humb. et Bonpl.), Cinchona officinalis (Linné), arbre de 5 à 6 mètres d'élévation, â feuilles oblongues lancéolées, très-glabres, reluisantes, scrobiculées (munies de fossettes) en dessons dans l'aisselle des nervures principales ; calice nrcéolé à cinq dents courtes aiguës ; corolle soyeuse en dehors à cinq laciniures ovales aiguës ; capsules oblongues et dépourvues de côtes saillantes.
Quinquina Huanuco (Bergenl, Quinquina Lima (Guibourt). Il se distingue du lU'écédent par sa coloration intérieure d'un jaune orangé ou un peu rougeâtre, par son odeur presque nulle et par son épiderme blanchâtre, tantôt mince et uni, tantôt plus épais , un peu rugueux et comme crétacé, d'autrefois enfin trèsépais et fougueux Dans l'épiderme, les auteurs comprennent proDablement une couche variable de lichens parasites.
On distingue en France trois variétés principales de ce Quinquina : 1" Quinquina gris fin de Lima: 2" Quinquina gros Lima ; S» Quinquina Lima blanc.
Parfois le Quinquina Lima du commerce renferme du Quinquina Loxa.
M. Guibourt y a trouvé en outre deux variétés à écorces très-grosses, à saveur amère, et dont la couleur interne est celle du Quinquina Caiysaya. Il nomme l'une Quinquina gris Huanuco (Cinchona micrantha); c'est ce Quinquina que le Codex désigne comme devant être le Quinquina gris officinal. Il renferme 0,027 pour 100 de Cinchonine ; l'autre est le Quinquina gris imitant le jaune rvyil.
Le Quinquina Lima se rapproche du Quinquina Loxa par sa composition chimique. Il est un peu moins riche que ce dernier en alcaloïdes ; mais comme il se distingue facilement des mouvais Quinquinas gris, c'est l'espèce adoptée dans les liôpitaux de Paris. Il est produit par le Cinchona lancifoUa (Mulis), Cinchona lanceolata (Ruiz et Pavon), qui se distingue du Cinchona Condaminea par ses feuilles plus rétrécies à la base, non scrobiculées, son calice campanule, sa corolle !i laciniures linéaires lancéolées, ses capsules pourvues de côtes saillantes.
Quinquina Huainalis (Bergen); Quinquina Havane (des droguistes français) mauvaise espèce. Ses écorces toujours roulées ont une teinte d'un gris terreux due à l'épiderme, dont la imance varie d'ailleurs entre gris losé ou ocreux et le gris noirâtre. Les plus grosses présentent des verrues disposées par lignes longitudinales, comme quelques Quinquinas rouges. La variété dite Huamalis ferrugineux (Guibourt, Bergen) joint à ce caractère de son épiderme une couleur de rouille qui la rapproche encore d'avantage des véritables Quinquinas rouges. Elle contient beaucoup de Cinchonine. Le Quinquina Huamalics donne une poudre presque blanche. On le rapporte au Cinchona ovalifulia (H. et Bonp.), Cinchona Humbuldtiana (R. et Schl.) différent du Cinchona ovalifolia (M.).
Quinqu nui jaunes. C'est pour rester fidèles à notre définition que nous admettons dans ce groupe les Quinquinas Carthagène; car d'ailleurs ils sont tellement pauvres en alcaloïdes, qu'on devrait les reléguer parmi les faux Quinquinas. Les vrais quinquinas jaunes se Ijrésentent sous forme d'écorces plus grosses que les Quinquinas gris. Ils renferment beaucoup de quinine unie à l'acide quinique, lequel est aussi en partie combiné à la chaux. C'est même à la présence de ces deux quinates que leur décoctum doit la propriété de précipiter la dissolution de sulfate de soude.
Quinquina Caiysaya, ou jaune royal.
