ÉLECTROTUÉRAPIE OU INDICATIONS DE L'ÉLECTRICITÉ
1753. Dés avant la fin du siècle dernier, on avait tenl^ d'appliquer à la médecine l'électricité statique, celle qu'en-
ÉLECTHOTllÉRAPIE.
gendrenl les machines à frottement et que l'on recueille à l'aide d'appareils condensateurs. — Les découvertes deGalvani et de Voila, sur l'électricité de contact, puis, celles de Faraday sur l'électricité d'induction, ouvrirent à ces applications un champ des plus vasles, que cultivèrent Masson, Malleuci, Nobili, Dubois-Reymond, Duchenne de Boulogne Becquerel, Tripier, Remak, Benedikt et Onimus.
1754. En raison des effets électriques qui résultent des actes nutritifs intimes et qui constituent le courant naturel des organes (nerf et muscle) au repos, on a pensé que l'éiectricilé devait Ctre un des excitants les plus naturels, et par suite, un des plus effectifs, de l'activité organique. Celte circonstance ne lui crée cependant pas de spécificité absolue, ni du côté de l'activité fonctionnelle, ni du côlé de l'activité nutritive. Elle peut sans doute agir sur toutes les deux; mais elle n'a d'autre avantage sur les autres excitants, que de les dépasser, par la puissance de ses effets et par la possibilité qu'il y a de les localiser (Duchenne).
1755. Celte puissance qui en fait un agent thérapeutique précieux, commande aussi une grande prudence dans son. usage. Comme tout excitant qui dépasse sa mesure, l'éleclricité peut épuiser les facullés, qu'à dose plus restreinte, elle doit cultiver ei soutenir. Ceci est nettement démontré pour les fonctions de motricité, et aussi, pour celles de sensibilité.
Par contre, on doit savoir que les tissus animaux étant, en général, de mauvais conducteurs de l'électricité, Tinfluence des courants est notablement affaiblie par la résistance que leur opposent les parenchymes et les différents milieux de l'orgiinisme.
On désigne sous le nom de tension, l'effort que font les deux électricités contraires pour se réunir; il esl proportionnel à la surface des couples dans lesquels se produit l'électricité dynamique. Il faut le distinguer de la quantité d'électricité dynamique, laquelle dépend du nombre de ces mômes couples.
1756. Appliquée au système nerveux, l'électricité provoque une excitation puissante, laquelle aboutit à une perception sensilive ou à une réaction motrice, selon que l'élément sur lequel porte l'excitation, est sensitif ou moteur.
Lorsqu'on applique l'électricité aux cordons nerveux, il faut tenir compte de la délerminalion d'influence du courant, qui va du pôle positif ou anode, au pôle négatif ou katode. Or, comme l'excitabilité électrique est toujours augmentée au voisinage du katode, et diminuée au voisinage de l'anode, on a désigné sous le nom de katélectrotonus, l'accroissement de l'excitabilité électrique, et sous celui à'anéleclrotoiim la diminution de cette même excitabilité; Vélectrotoniis étant d'ailleurs l'état d'un nerf qui est parcouru par le courant d'une chaîne constante.
Pflûger a démontré qu'un segment de nerf est excité par la production du katélectrotonus, au moment où le courant est fermé, et par la disparition de l'anélectrotonus, au moment où le courant est ouvert ; en un mot, au moment où le courant est fermé (variation positive), l'excitation n'a lieu que dans la région de l'électrode négatif, et, au moment où il est ouvert (variation négative), elle n'a lieu que dans la région de l'électrode positif. — C'est ce qui a fait dire à Funke que, dans toute oscillation positive du courant, l'excitation a lieu au katode, et à l'anode dans toute oscillation négative; ces expressions d'ûscillati07i positive et oscillation négative, indiquant les variations que subit le courant électrique naturel des nerfs et des muscles, pendant l'activité fonctionnelle de ces organes.
