MODES D'ADMINISTBATION ET DOSAGE DES MÉDICAMENTS
SOMirAIIîE. — Manière tic faire prendre len médirai» eut s : Potions, pilules, poudres, lavements. su]ii)ositoirc!i. inhalationti, etc., injections hypodermiques. — Posiilogie : Problèmes qu'elle soulève. Table de Gaubius, barrêmes de Young, de Fonssagrives. table tle Baginsky.
Toute la lliérapcutique infantile ne peut se faire avec le.s seuls moyens liygiéniques et les médications externes. 11 faut aussi recourir aux médicaments, si enclin qu'on soit à s'en passer autant que possible.
C'est surtout au point de vue du mode d'administration et du dosage que les médecins sont embarrassés quand ils n'ont pas Ibabitudc de soigner les enfants.
L'indocilité des enfants, cpiand il s'agit de leur faire prendre des drogues, est proverbiale ; il y a de l'exagération cependant dans cette manière devoir. Dans la première enfance on fait avaler à peu près ce qu'on veut; cliez les enfants plus âgés, la répugnance est très variable. Elle dépend trop souvent de la maladresse de l'entourage, qui plaint bautement l'enfant; avant qu'il ait même essayé de prendre la potion, on lui suggère la rébellion par des regards apitoyés. Tous les médecins d'enfanis font remarcjuer ([ue ceux-ci se révoltent surtout dans les nudadies N-géres oii les drogues sont le moins utiles; dans les cas graves, la soumission redevient au moins égale ù celle drs a<billes. Il y a d'ailIfiMs une éducation spéciale i\ donner aux enfants à ce jjoiiit de vue en debors des moments de maladie. De lui'-me <|u'il est prud»'i;l dn l<;s accoutumer à se laisser examiner la gorge à la pirniicic r('(|uisili()n oiiand ils n'ont pas mal à la gorge, les parrnis frroiil bien de les liahilucr de tenqjs en temps à avaler, même bien portants, (piel(|ues substances d'un aspect ('t d'un goût peu agréable; ce sont là de menus conseils (pu- le médecin de faniille se trouvera bien de donner à ses clients el qui poi-|eionl leurs fruits aux jours de maladie.
MAMKRE DE KOHMILEU LES POTKJNS / O
Quand il s'ag-it d'enfants à la mamelle, il y a certains médicaments s'éliminant par le lait, qu'on peut faire absorber indirectement au nourrisson: tels sont le mercure et liodure de potassium. Cette indication se présente tout naturellement quand il s'agit dune sypbilis héréditaire, la mère étant contaminée.
11 est souvent plus aisé de faire prendre la potion dans un verre que dans une cuiller ; l'enfant, par la brusquerie de ses mouvements, déconcerte la personne qui la lui présente et répand le contenu de la cuiller sur ses vêtements et ses draps.
Certains enfants ne sont pas réfractaires au goût d'un médicament même désagréable, si la couleur et l'odeur leur sont dissimulées. On peut utiliser dans ces cas une cuiller à opercule, munie d'un bec assez long pour faire pénétrer le médicament jusqu'à la base de la langue; on peut aussi faire l'obscurité dans la chambre pendant (|u"on présente la drogue au bébé.
Enfin, quand ces artifices viennent à échouer, il reste deux partis à choisir : dans certains cas. utiliser une voie d'introduction autre que l'estomac, c'est-à-dire l'intestin ou la peau (lavements, suppositoires, injections hypodermiques, frictions médicamenteuses) ; ou bien faire avaler la droçjue de force. Voici dans ce cas la technique à employer : l'enfant est emmailloté étroitement dans une serviette ou un drap, les bras serrés et pendants le long du corps : on pince le nez en levant la tête ; on profite du moment où l'enfant surpris entr'ouvre la bouche pour crier et on glisse le bec de la cuiller entre les dents ou les gencives, on lintroduit peu à peu plus avant en l'appuyant sur la base de la langue, puis on fait couler lentement le liquide, qui, par l'acte réfiexe de la déglutition, pénètre dans l'œsophage en glissant sur les côtés de l'épiglotte.
