CHRONIQUES
« Il n'est pas difficile, dit Tissot, de s'apercevoir si les nerfs souffrent dans une maladie, mais il est souvent très-difficile de décider s'ils sont attaqués essentiellement, si la maladie est proprement nerveuse, ou s'ils, ne sont qu'irrités par une cause qui leur est étrangère. Dans ce dernier cas, il faut encore distinguer si l'on doit uniquement porter son attention sur la cause ; ou si les nerfs sont assez irrités pour que l'on doive tenir compte de cet état d'irritation dans le traitement. » C'est ainsi que tous les grands observateurs, que tons ceux qui font la médecine des malades, ont conçu la thérapeutique, et ces paroles renferment toute la doctrine dite des Éléments.
Reste maintenant à dire de quelles conditions doit être marqué un appareil nerveux pour exister comme élément et mériter une Médication antispasmodique. ^
Tissot, dans son Traité des maux de nerfs, et Bérard, dans son application de l'analyse à la médecine pratique, laissent peu à désirer sur cette importante question. En rectifiant sur quelques points le second de ces deux auteurs, et en complétant le premier, on peut poser les règles suivantes :
1° Les maladies aiguës sont rarement grossies par l'élément spasmodique. Une des raisons en est, qu'à cause de la rapidité de leur marche, et surtout de la synergie de leurs mouvements, des affections indépendantes n'ont pas le temps de s'enter sur elles. Les phénomènes nerveux y sont presque toujours symptomatiques, et revêtent, comme nous le verrons plus tard, une physionomie qui n'est en rien celle du spasme essentiel. Et puis, la puissance vitale est, pour ainsi dire, absorbée entièrement dans sa réaction organique. Il y a un consensus d'efforts qui, à priori, exclut déjà la présence d'actes dont le caractère est l'aberration, la chronicité, l'absence des phénomènes critiques. Une autre raison plus directement opposée, c'est qu'en général, cette réaction vive qui constitue les maladies aiguës, est fébrile, et que la fièvre est antipathique aux spasmes : febris spasmos solvit (Hipp.). Les cas qui font exception à la loi que nous venons d'établir se résument, pour ainsi dire, tous dans ceux que nous avons discutés à l'article Musc^ en traitant de l'emploi de cette substance dans les pneumonies et les phlegmasies malignes ou ataxiques ;
2° C'est dans les maladies chroniques et surtout apyrétiques, alors que l'organisme, réagissant à peine contre la cause morbide, se trouve à peu près dans les conditions où les spasmes l'affectent primitivement, avec cette autre circonstance de plus, que sa faiblesse relative le rend très-prédisposé; c'est dans ses maladies, disons-nous, que l'élément nerveux vient le plus souvent se jouer et peut être attaqué à côté de l'altération principale, sans que celle-ci soit dérangée dans son cours ; car tel est le caractère essentiel de l'élément.
Pour distinguer l'élément du symptôme, les moyens sont de plusieurs ordres.
D'abord on doit considérer le sexe : les femmes, depuis l'âge de la puberté jusqu'à celui de la perte des règles, n'ont presque pas de maladies chroniques oiî l'élément spasme ne mérite une grave attention, surtoutsi ces personnes sont douées d'un tempérament nerveux, mobile, mènent une vie sédentaire et molle, si elles ont éprouvé des émotions de l'âme inattendues et profondes, des accidents hystériques antérieurs. Apud fœminas, semper suspicandum de fomite hysterico (Baglivi) ;
3° La maladie principale affecte-t-elle un organe qui fasse appel à beaucoup de sympathies ? Dans ce cas, les phénomènes nerveux peuvent bien n'être que symptomatiques. Mais les plus sûres données sont tirées, comme dit Tissot, des caractères mêmes des maux de nerfs.
Suivant nous, la preuve la plus positive que dans le cours d'une maladie des phénomènes spasmodiques ont une existence indépendante, c'est la présence d'un aura viscéral. De ce fait découlent tous les signes différentiels qu'on a indiqués et dont les plus certains sont : \° de ne pas suivre, dans leur marche et les degrés de leur gravité, la marche et le degré de l'affection primitive; 2" d'être survenus après celle-ci, sans aucune connexité avec elle, le plus souvent d'une manière brusque; 3° de
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finir et de se reproduire sans cause appréciable ; 4° de se terminer sans crise apparente ; o° de se porter indistinctement sur tous les organes avec des symptômes si bizarres, si opposés entre eux et à la nature connue de la lésion principale, qu'ils n'aient jamais été vus en résulter, et qu'il répugne de les considérer comme les effets d'une seule et même cause ; 6° d'exister en môme temps que plusieurs des signes de la mobilité nerveuse, de coïncider avec le froid aux pieds, un pouls convulsif c'est-àdire fréquent, vif, dur, sec, pressé, des productions gazeuses inodores dans le tube digestif; des urines abondantes, claires, insipides, inodores, affaiblissantes selon Boerhaave, au point qu'il croyait qu'il se dissipait avec ces urines une grande quantité d'esprits animaux. Ce dernier caractère tiré des urines est chez tous les auteurs pris en immense considération. Inter omnia vero quœ in hoc morbo comparent phœnomena, illud maxime proprium est atque ab eo fere inseparabile, quùdscilicet cegrœ iirinam subinde reddant plane limpidam, ad instar aquœ e rupibus scaturientis, idque satis copiosè', quod quidcm ego sigillatiin percuncfando, in omnibus fere didici signum esse pathognomonicum eo7'um affectuum quos in fœminis hystericos , in maribus hy pochondriacos appellandos censemus (Sydenh.); 7° de disparaître en général, si la maladie, jusque-là chronique, revêt une forme aiguë et pyrétiqae, et de s'accroître et de se multiplier si cette maladie est traitée par des émissions sanguines immodérées, etc., etc. Dans tous ces cas, l'élément nerveux réclamera les antispasmodiques aux mêmes titres, d'après les mêmes lois et le même mode d'administration que lorsque l'affection spasmodique était toute la maladie.
Ces développements légitiment par leur importance l'étendue que nous leur avons donnée et les excursions fréquentes et lointaines que nous avons faites dans le champ de la pathologie. Que les praticiens se convainquent bien qu'il est impossible, sans ces sources d'indications, de réussir dans la thérapeutique des maladies chroniques, chez les femmes en particulier. Avec ces distinctions toutes cliniques, l'axiome de la médecine organique, sublatâ causa tollitur effectus, est vraiment bien petit et bien faux. 11 est des cas où cet axiome paraît bien plus spécieux encore et n'est pas moins mensonger : c'est celui où l'affection spasmodique a son aura dans l'organe ou le système d'organes même qui est aussi le siège de la lésion matérielle. Ici, l'erreur est plus difficile à éviter. Cela est pourtant possible en s'aidant de quelques-unes des règles formulées plus haut.
Prenons par exemple le cas le plus fréquent, celui où coexistent une lésion organique des viscères thoraciques et un asthme. Depuis que l'anatomie a dépassé ses droits, l'asthme n'est plus qu'un symptôme. La science a tellement obscurci l'art d'observer, que l'asthme était mieux connu d'Arétée que de la plupart de nos pathologistes modernes ! Ce n'est pas une fois, mais cinquante, que nous avons vu des malades affectés de lésions pulmonaires ou cardiaques déjà avancées, être sou-
lagés d'asthmes nerveux associés à ces lésions, par l'usage d'antispasmodiques. Ils n'avaient plus d'asthme et conservaient, avec leur incurable lésion, des troubles fonctionnels proportionnés, et qui suivaient imperturbablement tous les degrés de l'affection organique. En pareil cas, les antispasmodiques ne détruisent que l'élément surajouté, ils laissent le symptôme.