Le sens du courant doit encore être étudié, quant aux cordons nerveux, selon que l'électricité les parcourt dans le même sens que Je fluide nerveux, ou dans un sens inverse. — Le courant est dit ascendant, quand, le pôle positif étant placé à la périphérie, le sens du courant va du muscle à la moelle; il est dit descendant, au contraire, dans le cas inverse. — Enfin, quand le sens du courant est parallèle au nerf, il a sa plus grande portée d'action : on la voit diminuer, quand il lui est oblique, et s'annihiler, quand il atteint la perpendiculaire.
1757. Appliqué aux nerfs moteurs, un fort courant ascendant ne produit de contractions qu'à l'ouverture, tandis qu'un fort courant descendant produit de fortes contractions de fermeture et des contractions d'ouverture faibles ou nulles. Dans les nerfs sensibles, le fort courant descendant ne donne rien à la fermeture ; mais il donne une forte sensa-
ÉLl CTROTDÉItAPIlî.
lion à l'ouverture; et le fort courant ascendant ne produit de sensations qu'à la fermeture. Enfin, pendant le passage des courants constants une certaine sensation subsiste, de même qu'une certaine contraction peut aussi se produire, quand la force du courant est modérée.
L'application des courants aux éléments musculaires détermine leur contraction , plus efficacement que tous les autres excitants, qu'elle ail lieu directement ou par l'intermédiaire des nerfs. D'ailleurs, les courants induits sont ceux qui ont, sur l'activité fonctionnelle des muscles et des nerfs, l'action la plus énergique.
Lorsque cette action porte sûr les centres de perception de la moelle et de l'encéphale, l'élecfrisation ne semble donner d'autres résultats, que ceux qui peuvent être attribués aux influences indirectes; toutefois, le courant constant agit sur la nutrition de ces parties comme sur la nutrition de toutes les autres.
1758. Pour obtenir de l'électrisation les eiïets ci-dessus indiqués, il est bon de laisser de côté l'électricité statique et d'employer de préférence l'électricité dynamique. Celle-ci comprend les courants constants et les courants interrompus (faradisation). Or, l'excitation produite par les courants, est d'autant plus intense, que l'oscillation d'intensité du courant a une durée plus courte et que cette oscillation est plus grande dans l'unité de temps (Cyon). 11 suit de lù, que le courant induit devra être préféré, quand il s'agit de produire une vive excitation de l'activité fonctionnelle; et, que le courant constant conviendra davantage pour agir sur l'activité nutritive. — Toutefois, il ne faut pas perdre de vue, que la courte durée du courant induit diminue sa puissance et explique conmient, alors que ce dernier n'agit plus sur le nerf ni sur le muscle, le courant constant d'une pile énergique peut encore réveiller l'excitabilité de ces éléments.
Sur le système vasculaire, le courant constant provoque la dilatation des vaisseaux et la coagulation du sang, d'où, le traitement des anévrismcs par la galvano-puncture.
Les phénomènes sécrétoircs peuvent être modifiés de diverses façons; sur les muqueuses, les sécrétions sont généralement accrues. La peau, sous celle influence, peut pré-
senter de l'érylhème, des papules, des vésicules et mâme de la gangrène; mais le courant constant est, bien plus que le courant interrompu, capable de tels efTels.
1759. En un mot, l'électricité se comporte comme tous les excitants, capable qu'elle est d'agir sur l'activité nutritive ou sur l'activité fonclionnelle, selon les procédés qu'elle emploie, et d'exciter celte activité ou de l'épuiser, selon l'intensité de son action.
1760. Je n'ai pas ici à insister sur les moyens qui nous sont offerts, pour mettre en oeuvre l'électrisation thérapeutique. Parmi les machines les plus employées, je citerai seulement celles de Duchcnne de Boulogne, de Tripier, de Gaiffe, de Huhmkorff, de Trouvé, les appareils volta-électriques et les appareils magnéto-électriques, enfin les chaînes électriques de Pulvermacher, et les piles à courant constant de Duchenne, de GaifTe, etc. — Le manuel opératoire varie d'ailleurs plus ou moins avec chacun de ces appareils.