Les médicaments doivent être dissous ou en suspension dans le plus petit volume d'excipient. Pour les enfants au-dessous d'un an on formule des potions de 40 à 60 gr. ; pour ceux de 1 à 5 ans, (30 à 90 grammes ; au-dessus de cet âge, 90 à 120 grammes.
Dans le choix du véhicule on cherchera à se rapprocher de la couleur des boissons ordinaires ; ainsi le sirop de groseilles ou de framboises, le vin sucré, conviendront aux eniants déjà grands ; le lait peut être utilisé pour les plus jeunes quand il s'agit de médicaments qui n'en modifient guère le goût ni la couleur (magnésie, calomel, manne, bismuth) ; car il serait imprudent d'inspirer aux tout petits le dégoût du précieux liquide qui est leur seul aliment.
Le mélange des médicaments aux aliments est possible dans certains cas. M. J. Simonconseilled'administrerlephosphatede chauxen poudre dans la soupe ; le calomel peut être trituré avec du sucre en poudre.
74 l'OUDllES, PILULES, LAVKMKNTS
Quand le médicament a une saveur désagréable, il faut la masquer jiarunco/Tec/i/" sucré; l'odeurestmasquéepar un correctif aromatique. Pour Vndministration des 2:)olio7is, il ne faut pas perdre de vue limportance qu'il y a à préciser quelle quantité doit être prise en un tempsdonné.Sion se contente décrire sur l'ordonnance : « à prendre par cuillerées i tels ou tels intervalles », onsexposeà constater le lendemain que l'enfant n'a pris que la moitié de la potion ; cependant les parents vous répondront qu'ils ont suivi l'indication exactement. Le malentendu provient de la capacité éminemment variable des cuillers. Il faut en outre compter qu'en pratique la cuillen'e n'est jamais pleine; sielle l'était strictement, l'enfant en renverserait une partie. On [>cut faire mesurer devant soi la capacité de la cuiller qui doit servir, cl vrrilier combien la potion contient de cuillerées, ou plutôt spécifier que la potion sera prise en un nombre de fois déterminé à beures fixes. Certaines ofTicines emploient des fioles graduées par douzièmes.
Lespoutire.s constituent un mode d'administration des médicaments trésusité en Allemagne eten Angleterre. S'il s'agitd'un nourrisson, on metlapincée oulepaquetde poudre sur la langue; l'enfant plus grand la vale avec une gorgée de liquide ; mais, si la poudre a un goût vraiment désaf'réable. il la craclie trop souvent. Les pa([uets ne doivent pas être de plus deOgr. 50. On peut mélanger la poudre avec du miel ou du sirop de gomme pour faire un bol ou un électuaire.
Les jiilnl('.'< ne sont acceptées (pie par les enfants déjà grands (G à 7 ans au moins). Les cnr}io(.<; sont encore plus dilliciles à prendre et ne conviennent guère qu'à partir de 10 ans. Il faut spécifier, pour le jtliarmacicn, sur l'ordonnance, qu'il s'agit de cacbets pour enfants. Sinon, une pincée de poudre sera perdue dans un vaste cacbet à larges bords.
Les birements constituent une précieuse ressource dans la tbérajieuli<jue infantile, (^uaiid on en prescrit, il faut s'assurer (jue l'entourage sait les administrer et il faut préciser les détails : se faire montrer linslrument (|ui sera employé, seringue, poire, irrigaleur, réservoir {dus ou moins élevé. Quel qu'il soit, la canule doit être llexible, en <aoulcbouc souple, d'une certainelongueur, c'est-à-dire pénétrant dans le rectum de plusieurs centimètres. L'enfant sera coucbé sur le dos ou dans le décubitus latéral droit, mais non sur le ventre. La canule sera enduite de vaseline boricpiée. L'air aura été cbassé. Le lavement sera injecté avec d(juceur et sous une pression régulière. Cdiez les petits enfants on serrera l'orifice anal autour de la canule pour éviter le relbix.