Ce qui prouve que dans ces cas l'asthme n'est pas le symptôme, c'est qu'il est essentiellement intermittent, qu'il a très-souvent postexisté à la lésion et sans se conformer à ses développements successifs ; que plus souvent encore, il a préexisté et a une très-grande part dans la production de la maladie dont on le fait dériver ; qu'il survient alors dans des conditions et sous des influences externes et internes qu'il n'est pas de notre objet d'étudier, lesquelles pouvaient le produire à elles seules et indépendamment des lésions matérielles qui n'ont agi qu'en tant que causes déterminantes ; c'est qu'il a tous les caractères de l'asthme primitif, et que cet asthme ne ressemble pas plus à l'asthme symptôme que les convulsions de la méningite aiguë aux convulsions de l'attaque d'hystérie. On a dit que la thérapeutique était toute dans la diagnostic. C'est vrai ; pourvu toutefois qu'on ne donne pas le nom de diagnostic à la notion grossière qu'enseigne l'école anatomique.
Que les praticiens aient recours à l'asa fœtida et à la gomme ammoniaque dans les cas que nous venons de spécifier : ils en retireront certainement les mêmes avantages que nous. La chlorose peut être cause et effets d'affections spasmodiques intenses et prolongées. C'est sur cette considération qu'on devra régler l'utilité des antispasmodiques dans cette maladie. Le plus souvent les spasmes y sont symptômes et disparaissent successivement sous l'influence du traitement martial. Quelquefois ils ont assez de prédominance pour exiger l'emploi de la valériane comme moyen de rendre possible et de seconder l'action des préparations de fer qui seules sont pins radicalement curatives.
3'^ DES MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES DANS LEURS RAPPORTS AVEC l'ÉTAT NERVEUX SYMPTOMATIQUE.
D'après ce que nous avons dit plus haut, les phénomènes nerveux qui apparaissent dans le cours des maladies aiguës sont presque toujours symptomatiques. Les affections de cette classe qui ne sont pas des spasmes sont, pour le plus grand nombre, des inflammations, des fièvres ou des névralgies : ces dernières même, souvent aiguës par leurs symptômes, sont en général chroniques par leur marche.
On peut dire que jamais les symptômes nerveux qui s'observent dans les inflammations aiguës et les fièvres qui ne sont pas nerveuses n'ont l'aspect et le caractère du spasme comme nous le comprenons. Ces symptômes, quand ils ont lieu, sont toujours l'expression d'altérations fonc-
tionnelles du système cérébro-spinal, à moins pourtant que l'ataxie ne survienne; mais ce n'est pas ici le moment d'en traiter, cette question rentre dans la Médication excitante et névrosthénique. 11 en est de même de ces symptômes dans les fièvres graves et les exanthèmes aigus. On trouvera à l'article Camphre ce qu'on doit attendre des antispasmodiques dans ces circonstances.
Dans les maladies chroniques constituées par des lésions organiques sans fièvre, il n'est pas rare de voir des phénomènes nerveux symptomatiques, et liés cà la maladie principale comme un effet à sa cause, s'amender considérablement sous l'influence des antispasmodiques portés à hautes doses. Ce fait, qui paraîtra parodoxal, n'a cependant rien de plus surprenant que la cessation de douleurs atroces causées par un cancer du sein et de l'utérus, par un morceau de verre enfoncé dans des parties très-sensibles qu'il déchire, après l'administration intérieure de l'opium ou l'application extérieure de topiques belladonisés, etc. Faire descendre l'organisme à un degré d'impressionnabilité telle que le stimilus cancer ou corps étranger ne la réveille pas, voilà tout le secret. Un homme a un embarras pulmonaire avec dyspnée violente; l'asa fœtida, par exemple, va modifier son système nerveux de telle sorte, qu'il sera sollicité moins vivement parla cause, qui, cà la vérité, restera toujours la même, mais agira sur un sujet rendu artificiellement plus patient. Il est bien entendu que cette Médication n'est que palhative et demande à être renouvelée toutes les vingt-quatre heures, comme l'opium dans les cas que nous avons pris pour terme de comparaison, v.
Le plus grand bienfait de cette thérapeutique palliative est de s'opposer à ce que le symptôme n'agisse bientôt comme cause d'augmentation de la lésion primitive. Ce cercle vicieux est, comme on le sait, trèscommun dans les maladies du cœur et des poumons.
Une des circonstances qui ont le plus discrédité les antispasmodiques, principalement chez les hommes adultes et les vieillards affectés de spasmes dont Vaura est alternativement thoracique et surtout abdominal, c'est qu'on n'a pas su que ces accidents, qui, il faut d'ailleurs l'avouer, dans les circonstances que nous allons indiquer, ne diffèrent pas toujours sensiblement des spasmes essentiels, sont très-souvent symptomatiques de la goutte irrégulière. Wyth plaçait au nombre des causes les plus puissantes et les plus communes des spasmes la présence dans le sang du principe de la goutte. Musgrave, Cullen et Barthez ont à merveille spécifié ces cas et ont exalté à l'envi l'asa fœtida, le camphre et le musc pour apaiser ces manifestations goutteuses qui se portent tantôt sur le poumon pour y produire l'asthme, sur le cœur, des palpitations douloureuses et des lipothymies fréquentes, sur l'estomac et les infestins, des éructations interminables et d'atroces coliques. Dans le vertige goutteux, Musgrave et Barthez ont aussi spécialement préconisé la valériane, de même que tous les antispasmodiques qu'ils appelaient antigoutteux (les éthers, l'asa fœtida, le musc, le camphre), contre
l'angine de poitrine considérée par eux comme une traduction fréquente de l'état goutteux irrégulier, ainsi que certaines apoplexies. Stoll faisait un heureux usage de la valériane dans une espèce particulière de danse de Saint-Guy qu'il croyait symptomatique de la goutte. Tous ces grands praticiens, qui enseignaient l'art de ne pas guérir la goutte, mais de la maintenir aux articulations , dont la thérapeutique se contentait du succès suivant : changer la goutte irrégulière et viscérale en goutte fixe et articulaire, n'ont jamais, parles antispasmodiques, voulu faire autre chose que de conjurer la forme et le lieu du symptôme : « Dans la méthode analytique de traitement qui convient au cas plus simple où. la seule cachexie goutteuse produit des maux de nerfs, il faut pallier assidûment les symptômes par des ^antispasmodiques antigoutteux. » (Barthez.)
Finissons ces considérations par le précepte suivant : il est toujours utile de faire usage des antispasmodiques dans les maladies chroniques, toutes les fois qu'on y observe des phénomènes spasmodiques un peu prédominants, et quand l'état du tube digestif ne s'y oppose pas.
Pour terminer ce chapitre, jetons un coup d'œil sur les médicaments antispasmodiques considérés en eux-mêmes et sur le mode généml d'administration.
De nos jours, l'esprit de système, ne sachant que faire de l'action incontestable des antispasmodiques, a pris d'abord le parti de nier leur efficacité; puis, cette négation ne prévalant pas contre l'expérience des siècles, on a laissé tomber ces médicaments dans l'oubli en remontant -plus haut et en voulant prouver que, puisque les progrès de la médecine moderne avaient destitué les spasmes de leur rang de maladie primitive, -on n'avait plus à s'en occuper dans le traitement qui devait être dirigé tout entier contre la lésion organique. Cette opinion a tenu peu de temps devant les faits, et on a fini par déclarer que les antispasmodiques étaient des remèdes très-excitants, incendiaires, et c'est cette raison qui a inspiré le plus de crainte, parce que le gastro-entérite chronique de cause externe et toutes les dégénérations qu'elle traîne à la suite seront encore longtemps la terreur des médecins.