(Cinchona Caiysaya) : c'est le Quinquina officinal du Codex. Il se présente sous forme d'écorces dont la longueur varie de 1 décimètre â 1 demi-mètre, et l'épaisseur de 5 millimètres à l centimètre environ. A l'intérieur, elles ont une coloration jaune fauve plus ou moins foncée, une texture fibreuse. Leur cassure présente sur la tranche des couches alternativement brunes et blanchâtres, dont l'association produit la couleur particulière déjà indiquée. Leur saveur est trèsamère et astringente, plus forte dans les couches externes. Leur odeur est presque nulle. Tantôt ces écorces sont mondées de leur épiderme.
Quinquina Caiysaya mondé. Comme l'épiderme est inerte, cette variété commerciale a plus de valeur que toutes les autres.
D'autres fois, elles ont conservé leur
pellicule extérieure constituée non- seulement par répiderme proprement dit, mais aussi par le thallus crustacé, foliacé ou filamenteux des lichens parasites.
Dans les plus grosses écorces, cette couche est très-épaisse, profondément crevassées d'un gris foncé ; dans les plus petites, répiderme est mince, rugueux, brunâtre ; les crevasses transversales qu'il présente correspondent à des empreintes semblables de l'écorce, ce qui n'existe pas pour les grosses.
Le Quinquina Calysaya est, entre tous, celui qui donne le plus de quinine, c'està-dire du principe véritablement héroïque. Il doit fournir de 3,50 à 4 parties de sulfate de quinine pour 100.
A ce titre, il constitue aujourd'hui l'espèce commerciale la plus importante.
Quelques auteurs l'attribuent au Cinchona lancifulia, dont les écorces, plus jeunes, sont vendues sous le nom de Quinquina Huanuco ; d'autres le rapportent aux Cinclioiia micrantha et Cinchona angustifolia.
D'après Delondre Journal de pharmacie, octobre 1835), il faudrait distinguer plusieurs espèces fournies par des arbres différents :
1° Une jaune foncée ou brune, nommée par les Indiens Cascarilla Yana Yana, en espagnol Murena, et qui serait donnée par le Cinchona micrantha ;
2° Une jaune pâle, appelée par les naturels Blanca ou Amarilaza, et qui est produite par un arbre dont l'espèce n'est pas déterminée d'une manière précise ;
3° Enfui, une dernière jaune [AmariUa des indigènes), fournie par une espèce voisine de la précédente. Ce serait le Cinchona pubescens d'après De Candolle.
Quinquina jaune orangé (Guibourt).
Ses écorces récentes sont remarquables par la teinte rose des couches extérieures opposée à la coloratiou d'un jaune pur des couches internes. On peut en distinguer quatre variétés d'après leur âge. Les plus jeunes, de la groseur du petit doigt et roulées, ressemblent assez h la cannelle de Chine, d'où le nom de Quinquina cannelle qui leur est attribué.
De Candolle attribue le Quinquina orangé au Cinchona lancifolia. Cependant un auteur croit le Quinquina cannelle produit par le Cinchona oblusifoLia.
Quinquina jaune durai d'Espagne. Par sa belle couleur jaune orange, par sa saveur plus agréable et par son odeur pénétrante, il méritait la distinction qui le faisait réserver pour la consommation des rois, alors que le Quinquina s'administrait encore en nature. Jamais il ne s'est trouvé dans le commerce.
«M. Guibourt croit qu'il est fourni par le Chinchona Condaminea ; les Quinquinas Loxa étant dus, suivant lui, aux Cinchona nilida et glandulifera.
Quinquina d'Antioquia (Guibourt), Quinquina Pitaya (commerce français).
C'est une des espèces les plus riches en alcaloïdes, mais qui contient propor-
tionnellement plus de Cinclionine que de Quinine.
Le Quinquina jaune fibreux (Bergen) n'en est qu'une variété. L'arbre producteur de ces écorces est inconnu.
