‹ Traité de thérapeutique infantile médico-chirurgicaleChapitre 6 sur 189 · QUI PASSHNÏ DANS LE LAIT · texte numérisé non relu

QUI PASSHNÏ DANS LE LAIT

Parmi les médicaments de la série iodique, Viode, donné sous forme de teinture, a été retrouvé dans le lait; Righini dit avoir traité avec succès des enfants rachitiques en faisant prendre de liode à leurs nourrices. L'iodoforme passe dans le lait et se retrouve dans l'urine de l'enfant.

Viodiire de potassium s'élimine assez lentement par le lait, puisqu'on l'y trouve encore 24 heures après l'administration. Une dose quotidienne de 0 gr. 15 prise par la nourrice ne peut, suivant Feliling, produire aucun effet sur l'enfant. Quand liodure de potassium est donné à dose plus élevée, on le trouve rapidement dans l'urine de l'enfant et dans ses matières fécales. Dans un cas de Lazanski, une nourrice syphilitique prend 0 gr.50 d'iodure de potassium ; la réaction iodique apparaît le jour même dans l'urine de cette femme et le lendemain dans celle de l'enfant. Aussi n'est-il pas surprenant que Koplick ait constaté une éruption ioditiuo chez un nourrisson dont la mère ne prenait cependant que de iaibles doses d'iodure de potassium.

Le mercure n'a pas été trouvé dans le lait par Péligot. Chevallier et Henry ; mais il l'a été par Lewald, Personne et Réveil. Orlila a observé de la stomatite mercurielle chez des personnes ayant bu le lait d'une vache soumise à des frictions mercurielles et atteinte elle-même de ptyalisme ; mais 0. Kahler, chez trois femmes soumises aux onctions mercurielles, n'a pu déceler le mercure dans le lait par la méthode électrolytique de Schneider. Pourtant l'expérience clinique semble plutôt favorable aux expérimentateurs qui ont trouvé des résultats positifs. Jacobi, Tudakowski, Klink et d'autres ont obtenu la guérison d'accidents syphilitiques chez des nourrissons en faisant prendre le mercure à la nourrice. Il est vrai que, d'après Fehling, ce n'est qu'après un long usage du mercure par la nourrice que l'enfant commence à en sentir l'influence. La prudence veut donc qu'on ne se contente pas de cette mercurialisation indirecte: mieux vaut toujours donner le mercure et de l'iodure de potassium directement à l'enfant syphilitique. Quand la nourrice ou la mère présente aussi des accidents spécifiques, on la soumet naturellement au traitement.

Le fer passerait dans le lait en se fixant sur la caséine; son administration augmenterait la quantité du lait. J'ai vu souvent les enfants débiles se fortifier dès que la nourrice anémique avait pris de l'iodure de fer pendant quelque temps, mais cela ne prouve nullement que le fer ait eu une intluence directe sur l'enfant 11 est plus naturel de penser que, la nourrice se portant mieux, son lait redevient abondant ou plus nutritif.

Il eslencorebon desavoirque, parmi les médicaments purgatifs,

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Vantimoine, le sulfate de soude et le sulfate de magnésie passent dans le lait.

On a retrouvé dans le lait le jDhmb, Varsenic, Vacide jjJiénique, le bicarl>onate de potasse, et le cJilorure de sodium.

Les sels des acides végétaux livrent de lacide carbonique au lait.

D'après Fehling, les acides minéraux ou végétaux, comme l'acide nitrique, lacide clilorhydrique et 1 acide acétique, peuvent être administrés aux nourrices sans inconvénient pour 1 enfant ; le lait demeure alcalin. Si la salade doit élre souvent bannie de l'alimentation de la nourrice, c'est parce qu'elle trouble la digestion de celle-ci, en tant que légume cru dont la cellulose résiste à l'action des sucs digestifs et n'est dissociée que par les microbes du tube digestif ou les ferments que ces microbes sécrètent; mais il n'y a pas ù craindre linlluence directe du vinaigre sur l'enfant. On peut utiliser, pour favoriser la digestion d'une nourrice dyspeptique par hypoclilorliydrie, la limonade clilorbydrique à 4 grammes pour 1,000 à la dose dun tiers de verre pendant ou après le repas.