Nous déclarons ici que les auteurs qui ont soutenu ces propositions -ont été aveuglés par l'esprit de système ou n'ont aucune connaissance des faits qu'ils ont avancés ; que ces faits, ils les ont employés de force pour compléter bon gré mal gré une doctrine qui en avait besoin. Non, la valériane, les gommes fétides ne sont pas des excitants : ce sont des antispasmodiques, et voilà tout. Nous défions les explicateurs et les sceptiques d'aller au delà. Nous les défions de produire une fièvre artificielle la plus éphémère possible avec 32 grammes de poudre de valériane, comme nous les défions de calmer une femme vaporeuse avec 32 grammes d'eau-de-vie ou une quantité quelconque d'ammoniaque.
Entre mille faits que nous pourrions citer à l'appui, en voici un seul qu'un hasard merveilleux nous fournit :
Nous écrivions ces lignes lorsque l'un de nous est appelé pour voir en
toute hâte une femme qui, au milieu de la rue, vient de tomber morte. Il court muni d'un flacon d'éther et trouve près de cette femme, enceinte de huit mois et plongée dans une stupeur hystérique profonde, un confrère qui, depuis quelques minutes, lui fait respirer un flacon d'ammoniaque pure et lui en porte môme dans les narines en élevant par des secousses brusques le flacon ouvert sous le nez. Pas le plus léger signe de la part de la patiente. — Voulez-vous permettre que j'essaye de faire respirer un peu d'éther et que j'en introduise quelques gouttes entre les lèvres ? — Mais, voyez donc : ceci est de l'ammoniaque; c'est bien plus fort que l'éther. — Rien de plus juste : je crains môme que vous ne cautérisiez très-vivement le nez. L'éther est tout simplement un antispasmodique. Pendant ce dialogue, le flacon d'éther avait été placé sous le nez de la malade, et au moment où on le descendait sur les lèvres pour en instiller quelques gouttes, un profond soupir et quelques pandiculations avaient préludé au retour successif et bien complet de la connaissance. La malade se rajusta un peu, se leva et parla.
Nous concevons bien que, comme nous l'avons déjà avancé, quelques antispasmodiques se trouvent sur la limite de cette classe et des stimulants. Ce sont ceux qu'on a appelés diffusibles, et qui sont le musc, le camphre et l'éther (n'oublions pas que leur force excitante est très-inconstante, pour le camphre surtout, et qu'on ne saurait dire à priori s'ils la développeront ou si elle sera nulle) ; mais, nous le répétons : la propriété stimulante est ce qu'il y a de moins prononcé en eux ; elle ne sert que de prétexte pour en proscrire l'emploi, car la valériane, qui agit aussi puissamment qu'eux, n'est qu'un pur antispasmodique.
Nous avons toujours remarqué que jamais les antispasmodiques n'avaient eu un effet plus sûr que lorsque les malades disaient ne s'être pas aperçus de leur action. Les effets physiologiques de l'alcool et de l'éther sulfurique sont bien différents. Leurs effets thérapeutiques, pour se ressembler quelquefois par le résultat définitif, n'ont presque point d'analogie par la manière dont ils produisent ce résultat. Gomment donc agissent les antispasmodiques directs ?
Dire qu'ils régularisent Faction du système nerveux, c'est dire en d'autres termes : les antispasmodiques sont des antispasmodiques ; mais au moins, si c'est se payer de mots, ce n'est pas exprimer une erreur, comme lorsqu'à l'exemple de quelques pathologistes modernes, on spécifie davantage et on dit : Us régularisent l'action de l'encéphale ; car l'encéphale n'est pas le foyer des spasmes ; il n'est pour rien dans leur production immédiate. Plus que d'autres organes sans doute il souffre des retentissements violents qui frappent de perversion ses trois attributions les plus importantes, savoir le mouvement volontaire, la sensibihté animale et la manifestation des actes intellectuels. Mais ces désordres ne sont que sympathiques, et ce n'est assurément pas en modifiant l'organe dont ils traduisent l'altération fonctionnelle que sont utiles les antispasmodiques. Cette question, qui peut paraître oiseuse, et le serait
en effet si elle était toute de curiosité scientifique, demande des développements dont la Médication antispasmodique peut retirer quelque fruit.
Nous avons essayé de démontrer au commencement de ce chapitre que les spasmes essentiels avaient toujours un foyer viscéral, que le fait d'un aura viscéral constituait le génie du spasme, sa véritable nature. Nous avons fait voir aussi que là siégeait la puissance des instincts, qui, loin de reconnaître l'encéphale pour point de départ, se l'appropriaient au contraire irrésistiblement et le faisaient servir, sans la part de la volonté à leurs fins conservatrices, aux exigences impérieuses et admirablement aveugles de la vie qui doit se maintenir. C'est donc dans certaines conditions de l'innervation viscérale qu'il faut chercher la raison des spasmes essentiels.
Qu'apprend à cet égard l'observation? Quelles sont les circonstances où elle nous montre l'innervation présidant aux fonctions organiques, déviée, pervertie selon ce mode spécial qui caractérise l'état spasmodique ? Ces circonstances sont :
J ° La privation des matériaux sur lesquels opèrent les organes de la vie nutritive et dans l'élaboration desquels leur action doit se renfermer. En effet, rien ne développe plus infailliblement la mobilité nerveuse et les affections spasmodiques que l'abstinence prolongée, la diète trop sévère, les spoliations humorales et sanguines portées trop loin. On peut ainsi créer à volonté des femmes vaporeuses et hystériques , des hommes flatulents et pleins de spasmes, de maux de nerfs, bientôt hypochondriaques ;
2° Une autre cause bien efficace de la production de l'état spasmodique, ce sont les passions, et bien plus les passions dépressives, qui jettent dans l'abattement, telles que la peur, toutes les anxiétés morales, les affections tristes, l'envie ou l'amour malheureux, etc., que les passions expansives, stimulantes, et qui doublent l'énergie vitale, telles que la colère, l'orgueil, l'ambition ou l'amour heureux.
Si ces passions, c'est-à-dire si cet étal pathologique dû à des causes morales a une si énorme influence sur la production des spasmes, c'est qu'évidemment il intéresse les mêmes foyers de l'économie que ceux-ci, que leur source est commune, comme nous l'avons déjà remarqué. L'opinion qui assigne aux passions un siège viscéral confirme notre doctrine des spasmes, laquelle à son tour éclaire et corrobore cette opinion. Cette seconde cause, comme la première, détourne des actes nutritifs la vitalité des viscères; car rien ne suspend et n'intervertit les élaborations nutritives aussi puissamment que les passions que nous avons dit développer l'état spasmodique essentiel ;
3° La présence dans l'organisme du principe goutteux, principalement lorsqu'il commence à être engendré et qu'il produit les phénomènes de la goutte vague, froide ou erratique. On voit un grand nombre d'hommes (et toutes les femmes sont loin d'en être à l'aliri) souffrir
4S8 MÉDICATION ANTISPÂSiMODIQUE.
