PASTEURISATION ET STÉKILISATIOX DU LAIT
de quelque temps les fonctions digestives, même absorbé à petites doses.
Les avis sont partagés sur Veau de chaux envisagée comme antiseptique : Lazarus la juge inactive, Liborius la croyait très antiseptique.
Le refroidissement et la congélation du lait ne le débarrassent pas des microbes. Ces moyens ne sont pour lui qu'une protection temporaire, qui a besoin d'être permanente pour être efficace.
La chaleur a, au contraire, un effet instantané, qu'on peut rendre plus ou moins complet en élevant plus ou moins haut la température. Vébullition simple à l'air libre donne des garanties, mais elle a l'inconvénient de modifier les qualités du lait, de lui faire perdre son goût sucré, et de le rendre indigeste pour certains estomacs.
La question de savoir si le lait est plus digestible cru ou bouilli est toujours en litige. J'incline à croire que c'est une affaire didiosyncrasie, que la chimie et la physiologie expérimentale sont impuissantes à trancher et que l'observation clinique seule permet de décider dans chaque cas particulier d'après l'apparence des garde-robes.
Il existe deux méthodes pour conserver et rendre inoffensif le lait au moyen de la chalenr : \a. pasteurisation et la. stéi-ilisation pvoprement dite.
En se basant sur le principe employé par !M. Pasteur pour conserver les bières et les vins, on pasteurise le lait en le chauffant rapidement jusqu'à 70^ ou 75", puis en le refroidissant brusquement jusqu'à 10° ou 12° centigrades.
Divers appareils ont été inventés par l'industrie laitière, pour olttenir ce résultat : le lait circule dans des cylindres ou serpentins dont les parois sont échauffées par la vapeur d'eau, puis il tombe dans un réservoir refroidi par un courant d'eau ou la glace. L'opération est plus parfaite quand elle a été répétée plusieurs fois. Le lait, recueilli aussitôt dans de grands récipients de fer blanc, nettoyés à l'eau bouillante, fermés, plombés, peut ainsi être expédié au loin, sans s'altérer.
Mallieureusement, préparé en grande masse, il doit, pour être détaillé au consommateur, être transvasé dans de nouveaux récipients, mis au contact de l'air et, par suite, exposé à devenir nocif.
La stérilisation en grand consiste à chauffer jusqu'à 110° ou 120° au moyen de la vapeur d'eau sous pression, de manière à empêcher l'ébullition, le lait, préalablement distribué dans un grand nombre de petites bouteilles, qui demeurent ouvertes pendant la chauffe, mais qu'on referme immédiatement après à laide d'une fermeture automatique fixée au goulot (appareil HignetteetTimpe). Le lait ainsi
THÉUAPELniQUK IMAXTILB. S
34 STÉIULISATEURS SOXHLET ET GENTILE
préparé a une teinte légèrement jaunâtre, mais n'a pas le goût de cuit du lait bouilli.
Ce procédé permet de livrer au consommateur le lait dans de petits récipients, qui, ne contenant que la dose nécessaire pour un biberon, ne sont débouchés qu'au moment de l'usage.
Mais ce qui nous importe, ce sont les procédés qui peuvent être employés dans les familles, ce que Budin et Chavane appellent la stérilisation pratique.
Ou emploie surtout pour la réaliser les appareils de Soxhlet et de Gentile.
].'niipnreil SoxhJot se compose d'un bain-marie fermé, dans lequel plonge un porte-bouteilles ; chacune des bouteilles, qui peut contenir 200 gr., n'est remplie qu'aux deux tier.s ; sur son goulot en entonnoir, soigneusement rodé au bord, on place un disque de caoutchouc, qui est maintenu en place par un petit cylindre en métal armé de trois grilles. La hauteur de l'eau du bain-marie ne doit pas dépasser la moitié inférieure de la bouteille, dont la partie supérieure n'est en contact qu'avec la vapeur. L'ébuUition dure quarante minutes. L'air ayant été chassé de la partie supérieure des bouteilles pendant l'opération, au moment du refroidissement la pression atmosphérique déprime à son centre le disque de caoutchouc, qui se trouve ainsi appliqué fortement sur le goulot, et cette dépression persistante permet de vérifier le bon état de chaque bouteille.
Dans le procédé Egli-Sinclair, le disque obturateur est remplacé par une tétine en caoutchouc, dont on forme la partie supérieure avec une pince au moment de l'ébuUition : colle-ci terminée, l'air et la vapeur s'étant échappés, la pression atmosphérique accole les parois de la tétine. On n'a cprà enlever la pince pour que la bouteille, i)ourvuodesa tétine, soit un biberon tout prêt. Mais les tétines s'altèrent rapidement.