Influence de la gestation, do la menstruation, des émotions, de la fatigue et des maladies sur le lait. — En général, toute femme qui devient enceinte doit cesser de nourrir. D'ailleurs l'allaitement ne lui serait guère possible, par suite de la diminution rapide de son lait. Mais il existe des exceptions: on a vu des femmes conduire à bien une grossesse et un allaitement sinniltanément, comme les femelles des animaux (vache, jument, ànesse, chèvre) qui, étant pleines, continuent à fournir un lait assez abondant pendant la plus grande partie de leur gestation.

A chaque instant le médecin est consulté sur l'opportunité de lii suspension de l'allaitement par une mère, dont les règles sont revenues, ou du changement de la nourrice mercenaire dans les mêmes conditions. C'est une question délicate qui. comme beaucoup de problèmes soulevés par l'allaitement, ne comporte pas seulement des éléments d'appréciation médicale, mais se compliipu' d'intérêts pécuniaires et de convenances de famille. Voyons d'abord ce que nous enseigne la physiologie sur les niodilications <|ue subit le lait du fait de la nienstriiation. « Quand la menstruation se rétablit j)end;iiit rallaifenienf , il arrive <iuel(|uefois i\nc la sécrétion lact<''e cesse au l»out de peu de tenqis; le plus .souvent elle persiste et subit seulementune légèrediminution de quantité à chaque époque, Kn même temps, la proportior» des maft-riaux solides s'accroît dans une mesure noluble. 1, 'augmentation pctrle sur la caséine, le

NOURRICES MEXSTRL'KES

beurre et les sels ; le sucre diminue. Ces modifications sont surtout sensibles pendant que la femme a ses règles, mais elles se retrouvent à un degré moindre, pendant la période intercalaire » (Tarnier).

Souvent, pendant la menstruation, l'enfant digère moins bien, crie davantage, devient plus pâle, plus mou et cesse de s'accroître. Budin et Segond ont même fait la remarque suivante : « Le tracé graphique des pesées pratiquées chaque jour avec soin leur ayant indiqué, chez quelques enfants, un arrêt de croissance ou une diminution de poids qui se répétait chaque mois à la même date, ils firent surveiller de près les nourrices et purent, malgré leurs dénégations, acquérir la certitude qu'elles avaient leurs règles au moment où le tracé graphique suivait une ligne horizontale ou descendante. »

Dans la pratique, voici en général comment les choses se passent; si c'est la mère qui nourrit, elle se déclare prête à cesser l'allaitement plutôt que de nuire à la santé de son enfant et, si la famille a le moyen de prendre une nourrice mercenaire, l'enfant n'a pas à souffrir. Mais, s'il s'agit défaire passer l'enfant du sein au biberon ou à une alimentation mixte trop prématurée, par impossibilité de subir les charges d'une nourrice, et si l'enfant est assez jeune (6 mois) ou assez débile pour qu'il y ait lieu de craindre pour lui l'allaitement artificiel ou l'alimentation précoce, on fera prudemment d'engager la mère à ne pas se hâter de cesser l'allaitement; car, dût lenfant souffrir pendant deux ou trois jours chaque mois un petit trouble digestif et un ralentissement dans son accroissement, il y aura encore sans doute bénéfice pour lui à échapper aux dangers bien plus graves de l'allaitement artificiel ou de l'alimentation solide précoce. On temporisera donc, on fera continuer lallaitementjusqu'à la période menstruelle suivante, on redoublera d'attention à ce moment dans l'hygiène de lenfant, on portera aussitôt remède au léger trouble digestif qui peut survenir et, si tout se borne à deux ou trois garde-robes moins bien digérées, à un état stationnaire du poids entre deux pesées, onlaissera continuer l'allaitement, à la condition bien entendu qu'après ces deux ou trois jours de malaise peu accentué. la santé et le développement de l'enfant ne laissent plus à désirer.

