CHAPITRE III
IIYDROTAÉRAPIE OU INDICATIONS P7Î TRAITEMENT UYDRIATRIQUE.
1769. L'eau joue un rôle considérable dans le traitement des malades; les procédés pliysiquos au moyen desquels on l'emploie, la durée de son application, sa température et sa minéralisation lui permettent de répondre à presque toutes les indications thérapeutiques. Aussi l'hydrolliérapie estelle devenue peu à. peu une méthode thérapeutique des plus employées.
Appliquée, dès l'origine delà médecine, au traitement des malades, à l'intérieur et à l'extérieur, en boissons, en lavages, en bains, etc., l'eau y a de tout temps rendu les plus grands services. Après les essais de Jackson et de Pomme, après les études de Currie,son usage empirique aété spécialement cultivé par Priessnitz/ — Récamier, Gendrin, Gianini, Trousseau, îlobinson, ont appliqué cette méthode, que Schedel et Scoutetlen ont heureusement résumée, et dont Fleury s'est efforcé de donner la formule scientifique et rationnelle. — Citons encore, parmi nos contemporains, les études du professeur Gubler, les travaux de Brandt, de Vidart, et le traité de ]3eni- barde.
1770. La méthode qui se propose d'agir spécialement à l'aide de l'eau froide, est l'hydrothérapie proprement dite. Les procédés d'application qu'elle comporte sont: les bains généraux ou partiels, les douches, les allusions, les lotions, et les frictions humides; il faut y joindre la ceinture et les compresses mouillées. Les moyens adjuvants et qui importent le plus à la cure, sont : le régime alimentaire, l'exercice musculaire, l'usage de l'eau froide à l'intérieur et les pratiques de la sudation.
1771. La tempéraiure de l'eau employée joue un rôle considérable dans les résultats de l'hydrothérapie. A la température moyenne de 30 à So", elle ne jouit d'aucune influence propre ; plus chaude, elle est excitante; plus fraîche,
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elle est leaipéranle, au moins quant ;\ son action directe. Quand l'eau est employée froide, de 10 à 20", l'efTet tempérant ne tarde pas à âire suivi d'une moditîcation inverse, et d'une excitation secondaire d'autant plus puissante que la dépression immédiate a été elle-môme plus accusée. Aussi, les dangers du froid sont-ils moindres que ceux de la chaleur; car, tant que le sujet est capable de réaction, la chaleur suit le froid et se rétablit spontanément après lui. Toutes réserves doivent être faites cependant, quant aux effets do désorganisation, que la chaleur ou le froid pourraient produire topiquement. La glace est souvent employée avec fruit, soit pour seselfets directs, soit pour la réaction qu'elle provoque consécutivement.— Selon Fleury, la température froide et constante de l'eau est la condition nécessaire d'une hydrothérapie efficace.
1772. Les contre-indications à l'usage du froid seraient : une susceptibilité exceptionnelle du malade, un ciat de débilité extrême, capable de faire craindre le défaut de la réaction, enfin uneinflammation viscérale aiguë. —On peut atténuer l'excès de susceptibilité des sujets en les tenant dans un milieu dont la température soit suffisamment chaude. Eau froide et air chaud : telle est la devise de l'hydrothérapie rationnelle (Fleury). On arrive au môme but en n'appliquant l'eau froide sur le corps, que quand il est assez échauffé, et mOme, à la suite de la sudation. Elle est alors bien plus facilement supportée, contrairement au préjuge géncîralement répandu à ce sujet. - En cas de débihte excessive, on doit ménager la durée de la douche, plus encore que sa tempu^rature.
Enfin, quand il y a une affection viscérale aiguë l'hvdrolhérapien'est pas sans danger;d'ailIeurs,ouc'est une in-
llammat>onfranche,etlelrailementhydriatriquedoitpasser après les autres antiphlogistiques, ou bien, c'est un étaî symptomalique, et l'hydrothérapie ne sera opportune, que bi elle convient bien à la maladie prolopathique /». ^''?!?;x^^'^"'"'' l'application de l'eau froide est peutêtre 1 élément le plus important de cette question.Ce douche trop courte n'a jamais d'inconvénient ; une douche trop longue est toujours dangereuse. Cet aphorisme' emprunté a Fleury, se comprend, quand on réfléchit queTs Feruand. — Tliérapeutique. /, g
INDICATIONS DLS AJUNTS l'UYSIOUK-j
moyens de l'hydrothérapie doivent agir surtout par impression, et que rinfluence qu'elle possède se renverse pour ainsi dire quand on en prolonge l'applicalion ; car la réaction qui suit l'impression, est en raison inverse de la durée de cette dernière. C'est pourquoi encore, la durée de la douche doit ôtre d'autant plus courte que sa température est plus basse. Cinq à six secondes de douche doivent suffire pour commencer, et ce n'est que graduellement, qu'on peut atteindre le maximum de deux minutes, qu'il est bien rarement utile de dépasser.