Quinquina Carlhagène. Ce sont de misérables espèces dans lesquelles l'analyse découvre à peine quelques traces d alcalis, et que nous nous contenterons d'indiquer :
1" Quinquina Carlhagène jaune (Guibourt), voisin du Quinquina blanc d(^ Loxa, et fourni par le Cinchona cordifolia (Mutis), qui est le même que le Cinchona pubescens (D. C.) ;
2° Quinquina Carlhagène orangé;
30 Quinquina Carlhagène brun.
Quinquinas rouges. Leur coloration est en général assez vive 3 ils tachent en rouge le doigt qui les frotte, ils sont très-amers et très-astringents. Intermédiaire pour la composition chimique entre les Quinquinas gris et les Quinquinas jaunes, ils contiennent une proportion moyenne de Quinine et de Cinchonin.-, sans que la quantité de l'un de ces alcalis excède beaucoup celle de l'autre.
Ils renferment l à 2 grammes p. 100 de Cinchonine et de 1 îi 2,50 p. 100 de sulfate de quinine.
Plus que tous les autres, les Quinquinas rouges sont riches en tannin iiarliculier. colorant en vert les sels ferriques. C'est parmi eux qu'on trouve les plus grosses écorces. Il y en a un grand nombre d'espèces que nous distinguerons eu deux catégories : 1" Quinquinas rouges officinaux ; '2,° Quinquinas ronges inférieurs.
Les premiers sont au nombre de deux.
Quinquina rouge non verruqueux, quiaquinarouge vrai des Allemands et des Anglais.
M. Guibourt en fait trois variétés d'à • près le volume des écorces. Les plus petites sont roulées et les plus grosses sont plates. L'épiderme est d'autant plus épais, plus rugueux, plus crevassé, qu'il appartient à des écorces plus âgées ; il est blanc sur les plus jeunes, gris foncé sur les moyennes, envahi par les lichens sur les plus anciennes. La couleur varie du rouge pâle au rouge orangé ou au ronge assez vif.
La saveur est amère, mais surtout astringente et un peu aromatique, avec un arrière-goût sucré dans les petites écorces seulement.
Jusque dans ces derniers temps, ou a cru avec Mutis que ce Quinquina était produit était par le Cinchona oblongifolia qui ne donne en réalité que le Quinquina, nova. Faut-il le rapporter plutôt, avec De Candolle, au Cinchona magnifolia (R. et Pav.) ? Il y a quelques raisons de croire qu'il serait fourni par le Cinchona Condaminea aussi bien que le Quinquina Loxa.
Quinquina rouge verruqueux. Son épiderme est remarquable par un grand nombre de points proéminents dans l'état
MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉNIQUES.
frais, mais qui, s'usant par suite du frottement, laissent voir l'écorce à nu. Il est d'une belle couleur rouge.
M. Guibourt le divise, encore d'après la grosseur, en quatre sortes.
Les plus petites sont roulées, les plus volumineuses sont plates. L'épiderme plus ou moins épais et fendillé varie du gris rouge ou verdâtre au gris blanc.
La saveur de ce Quinquina est amèreastringente. Les Allemands et les Anglais rapportent le Quinquina rouge verruqueux au Quinquina Huamalies, il serait donc également dîi au Cinchona Hutnboldtiana.
Quinquinas ronges inférieurs. M. Guibourt en reconnaît quatre espèces que nous nous contenterons d'énumérer :
1» Quinquina rouge de Lima, ou de Santa- Fé ; 2" Quinquina rouge orangé, plat ; 30 Quinquina rouge pdle ; 4° Quinquina rouge à épiderme blanc et micacé.
Le beau Quinquina rouge est aujourd'hui très-rare et d'un prix excessivement élevé ; les droguistes de mauvaise foi en fabriquent en exposant à l'action des vapeurs ammonicaîes du Quinquina jaune; mais cette fraude est surtout opérée sur la poudre de Quinquina jaune. M. Réveil conseille, pour reconnaître cette sophistication, de soumettre la substance soupçonnée à l'action de la potasse caustique en solution étendue ; on fait bouillir et l'ammoniaque se dégage.
Malgré les nombreux travaux dont elle a été l'objet de la part d'hommes recommandables, l'histoire des Quinquinas est encore aujourd'hui fort obscure. Pour l'éclaircir, beaucoup d'obstacles se présentent; la synonymie relative aux dénominations des espèces botaniques, comme des sortes commerciales, est sans contredit une des principales difficultés.