On peut aussi boucher chaque bouteille de 1 appareil Soxhlet avec un tampon de coton str-rilisé ; les gaz s'échaj)pent facilement i)eiidanl le chauiïage; lors dn refroidissement, l'air (pii rentre, étant forcément filtré, ne peut ensemencer le lait (Vinay).
Dans Vnpjinroil CioïiI'iJo^ les bouteilles sont graduées ; elles sont recouvertes d'un obturateur de caoutchouc en forme de clou; la tige quadrangulaire dn clou plonge dans le goulot; sa tète coilTe la bague plane et rodée de la bouteille, sans en dépasser les bords. I/air de la partie supérieure de la bouteille s'échappe pendant l'ébuUition, en souhnant l'obturateur ; mais celui-ci, retombant par son propre poiils au moiiieut du refroidissement, s"apj)lique sur le goulot, puis subit par la piession atmosphérifpu' une dépression en godet, qui [)eriiiet i\r vc'rilier la rt-ussite de lOpiTation.
PnOCÉDÉS DE STÉIULISATION SIMPLIFIÉS 35
Pour arriver à récoiiomie en employant des bouteilles quelconques à goulots non rodés, M. Budin a inauguré de petits capuchons en caoutchouc, possédant à la partie inférieure un épaississement en forme de bague qui doit enserrer le goulot; en un point correspondant à la partie supérieure de la bouteille existe une ouverture latérale, par laquelle s'échappe l'air de la bouteille dilaté pendant Tébullition. Au moment du refroidissement, la partie supérieure du capuchon se déprime, comme dans les autres systèmes de bouchage.
Le lait qui a été rendu inaltérable par ces procédés doit, autant que possible, être maintenu au frais.
Lorsqu'on veut utiliser une des bouteilles pour l'alimentation, il est nécessaire délever à nouveau la température du lait, en faisant chauffer la bouteille au baiu-marie. Si Ion place le récipient dans une eau assez chaude pour que la main puisse la supporter, il suffit d'attendre quelques minutes pour arriver au degré nécessaire, qui est celui de la température du corps humain.
On enlève alors le bouchon de caoutchouc et on adapte au goulot une tétine qui, dans l'intervalle, doit séjourner dans l'eau boriquée.
Dès qu'une bouteille a été entamée, elle ne doit plus servir à l'alimentation de l'enfant.
Si on veut simplifier autant que possible, à la condition de stériliser seulement le lait pour la journée, on peut dire avec Vinay : « Un récipient quelconque qui recevra l'eau, et qui doit être divisé en deux parties pour empêcher les bouteilles de toucher le fond, — de petits flacons d'une contenance de 150 à 200 gr., et fermés par un tampon de coton stérilisé, — un foyer de chaleur et un thermomètre. — voilà qui suffit à la stérilisation du lait dans l'intérieur du ménage. »
M. Duclaux a critiqué, au point de vue scientifique, les divers procédés employés pour conserver le lait et a montré que la plupart d'entre eux n'obtenaient pas l'asepsie rigoureuse. Mais peu nous importe qu'il reste certains microbes inoffensifs ou des spores arrêtées dans leur développement, si la stérilisation relative, obtenue par la pasteurisation ou le chauffage à 100", rend dans la pratique des services suffisants.
Or, tous les médecins d'enfants s'accordent à reconnaître que les laits pasteurisés ou stérilisés, même imparfaitement, ne produisent ni coliques, ni diarrhée verte, ni désordres intestinaux, et que souvent il suffit de soumettre au lait ainsi conservé un enfant atteint de diarrhée pour qu'il guérisse sans médicaments. ^l'Sl. Comby, Debove Legroux en ont témoigné à la Société médicale des hôpitaux ; je puis, moi aussi, en porter témoignage. M Duclaux cherche l'explication de ce fait dans cet autre, relevé par la bactériologie et exprès-
36 IIÈGLES POIK L'Al.LAITKMr.NT AKTIFICIEL
sèment noté par divers observateurs, que, dans les laits pasteurisés, et non complètement aseptisés, il n'y a guère que des bacilles, et que les microcoques et les ferments lactiques sont presque toujours absents. Or, beaucoup de niicrocoques, sans être de vrais ferments lactiques, acidifient le lait en agissant sur son sucre; au contraire, les bacilles du lait sont prescpie exclusivement des ferments de la caséine, et rendent le lait alcalin. La pasteurisation à 70"ou75°adonc pour elTet de donner le pas aux ferments de la caséine sur les ferments du sucre, à ceux qui coagulent le lait à la fayon de la présure sur ceux qui le coagulent à la façon des acides, et. si on songe à la sensibilité de linteslin du nourrisson vis à-vis des li(|uides acides, à l'utilité de leau de chaux pour couper le lait dans certaines coliques, on conclura qu'il y a toujours à redouter la présence des ferments acidifiants dans le lait des bil>erons, et que le chauffage à 70"^ peut rendre des services, alors même qu'il ne tue pas tous les microbes présents dans le lait.
nrijJoneiilntioii dr rnJIniIcmciil -.n-lificloL — On doit interdire l'emploi des l)iberons à tube.