1774, L-d ininéralimtioH de l'eau employée est moins importante que sa température. L'eau de mer, par exemple, exerce sur la peau une action plus excitante que l'eau simple. Les eaux minérales excitantes voient ainsi doubler leur puissance, parce que, à leur qualité s'ajoute un mode d'emploi, qui en double la portée. — Je ne parle pas d'ailleurs des elVets qui peuvent résulter de la pénétration dans l'économie des principes minéralisaleurs, soit par l'absorption dans le bain, soit par l'injection directe de l'eau minérale.
L'absorption par la peau, des substances tenues en dissolution est encore aujourd'hui un sujet de controverse. On peut dire en somme, que si beaucoup de circonstances peuvent entraver cette absorption, elle doit cependant être considérée comme possible. Elle est facihtée d'ailleurs par les frictions, par une température moyenne, par la longue durée du bain. J'en ai constaté la réalité, même pour des substances déposées sèches à la surface de la peau (37). L'hvdrofère, qui consiste à poudroyer le liquide autour du sujel, facilite beaucoup l'absorplion.
1775. Enfin, le 7node d' application de l'eau àla surface de l'économie peut en changer beaucoup l'elîet. L'impression subite, produite sur la peau par l'eau froide, est en général une condition importante du traitement. La puissance de cette impression est beaucoup accrue, quand l'eau, animée d'une force de projection notable, agit par percussion et réalise une sorte de massage des tissus; le froltcmetit peut jusqu'à un certain point y suppléer.
' La douche est un procédé dans lequel cette inHuence a toute sa portée. Elle est l'instrument le plus sûr pour produire reflet excitant, autrement dit: la réaction. Or uns
UYDROTllÉRAPIE.
douche paulûlre trop faible et demeurer inefficace, mais elle est alors sans danger; trop forte, elle est toujours dangereuse. Les meilleures douches sont celles quisont fournies par un réservoir placéà 13 mù très environ du sol (Fleury). 11 y a plusieurs sortes de douches : la douche en pluie, la douche en colonne ou en jet vertical, la douche oblique, la douche mobile, en pluie ou en jet, la douche en cercle, ou en pluie convergente, la douche en lame, etc. La différence de leur action tient surtout au mode de percussion de l'eau. La douche peut être générale ou locale; on la donne sur tous les points de la périphérie, et mùme à l'entrée des muqueuses : douche vaginale, rectale, pharyngée, oculaire, etc.
1776. Le bain est, après la douche, un puissant moyen d'action. Le bain froid de 10 à 20» doit être pris, comme la douche, quand le corps n'est pas refroidi; il faut s'y plonger sans hésitation et n'y demeurer que peu de temps. L'impression de froid pi-oduite aussitôt, est généralement suivie d'un retour momentané de chaleur, au moins subjective, après quoi, le refroidissement se reproduit et devient fâcheux. Il semble que la soustraction immédiate de la chaleur provoque tout d'abord une plus grande produclion de calories, que l'eau du bain ne tarde pas à soustraire à son tour, jusqu'à en tarir la source. Alors surviennent l'engourdissement, le tremblement et la cyanose, phénomènes dont il ne faut pas atr tendre la production, si l'on veut tirer du bain toute l'efficacité qu'il peut donner. Le bain froid est suivi d'une réaction identique à celle queproduit la douche, quoiquemoins puissante; elle est, de plus, comme aprùsla douche, en proportion inverse de la température et de la durée du bain.
Le bain tiùde n'est guère qu'un moyen détersif. Le bain chaud produit une excitation générale dont l'ensemble simule une fièvre artificielle. Il détermine à la périphérie un fluxus congeslif suivi de sécrétions abondantes.
