‹ Traité de thérapeutique infantile médico-chirurgicaleChapitre 54 sur 189 · CŒUR. PALPITATIONS · texte numérisé non relu

CŒUR. PALPITATIONS

sion exagérée et rythme désordonné, c'est par hasard, en prenant le pouls, en inspectant la rég-ion précordiale clifz un enfant dyspnéique ou bronchitique, dont les lèvres et les ongles sont cyanoses.

Dans la seconde enfance, et surtout aux approches de la puberté, au contraire, les enfants, surtout les fillettes, sont sujets aux palpitations et s'en plaignent, — j'ajoute ce dernier terme, car il n'y a de palpitations qu'autant que les désordres de la contractilité cardiaque sont perçus à la fois par le malade et par le médecin.

Or. à cet âge, parmi les causes de palpitations les plus fréquentes, il faut ranger une certaine gène que subit le cœur quand il se développe proportionnellement plus vite que le thorax ; c'est l'état dénommé « hypertrophie cardiaque de croissance », bien qu'en réalité il n'y ait probablement pas d'hypertrophie, mais seulement suractivité fonctionnelle transitoire, car au bout de quelques mois, d'un an ou deux, l'équilibre s'est établi entre le contenant et le contenu.

C'est chez les enfants portant des traces de rachitisme tboracique, à poitrine étroite, à sternum en carène, qu'on rencontre souvent ces palpitations qu'on peut appeler l'iOilpitcitions de croissance. Elles apparaissent à l'occasion des efforts, des jeux quelque peu violents, de la course.

Puis viennent les palpitations de Yanéniie de croissance dans les deux sexes ou delà chlorose commençante chez les petites filles (anémie de puberté). Chez les enfants dont la croissance s'opère rapidement dans des conditions hygiéniques défectueuses, avec une alimentation insuffisante comme (juantité ou comme qualité, avec une aération parcimonieuse, il existe certainement une anémie qu'on peut appeler de croissance ; car c'est le développement trop prompt de l'organisme avec des matériaux de mauvaise qualité, qui engendre de mauvais globules sanguins.

Les troubles dyspeptiques, cause si fréquente de palpitations chez l'adulte, existent plus souvent qu'on ne croit chez l'enfant. Seulement celui-ci ne se plaint pas autant ni aussi clairement que l'adulte, du moins tant que sa dyspepsie n'est pas douloureuse. Il y a plusieurs raisons pour qu'il soit moins incommodé que l'adulte par la dyspepsie flatulente : des vêtements plus amples, moins ajustés, une plus grande activité physique après les repas, et les distractions, qui. en règle générale, ne permettent pas beaucoup aux enfants de s'analyser, détournent leur attention du ballonnement épigastrique et de la distension stomacale. ^lais, si on les examine physiquement, on constate que, chez beaucoup de ceux qui accusent des palpitations et sont obligés de s'arrêter au milieu de leurs jeux à cause des battements de cœur, il existe une tympanile accentuée et que, soit

214 CŒIR. PALPITATIONS

par refoulement mécanique du diaphragme et du cœur, soit par une action réflexe dont le point de départ est l'estomac distendu, le cœur par ses contractions précipitées et tumultueuses trahit le trouble digestif. Une des causes fréquentes de la dyspepsie chez les enfants est. comme chez l'adulte, une diététique maladroite en ce qui concerne la quantité des boissons. Beaucoup d'enfants boivent trop en mangeant^ et beaucoup aussi boivent entre leurs repas.

Chez les enfants qui ont de la dilatation de l'estomac, en même temps que des palpitations, il est fréquent de trouver la névralgie intercostale bilatérale, qui frappe le plus souvent les derniers nerfs intercostaux ; aussi, ces enfants accusent-ils, après les repas, un point de côté double, au niveau des hypochondres ou des derniers espaces intercostaux ; quand la douleur n'existe que d'un côté, c'est généralement à gauche. C'est dans la période digestive que les palpitations de cause gastrique se produisent naturellement, même sans exercice physique.