La question se pose un peu différemment quand il s'agit d'une nourrice mercenaire. Quand celle-ci voit ses règles reparaître, elle s'empresse naturellement de cacher cet événement qui la fera renvoyer, elle le sait. Mais bientôt la vérité est connue et on nous demande s'il n'y a pas lieu de changer de nourrice.

Si la nourrice était parmi les ordinaires ou les médiocres, tant par ses qualités laitières que par ses qualités morales, il n'y a pas lieu d'hésiter à la remplacer ; de médiocre, elle est devenue mauvaise.

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ot on est toujours sûr d'en trouver une meilleure. Mais, si elle était très bonne, je crois (|ue la décision à prendre mérite réflexion et je trouve applicables à la nourrice mercenaire le raisonnement et la conduite que j'ai exposés plus haut à propos de la mère. Il sera toujours temps de faire le chang-ement après l'époque menstruelle suivante, si l'enfant parait décidément souffrir de cet état de choses. Le critérium en pareil cas se tire de l'examen des garde-robes et du graphique des pesées.

loutre les influences physiologiques que nous venons de passer en reviie et les influences vraiment j)athologi(|ues, se placent celles que peuvent exercer, sur la composition du lait et sa sécrétion, des états intermt'diaires. qui sont presque physiologiques et sans inconvénient quand ils sont peu accentués, mais deviennent nuisibles quand ils sont très intenses. Ainsi l'exercice quotidien, régulier et modéré, en plein air, favorise la lactation et rend le lait plus abondant parce qu'il stimule l'appétit et active la digestion. La fatigue, le surmenage ont une influence fâcheuse sur la sécrétion du lait. Une nourrice paresseuse <|ui passerait dix heures au lit consécutivement serait dans de mauvaises conditions pour avoir de l'appétit et bien digérer; une autre qui est privée de sommeil par une douleur physique (névralgie dentaire), par des soucis ou [)ar la nécessité de se lever souvent la nuit pour s'occuper de son nourrisson, ne tarde pas à voir son lait diminuer parce qu'elle cesse aussi de se bien porter.

Les thnolinns. particulièrement celles qui sont dépressives et brusques, peuvent altérer, diminuer, et même tarir la sécrétion lactée.

f>es troubles nerveux d'une grande intensité, excitation génitale prolorigé-e, violente faveur, aftacpies hysléro-i'pih^ptiques, peuvent l'i'ndre le lait nuisible à l'enfant et provoquer chez lui 1 agitation, des convulsiruis.

\."nifliicncc (h'S maladies proprement dites sur le lait est inconlostable.

Dans If.'s maladies aigur-s, cpii sont caractérisées |)ar une lièvr»' très <'levée ou durable, le lait se tarit ou bien sa composition change bi'aucoiq); l'eau et le sucre diminuent, le caséum. le beurre et les sels augmentent dans la plupart des cas. Pourtant, dans la fièvre typhoïde, <»n aurait trouvé l'eau très abondante comme les sels, tandis (pi il y aurait diminution de tous les autres éléments, du beurre priiuijialenifiil Dans les abcès du sein on n'a pas constaté de profondes mndificalions dans la composition chimique de la sécrétion mammaire, mais il sullit qu'on y ait trouvé di's globules de pus pour condamner rallaitenienl continué dans ces conditions avec le sein malade. Ainsi, Imites les pyrexies de (piebpie dur/'c, toutes les maladies A hyp(M--

I\FI,UEXCK DES MALADIES Slli I.K l.AIT 2/

thermie, et particulièrement les maladies infectieuses, doivent faire cesser l'allaitement, quand môme le lait ne se tarirait pas de luimême. L'érysipèle, les fièvres éruptives, la pneumonie, les hronchites graves avec fièvre, la pleurésie, le rhumatisme articulaire aii^ii. la dothiénentérie, etc., sont dans ce cas. Cependant, parmi les maladies susceplihles de débuter par de la fièvre, il en est quelques-unes, certaines amygdalites peu intenses et poussées d'herpès, (jui permettent de continuer l'allaitement.