Le bain devape/r est une application à la Ihérapeutique de l'eau élevée à une haute température. Il provoque une exci- . tation générale vive, accompagnée d'une sudation considérable, favorable aux actes éliminateurs, et qui se soutient quelque temps après le bain. L'activité nutritive et fonctionnelle semble accrue secondairement, pourvu toule-
fois que le bain ne soit ni (rop prolongé ni trop répété, — Les bains de vapeur sèche n'ngissont plus que par la chaleur seule; ils sont encore plus excitants tout d'abord, et plus diaphorétiques ensuite. Ils sont donc plus altérants et pius dépuratifs. Ils congestionnent moins la peau et entravent moins la respiration. — Joignons-y les bains de vapeur térébenthinée et les fumigations sèches, dans lesquels l'action excitante de la chaleur est secondée par celle du principe aromatique qui y est ajouté, sans que cette addition à l'excitation, l'expose en rien à devenir excessive ou fticheuse.
La pulvéris:ition ou la projection sur les surfaces malades d'une solution poudroyi^e, de môme que les bains à l'hydrofère, qui reposent sur le même principe, sont autant de procédés qui multiplient la portée de notre intervention, en lui ouvrant des voies diverses.
Lesbains locaux les plus employés sont les pédiluves et les bains de j imbes, quelquefois les manuluves, les bains de siège et plus rarement les demi-bains. On donne de môme des douches de vapeur locales, qui sont d'un puissant effet topique et agissent surtout par révulsion.
1777. Les aiïusions.les ablutions et les lolionssont les pratiques les plus adoucies de l'hydrothérapie, celles par lesquelles on commence souvent les cures; ce sont, avec les frictions humides, les ceintures et les compresses mouillées, des moyen? d'une moindre portée, mais non sans efficacité. Souvent, au contraire, elles sont fort utiles, i titre de mesures hygiéniques préventives. En effet, outre leur action détersive, elles activent toutes les fonctions de la peau, facilitent les éliminations. En un mot, bien employées, elles déterminent, au profit de Tactivité nutritive, certaines exagérations de l'activité fonctionnelle.
Les douches écossaises, le bain russe, et toutes les pratiques analogues ont pour but d'appliquer alternativement à l'économie les effets des températures extrêmes. Le froid, seul en ce cas, paraît être l'agent vraiment actif; et l'application chaude semble n'avoir guère pour effet, que de préparer l'économie, à recevoir d'une nouvelle impression d'eau froide, le même effet qu'elle a pu éprouver à la première application. Peut-être trouve-t-on aussi
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quelque avanlage, à faire succéder l'excilation de l'eau cliaudeà l'impression de l'eau froide, pour aciivcr une réaction difficile; mais c'est un résultat sur lequel il ne faut pas compter, la réaction, pour ûtre efficace, demandant à s'accomplir avec une certaine spontanéité.
1778. II faut joindre à ces pratiques les procédés de sudation, tels que l'enveloppement sec et l'enveloppement humide. Outre qu'ils amènent la sueur, ils commencent par déterminer une vive excitation de la peau, qui retentit sur l'état général, et, tout en diminuant les pertes de calorique, déterminent une plus égale répartition de la chaleur dans l'organisme.
1779. Quant à l'usage de l'eau froide à l'intérieur, c'est l'adjuvant obligé de beaucoup de ces pratiques. La plus salutaire des boissons, est l'eau fraîche ; bue comme remède, elle agit sur les muqueuses, comme elle agit sur la peau, facilite les sécrétions, délerge les surfaces et absorbe la chaleur. Bue froide et en quantité modérée, l'eau est tonique et excitante ; à haute dose et tiède, elle devient antiphlogistique. Je ne parle pas de ses effets nauséeux. Elle peut d'ailleurs modifier diversement la crase normale du sang et par là devenir altérante. Enfin, elle est éliminatrice par diurèse et par sudation.
1780. Dans toute cure hydriatique, il importe de surveiller le régime et d'en bannir les excitants proprement dits, capables de dépenser, sans profit pour la nutrition, une partquelconque de l'activité des sujets. Pour la même raison, le régime doit être tonique et fortement alimentaire, car le traitement constitue une sorte d'entraînement et multiplie des perles qu'il faut réparer. — L'exercice musculaire doit avoir sa part dans ce régime; il peut beaucoup pour en seconder les effets (V. Gymnastique).
1781. Comme tout agent thérapeutique l'hydrothérapie est capable d'elfets inverses selon le procédé mis en usage et selon la dose employée. Elle répond à des indications physiques par ses propriétés physiques, et par son influence réfrigérante, lîlle répond à des indications physiologiques par l'action excitante ou tempérante, qu'elle exerce à différents degrés, sur les divers modes de l'activité vivante. Ses procédés d'application lui confèrent une spécificité d'action
8 22 INDICAT.ONS DICS AGIN.S l'UYSIQUES.
sur tel ou tel organe, lîrifin, pai- la haute portée de son influence, elle peut atteindre la spécificité nosologique ellemême.