pendant plusieurs années des douleurs et des spasmes les plus variés et les plus nombreux, lesquels aboutissent à une attaque de goutte articulaire régulière ou à un flux hémorrhoïdal, même de simples marisques sans écoulement de sang, et tous les accidents de goutte vague sont dissipés dès ce moment ;
4° Une prédominance constitutionnelle, un excès de développement primitif et congénial de l'innervation viscérale et des centres qui y président. On est forcé de supposer et d'admettre ce fait, lorsque la disposition spasmodique ne dépend d'aucune des conditions que nous venons de passer en revue précédemment. C'est chez cette classe de personnes nerveuses que les saisons chaudes, le séjour trop longtemps prolongé au milieu d'une température élevée, etc., etc., déterminent beaucoup de maladies vaporeuses et spasmodiques, en même temps que ces circonstances affaiblissent les fonctions assimilatrices et jettent dans la langueur tous les organes chargés des actes de la vie nutritive. Nous avons déjcà remarqué que l'existence seule de ce tempérament établissait chez ces personnes la mobilité nerveuse ;
5° La prédominance absolue et comme tyrannique de l'innervation d'un organe ou d'un appareil tel que celui de la génération chez la femme pendant toute la période dévolue a cet appareil pour le grand acte de la reproduction, surtout à l'époque oii ce système va entrer en possession de ses importantes attributions. Cette condition de développement des maladies spasmodiques est la plus fréquente et la plus féconde ; c'est à elle qu'est due l'hystérie et ses innombrables phénomènes.
Nous pouvons bien omettre quelques autres conditions ou causes des spasmes essentiels, mais nous croyons avoir exposé les plus capitales. Toutes celles qu'on y ajouterait seraient sans doute susceptibles de leur être subordonnées. Or, pour en revenir à la question du mode d'action des médicaments antispasmodiques, nous n'avons qu'une chose à dire, c'est que, par une propriété dont nous ignorons parfaitement le mécanisme, ces agents ont le pouvoir d'apaiser ou de régulariser d'une manière directe et immédiate l'innervation viscérale ou ganglionnaire ainsi déviée et pervertie. Nous ne saurions aller plus loin sans entrer dans le roman de la thérapeutique.
Mais comme on doit déjà le prévoir par l'énumération que nous avons faite des conditions qui amènent l'état spasmodique, ce pouvoir thérapeutique des médicaments que nous étudions existe à bien des degrés et surtout produit des résultats bien variables pour leur sûreté et leur durée, suivant que les spasmes sont nés sous l'influence de l'une ou de l'autre de ces conditions.
Ainsi, pour la première série, celle si commune et si infEiillible dans ses effets où les affections spasmodiques sont survenues après des évacuations sanguines exagérées ou une diète intempestive, etc., les antispasmodiques ont bien à la vérité une action, mais elle est toute passagère et uniquement palhative. A ce dernier titre pourtant, ils ont encore une
grande importance pour conjurer les accidents et permettre l'usage des médications radicales.
Quelles sont-elles donc dans ce cas? La réhabilitation des fonctions végétatives. Gréer un sang riche et agir en sorte que la puissance vitale soit toute employée à le faire servir aux actes de la nutrition, voilà le principe du traitement ; car ce sont les conditions contraires qui ont permis à l'état nerveux spasmodiquc de se développer. Au chapitre de la Médication tonique, nous avons traité avec soin des moyens les plus propres h réhabiliter la nutrition, et, par conséquent, à imposer cà l'innervation viscérale un caractère de fixité et d'activité exclusivement employée aux élaborations successives que doivent subir les éléments réparateurs. Cette condition, rien ne la trouble et ne la détruit autant que la soustraction des aliments et du sang. En effet, l'assimilation de ces matériaux est le seul travail auquel soient, destinées les forces particulières dont la perversion engendre les affections spasmodiqucs. La soustraction de ces mêmes matériaux prive les forcés en question de leur objet, de leur emploi naturel, ce qui revient à dire qu'elles n'offrent alors qu'anomalies, écarts, irrégularités, et tel est précisément le caractère des spasmes essentiels. Répétons ici que les toniques d'' la Matière médicale, et en premier heu le fer, puis les vrais toniques, c'est-à-dire une alimentation promptement réparatrice, un exercicf musculaire en plein air qui mette à profit celte alimentation, forment le traitement radical de l'état spasmodique développé par ce premier genre de causes. Les antispasmodiques ont alors une vertu palliative importante à utiliser.
Ce point de notre théorie sur la nature et l'étiologie des spasmes essentiels, savoir, que ces affections sont très-souvent produites par tout ce qui peut détourner l'innervation viscérale des actes qu'elle doit accomplir pour l'entretien de l'individu, et en particulier par l'anémie, que sa cause soit médiate ou immédiate ; cette idée, disons-nous, bien qu'implicitement exprimée par Hippocrate et plusieurs des médecins qu'on a honorés du nom â'hippocratistes, n'a été, que nous sachions du moins, nettement reconnue et formulée que par nous. Quand même une observation attentive et bien faite n'y conduirait pas, les résultats heureux auxquels elle permet d'arriver dans la pratique devraient la recommander puissamment. Sydenham agissait en vertu de cette idée lorsqu'il disait : Ex omnibus quœ nos hactenùs abundè congessimus abundè mihiconstare videtw\ prœcipuam in hoc morbo {hysteria) indicationem curativam eam esse, quœ sanguinis (qui spirituum fons et origo est) corroborationem indigitat ; quo facto, spiritus invigorati eum servare possint tenorem qui et totius corporis et singularium partium œconorniœ competit. «
Pour ce qui est de la seconde condition que nous avons indiquée comme développant l'état spasmodique, c'est-à-dire l'influence des passions, tant q^s agit la cause de ces affections morales, les antispasmodi-
ques ont eu peu de portée et d'effet; mais il arrive que ces causes de passions, de sentimenls violents et tyranniques, lorsqu'elles ont frappé longtemps et avec énergie, laissent après leur cessation complète l'innervation viscérale dans un état d'exaspération et de désordre qui, une fois acquis, persiste par lui-même comme un retentissement indéfini : c'est un tempérament nerveux accidentel. Dans ce cas, les antispasmodiques reprennent leurs droits et peuvent concourir à la guérison de l'étfit spasmodique; mais tant que dure l'influence de la passion, c'est dans le triomphe de la raison qu'il faut chercher les modificateurs thérapeutiques.
Les affections spasmodiques dues à l'existence du principe de la goutte sont palhées et mitigées d'une manière assez satisfaisante par un certain ordre de médicaments antispasmodiques. Nous nous sommes déjà prononcés à ce sujet sur les propriétés spéciales du musc, du camphre, du castoréum, de l'éther à hautes doses, etc. Nous n'y reviendrons pas.
C'est dans les affections spasmodiques que nous avons fait dépendre des deux premières conditions organiques admises par nous comme favorables au développement des maladies nerveuses, que les médicaments dont nous parlons jouissent de la prérogative de médecine essentielle; car ici, on n'a plus à s'occuper au delà de l'élément spasme d'un autre élément qui le domine et l'a produit, tel que l'anémie, une affection morale, le principe goutteux; tout est dans l'état spasmodique primitif. La maladie est simple, la médication doit l'être aussi, c'est-à-dire ne doit consister qu'en un seul ordre de moyens, quels qu'ils soient du reste, car nous n'avons jamais prétendu que les agents dont nous traitons actuellement soient les seuls qu'on puisse opposer aux affections spasmodiques. Nous constatons seulement leur utilité et cherchons à donner les règles générales de leur emploi. Dans ce dernier genre de cas, il est pourtant quelquefois permis d'espérer, tant des puissantes distractions de l'esprit que d'une alimentation fortement réparatrice et largement dépensée par des exercices gymnastiques bien ordonnés, et, en un mot, de l'ensemble des moyens qui peuvent diriger l'innervation viscérale tout entière vers les fonctions nutritives, il est permis, disons-nous, d'espérer de ces ressources combinées une guérison plus solide et plus durable que par les antispasmodiques seuls, bien qu'il soit alors toujours indispensable de les administrer, et qu'ils puissent rendre dans ces occasions de précieux services. Et puis, mille circonstances peuvent empêcher l'emploi des moyens hygiéniques que nous venons d'indiquer : les antispasmodiques restent alors au médecin comme sa seule ressource.