Si j'ai fait celte réserve à propos de Fherpcs la])ialip, guttural ou vulvaire, destiné à être aussi bénin que passager, je n'en dirai pas autant du zona, fùt-il apyrétique. Il s'agit là d'une variété d'herpès de durée longue, douloureuse au point de priver de sommeil pendant plusieurs nuits et de troubler généralement la nutrition pendant un assez long temps.

Après les maladies aiguës et avant les chroniques je placerai quelques états morbides d'une certaine durée, tels que certains embarras gastriques, ou diarrhées catarrhales par erreur de régime ou refroidissement, l'ictère catarrhal, la colique hépatique, etc. Si l'embarras gastrique est peu accentué, on peut le faire cesser par quelques jours d'antisepsie intestinale (naphtol, salicylate de bismuth, acide chlorhydrique) sans recourir aux purgatifs. Dans l'ictère, le lait devient généralement amer et parfois jaune, le nourrisson s'en ressent fâcheusement.

Parmi les maladies chroniques, la plupart contre-indiquent l'allaitement soit à cause de leur nature infectieuse, soit parce qu'une malade est toujours une mauvaise nourrice. Il n'est plus personne aujourd'hui qui songe à laisser continuer l'allaitement par une femme tuberculeuse, ni par une syphilitique, quand l'enfant n'est pas le sien. Pour la tuberculose, nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit à propos du choix de la nourrice. Pour la syphilis, il n'est pas admis en général que l'agent virulent passe directement dans le lait. Woss aurait cependant, paraît-il, déterminé la syphilis chez une femme saine en lui injectant sous la peau du lait fourni par une syphilitique. !Mais je crois que la vérité est plutôt dans ce qu'écrivait sagement Morel-Lavallée : « Le lait d'une nourrice syphilitique n'est pas contagieux, mais l'allaitement d'im enfant sain doit lui être interdit, attendu qu'il peut se mêler au lait du sang ou du pus provenant d'excoriations spécifiques ou même vulgaires du mamelon. A ce point de vue il en est de la syphilis comme de la tuberculose. » C est donc à litre de simple curiosité et non d'exemple à suivre, qu'on peut citer le fait suivant, rapporti' par M.Tarnier : « Une nourrice, infectée par un enfant étranger qui tétait une seule de ses ma-

2S NOMBllE, HKLRES, DUREE DES TETEES

molles, et portant sur cet organe un chancre auquel avaient succédé divers accidents généraux, put néanmoins continuer à donner 1 autre mamelle à son propre enfant sans lui communiquer la maladie qui évoluait en elle. »

Les maladies chroniques non infectieuses qui affectent assez profondément la nutrition, indirectement par les troubles digestifs (dyspepsie, gastrites, dilatation trop invétérée de l'estomac), ou directement par la douleur ou le défaut d'exercice (affections utérines, névralgies, neurasthénie grave, etc.) contre-indiquent évidemment lallaitement.

Rryles qui doitent présitler ù rallaitenicnt naturel.

L'enfant nouveau-né doit téter neuf fois par 24 heures, mais toutes les deux heures penJant le jour, c'est-à-dire de G heures du matin à <S heures du soir, et deux fois pendant la nuit, à minuit et à 4 heures du matin. On doit obtenir cette régularité dès la troisième semaine do la vie, chez un enfant dans les conditions normales.

M. Comby fait judicieusement remarquer que dans les villes, où les mères sont obligées de travailler le jour, si elles veulent cependant continuer à allaiter, elles pourraient renverser la proportion des telées de jour et de nuit, l'enfant tétant cinq ou six fois la nuit et une ou deux fois le jour aux heures où la nu're rentre à la maison pour ses repas. Pendant le jour « on chercherait à tromper l'attente du n(jurrisson en le berçant, en le plaçant dans une pièce obscure pour l'engager au sommeil ». Lallaitement naturel ainsi conduit vaudrait mieux (pie l'allaitement mixte, par le biberon, fait pendant le jour à la crèche.

Le bout du sein doit être lavé, avant et après chaque tetée, avec un peu de coton hydrophile et de l'eau boriquée.

Si l'enfant, très avide, se jette vivement sur le sein et si le lait monte vite, on écartera l'enfant du sein toutes les trois ou ipialre minutes, pendant une minute.

