‹ Traité de thérapeutique infantile médico-chirurgicaleChapitre 58 sur 189 · CONVULSIONS · texte numérisé non relu

CONVULSIONS

CONVULSIONS (Éclampsie infantile). — Deux cas doivent être envisagés. On est appelé près dun enfant pendant l'attaque de convulsions et l'on arrive assez à temps pour en suivre les diverses piiases; — ou bien on arrive quand les convulsions sont passées, et Ion n"a plus, pour reconstituer le diagnostic, que les commémoralifs plus ou moins précis de la Camille.

Aussitôt arrivé près d'un enfant en proie aux convulsions, vous commencez, avant toute enquête, par prendre l'enfant dans son berceau ou aux bras qui le tiennent, et vous le placez sur un grand lit ; vous le déshabillez vous-même complètement, ce qui vous permet, tout en vous donnant une contenance vis-à-vis des assistants anxieux, de faire plusieurs constatations utiles et d'analyser du regard les phases successives de l'attaque.

Les constatations que vous faites sont relatives d'abord à la manière dont l'enfant élait ernnuiilloté ; vous vous souvenez des cas cités partout d'épingles restées dans les langes ou d'aiguille piquée par mégarde dans le bonnet d'un petit enfant.

Puis vous vous assurez de Yétat de la. peau. Est-elle chaude et sèche comme au début des maladies fébriles ? Est-elle au contraire froide et couverte de sueurs visqueuses comme dans certaines intoxications ? — N'est-elle pas le siège d'éruptions, eczéma étendu, excoriations douloureuses ? JNe présente-t-elle pas la trace d'une brûlure récente, d'un vésicatoire trop grand ou mal pansé?

Tout en examinant ainsi les téguments et la surface du corps, le médecin suit les péripéties si rapides du drame convulsif et note soigneusement certains détails, qui pourront tout à l'heure être utiles à son diagnostic.

Les mouvements cloniques ont-ils été généralisés d'emblée? Ont-ils débuté par un seul membre ou un seul côté du corps? Ont-ils prédominé constamment d'un côté? — La perte de connaissance a-t-elle été immc'diate, ou a-t-il existé une sorte d'aura prémonitoire? — L'accès terminé, la résolution musculaire est-elle complète? N"existe-t-il pas de contracture persistante des mâchoires, de la nuque, des doigts, — ou, au contraire, quelque paralysie d'un membre, un degré quelconque de strabisme, de ptôse palpébrale ou de déviation de la bouche ?

Sans plustarder.il convient d'instituer le traitementde l'attaque. Administrer un lavement additionné de sel, d'huile, de glycérine ou de miel. — Provoquer des vomissements par la titillation de la luette ou un coniitif. Car la plupart du temps, surtout chez les enfants de deux à trois ans, la cause de l'éclampsie réside dans une perturbation des fondions de l'estonuic ou de l'intestin, depuis Y uidigestion simple

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jusqu'à la dyspepsie, la diarrhée séreuse, la lientérie des saisons chaudes, n'importe quelle entérite, aussi bien que la constipation ou la présence des vers intestinaux.

Si l'attaque continue, versez sur un mouchoir quelques gouttes de chloroforme ou d'e^/(C/' et faites-en respirer largement à l'enfant.

Convient-il de donner, en cas d'accès persistants, un bain sinapisé? L'utilité de la révulsion en pareil cas me paraît discutable. Il ma semblé quelle excitait les convulsions plutôt qu'elle no les calmait. Pour les sinapismes en feuilles, notamment, il arrive qu'on les oublie trop longtemps à la même place et qu'ils produisent de véritables vésicatoires.

Le bain tiède simple, ou avec de l'infusion de tleurs de tilleul, est préférable et suffisant.

Dès que l'enfant revient à lui, vous l'essuyez rapidement et avec soin et vous le mettez dans son lit, (piitte à recourir de nouveau et alternativement au chloroforme et au bain si les convulsions réapparaissent.

On ne doit tenir l'attaque pour terminée réellement que lorsciue l'enfant aura, uriné abondamment : la fin de l'état de mal reconnaît habituellement pour phénomène critique une émission copieuse d'urine peu colorée, ayant les caractères de l'urine nerveuse, tandis que, pendant les convulsions plus ou moins enchevêtrées qui se sont succédé, la fonction urinaire était suspendue (J. Simon).

D'autres moyens ont été préconisés contre l'état de mal.

La Compression des carotides, à laquelle Trousseau recommandait d'avoir recours en cas d'échec par les autres procédés, doit être pratiquée de la manière suivante : « Pour éviter l'enfoncement de la peau sous la pression digitale et la compression du larynx qui en résulte, il faut, avant d'appliquer le doigt compresseur, pincer la peau du cou et la porter en dedans du côlé du larynx. Pour éviter la compression do la veine jugulaire (jui augmenterait l'Iiyporiiomio encéphalique, il faut n'employer (pi'une surface limiléo pour la compression, un doigt suffit en général : si lOn veut employer plusieurs doigts pour avoir plus de force, il faut les phu-or 1 un à côté do l'autre le long du trajet de l'artère » (Picot et d'h^spinc)-

Les émissions sajifjuines, saignée, sangsues aux apophyses maslo'îdes, ne trouvent d'indication bien nette (pie dans deux cas, les convulsions uréini(jues avec coma dans linlervalle des accè.s, et les convulsions symptomati(jues do rinllammalion ou de la stase veineuse du cerveau.