A l'exemple de la plupart des agents dont la vertu est toute superficielle et ne produit pas de modifications matérielles, celle des antispasmodiques est fugace, prompte à s'user. Leur effet se fait remarquer rapidement, ou bien il est nul. Les gommes fétides font quelquefois exception à cette loi ; d'où découle l'indication de renouveler souven
leur administration, de ne pas se fier à leur action si elle ne s'est pas manifestée promptement, et cette autre indication très-capitale, de ne pas abandonner ces médicaments lorsque l'un d'eux n'a pas rempli le but qu'on se proposait. Cette règle de thérapeutique est surtout vraie pour les substances dont nous traitons, L'éther ne réussit pas, donnez lavalé riane ; celle-ci échoue, recourez à l'asa fœtida, ainsi de suite, et il vous arrivera plus d'une fois de voir l'indication satisfaite par l'antispasmodique qui ordinairement réussit le moins sûrement. N'abusez pas pourtant de celte recommandation si les moments sont précieux, alors même que l'emploi de ce genre de moyens serait parfaitement indiqué. Ils ne réussissent pas toujours : bien plus , ils aggravent quelquefois l'état de certaines femmes nerveuses, et malheureusement nous n'avons aucun signe qui, à priori^ nous éclaire sur de pareilles contreindications. Les distinctions qu'a voulu fonder à cet égard l'ancienne école de Montpellier sont insuffisantes et illusoires. Dans ces cas qui, à la vérité, sont les moins communs, il faut franchement aborder une autre médication; c'est d'eux qu'Hippocrate a dit : Invita Minervâ nil quicquam moliendum.
Une erreur très-généralement répandue nous paraît rétrécir et fausser la thérapeutique des névroses. Elle consiste à séparer ces affections des autres genres morbides. Quand on a dit d'une maladie qu'elle est nerveuse, on se fait aussitôt l'idée d'une surexcitation physiologique du système nerveux, d'un désordre analogue à celui où chacun se trouve tous les jours sous l'influence d'une cause d'éphémère perturbation des nerfs. Et parce que ces désordres ne sont pas organiques, qu'ils laissent très-souvent les fonctions vitales s'accomplir et ne menacent pas de mort, on serait presque tenté de ne pas les considérer comme des maladies. Il y aurait beaucoup à dire sur ce préjugé. Rien n'est plus faux que l'opinion générale sur l'innocuité des névroses. Les fonctions nutritives en sont beaucoup moins préservées qu'on ne croit. La gravité d'une maladie n'est presque jamais dans ses symptômes, ou, comme on parle, dans ses formes, elle est surtout dans sa cause dialhésique ou générale. Cela s'applique fort bien aux névroses dont le principe, d'abord manifesté sous cette forme nosologique, peut en prendre de beaucoup plus graves et produire des cachexies ou des lésions organiques. Dire que les névroses sont des troubles de la sensibilité et du mouvement sans lésions de structure, c'est tout simplement caractériser une forme générale d'affections. Mais cet ordre de symptômes ne peut former des espèces de maladies nerveuses qu'à la condition d'être la manifestation d'une cause pathologique. Or ces causes intimes sont souvent les mêmes que celles des phlegmasies, des lésions organiques, des cachexies et de toutes les maladies qui ne sont pas appelées nerveuses.
La nature brise les cadres des nosologistes. Elle mêle des symptômes inflammatoires et nerveux dans Ja même maladie générale qui passe et se transforme des uns dans les autres ; et le principe de ces diverses déter-
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minations morbides, ou co qu'on appelle la diathèse, reste identique. Ces symptômes se combinent dans des proportions infinies, et il en résulte des affections mal déterminées, plus nombreuses à elles seules que loutes les autres ensemble, et sans nom possible dans nos étroites nosographies. La notion de la spécificité morbide, fondement des espèces nosologiques, a bien été appliquée aux phlegmasies, aux cachexies, aux lésions organiques, mais les névroses n'ont pas encore été envisagées à ce point de vue. Nous le répétons, la clinique présente ici une lacune inconcevable. Avec quelques autres que nous signalerons tout à l'heure, cette lacune enlève tout caractère médical au pronostic et au traitement des névroses. C'est pourquoi il nous reste à terminer par quelques considérations sans lesquelles la Médication antispasmodique manquerait de réalité.
Déjà nous avons eu occasion de le dire ( Médication tonique, t. I ), lorsque l'anémie est morbide ou spontanée, les névroses qui l'accompagnent sont autant l'eifet de sa cause productrice que du défaut de rapport entre l'élément vasculaire et l'élément nerveux qui, dans l'unité de l'organisme, représentent les actions végétatives et les actions animales. Il existe aussi des personnes chez qui le système nerveux a des infiuences si étroites sur la vie végétative que, par elles-mêmes, les névroses épuisent ces personnes ou empêchent chez elles la réparation, comme le feraient des pertes de fluides. Los névroses peuvent donc être par ellesmêmes une cause d'anémie. Quoi qu'il en soit, et de quelque manière que l'anémie soit engendrée dans les névroses, il est certain qu'elle devient à son tour la condition d'une multiplication eff'rénée et indéfinie des spasmes. Les développements que nous avons donnés à ce point de pathologie, les rapports physiologiques par lesquels nous l'avons rattaché à la production des névroses, en ont fait il y a quinze ans une chose nouvelle. Cette vérité a eu son efl"et salutaire dans la réaction par laquelle fut emporté le système de la médecine physiologique. Les praticiens avaient besoin de cette idée après les excès fertiles en maux de nerfs où on avait poussé la diète et les émissions sanguines. Toutefois, le fondemeïit de notre doctrine des spasmes n'est pas tant dans le fait capital de l'anémie et des irrégularités des fonctions nerveuses qu'elle peut déterminer, que dans la théorie plus générale à laquelle nous avons rallié cette condition puissante de la production des névroses.
L'idée qui domine notre étude sur la Médication antispasmodique est celle de placer l'origine de tous les spasmes proprement dits dans le système nerveux viscéral, de dériver ces névroses des mêmes foyers que les sensations affectives et les passions. Cette idée, dont nous vérifions chaque jour la justesse, résume tout ce qu'on vient de lire. On se rappelle comment nous y avons relié l'action énervante des pertes de sang excessives et de l'anémie. Si la régularité d'action des nerfs de la vie de relation a ses racines dans la régularité d'action des nerfs ganglionnaires, ceux-ci ont, dans l'équilibre et la saine énergie des actions vitales élé-
mentaires, une de leurs plus grandes garanties d'ordre et de régularité. C'est dans cet équilibre fondamental appelé par eux bonne composition^ bonne crase, eucrasie, que les anciens faisaient consister la santé et plaçaient les conditions du bien-être physique, de l'ordre dans les fonctions nerveuses^ du tempérament, et jusqu'à celles du caractère.