1761. Les indications de l'électrisation se tirent surtout de la localisation des troubles observés. Les troubles nerveux et musculaires sont ceux qui lui reviennent en première ligne, surtout lorsqu'ils sont périphériques et que les éléments qui y sont intéressés sont assez superficiels pour être atteints facilement par le courant. Duchcnne, qui a poussé fort loin l'élude des effets et des moyens d'application de l'électrisation localisée, a fait connaître comment, par le choix des réophores, leur sécheresse ou leur humidité, la séchelesseoul'humidité delà peau, on peut faradiser,soitles muscles, soit la peau, et aussi les muscles à travers la peau, soit directement, soit par l'intermédiaire des cordons nerveux.
Il y a une distinction à faire, à cet égard, entre le courant de la première hélice, ou courant induit, et le courant de la seconde hélice, ou extra-courant. Ce dei'nier, vu l'énergie avec laquelle il excite la sensibilité cutanée, est précieux pour combattre les anesthésies de la peau et, en général, pour pratiquer une forte révulsion cutanée. En raison de sa forte tension, il agit mieux aussi sur la conlractilité des muscles profonds, et trouble moins la sensibilité musculaire. Le courant induit, au contraire, dont la tension est faible, excite vivement la sensibilité et la contraclilitc des
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muscles superficiels et peu volumineux ; il est bon, pour comballreles paralysies avecatropliies locales; il agit vivement sur la vessie et le rectum (Duchenne.)
1762. Pour la faradisation de la face, en particulier, le môme auteur conseille l'usage de la main électrique, c'està-dire, que la main de l'opérateur remplace l'un des réophores. Lorsqu'au lieu de ménager la peau, on veut y provoquer une vive excitation, on emploie le balai électrique. Enfin, les réophores secs conviennent à l'électrisation cutanée; il faut les mouiller au contraire, si l'on veut agir sur les parties profondes.
Les connaissances analomiques indiquent assez quels doivent ôtre les points d'élection pour la faradisation des divers organes. Le diaphragme en particulier peut être attaqué au niveau de ses attaches aux fausses eûtes, uu bien le long des nerfs phréniques au cou, etc.
Enfin, la faradisation, sans porter directement sur les centres, peut les intluencer trôs-efûcacement par action réflexe. En faisant passer des courants d'induction de la bouche à l'anus (Leroy d'Etiolles), on obtient des contractions tétaniformes, qui dénotent l'excitation réflexe de la moelle.
L'excitation de la moelle ainsi pratiquée est des plus utiles dans l'asphyxie. Elle peut se pratiquer avec le courant continu (Legros et Onimus) et, mieux encore, avec le courant induit (Duchenne, Liégeois).
On peut de môme exciter le bulbe par action réflexe, et réveiller les fonctions du cœur et de la respiration, parla faradisation cutanée de la région précordiale. En résumé, les trois procédés qui portent, soit sur le diaphragme, soit sur les nerfs phréniques, soit sur le bulbe, peuvent être indiqués pour combattre l'asp/ii/œie (V. ce mot).
1763. Dans les cas de paralysie, l'électricité est indiquée à plusieurs titres. Elle empêche l'atrophie des éléments périphériques du mouvement et y maintient l'aptitude motrice. C'est ainsi qu'elle est utile dans toutes les paralysies, quelle qu'en soit l'origine.
Dans les paralysies périphériques, l'indication varie selon qu'il y a destruction des muscles, ou abolition de la contraclilité musculaire, ou perte de la motricité nerveuse.
Lorsqu'il s'agit d'excitation musculaire, ce sont les courants primaires, avec excitateurs humides, qui doivent être appliques. L'eleclrisation est encore indiquée pour combattre l'altération nutritive périphérique, maintenir les aptitudes motrices, el, par influence réflexe, conserver l'activité fonctionnelle et nutritive des centres nerveux correspondants. La faradisalicn est le procédé qui rend le plus de services, en cas de paralysie des nerfs mixtes. Je ne dis rien spécialement des paralysies hystériques, rhumatismales, toxiques, etc.