Suivant ([uil s'agit de lavements évacuants ou ni(''dicanienteux, le volume, la nature du liquide varient. Tout biveinent médica-
SLPPOSITOIIÎES. INHALATIONS. INJECTIONS HYPODERMIOUES / .>
raenteux doit être précédé d un lavement évacuant. Celui-ci .sera suivant l'âge : chez les tout petits enfants, de GO à 90 gr.; — de 2 à 5 ans, 120 à 180 gr. ; — de 5 à 1.0 ans, 200 à 300 gr. ; — de 10 à 16 ans, 400 à <S00 gr. Un lavement médicamenteux varie de 60 à 120 gr. . Le lavement nutritif sera de petit volume également; nous aurons à y revenir à propos de la thérapeutique des maladies du tube digestif.
Le snppositoire peut être utilisé comme évacuant et stimulant de la défécation : on le fait avec du savon ou de la glycérine. Médicamenteux, et destiné à modifier la muqueuse ano-rectale ou à faire absorber une substance dont l'action doit être générale, il sera composé de beurre de cacao comme excipient, et son poids sera de 1 à 3 grammes.
Les modes d introduction des médicaments dans la partie supérieure des voies respiratoire et digestive comprennent seulement, chez les jeunes enfants, les pulvérisations el irrigations, les insufflations de poudre, ]es attouchements. Les gargarisines ne sont applicables que chez les enfants déjà âgés.
Les inJtalations de vapeurs agissant, soit par l'humidité, soit par la chaleur, soit parles médicaments qu'elles véhiculent, sont souvent utiles dans les aiïections des voies respiratoires, ou dans les angines. Les médicaments employés sont des antiseptiques ou des balsamiques aromatiques : acide phénique, soufre, eucalyptus, benjoin.
Les bains, que nous avons cités comme agents de l'hygiène, trouvent aussi leur place comme moyen vraiment thérapeutique. Les bains médicamenteux peuvent être employés pour modifier la peau (mercuriels, sulfureux, alcalins, etc.), ou pour faire absorber par les voies respiratoires des émanations médicamenteuses (action sédative des bains contenant les infusions de labiées, etc.).
Les injections hupodermiques pourraient être utilisées plus souvent qu'on ne le fait dans la tliérapeutique infantile. Les doses à employer doivent être cinq à huit fois moindres que parla voie gastrique. L'activité de la circulation et de l'absorption impose sans doute une prudence particulière dans le maniement des doses. Les injections sous-cutanées les plus usitées chez les enfants sont celles de quinine, d'éther, de caféine, de phosphate de soude, d'huile camphrée et d'huile créosotée.
C'est pour le dosage, la posologie que sont surtout embarrassés les médecins appelés à médicamenter les enfants. Cet embarras est naturel et il est d'autant plus difTicile d'y échapper que c'est l'empirisme seul qui jusqu'ici a régi la fixation des doses à donner aux enfants. Pour donner une formule scientifique de la posologie, il faudrait tenir compte d'éléments multiples dont plusieurs nous échappent.
7(; PnOBLEME l'OSOLOGIQUK
Ainsi rà'T^e, qui a servi de base à rétablissement de tous les barrèmes posologiques, est évidemment une condition d importance relative, étant donnés les écarts considérables de taille et de poids des enfants au même âge. A coup sûr. Je poids doif primer l'âge, et le poids moyen aux dilTérents âges est représenté par un clulTre tout à fait arbitraire.
Pour procéder comme la fait M. Bouchard dans la détermination du coellicient de toxicité des substances antiseptiques, il faudrait déterminer expérimentalement, par voie intra-veineuse, sous-cutanée et gastrique, la toxicité de tout médicament pour un kilogramme de substance vivante; mais on ne connaît ainsi que le pouvoir toxique par rapport à une espèce animale déterminée, le lapin par exemple. Kn thérapeutique, sinon en toxicologie, il n'est guère prudent de conclure du lapina l'homme. L'homme même, adulte et vieillard, n'est pas l'enfant au point de vue de l'absorption et de l'élimination des médicaments, (^e serait donc une chimère d espérer jamais établir d'une manière mathématique les doses qui conviennent à chaque
Nous pouvons du moins nous renseigner sur la liberté des voies d'excrétion et la rapidité de l'absorption, par la connaissance de certaines conditions physiologiques ou signes pathologiques empruntés à divers organes ou appareils, et accessibles à nos moyens d'investigation (urines abondantes ou rares, albumineuses ou non, état de la ])eau sèche ou sudorale, plénitude ou vacuité du tube digestif, langue nette ou couverte d'un enduit, existence de vomissemonts, ou de diarrhée, état fébrile ou apyrexie).