Vitalistes ou chimiâtres, tous s'accordaient sur ce point. Les premiers disaient : du sang naissent les esprits animaux, sains et réguliers si leur source est pure et riche, malades et irréguliers si elle est affaiblie ou corrompue. Du sang vivant, les chimiâtres firent un composé inorganique, et alors, au lieu d'esprits animaux, ont eut des vapeurs sulfureuses, mercurielles, crasses ou subtiles, acres ou douces, chaudes ou froides, explosives ou tranquilles. Les névroses n'étaient que les effets de ces vapeu?'s volcanisées. Le mot est resté dans le langage médical ; mais il faudrait que ce ne fût qu'à titre de simple comparaison. Ce n'est p.is ainsi que l'ont entendu quelques auteurs modernes qui se sont occupés des fonctions et des maladies nerveuses.
Sous le nom de névrosité, MM. Bûchez et Cerise font sécréter du sang par la substance nerveuse un fluide, agent de tous les phénomènes de sensibilité et de mouvement. Indépendamment du tort qu'elle a de trop rappeler les esprits aniniaux de Descartes, cette théorie a surtout le vice de ne rien expliquer et de se prêter aussi facilement à l'erreur qu'à la vérité. Nous ne l'avons pas tant rappelée pour en signaler la subtilité, que pour prendre acte de la constante unanimité des opinions sur le point qui nous intéresse.
On fera de vains efforts pour échapper au mécanicisme cartésien, tant qu'on voudra considérer les organes nerveux comme des appareils chargés de soutirer au sang un fluide qui, sous le nom de névrosité, ou tout autre, produirait par ses mouvements les phénomènes représentatifs et affectifs chez les animaux. Encore une fois, le moindre défaut de ces théories surannées est de ne rien expliquer.
La substance nerveuse jouit essentiellement et par elle-même de propriétés sensibles représentatives et affectives. Ces propriétés lui sont innées. Elle en est composée, si nous pouvons ainsi dire.
Elle ne les tire donc pas immédiatement du sang ; mais dans les circonstances ordinaires elle a besoin de son impression réparatrice et stimulante. Elle se l'assimile, et en tire si peu la névrosité, ou, pour ne faire aucune vaine théorie, ses propriétés sensibles, que c'est elle, au contraire, qui les lui communique. Il faut sans doute qu'il y ait dans le sang des éléments appropriés ; mais il y a loin de là à cette sorte de distillation alchimique dent ne pourront jamais secouer le joug les théories qui ne seront pas fondées sur l'innéité des propriétés sensibles du système nerveux que le sang entretient, que les objets extérieurs excitent et déterminent, mais que ni celui-là ni ceux-ci ne produisent.
Comment songer à leur donner ce rôle, quand on voit l'anémie et la solitude favoriser si singulièrement la production physiologique et mor-
l)ide des phénomènes représentatifs et affectifs, être une si puissante condition de toutes les névroses? Qui ne sent, en réfléchissant à ce seul fait, que ces petites explications sont grosses de conséquences thérapeutiques erronées, et ne peuvent qu'égarer les praticiens dans l'application des Médications antispasmodiques ? Et pourtant, toutes ces hypothèses attestent un fait important qui leur survit et dont il faut tenir un compte sérieux. L'idée la plus générale et la plus pratique qui lui corresponde, peut se traduire comme nous allons le faire.
Les névroses sont diathésiques comme les phlegmasies, les cachexies, les lésions organiques, etc. Une conséquence en découle, appuyée sur l'ohservation clinique la plus incontestable : c'est que les névroses ont, comme les phlegmasies, des caractères distinctifs qui ne se tirent, pas uniquement de leur siège, du genre des fonctions perverties, de leur intensité ; c'est que, de même qu'il y a des phlegmasies rhumatismales, goutteuses, scrofuleuses, syphilitiques, dartreuses, typhoïdes, et mille autres, produites par des poisons, il y a des névroses et des névralgies de même espèce, qui en doivent prendre le nom, et qui présentent les mêmes indications thérapeutiques comme telles, indépendamment de celles qu'elles présentent comme névroses. De là il faut conclure encore, que l'indication thérapeutique du spasme est double, l'une à laquelle répond la Médication antispasmodique proprement dite, l'autre qui se tire de la nature de la cause diathésique du spasme. C'est ainsi que dans une phlegmasie, si elle est intense et quelle que soit sa cause, les antiphlogistiques satisfont aux indications immédiates et vitales, les remèdes spéciaux aux indications spéciales et éloignées, c'està-dire aux indications diathésiques. La diathèse n'étant autre chose que l'élément pathologique commun, ou ce qu'on pourrait appeler Vuniversel d'una maladie générale, peut se manifester par tous les troubles possibles des fonctions spéciales. Dans l'ordre physiologique, la nutrition, les circulations cardiaque et capillaire, les sécrétions, les fonctions des appareils nerveux, ont quelque chose de commun, la vie en général. Dans l'ordre pathologique, les perversions de ces fonctions ou les cachexies, les phlegmasies, les fièvres et les névroses, ont de même leur élément commun là où ces fonctions ont le leur. Il est donc aussi simple de dire : les névroses sont diathésiques, que de dire : les fonctions spéciales du système nerveux supposent la vie en général, et la manifestent à leur manière. Qui ne comprend pas cela, ne verra les névroses qu'en physiologiste plus ou moins ingénieux et jamais en médecin.
Deux choses restent encore à saisir pour éclairer la Médication antispasmodique. La première est de distinguer les névroses franches des névroses irrégulières ; la seconde, de ne pas confondre les névroses simples avec les névroses composées. Les névroses franches sont celles sur lesquelles nos antispasmodiques ont le plus généralement d'action. Nous avons dit plus haut à quelles conditions. Nous appelons névroses
franches, ces types qu'on trouve décrits dans les nosologies sous les noms d'hystérie, de chorée, d'hypochondrie, à'épilepsie, etc.
Elles reconnaissent rarement pour point de départ une cause pathologique définie, une diathèse spéciale. Le tempérament, secondé par des circonstances d'éducation, par des causes morales et une certaine manière de vivre, suffit presque toujours à leur développement.
A un certain âge, on les voit naître comme d'elles-mêmes de la prédominance physiologique des appareils nerveux qui en sont spécialement le siège. C'est sans doute à cause de cette origine, qu'elles sont les moins graves des névroses. Les antispasmodiques comme palliatifs, une bonne direction hygiénique, le temps, c'est-à-dire la nature par l'action seule de l'âge et des vicissitudes organiques qu'il amène, tels en sont les meilleurs remèdes.
Les névroses ne sont pas franches, elles sont irrégulières, lorsqu'on les voit décomposées en plusieurs affections partielles, opiniâtres, protéiformes, s'attaquant à tous les organes, et y simulant une foule de maladies diverses. Quand une maladie quelconque est irrégulière, ce n'est pas sans raison. Cette raison, le médecin la doit toujours chercher. Il la trouvera le plus souvent dans une combinaison de plusieurs alfections qui se contrarient ou se dénaturent réciproquement. C'est ce qu'on voit dans les névroses. Lorsque les maladies s'associent à d'autres phénomènes morbides ordinairement étrangers aux névroses, tels que fluxions, congestions, fièvre, vices des sécrétions, etc., c'est qu'elles sont presque toujours diathésiques. La cause différentielle des névroses franches et des névroses irrégulières semblerait donc être dans cette condition, que les premières ne seraient pas diathésiques, et que les autres le seraient. Il ne faut pas confondre celles-ci avec les cas où coexistent chez le même sujet une maladie générale ou diathésique et une névrose, le rhumatisme et l'hystérie, par exemple. Cette coexistence peut se rencontrer sans que la névrose soit rhumatismale. Mais alors, elle conservera ses caractères d'hystérie franche et il en sera de même du rhumatisme. Il n'y aura que juxtaposition, coïncidence, mais non association intime, fusion, croise- • ment des deux affections.