1764. Les paralysies spinales et les paralysies cérébrales reconnaissent à peu près les mêmes indications, excepté que celles-ci ne se compliquent jamais de l'atrophie des éléments périphériques, et que cette atrophie suit souvent une affection médullaire.
En tous cas, il ne faut entreprendre le traitement électrique, que quand la lésion d'où procède la paralysie est à peu près réparée, ou en voie de l'être, quand il n'y a ni contractures ni douleurs des centres, ni aucun symptôme témoignant qu'il existe encore une certaine activité vasculaire ou sécrétoire dans l'évolution de la lésion centrale. C'est la faradisation qu'on emploie alors ; mais on peut essayer auss le couraut continu. On pourrait même demander à ce dernier une influence plus immédiate sur la nutrition des centres, en faisant porter sur eux-mêmes l'action d'un courant continu (Remak, Benedikl). C'est une pratique qui n'est pas inefficace, mais qui n'est pas non plus sans danger. Il faut en tous cas en seconder l'effet, par la faradisation des muscles paralysés.
La galvanisation de la moelle, dans les cas de dégénération de cet organe, est une pratique moins dangereuse et plus utile. Le courant spino-nerveux est le plus employé. On peut combattre ainsi, soit les phénomènes douloureux, soit les troubles moteurs, mais ce que l'on doit viser surtout, ce sont les troubles nutritifs. En aucun cas, on n'y emploiera de courants énergiques. La faradisation périphérique doit aussi seconder l'efficacité de ce traitement.
1765. Les anesthésies sont modifiées par les méthodes excitatrices de la faradisation cutanée, à l'aide des courants secondaires et des excitateurs secs. Ces moyens agiront par
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slimulalion directe ou par révulsion. On peut les employer aussi contre la surdité (Duchenne) et enfin contre l'anes- Ihésie des autres sens spéciaux.
1766. L'éleclrisation peut agir comme modificateur et perturbateur, dans le traitement des exagérations partielles et locales de la motricité et de la sensibilité. On l'emploie dans les tics et dans les contractures, dans les névralgies et dans les byperesthésies. Contre les grandes névroses convulsives, elle n'aurait d'autre effet que de les exposer à une aggravation de leurs accidents.
1767. Enfin, le courant continu, vu son influence élémentaire sur la nutrition, doitOtre employé pour combatire les troubles ou les déviations nutritives. Dans ce cas, il peut agir physiquement, pour favoriser l'osmose des élémenlsanalomiques par les humeurs; il peut agir aussi chimiquement, en décomposant les uns et les autres et leur fuisant subir des réaclions chimiques, telles que la séparation de l'albumine, etc., d'où son influence hémostatique ; enfin, il peut agir directement sur l'activité nutritive, ou bien, en modifier indir(4ctement les résultais, par son action sur les nerfs trophiques (?) et, plus sûretflent, par son action sur les vasomoteurs et sur les territoires vasculaires. On ne saurait compter, pour cet objet, sur l'influence révulsive de l'électrisalion ; la révulsion obtenue par ce procédé ne dépasse pas, en général, la mesure de celle que peut produire la douleur, à moins cependant qu'on aille jusqu'à la destruction des tissus, auquel cas l'éleclricilé agit comme tout autre caustique.
1768. Je n'ai pas à parler ici des fails d'électrolyse et de galvanocaustique. 11 est bien reconnu que des perversions nutritives, telles que celles qui résultent du rhumatisme chronique, ont pu disparaître ou s'amender sous l'action du galvanisme ; on y emploie surtout les chaînes électriques. Les engorgements de l'utérus, ou de la prostate ont pu être attaqués par ces procédés. Certains épanchemenls séreux ont aussi paru se résoudre sous cette influence; mais elle est peu applicable, outre qu'elle est infidèle.