L enfant tétera de (5 à 1") minutes, avec deux ou trois interruptions d'une minute.

( )n lui fera de i>référence sa toilette avant de lui donner à teter, alin de pouvoir le placer aussitôt après dans son berceau, dans le d»'mij((iir et le silence. Il ne faut pas se laisser aller ;\ le bercer, ou à le prendre dans les bras s'il ne s'endort i)as tout de suite et crie. C^)uand on s'est assuré (pn; ses cris ne sont pas légitimés par la pi(|ùre d'une épingle, le n-fntidissement des pi(?ds on la gène d'un lange mal altaclu'. il est indisprn.sable de résister à un caprice de renfant.

LAITS DE CHÈVRE ET u'anESSE 29

qui dégénère très aisément en une tyrannie insupportable pour la mère ou la nourrice, vouées dès lors à l'insomnie pour plusieurs mois.

§ 2. — Allaitement artificiel.

Cakactères des laits axlmaux. — Comparés au lait de femme, le lait de la vache, de la chèvre et de 1 anesse présentent des avantages et des inconvénients.

Le plus riche en caséine, le lait de clii'fre est difTicile à digérer pour les nouveau-nés et ne pourrait convenir qu'à des enfants âgés de plusieurs mois. Chavane, dans des e.xpériences in vitro, a constaté que le lait de chèvre donne un caillot compact, se prenant en masse. Le chevreau a une salive très abondante qui joue un rôle important dans sa digestion; au contraire, chez l'enfant nouveau-né et pendant les premières semaines de la vie, le rôle des glandes salivaires est presque nul. En outre, la chèvre n'a de lait que pendant quatre mois de Tannée.

L'avantage de la chèvre est d'être un animal peu coûteux et facile à nourrir, exigeant peu de soins et se laissant teter directement par l'enfant sans difhculté. A la campagne on en peut donc tirer parti. A la ville et à Paris on ne peut guère s'en servir. Aux Enfants Assistés. Parrot l'avait employée concurremment à l'ànesse et M. Fournier la recommande pour les enfants syphilitiques.

Le hiit d'.îr/P.sse a beaucoup d'analogies avec le lait de femme; léger, facile à digérer, il convient tout particulièrement, à l'inverse du précédent, aux nouveau-nés et aux prématurés, mais il s'altère très vite et se décompose par l'ébullition.

Il faut traire l'ànesse plusieurs fois par jour au moment où l'enfant doit consommer le lait, et l'amener au domicile. Comme chaque ànesse ne fournit qu'un litre à 1 litre et 1/2 par jour, le lait d'ànesse coûte 7 francs le litre. Chavane signale l'addition d'alcalins faite par les marchands au lait d'ànesse pour Fempècher de s'altérer, fraude qui peut nuire à la digestion des enfants. Aux Enfants-Assistés, on a obtenu de beaux succès en faisant teter directement l'ànesse, dont les pis sont tenus très propres et traits avec des mains propres ; le lait est recueilli dans des vases en verre bien nettoyés et consommé aussitôt.

Le lait do vacJio, d'une densité égale à celui de la femme, contient moins d'eau (8G5 au lieu de 877 pour 1000), plus de caséine (30 au lieu de 19), un peu moins de beurre (40 au lieu de 45), plus de sels (4 au lieu de 1,80), un peu moins de sucre (55 au lieu 58).

Le lait consommé dans les villes (750 à 800.000 litres par jour à Paris)

30 LAIT DE VACHlî, COlPAtii:

est généralement amené de loin par des collectionneurs qui le recueillent chez les éleveurs ; transvasé plusieurs fois, et dans des récipients dune propieté souvent douteuse, il se charge de microbes qui en hâtent la coagulation ; les marchands l'additionnent de bicarbonate de soude sous le nom de conservateur.

Les personnes qui habitent auprès d'une vacherie ont plus de garanties. Beaucoup croient bien l'aire en demandant toujours le lait de la même vache ; il semble qu'en agissant ainsi on expose plus 1 enfant à des troubles digestifs, parce que la composition du lait varie chez un même animal au commencement et à la fin de la traite, suivant son alimentation et son état de santé du jour, tandis que la composition du lait est à peu près constante (M. Gautrelet la montré) s'il est formé par le mélange du lait de plusieurs animaux.