11 y a encore, particulièrement chez les filles, mais souvent aussi chez les garçons un peu efféminés des grandes villes, des palpitati('ns purement névropathiques ; la neuraslliénie et Vhystcrie ne sont pas rares de nos jours dans l'enfance, et, soit que le désordre de la motilité cardiaque dérive d'une paralysie du pneumogastrique (frein du cœur), ou d'une excitabilité anormale des fdcts du sympathique (éperon du cœur), résultant dune inhibition d'origine cérébrale, chez les enfants névrosés les palpitations sont fréquentes. Chez ces enfants, on constatera un grand luxe descriptif des sensations. On ne relèvera pas chez eux de rapport entre l'alimentation ou l'exercice et l'apparition des battements de cœur. Au contraire, une émotion, une contrariété, une lecture attachante, bref, une influence psychique en sera la cause occasionnelle.

Je laisse de côté la simulation ou Vexagèration propres aux hystériques, petites ou grandes, qui les pousse assez souvent à décrire avec force détails des sensations insignifiantes ou imaginées; il va de soi qu'on n'admet l'existence des pal|)itali(tns (pie si on les a constatées soi-même directement.

Chez les enfants à la puhI'Htk, il ne faut pas négliger la recherche de Vo)innisme comme cause de palpitations; le faciès et 1 humeur des enfants, la surveillance étroite des parents seront des éléments du diagnostic. J'attache une certaine importance, à ce point de vue, A la dilatation oxag(''rée et habituelle des pupilles (quand les enfants no sont pas myopes).

Je signale enfin le rapport admis par les auteurs entre les vers intestinaux et les palpitations dercnfancc ; mais le cas doit être rare.

CŒUH. PAI.l'lTATIONS. COLIQLI-S 215

Aux palpitations de croissance on opposera une hygiène sévère, des exercices physiques ; c'est-à-dire qu'on ne privera pas les enfants d'exercices, mais on ne les laissera pas en prendre sans frein et à leur fantaisie. On leur défendra la course, le saut, mais on conseillera une gymnastique méthodique graduelle, mettant enjeu les muscles des membres supérieurs et du thorax et accessoires delà respiration, dans le but d'obtenir un élargissement progressif de la cavité thoracique ; le solfège et la flûte étaient conseillés, non sans raison, par nos pères.

Le traitement de l'anémie de la croissance et de la chlorose commençante aura pour base les moyens ordinaires : les préparations martiales les mieux tolérées, protochlorure de fer, tartrate ferricopotassique, protoxalate de fer alternant avec les arsenicaux (liqueurs de Fowler ou de Pearson), les phosphates soluljles de soude ou de potasse ou les aliments riches en phosphates ; — l'hydrothérapie d'abord tiède, puis froide, depuis les lotions à éponge ruisselante, Penveloppement matinal dans le drap mouillé, jusqu'aux douches en colonne horizontale à jet simple ou brisé.

Chez les enfants atteints de dyspepsie, on régularisera l'hygiène alimentaire, en ne craignant pas d'entrer dans les plus minutieux détails sur le choix des aliments, la quantité et la nature des boissons ; on interdira le thé et le café ; comme quantité de boisson à chaque repas, un verre de 250 gr. sulTit à un enfant de 10 ans chez lequel on constate de l'atonie gastrique. On ne laissera pas boire dans l'intervalle des repas à moins qu'une sudation inusitée n'ait été provoquée par le jeu, cas dans lequel on pourra permettre par exception un peu de liquide en supplément. On fixera les heures des repas ; on surveillera surtout le goûter et la manière de manger. Les amers, simples ou convulsivants (quassia, noix vomique, teinture de Baume, sulfate de strychnine), les antiseptiques et antiputrides (naphtol, salol, salicylates, eau chloroformée), les poudres dites absorbantes, sont les bases delà thérapeutique médicamenteuse, avec l'acide chlorhydrique et les laxatifs.

Contre lonanisme, l'hygiène morale, la gymnastique et l'hydrothérapie.

COLIQUES INTESTINALES. — Les douleurs abdominales si vives qui sont la conséquence d'un spasme du côlon ou de portions limitées de l'intestin grêle se rencontrent fréquemment chez l'enfant dans des circonstances diverses. Chez beaucoup de nourrissons, la dyspepsie intestinale causée par le lait pris en trop grande quantité, même s'il est de bonne qualité, — à plus forte raison, s'il est

Page 1