Après une lecture attentive des auteurs, nous sommes demeurés convaincus que les écorces du même arbre, prises sur des branches de difTércnts âges, constituent pour les droguistes des espèces différentes et qu'ainsi un même Cinchona peut fournir à la fois un Quinquina gris, un Quinquina jaune et un rouge.
Ajoutons toutefois que M. Wedell, qui a été envoyé dans la Colombie et la Bolivie par le Muséum d'histoire naturelle, contredit l'opinion que nous venons d'énoncer, et qui est soutenue depuis longtemps par M. Fée. M. Wedell nous a fait connaître de nouvelles espèces de Quinquina qui commencent à être répandues dans le commerce sous le nom de Quinquina du la Bolivie ou de Cara- Aaî/a. D'après les analyses de MM. 0.
Henry, Réveil, etc., ces écorces renferment de 8 à 15 pour 100 de Quinine, chiffre qui est bien au-dessous et moitié moindre de ce que fournit le beau Quinquina jaune; il est vrai que ces Quinquinas de la Bolivie renferment de grandes quantités de Cinchonine, base organique dont on devrait faire beaucoup plus d'usage, car le sulfate de Quinine
devient tous les jours de plus en plus rare.
Les Quinquinas vendus pour des Calysaya renferment aujourd'hui très-peu de Quinine : il est même certain que depuis longtemps les écorces traitées par l'acide chlorhydrique sont abondantes ; cette fraude est mise en usage pour enlever une portion de Quinine et de Cinchonine au Quinquina. Celui-ci bouilli dans l'eau distillée, le décoctum doit précipiter à peine par le nitrate d'argent; si le précipité était abondant, on pourrait supposer alors que les écorces avaient été épuisées par l'acide chlorhydrique.
D'ailleurs, tout pharmacien consciencieux devra toujours essayer les Quinquinas qu'il emploie. ^L Guillermond fils a indiqué pour cela un procédé prompt, commode et assez exact; il consiste à épuiser le Quinquina réduit en poudre dans l'appareil à déplacement par l'alcool à 32 degrés Cartier; la teinture ainsi obtenue est décolorée par un lait de chaux très-épais ; la chaux se combine à l'acide quinique et à la matière colorante; ■ on sépare le précipité, on le lave à l'alcool, et les liqueurs alcooliques réunies sont distillées jusqu'à ce qu'il ne distille plus d'alcool; le résidu est traité par l'eau acidulée, par l'acide sulfurique pour isoler la matière résineuse, et le sulfate de Quinine est ensuite séparé du sulfate de Cinchonine par des cristallisations répétées.
Voici, d'après M. Réveil, l'analyse de quelques Quinquinas du commerce. Ce tableau indiquera combien il serait important de prendre pour les Quinquinas la mesure que nous avons signalée à l'article Opium, de sorte que tout Quinquina jaune qui ne renfermerait pas 15 pour 100 de Quinine serait rejeté de la consommation et spécialement réservé à la préparation des alcalis organiques.
Analyse de quelques espèces de Quinquinas du commerce.
Sulfate
Sulfate
de
de
Quinine <
Cinchooine
Quinquina Calysaya,
Id. Id.
Id. Id.
Quinquina Carabava
Id. Id."
Id. Id.
Id. Id.
Id. Id.
Quinquina gris.
Id. Cusco,
Id. rouge.
Id. (faux) gris non
déterminé.
On voit, d'après ce tableau, que la moyenne de ces douze analyses seraient environ de 12,50 pour le sulfate de Quinine. Le dernier échantillon n» 12 a été livré pour du Quinquina gris; c'était une
Ain
écorce dont la nature était inconnue, et qui fut brûlée au Havre ; c'est ainsi qu'on devrait agir avec tous les médicaments de mauvaise nature sur l'action desquels le médecin ne peut pas compter.
MM. Guillermond et Glenard ont fait connaître, sous le nom de quinomélrie, une nouvelle méthode d'analyse des Quinquinas, qui permet d'obtenir de bons résultats en opérant sur 20 grammes de poudre.
Certains quinologues, par exemple, attribuent au Cinchona Condaminea, et le Quinquina gris de Loxa, et le Quinquina jaune du roi d'Espagne, et le Quinquina rouge officinal non verruqueux.