Le iiicillciir hihoroii est le plus simple : une bouteille de 200 grammes, graduée, dans laquelle on met chaque fois seulement la quantité nécessaire de lait — coupé plus ou moins, si on croit devoir le couper,
— ou la bouleille même qui a servi à la stérilisation et pourvue d une tétine ou du galactophore de Budin.
Les quanlili-s do l:\it à donner sont: toutes les deux heures le jour et deux fois à intervalles de (juatre heures pendant la nuit, le premier et le second jour, 5 à 20 gr., — les jours suivants, 40 à 50 gr.;
— delà seconde à la quatrième semaine, 00 gr.; — le second et le troisième mois, SO gr.
A partir du troisième mois, on espace les prises de lait d'abord de 2 11. 1/2, puis de 3 heures et on donne chaque fois : le quatrième et le cinquième mois 100 à 120 gr., — du sixième au douzième 130à 150 gr.
i.Ai.r.Arii.Mi N I MIME, — la mère ne donnant à leter qu'à certaines heures le joui-, et saidant du biberon pendant la nuit, — vaut mieux que l'allaitement artificiel. 11 peut toujours être utilisé à partir du sixième mois |)ar les fenmies (jui ont peu de lait.
AI.IMENTATIitN Dis IMANTS l'nÉ.MATt'Ill.S ou Ki.llll.r.S
Le nouveau-né peut être impuissant à s'alimenter lui-même, soit parce (|u'il est venu au monde prèinaliirèinent, soit parce qu'il e>t atteint de faibles-sc congénitale.
ALLAITEMHXT l'Ait Li; MCZ 37
Dès lors, il n'y pas à hésiter, il faut recourir à l'allaitement par des moyens artificiels.
Mais, d'abord, quel lait convient le mieux à Fenfant né avant terme ou débile?
En première ligne, le lait de femme donné pur, sans aucun coupage.
Si le lait de femme fait défaut, on doit, suivant M. Tarnier, donner la préférence au lait dïmesse, non bouilli, coupé par moitié avec de l'eau distillée, sucrée dans la proportion de 3 gr. de sucre pour 100 gr.
A défaut de lait dânesse, on se rabattra sur un mélange composé d'un quart de lait de vache et de trois quarts d'eau, sucrée dans la proportion que nous venons d'indiquer. On devra employer le lait stérilisé. Budin et Chavane disent avoir donné sans inconvénients aux prématurés le lait stérilisé pur.
Si, quoique trop faible pour teter, l'enfant avale convenablement le liquide qu'on lui verse dans la bouche, on essaie d'abord de lui faire prendre le lait avec une petite cuiller. A l'enfant très petit, 8 gr. (deux cuillerées à café environ) sulfisent pour un repas ; si l'enfant est moins cliétif, on lui donnera 10 à 15 gr. (3 cuillerées à café). On renouvellera cette dose au moins 12 fois en 24 heures.
On peut encore utiliser pour l'allaitement forcé du nouveau-né le procédé de Henriette (de Bruxelles), sur lequel M. Rousseau- St-Philippe, médecin de l'hôpital des Enfants de Bordeaux, a rappelé l'attention : c'est Vallaiteinent par le nez.
En voici la technique : « L'enfant est tenu horizontalement sur les bras, sa tète sur le même plan que ses pieds. Une tierce personne fait sourdre le lait de la nourrice dans une cuiller à café, et le lait est versé alternativement dans l'une et l'autre narine. Les séances doivent être au début fréquemment renouvelées ; toutes les heures le jour, toutes les deux ou trois heures la nuit. Pour commencer, trois à quatre cueillerées à café suffiront (de 15 à 20 gr.) ; plus tard, on augmentera peu à peu, de façon à arriver à faire prendre au nouveau-né de 50 à 60 grammes à la fois. Il va sans dire qu'il est nécessaire de s'assurer que l'enfant avale bien la quantité de lait ingérée. Enfin, si le lait de la nourrice était un peu âgé, si l'on était obligé d'employer le lait de vache, et s'il se produisait quelques troubles dyspeptiques, on pourrait faire prendre, en même temps que chaque cuillerée de lait, une cuillerée à café d'eau sucrée tiède. »
Ce procédé d'allaitement forcé a l'inconvénient d'exiger beaucoup de temps, de patience et quelque adresse. Il faut encore une déglutilion correcte de la part de l'enfant, qui, s'il est d'une extrême débilité, ne déglutit même plus bien.