1782. Pour ce qui est des localisations de son action, l'eau agit sur la peau, par influence topique directe; elle modifie de môme les muqueuses. Indirectement et par révulsion, elle agit et sur les surfaces internes et sur les parenchymes, fille modifie leur vascularisation, leurs sécrétions et môme leur nutrition intime. C'est ainsi qu'elle attaque efficacement la congestion et l'hypertrophie de la rate et du foie. La douche qui frappe la région cervicale agit plus spécialement sur les yeux et sur les oreilleu, sur le cerveau, sur le cœur et sur la respiration. A l'appendice xyphoïde, elle modifie les reins (diurétique); le long du do?, elle modifie l'estomac; appliquée au centre génito-spinal, elle agit sur les organes du bassin, de même que quand on l'applique à la plante des pieds (Beni-Barde).
lînfin, après absorption, l'eau altère la crase des humeurs et en particulier celle du sang ; et par élimination, elle modifie encore les glandes qu'elle traverse, entraînant hors de l'économie et les matériaux azotés et surtout les sels en excès (V. Altérations du sang).
1783. Les indications physiologiques que l'eau peut remplir, sont autrement importantes et nombreuses : on peut dire, qu'il n'en est pas une, qu'elle ne puisse concourir à satisfaire, et la variété de ses moyens d'application est telle, qu'elle peut souvent suffire à répondre, à elle seule, à toute une médication.
L'usage hygiénique de l'eau est un des meilleurs prophylactiques connus. Par son action sur la peau, elle atténue l'imprefsionnabilité de celte membrane dans ses rapports avec les accidents cosmiques ; elle facilite l'hématose et complète les éliminations; par là, elle entretient un entraînement nutritif,capable de détruire les germes morbifiques, en tous cas, capable de doubler, dans l'économie, les forces de résistance à l'atrection morbide.
1784. L'effet immédiat de l'eau froide est sédatif. Employée tiède, l'eau est émolliente topiquement. I^roide, elle est tempérante, jusqu'à suspendre l'activité fonctionnelle et nutritive, au moins dans la première phase et dans le
UYDROTUÉRAPIE.
point direct de son application. Plus la température est basse, plus cette sr^dalion se caractérise, jusqu'à atteindre l'engourdissement, l'aneslhésic, et môme la suspension des actes Tiutritifs, auquel cas elle aboutit, par la syncope et l'asphyxie locales, ù la mortification des parties refroidies.
Sans aller jusque là, on peut obtenir des applications froides une sédalion fonctionnelle qui n'implique pas la suspension de toute activité; mais, pour qu'elle se soutienne et ne soit pas suivie d'une réaction inverse, il faut soutenir aussi l'usage du froid. On y emploie avec avantage les fomentations d'eau glacée, et la vessie de glace elle-môme. Toutefois, l'usage d'un réfrigérant au;si actif est surtout proportionné aux cas où il faut s'atlaquer à une activité nutritive ou fonctionnelle patliologiquement augmentée, et c'est à titre d'antiphlogistique qu'il agit alors.
Les moyens employés comme sédatifs sont surtout ceux qui ne provoquent pas une vive réaction : ce sont les bains et les bains tièdes et prolongés, ou bien les bains frais assez longtemps soutenus ou assez fréquemment répétés, pour prévenir le réchauffement et maintenir, au contraire, la sédation primitivement acquise. Les compresses mouillées, les lotions simples, les affusions, l'enveloppement, l'immersion peuvent ûire gradués de façon à obtenir la sédation et môme des résultats antiphlogistiques.
1785. On les mettra en œuvre avec tout avantage contre les manifestations névrosiques avec créthisme, les névralgies, les spasmes, les convulsions elles-mêmes. Dans les grandes névroses avec hypersthénie nerveuse, les grands bains pourront souvent convenir, si l'on a pas à redouter la débilitation qu'ils entraînent. Dans les hypersthénies partielles, les moyens locaux, bains partiels, compresses mouillées, sont des plus efficaces.