Le Cinchona lancifolia produirait le Quinquina gris Havane et le Quinquina jaune Calysaya.
Le Cinchona ovalifolia donnerait nonseulement le Quinquina gris Huamalies, mais aussi le Quinquina rouge officinal verruqueux.
Sans nous porter garants pour ces cas spéciaux, nous pensons que les choses doivent être interprétées ainsi dans un bon nombre de cas. Ce qui nous le fait croire, c'est que, comme nous avons eu soin de le noter, les écorces appelées Quinquina gris appartiennent en général à des rameaux très-jeunes, celles de Quinquina jaune <i des rameaux moyens, et celles de Quinquina rouge souvent à de très-grosses branches; c'est que, sauf les modifications apportées par l'âge, on trouve parfois la plus grande analogie de caractères entre des écorces jetées dans des catégories différentes par rapport à leur couleur.
La diversité de composition chimique ne serait pas une objection. LaCinchonine ne diffère de la Quinquine que par 2 mol. d'oxygène en moins; or, à bien prendre, il lui suffirait de fixer une molécule d'eau pour se transformer en Quinine. Peut-être cela se fait-il réellement par suite des progrès de la végétation. De cette façon s'expliquerait la prédominance de ce dernier alcali dans les Quinquinas jaunes.
Une décomposition ultérieure ferait disparaître l'excès de Quinine, d'où l'équilibre des deux alcaloïdes dans les Quinquinas rouges, et la richesse médiocre de ces écorces.
Pelletier considérait les alcaloïdes des Quinquinas comme les degrés d'oxydation d'un radical hypothétique C'^'H-'Az-.
En résumé, le nouveau Codex admet seulement, trois Quinquinas officinaux, obligatoires pour les pharmaciens, savoir :
Le Quinquina gris Huanuco {Cinchona micraniha), le Quinquina Calysaya, ou jaune royal {Cinchona Calysaya) ,\\e Quinquina rouge verruqueux ou non verruqueux. (Cnic/towa nilida ou succirubra) , et le Codex prend pour type des préparations pharmaceutiques le Quinquina jaune royal ou Calysaya.
Préparations pharmaceutiques du Quinquina.
Suivant l'analyse de MM. Pelletier et Caventou, elles contiennent du kinate de quinine, du kinate de cinchonine, rouge cinchonique soluble, rouge cinchonique insoluble, matière colorante jaune, matière colorante grasse verte, kinate de chaux, amidon, gomme, ligneux.
Dans le Quinquina gris, la cinchonine est beaucoup plus abondante que la quinine ; c'est le contraire dans le Quiquina jaune. En tenant compte de la quantité des deux alcalis, le Quinquina jaune est deux fois plus riche que le gris. Dans le Quinquina rouge, la quinine et la cinchonine sont à peu près dans la môme proportion. Cette espèce est im peu moins riche que le Quinquina jaune.
Nous étudierons d'abord les préparations pharmaceutiques de Quinquina ; ensuite nous passerons à l'examen des produits immédiats de cette écorce.
Préparations qui contiennent toute la substance du Quinquina.
Poudre de Quinquina. Rà[)ez un peu les écorces pour en séparer les lichens; réduisez en poudre fine. Quand on pulvérise le Quinquina jaune royal, qui est sans écorce, tout se met au pilon.
Cependant, ainsi que pour le Quinquina rouge, on conseille de rejeter les dernières portions comme étant trop fibreuses et qu'on met en réserve pour extraire les principes immédiats.
Électuaire fébrifuge de Desbois, de Rocliefort.
Pr. : Poudre de Quinquina. . 30 gram.
Carbonate de potasse. . 4 —
Émétique 1 —
Sirop d'absinthe 100 —
Cet électuaire n'est pas vomitif, l'émétique étant décomposé par le tannin du Quinquina et par le carbonate de potasse.
Bolus ad quartanam.
Poudre de Quinquina.
Émétique
Sirop d'absinthe. . . .
30 gram.