GAVACE DES NOl' VEAU-NES
La meilleure ressource pour sauver les prématurés est la pratique du gavage, telle que l'a formulée M. le professeur Tarnier.
On se procure unesonde uréthrale en caoutchouc rouge, n' 14 ou 16 de la filière Charrière. On ajuste au bout qui n'est pas arrondi, soit une cupule en verre, vendue chez les fabricants d'instruments de chirurgie et même les herboristes sous le nom de bout de sein artificiel du D' Bailly, soit un petit entonnoir en verre gradué.
Instrument pour le gavage des nouveau-nés.
L'enfant est placé horizontalement sur les genoux de la personne qui doit exécuter le gavage, la tète légèrement soulevée. La sonde, mouillée de lait, tenue entre le pouce et l'index non loin de l'extrémité arrondie, est introduite jusqu'à la base de la langue: l'enfant, par un acte réllexe de déglutition, la fait généralement pénétrer jusqu'à l'entrée de l'o'sophago ; sinon, on l'y conduit, en poussant doucement l'extrémité contre la paroi postérieure du pharynx; on continue à pousser (1 tuT mouvement lent et continu jusqu'à ce (|u"on ait introduit 15 centimètres de la soude en comptant à partir de la bouche, cette longueur ayant été fixée d'avance par un point de repère ; à ce moment, on peut être certain que l'extrémité inférieure est dans l'estomac. Serrez alors la sonde entre les deux doigts, versez dans la cupule ou l'entonnoir les deux ou trois cuillerées de lait, puis cessez de pincer la sonde : le liquide coule aussitôt dans l'estomac; (|uaiHl la cupule est vide, il faut rcliccr la sonde par un mouvement assez rapide pour empêcher <|iii' le l.iji m^ ressorte de l'estomac en même temps c|u elle. Replacez ensuite tout doucement l'enfant dans son berceau bien chand on dans sa couveuse.
Après chaque gavage, laver miniiliensement l'entonnoir et la sonde, en y faisant passer un courant d Can. et les maintenir dans Tinter-
GAVAr.F.. PKSAGH 39
valle des séances dans une solution d'acide borique à 40 gr. pour 1000.
La quantité la plus faible de lait qu'il faille faire ingérer aux enfants les plus petits et les plus débiles, est de 8 gr. toutes les heures.
Pour augmenter la quantité de lait donnée en 24 heures, mieux vaut multiplier les gavages et ne faire ingérer quune petite quantité chaque fois. Cest à cette condition que le lait ne sera pas vomi et que la couleur jaune louable, la cohésion des garde-robes bien liées attesteront la bonne digestion.
En général, malgré le gavage, l'enfant perd de son poids pendant quelques jours ; mais, après quelques oscillations, le poids commence à s'accroître régulièrement, et cet accroissement continu prouve la réussite de l'alimentation forcée.
M. Tarnier met en garde contre les gavages trop copieux, qui peuvent être nuisibles tout en faisant augmenter rapidement l'enfant de poids et surtout de volume, par suite d'une sorte d'œdème, résultat d'une hyperniitrition.
Si on continuait à augmenter la ration alimentaire, on verrait survenir les indigestions, puis la gastro-entérite mortelle. Si on modère au contraire l'alimentation, cet œdème disparaît et le développement plus lent, mais régulier, de l'enfant continue sa marche ascensionnelle.
Quand l'enfant est devenu plus fort, on le met au sein en faisant alterner le gavage et la tetée (gavage mixte) ; puis, jusqu'à ce que la nutrition soit irréprochable, on continue encore le gavage trois ou quatre fois par jour dans l'intervalle des tétées (gavage de renfort); quand on le supprime enfin, on se tient toujours prêt à y recourir, si l'on voyait apparaître les moindres troubles digestifs.
Le gavage, exécuté suivant les règles formulées par M. Tarnier, donne des résultats excellents et de véritables résurrections.
Pesage des enfants.
Tous les médecins sont d'accord sur la nécessité de peser les enfants. au moins pendant les deux premières années de la vie ; c'est le moyen le plus exact que nous ayons de nous renseigner sur la régularité de leur développement : tout état maladif de l'enfant produit un arrêt dans l'accroissement du poids ou une diminution ; rinsutTisance de son alimentation a naturellement aussi ce résultat.
Dans les familles on pèse généralement les enfants avec une bnhiuco ordinaire à plateaux, avec le pe.'<on do H. Blot, ou avec le pèse-bébés de Boncintt.
On doit à ^L Sutils (de la Cliapelle-la-Reine), qui avait surtout en vue l'application des pesages à l'inspection des nourrissons, un ins-
PESAGE DES NOUnniSSOXS
Irument plus léger et plus solide à la fois, que le médecin inspecteur peut emporter dans ses tournées.