11 est un état pathologique fréquemment observé, surtout au cours des maladies aiguës, et qui semble faire le fond de la constitution médicale de notre siècle, c'est l'adynamie ou l'ataxo-adynamie. Or, l'hydrothérapie est toute puissante pour combattre cet effet. On a dit qu'elle agissait contre l'afaxie, par une influence perturbatrice. Le fait est que l'impulsion énergique qu'elle imprime aux actes nutritifs est des plus utiles, et que cette impulsion se produit
82 4 INDICATIONS DES AGENTS l'IlYSIQUES.
?ans impliquer aucune dépense de l'activilé lonctionnelle. De la son e ficac.l,^, dans tous les cas où, le niveau des forces elant notablement abaissé, on hésite à les exciter vivement, dans la crainte de les épuiser.
On y emploie l'eau froide, ou même l'eau refroidie, comme plus capable de provoquer une réaction. La faiblesse des sujels ne doit pas faire craindre les effets du refroidissement ; il sultit, pour qu'il soit sans danger, que l'application du froid soit luile brusquement, avec percussion ou avec friction, et qu 11 soit de irès-courte durée. C'est en se basant sur ces principes qu'on usera des lotions, ou des affusions, ou des douches. La soustraction de la chaleur n'y sera pas inutile non plus, l'ataxo-adynamie coïncidant le plus souvent avec les étals pyréliques les plus intenses ; mais, pour répondre a celle dernière indication, ce sont les immersions répétées qui sont le plus efficaces.
l'78G. Les mêmes moyens pourront être uliles contre les congestions et les diacrises actives, contre les spasmes et conire les turgescences qui ne trouvent pas leur solution. Ils rendent les plus grands services pour modérer les sudations excessives.
Ils concourronl,avec les autres émollients et anliphlogisliques, à combalfre l'inflammation. On y emploie utilement les bains à l'extérieur, et au-dedans les boissons abondantes, dont l'effet émollient est secondé bientôt par l'ell'et altérant. L'utilité des bains est évidente dans loules les phlegmasies cutanées, et même dans les fièvres éruptives.
1787. Si ces moyens peuvent être employés avec avantage conire les processus aigus, ils y sont cependant moinsefficaces que conire les processus à évolution lente et chronique. Les processus aigus réclament une intervention rapide, dont les effets soient immédiats, les procédés faciles, qui n'expose pas auxrépercussions sympalbiques et ménage les forces qui s'usent rapidement. Or, les procédés les plus actifs delacurehydrialrique exposent plus ou moins le malade à ces dangers divers; c'est pourquoi il fera bon les réserver pour les processus chroniques, auxquels d'ailleurs l'hydrothérapie convient merveilleusement.
1788. Je ne reviens pas sur la haute puissance de réfri-
HYDROTUÉRAPIE.
géralion que possède l'hydrothérapie (V. Méd. antipyrétique, 1332); maisje dois noter son influence altérante et dépuralive. Les oscillations que nouslui voyons produire dans la circulation sanguine, par le fait du spasme et de la dilatation qu'elle produitalternalivement sur les vaisseaux, se répètent dans les actes sécrétoires et probablement aussi dans les actes intimes de la nutrition. De là, un échange plus complet et une combustion plus achevée des matériaux qui y prennent part, une combustion, un apport plus facile des matériaux utiles et une expulsion plus effective de ceilx qui ont servi; double résultat, qui se traduit par l'augmentation de l'appélit, des forces et du poids, et par l'accroissement des sécrétions les plus dépuralivos, telles que les sueurs et les urines. Parfois mOme, on observe à la peau des éruptions critiques. Les pratiques plus spécialement aptes à la sudation, jointes à l'usage interne de l'eau ù haute dose, constituent le moyen le plus activement altérant de tous ceux que comporte la cure hydriatrique.
Le caractère tonique qui "se joint à l'effet altérant, dans l'hydrothérapie, fait de ce moyen un adjuvant précieux des altérants médicamenteux, dont la puissance est en général d'autant plus efficace, qu'eux-mêmes sont, en même temps, plus débilitants. Ainsi, l'hydrothérapie possède ce double avaniage, qu'elle permet de conlinuer l'usage des altérants (I3eni-Barde), tout eu secondant leurs effets,
1789. L'hydrothérapie n'est pas seulement un slimulant de la réparation nutritive, c'est encore un tonique, qui en rend les actes plus parfaits et mulliplie l'activité fonctionnelle (force agissante) en assurant l'activité nutritive (force radicale). Par le froid, c'est un tonique astringent; elle raffermit l'union des éléments qui entrent dans la constitution des organes, et leur donne une force, qui vient de la cohésion et de l'unité, autant que de l'excitation dynamique. — L'eau froide peut y être employée de toutes les façons ; on conseille de préférence les lotions, les bains frais, d'eau courante et les bains de mer, enfin la douche, dans son mode d'application le plus simple.