Dans ce cas, comme dans l'électuaire précédent, l'émétique est décomposé par le tannin du Quinquina. Pour ces deux préparations, on emploie de préférence le Quinquina jaune.
Poudre antiseptique (Réveil).
Quinquina rouge en poudre fine. 10 gr. Charbon de bois finementpulvérisé. 10 Camphre en poudre 4
très-employée pour le pansement des plaies gangreneuses.
-i76 MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉNIQUES.
Gargarisme désinfectant. Sirop de Quinquina
[Syrupus de Cincliona).
Pi'. : Miel Rosat 30 gram. \ J f i
Décoction de Quinquina. 220 — Quinquina Calysaya on pou-
IlyposuUitc de soude. . 10 — j,.e demi-iine 100 gnini.
:\lèlez. Alcool à 30 deg^rés 1,000 —
Sucre blanc 1,000 —
PRODUITS PAR L'EAU. Eau q. s.
Suivant que l'on traite le Quinquina par Traitez le Quinquina par déplacement
macération, par infusion ou par décoction, au moyen de l'alcool d'abord et ensuite au
les produits que l'on obtient par l'eau ne moyeu de l'eau pour obtenir en tout
sont pas identiques. 1,000 grammes de colature. Distillez au
bain -marie pour retirer l'alcool, laissez
L'infusion et la macération ne dissolvent refroidir, et filtrez en recevant la liqueur
qu'une très-petite partie de la cinchonine sur le sucre concassé. Acliovez ce sirop
et de la quinine contenues dans l'écorce ; à une douce chaleur, de manière à obtenir,
aussi ne jouissent-elles pas des propriétés 1,225 grammes de produit, fébrifuges. Tandisquela décoction dissout Préparez de la même manière le sirop
tous les principes fébrifuges , celle-ci, de Quinquina gris Huanuco, en employant
transparente quand elle est chaude, laisse le double de Quinquina pour la même
déposer, parle refroidissement, du tannin quantité des autres substances, combiné avec l'amidon et le rouge cincho-
nique; aussi doit-elle être administrée ■r,T>nr\ni'T,a nvo r > ■i i nr\r^T
trouble, les clarifications devant en sépa- PRUUUITS PAR L ALCOOL.
rer quelques principes actifs. Si l'on veut t > i i l ■ r.^ ^ - i
donner à la décoction une activité plus V^^'1°^ ^^"^ concentre, GO degrés, est
grande, il convient d'y ajouter un acide !!", .^'''^«-ho'i menstrue pour le Quinquina
qui décompose le sel cinchonique insolu- il/lissouttacilement les kinates de quinine
lie, et forme, avec la cinchonine et la "-^ ^'^ cmclionme et les combmaisons uu
quinine, un sel soluble et très-actif. ''O'^S'^ cinchonique avec des bases.
Tisane de Quinquina. Les doses de Quinquina, le mode de traitement par l'eau Teinture alcoolique de Quinquina.
doivent toujours rester soumis à la près- ^ . . . tt
cription du médecin, qui les varie suivant Quinquina gris Huanuco. . 1 partie,
les effets qu'il se propose d'obtenir. Alcool a 60 degrés 5
Traitez par la méthode de déplacement
Extrait de Qumqmna pour obtenir, sur 100 grammes de Quin-
{Extracfum Cinchonœ). quina, 500 grammes de teinture.
Les teintures de Quinquina Calysaya
Pr. : Quinquinagris Huanuco. 1,000 gr. ^^ ^e Quinquina rouge se préparent de.
Eau distillée bouillante. 12,000 même.