Le lait frais trait n'est pas toujours bien digéré parles nouveau-nés, qui éprouvent quelques coli({ues, des vomissements, une diarrhée jaune très liquide tenant en suspension des grumeaux de caséine et perdent du poids.

La plupart des médecins conseillent de couper le lait de vache pour le ramener à peu près à la composition du lait de femme : 2 cuillerées à Itouche d'eau pour 20 cuillerées de lait sullisent pour égaliser la proportion d'eau. Mais, pour diminuer la proportion de caséine et de crème, on ajoute i/3, i/2 et même 3/4 d'eau (Biedert).

Le coupnge ne doit jamais être pratiqué avec l'eau de mauve, d'orge ou de gruau ; car ces infusions, toujours faites à l'avance, sont des bouillons de culture qui introduisent des germes de fermentatiiui dans le lait.

Le coupage, suivant i)lusieurs auteurs, serait illusoire et nuisible : en ajoutant de l'eau on ne change ni les propriétés chimiques de la caséine, ni les proportions relatives de tous les composants (Galanine) ; d'autre part, diminuant beaucoup la valeur nutritive du lait, le coupage oblige à faire absoi-ber au nouveau-né une quantité de licjuide beaucoup plus grande, ce qui mène à la surdistension de l'estomac (Budin et Chavane).

Ses avantages sont de rendre le caillot plus léger, plus friable, plus lapidenient attaqué par les sucs digestifs. On s'est elVorcé de modiliei- l'état moléculaire du caillot de caséine en émulsionnant le lait de vache avec du jus de viande nu du jaune d'ieuf très fi-ais; le meilleur résultat aurait été obti-nu expérin>enlaleinenl par i'^uko en additionnant le lait de 1/2 0/0 de peptonc sèche. Ce sont lu des manipulations (ju il faut laisser au laboratoire. Cependant, dans certaines dyspepsies infantiles, le lait eoupt'- d(! bouillon dégraissé est mieux digéré qiif I'- \.\\\ |iiir ou coiqn' dciiu ( llerzen).

MALADIES IXFECTIEUSKS TliAXSMISES PAIi LE LAIT 31

MicuonEs DU LAIT. — Le lait de vache cru, tel qu'il est vendu couramment contient toujours beaucoup de microbes : de 2,500 à 250,000 par millimètre cube dans des échantillons pris au hasard par Bilter. La plupart de ces germes y sont venus par latmosphùre et par le contact avec les vases qui l'ont contenu ; mais, parmi ces microorganismes, le plus grand nombre ne peut nuire qu'en modifiant chimiquement la qualité du lait par les actes fermentatifs qu'ils y provoquent; — quelques espèces seulement sont pathogènes. Les microbes non pathogènes qui ont été décelés sont le bncilliis acicli lactlci ou agent de la fermentation lactique, le bciciUns mesontencus vulga^tus, toutes les variétés du genre inrothrlx, notamment le T. tennis, le clostridiuni butyricant, le bacillus butij}-icas, le saccharoniyces lactis, et les microbes chromogènes qui communiquent parfois au lait une coloration anormale, bleue, jaune ou rouge, bacillus cijanogenus , vibrio sijncijanus et le bacteriura lactis erythrogenes.

Le lait de femme même, d'ailleurs, n'est pas exempt de microbes. Sans parler des cas pathologiques (fièvre puerpérale, dans laquelle on peut rencontrer des streptocoques), il résulte des recherches de Cohn et Neumann, de Palleske, de Honigmann et surtout de Ringel, que, dans le lait de femmes bien portantes, il existe très souvent et même prescpie toujours des staphylocoques blancs, qui proviennent de l'extérieur, mais sont dénués de propriétés virulentes.