1790. La douche est le moyen excitant par excellence de l'hydrothérapie. Sans doute, les bains chauds produisent une excitation directe qui peut être des plus vives; les fric-
826 INDICATIONS DtS AGENTS l'inSIQUES.
lions, les bains de vapeur peuvent aussi donner d'emblée le mCme résultat; mais l'excilalion ainsi obtenue est moins durable, moins personnelle, pour ainsi dire, en tous cas, moins efficace. Ce qui constitue la puissance d'excitation de la douche, c'est la réaction.
1791. Peu après la cessation de l'opération hydriatrique, la température du sujet qui avait baissé de 2", environ, se relève et dépasse quelque peu sa normale; en mûme temps, la respiration est facile et profonde, le pouls large et légèrement élevé; la peau est chaude et colorée sur toute la surface du corps, et le malade y perçoit une sensation de chaleur et de bien-être qui témoigne de l'heureux accomplissement des fonctions internes. C'est l'effet excitant de la douche. On le perçoit encore, après le bain d'immersion, après l'afTusion, et, avec plus de mesure, après la simple friction humide.
Ces phénomènes se produisent localement dans les organes qui ont été le point d'application locale des pratiques de l'hydrothérapie, avec un retentissement plus ou moins considérable sur l'ensemble de l'organisme.
Les conditions les plus capables de favori-^er la réaction sont : du côté du milieu cosmique, une chaleur modérée, ou tout au moins une atmosphère qui tienne le malade dans un certain état d'excitement favorable à l'accomplissement de ses fonctions; du côté du modificateur luimême, une application courte, une eau froide et une percussion énergique. Plus l'eau est divisée, plus la léaciion est facile; la direction de la douche n'y est pas indifféreiite. Ilnfln du côté du support, les conditions individuelles de la réaction tieiment à l'excilabililé et surtout à l'élat d'activité pondérée des fonctions nerveuses, à l'état de force morale et physique des sujets ; il ne faut pas que le malade ait froid, mnis il est bon aussi qu'il n'ait pas trop chaud. Toutefois, la mesure avec laquelle la douche sera administrée peut, en tenant compte de ces diverses condilions, assurer toujours la réaction.
1792. Or, cet cflet que caractérise la réaction, excite "vivement la nutrition, plus encore que l'aclivité fonctionnelle. Et c'est pourquoi l'hydrothérapie a une puissance d'altération considérable, qui se traduit en particulier par
UYDUOTUÉRAPlIi:.
la résolution d'exsudats ou de produits morbides divers, lilie excelle, en tous cas, à faire disparaître des tissus, les déchets azotés qu'une nutrition imparfaite tend à y laisser séjourner. De là son efficacité à combattre l'obésité, les hyperthropliies, les stases humorales et les engorgements ganglionnaires.
1793. Enfin, cette même puissance d'excitation, soit directe et topique, soit réactionaelle et secondaire, fait, des applicalionshydrothérapiques, autant de révulsifs, dont l'action peut Cire graduée à volonté. Révulsion parla douleur, par l'activité nerveuse, vasculaire, diacritique, phlegmasique xnOme : tous les degrés de la révulsion peuvent Ctre ainsi provoqués, et ce n'est pas la moindre des influences favorables, qu'elle peut avoir sur l'état de tel ou tel viscère, pour en modifier les actes ou la nutrition. Les pratiques qui y seront les plus efficaces sont les plus excitantes ; la facilité qu'on a de les répéter, leur donne une haule puissance; et celle qu'on a de les adresser à tel ou tel point de la périphérie, permet de les appliquer à la plupart des organes internes. Je ne saurais eiitrer dans le détail de ces applications, qui, toutes d'ailleurs, ont été indiquées à mesure qu'elles se sont présentées à notre étude et dont les principales sont ci-dessus résumées (1782).
1794. Je n'insiste pas sur le rOle perturbaleur que l'hydrotl-iérapie joue vis-à-vis de beaucoup d'éléments morbides, en substituant à leurs perturbations fonctionnelles et à leurs altérations, celles qui lui appartiennent. C'est un résultat qu'une saine physiologie thérapeutique s'efforcera de faire rentrer, par l'analyse, dans quelqu'un ou dans plusieurs de ceux que j'ai étudiés ci-dessus.