Réduisez le quinquina en poudre gros- ^^^^^-^ ^^ Quinquina Calysaya
siere: taites-le intuser pendant vingt- ,
(luatre heures dans les deux tiers de l'eau : ( Extractum Ctnehonœ calysayœ ).
remuez de temps en temps. Passez le
le liquide i travers une toile, laissez dé- Quinquina calysaya en poser : versez sur le marc le tiers d'eau poudre demi-fine,. . 1,000 grammes,
restant. Concentrez au bain marie la pre- Alcool à 60 degrés. . . 6,000 —
mière infusion; ajoutez la seconde, après Eau distillée froide. . . 1,000 — l'avoir réduite séparément à l'état sirupeux, et évaporez jusqu'en consistance Traitez le Quinquina avec l'alcool par
d'extrait mou. déplacement; distillez la liqueur au bain-
marie pour en retirer toute la partie spi-
Exlrait sec de Quinquina ritueuse. Versez l'eau froide sur le résidu
[Extractum siccum Cinclwnœ). de la distillation; agitez de temps en
o 1 1- . 1 T o temps. Apres douze heures, nltrez le
Sel essentiel de La Garaye. jj^^/j^^ et évaporez au bain-marie en con-
Réduisez l'extrait avec l'eau distillée à sistance pilulaire. ^ -,,,•.
l'état de sirop épais ; étendez-le unifor- , Pi't'parez de la même manière 1 extrait
mément à l'aide d'un pinceau sur des de Quinquina rouge, assiettes de porcelaine que vous porterez
à l'étuve. Aussitôt que l'extrait sera par- Saccharolé de Quinquina.
faitement sec, détachee-le dans l'étuve
même au moyen d'un couteau à lame Teinture de Quinquina. ... 1 partie.
tronquée, et enfermez-le promptement Sucre en poudre 8 . —
dans des flacons de petite capacité séchés
;i l'avance et que vous boucherez avec Versez la teinture sur le sucre, mêlez,
soin. séchez à l'étuve et pulvérisez.
Teinture de Quinquina en poudre 4g'",50 de cet extrait doivent donner
[Vin d'Huxham). Pai" les procédés connus :
Sulfate de quinine 1 giain.
Pr. : Quinquina rouge. . GO grammes. Sulfate de cinciionine 50 ceutig.
Écorce d'orange j /^ • • ... i-
g^jjj^j.g 50 Pilules de Quimum, 1o centigrammes
Serpentaire'de Vir- de Quinium en une pilule repie\sentent
çr\^\Q l^ 5 cen igrammes d alcaloïde lebri uge.
Satran " '.".''.!*. 4 Trente p.lules suffisent dans le plus grand
Cochenille 3 nombre des cas pour guérir une lièvrt>
Alcool à 3o"degrés! 1,000 - mtormittenle; on en a.Jrainistre de 5
a 10 dans les vingt-quatre heures. Apres
chaque prise, boire un demi-verre de vin.
OUINIUM ^"* ^^ Qumium. Le vin qui peut ren-
^ ■ dre de grands services comme tonique,
comme fébrifuge, et pour prévenir le
Le Quinium, ou extrait alcoolique de relour des fièvres inlermittentes rebellos.
Quinquina à la chaux, est une préparation est prôfiaré par M. A. Labarraque selon
nouvelle qui a été introduite tout récem- la formule suivante :
ment dans la thérapeutique par M. A. La- Ouinium 4g'' «iO
barraque. ^ '
L'auteur de cette préparation a eu prin- Faites dissoudre dans douze fois le
cipaiement pour but : poids d'alcool à 3G degrés Cart. Mélan-
1° D'utiliser tous les Quinquinas qui gez à
contiennent de la quinine et de la cin- yin blanc généreux 1 litre.
clionine en notable proportion, et ce sont ^
les plus nombreux; Filtrez, Le vin renferme Igi-jSO des
2» De conserver tous les produits utiles deux alcaloïdes pour 1,000 grammes,
des Quinquinas en éliminant seulement Comme tonique, la dose sera de 50 ù
les matières inertes qui s'opposent à la loo grammes par jour, et comme fébri-
facile absorption des principes actifs et fuge, de 100 à 200 grammes, qui fatiguent l'appareil digestif;
3» De fixer un rapport en quinine et en DRnniTTT'c: dar t t? vtm
cinchonine comparable à celui que l'on FrtUUUilb FAU L,iu VlIN.
trouve dans le Quinquina que l'expérience jr ^ n •
médicale a montré être le plus elficace : ^"* "* Qumqutna
le Quinquina rouge vif, qm esta peine [Vinum de Cinchonâ). employé aujourd'hui à cause de son prix
très-élevé • Quinquina Calysaya. . 30 grammes.