.\ous avons aussi pour nous guider la connaissance, empiriquement accpiise par nos devanciers, de la susceptibilité ou de la tolérance sjtéciales de l'organisme jeune pour tels ou tels médicaments.
(^uoi (pi'ilen soit, l'importance du problèn>c posologicpie a préoccupé longtemps les médecins d'enfants et je dois rapporter les dilTérentes solutions rpi'ils en ont pi-oposées.
(iaubius (de Heidelberg). (pii j)rofessa l.i médecine, de IT.U à 1775, à I<ey<le, où il succéda à Boerhaave. a indiipu' une table (pii fait encore autorité aujourd'hui. Le formulaire de (iaidtitis est inlitidé lAhellus r/e mi'lliodo coHciurinitil i /'o;'/// /(/.is iiicd if;i iiionlorKin. (Leyde, in-H", \i:iU). Il a été traduit en franeais, à Paiis. iii I7V.).
Voiei la l;dth' de (i:nihins,
La dose moyenne d'un médicament donne étant représentée par 1 pour 1 âge adulte, 20 à (>() ans, les doses pimi- les autres Ages sont repri-scnlécs par les fractions suivantes :
BAUUÊMliS POSOLOGIQUES 77
Au-dessous H'un au 1/lG à 1/20
Au-dessus d'un an 1/15 à 1/12
— de 2 ans 1/8
, — de 3 ans ] /G
— de 4 ans 1/4
— de 7 ans 1/3
— de 14 ans 1/2
De 20 à GO ans 1
Cette table a été simplifiée par M. Cottereau ainsi :
Adulte 1
là Sans 1/G
3 à 7 ans 1/3
7 à 13 ans 1/2
14 à 20 ans 2/3
Comme le choix de ces chiffres ne repose sur aucun raisonnement logique, les retenir demande un effort constant de mémoire ; d'où la pensée de formules logiques, telles que le barrême de Young et celui de Fonssagrives.
Young a proposé qne la dose soit une fraction
le numérateur = lâore de l'enfant
dont - — : ■
le dénominateur =i cet âge -|- 12
Dose pour un enfant de 1 an
Quand la fraction est réductible à une plus simple, on fait cette
réduction :
pour un enfant de 3 ans
pour un enfant de 12 ans
La modification proposée par Fonssagrives a été la suivante : le numérateur reste l'âge de l'enfant.
Il- -, . ,,, I + 12 jusqu'à 1 an.
le dénominateur est 1 âge ' ^
/ -f- i3 après 1 an.
Mais Fonssagrives signale l'opium comme faisant exception à celte règle; car 1 goutte de laudanum peut tuer un enfant de 3 kilos, tandis que 25 gouttes ne font que l'effet physiologique à un adulte de 75 kihis.
Dans le traité de Baginsky, dont L. Guiuon et Romme nous ont donné récemment une fidèle traduction, on trouve la table suivante, où les doses sont plus élevées ([ue dans les tables antérieures :
78 UAIUtKMES POSOLOGIQUES
Pendant le premier mois, la close est • 1,15 à 1;12
A un an 1/10
Pendant la 2» et la 3<= année 1/8 à 1/4
De la 4« à la 7<= année 1/4 à 1/2
Après 14 ans Dose de l'adulte.
On le voit, toute l'Ingéniosité des chercheurs de formules posologiques pour l'enfant n'a pu réussir à doter la pédiatrie de régies précises.
\ou.s ne saurions trop répéter qu'il faut, avant de donner la dose indifjuée comme moyenne: se préoccuper de la taille et du poids de lenfant, — des conditions présumables de l'absorption et de l'éliminationehezlui, en se guidant d'après l'inspection des fonctions digestives, urinairesetcutanées, — ens'informant toujours d'ailleurs delà susceptibilité anté'rièure de l'enfant au médicament donné, si ce médicament a déjà été donné et que la famille en ait gardé le souvenir, — en ne dédaignant pas même certains renseignements fournis par les ascendants sur leur susceptibilité personnelle, qui peut être transmise héréditairement.