1795. L'hydrothérapie a enfin ses indications nosologiques, elle en a presque de spécifiques. Fleury a démontré quelle est sa puissance d'action pour combattre les fièvres intermittentes, soit dans leur accès ( méthode excitante perturbalrioe), soit dans leur diathése (méthode reconstituante et altérante), soit dans leur cachexie (méthode reconstituante) (V. fièvre intermittente , 1505). Il est certain que, sans atleirfclre la spécificité qu'on s'est plu à lui attribuer, elle est de la plus grande utilité contre le trouble de nutrition en génér al, et en particulier contre l'hyperlro-
phie splénique.en un mof, contre les éléments essentiels de 1 intoxication palustre.
1796. Du reste, dans toutes les intoxications, en général 1 hydrothérapie peut être utile. Contre les phases primaires, elle a son action dissolvante et anliphlogislique ; contre l'intoxication du sang, elle a son influence altéranteet, contre l'intoxication tertiaire, ses effets analeptiques. De plus, elle peut agir comme sédative des troubles sympathiques du début, comme éliminatrice du toxique comme altérante et résolutive des lésions qu'il peut laisser aprùs lui.
1797. L'asphyxie, qui est un état d'intoxication du sang par les matériaux carboniques, est, au premier chef, justiciable de l'hydrothérapie. I/excilalion puissante dont elle est susceptible, doit ûlre adressée aux centres nerveux qui gouvernent la motilité de la respiration, aux éléments musculaires qui en effectuent la mécanique, aux viscères qu'il faut décongestionner, aux vaisseaux dans lesquels il faut prévenir les stases, et enfin, au sang lui-môme, dans lequel il faut restaurer l'hémalose, en éliminant les gaz carbonés et y subsiituant l'oxygène. Avec l'action excitante de la douche et de la friction humide, que l'on emploie froides, on utilise leur iniluence tonique et altérante; et jusqu'aux modifications que la chaleur peut apporter à la nutrition des tissus. Comme moyen plus pratique, je signalerai la percussion du visage et du tronc à l'aide d'un linge mouillé d'eau froide.
1798. Dans les maladies zymoliques, l'hydrothérapie peut ûtre prophylactique, employée à titre de procédé d'entraînement nutritif, d'agent altérant et éliminateur. A la période d'invasion, c'est surtout par ses effets' tempérants que l'hydrothérapie pourra être utile; et, dans la maladie confirmée, elle sera souvent indiquée par l'adynamie et par l'ataxo-adynamie, qui s'y rencontrent si souvent.— Dans ces derniers temps, par exemple, on a fort préconisé l'usage des pratiques hydrothérapiques contre le choléra, et surtout contre les formes typhiques de la réaction cholérique (J. Bouley, Robbe). On doit employer alors les pratiques les plusexcilanles, lout en tenant compte de l'état d'épuisement et d'asthénie des sujets. Il en est de mémo do toutes les affections de (ype typhoïde ; ce sont celles qui moti-
nYDROTQÉRAPIE.
vent peut-être le plus souvent l'emploi de tels moyens.
1799. Les fièvres éruptives peuvent indiquer à plusieurs titres l'hydrothérapie. On peut l'employer comme prophylactique, pendant l'incubation présumée. Dans l'invasion, on lui demandera ses efl'ets les plus tempérants et môme antipyrétiques; les boissons lempéranlesprises en abondance y suffisent communément. Si, contrairement à la marche naturelle de la maladie, l'éruption languissait, en même temps que se développeraient des phénomènes généraux graves, il y aurait avantage à recourir aux méthodes excitantes; on y emploierait, soit l'excitation directe (bain chaud, bain sinapisé, maillot sec, friction, etc.), soit l'excitation par réaction (douches, allusion et immersion froides). Ce dernier procédé, d'un emploi plus délicat, réclame beaucoup de précision dans le diagnostic pour n'être pas appliqué à contre-temps; il sera souvent difficile de le faire accepter du malade, et il ne serait pas sans inconvénients de vouloir l'imposer d'autorité.
A la période d'éruption, et surtout à la période d'élimination cutanée, les effets détersifs du bain sont précieux, et pour le malade et pour ceux qui l'entourent; ils préviennent les cuissons et les phlegmons de la peau, ainsi que les résorptions putrides. Employés avec persistance dès que l'éruption variolique est confirmée, ils ont pu supprimer la fièvre secondaire de la variole. Il n'est pas jusqu'à la scarlatine, dans laquelle on ne puisse en tirer bon parti, pourvu qu'on mette à leur emploi les précautions que commande l'état de la peau.