40 D'arriver à l'uniformité du produit Alcool à «0 degrés. . . 60 —
par un dosage facile et rigoureux des al- ^i" rouge (de Bor-
caloïdes fébrifuges; deaux, de Bourgo-
5° De simplifier les opérations de ma- ?^e, eto) 1,000 —
SsL'luîerïet^m'nfféEÏ^elu'S^^^^ Concassez le Quinquina, versez l'alcool
bas nriv noss huî ltbrilu„e au plus ^^^^^^^ . j^.^^^^ ^^^ ^^^,^^^^,^ p^^,,^^^ ^.^^^
udb pu\ pobb.Die. quatre heures dans un vase fermé. Ajou-
Voici la formule de la préparation de î^z le vin, faites macérer pendant dix
M. A. Labarraque, telle qu'elle a été JO"rs, en agiiant de temps en temps,
adoptée par l'Académie de médecine : Passez avec expression, et filtrez.
' ^ Préparez de la même manière le vin
de Quinquina gr.s, en remplaçant le
Extrait alcoolique de Quinquina Quinquina Calysaya par le Qninqu na
à la chaux. Huanuco, mais en employant lu double de ce d.rnier pour la même quantité des
Prenez des écorces de Quinquina dont autres substances.
la composition vous sera connue. Préparez avec les mêmes doses, sui-
Mêlez ces écorces en quantités telles vant l'espèce de Quinquina et sans addi-
que la quinine s'y trouve, relativement à * tion d'alcool, les vins de Quinquina au
la cinchonine, dans la proportion de deux Madère, au Malaga. (Codex.) parties de quinine sur une de cinchonine.
Broyez ces écorces; mêlez la poudre Sirop de Quinquina au vin
^iri'Tau^'^ "^^ '°" ^'''''' ^^ ''^^'''' ^^^'''^'' (Sy^V^s rf« Cinchonâ cum vino paralus).
T. aitez ce mélange par ralcool bouil- Extrait mou do Quin-
lant jusiu'à épuisement. qiiina Calysaya 10 grammes.
Recueillez par la distillation la ma- Vin de Malaga 430 —
jeure partie de l'alcool. Achevez l'évapo- Sucre blanc 360 —
ration.
Le résidu est l'exlrait alcoolique de Faites dissoudrai l'extrait de Quinquina
Quinquina à la chaux. dans le vin ; filtrez la dissolution, el faites
MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉNIQUES.
un sirop par simp'e solu ion en vase clos au bain-marie, passez le sirop lorsqu'il sera refioidi.
20 grammes de sirop contiennent Ogr^ao d'extrait de Quinquina.
Préparez de la même manière le sirop de Quinquina huanuco au vin, mais en employant le double d'extrait. (Codex.)
Sirop de Quinquina ferrugineux {Syrupus de Cinchondcum citrate ferrico).
Sirop de Quinquina
Huanuco au vin. . . 1,000 grammes.
Citrate de 1er ammoniacal ] 0 —
Faites dissoudre le citrate de fer dans deux lois son poids d'eau distillée, et avec le sirop de Quinquina.
(iliaque cuillerée à bouche de ce sirop contient Os^ao de sel ferrique. (Codex.)
Bière de Quinquina.
Quinquina gris.
Bière
1 partie.
Faites macérer pendant deux jours, et passez.
De toutes les préparations que nous venons de passer en revue, la plus active est évidemment l'extrait alcoolique de Quinquina.
M. Soubeiran a fait, à notre demande, des expériences comparatives dont vuici le résultat :
1 kilogramme de Quinquina jaune Calysaya, de bonne qualité, iraité par l'alcoof à 80 degrés, a donné 250 grammes d'extrait, soit le quart, lesquels ont fourni 30 grammes de sulfate de quinine.
Produits immédiats du Quinquina.
Les Quinquinas renferment :
La quinine,
t. a cinchonine,
L'aricine,
Li quinidine.
L'acide kinique,
L'acide qu.no-lannique.
L'acide kinovique;