Les inicrobes pathogènes sont ceux de la tuberculose, de la diphtérie, des diarrhées infantiles, de la scarlatirie, delà fièvre ap)hteuse et de la fièvre typhoïde. Les expériences de Heim et de Hesse ont, il est vrai, montré que les nombreuses espèces microbiennes qui vivent côte à côte dans un lait pollué, se gênent réciproquement dans leur développement par la concurrence vitale ; néanmoins, leurs expériences ayant prouvé que le microbe du choléra vit six jours, celui de la fièvre typhoïde 35 jours dans du lait cru ordinaire, et celui de la tuberculose plusieurs jours aussi, en gardant sa virulence, dans un lait riche en espèces microbiennes (Galtier et Bang), il demeure acquis que l'on ne doit pas compter sur cette concurrence vitale des microbes pour préserver la santé des consommateurs.

Pour la tuberculose, suivant Ritter, son bacille existe 5 fois sur 100 dans le lait des villes. IL Martin a obtenu trois résultats positifs sur 9 inoculations intra-péritonéales aux cobayes et lapins avec des laits achetés au hasard sous les portes cochères de Paris. On n'est pas encore très exactement renseigné sur la fréquence de la tulierculose chez les bovidés; l'écart varie, suivant Duclaux, entre 1 et 10 0;0, chez les animaux abattus dans plusieurs grandes villes d'Allemagne ; la

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proportion paraît moindre en France. Cependant, comment ne pas s'inquiéter quand on se rappelle que M. Nocart a cité le cas d'une vache qui avait été primée dans tous les concours, et qui. ayant mis bas un veau tuberculeux, fut abattue et trouvée tuberculeuse? Les faits clini(iues de luberculisation avérée d'enfants par le lait sont à vrai dire peu nombreux, mais il en est d'incontestables et ils suirisent à légitimer la croisade entreprise depuis quelques années par les médecins en faveur du lait stérilisé.

Le lait transmet encore la fièvre apJiteuse ou cocotte. Il y a une mortalité de 50 0/0 chez les veaux nourris avec le lait des vaches atteintes de la fièvre aphteuse. Les enfants qui le consonmient non bouilli ont de la fièvre, de linsomnie, des vomissements, des coliques des rougeurs et des aphtes sur la muqueuse de la bouche et du nez. Demme a trouvé à l'autopsie d'un enfant mort d'une fièvre aphteuse l'hypertrophie de la rate, une dégénérescence du foie et des reins, l'inflammation des follicules de l'intestin. J'ai vu plusieurs enfants très malades de la stomatite aphteuse à la consultation de l'hôpital des Enfants-Malades; j'ai soigné simultanément la mère et deux enfants dans la même famille, et l'un des enfants a eu une infection secondaire qui s'est greffée sur la fièvre aphteuse, sous forme d'adénite suppuréo sous-maxillaire. Les érosions aphteuses avaient servi de portes d'entrée à des microbes pyogènes. J'ai observé un cas de broncho-pneumonie survenue au cours d'une stomatite aphteuse. Ce n'est donc pas là une affection à dédaigner.

Outre les germes que peut contenir le lait sortant de 'organisme do la vache, il faut compter avec les microbes que le lait ramasse en route par ses passages successifs dans des vases d'une propreté toujours douteuse et, (juand le lait est coupé, il y a une part à faire à la contamination par les germes contenus dans 1 eau ; ainsi le Imclt'riiDii coli cotiimnup, agent d'infections diverses quand il ac(|uiert dans cerlaitis milieux une virulence spéciale, et le biicillo iVFJk'iIIi.

CoNsiiiNAiMiN i:r SI i;nii isAi i(i\ or iah. — Lazarus a étudié au ])oint de vue bactériiilogigue les divers anH^('j)li(jiics usiti'S par les producteurs de lait et les commerçants pour assurer la conservation du lait, addition de carbonate ou de bicarbonate de soude, d'acide salicyli(|ue, d'acide borique, de borax.

Les nlailins ne gênent pas sensiblement le développement et la vie des microbes.

Ij'ncitlf !>;il'tcijJiqiii- est un agent puissant de conservation, mais il a î'ir proscrit avec raison parce <pi il est dangereux.

L'acide borique csi moins toxique ; il troublerait pourtant au bout

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