Enfin, dans la convalescence, on peut avec avantage rendre les applications de l'eau plus toniques.
1800. Dans les maladies constitutionnelles, la marche plus chronique des accidents et leur durée plus longue offrent encore à l'hydrothérapie plus de chances de succès, en môme temps qu'elles facilitent davantage ses applications. Elle est utile à toutes les périodes des diathèses, par l'excitation nutritive qu'elle provoque; elle tend alors i restaurer le niveau de l'activité nutritive, dont la maladie constitutionnelle trahit l'infériorité. On pourra donc l'employer, à litre d'altérant et de tonique reconstituant, dans toutes l'es phases de la maladie, et comme prophylactique, et comme
FKnnAPJD. — Tliérapeutique. 47
83 0 INDICATIONS DES AGENTS l'OYSIQUES.
Iraitement de la maladie confirmée, et comme palliatif de la déchéance cachectique.
Quant aux diverses manifestations de la maladie, elles seront encore, pour beaucoup, justiciables de l'emploi des mûmes moyens. On en détermine l'indication, en raison composée de la localisation par laquelle ces manifestations se produisent, et des formes morbides qu'elles aU'ectenl. Ces diverses données, rapprochées de l'état des forces du malade, indiqueront l'opportunité et la mesure, et aussi la qualité des procédés de l'intervention hydrolhérapique. Toutes ces indications ayant été passées en revue en détail, dans le courant de ce livre, il suffira de s'y reporter (v. ces mots).
1801 . Il est cependant encore un élément dont l'hydrothérapie doit se préoccuper spécialement, dans ses applications aux maladies chroniques : c'est la minéralisation de l'eau employée. Celle-ci, toute question d'absorption mise à part, n'est pas sans influence sur l'action topique de l'eau, soit sur les muqueuses, soit sur la peau . L'eau de mer, par exemple, les eaux salines, les eaux sulfureuses jouissent d'une puissance d'excitation supérieure à l'eau simple. La thermalité, lorsqu'elle est élevée, est aussi capable d'une excitation puissante. Mais ces deux qualités de minéralisation et de thermalité sont plus favorables à l'excitation immédiate qu'à la réaction. Aussi, l'influence révulsive que ces eaux exercent à la périphérie, est-elle des plus vives, bien qu'elle ne soit guère plus soutenue que celle des eaux simples et froides.
Toutefois, comme l'influence extérieure de l'eau est toujours doublée, dans quelque mesure, de l'influence intérieure, après absorption, ces eaux diverses gardent leurs diverses aptitudes.
1802. On peut résumer les unes et les autres, dans le tableau suivant, dont j'emprunte les principaux éléments à M. Durand- Fardel :
1° Eaux sulfurées, calciques, ou sodiques : eaux excitantes par l'un de leurs radicaux, et altérantes par l'autre; l'excitation domine en général.
2° Eaux chlorurées, sodiques simples, ou sodiques bicarbonatées, ou sodiques sulfureuses : eaux simplement altérantes, ou tout à la fois altérantes et excitantes.
UYDROTIIKUAPIE.
30 Eaux nicARiioNATÉES, sodiques, ou calciques, on mixtes : eaux dialytiques, puissantes pour rélimination, purgatives, diurétiques, etc.
■i" Eaux sulfatées, sodiques, ou calciques, ou magnésiques, ou mixtes : eaux fort analogues aux précédentes, pour leurs effets et leurs indications.
5° Eaux ferrugineuses, ou bicarbonatées, ou sulfatées, ou manganésiennes : eaux toniques, réparatrices et plus ou moins excitantes.
C° On peut y joindre les eaux )odo-bromurées, remarquables par leur haute puissance d'altération.
1803.Cetle classification, quoique chimique, répond assez bien aux diverses indications qui sont formulées dans ce tableau. Il est toutefois un fait général qui domine ces attributions diverses : c'est que le choix de la station et de la source importe moins au malade que l'usage qu'il fera de ces eaux et les procédés au moyen desquels on les lui appliquera. Sans doute, les qualités que l'eau x'eçoit de la minéralisation et de la thermalité ont une grande importance; mai?, c'est dans la façon dont on en use, que les eaux minérales puisent leur principale puissance et leur indication la plus essentielle.