Si les théories pneumatistes que nous avons critiquées plus haut étaient vraies, on ne devrait pas concevoir qu'une cachexie existât dans l'économie sans que les névroses concomitantes en fussent l'expression symptomatique. Et pourtant, il en est bien des fois autrement. Preuve nouvelle que les appareils nerveux ont une activité essentielle. Ne voiton pas les fonctions nerveuses persister fortes et régulières au milieu des cachexies les plus profondes, et ne manifester ni douleurs, ni paralysie, ni spasmes, lorsque tout dans les propriétés végétatives de l'organisme n'est que désordre et dissolution ? On voit bien la femme atteinte de fièvre putride, et privée d'aliments, donner à son enfant un lait abondant et sain. Néanmoins il peut arriver, il arrive même trop souvent que les souffrances du système sensible expriment les altérations du système nu-
tritif. C'est qu'alors il s'opère dans la substance nerveuse une conception pathologique active, et non une séparation passive d'images et de sensations morl3ides. Cette substance merveilleuse peut avoir assez d'énergie saine pour l'imprimer aux matériaux altérés de sa réparation, c'est-àdire pour persister dans son état normal, quoique nourrie d'un sang malade. Heureusement ces cas sont assez fréquents.
Mais si la substance nerveuse plus faible, douée du moins de propriétés saines, ou renfermant des propriétés morbides en rapport avec celles du sang, conçoit l'aifection de celui-ci, la maladie générale se manifestera par des désordres nerveux spéciaux en rapport avec ceux de la maladie générale.
Cette discussion n'est point indifférente à la Médication antispasmodique. Qui ne voit qu'avec le pneumatisme ancien ou nouveau, c'est sur le sang seul qu'on devrait agir directement pour traiter les névroses ? Aussi les chimiâtres ne s'en firent-ils pas faute. Sous prétexte de fabriquer des esprits animaux ou de la névrosité doués de telles ou telles qualités, on introduisait dans le sang les drogues les plus fortes et des altérants à des doses dont les dangers ont beaucoup contribué à produire la réaction homœcpathique. Ces excès sont tombés devant la découverte de la sensibilité comme propriété inhérente à la substance nerveuse. Alors, on est entré dans les voies d'une thérapeutique moins systématique, plus douce, surtout plus conforme à la nature des choses.
Le globule du sang est sensible à sa manière. On n'agit sur lui, comme sur les nerfs proprement dits, que par impression. Si l'on était pénétré de cette vérité, il ne faudrait pas le traiter comme un composé inorganique. Il est affecté dans les diathèses, et par lui affectés, les appareils nerveux peuvent traduire par leurs phénomènes propres la nature des maladies générales.
Nous avons essayé de donner quelques-uns des caractères distinctifs des névroses spéciales, généralement irrégulières, et des névroses franches ; en cela, nous croyons avoir rendu un véritable service à la Médication antispasmodique. Elle devra évidemnient, dans ces cas, puiser ses indications et ses remèdes à deux sources et les coordonner suivant la prédominance de chacun des éléments pathologiques. Les stimulants diffusibles, les agents qui produisent une excitation expansive très-rapide des mouvements vitaux, sont généralement plus utiles dans les névroses diathésiques ou irrégulières que dans les névroses franches. A celles-ci, conviennent mieux les antispasmodiques purs, puis le froid et la bonne direction des idées et des sentiments. L'hygiène morale a moins d'influence sur les névroses diathésiques.
Nous donnons le nom de nécroses composées, à celles où l'on voit associés les symptômes propres de deux névroses simples. Voilà encore une des sources les plus fréquentes et les plus ignorées des névroses indéterminées dont la pratique est pleine. Les associations de tous ou de
quelques-uns des symptômes de deux névroses existent souvent entre l'hystérie et Fhypochondrie, l'hystérie et la chorée, l'éclampsie et l'hystérie, l'hystérie, l'hypochondrie, la dyspepsie, les névralgies, les paralysies, les palpitations, etc., etc.. Ces affections sont le désespoir du jjronostic et de la thérapeutique; c'est d'elles surtout que résultent ces névroses indéterminées qu'on appelle aujourd'hui des névropathies protéiformes, comme pour remplacer par un mot facile à retenir la chose qui fuit d'autant plus. Ces névroses complexes sont encore plus souvent diathésiques que les névroses irrégulières ; et si des phénomènes fébriles, fluxionnaires et cachectiques viennent, ainsi que cela est fort commun, se joindre aux symptômes nerveux, il en résulte des affections indéchiffi'ables pour l'école moderne, et que les praticiens formés à cette école confondent avec des maladies inflammatoires ou des lésions organiques. On les en distinguera par la disproportion qui existe entre l'intensité des phénomènes pseudo-inflammatoires, de l'élément douleur, de la fièvre, etc., et l'état des forces et des fonctions vitales; par la mobilité des symptômes, et souvent, par la conservation des instincts naturels et des aptitudes fonctionnelles du malade au milieu des plus violents désordres. Ce sont les diathèses goutteuse et rhumatismale qui, manifestées anormalement par des symptômes nerveux mixtes appartenant à plusieurs névroses telles que l'hystérie, l'hypochondrie, l'asthme, les névralgies, etc., produisent ces affections singulières, plus communes dans la pratique particulière que les maladies franches des nosographes, et dont les apparences graves et insolites inspirent tant de pronostics erronés et de fausses mesures thérapeutiques. La Médication antispasmodique revendique une grande part dans le traitement des névroses mixtes, môme sous les formes rhumatoïdes et pseudo-inflammatoires que nous venons de signaler. Là où, suivant tel système de médecine, des saignées et l'appareil de la Médication antiphlogistique la plus sévère auraient paru indiqués, on est tout surpris de voir quelques antispasmodiques, la valériane, l'asa fœtida, l'éther, un peu d'opium ou de belladone, un lavement camphré, un bain, etc., apaiser de ces névroses composées et diathésiques qui simulaient les plus graves des pyrexies ou des phlegmasies. Comment épargner aux lecteurs d'un Traité de thérapeutique de telles considérations, quand, de leur appréciation dépend tout le bon ou le mauvais usage des antispasmodiques, et qu'on a le regret de ne trouver ces observations toutes cliniques dans aucun de nos ouvrages de pathologie?
Ce n'est pas l'usage de placer les vésanies et la folie parmi les névroses proprement dites. Le désordre cérébral manifesté par le désordre des idées et des sentiments a fait illusion aux pathologistes qui se sont emparés de cet ordre important de névroses ; et tandis que les uns n'y voulaient voir que des effets immédiats de lésions organiques, les autres se jetaient dans cette science imaginaire et infertile qu'on nomme la
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psychologie, bornée h. une observation tout extérieure de l'homme, et qui dispense ses adeptes des notions positives de la métaphysique et de la physiologie. Il serait pourtant facile de démontrer que la folie est une maladie qui ne diffère point des autres par ses lois générales, et que beaucoup de variétés de vésanies ont leur point de départ dans une affection nerveuse viscérale. Il est vrai que le délire, que les troubles intellectuels et moraux, prennent de suite une telle importance, qu'ils absorbent l'attention et font oublier l'origine et la condition sans cesse agissantes de la folie.