Le chlond, conlre-iiidiipiô dans le cas de cyanose, no iloil èlre manié «piavec les plus grande-^ précautions chez los oiifaiits ano-

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miques et affaiblis. On le prescrit par doses fractionnées tous les quarts d'heure ou toutes les demi-heure, en se g iiidant d'après l'âge : Nouveau-nés, 3 à 5 centigr. — nourrissons, 5 à 15 centigr. — de deux à six ans, 20 à 30 centigr. — de dix à douze ans, 40 à 75 centigr. L'odeur chloroformique exhalée par l'haleine indique de suspendre l'administration du médicament. On peut le donner dans du sirop de groseilles ou dans un peu de lait, jusqu'à ce que le sommeil fasse place aux convulsions.

Le bromure de lyotassium ou de sodium (i à 0 gr. suivant l'âge) peut être employé seul ou associé au chloral.

Bromure de potnssium làô gr.

Chloral 0,05 ;"i 1 gv.

Sirop de Heurs d'oranger 20 gr.

Eau de tilleul 100 gr.

Barthez et Sanné ont préconisé le bromure d'ammouuim^ qui aurait plus que les autres bromures les propriétés anticongestives. Ritter et Demme (de Berne) ont conseillé l'atropine, 1 à 2 milligrammes par 24 heures en injections hypodermiques, pour des enfants déjà hors de la première enfance. Pour les nourrissons de six mois, Demme instillait entre les paupières quelques gouttes d'un collyre à 2 cent. 1/2 de sulfate d'atropine pour 5 grammes d'eau. Ritter faisait prendre à la nourrice même 1 à 2 milligrammes d'atropine en 24 heures. Nous pensons qu'il vaut mieux s'abstenir d'un médicament aussi énergique, puisque chloral et bromure suffisent toujours. On peut encore tirer parti des préparations de valériane et de musc.

Si l'enfant ne peutavaler, on administre [un/aue/zie/U ainsi composé:

Ilacine de valériane 5 à 20 gr.

Faire infuser dans :

Eau b(juillante 100 gr.

Ajouter :

Chloral 0,10 à 0.50 centigr.

Musr 0,05 à 0.20 centigr.

" Jaune d"a>uf .''. " u'^ 1.

Tout en exécutant les diverses pratiques énumérées plus haut, le médecin a dû poursuivre une enquête minutieuse sur toutes les circonstances propres à établir un diagnostic détinitif concernant la nature et la cause des convulsions.

Il sait làge de l'enfant, il s'est fait mettre au courant de son passé pathologique. La santé était-elle parfaite en apparence au moment de l'invasion des convulsions, ou bien quelques dérangements soit dans le caractère, soitdans les fonctions digestives avaient-ils été remarqués y

On examine la bouche : Barthez et Sanné citent le cas « d'un

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enfant de moins d'un an. atteint de convulsions depuis plusieurs semaines, et chez lequel on découvrit qu'un cheveu long de 80 centim. était fixé entre les deux incisives, et allait de là pendre dans le pharynx; dès que le cheveu fut enlevé, les convulsions cessèrent comme par enchantement ».

On se préoccupe de la dentition. Quand la congestion des gencives est évidente, et qu'une dent paraît sur le point de perforer la muqueuse, on peut scarifier celle-ci. Malheureusement on ne verra pas toujours les accidents convulsifs s'évanouir aussitôt, comme le disent quelques auteurs.

Les amygdales, le voile du palais et le pharynx devront être examinés : une angine catarrliale ou herpétique sulfisent, chez les enfants nerveux, pour déterminer des convulsions.

On se préoccupe de la forme delà tête au point de vue de Mnjdrocéplialie. On percute et on ausculte la poitrine, on palpe Tahdomen.

Si le thermomètre a dénoncé une température centrale élevéef on penche en faveur de l'invasion d'une maladie aiguë dont les convulsions constituent les prodromes : des mouvements respiratoires accélérés, de la toux, une respiration expiratrice avec expiration gémissante, un affaiblissement du murmure vcsiculaire d'un côté feront songer à la 6ro?îc/io-j)»eu>770)ue; la toux férine, les éternuements, la rougeur pointillée du voile du palais, même en l'absence d'éruption cutanée, sont en faveur de la rougeole, ainsi que la conjonctivite ; l'angine pultacée fait incliner vers la scarlatine, ainsi que l'élévation de la température. 11 faut s'inquiéter de la vaccination au point de vue d'une variole possible. Les convulsions prodromiqiics des maladies infectieuses chez l'enfant ont été comparées au frisson qui ouvre la scène le plus souvent chez l'adulte ; elles sont l'indice soil de la réaction du système nerveux, contre les agents infectieux ou leurs toxines, que le sang amène à son contact, soif de VInjpcrthermie brusque. Quand celle-ci est constatée, on doit recourir à la réfrigération par les lotions froides, Voiwvloiipvincnldans lcd)-ap moaillé, les bains froids ou tièdes, graduellement refroidis.

On peut éliminer rapidement certains cas l'ares dans lesquels la rétention d'urine, \a cystite du col. la présence d'un corps étranger dans l'oreille, la compression |>;ir un hainhigr d'nu Icsticule retenu daiîs l'anneau et pris pour une hernie, uni' iicrnie ombilicale, ou inguinale ont été signalées comme causes de convulsions.

Chez des enl'anls très jeunes ou aj)j)arteiiant à des familles d'hémopliili(|U('s, certaines liémorrhagies d'ordinaire insignitiantes ont pu être suivies de convulsions; ainsi la section mal l'aile du frein de la laii<iiir «»ii 1 avulsion d une dent.

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