Il est donc quelques variétés de la folie, et ce sont les plus nombreuses, qui, à leur début, présentent des indications accessoires, il est vrai, mais incontestables pour la Médication antispasmodique. L'aliénation mentale, généralement affective, prend son point de départ dans une passion. Physiologiquement, cette passion émane toujours du système nerveux viscéral; mais la cause déterminante peut être ou morale ou purement pathologique. La folie hystérique, la folie hypochondriaque, la manier puerpérale, etc., peuvent se développer indépendamment de toute cause morale. Mais, quoiqu'il soit vrai que, déterminée par une cause pathologique ou par une cause morale, la folie ait généralement un foyer viscéral, c'est-à-dire affectif, et relève par ce côté de la Médication antispasmodique, il n'est pas moins certain que si le cerveau résiste à l'impression perturbatrice faite sur lui par les nerfs affectifs et ne conçoit pas la folie sous cette impression, l'individu ne deviendra jamais fou. Or la folie n'est conçue dans le sensorium commune que parce qu'il renferme préalablement les éléments morbides de cette névrose. C'est donc en définitive par le trouble cérébral que la folie se distingue et se détermine. Et, pour cela, il est nécessaire, ou que l'encéphale soit spécialement disposé, ou que la cause morale ou pathologique, si elle est accidentelle, ait frappé simultanément les deux' parties du système nerveux qui sont, l'une, le siège des affections, l'autre celui des représentations sensibles.
L'ancienne médecine traitait la folie comme les autres maladies, c'està-dire, qu'à l'exception des mesures de force, elle ne la combattait que par des médicaments. Dans la méthode nouvelle ou psychologique, on a systématiquement abandonné cette voie exclusive, et, depuis ce temps, on n'entend plus parler que de traitement moral. Il est vrai que ce traitement moral consiste très-souvent en douches froides sur le nez, et quïl n'agit sur le moral de l'aliéné opiniâtre que comme les coups de bâton sur le moral du chien réfractaire. Sans nier que ce qu'on nomme le traitement moral ne doive tenir le premier rang dans la thérapeutique de la folie, nous pensons qu'on a trop négligé les moyens de la médecine ordinaire.
L'habitude scolastique et bien vicieuse de l'enseignement qui consiste à subordonner l'étude de la Thérapeutique à celle de la Matière médicale et qui oblige à parler des maladies à l'occasion des remèdes, au lieu de rattacher ceux-ci à l'étude des maladies, nous imposerait la règle de ne
jamais introduire dans une médication, la Médication antispasmodique, par exemple, l'idée d'autres agents que les médicaments antispasmodiques proprement dits. Nous nous sommes fait une loî de violer cette règle absurde et de nous préoccuper toujours beaucoup plus delà vérité, et de l'intérêt des praticiens, que des exigences de la routine. Ainsi, la folie a sa Médication antispasmodique, et quoiqu'elle ne puise pas toujours ses moyens dans l'ordre des antispasmodiques, elle n'en a pas moins, comme névrose, sa place dans ce chapitre de notre livre consacré plus spécialement au traitement des maladies nerveuses. Le froid, l'opium, la belladone, et parmi nos antispasmodiques, ie camphre, le musc, comme agissant plus sur le cerveau que les autres médicaments du même ordre, tels sont les agents les plus recommandables dans les vésanies. Nous ne voyons pas pourquoi on n'associerait pas ces agents au traitement moral et à l'hygiène corporelle dans le traitement de la folie. Il paraît qu'il est plus facile d'être systématique, et de se renfermer dans l'une ou l'autre méthode exclusivement.
A une certaine période de la folie, celle-ci-devient purement cérébrale et n'est plus animée par l'influence passionnelle des nerfs viscéraux. De la manie, l'aliéné passe alors à la démence. Cet état n'est qu'une incurable incohérence ^dans les actions intracérébrales. Dès ce moment, la Médication antispasmodique n'a plus aucun rapport avec la folie. La condition de son indication a disparu avec l'élément viscéral ou affectif de la névrose.
Pour nous résumer sur ce point, les vésafiies sont formées de plusieurs éléments, dont l'initial peut présenter des indications formelles pour toutes les médications et spécialement pour l'antiphlogistique comme dans les cas de phlogose aiguë des viscères abdominaux avec surexcitation du système nerveux ganglionnaire ; puis, pour la sédative, la tempérante et l'antispasmodique. Tant que dure cette période affective, on doit essayer l'action des antispasmodiques indiqués dans la circonstance, et ne renoncer à leur emploi secondé par le froid et les autres calmants, que lorsque la folie est devenue prédominante dans le cerveau, et que la névrose s'y est concentrée en abandonnant les centres affectifs du système nerveux.
Il est remarquable que tous les médicaments antispasmodiques ont une odeur aromatique, diffusive et pénétrante, suave ou fétide. L'analyse des effets immédiats qu'en éprouve une personne nerveuse bien portante est de nature à éclairer sur leur manière d'agir dans les affections spasmodiques, et, par conséquent, sur le siège des phénomènes initiaux de ces affections.
• Que, dans un de ces moments de malaise nerveux et d'oppression où l'anxiété précordiale force l'imagination cérébrale à se conformer à la pénible disposition des nerfs cérébraux, on aspire fortement une substance aromatique, telle qu'un citron pressé entre les doigts pour en exprimer l'essence, une feuille de mélisse, un flacon d'éther, etc., on sentira
l'émanation pénétrer par le sens olfactif jusqu'à ce sensorium commune du sens vital que les premiers philosophes et les plus anciens médecins plaçaient dans la région sous-diaphragmatique. Il s'y répandra une sensation de hien-être. L'anxiété hypochondriaque dissipée dans sa source, il se communiquera au cerveau comme une vapeur bienfaisante qui rassérénera l'imagination sensible. De cette observation est né le mot vapeur, autrefois synonyme de maux de nerfs, parce qu'on attribuait à des vapeurs formées au moyen impur des viscères le malaise vital, la mélancolie qui montent alors, avec suffocation, du ventre vers le siège de la pensée et du sentiment. Tel est l'ordre de succession des phénomènes dans cette expérience qui se renouvelle tous les jours sous l'influence des. émotions agréables ou pénibles. Ce fait, si simple et si habituel que nous n'y faisons aucune attention, renferme et résume toute notre théorie des affections spasmodiques et des médicaments qui agissent sur ces affections par des propriétés essentiellement antispasmodiques. De ces médicaments, les uns sont à odeur suave, les autres à odeur fétide ou repoussante. Nous avons déjtà dit que les uns ou les autres déterminaient des spasmes chez certaines personnes. Agiraient-ils donc homœopathiquement ou suivant la loi similia similibus? Non, car cet effet n'est pas général. D'ailleurs, si la loi bomœopathique est exacte et absolue, c'est chez ces personnes que les antispasmodiques devraient agir le plus efficacement. Or le contraire a lieu généralement. Pour qu'un médicament soit direct, il n'est pas nécessaire qu'il agisse par la loi des contraires, mais qu'il produise immédiatement ses effets où la maladie produit les siens. Voilà ce qui est nécessaire. Mais l'action s'exerce-t-elle selon la loi des contraires ou des semblables? Cela est relatif, car cela varie. Nos médicaments antispasmodiques agissant immédiatement, comme nous l'avons prouvé, au point même où agissent les spasmes, c'en est assez pour qu'ils constituent, à part, une classe à laquelle il est juste de conserver le nom d' Antispasmodiques.